MANUEL COMNÈNE
1 143. Manuel Com>;è?<e , né Tan t 120 , désigné empereur, au préjudice d'Isaac , son aîné , par Jean Comncne , son {lère , au lit de la mort , fut reconnu , par tous les ordres de la ville impériale, le même jour qu'on y apprit la mort de son père. Ce lut à la diligence et à la dextérité du grand domestique Axuch ,
1)15 EMPEREURS d'ORIEKT. 3i I
^^^ t'ialt parti de Cilicie au momenl que l'empereur Jean expirait, qu'il fut redevable de la réunion des suffrages en sa faveur. Manuel ne tarda pas à le suivre , et fut couronné parle nouveau patriaiche Michel Curcuas. I.e premier usage, qu'il fit de son autorité, fut de remettre en liberté les deux Isaac , son oncle et son frère aîné, qu'Axuch avait fait enfermer pour prévenir une sédition. Manuel, dans la mène année, marcha contre ^iasoud , sultan d'Iconium, qu'il réduisit, après plusieurs victoires remportées sur lui, à demander la paix. L'année suivante, il fit la guerre avec le même succès, par ses généraux, à Raimond , prince d'Antioche. (F. Tart. de ce dernier.) L'an ii47i l'arrivée d'une nouvelle armée de croisés , marchant en deux divisions sous les ordres, l'une de l'empereur Conrad, l'autre du roi Louis le Jeune, donna l'alarme à Manuel et aux Grecs. Manuel ne consulta que ses craintes et ses défiances dans le traitement qu'il leur lit. Il n'y (nfuit vial'ue ^ dit Nicetas , lîisloriea grec , que ce prince ne fil aux croisés^ et n'ordonnât de leur Jaire^ pour seroir d'exemple à leurs descendants , et les détourner de venir sur les terres de l'empire grec. li faut cependant avouer, avec Odon de Deuil , que la conduite hrutale des Allemands, sur la route, avait donné lieu à de grandes plaintes. On prétend que Manuel s'entendit avec le sultan Masoud pour les faire périr. Du moins est-il certain que la perfidie des guides , qu'il leur donna pour traverser l'Asie, fut cause de leur perte. Egarés par ces traîtres dans des lieux impraticables , il n'en échappa pas îa dixième partie à la misère et au fer des ennemis. Louis le Jeune, dont les troupes se comporièrent avec plus de modération , fut reçu avec de grands honneurs à Constantinoplc. Roger II , roi de Sicile , avait fait , l'an ii4^i une descente dans la Grèce, d'où il avait emporté un immense butin. Manuel, par représailles, lui enlève , l'an i «49? après de longs et pénibles efforts, l'île de Corfou. La guerre continue entre ces deux puissances durant cinq ans. (J^oy. les rois de Sicile; \>oy. aussi Kilidge Arslan II, sultan d 'Iconium^ pour les guerres qu 'il eut aoer DJanuel. ) L'an 1180, Manuel finit ses jours le 24 septembre, âgé de soixante ans, après avoir régné trente-sept ans, cinq mois et seize jours. En mourant, il demanda pardon d'avoir ajouté foi aux astrologues qui lui avaient promis encore quatorze ans de règne. Ce prince, de même que son père et son aïeul, se montra bien intentionné pour la réunion des deux églises. Mais il prétendait , à l'exemple de la plupart de ses prédécesseurs ; être l'arbitre né des controverses théologiques, même des plus frivoles; et malheur à quiconque ne se rendait pas à son sentiment, la déposition ou l'exil était la peine de son opposition. Les Grecs et les Latins se sont accordés à décrier Tempereur Manuel;
3l2 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
ceux-là, parce qu'il les avait accablés d'impôts ; ceux-ci , parce qu'il en avait mal usé envers les croisés. Mais les besoins de l'état justifiaient ses exactions, et la conduite des croisés à son égard semblait l'autoriser à les traiter en ennemis. Une faute , plus réelle et plus grave en politique, qu'on lui reproche, c'est d'avoir aboli la marine, parce qu'elle coûtait trop à entretenir. Il avait épousé, i'^. , l'an n44 •> Berthe , dite Irèîse par les Grecs, soeur de Gertrude , femme de l'empereur Conrad, dont il laissaMarie Comnène, femme deRainier, marquis de iVlontferrat ; 2"., l'an 1161 , Marie, fille de Raimond, prince d'Antioche, dont il eut Alexis, qui suit. Manuel eut encore d'un commerce scandaleux avec Théodora, sa nièce , femme hautaine et arrogante, un fils, nommé aussi Alexis, à qui Andronic fit crever les -yeux en ii85, et qu'on ne doit pas confondre avec Alexis, neveu de ce même empereur, (f^. les rois de Hongrie , Geisa II et Etienne II, pour les guerres que Manuel eut avec eux. )
ALEXIS II, COMNENE.
1180. Alexis II, Com^è>e, fils de Manuel et de Marie, né le 10 septembre 1167, parvint à l'empire le 24 septembre 1180, sous la tutèle de sa mère. Celte princesse fit part de la régence au sébastocrator Alexis, neveu de Manuel. Ce choix ne fut pas heureux. L'abus que le sébastocrator fit de son autorité, souleva la plupart des grands contre lui. Ils appelèrent à leur secours Andronic , cousin du défunt empereur, qui l'avait envoyé en exil. Andronic , s'étant rendu maître t\e Constantinople au mois d'avril i 182, fit crever les yeux au sébastocrator, et s'empara de la régence, A peine en fut-il revêtu, qu'il fit massacrer tous les latins établis à Constantinople, sans épargner ni sexe, ni âge, ni condition. Le 16 mai de la même année 1 182 , il fit couronner le jeune Alexis avec Agnès , fille de Louis le Jeune , roi de France, qui lui était fiancée depuis le 2 mars 1180. La mort de l'impératrice Marie suivit de près cette cérémonie. Andronic la fit étrangler, après en avoir fait signer l'ordre par l'empereur. L'an ii83, Andronic se fait associer à l'empire dans le mois de septembre. Au mois d'Octnlire suivant, il fait étrangler Alexis avec la corde d'un arc. Le cadavre de ce malheureux prince lui ayant été apporté , il le poussa du pied en disant que sa tnère avuit été une impudique ^ son père un parjure^ et lui unimbér.ille. Alexis avait régné trois ans et quelques jours. Ce prince était né sans esprit et avec de* penchants vicieux, que l'éducation n'avait pu réformer.
DES EMPEREURS D'0RIE??T. 3l3
ANDRONIC, 1, COMNENE, bit le Vieux.
II 83. Androtîic I, petit-fils de l'empereur Alexis I, par ïsaac son père, fut reconnu seul empereur au mois d'octobre ii83, après la mort du jeune Alexis. Les seules villes de Pruse et de Nicée lui refusèrent l'obéissance. Andronic, les a^ant réduites, y commit des cruautés inonies. L'an ii85, Guillaume, roi de Sicile, excité par Alexis, neveu de l'empereur Manuel, entreprit la conquête de l'empire grec. Dans ce dessein, il fait partir u ne flotte avec une forte armée de terre. Ses généraux, après avoir pris Duras le 24 juin , Thessalonique le 2.S août suivant, marchent droit à Constantinople. Andronic envoyé contre eux un corps de troupes, qiii fut mis en fuite au premier choc. Furieux de ce revers, il s'en prit à plusieurs seigneurs de Constantinople, qu'il soupçonnait faussement d'intelligenceavec l'ennemi. H en fit; mourir la plupart. Du nombre de ces innocentes victimes devait être Isaac l'Ange , qui lui était d'ailleurs odieux, parce que le peuple l'aimait. Isaac se sauve dans l'église de Sainte-Sophie, où le peuple, s'étant attroupé, le proclame empereur. Andronic , à cette nouvelle , veut s'enfuir par mer. Il est pris, charge de chaînes, et ramené aux pieds d'Isaac , qui l'abandonne à la populace. Il n'y eut sorte de tourments et d'outrdges qu'on ne lui fît subir durant plusieurs jours. Il les soutint avec une grande fermeté , ne disaut autre chose que Ky?-ie eleison. Enfin, après avoir été promené par la ville, monté sur un chameau , il fut mené au théâtre où on le pendit parles pieds. Andronic expira de cette sorte le 12 septembre n85. Il avait épousé en troisièmes noces Ag^ïès be Frvnce, fiancée à son devancier. Andronic , s'il eût su modérer la fougue de son caractère emporté et violent, était capable de régner avec gloire. Il aimait la justice, craignait de fouler le peuple, et punissait sévèrf'ment la rapacité de ceux qui levaient les deniers publics. Il avait d'ailleurs l'esprit orné, parlait avec une éloquence persuasive, et composait avec facilité.