JUSTIN I EN I
527, Justinien, neveu de Justin, par sa mère, né le i s mai 4^3, à Taurésium, élevé par Théophile, qui en fit uo homme savant, lut déclaré auguste par son oncle, et couronné avec TilÉODORA , sa femme, le i*"". avril Szj. Il succéda, le j*"^. aaût suivant , à Justin. Dans les commencements de son règne, Justinien signala sonzèlepour lafolpardesloislrès-sévèrescontre les Hérétiques. Il continua la guerre contre les Perses , sur lesquels Bélisaire, son général, remporta trois victoires célèbres dans les années 628, 042 et 54^. ( f'^oyez Chosroès. ) Le même général détruisit, l'an 534, le royaume des Vandales, en Afrique, et emmena leur dernier roi Gélimer à Constantinople , pour déposer les ornements royaux aux pieds de Justinien. L'an 553, Narsès , autre général de Justinien, acheva d'éteindre la domination des Goths en Italie. Ces conquêtes rendirent à l'empire romain une grande partie de sa première étendue. Justinien a rendu un service essentiel à la juiisprudence par le Code qui porte son nom , publié d'abord en 529, ensuite en 5.33 et er> 534. Cette dernière édition est celle que nous avoi.s aujourd'hui. Le Code fut suivi du Digeste, publié le 3o décembre 533, et des Institutes. Vinrent plusieurs années après les Novelles ; recueil composé de cent soixante-trois consiilutions et de treize édits de Justinien. Tout cela, quoique défectueux à quelques égards, a raérité justement à ce prince le titre de restaurateur de la jurisprudence. Il a peut-être également droit à celui de restaurateur de l'empire, par les soins qu'il se donna pour lui redonner une nouvelle face. Plusieurs villes seraient demeurées ensevelies sous leurs ruines, sans les travaux qu'il entreprit pour les relever. Il en décora d'autres de superbes édifices. Constantinople fut le principal objtt de son attention. Entre les monuments de sa magnificence qu'il y éleva, le plus mémorai>le, qui subsiste encore de nos jours , est l'église de Sainte-Sophie, dont il fit la dédicace le 27 décembre 537, et que le Mahomet isme a convertie en mosquée. Pour fermer aux barbares l'entrée de l'empire, il en lés issa les frontières de bonnes ciiadelles; ensorte que, semblable à une ville bien fortifiée, son enceinte présentait de toutes paris des ouvrages propres à le mettre à l'abri de toute surprise, et à résister aux altarjucs de ses ennemis. Un prince, occupé de tant de soins divers, ne devait guère trouver de tew)»jiour le repos et le plaisir. Aussi Justinien ne coniiut-il nlTuii^j,
'fjS CHRONOLOGIE HISTORIQUE
ïii l'autre. Il Iravaillait sans relâche, ne dormait presque point J mangeait très-peu, et ne prenait même de la nourriture en Carême que de deux jours l'un , encore n'était-ce que des herbes sauvages qu'il mangeait sans pain. Jusqu'ici , nous avons mon-^ tré Justinien par le côté brillant. Voici le revers. Peu scrupuleux sur les lois de la bienséance , il avait tiré du théâtre Theo- DORA pour en faire sa femme. Non moins artificieuse que belle et spirituelle, elle acquit sur l'esprit de ce prince un ascendant: qui lui fit commettre beaucoup d'injustices. J^e zèle, qu'il témoigna pour faire revivre et faciliter l'étude des lois, ne le ren-^ dit pas plus attentif a les faire observer. Ses officiers les violaient impunément au gré de leur avarice ; et Tn-bonien, le chef des tlix jurisconsultes qu'il employa pour la rédaction de son code, çt d'autres compilations de lois, se permettait les gains les plus illicites et les plus sordides. On regarde avec raison comme une faiblesse dans Justinien, la passion qu'il marqua pour les spec-^ ^^acles , et l'intérêt qu'il prit dans les querelles qu'ils occasionnaient.. De tems immémorial régnaient dans le cirque deux factions, nommées les Bleus et les Verts, à raison des couleurs que prenaient les cochers qui se disputaient le prix. Le peuple se passionnait entre les uns et les autres, souvent juscju'à la fu-. reur. Justinien eut l'imprudence de se déclarer pour les Bleus^ et causa par-là une sédition qui coûta la vie à plus de trente mille hommes. Ce désastre arriva l'an 532. (Le Beau. ) La fausse éco^ ïiomie de Justinien rendit inutiles les précautions qu'il avait prises , pour mettre en sûreté les frontières de l'empire contre les invasions des étrangers. S'imaginant que, garnies de bonnes forteresses, elles n'exigeaient que peu de bras jwui" les défendre^ il supprima les troupes destinées à les gaider. Le retranchement des gratifications, qu'il faisait tous les cinq ans à chaque soldai, fut une autre plaie qu'il fit à la bonlé du service. Les vé-. térans se retirèrent, et ne furent point remplacés. Justinien, dans les beaux tems de son règne, avait six cent quarante mille hommes armés ; et , dans ses dernières années , on n'en comptait que cent cinquante mille. On reproche encore à ce prince d'être entré trop avant dans les querelles de religion Sa curio-. site et la démangeaison qu'il avait de dogmatiser, le jetèrent à la fin dans l'erreur des Incorruptibles, qu'il voulut faire passer en dogme par voie d'autorité. 11 mourut , sans l'avoir rétractée et sans laisser d'enfants, le 14 novembre .565 , à l'âge de c|uatrevingt-quatreans , après un règne de trente-huit ans, sept mois eb treize jours. ThÉodûra , sa femme , l'avait précédé au tombcai* dans le njois de juin 64^. Rélisaire, son général, finit ses.joursi environ huit mois avant lui. Depuis cinq ans, ce grand homme, ^tait dans la disgrâce, privé de ses dignités, sur l'accusatioii;
DES EMPEREURS D'ORIEÎST. :i77
d'êlre entré dans une conspiration où l'un de ses domestiques se trouvait impliqué; mais il n'est pas vrai, comme l'avance un écrivain du onzième siècle, que Justinien lui avait fait crever les yeux, et l'avait réduit jusqu'à demander l'aumône.
Justinien est le premier empereur qui se soit attribué le droit de confirmer l'élection des papes. Il commença par celle de Pelage; I , à l'imitation des rois Goths qui en avaient usé de la sorte, tandis qu'ils dominaient à Rome. 11 est aussi le premier empereur qui ait porté une couronne fermée.
JUSTIN II, DIT LE Jeune.
565. Justin, le Jeune , curopalale , ou grand -maître du palais , fds de Dulclssime et de Vigilantia , sœur de Justinien , hil couronné empereur, par le patriarche Jean, le i4 novembre
565. Au commencement de son règne, il donna des marques éclatantes d'équité , de modération et de générosité ; mais la suite fit voir que ces vertus n'étaient point dans son caractère. Las de se contraindre , il ne tarda pas à se montrer tel qu'il était. On ne vit dès-lors en lui qu'un prince faible, indolent, voluptueux, et moins porté à la douceur qu'à la cruauté. Vers l'an
566, il fit assassiner , par jalousie, Justin, son cousin, qui avait rendu de grands services à l'état. S'étant fait ensuite apporter sa tète, il eut la cruelle lâcheté de la fouler aux pieds. Ixs mauvais succès de ses généraux contre les Perses , qui , après s'olrn rendus maîtres de ï)ara , ravagèrent impunément la Syrie , lut causèrent un chagrin , dont son indolence ne paraissait point susceptible. Son cerveau même en fut affecté; et , l'an 074, étant tombé en frénésie, il créa césar, au mois de décembre , Tibère, son gendre , sur lequel il se déchargea ensuite d'une partie dn gouvernement. Cette association fut salutaire à l'empire. Le général Justinien, que Tibère envoya contre les Perses, effaça, par ime victoire signalée , la honte des échecs qu'ils avaient fait essuyer aux Romains. L'an 578, Justin mourut, le 5 octoljre, après un règne de douze ans , dix mois et vingt-deux jours. II avait épousé en secondes noces Sophie, nièce de l'impératrice Théodora , dont il laissa une fille ^ nommée Arabie, qui épousa le curopalaie Badicaire. Sophie eut le même caractère que sa tante , et prit sur l'esprit de son époux le même ascendant qu'avait acquis Théodora sur celui de Justinien. L'une et l'auire, par-là , causèrent de grands maux à l'état. Justin avait eu d'ua premier mariage Anastasie, femme de Tibère. M. le comte du Buat met la mort de Justin en 677.