DIOCLÉTIEN
284. C. Val. Aurelius Diocletiaîjus, né d'une famille obscure, à Dioclée, en Dalmatie , vers l'an aSo, fiit élu empereur, près de Calcédoine , après la mort de Nuniérien , par l'armée qui revenait de Perse, et dans laquelle il servait, le 17 septembre 284. Aussitôt après sa proclamation , étant monté sur un tribunal de gazon pour haranguer ses soldats, il jura, l'épée nue à la main, qu'il n'avait aucune part au meurtre de Numérien , chargea de ce crime le seul Aper qui était présent , et dans le même moment l'etendit mort à ses pieds. Le grand nombre d'ennemis qu'il avait à combattre à-la-fois en Orient et en Occident , fut le motif qui l'engagea. Tan 2S6 , d'associer à l'empire Maximien Herculeus, qui avait été son compagnon d'armes. Trouvant encore le poids du gouvernement trop lourd, il fit césars, l'an 292, avec la puissance tribunillenne, (.oustance Chlore et Galère Maximien. L'empli e fut alors partage , ce qui n'était point encore arrivé ; car, quoiqu'il y eut eu déjà quelquefois deux emjtereurs, ils avaient toujours possédé chacun l'empire entier sans partage. Diocletien retint pour lui tout ce qui est au-delà de la mer Lgée, et donna la Thrace et l'illyrle à Galère ; l'Italie et l'Afrique , avec les îles qui sont entre deux, à Herculeus; les Gaules, l'Espagne, l'Angleterre, etc., à Constance: « tetrarchie orageuse, dit M. de Sigrais, qui exl- >i gealt , pour ne passe détruire elle-même, l'union la plus i) parfiiite , une concorde plus que fraternelle entre quatre » princes nés dans quatre contrées diverses , et dont l'âge , la M naissance, les mœars, le caractère, différaient encore beauj» coup. Le prodige, qu'on ne pouvait guère espérer, arriva « cependant , dura, par la supériorité du génie conrilialeur de i> Diocletien , près de douze ans ; et d'un système très-vicieux i> de sa nature, résultèrent deux grands biens pour l'empire : M l'un que la milice commença à respecter davantage la vie de n ses empereurs ainsi multipliés; l'autre, que les provinces de * chaque partage, surchargcej , à la vérité, du poids d'une cour
DES EMPEREURS ROMAINS. :i2J
» dispendieuse, mais velHees Je plus près, secourues plus j> promptement , furent défendues avec plus d intérêt et de vi- » gueur par des souverains, (pi'ellcs ne lavaient été auparavant j» par des généraux indifférents à la gloire de leur prince, et sou- » vent rebelles. » L'an 296, Dioclétien passe en Egypte pour faire la guerre au tyran Achillée , assiège Alexandrie dont il se rend maître au bout de huit mois, fait Achillée prisonnier, et dompte les Thebains, qui avalent eu le plus de part à sa révolte. Pour les contenir dans la soumission, il leur enlève toute leur jeunesse, dont il forme trois légions, qui furent nommées, /* Joviii feliv Thebœorum , 11'^ Maxîmiana TheboEorum , et ///* Diucletiana Thebœurum. {]X\\â^i.) V&n 3o3 , Dlocleticn , à la sollicitation de Galère, commence à iSicomedie, par un édit publié le 2.0 février, la neuvième ou dixième persécution contre les Chrétiens , qu'il avait favorisés jusqu'alors et préférés à tous autres pour les emplois de confiance. Elle fit tant de martyrs, que les ennemis du Ciiristianisme se vantaient de lui avoir porté le coup mortel. On voit encore une médaille de Dioctétien avec cette inscription : NoMiNE Christianohum deleto. Depuis son élévation , ce prince n'avait pas encore vu Rome. Il s'y rendit avec Herculeus, la même année ?io3, vers la fin de l'automne , pour T célébrer, le 17 novembre, un triomphe qui est le dernier que jamais ail vu Rome. L'Afrique et la Bretagne , le lihin et le Danube fournissaient de superbes trophées pour cette fête. On portait devant le char impérial les représentations des rivières, des montagnes et des provinces. Les images des femmes^ des sœuis et des enfants {\u grand Rui^f\\n avaient été pris et rendus ensuite à la paix, formaietit un spectacle nouveau, et flattaient la vanité du peuple. ( Voy- Narsès , roi de Perse. ) Dloclétlen , piqué des railleries des Homains, les quitte le iq ou le 20 du mois suivant, et s'achemine vers Ravenne malgré la rigueur de la saison. Il contracta, sur la route , une maladie lente qui ne le quitta jwint; et depuis ce tems, on vit son esprit s'affaiblir avec son corps; ce qui fut regardé comme une punition des cruautés qu il exerçait, ou qui s'exerçaient en son nom contre les Chrétiens. (Tillemont.) Pressé par Galère, qui l'était venu trouvera jNicomédie, l'an 3o5, il abdiqua l'empire le I ". mai , et se retira à Salone , où il vécut encore huit ans, occupé à cultiver ses jardins, et disant à ses amis qu'il n'avait commencé à vi\re que du jour de sa renonciation. Mais avant que de terminer sa carrière, il eut la douleur de voir Constantin embrasser cette religion qu'il s'était flatté d'avoir détruite. D'autres chagrins vinrent encore l'assiéger dans sa retraite. Valérie, sa fille, veuve de Galère iMaximin, avait passé dans leslerrcs de Maximin Daia , croyant qu'elle y serait plus eu sûrclé.
2^8 CttROKOLOGlE HISTORIQUE
Celuî-ci n'ayant pu l'engagera l'épouser, l'envoya en exîlavec sa mère, eldemeura sourd aux instances que lui fit Dioclétiei'î pour ravoir sa femme et sa fille. Enfin , Dioclétien ayant appris que Constantin avait abattu ses images avec celles d'Herculeus, paîce qu'il avait paru favorable an parti Je Maxen-ce , cette nouvelle le plongea dans un tel accablement qu'il ne put y survivre. Pleurant sans cesse, s'agitant en toutes manières, et se refusant la nourriture, il mourut d'épuiseiTient , d'affliction et de désespoir au mois de mai 3i3 (et non le 3 décembre précédent, comme le marque M. Fleuri), à l'âge de soixante-huit ans. Prisca, sa femme, à qui Licinius fit trancber la tête en 3i5, lui donna Galeria Valeria , dont on vient de parler. La mère et la fiîle étaient rbrétiennes , mais elles n'eurent pas la force de soutenir leur fol , lorsque Dioclétien leur commanda de sacrifier aux idoles. La fille, dans la suite, eut le même sort cpie sa mère, et périt avec elle, après avoir erré long-tems l'une et l'autre, en diverses contrées. Dioclétien, dont quelques modernes se plaisent à exaller la sagesse, donna dans un faste qui n'avait d'exemple que dans les mauvais princes qui l'avaient précédé. Il portait des robes tlssues d'or et de soie , et jusqu'à des souliers couverts de pierreries. Ce misérable mortel voulut qu'on le traitât d'éternel et qu'on se prosternât devant ses statues comme devant celles des dieux. Du reste , on ne peut nier qu'il ne fût un grand capitaine et un bablle politique. On vante, avec raison, 1 équité de la plupart des lois qu'il publia. Il embellit de superbes édifices plusieurs villes, surtout Rome, Milan , Carthage et Nicomédle.
HERCULEUS.
aSG. M. AuR. Valer. Maximianus Herculeus, né près de Sirmlrh, d'une famille obscure, le 21 juillet de l'an aSo, créé césar le 2.0 novembre 28,5, fut associe à l'empire par Dioclétien, le 1*^^ avril 286, suivant Idace, dont le sentiment est le mieux appuyé. Ce cboix ne fit pas bonneur au discernement de Dioclétien. A des manières rustiques, qu'il tenait de sa naissance et dont il ne se dépouilla jamais, Herculeus joignait un caractère féroce , un naturel sanguinaire et un penchant invincible pour les plus énormes dérèglements. N'ayant d'ailleurs aucune étude, il n'était recommandable que par sa valeur. Peu de tems après son association à l'empire, il fut envoyé par Dioclétien dans les Gaules pour réduire les Bagandes, laction de paysans que les injustices et les vexations des officiers préposés aux impôts avaient soulevés. Après les avoir forcés dans le principal de leurs postes, situé dans le lieu dit aujourd'hui Saint- Maur, près de Paris, et qui s'appelait autrefois le. château dos
Ï.ES EMPEREURS ROMAÎTSS. aag
!Bagaudes, Il vint à bout, comme on Ta déjà dit ailleurs , de les dissiper, sans pouvoir néanmoins les détruire. Il fit la guerre ensuite avec le même succès à diverses nations barbares qui s étaient jetées dans les Gaules, Hérules , Bourguignons, Allemands et Caïbons , peuples de Germanie. Ce lut dans le cours de ces expéditions. Tan 28G ou 287, qu'ayant reçu de Dioclétien , au pied des Alpes pennines, Tune des trois légions thébéennes, commandées par saint Maurice , il la fit massacrer toute entière par son armée le 22 septembre , après Tavoir décimée plusieurs fois, sur le refus qu'elle fit de sacrifier aux idoles. ( J^oy. la savante Dissertation de I\I. Rivaz sur cet événement.) Herculeus passa , l'an 297, en Afrique, où il ramena sous le joug de l'obéissance cinq villes de Lybie qui s'étaient révoltées. Mais l'an So5, il quitta la pourpre, malgré lui, à Milan le 1" mai, le même jour que Dioclétien la quittait à Nicomédie. Il la reprit l'année suivante à Uome , où son fils Maxence s'était fait reconnaître auguste. Il la quitta une deuxième fois en 3o8, pour mieux tromper son gendre Constantin, et la reprit aussitôt à Arles; Mais Constantin s'étant saisi de lui dans Marseille , l'en dépouilla , et lui fit grâce de la vie. Convaincu ensuite d'avoir attenté à celle de Constantin , on ne lui laissa que le cboix du genre de mort. Il choisit la corde, et s'étrangla lui-même à Marseille, dans le mois d'avril au plus tard de l'an 3 10. il avait eu de Galeria Eutropia , sa femme, outre Maxence, une fille nommée Fausta , mariée à Constantin.