‹ L'art de vérifier les dates (volume 5)Chapitre 346 sur 437 · ISAAC L'ANGE · texte numérisé non relu

ISAAC L'ANGE

ii85. Isaac l'Ange, nommé Cursath par les Latins, issu d'Alexis Comnène par les femmes , succéda , le 12 septembre 1 1 85, au vieux Andronic, du vivant duquel il avait été couronné. Ce fut un prince faible, indolent et voluptueux, qui abandonna le soin des affaires à des ministres indignes de sa confiance. Il eut cependant le bonheur, au commencement de son règne , de battre les Siciliens , et de recouvrer sur eux la Thes- IV. 40

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salie , par la valeur du général Uranus. Celui-ci s'étant révolte depuis, perdit la vie devant Conslantinople qu'il assiégeait. L'an 1 1 1)5 , Isaac l'Ange, devenu odieux à tout le monde par ses débauches et ses cruautés , fut détrôné , le 8 avril par Alexis l'Ange , son frère , qui le fit enfermer , après lui avoir fait crever les yeux. Il avait régné neuf ans , six mois et vingt-six jours. Ce prince eut, d'une première femme, Alexis, depuis empereur, et Irène, mariée, i". à Hoger, roi de Sicile; ■j.'^. à Philippe de Suabe. Marguerite, fille de Bêla, roi de Hongrie, sa seconde femme, lui donna JVIanuel , à qui Boniface, marquis de Monlferrat, fit prendre vainement le titre d'empereur , après avoir épousé sa mère.

ALEXIS III , L'ANGE , dit COMNENE.

1195. Alexis l'Ange succéda, le 8 avril 1195,3 son frère Isaac, et prit le nom de Comnène. Alexis le Jeune, fils d'Isaac , s'étant évadé , se sauva d'abord en Italie , vint à Rome porter ses plaintes au pape, et passa ensuite en Allemagne, où il fut bien reçu par Philippe de Suabe , alors empereur, son beau-frère. De là, étant venu dans les étals de Venise, il s'adressa aux croisés qui s'y trouvaient, pour en obtenir du secours contre son oncle. Il fit un traité avec eux ; après quoi leur armée ayant mis à la voile , arriva, le 28 juin i2o3, à la vue de Constantinople. La ville fut attaquée aussitôt et emportée d'assaut le 18 juillet suivant. L'empereur Alexis , détesté de ses sujets, prit la fuite, après huit ans. trois mois et dix jours de règne. Ce prince, devenu fugitif, courut diverses aventures, et fut arrêté par le marquis de Montferrat : s'étan t échappé de ses mains, il se réfugia, l'an 1204, chez le sultan d'Iconium , et tomba , l'année suivante , entre les mains de Théodore Lascaris , son gendre : c'était son ennemi déclaré. Lascaris le fit enfermer dans un monastère , où il finit ses jours. Alexis l'Ange n'avait ni courage ni sentiment d'honneur. Pour se livrer à la débauche , il avait abandonné les rênes du gouvernement à sa femme Euphrosïne Ducène , qui les mania au gré de son avarice et de son orgueil. S'étant laissé battre par les Turcs et les Bulgares, il n'avait terminé cette guerre honteuse, qu'en achetant bassement la paix à force d'argent. De son mariage il laissa trois filles, Irène, femme d'Alexis Paléologue ; Anne, mariée en premières noces à Isaac Comnène , et en secondes à Théodore Lascaris: Eudocle, qui épousa successivement Etienne, roi de Servie, Alexis Murzuphle, empereur, et Léon, qui se rendit maître de Corinthe après la deuxième prise de Constantinople.

C'est Alexis l'Ange <|ul créa la dignité de despote, et qui lui

DES EMPEREURS D'oRIENT. 3i5

(ionna le premier rang après l'empereur , au-dessus de l'auguste et du césar. Les despotes étaient ordinairement les fils ou les gendres des empereurs. Leprincede Valachie,et quelques autres petits souverains tributaires du turc , prennent encore ce titre. On appella despotats les apanages qu'ils eurent. De-là le nom de despotat qu'a toujoui's conservé depuis la Livadie, qui est l'ancienne Etolie.

1SAA.C L'ANGE rétabli, ALEXIS IV, le jeune, son fils, NICOLAS CANABÉ, ALEXIS DUC AS, dit MURZUPHLE.

i2o3. IsAAC l'Ange fut tiré de prison le 18 juillet i2o3, et remis sur le trône. Aussitôt il ratifia le traité fait entre les croisés et Alexis , son fils , qui fut couronné le premier août de la même année. Le jeune Alexis, maître des affaires, se fîtgénéralement haïr par la dureté avec laquelle il tirait de ses sujets l'argent qu'il avait promis aux croisés. Ceux-ci, de leur côté , tandis qu'ils attendaient leurpaiemcnt et la saison propre à s'embarquer, achevaient de pousser à bout les Grecs parleur licence. Alexis Ducas, surnommé Murzuphle, de l'épaisseur de ses sourcils , profita de ce mécontentement pour exciter une sédition. Elle éclata tout à coup le ^5 janvier 1204. Le peuple, s'étant assemblé tumultuaîrement, demanda un autre empereur. Nicolas Canabe fut élu sur champ, et sacré au bout de trois jours. Isaac l'Aveugle était à l'agonie , et mourut dans ces entrefaites. Murzuphle , s'étant saisi du jeune Alexis, le dépouilla des habits impériaux, dont il se revêtit, et le jeta dans une affreuse prison. Il y mit aussi Canabé. Ayant ensuite essayé d'empoisonner Alexis sans pouvoir y réussir, il l'étrangla le 8 février 1204. Alexis n'avait régné que six mois et huit jours. Les croisés alors se crurent en droit de conquérir l'empire grec. La chose fut ainsi décidée par les évcques. Les Français et les Vénitiens, ayant fait entre eux un traité pour le partage de la conquête, attaquent Constantinople, et la prennent par escalade le lundi 12 avril de l'an 1204 de J. C. , 6712 de l'ère des Grecs, ou de Constantinople , Indiction vu, selon Nicétas et Ducas. La nuit suivante , Murzuphle s'enfuit , après avoir régné deux mois et demi. Le lendemain, on permit le pillage, mais avec défense de toucher aux choses sacrées, de mettre à mort les habitants , d'attenter à l'honneur des femmes, et avec ordre, sous peine de la vie , de porter tout le butin dans trois églises désignées, pour être ensuite distribué à chacun dans une proportion équitable. Ces sages précautions des chefs furent, à la vérité, mal obs>?rvées Mais il s'en faut bien que les désordres , auxquels se livrèrent les vainqueurs , aient approché de la description horrible qu'en

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ont faite les hlstori>m3 grecs. « Les prêtres et les moines , qui a se trouvaient en grand nombre entre les croisés, travaillèrent a» avec tant de zèle à calmer la fureur de la victoire, qu'il n'y w eut dans la ville que deux mille hommes de tués , encore le » furent-ils piesque tous par des Latins qu'Alexis avait chassés 3» de Constantinople ». (Le Beau.) Les reliques furent le butin que le<5 Latins se crurent le plus permis. Il y en avait une quantité prcidigievise à Constantinople. LUes se répandirent depuis dans les églises d'Occident , et sur-tout en France. Après la ■prise de Constanîinople , les croisés nommèrent douze électeurs pour choisir un empereur, six français et six vénitiens. L'éleclion, s'itant faite le a*" dimanche après Pâques (q mai), tomba sur Baudouin , comte de Flandre. Mais avant que de procéder à cette opération , les chefs de la croisade avaient eu soin de se réserver dans la conquête des lots qui restreignirent beaucoup le nouvel empire, et le réduisirent presque à la Thrace et à la Mésie. Xes Vénitiens se donnèrent les îles vers le Péloponèse , et quelques villes des côtes de Phrygie, qui n'avaient point subi le joug des Turcs; Boniface , marquis de Montferrat , prit pour lui les provinces situées au- delà du Bosphore ; le lot de Villeliardoum , maréchal de Champagne , fut l'Achaïe , ou la Grèce proprement dite; et Jacques d'Avenues du Haînaut eut l'île L^ubée , ou le Negrepont pour son partage. L'empereur latin n'avait même la souveraineté que dans un quart de la ville de Constantinople, dont les trois autres quarts étaient partagés entre les Français et les Vénitiens.

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