‹ L'art de vérifier les dates (volume 5)Chapitre 305 sur 437 · CONSTANTIN · texte numérisé non relu

CONSTANTIN

3o6. C. Flavius Valer. Aur. Claudius Constantinus , fds de Constance Chlore et d'Hélène, né à Naisse, en Dardanie, le 27 février 274? fut proclamé auguste à Yorck, par l'armée, le an juillet 3o6, aussitôt après la mort de son père et sur sa désignation. Mais Galère , qui avait tenté de le faire pcrir en Orient , avant qu'il eût rejoint Constance , ne consentit a lui accorder que le titre de césar. « Constantin, dit Gibbon , avait M la taille grande et l'air majestueux; adroit pour tous les « exercices du corps, intrépide dans la guerre, aifable dans la » paix, il s'accoutuma de bonne heure à déguiser ses passions. u J.a prudence tempérait le feu de sa jeunesse ; et dans le tems M que l'ambition agissait le plus fortement sur son âme, il se i> montrait froid et insensible à l'attrait du plaisir. » Le premier usage que Constantin fit de son autorité, fut, selon Lactance, de tirer le Christianisme de l'oppression. L'an 007, le 1^' mars, Herculeus , qui avait repris la pourpre , la donne à Constantin , avec Fausta , sa fille , en mariage. L'heureux moment approchait où la vraie religion allait s'asseoir sur le trône des Césars. L'an 3ii, ou 012, Constantin, étant dans les Gaules, et marchant à la tête de son armée , un peu après midi , aperçoit audessous du soleil une croix lumineuse, avec cette inscription : Soyez vainqueur par ce signe. La nuit suivante, Jésus- Christ lui apparut en songe avec le même signe, et lui ordonna d'en faire un semblable pour combattre ses ennemis. Le prince obéit, fit graver la croix qu'il avait vue, et la plaça sur un étendard qui fut appelle le Laharum : mot barbare, à ce qu'il paraît , dont il est difficile de déterminer l'origine. « C'était j) comme le bois d'une longue pique, couvert d'or, orné et i> traversé en haut par un autre bois qui formait une croix , des w bras de laquelle pendait un voile tissu d'or et orné de pierj> reries. Au haut de la croix brillait une riche couronne d'or >> et de pierres précieuses, au milieu de laquelle étaient les i> deux premières lettres grecques du nom de Christ, entre-

Ï>FS EMPEREURS HOMAITTS. =35

» lacées Tune dans l'autre. Au-dessus du voile étaient les images }» de l'empereur et des princes, ses enfants. Cinquante de ses j> gardes, des plus braves et des plus pieux, furent choisis ?» pour porter cet étendard. «(Dinouard. j Par-tout où il parut, les troupes furent victorieuses; jamais celui qui le portait ne fut ni tué ni blesé. Telle était la vertu de ce signe. Après cela, Constantin, résolu de n'adorer qu'un seul Dieu, se fait inbtruire de la religion chrétienne et l'embrasse. Les succès, promis à ses armes, se vérifient. L'an 3i2, avant passé les Alpes, il force la ville de Suze , défait les troupes de Maxence à Turin , à Bresse , à Vérone, et s'approche de Rome, d'où Maxence étant Sorti le 28 octobre, pour le repousser, engage une bataille qu'il perd, et se noie dans le Tibre en senfuyant ; prince abominable, dont Julien, dans son Banquet des Césars, ne parle qu'avec horreur et mépris, et que Zozime accuse de toutes sortes de cruautés et de débauches. Le lendemain , Constantin fait son entrée triomphante dans Home ^ où il est reçu comme un libérateur. Le sénat, qu'il rétablit dans; ses anciennes prérogatives, lui témoigne sa reconnaissance , en faisant élever, en son honneur, un arc de triomphe, qui subsiste encore aujourd'hui. Lui-même, pour témoigner sa reconnaissance envers l'auteur de sa victoire, fit ériger, au milieu de la ville, une croix, formée de deux piques, qui fut mise entre les mains de sa statue, avec une inscription latine, portant que c'était par ce signe salutaire qu'il avait délivré Rome dit joug de la tyrannie , rendu la liberté au sénat et au peuple romain , €t rétabli la i^ille dans son ancienne splendeur. ( Euseb. Vit. Cons^ tant. ) Les prétoriens furent presque les seuls qui n'eurent pas lieu de participer à la joie publique. Ce corps, jusque là , si formidable , qui s'était arrogé le droit de conférer l'empire et de lôter, se vit tout-à-coup anéanti par un ordre du prince qui le cassa. Mais, nous ne le dissimulerons pas, la conduite de Constantin, à cet égard, n'a pas encore réuni tous les suffrages. Toujours embrasé de zèle pour la vraie religion, la même année, étant à Milan, il rend, de concert avec Licinius. devenu nouvellement son beau-frère, un écht en faveur des Chrétiens. L'an 3i3 , par une autre ordonnance, il accorde des privilèges et des immunités aux églises et aux clercs. L'an 3i4, la guerre s'allume entre Constantin et Licinius. Bataille de Cibales, en Pannonle , où Licinius est défait le rt octobre. Constantin lui accorde la paix, sur la fin de la même année, après la bataille de Mardie, enThiace, qui fut neutre. La guerre recommence, entre ces deux princes, l'an 3^3. Licinius battu, le 3 juillet, à Andrinople , et le ib septembre, près de Calcédoine, obtient iV. 3o

ê34 chronologie historique

sa grâce du vainqTier en abdiquant. Constantin devient par-lS seul mai'tre de tout l'empire, sur la fin de septembre de la rnème année. L'an Saa, pour étouffer dans sa naissance l'hérésie d'Arius , il assemble à ses frais, au mois de juin, dans son palais de Nicée, en Blthynie, le premier concile œcuménique, auquel il assista et prit séance , quoique simple catéchumène, et dont // reçut les décisions^ dit Éossuet , comme un oracle du ciel. Avant l'ouverture des séances, plusieurs évêques lui présentèrent des requêtes les uns contre les autres. L'empereur Ht de tous ces libelles un rouleau, qu'il brûla, quelques jours après, en présence des parties, assurant qu'il n'en avait lu aucun. Il faut ^ disait-il, se donner de garde de révéler les fautes des minisires du Seigneur^ de peur de scandaliser le peuple , et de lui prêter de quoi autoriser ses désordres. ( Voy. les Conc.) L'an 026, le césar Crispe, fds aîné de Constantin, accusé par Fausta, sa marâtre , d'avoir attenté à son honneur et formé le projet d'une révolte, est puni de mort, par ordre de ce prince, à Pôle, en Istrle , dans le mois de juillet. L'infortuné père , ayant depuis reconnu son innocence , le pleura amèrement , et ne trouva de consolation qu'en lui faisant ériger à Pôle vme statue d'argent avec une tête d'or, sur le front de laquelle étaient gravés ces lïiots :Jils injustement condamné. Peu de princes ont fait plus de changements dans l'empire que Constantin. Mais voici le plus hardi, le plus étonnant , et celui qui eut les plus grandes suites. L'an nsc) , par vm motif qui n'est pas bien connu , il transfère le siège de l'empire à Bysance , ville ruinée de ïhrace, située à rextrémité de l'Europe, sur le terrain de laquelle, et dans ime enceinte beaucoup plus étendue ( celle de Bysance ne renferme aujourd'hui que le sérail du grand-seigneur), il éleva une autre ville, qu'il nomma de son nom Constantinople. La construction de cette nouvelle Rome (c'est encore le nom qu'oa lui donna ) fut conduite avec tant de célérité , que les fondements en ayant été posés le :>B novembre de cette année , la dédicace s'en fit le 1 1 mai suivant. Constantin n'épargna rien pour la rendre semblable à l'ancienne Rome. Des bâtiments superbes, entre lesquels il faut compter plusieurs églises, des places publiques, des fontaines , vm cirque, deux palais, un capitole , le tout enrichi des plus belles statues , tirées des autres villes, furent les principaux ornements dont il la décora. Il y créa un sénat ; mais il en restreignit l'autorité aux fonctions de la judicature , sans lui accorder aucune influence dans les affaires de l'état. On voit, dit M. Le Beau, par les anciennes îiiédailles de Bysance , que le croissant fut toujours un symbole attaché à cette ville. Il faut l'avouer; Constantin, en fondant^

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sa nouvelle capitale, consulta moins l'inlcict de l'empire, c]i:e sa propre vanité. r< Lorsque le siège de l'empire, dit Montes- 3) quieu, fut établi en Orient, Rome ^ presqu'entière , y 3> passa; les grands y menèrent leurs esclaves, c'est- à- dire j> presque tout le peuple , et l'Italie fut privée de ses habitants.» Celte dépopulation d'un pays qui était auparavant le centre des forces de l'empire , facilita les irruptions des Barbares, et prépara la ruine totale de Tempire d'Occident. L'an 3.^7, Constantin, toujours occupé de l'embellissement de son ouvrage , meurt , à Achyron , près de ISicoraédie , le 22 mai , dans de grands sentiments de religion,, après avoir reçu le baptême des mains du fameux Eusèbe , évêque de cette ville. 11 fut enterré à Constantinople dans la magnifique église qu'il avait fait bâtir à ce dessein , disant, au rapport d Eusèbe de Césarée dans sa Vie^ qu'il espérait avoir part , même après sa. mort, aux prières que les fidèles viendraient faire en ce lieu. Constantin avait vécu soixanle-trois ans , deux mois et vingtcinq jours, et avait régné trente ans, neuf mois et vingt-sept jours. Eutrope a dit de lui que les premières années de son règne furent les plus belbs, et que les dernières n'y répondirent pas : Vir primo impenl tempore optimis prinripibus , u/tirno mediis cum pa r and us. Ce juoe ment est plus modéi'é que celui d'Aurelius "Victor, auteur païen, comme Eutrope, suivant lequel' Constantin fut un héros dans les dix premières années, un ravisseur dans les douze suivantes, et un dissipateur dans les dix dernières. Il est aisé de s'apercevoir que de ces deux reproches, l'un porte sur les richesses qu'enleva Constantin à l'idolâtrie , et l'autre sur celles dont il combla l'église. M. l'abbé de Mabli fait de Constantin un portrait plus ressemblant, dont nous ne pouvons copier que les principaux traits. « Brave, dit- il , à la i> tête de ses armées, faible dans sa cour, savant capitaine , n empereur médiocre , habile à prévoir et à prévenir les desj> seins de ses ennemis, crédule au milieu de ses ministres dont » il était le jouet , il rendit l'empire heureux au dehors et

j> malheureux au dedans Attentif aux affaires de Tempire

il et toujours occupé de grands projets, son génie allait s atj> tiédir dans les plus petits détails. Généreux, libéral et po- D pulaire par principe de religion, il fut dur, avare et altiep

» quand il était livré à son tempérament Constantin fit

n disparaître les faibles restes de l'ancien génie romain , en » retirant ses légions des frontières pour les mettre en garnison j* dans les villes et dans le cœur des provinces. Le soldat y fut a> mauvais citoyen; et quand on voulait le faire repasser suc iu les frontières, il était efféminé. » Ce prince avait épousé^

£3G CHRONOLOGIE mSTORIQUE

1» MlNERViNE, qui le fit père de Crispe, dont on a parlé cidessus, créé césar le i" mars 3 17, et trois fois consul ; 2.°^ Tan 3o7, Fausta, fille d'Herculeus, dont il eut Constantin, Constance et Constant, ses successeurs, avec deux filles, Constantine, femme d'Hannibalien , roi de Pont, puis de Conslantius Gallus ; et Hélène, femme de Julien. Fausta fut étouffée dans un bain , l'an 3^6 , par ordre de Constantin , pour venger la mort de Crispe, qu'elle avait , comme on l'a dit, occasionnée par ses calomnies.

Constantin fit un grand nombres de constitutions que l'on fait monter jusqu'à deux cents, et dont plusieurs sont en faveur de la religion chrétienne. Parmi celles qui concernent le civil, on doit distinguer son édit , du i3 mai 3i5 , donné à Naisse, par lequel il ordonnait de prendre sur le trésor public , où sur son domaine, de quoi nourrir les enfants dont les pères ne seraient pas eii état de les entretenir. De son tems il parut aussi deux corps de lois , appelés des noms de leurs rédacteurs, l'un Code Grégorien^ l'autre Code Hermo^é/ii'en.

Entre les réformes que ce prince fit dans l'état politique de l'empirej'unedes plus remarquables est celle delà charge de préfet «lu prétoire. Cet ofticier, de simple capitaine delà garde du prince, tel qu'il avait été institué par Auguste, était parvenu à un pouvoir absolu sur les troupes et avait acquis une égale juridiction dans le gouvernement civil. Les édlts du préfet avaient force de loi dans tout l'empire. Tous les tribunaux ressorlissalent à lui ; et il recevait les appellations qu'on interjetait de leurs jugements. Après l'abdication de Doclétlen, les deux augustes et les deux césars qui lui succédèrent, eurent , chacun dans leur portion de l'empire, un préfet du prétoire. Il n'y en avait plus que deux lorsque Constantin réunit Tempire entier dans sa main. Mais l'autorité dont ils jouissaient faisant ombi-age à la sienne , il les abolit , et en créa quatre autres sur un nouveau plan. Il désarma ceux-ci, auxquels il substitua deux maîtres de la milice pour les troupes, et en fit des officiers purement civils , de finance et de judicature. La division de leurs départements fut à peu près celle qu'avaient faite entr'eux les quatre successeurs immédiats de Dioclétlens. Il y eut par conséquent un préfet pour l'Orient , un autre pour l'Illyrle , un 3« pour l'Italie , un 4^ pour les Gaules. Chaque préfecture se divisait en diocèses qui avaient chacun à leur tête un vicaire du préfet ; et les diocèses se subdivisaient en provinces dont les plus considérables étalent gouvernées par un consulaire , celles du 2.^ rang par ui» correcleur, et celles du 3« rang par un président. i)e plus.

DES EMPEREURS ROMAIÎïS. O^-f

cliaque province avait une principale ville qu'on noTnmait métropole, à laquelle ressortissaient les autres villes. La préfecture (l'Orient comprenait cinq diocèses , l'Orient propre, l'Egypte, l'Asie, le Pont et la Thrace. Celle d'Jllyrie n'en renfermait que deux, la Macédoine, sous le nomde laquelle la Grèce était comprise, et la Dace. Ces deux prélectiarcs formaient l'empire d'Orient. Celui d'Occident était composé des deux autres. Dans la Fréfd'cture d'Italie étaient contenus trois diocèses, Tltalle propre lllyrie occidentale , et l'Afritpie. Les Gaules en avaient le même nombre, savoir la Gaule proprement dite , la Bretagne et l'Espagne , à laquelle était jointe la Mauritanie tingitane. En abolissant la charge de préfet du prétoire sur le pied qu'elle avait été instituée au commencement de l'empire , Constantin cassa, comme on l'a dit, les cohortes prétoriennes, et y substitua, pour la garde de la personne du prince, un nouveau corps de milice , dont les soldats qu'on' y enrôlait étaient appelles viUites prœsentes , milites in prœsenti ^ milites prœsintanci ^ milites prœsentiales. Cette milice, qui avait son chef particulier , s'accrut sous les règnes suivants, et devint semblable à peu près, pour le nombre et la destination , à celles des janissaires dans l'empire Turc. On sait que celle-ci , originairement établie pour garder la personne du sultan , s'est tellement iimltipliée , qu'il n'y en a plus qu'une partie (c'est la moindre), dont la fonction soit de rester toujours auprès du grand seigneur , et que l'autre, partagée en différentes troupes, est distribuée sur les frontières de l'empire ottoman.

Jusqu'à Constantin les dignités avaient toujours été des charges; « et cela était raisonnable, dit M. de Condillac, parce que M les honneursdevraient toujours être joints aux services. «Mais ce prince donna le premier des titres sans fonctions. Tels furent les patrices, qu'il faut bien distinguer des patriciens, et auxquels, en les créant, il assigna le rang au-dessus des préfets , sans leur accorder aucun pouvoir sur eux, ni sur tout autre officier. Cette dignité oisive était ordinairement à vie. Il faut néanmoins dire à la décharge de Constantin , qu'elle fut sous lui, et devait toujoiu's être dans son intention, la récompense des services importants rendus à l'état. Il y avait avant lui des comtes, comités^ ainsi nommés parce qu'ils formaient le conseil du prince, et l'accompagnaient dans ses \oyages. Ils étaient de deux sortes; les comtes d 'S largesses impériales, comités sacrarumlargidunum^ et les comtes des affaires privées , comités prioatanim ( reriim. ) Mais Constantin en créa une 3<= espèce qui n'avait que le titre , à peu près comme ceux que la plupart des souverains de l'Europe font de nos jours.

Le titre de noùilissime^ également vain, est encore de l'invcn-

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tion de Constantin. Il en décora ses frères pour les consoler de rinutilité et de l'espèce d'exil où il les retenait.

On regarde, avec raison , comme une fable ce que racontent quelques légendaires de la lèpre de Constantin qui , par le conseil, disent-ils , des magiciens, s'était déterminé à faire égorger un certain nombre d'enfants, pour se faire un bain de leur sang, comme un remède infaillible contre ce mal ; résolution , ajoutent-ils, que Dieu 1 empêcha d'exécuter , en Tavertissant dans un songe qu'il guérirait en recevant le baptême. Mais nous avertissons que ce conte est plus ancien que ne pensent nos critiques, puisqu'il se rencontre dans l'Histoire des Arméniens de Moysede Chorène, écrivain du cinquième siècle (p. 209).

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