IV. JVHUamsonsy hist. oj Maine, I, ch
(4) Char le voix, Nouvelle-France, I, liv. V.
suivante, Claude de la Tour* son lieutenant, fit détruire le comptoir que les habitants de Ne w-P ly mouth avaient établi à Machias (1).
Un concours de circonstances malheureuses arrêta, à cette époque, le développement de ces colonies. Les Indiens se faisaient une guerre cruelle et la cote était infestée de pirates. Le découragement avait gagné les négociants et aventuriers anglais ; Gorges et Mason eux-mêmes perdirent courage, et le Conseil de Plvmouth prit la résolution de se dissoudre. Ce dernier se décida à répartir sa patente en douze provinces royales j et à les tirer an sort entre ses membres ; ce qui eut lieu, du roi, le 3 février i635.
La première province comprenait le pays situé entre les rivières de Sainte-Croix, Pémaquid et de Kennebeck, et s'étendait au nord jusqu'au 48° de latitude. Elle fut appelée Comté de Canada* et échut à sir William Alexander, comte de Sterling. La seconde allait du Pémaquid au Sagadahock ; et une grande partie en fat cédée au marquis de Hamilton. La troisième embrassait le territoire entre le Kennebeck et l'Androsco^gin ; et la quatrième commençait au Sagadahock et se terminait à la Piscataqua. Ces deux dernières furent assignées à sir Ferdinando Gorges, et reçurent le nom de JYew-Somersetshire. Les huit autres provinces étaient situées au sud de la Piscataqua (a).
En i635, le commandeur de Razilly envoya le commandant d'Aulney* avec un bâtiment de guerre, dans le Pénobscot, où il s'empara de l'établissement anglais de Biguydiice (Pénobscot). Les colons de New-Plymoutb, voulant chasser les Français de cette rivière, y expédièrent à leur tour un gros navire, nommé Hope, et une barque, aux ordres du capitaine Girling* pour reprendre cette position. Mais dix-huit Français s'y étaient si fortement retranchés que Girling ne put les réduire (3).
En i635, William Gorges* nommé gouverneur de New-
(i) Hubbards' Tfew-England, ch. 27.
(a) Hazards' Collections, I, 3g3-4< ^e act °f surrender 0/ the . great Charter of New-England.
Hutchinsons Massachusetts, I, ch. 1 .
Voir l'article Massachusetts.
(3) Les Français restèrent maîtres de Biguyduce jusqu'en 1664. Le Pénobscot forma long-tem» la ligne de séparation entre eux et les Anglais.
Somersetshire, par son oncle, fut installé, en cette qualité, à Saco. Cet établissement était devenu, sous les auspices de Vines et de Bonython, le plus important de la colonie. On y leva, cette année, une contribution de 3o livres sterling, et sa population pouvait être de i5o à 160 habitants.
Le 28 mars i636, ce gouverneur tint une Cour de justice, et prononça des arrêts dans différentes affaires. Il se mit ensuite en route pour visiter les autres plantations, qui étaient au nombre de quatre, savoir : Agamenticus, Piscataqua, Black-Point, et la plantation Ligonienne. Il y avait, indépendamment de celles-ci, plusieurs établissements moins considérables, et la population blancbe, comprise entre la Piscataqua le Pénobfccot, pouvait alors s'élever à 1 ,5oo âmes.
William Gorges organisa le premier gouvernement régulier qui ait existé dans le Maine. Toutefois, il n'y séjourna que peu de tems. En juillet 1637, les autorités du Massachusetts reçurent une commission de sir Ferdinando, qui chargeait six particuliers de ce pays du gouvernement de la province. Mais ceux-ci n'acceptèrent point cette mission.
1639. ^ 3 avril, sir Ferdinando Gorges obtint une patente royale qui lui confirmait la possession du Somersetshire, et étendait de 100 milles, dans une direction sudouest, les limites de sa concession.
Par cette charte, le pays et les habitants furent constitués en corps politique, sous le nom de province ou comté du Maine. Sir Ferdinando, ses héritiers et ayant-droit furent déclarés lords-propriétaires absolus de la province, relevant seulement de la couronne, qui se réservait tous les ans une redevance d'un quart de froment, et le cinquième des profits de la pêche des perles, et des mines d'or et d'argent. Le lordpropriétaire jouissait des pouvoirs les plus étendus; il nommait à tous les emplois civils, judiciaires, militaires, et ecclésiastiques ; et, de concert avec la majorité des francs-tenanciers, ou de leurs représentants, il pouvait rendre toutes les lois et promulguer toutes les mesures qu'il croyait d'utilité publique, ou nécessaires à la défense du pays. La province se prolongeait au nord jusqu'à la rivière Morte {Dead River), et^ au nord-ouest, elle confinait au lac Umbagog; sa superficie représentait le sixième environ de l'Etat actuel du Maine (1).
(0 IV. jnitiamsons' Maine, I, ch. 5.
Gorges fit faire une copie exacte de la charte (1), et rédigea, le 1 septembre9 une commission, pour sept conseillers (i)9 revêtue de sa signature et de son sceau, qu'il transmit au Conseil avec les ordonnances et instructions nécessaires, en lui recommandant, lors de sa première session, d'en donner connaissance aux colons « pour que le peuple de la province sût comment il serait gouverné ». Il nomma ensuite Thomas Gorges, « son fidèle et bien-aimé cousin », lieutenant-gouverneur de la province.
Indépendamment des sept conseillers, lesquels constituaient aussi la Cour suprême de justice* huit députés devaient être élus par les francs-tenanciers des comtés, et siéger dans le Conseil général, en qualité de membres assistants. Cette assemblée de quinze formait la législature de la province.
1640. La première Cour générale s'ouvrit, à Saco, le i5 juin. Quatre conseillers seulement y prirent place. C'étaient Richard Vines, Richard Bonython, Henry Joscelyn et Edward Godfrey, qui s'intitulèrent « conseillers de sir Ferdinando Gorges, chargés de rendre la justice dans sa province ». Cette Cour nomma divers officiers et jugea dix-huit actions civiles et huit plaintes (3) .
Thomas Gorges arriva, pendant l'été, dans la province, et y trouva les affaires dans le plus grand désordre. Les propriétés de sir Ferdinando étaient dilapidées, et la direction politique de la colonie livrée à un turbulent ministre nommé Georges Burdet. Le premier soin du lieutenant-gouverneur fut de faire arrêter ce dernier, qui, traduit le 7 septembre devant la Cour siégeant à Saco, fut condamné pour adultère et diffamation, à 35 livres d'amende. Burdet voulut appeler de la sentence aux tribunaux anglais, mais Gorges vendit ses propriétés pour recouvrer l'amende, ce qui le força de s'embarquer pour l'Angleterre*
Les habitants de la rive septentrionale de la Piscataqua, mécontents de l'administration de Gorges, et refusant.de reconnaître la charte de sir Ferdinando, s'assemblèrent, le oa
(1) Hazard? Collections, I, 44^4^> ou »e trouve l'acte de concession.
Hubbards' New -En gland, ch. i5.
(a) Les conseillers étaient Thomas Gorges , Richard Vines, Henry Joscelyn, Francis Champernoon , Richard Son y thon , William, Hook efc Edward Godfrey.
(3) Sullivans' hist. of Maine tZc$s
octobre ; Richard et William Waldron, Thomas Larkham et trente-huit autres signèrent une convention en vertu de laquelle « ils se constituaient en corps politique pour le libre exercice et la conservation de leurs droits ».
1641. Sir Ferdinando Gorges, dans sa sollicitude toute particulière pour Agamenticus (York), l'érigea en ville ou bourg, par une charte datée du 10 avril i&ft. Sa juridiction comprenait un rayon de 3 milles, autour de la chapelle ou oratoire de la plantation, et les bourgeois ou habitants devaient jouir du droit d'élire annuellement un maire et huit aldermen, et de posséder des propriétés pour une valeur indéterminée (i).
1642. Le Ier mars, Gorges éleva ce bourg au rang àecité, sous le nom de Gorgeana, et y attacha un territoire de 2 1 milles carrés, qui s'étendait sur le bord septentrional de l'Agamenticus jusqu'à 7 milles de son embouchure, et avait une lieue de large le long de la cote. La municipalité devait être composée d'un* maire, de douze aldermen, de vingt-quatre conseillers, et d'un grenier, élus tous les ans par les citoyens, ou francs-tenanciers, et jouissant des libertés et privilèges possédés par le corps municipal de la ville de Bristol, en Angleterre (2).
Après la réunion du New-Hampshire au Massachusetts, la Cour générale relégua plusieurs ministres (3) dans la province du Maine. John PPheelright et ses disciples, qui avaient cherché un asile contre la persécution dans la Nouvelle-Angleterre, se virent encore dans la nécessité de fuir l'oppression ; et, franchissant la Piscataqua, se fixèrent dans le Maine. Wheelright acheta au gouverneur Gorges, le 17 avril 1643, une étendue de terres, située sur le bord de la rivière de Négunketj où il attira bientôt une congrégation dont il devint le pasteur. Ces émîgrants ne tardèrent pas à être suivis d'autres malheureux, qui, encouragés par les avantages de la pêche et du commerce de fourrures et de bois de construction, s'établirent le long de la cote de la baie de Piscatacrua jusqu'au Kennebeck, sur une distance de 60 milles, et y jetèrent les fondements des villes de Kittery, York, TVells, Cape-Porpoise, Kennebeck, etc. (4)
(1) ffutchinsons' Massachusetts, I, ch. 1.
(a) Hazards* Collections, I, 480-6. Second Charter of Gorgeana, now York.
(3) Moody, Cotton, Reyner et autres.
($) Voyez note A à la lin de l'article.
de l'Amérique. 47i
Le gouverneur, mécontent de la tournure que prenaient les affaires de la province, résolut de retourner en Angleterre à l'expiration des trois années que devait durer sa commission.
Sur ces entrefaites, Alexandre Righy* qui renaît d'acheter la patente de la Ligonie , laquelle dépendait du territoire de sir Ferdinando Gorges, chargea Georges Cleaves de ses intérêts dans le pays. Ce dernier, à son arrivée à Boston, en i644f invoqua inutilement l'intervention des magistrats du Massachusetts. U s'adressa ensuite au Conseil de sir Ferdinando avec aussi peu de succès. Enfin, cependant, on convint, de part et d'autre, de soumettre la nuestion à l'arbitrage du gouverneur du Massachusetts et de ses assistants, qui, le 3 juin i645, tinrent une Cour spéciale pour juger le différend. Les parties, toutefois, n'ayant pu justifier leurs prétentions réciproques, les arbitres les exhortèrent à vivre en paix, jusqu'à ce qu'une autorité compétente prononçât sur leur validité (i).
Sir Ferdinando, ayant été emprisonné par le parti du parlement, ne put s'occuper de la colonie, après le retour ds/«on cousin, que Richard Vines remplaça dans le poste de lieutenant-gouverneur, en i644* Vines fut réélu le 31 octobre i€45, et durant la session que la Cour tint, à Saco, à la même époque, elle imposa à la province une contribution de de 4 livres sterling 1 1 schellings, qui furent répartis ainsi qu'il suit :
Plantations de la Piscataqua» . . a 1. 10 sch.
Gorgeana 1 »
Saco . . ». 11
Casco. , . . ». 10
1646. Le père Gabriel Dreuilletts, le premier missionnaire catholique envoyé parmi les Indiens Canibas, fixa sa résidence dans le pays de Kennebeck, en 1646. Les capucins établirent, la même année, une factorerie et une chapelle à Pentagoet (3).
Au mois de mars, le gouverneur-général et les commissaires des Plantations américaines, au jugement desquels la
(1) ffubbards9 New-England, I, ch. 44*
(a) Collections of Massachusetts9 hist. society, I, 101-102.
(5) Charle voix, Nouvelle -France, t. I, liv. VI.
question de propriété de la Ligonie fut soumise, la décidèrent en faveur d'Alexandre Rigby (i).
Ce territoire, de 4<> milles de long, sur autant de large, situé au sud du Sagadahock, fut en conséquence distrait des possessions de sir Ferdinando Gorges, et la rivière de Kennebeck servit de ligne de démarcation entre les deux: provinces. Gorges ne conserva que les établissements de Wells, Gorgeana, Piscataqua, et les îles septentrionales- de l'Archipel de Shoals. Trois de ses conseillers, Vines, Joscelyn et Bonython, et divers autres officiers se trouvèrent compris dans la juridiction de la Ligonie , et durent prêter serment au nouveau propriétaire ou quitter le pays.
Cleav^s se hâta de tenir une Cour à Saco, au nom d'Alexandre Rigby, et organisa un gouvernement, dont il fut nommé vice-président. Cette Cour prit le titre de « Assemblée générale de la province de Ligonie », et se composa de cinq ou six assistants et de députés élus, par le peuple.
1647. Godfrey, le seul commissaire restant dans la province de Gorges, en prit le gouvernement. Il rétablit l'administration et tint plusieurs Cours à Wells et à Gorgeana. Dans celle qui s'assembla le 20 octobre, les plantations de Piscataqua furent érigées en ville, sous le nom de Kittzry.
1649. ^nr 068 entrefaites, sir Ferdinando Gorges mourut, et eut pour successeur son fils aîné John* homme sans caractère, qui négligea tellement les intérêts de la province que les habitants furent obligés de faire des règlements et de pourvoir eux-mêmes à leur sûreté. John suivit de près son
Ère au tombeau, laissant un fils, nommé Ferdinando, qui Hta des titres et d'un peu de l'énergie de son aïeul (?).
1 649-1 661. Colonie fondée par la Nouvelle-Plymouth, à Kennebeck. Cette colonie était située à une trop grande distance de la Nouvelle-Plymouth, et celle-ci disposait de trop faibles moyens pour lui être d'aucun secours. Les propriétaires résolurent donc d'affermer son commerce, durant trois années, moyennant 5o livres sterling par an, à cinq colons, savoir : le gouverneur Bradford, John JVinslow* Thomas Prince* Millet et Paddy. Le 8 juin i652 , leur bail étant expiré, le gouvernement de la Nouvelle-Plymouth le prolongea pour trois ans. Le 7 juin i653, la Cour générale chargea
(i) Hubbardï New-Englatid, ch. 55.
(s) Bdknaps, bicrgraphy, art. Gorges.
Thomas Prince, en qualité de commissaire, de convoquer une assemblée des habitants sur un point convenable du Kenneheck, d'exiger d'eux le serment de fidélité à l'Angleterre et à la colonie de la Nouvelle-Plymouth, et d'y établir un gouvernement civil. Cette prestation de serment, toutefois, n'eut lieu que le 23 mai de l'année suivante. Prince leur donna des lots et une forme de gouvernement, et, au mois de février 1 655, les habitants furent de nouveau réunis en assemblée générale, pour faire connaître leur avis sur la marche suivie jusqu'alors à l'égard de la colonie, et sur l'opportunité d'affermer plus long-tems le pays. Après quelque discussion, il fut convenu de renouveler le bail pour sept autres années, moyennant une redevance de 35 livres par an, payables en espèces, en peaux de cerf, ou de castor, au prix courant.
La colonie,, constamment en butte aux hostilités des In^ dîens, ne prospéra point. La chasse devint de jour en jour moins productive, et le commerce des pelleteries et des fourrures était tellement déchu que les fermiers ne pouvant remplir leurs engagements, on fut obligé, en 1659, de réduire la redevance de 35 à 10 livres. L'année suivante, ils renoncèrent au bail, et retirèrent du pays leurs agents et leurs employés. Le 27 octobre 1661, la Cour générale vendit la patente, pour une somme de 4°° livres sterling, à Artepas Doisj Edward Tyngj TJwmas Brattle et John PVinslow. L»a patente comprenait 700 mille carrés de superficie, mais ne renfermait guère que 3oo personnes ( 1).
Le jugement rendu par le Conseil des plantations, en faveur de Rigby, causa un grand trouble dans la province. Ne recevant aucune réponse du lord-propriétaire , auquel" ils avaient écrit, en juin 1647, les magistrats s'assemblèrent en Cour générale, à Wells, au mois d'octobre 1648, réélurent Edward Godfrey gouverneur, et confirmèrent dans leurs fonctions les quatre membres du Conseil qui y avaient siégé depuis deux ans.
Les habitants de Wells, Gorgeana, Kittery, et des îles de Shoals, en apprenant la mort de Gorges, se réunirent à Gorgeana , en juillet 1649. Après avoir discuté leurs droits et leurs devoirs, et reconnu les difficultés de leur position, ils se constituèrent en corps politique, et résolurent de se régir par des lois et des officiers de leur choix (2).
(1) Sullivans', fiist. of Maine, p. 117-304»
(2) W. tntliamsons, Hi st. of AJaùu, I, ch. 8 et iu
Sir Alexandre Rigby , propriétaire de la province de Lîgo~ nie, mourut au mois d'août i65o.
i65i. La Cour générale de Massachusetts, voulant soumettre le Maine à son autorité, adressa, dans sa session d'octobre, une proclamation dans ce sens à Godfrey et à son Conseil ; elle députa trois commissaires pour recevoir la soumission des habitants. Godfrey convoqua une Cour provinciale,, qui s'assembla le I er décembre, et rédigea une pétition au Parlement, où,, après avoir exposé leur situation, les signataires demandaient que leur union, fédérale fût confirmée, qu'on les déclarât membres de la république d'Angleterre, et qu'à ce titre ils fussent appelés, eux et leur postérité, à jouir des immunités et privilèges de citoyens anglais. Godfrey et Çleaves, qui jusqu'alors avaient été des ennemis invétérés, se rapprochèrent dans un intérêt commun, et Cleaves fut chargé de porter la pétition en Angleterre, et de l'appuyer à la Cour. Les agents du Massachusetts, toutefois, ladénoncèrentcomme L'œuvre des royalistes américains, et le Parlement n'y eut aucun égard (i).
1 652 , 22 nov. Réunion du Maine au Massachusetts. Le Massachusetts persistant dans ses prétentions, une correspondance des plus vives s'engagea entre Godfrey et Edward Rawson* secrétaire de la Cour générale. Après bien des pourparlers, il fut enfin convenu, pour mettre un terme à la contestation, que Godfrey et son Conseil s'aboucheraient, à Kittery-Point, avec trois commissaires de Boston. L'entrevue eut lieu le 1 1 juillet; mais, après des débats très-animés, on se sépara sans pouvoir s'entendre. Les commissaires, trouvant leurs adversaires inflexibles, prirent le parti de Proclamer le droit du Massachusetts au gouvernement du Maine. Ils promirent aux habitants qui se soumettraient , protection pour leurs personnes et leurs propriétés, et la jouissance de tous leurs droits civils et politiques, et déclarèrent la province déliée de son allégeance à Godfrey et à ses associés, à partir du 10 octobre suivant (2).
Godfrey et ses collègues du Conseil protestèrent vainement contre l'usurpation du Massachusetts : il fallut céder à la force. La Ligonie était dans une condition plus favorable
(i) Hazards' Collections, I, 55c>-6o. Province of Maine*' pétition io the council of state in En gland.
(1) Hubbards' New-England, ch. 59.
Uutchinsons' Massachusetts, I, ch. 1.
WB L'AMÉRIQUE. 475
encore aux projets ambitieux du Massachusetts. Edward R.igby, héritier de sir Alexandre, venait de déclarer c nuls et non avenus tous les actes officiels, soit du vice-président, des six assistants, ou des juges, soit de tout autre fonctionnaire quelconque, nommés dans la commission de son père, qui auraient été rendus postérieurement à sa mort, arrivée en août i65o ». Cette protestation datée de Londres, le 19 juillet i65a, mit fin au gouvernement de cette province, et les habitants de Saco et des autres plantations se virent ainsi complètement livrés à eux-mêmes.
En mai i65a, les agents, que la Cour générale avait envoyés dans le Maine, pour déterminer la limite septentrionale de sa patente, lui adressèrent un rapport suivant lequel cette ligne devait partir d'un point situé à 3 milles au nord de la source du Merrimack, par latitude 43° 43', s'étendre directement à l'est, le Ions de ce parallèle, passer au-dessus de la source septentrionale de la Piscataqua, ou la rivière de Salmon-Falls, traverser le Saco, vers le confluent du Petit-Ossipee, à 20 milles de la mer, toucher le détour le plus méridional de la rivière de Présumpseot, et aboutir à l'île de Clapboard, à 3 milles à l'est de la presqu'île de Casco(i).
La Cour, sans perdre de tems, résolut de prendre possession du pays place au sud de cette ligne, et d'y établir un gouvernement; elle nomma, à cet effet (a3 octobre), six hommes recommandables , dont quatre seulement acceptèrent la mission, savoir : Simon Bradstreet , et Samuel Simondsj de Boston, le capitaine Thomas TViggint* du New- Hampshire, et Bryan Pendleton, du Maine.
Ces commissaires se rendirent à Kittery» convoquèrent , pour le i5 novembre, une assemblée des habitants, où, après de vives discussions, qui durèrent quatre jours, le 20, quarante-et-un signèrent une déclaration par laquelle ils reconnaissaient l'autorité du Massachusetts. Les commissaires, de leur côté, garantirent les droits et privilèges du peuple, et proclamèrent les signataires hommes libres de la colonie, sans même exiger d'eux le serment d'usage. Bradstreet et ses collègues partirent de là pour Agamenticus (a),
(1) Hubbards' New-England, ch. 5o.
Hazards Collections, 1, 591-2. Return 0/ Suive y oj Massachusetts North line*
(2) Les commissaires nomment cet endroit Accomenticus ou Gorgeana dans leur rapport.
Hazards' Collections, I, 575-6. Privilèges of thefTown qf Jga~
où, le 22 novembre, se tint une assemblée des habitants. Là, aussi, les débats forent animés et l'opposition opiniâtre. Le gouverneur Godfrey résista jusqu'au dernier moment ; mais, une grande majorité s'étant prononcée pour la soumission, il finit par céder, et prêta, avec cinquante autres, le serment de fidélité au Massachusetts.
Les îles de Sboals, et tout le territoire situé au nord de la Piscataqua, qui appartenait au Massachusetts, furent alors formé» en un 'comte', sous le nom de Yorkshirt. Une Cour de comté y fut instituée, laquelle devait siéger alternativement à Kittery et à Agamenticus, deux fois par an, et se composer de tels magistrats ou assistants qu'il plairait à la Cour générale de désigner. Kittery fut créée ville municipale, et Agamenticus prit le nom de York (i). Chacune de ces deux villes devait élire annuellement un ou deux représentants à la Cour générale, et les droits, privilèges et propriétés,, dont avaient joui ses habitants, leur furent de nouveau garantis.
Après avoir arrêté diverses dispositions administratives, les commissaires s'en retournèrent à Boston.
La Cour générale admit dans son sein les deux premiers représentants du Maine, John Wincoln, de Kittery, et Edward Rishworth^ de York, au mois de mai i653.
i653. Richard Bellingham j lieutenant-gouverneur du Massachusetts, accompagné de plusieurs commissaires, s'étant rendu à Wells, y reçut, les 4 et 5 juillet, la soumission de la majeure partie des habitants de ce district, ainsi que celle des colons de Saco , principal établissement de la Ligonie, et du cap Porpoise, qui furent tous les deux érigés en villes et annexés au Yorkshire.
La plupart des établissements du Maine étant dépourvus de ministres de l'Évangile, et obligés d'écouter des prédicateurs peu orthodoxes, s'ils ne préféraient se passer de toute instruction religieuse, la Cour générale prononça une peine sévère contre tout individu qui se permettrait de prêcher ou de « prophétiser », sans en avoir préalablement obtenu l'autorisation des pasteurs de quatre églises voisines, et invita chaque ville à fournir à l'entretien d'un ministre (i).
menticus , ainsi nommée d'après la montagne voisine située par la latitude de 43<» i6* nord.
(i) Voy. H ist. Collections of Massaclmsetts , NT, p. 8. Le 5 février i6(|2, York fut détruite par les Indiens, qui massacrèrent environ 75 habitants et en firent autant captifs.
(a) IVilliamsonï Maine, I, ch. 9.
Une étroite artion politique subsista, à partir de cette époque, entre le Maine et le Massachusetts, et tous deux lurent long-tems régis par les mêmes lois et la même forme de gouvernement (i).
En t654? «ne expédition, envoyée par Cromwell contre les Hollandais, envahit les établissements français de Pénobscot et du reste de i'Acadie, bien que la France et VAngleterre fussent alors en paix (2).
i655* Cependant, une partie des habitants de la Ligonie refusait de reconnaître l'autorité du Massachusetts. Le chef de cette opposition, Georges Cleaves, produisit des cartes et d'autres titres pour prouver que cette province était indépendante du Massachusetts. Celui-ci, de son coté, se fondait sur les rapports des géomètres et des arpenteurs et sur les termes de sa patente. Gorges, Rigby, et John Bonython, de Saco, accusèrent ce gouvernement d'usurpation. Les deux premiers portèrent même leurs plaintes devant Cromwell ; mais la Cour générale réussit, par l'entremise de son agent John Leverett* à confirmer le Protecteur dans l'opinion favorable qu'il avait conçue des puritains de la Nouvelle- Angleterre, et à déjouer les prétentions de ses adversaires.
Jusqu'alors, le Massachusetts avait employé la voie de la persuasion pour soumettre les réfractaires à l'obéissance. Il résolut maintenant d'avoir recours à la force, et organisa, à cet effet, des compagnies de milices à Kittery, York, Wells, et à Cape-Porpoise, qui formaient un régiment, commandé par Nicolas Shapleigh.
Le 9 août i656, après que la France eut cédé l'Acadie et ses dépendances à l'Angleterre, Cromwell accorda à £ tienne de la Tour (3) , à sir Thomas Temple et à William Crown, « le territoire appelé quelquefois Acadie et la partie du pays nommée Nouvelle-Ecosse, depuis Merliquash (Lunenburg) jusqu'au Pénobscot, à la rivière Saint-Georges et au Muscongus, sur les confins de la Nouvelle-Angleterre ». Au mois de septembre, Cromwell ordonna au capitaine Leverett, commandant à Pénobscot et à Saint-Jean, de remettre
(1) Cette union dura, avec quelque interruption, l'espace de 167 an?.
{1) Hubbardt* New-E n gland , ch. 60.
Mémoires des commissaires du roi, t. II, Art. 29. Capitulation de Port-Royal, du 16 août i654- (3) C'était un Français , (ils de l'ancien propriétaire d'une grande partie du pays.
Digitiz&d
478 CHRONOLOGIE jnSTOBÏQUE
le pays à sir Thomas Temple, qui y arriva en 1657, et en resta propriétaire durant dix ans ( 1 ).
La Cour générale , ne pouvant triompher de la résistance des habitants de plusieurs dictricts de la Ligonie , fit arrêter, et conduire devant elle, Jordan et Joscelyn, deux de ses plus fougueux adversaires, en déclara un troisième, Bonython, a hors la loi , et rebelle, et ennemi commun du genre humain » , et offrit une récompense de 20 livres pour son appréhension. L'année suivante, ce dernier comparut volontairement devant la commission législative, séant à Casco, et signa sa soumission. Les autres opposants suivirent son exemple, et, le i3 juillet i658, Cleaves, Jordan, Joscelyn, et près de 3o autres prêtèrent serment au Massachusetts. Les commissaires ordonnèrent alors que le territoire de Blackpoint et Bluepoint, et les îles adjacentes, depuis Saco jusqu'à la rivière de Spurwink, fussent réunis en un district, ou ville , sous le nom de Scarborough (2), et que le pays roin-
Sris entre cette rivière et les îles de Clapboard, dans la haie e Casco, en formassent un autre, nommé Falmouth (3). Gçs deux villes furent incorporées au Yorkshire, et élurent, en 1659, un député à la Cour générale. Scarborough fat la sixième et Falmouth la septième ville établies dans l'État.
En 1660, après la restauration de Charles H, Robert Tuftorij Mason et Ferdinando Gorges, petits-fils des premiers propriétaires, firent valoir leurs prétentions sur le Màine, lesquelles furent soutenues par l'avocat-eénéral Palmer et reconnues par le roi, en 1661. Edward Rigby, fils de sir Alexandre, ayant toujours été attaché au parti républicain, n'osa point se présenter devant le trône, pour revendiquer ses droits sur la Ligonie , qui fut perdue à jamais pour lui et ses héritiers.
Au mois de mai 1 661, les îles de Shoals, appartenant en partie au Maine et en partie au New-Hampshire , furent constituées en un district par la Cour générale, sous le nom à'Apphdore (4)> et investies des mêmes droits et privilèges
(1) Mémoires des commissaires, etc., II, p. 5n. Hazards' Collections, I, p. 616-19.
(a) Cette ville est située dans le comté de Cumberland. Population en i83o, a, 106 habitants.
(3) Cette ville, située dans le môme comté, avait une population, la même année, de 1,966 habitants.
(4) Nommé depuis Gosport. Cette ville est située dans Tue de Star. Hist. Collections of Massachusetts, vol. VIT, p. 244 et 246.
De l'àmérique. 479
inunicipanx que les autres districts. Elles étaient alors habitées par quarante familles.
1662. Des simptdmes de défection , à l'égard du Massachusetts, se manifestèrent à cette époque dans le Maine, qui refusa de nommer des députés à la Cour générale. Gorges y envoya un agent, appelé Archdale* avec des commissions pour plusieurs officiers. La Cour générale, néanmoins, prit des mesures pour maintenir le pays sous sa dépendance. Elle retira à Shaplelgh le commandement de la milice provinciale, pour le confier à Williams Phillips > de Saco ; elle chargea 4e capitaine Richard Waldron de présider la Cour du comté 'du Yorkshire, et adressa, en i663, aux habitants de ce dernier, l'invitation de lui rendre foi et hommage jusqu'à ce que le roi eût fait connaître ses intentions. L'esprit de sédition s'était alors un peu apaisé, et la province consentit à élire trois députés à la Cour générale.
1664. Le 1 1 janvier, Gorges obtint du roi un ordre pour le gouverneur et le Conseil de la colonie, leur enjoignant de le mettre sur-le-champ en possession de sa province (i).
Peu de temps après, le 12 mars, le roi Charles II concéda à son frère Jacques, duc d'York et d'Albany, tout le territoire occupé par les Hollandais, sur les bords du fleuve d'Hudson, ainsi que le pays situé entre la Sainte-Croix et le Pémaquid, dont la propriété ne donnait lieu à aucune contestation. Ce dernier fut tantôt appelé territoire de Sagadahockj ou de New-Castle9 et tantôt comté de ConvwalL Les commissaires royaux (2), envoyés à Boston, ne purent, toutefois, persuader à la Cour générale de reconnaître les titres de ce prince.
Sur ces entrefaites, arriva, dans la province, John Archdale, agent de Gorges, porteur d'une nouvelle lettre du roi, datée du 1 1 juin io64> et adressée aux habitants du Maine, où les droits de sir Ferdinando étaient clairement définis. Archdale visita toutes les parties du pays et délivra des commissions à quatre des principaux habitants, qui consti-
(1) Minois' Massachusetts, I, 117.
Holmes* An nais, year 1664.
(a) Le colonel Richard Nichols, sir Robert Carr, Georges Cartwright et Samuel Maverick. Hazards* Collections, vol. II, p. 638-g. Hutchinsons' Massachusetts, vol. I, appendix , n» XV. Copy of a commission, etc., *5 april l66.'|.
48o CHRONOLOGIE HISTORIQUE
tuèrent un gouvernement et signifièrent aux habitants la volonté du roi.
La Cour générale crut devoir alors rédiger une justification de sa conduite ; elle refusa d'accéder aux désirs du roi et de reconnaître ses commissaires, et répondit dans le même sens (3o novembre) à la lettre de l'agent de Ferdinando Gorges.
i665. Les commissaires royaux visitèrent successivement Kittery et York, et, sans égard pour les droits de Gorges, ou ceux du Massachusetts, ils organisèrent, le 23 juin, dans cette dernière ville, un gouvernement central pour la province.
Le ier août, Georges Cleaves et d'autres habitants de la Ligonie t adressèrent au roi une pétition où ils protestaient à la fois contre l'autorité des commissaires et celle de Ferdinando Gorges ; ils demandaient à rester unis au Massachusetts.
Les commissaires se rendirent de York à Scarborough et à Falmouth, et, le 5 septembre, ils tinrent une Cour sur le bord de la rivière de Sneepscot ; ils érigèrent en comté, sous le nom de Cornwallj tout le pays situé au nord et à Test du Sagadahock, jusqu'à la Nouvelle-Ecosse, donnèrent à la plantation de Sheepscot le nom de Dartmouthj ou New- Dartmouthj déterminèrent la ligne qui la séparait de Pémaquid, organisèrent un gouvernement pour le comté, signèrent un traité avec les Indiens, et retournèrent à York, au mois d'octobre. Les commissaires furent rappelés par le roi, le 10 avril 1666, et quittèrent la colonie.
1667. L'Angleterre , ayant rendu la Nouvelle-Écosse à la France, par le traité de Bréda (1) (3i juillet), celle-ci en reprit possession jusques et y compris Pentagoet, ou Pénobscot.
1668. La Cour générale , voulant mettre un terme à l'espèce d'anarchie qui régnait alors dans le Maine , chargea , le 20 mai, quatre commissaires, John Leverettj Edward Tyngj Richard JValdron et Robert Pikôj d'aller tenir une Cour à York , et de prendre les mesures qu'ils jugeraient convenables pour y rétablir l'ordre et en ramener les habitants à l'obéissance (2).
Le gouverneur de New- York, Nichols, eut beau protester
(1) Mémoires des commissaires , II, 32-3<), où se trouve ce traité. (*) Chalmers' Annals, I,ch. 16.
Nutchinsons9 Massachusetts, I, ch. a, où se trouve la déclaration de In Cour.
{13 juin) contre cette resolution de la Cour, les commissaires ne s'en rendirent pas moins à York, le 6 juillet, sous l'escorte d'un corps nombreux de cavalerie. Là, ils éprouvèrent une opposition violente de la part de Joscelyn et des autres magistrats , nommés par les commissaires royaux ; mais, ayant déployé une grande fermeté , ils finirent par en triompher. Ils choisirent de nouveaux magistrats , organisèrent une milice, et se retirèrent après avoir accompli leur mission (1).
i66(). Au mois de mai de l'année suivante , trois députes du Maine (2) arrivèrent à Boston, et prirent leur siège dans la Cour générale. Le Massachusetts avait alors établi son autorité dans tout le pays , et durant plusieurs années, il ne s'y passa rien d'important.
1670. La restitution à la France des pays que les Anglais avaient conquis sur elle dans l'Amérique septentrionale , convenue par le traité de Bréda, n'eut lieu qu'en 1670. Le 7 juillet de cette année , le chevalier Temple > muni des pouvoirs du roi de la Grande-Bretagne , et Hubert d'Andigny-j, chevalier de Grand-Fontaine, le plénipotentiaire français , signèrent à Boston , un règlement qui assurait à la France tout le pays qui s'étend depuis Pentagoet jusqu'à l'île du càp Breton inclusivement (3).
1673. La Cour générale, dans sa session d'octobre , constitua en comté tout le territoire compris entre les rivières de Sagadahock et de Georges , et les commissaires, envoyés à Pémaquid, en mai 1674, pour recevoir le serment de ses habitants, lui donnèrent le nom de Dévonshire.
1674* Après la conclusion du traité du 9 février, entre l'Angleterre et la Hollande, le duc d'York obtint du roi, une nouvelle patente , en date du 11 juin , laquelle embrassait les mêmes limites que celles de 1064? et, par conséquent, le territoire de Sagadanock (4).
1675- 1678. Première guerre indienne. En 1675, lorsque éclata la guerre entre le roi Philippe, de Narragansett, et les colonies unies , le dénombrement des hommes en état
(0 Hubbards* New-England, cb. 69.
(2) Charles Frost, de Kittery , Peter Wycr, de York , et Richard Colicott, de Falmouth et de Scarborough.
(3) Charlevoix, Histoire générale , 1. 1, liv. IX.
(4) Voyez l'article Massachusetts,
T. XVII. 3i
48a CHRONOLOGIE HISTORIQUE
de porter les armes, dans le Maine , donna le résultat suivant :
Dans le Yorkshire 700 hommes.
Dans le Dévonsbire i5o
Dans le territoire du Duc 1 5o
En tout. . . . 1,000 combattants.
Il est donc à présumer que la population blanche, résidant alors entre la Piscataqua et le Pe'nobscot, pouvait être de 5 à 6,000 âmes.
La province contribua aux frais de la guerre pour une somme de iSj livres 10 schillings. C'était le premier impôt qu'elle versait dans le trésor colonial.
Cette guerre , qui ne se termina pas à la mort du roi Philippe , arrivée le ia août 1676, mais se prolongea jusqu'au 12 avril 1678, que la paix fut conclue à Casco, eut des conséquences extrêmement funestes pour le pays situé à l'est de la Piscataqua. Environ 260 colons furent ou tués ou emmenés en captivité. Un grand nombre fut blessé et estropié, et plus de i5o faits prisonniers par les Indiens , recouvrèrent leur liberté. Les habitations deCape-Neddock, Scarborou^b , Casco, Arrowsick , Pémaquid et de plusieurs autres établissements furent réduites en cendres ; les propriétés furent dévastées, et il y eut aussi une grande destruction d'animaux domestiques. La guerre , dans le Maine , coûta au gouvernement colonial environ 8,000 livres sterling (1).
1677. Le Massachusetts, voulant faire taire les clameurs et éteindre les prétentions de Gorges et de Mason , sur le Maine, chargea John Vsher, négociant de Boston , qui se trouvait alors à Londres , de leur acheter leur titre ; ce qu'il fit , le 6 mai 1677, moyennant une somme de i,^5o livres sterling (2).
La Cour générale établit , dans la province , une administration civile, basée sur les dispositions de la charte royale , accordée à sir Ferdinando Gorges. Elle se composait d'un président provincial ^ de deux Conseils législatifs j savoir :
(1) Kutchinson évalue ainsi les pertes souffertes par les colonies, durant la guerre du roi Philippe : Perte en hommes, 600; en maisons, 1,200; en bestiaux , 8,000 têtes; irais de la guerre, i5o,ooo ltv. st. Il périt du côté des Indiens, 3, 000 hommes.
Penhallows* Indian wars.
fa) Chalmeri Annals, I, ch. 16.
tfubbards' New-England, ch. 70.
Ifutchinsons Hist. of Massachusetts, ch. 2.
un Conseil permanent de huit membres , et l'antre forme' de députés , élas par le peuple. La présidence était annuelle , et la législature deyait se réunir au moins une fois par an.
Thomas Danforth , sous-gouverneur du Massachusetts, nommé président du Maine, s embarqua (août) à Boston, avec 4o soldats , et prit terre au Fort-Loyal > qui avait été bâti, quatre ans auparavant, sur le bord méridional de Casco-Neck, Là, il eut une conférence avec les habitants, s'enquit de leurs besoins et de leurs désirs, et convoqua une assemblée générale des députés provinciaux , à York , au printems suivant.
Norih-Yarmouth (i ), la huitième ville de la province, fut établie lésa septembre 1680.
1681. En juin , le président et le Conseil tinrent une assemblée générale , où siégèrent les députés ou représentants des villes. On y arrêta un système d'imposition pour la province, qui devait pourvoir dorénavant à ses propres charges, et entretenir, à Fort-Loyal , une garnison suffisante pour sa défense. La charte attribuait au président la nomination du commandant de ce fort , et celle de tous les officiers de la milice , du maréchal et des juges de paix. Il présidait le Conseil, et aucune loi n'était valide sans sa sanction (2).
1685. Charles II étant mort, le 16 février, Jacques II, son successeur, fut proclamé à York , au mois d'avril suivant. L'assemblée provinciale se composait alors du président, du vice-président, de six conseillers, et de douze députés.
L'année précédente, le Massachusetts avait été dépouillé de sa charte par la couronne, et les liens qui attachaient le Maine à cette colonie en éprouvèrent quelque relâchement.
Le 8 septembre io85, un traité de paix et d'amitié fut conclu entre les Anglais et les Indiens.
1686. En mai 1686 , arriva , à Boston , une commission royale, qui abolissait l'autorité de la Cour générale , et nommait Joseph Dudley président du Massachusetts , du New- Hampshire , du Maine et de Rhode-Island. L'administration de ce gouverneur fut de courte durée, ayant été remplacé, au mois de décembre suivant, par sir Edniund Andros* qui arriva à Boston le 20 de ce mois (3).
1688. Andros, voulant chasser les Français de Pénobscot,
(1) Cette ville est située dans le comté de Cumberland. Population en i83o, 2,666 habitants.
(a) W. tVffliamsons' Jfist. of Maine, I, ch. ai.
(3) Chalmers' jtnnab, I, ch. 16.
s'y présenta, au mois de mars ou d'avril, avec une frégate et deux autres navires ; il invita le baron de Saint- Cas tin à se rendre à son bord. Celui-ci, craignant une trahison, se retira dans les bois avec sa famille. Andros descendit alors à terre, et s'empara des meubles , armes , munitions et autres objets qu'il y trouva : jugeant le fort en trop mauvais état pour recevoir une garnison, il retourna à Pémaquid.
i68q. Un mouvement populaire, qui éclata à Boston , mit fin à l'administration d'Andros. Le Massachusetts reprit sa charte • le « Conseil de salut » nomma des autorités pour le Maine \ et, le 5*4 mai, Danforth fut réintégré dans la présidence provinciale.
1688-1699. Seconde guerre indienne, appelée communément « guerre du roi Guillaume ». Les indigènes n'avaient cessé de nourrir des projets de vengeance contre les colons de la Nouvelle-Angleterre , depuis l'enlèvement de 4oo de leurs compatriotes , qui avait eu lieu douze ans auparavant, à Cochéeo, dans le New-Hampshire. D'un autre coté, Castin, qui avait à se venger des déprédations des Anglais, contribua pour beaucoup à mettre les armes aux mains des naturels. Les hostilités commencèrent au mois de septembre 1688, par la destruction de New-Dartmouth et de Shéepscot.
Andros réunit 800 hommes, avec lesquels il entra en campaene à la fin <le novembre. Les Indiens, suivant leur habitude , s'étaient éloignés des côtes , pour passer l'hiver dans l'intérieur , et il n'en rencontra pas un seul dans sa marche. L'expédition n'eut donc aucun résultat. Andros ayant laissé des garnisons sur onze points différents, revint à Boston avec le reste de son monde (1).
1689. Le fort que les Anglais avaient construit à Pémaquid, incommodait beaucoup les Indiens des environs , et causait aussi de l'inquiétude au gouverneur, qui craignait avec raison l'effet de leurs intrigues pour détacher ces peuples de l'alliance française. Enfin, un parti de cent guerriers canibas se mit en campagne , le 9 août , pour détruire ce fort important. Ces Indiens étaient d'un village, voisin de Pentagoet , où un ecclésiastique français , nommé Thury, gouvernait une assez nombreuse mission. Ils firent le voyage par mer, en suivant la côte, débarquèrent, le x4, à deux lieues de
(1) Chalmers Jnnals, I, ch. 16.
ilutchinsons' Massachusetts, f , i li j.
Pémaquid, et marchèrent de là avec tant de précaution qu'ils arrivèrent aux premières habitations sans avoir été' aperçus. Ayant fait trois prisonniers , de qui ils apprirent qu'il y avait une centaine d'hommes dans le fort et dans le village/ ils résolurent d'attaquer d'abord les habitations au nombre de dix à doute, qu'ils enlevèrent presque sans résistance. S'étant ensuite retranches dans la maison la plus proche du fort , et derrière un rocher situé près de la mer, ils firent de là un feu si bien nourri sur la garnison, que depuis midi jusqu'à 6 heures du soir, personne n'osa y paraître à découvert. Le lendemain, le feu recommença, mais le commandant anglais ayant demandé à capituler, les assiégeans y consentirent, à la condition que les Anglais quitteraient sur-le-champ la place et le pays. Le commandant sortit un moment après, à la tête de 14 hommes , les seuls qui lui restaient , et de quelques femmes, tous portant un paquet sur le dos, et que les Canibas laissèrent passer sans toucher à rien. Ils entrèrent ensuite dans le fort, y prirent tout ce qui était à îeiir bienséance, rasèrent les remparts et les maisons, et s'en retournèrent à Pentagoet, sur deux chaloupes , qu'ils avaient capturées , après en avoir tué les équipages (1).
A la nouvelle de la prise de Pémaquid , les habitants de tout le pays, situé à Test de Falmouth, se retirèrent dans cette ville; les forts furent abandonnés, et une immense contrée , naguère couverte d'établissements, de troupeaux et de champs cultivés, redevint en peu de teins un désert.
Cependant , le président Danforth avait pris des mesures efficaces pour la défense du pays ; et le Massachusetts y envoya 600 hommes, aux ordres iu major Swainej qui furent peu après suivis de *5o volontaires, sous la conduite de Benjamin Church. Ce dernier, nommé (6 septembre ) au commandement en chef de toutes les troupes, arriva à tems pour délivrer le fort Loyal , que menaçaient 700 sauvages. Dans un combat qu'il leur livra, il perdit 21 on 22 hommes. Church se rendit dè là à la rivière de Rennebeck , qu'il remonta l'espace de plusieurs lieues : ayant parcouru une partie de la cote, inspecté les forts, et laissé 60 soldats, com-
(1) Charlevoix , Hist. générale , 1. 1, liv. XII. Char le voix appelle ce fort Pemkuit. œ La garnison , dit-il , prétendit n'avoir perdu que sent hommes; mais on trouva une fosse assez profonde toute remplie (le cadavres, et le commandant dit aux sauvages, en sortant de la place, qu'ils avaient de bonne poudre et que leurs fusils tiraient bien juste. »
mandés par le capitaine Hall, dans le fort Loyal, U fit voile pour Boston.
1690. En mai 1690 , le fort Loyal fat attaqué , ainsi que Falmouth, par 4 ou 5oo Français et Indiens, aux ordres de Burneffe. Falmouth n'opposa qu'une faible résistance , et le fort capitula, le 20 mai, après quatre jours de siège. La prise de fort Loyal répandit le découragement dans toute la province : les garnisons de Purpooduck , Spurwink , Blackpoint , et Bluepoint évacuèrent tous ces points sans attendre l'ennemi.
Sur ces entrefaites, Benjamin Church débarqua à Maquoit , avec 3oo hommes , et remonta i'Androscoggtn jusqu'à un fort indien qu'il enleva d'assaut et cp'ii livra aux flammes. Il eut ensuite deux rencontres meurtrières à Winter-Harbour et à Purpooduck ; puis, ayant eu avis que les indigènes se réunissaient en grand nombre à Péjepscot, pour aller attaquer Wells, il marcha au secours de la place, y mit une garnison de cent hommes , aux ordres du capitaine Converse,, et retourna à Boston (1).
1690. Le 29 novembre, une suspension d'armes de cinq mois fut signée, à Sagadabock, avec six saga mores, au nom de toutes les tribus abénaquis. Elle devait expirer au Ier mai. Mais les Indiens s'étaient engagés à se rendre ce jour là à Wells, pour y conclure un traite définitif. Le président Danforth s'y trouva au jour indiqué dans l'espoir de rencontrer les sagamores, mais aucun ne s'y présenta et les hostilités recommencèrent. Le 9 juin 1 691, Wells fut attaqué par le chef indien Moxus, qui , ayant été repoussé, se vengea de sa défaite sur l'établissement de Cape-Neddock, qu'il réduisit en cendres.
1690. Réduction de VAcadie jusques et y compris Pénobscot , par sir William Phips (2).
1691. Octroi au gouvernement de Massachusetts de la charte dite de Guillaume et de Mari», ou charte provinciale,, signée par le roi , le 7 octobre , laquelle a servi depuis , durant 89 ans , de base à l'administration civile des territoires et peuples réunis de Massachusétts , Plymouth , Maine et Sagadahock , sous le nom collectif de « Province royale de la baie de Massachusetts. D'après cette charte,
(1) Hutchinsons' Massachusetts, I, ch. 3. (1) Hutchinsons* Massachusetts, ï, ch. 3.
L'expédition, composée île huit petits navires, ayant à borù* 7 à 800 hommes, partit le 20* avril et revint le 20 mai.
le Maine comprenait les possessions de sir Ferdinando Gorges, le pays situé entre le Sagadahock ou Kennebeck, et la rivière de Canada , ou le 48e degré de latitude , le territoire borné d'un côté par le Kennebeck, et, de l'autre, par le Péinaquid, et la province ducale de Jacques II, qui s'étendait du Kennebeck à la Sainte-Croix , le Scboodic et la Nouvelle-Ecosse.
En vertu de cette charte , le Maine devait nommer trois membres du Conseil ou comité des assistants, et Sagadahock en choisissait un quatrième. En 1692, la province envoyait huit membres à la Chambre des représentants (1).
1692. Le 5 février 1692, un corps de 2 à 3oo Indiens, commandés par des Canadiens français , surprit la ville de York, et égorgea 75 de ses habitants. Une partie de la population n'eut que le tems de se réfugier dans trois maisons fortifiées, où elle se défendit vaillamment. Les Indiens, craignant qu'il n'arrivât des secours , battirent en retraite après avoir mis le feu à la ville , emmenant avec eux une centaine de captifs.
Les Indiens tournèrent alors leurs efforts contre Wells, qui fut investie, le 10 juin , par 5oo Français et indigènes , aux ordres de Bur nèfle. Converse n'avait à leur opposer que 1 5 soldats , avec lesquels il s'enferma dans le fort. Les assiégeants, après avoir tenté inutilement plusieurs assauts, se retirèrent le 12 juin.
Au mois d'août, sir William PhipSj gouverneur du Massachusetts, accompagné de Churchet àe^5o hommes de troupes, débarqua à Pémaquid , où il construisit le fort de William Henry.
Deux bâtiments français, F Envieux et le Poli, partirent peu après de Québec , aux ordres de d'Iberville , pour aller de'truirele fortdePémaquid. Le commandant s'étant abouché en Acadie, avec le chevalier de Villebon, il fut convenu entre eux que les deux navires feraient le siège par mer, tandis que le chevalier attaquerait la place par terre , à la tête des sauvages. D'Iberville, toutefois , ayant trouvé un vaisseau anglais mouillé sous le canon du fort, et n'ayant pas eu la précaution d'embarquer un pilote , ne jugea pas qu'il fut prudent d'engager le combat sur une cote qu'il ne connaissait pas, et s'en retourna sans rien entreprendre, au grand mécontentement des sauvages, qui étaient accourus en foule, dans l'espérance
(1) H uLchi usons Massachusetts, I, ch. 3.
d'être délivrés d'an voisinage qui les incommodait beaucoup(i).
1693. Àu printems suivant , le major Converse , nommé commandant en chef des troupes de Test, ayant reçu un renfort de 35o recrues, entra en campagne, visita successivement Piscataqua, Wells, Shéepscot, Pémaquid et Téconnet ou Taconick, sans rencontrer d'ennemi, et s'arrêta quelque tems sur le bord occidental du Saco , où il bâtit un bon fort en pierres.
Les Indiens, découragés, ne recevant plus mie de faibles secours des Français , envoyèrent des commissaires à Pémaquid, lesquels signèrent (le 1 1 août) un traité de paix, avec les Anglais , au nom de toutes les tribus qui résidaient entre le Saco et le Passamaquoddy (2). , .;
1694. Cette paix, toutefois, ne fut pas de longue durée. Le gouverneur Phips s'était rendu en personne à Pémaquid , pour s'assurer par lui-même de la pacification du pays, et il serait probablement parvenu à ses fins , sans la vigilance du sieur de Villiers , qui commandait alors une compagnie en Acadie. Cet officier, secondé du père Tbury, missionnaire de Pentagoet , parvint à regagner un cbef malécite nommé Mataouando* qui s'était déjà déclaré pour la paix, leva un parti de a5o sauvages de Pentagoet et de Saint-Jean , se fit joindre par les Abénaquis de la mission du père Bigot , aux ordres de Taxous* et s'avança avec eux jusqn'à douze lieues de Boston. Chemin faisant , ils emportèrent d'assaut deux forts, où ils passèrent s5o Anglais au fil de l'épée ; et Taxous, ayant pris avec lui 4o des plus lestes de sa troupe, en enleva un troisième, situé près de Boston. A la nouvelle de ces événements, le peuple de cette ville se souleva contre le gouverneur Phips, qui , autant pour se soustraire à sa fureur que pour tirer vengeance des Indiens , s'embarqua pour Pémaquid.
A son arrivée, Phips envoya dire aux Indiens, avec lesquels il avait traité , qu'ils eussent à lui livrer deux des leurs , qui s'étaient trouvés à l'attaque du premier fort , les menaçant , s'ils s'y refusaient , de se venger de leur perfidie. Les sauvages , qui avaient des parents prisonniers à Boston , furent intimidés de ces menaces. Ils tinrent conseil , et , après avoir long- tems balancé sur le parti qu'ils devaient prendre , la
(1) Charlevoix, Nouvelle-France, II, liv. i5.
(2) Hutcht usons' Massachusetts, II,chap. 1.
DE L AMÉRIQUE. 48g
majorité fut d'avis d'envoyer faire des excuses au gouverneur. Mais de Thury et de Villiers s'interposèrent encore à tems pour empêcher cette démarche , et retenir les naturels dans l'alliance française (i).
i6g5. Plusieurs chefs influents, Robin Donty> Bomaseen et autres tombèrent à cette époque entre les mains des Anglais. Shéepscot John, un des otages donnés à ceux-ci , lors de la signature du traité , ayant été député auprès des tribus de l'Est, pour négocier leur échange, le 20 mai i6p5, on conclut, près du fort de William-Henry, un armistice de 3o jours, qui devait être suivi d'un traité définitif ; mais le 19 juin, jour fixé pour la conférence , les Indiens ne voyant pas arriver Bomaseen , et Robin Doney, qui avaient été conduits à Boston, ne voulurent entendre à rien, et rompirent la négociation.
1696. Les Français avaient extrêmement à cœur de déloger les Anglais de leur position de Pémaquid. D'Iberville partit à cet effet de Plaisance , avec deux vaisseaux. Dans la traversée, il rencontra trois navires ennemis , à l'entrée de la rivière de Saint-Jean , en prit un, nommé le Newport, de ^4 canons , et , après avoir embarqué un renfort d'Indiens Mickmacks, il alla mouiller, le 7 août, à Pentagoet, où le baron de Saint-Castin l'attendait avec 200 Canibas et Malécites. Ces derniers montèrent dans leurs canots avec le baron de Villiers et 25 soldats. Le i3, ils arrivèrent en vue de Pémaquid , et , le 14 , ils investirent la place. Le même jour, d'Iberville jeta l'ancre à une lieue de là, et, ayant appris que Saint-Castin avait déjà établi une batterie de deux mortiers et d'un canon , dans la soirée, il envoya sommer le commandant anglais Chubb de lui rendre la place. Cet officier répondit qu'il la défendrait jusqu'à la dernière extrémité. Sur cette réponse , les sauvages ouvrirent le feu, auquel la garnison riposta vigoureusement. A trois heures de l'après-midi du i5, d'Iberville ayant dressé toutes ses batteries , on tira cinq bombes, qui mirent l'alarme dans la garnison. Saint- Castin, qui s'en aperçut, menaça les assiégés de la fureur des sauvages. Les Anglais, sachant qu'ils n'avaient aucun quartier à espérer d'eux, se révoltèrent contre le gouverneur et le forcèrent de capituler. D'Iberville lui accorda les conditions qu'il demanda et fit transporter sa troupe, au nombre de 92 hom-
(i) Charlevoix, Nouvelle-France, t. II, Uv. XV.
4go CHRONOLOGIE HISTORIQUE
mes , dans une île voisine , pour les soustraire à la vengeance des Indiens, que la vue d'un des leurs 7 retenu captif dans le fort , avait irrités au dernier point. On trouva à Pémaquid i5 pièces d'artillerie montées, et des munitions en abondance. D'Iber ville employa les journées du 17 et du 18 à ruiner le fort, et envoya une partie de la garnison au gouverneur de la Nouvelle-Angleterre, en lui mandant que s'il voulait retirer le reste et l'équipage du Newport , il eût à délivrer tous les Français et alliés qu'il retenait prisonniers. IL partit, en même tems, pour Pentagoet, où il attendit quelques jours la réponse du gouverneur ; mais , comme elle tardait à arriver, et qu'il n'avait pas de vivres pour nourrir tant de monde , il renvoya encore 100 hommes à Boston, et ne conserva que les officiers. Le 3 septembre , il remit à la voile, et le 12 , il rentra à la rade de Plaisance, n'ayant perdu dans l'expédition qu'un jeune enseigne, nommé du Tast (1).
L'hiver de 1696 fut excessivement rigoureux dans la Nouvelle-Angleterre. Les Anglais et les Indiens souffrirent également de l'intensité du froid , et jamais , depuis l'arrivée des premiers colons, les vivres n'avaient été aussi rares, ni la misère plus grande.
L'année suivante se passa en préparatifs de défense contre une invasion française. Tous les forts furent réparés et munis de munitions de guerre et de bouche ; la milice fut mise sur pied , et 5oo soldats , aux ordres du major Marché devaient couvrir les forts et la frontière de l'Est. Le traité de Ryswick. (7 septembre 1697) termina la guerre entre la France et l'Anleterre , et les hostilités subséquentes , commises par les Iniens , se bornèrent à quelques assassinats isolés, jusqu'à la conclusion de la paix, qui eut lieu à Mare-Point j le 7 janvier 1699(2).
Toutes les tribus, résidant à l'Est de Merrimack , avaient pris part à cette guerre, qui dura dix ans. Plus de45o colons furent égorgés, tués sur les champs de bataille, ou moururent de leurs blessures, et 25o furent emmenés en captivité.
Le traité de Riswick, stipulant la restitution de tous les pays, colonies et ports pris , de part et d'autres, pendant la guerre , la France devait rentrer en possession de la contrée située entre le Rennebeck et la Sainte-Croix. En conséquence , le
(1) Charlevoix , Histoire générale , t. II, liv. XVI. (i) Charlevoix, Nouvelle-France, t. II, liv. XVI f.
DE L AMÉRIQUE. 49t
gouverneur Viilebon écrivit de Saint-Jean , le 5 septembre 1698, au lieutenant-gouverneur Stoughton, pour lui notifier nue le Kennebeck, depuis sa source jusqu'à son embouchure, tonnait la limite entre les établissements français et anglais, crue les Indiens, résidant sur les bords, cessaient d'être sujets de l'Angleterre , et recouvraient leur indépendance, en sorte que tout navire pêcheur américain , surpris le long de cette côte, serait confisqué.
Cette même année , Viilebon, voulant consolider sa domination et s'assurer l'alliance des Canibas, fit élever à Non- Hdgewock (1) une chapelle qui fut placée sous la direction du père Sébastien Ras le.
Les Anglais prétendirent que la Nouvelle-Écosse seule avait été rétrocédée à la France par le traité, et objectèrent que , durant l'alliance des deux couronnes , la possession du territoire situé entre le Kennebeck et la Sainte-Croix , ne leur avait point été contestée , puisque le gouverneur provincial Andros avait pu bâtir un fort , à Pémaquid, et s'emparer de Pénobscot, sans porter ombrage à la France.
1 699. Le gouverneur de la Nouvelle-Angleterre, prétextant la possession du Kennebeck par les Anglais , voulut étendre sa domination sur les naturels qui habitaient ses bords. Les A l>é naquis , à qui il fit demander une entrevue, au pr in teins, pour traiter avec eux, lui signifièrent pour toute réponse les articles suivants .* i° qu'il commençât par faire retirer pour toujours les Anglais de leur pays ; a0 qu ils ne voyaient pas sur quel fondement il prétendait être leur maître; que ni lui ni aucun de ses prédécesseurs ne l'avaient jamais été ; qu'ils s'étaient donnés de leur plein gré, et sans y être contraints , au roi de France, et qu'ils ne recevraient jamais d'ordres que de lui et de ses généraux ; 3° qu'ils ne permettraient jamais aux Anglais d'avoir des habitations sur leurs terres , et qu'ils avaient accordé cette permission aux Français seuls ; 4° qu'ils étaient fort surpris d'entendre dire qu'il songeait à leur donner d'autres missionnaires que les lenrs ; qu'ils étaient bien dé-*, cidés à ne point changer de religion , et que jamais ils n'en auraient d'autre que celle qu'on leur avait enseignée, pour laquelle ils avaient combattu et combattraient jusqu'à la mort (2).
Une fois la guerre terminée, les colons rentrèrent peu à peu
(1) Charlevoix appelle ce village Narantsoak.
00 Charlcvoix, Nouvelle-France, t. II, liv. X\U.
Digitizsd by
4g* CHRONOLOGIE HISTORIQUE
dans les établissements abandonnés , réparèrent leurs habitations, et en construisirent de nouvelles. En 1 700, cependant, on eut quelques craintes d'un troisième soulèvement parmi les Indiens, et , comme on en attribuait la cause aux prédications des missionnaires catholiques , la Cour générale or* donna à ceux-ci de sortir de la province, avant le 10 septembre, sous peine de mort (1).
1702, 4 niai. La guerre ayant éclaté de nouveau entre la France et l'Angleterre, celle-ci chargea le gouverneur de Massachusetts, Joseph Dudley, de rebâtir le fort de Pémaquid ; mais la Cour générale, enrayée de la dépense, ne voulut point y conseptir. Dudley donna alors ses soins à détacher les Indiens de l'alliance française , et leur ayant demandé une conférence , ils convinrent d'un rendez-vous, le 20 juin 1703, à la presqu'île de Casco. Le gouverneur s'y présenta , accompagné de plusieurs membres de la législature de Massachusetts, et y rencontra de nombreuses députations de Pénacooks, de Sokokis, de Canibas, de Tarratines et d'Anasagunticooks. Les envoyés de ces derniers, au nombre de 25o, y arrivèrent dans une flottille de 65 canots. Après des pourparlers , qui durèrent deux ou trois jours, un traité de paix et d'amitié fut conclu. Les Anglais s'engagèrent à établir des factoreries dans le pays, à fixer d'avance le prix de leurs denrées et marchandises, et à entretenir un armurier aux frais du trésor provincial .
Cette paix , toutefois , fut presque aussitôt rompue que signée. Les Français , qui avaient toujours traité les naturels avec humanité , n'eurent point de peine à conserver leur amitié ; et leur influence sur eux était si grande , qu'ils persuadèrent aux Wawénocks, aux Sokokis, aux Anasagunticooks et aux Algonquins des Trois-Rivières , de venir se fixer à Bekancourt et à Saint-François, au Canada.
1703. Guerre fie la reine Anne. La troisième guerre indienne j dite de la reine Anne, commença par des déprédations, commises, de part et d'autre, sur les bords du Kennebeck, et qui furent peu après suivies d'une attaque , faite par un corps de 5oo indigènes, aux ordres d'officiers français , contre les établissements de la frontière de l'Est ( août ). Wells , Cape-Porpoise, Saco , Scarborough, Spurwink, Purpooduck et Casco, qui avaient à peine eu le tems de se relever de leurs ruines, furent successivement assaillis par les enva-
(1) Voyez l'article Massachusetts.
DE L AMÉRIQUE. 4g3
hisseurs. Les Anglais perdirent an moins i 55 hommes tués ou pris, dans diverses rencontres. Les Indiens portèrent ensuite la désolation le long des côtes, tuèrent ou firent prisonniers 20 colons et soldats à Black-Point , et incendièrent le fort. Ils Turent moins heureux à Berwick et à Casco. Repoussés sur ces deux points , le major Mardi les poursuivit jusqu'à Pecwagluety avec 3oo hommes, leur tua beaucoup de monde, et revint à Casco chargé de butin ( 1 ).
1704. La reprise des hostilités s'annonça, au printems , par de nouveaux massacres. L'impossibilité de défendre une frontière , ouverte de toutes parts , décida le Massachusetts à porter la guerre dans le Canada et la Nouvelle-Ecosse , dans le but d'opérer une diversion favorable au Maine. Le colonel 13enjamin Church fut choisi pour commander cette expédition. On lui donna 55o hommes, et, le 21 mai, il mit à la voile de Boston, avec 14 transports , et 56 bateaux baleiniers , sous l'escorte de trois bâtiments de guerre. Church parcourut la côte, depuis l'embouchure du Pénobscot jusqu'à Port-Royal, emmenant ou tuant tous les Français qu'il rencontrait. Le gouverneur exposa , dans son message à la Cour générale , que Church avait détruit tous les établissements voisins de Port-Royal, et enlevé une centaine de prisonniers , et qu'il s'était emparé d'un butin considérable, avec perte seulement de six hommes (2).
1 704-171 3. Pendant plusieurs années, les opérations principales de la guerre eurent lieu dans la Nouvelle-Ecosse , où les Anglais entreprirent diverses expéditions infructueuses contre Port-Royal, qui finit cependant par succomber, le 1 octobre 17 10. Dans cet intervalle, des bandes indiennes continuèrent à infester le Maine , mais ne tentèrent aucune attaque contre les villes, où s'étaient réfugiés les colons , qui n'avaient point abandonné la province. Les campagnes n'offraient plus de sûreté ; les champs restèrent incultes, le commerce et les pêcheries furent entièrement délaissés, et la population, obligée de tirer ses approvisionnements du dehors , en manqua fréquemment.
Dans cette troisième guerre de dix ans , il périt de 280 à 3oo colons ; et , par suite des émigrations , la population se
(1) Penhallows' wars of New-England with the Eastern Indians, Boston, 1726.
tV. Williamsons' Maine, II, ch. 1.
(1) Jfutchimons' Massachusetts, II, ch. a.
trouva réduite , en 17 13 , de près du tiers de ce qu'elle était en 1703.
17 10. M. de Vaudreuil, gouverneur du Canada, nomma le baron de Saint-Castin, qui commandait à Pentagoet, son lieutenant en Acadie. Ayant appris, en même tems , que les An glaise m ployaient tous les moyens pour refroidir les sauvages à Fégard des Français, il écrivit aux missionnaires de redoubler de zèle pour retenir leurs néopbytes dans l'alliance française.
Le traité d'Utrecht, conclu le 3o mars 1713 , mit fin aux hostilités. Toute la Nouvelle-Ecosse , ou Acadie , ayant été cédée à l'Angleterre , par l'article 12 de ce traité , celle-ci en prit formel lement possession au mois de mai suivant. Les Indiens, las de la guerre, demandèrent à faire la paix ; et , le i3 juillet, il fut signé avec eux une convention , par laquelle ils cédaient aux Anglais leurs propriétés territoriales et leurs droits sur les pays de l'Est , à la seule condition de conserver les terres qui leur appartenaient en propre et de jouir du droit de pêcbe et de chasse et des autres libertés et privilèges qui leur avaient été garantis par le traité du 1 1 août 1693(1).
Un avenir plus heureux semblait alors s'offrir aux habitants de cette province. Les naturels avaient beaucoup souffert de la guerre ; plus du tiers de leurs guerriers avaient péri, et il était mort autant de femmes et d enfants. En 171 3 , les Etécheinins et les Abénaquis ne comptaient pas trois cents combattants. Trois tribus , les Wawénocks , les Sokokis et les Anasagunticooks, s'étaient dénationalisées par leur émigration au Saint-François , et leur association avec les Algonquins et autres , et ne furent même pas mentionnés dans le dernier traité.
Les établissements au nord de Rittery, appelés Plantation de New-Ichawannockj furent formés en une corporation, ou ville, sous le nom de Berwick (2), le 9 juin 1713. C'était la neuvième ville de l'État (3).
17 13. Les côtes, sur une étendue de plus de 100 milles, avaient été dépeuplées, et les titres des propriétaires, pour la plupart, ou perdus ou brûlés. La Cour établit un « comité
(1) Samuel Penhallows* wars oj New-En gland with the E as te ni Indians , p. 80.
(a) Située sur la rive de la rivière de Salmonfall. Population en i83o, 3,iG8 habitants.
(3) W. JVilliamsons* Maine, II, ch. 3.
DE L'AMÉRIQUE. 4g5
des réclamationts et établissemens de l'Est *, qui fut charqé d'examiner les droits des réclamants. Ce dernier recommanda aux colons, qui retournaient sur leurs propriétés, de se réunir toujours, au nombre de vingt à trente familles, sur un point, et de se fixer de préférence près du bord de la mer. Chaque famille ne devait conserver que trois ou quatre acres de terre dans le voisinage de son habitation, et le village devait être exposé de telle sorte que les habitants pussent se porter mutuellement secours et se défendre. Les terres, destinées à la culture, devaient être en dehors du massif des habitations. Ce fut ainsi qu'on procéda au rétablissement des six villes de Saco ou Biddeford (i), Scarborough (a), Falmouth (3), North-Yarmouth (4), Arrowsick (5) , et Capt-P orpoisz y aujourd'hui Arundtl (6).
Au printems de 1714? plosîeurs familles s'étant établies sur les îles de Parker et d'Arrowsick, à l'embouchure du Sagadabock, y attirèrent la population, et, le i3 juin 17 16, ces deux iles lurent érigées en ville, ou corporation municipale, sous le nom de Gcorgc-Town.
En 17 15, le fort Georges fut rebâti près des chutes inférieures de l'Androscog&in.
En 1 7 16, le comté de Yorksbire, qui n'avait été formé jusqu'alors que du Maine proprement ait, reçut une grande extension, la Cour générale ayant décrété que « toutes les terres, familles et plantations situées à l'est du Sagadabock, jusqu'à la Sainle-Croix, fussent annexées au Yorkshire », dont York resta le chef-lieu.
Vers cette époque, les indigènes commencèrent à inspirer de nouvelles inquiétudes aux colons. La Cour générale crut que le plus sûr moyen de les pacifier était de les convertir au protestantisme. Le gouverneur Shute leur proposa, dans ce
(1) Saco prit, en 1718, le nom de Biddeford , qui est située dans le comté d'York. Population en i83o, 1,995 habitants.
(a) Cette ville est située dans le comté de Cumberland. Population en i83o, 3,ooa habitants.
(3) Falmouth est située dans le même comté. Population en i83o , 1,966 habitants.
(4) North-Yarmouth est située dans le même comté. Population en i8io , 2,666 habitants.
(5) Cette ville est située par la latitude de 5' nord.
(6) Nommée depuis Port de Kennebunk. Population en i83o, 2,233 habitants.
}V. Williamionf Maine, vol. II, ch. 3.
4g6 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
but, une conférence, qui fut acceptée, et eut lieu à Alwirsick, au mois d'août 1717. Le gouverneur leur ayant présenté une bible en anglais et en indien, leur disant qu'elle contenait la vraie religion, qu'un ministre, nommé Baxter, qui raccompagnait, leur expliquerait, les chefs refusèrent de la prendre, et S bute, s'apercevant qu'il ne serait point facile de les détacher de la foi catholique, renonça à leur conversion, et se contenta de renouveler le traité de 17 13.
En 1719, les Anglais construisirent, à l'est du Kennebeck, les deux forts de Saint-Georges et de Richmond.
Les craintes d'un soulèvement parmi les indigènes arrêtèrent de nouveau les progrès de la colonisation. Beaucoup de familles quittèrent le pays, en 1720, et l'émigration devint bientôt si considérable que le gouverneur S bute se vit obligé, pendant l'été, de publier une proclamation, où il enjoignait aux habitants « de rester sur leurs propriétés et de ne point abandonner le pays » .
En 1 721 , les Indiens tinrent une grande assemblée à Norridgewock, pour donner un successeur à leur chef Toxus , qui venait de mourir. Les vieillards et le parti opposé à la guerre choisirent Oui-kou-i-roii-menitj contre l'avis du jésuite Rasle, et du marquis de Vaudreuil, gouverneur du Canada, qui, cette fois, employèrent inutilement leur influence sur les Indiens pour les décider à s'opposer aux envahissements des Anglais.
Plusieurs Anglais s'étant établis, en 17 19, sur les bords du Kennebeck, les Indiens ne parurent pas d'abord s'en formaliser. Mais, à la fin, se voyant environnés d'habitations anglaises, ils ouvrirent les yeux, et demandèrent aux Anglais de quel droit ils se fixaient ainsi sur leur territoire et y bâtissaient même des forts? Ceux-ci répondirent que le roi de France avait cédé leur pays à la couronne d'Angleterre. Les Abénaquis ne répliquèrent point, mais ils envoyèrent sur-lechamp des députés au marquis de Vaudreuil pour savoir s'il était vrai que la France eût disposé, en faveur de l'Angleterre, d'un pays dont ils étaient les seuls maîtres ? De Vaudreuil les assura que le traité d'Utrecht ne faisait aucune mention de leur pays, et ils s'en retournèrent satisfaits.
Les Indiens, cependant, ne songèrent point à inquiéter les colons, qui résidaient aux environs du Kennebeck, et continuèrent même à entretenir avec eux des rapports de bon voisinage, lorsque l'arrestation de quatre de leurs députés, qu'ils avaient envoyés à Boston, pour se plaindre de quelque
outrage, vint mettre fin à cet accord. Les Abénaquis demandèrent raison d'un procédé si étrange. On leur répondit que leurs députés n'avaient pas été retenus comme prisonniers, mais simplement comme otages, jusqu'à ce que la nation eût indemnisé les Anglais de la perte de quelques bestiaux que des Indiens avaient tués, et dont on estimait la valeur à 200 livres de castor. Les Abénaquis ne convinrent point du fait ; néanmoins, ils ne voulurent point prolonger la captivité de leurs frères pour si peu de chose, et donnèrent ce qu'on leur demandait. Ils n'en furent pas plus avancés , car on garda leurs députés prisonniers sous divers prétextes. Dans leur indignation, les sauvages résolurent de s'adresser directement au gouverneur, et le père de la Chasse , supérieur des missions, lui écrivit une lettre, où il était dit : i° que les Abénaquis ne pouvaient comprendre pourquoi on retenait leurs députés dans les fers, après la parole qu'on leur avait donnée de les délivrer dès que les deux, cents livres de castor auraient été payées ; a° qu'ils n'étaient pas moins surpris de voir qu'on disposât de leur pays, et qu'on s'y établît sans leur agrément ; qu il fallait que tous les Anglais eussent à en sortir au plus tôt, et à élargir les prisonniers qu'ils retenaient contre le droit des gens ; 4° <JQe *i? dans deux mois , on n'avait point de réponse satisfaisante à cette lettre, la nation saurait bien se faire justice.
Cette lettre, portée à Boston, au mois de juillet 1721, n'ayant pas produit l'effet qu'on en attendait , les Abénaquis se mirent en mesure d'exécuter leurs menaces, lorsque le marquis de Vaudreuil s'interposa et parvint momentanément à apaiser leur courroux. Mais deux entreprises des Anglais, l'enlèvement du baron de SaintCastin, et une tentative pour s'emparer du père Rasle, excitèrent au dernier point la colère et le ressentiment des Abénaquis, et ils coururent aux armes (1).
La quatrième guerre indienne ^ dite de trois ans ou de Lovewell, commença en 1722. Le i3 juin , un parti de Canibas surprit neuf familles près de la baie de Merry-Meeting, mais ne garda que cinq personnes prisonnières, pour répondre de la sûreté des quatre otages qui se trouvaient à Boston. Ils tentèrent ensuite un coup de main contre le fort de Saint- Georges ; mais , après en avoir fait vainement le siège du-
(1) Charlevoix , NouveUe-France , II, \iy. XIX. voyez l'article Mastachusects.
4g8 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
rant douze jours , ils se portèrent sur Casco et encore sur le fort de St-&eorges, d'où ils furent également repoussés. En se retirant , ils dévastèrent les établissements de Brunswick , et réduisirent le village en cendres.
Le a5 juillet, la Cour générale déclara la guerre aux Indiens, et, le 8 août, elle décréta l'envoi de mille hommes au secours de la province. Elle offrit en même tems une prime de quinze livres sterling par chevelure d'Indien mâle , âgé de plus de douze ans, et de huit pour chaque femme ou enfant qui serait fait prisonnier.
Le 10 septembre , un corps de 4 * 5oo Indiens Mickmacks fondirent à l'improviste sur le village d'Arrowsick , ou de George-Town. Une grande-garde, que le commandant Penhallow avait détachée de la garnison, pour défendre les habitants occupés à travailler dans les champs , ayant fait une décharge contre ces Indiens , l'explosion donna l'éveil aux travailleurs, qui eurent le tems de gagner le fort. Les assaillants se ruèrent alors sur le bétail , en tuèrent 5o têtes , et mirent le feu à 26 maisons. Ils cherchèrent ensuite à escalader le fort, dont la garnison, renforcée par une trentaine d'hommes, aux ordres du colonel IValton, exécuta une vigoureuse sortie et poursuivit les indiens pendant une distance considérable. Ceux-ci remontèrent la rivière, tiraillèrent en passant avec la garnison du fort de Richmond, et rentrèrent à leur quartiergénéral de Norridgewock,
Au mois de février 17123 , le colonel Thomas Westbrookj ayant pris le commandement en chef des forces de l'Est , s embarqua à Kennebeck, avec 23o hommes , pour aller détruire un fort , que les Indiens possédaient sur le Pénobscot. Le 4 mars , il aborda à la baie de Marsh , et après avoir suivi le fleuve l'espace de 32 milles, il découvrit le fort, qui avait été évacué six mois auparavant. Il y mit le feu, et se dirigea de là vers le fort de Saint-Georges , où il arriva , le 20, avec perte seulement de quatre bommes.
Une autre expédition fut conduite, à la même époque , par le capitaine Harniarij contre Norridgewock ; mais le mauvais tems l'empêcha de réussir.
Le reste de l'année s'écoula sans opérations importantes, et c'est à peine si 20 ou 3o colons furent tués ou menés en captivité (1).
(1) W. miliamsonf Maint , II, ch. 4.
La défense des frontières orientales fut confiée , dorant l'hiver, à i5o hommes , formés én trois escouades, et i5o autres furent répartis entre les différents forts. Ne recevant aucun secours des Français , et tenus en crainte par les colonnes mobiles qui traversaient sans cesse le pays, les Indiens n'entreprirent point de campagne d'hiver, et si l'on excepte une nouvelle tentative infructueuse du capitaine Moulton, pour s'emparer du jésuite Hasle, dont la tête avait été mise à prix, il ne se passa rien de sérieux jusqu'au printems (1).
1724* Âu mois de mars, les Indiens recommencèrent leurs déprédations le long des frontières , et tuèrent et blessèrent en peu detems une trentaine d'Anglais, à Gape-Porpoise , Black-Point, Rennebunk et Berwicfc.
Le ier mai , le capitaine Josiah Winslow, étant parti du fort de la rivière de Saint-Georges , avec 16 hommes de la garnison , montés dans deux bateaux , pour exécuter une reconnaissance dans les environs, se vit tout-à-conp enveloppé par 3o canots, portant une centaine de Tarratines. Winslow, n'ayant aucun espoir de salut, résolut de vendre sa vie le plus chèrement possible , et tua plusieurs ennemis de sa main. Mais, accablé par le nombre, il tomba percé de coups , ainsi que treize de ses compagnons. Les trois autres se sauvèrent et regagnèrent le fort.
Les frontières étaient alors si bien gardées, que les Indiens s'en éloignèrent pour se porter sur les bords de la mer, où ils se rendirent maîtres, en quelques semaines , de 22 navires de différentes grandeurs, tuèrent 22 hommes des équipages et en retinrent un plus grand nombre prisonniers, qu ils employèrent à manœuvrer leurs prises uans les courses maritimes qu'ils firent avec elles le long des cotes.
1724. Destruction de Norridgewock. Le 19 août, le capitaine Moulton partit de Richmond , avec 208 hommes et trois guides mohavrks, pour attaquer Norridgewock. Le 2 1 , il rencontra le fameux chef Bomaseen et sa fille, qui, ayant voulu fuir , furent tués par les Anglais. Sa femme , étant tombée entre leurs mains , donna à Moulton tous les renseignements qu'il pouvait désirer sur la position des Indiens à Norridgewock, et sur le missionnaire Rasle. Le lendemain, ce capitaine étant arrivé en vue du village , partagea son monde en trois colonnes , en plaça une partie en embuscade
(1) Hutchinsons' Massachusetts, vol. II, ch. 3.
5oo CHRONOLOGIE HISTORIQUE
et s'avança avec le reste contre le village. La surprise fut complète'. Les habitants s'enfuirent dans toutes les directions. Ceux qui cherchèrent à traverser la rivière à la nage , furent ou noyés ou tués par les soldats , laissés en embuscade , et 1 60 seulement purent gagner les bois. On compta , dans le Norridgewock , 3o cadavres , parmi lesquels on trouva celui du père Rasle gisant au pied a une croix qu'il avait élevée au milieu de la bourgade. Sept des naturels , qui voulurent lui faire un rempart de leurs corps , furent immolés à ses cotés. Les Anglais pillèrent alors le village, s'emparèrent des vases sacrés de l'église; et, le 23, avant de se retirer, mirent le feu à l'édifice et aux habitations. On évalue à 80 le nombre des Indiens tués dans cette expédition, qui ne coûta pas la vie à un seul Anglais ( 1 ).
Deux excursions , faites durant l'automne , par le colonel Westbrook et le capitaine Heath^ dans le pays arrosé par le Kennebeck et le Pénobscot, n'amenèrent aucun résultat.
1725- 1726. Pendant l'hiver et le printems suivant, eurent lieu les trois expéditions du capitaine John Lovvwdl, dont une seule dans le Maine , où cet officier périt à la bataille de Pegwacketj qu'il livra aux Sokokis, le 0 mai 1725 (2).
La Cour générale, décidée à pousser la guerre avec vigueur, pourvut de vivres et de munitions toutes les garnisons de l'Est, encouragea, par des primes, les engagements volontaires, enrôla un grand nombre d'Indiens amis et chrétiens , et résolut d'envoyer une seconde expédition à Pénobscot.
Au mois de mai, le capitaine Heath partit du fort de Richmond , et réduisit en cendres un village indien , composé de cinquante habitations et d'une chapelle , qui venait d'être établi sur le Pénobscot, à une lieue du confluent du Kenduskeag.
Cependant, les naturels , fatigués de la guerre, proposèrent des conditions de paix, qui furent débattues à une conférence tenue au fort Saint-Georges le 2 juillet. Au mois de novembre, quatre des principaux sagamores , députés par les Indiens de 1 Est, se rendirent à Boston, où, après de Ion eues discussions, ils signèrent, le i5 décembre 1725, un traite de paix et d'amitié , qui fut ratifié à Falmouth , le 6 août 1 726, par le lieu-
(1) Charlevoix, Nouvelle-France , II, liv» XX» Voyez l'article Massachusetts.
(a) Voyez l'article Massachusetts»
W> WilUarnsons' Maine, II. ch. 4.
5oi
tenant-gouverneur William Dummer, John Wentworth, Paul Mascarme, et plusieurs conseillers provinciaux, et par JVtntmovtt, principal sache m, et vingt-cinq autres chefs. Ce traite' porta depuis le nom de traité de Dummer (i).
La paix une fois assurée, Dummer établit deux factoreries, abondamment fournies d'articles à l'usage des Indiens , aux forts de Saint-Georges et de Richmond , et , deux ans après, il en fonda une autre au fort Mary , près de Winter- Harbour. Les directeurs en étaient choisis annuellement par la Cour générale. Ils vendaient aux indigènes leurs denrées et marchandises au prix coûtant , et quelquefois même avec perte, leur donnaient un bon prix de leurs fourrures et de leurs pelleteries , leur faisaient même fréquemment des présents ; et quand les commandants des forts les chargeaient de recueillir des renseignements, ou de porter des messages, ils les récompensaient généreusement de leurs peines.
Ces factoreries étaient une charge pour la province , mais elle la supportait d'autant plus volontiers, qu'elles produisaient les plus heureux résultats pour la paix du pays. Les naturels, pouvant s'y procurer tout ce dont ils avaient besoin, de meilleure qualité et à plus bas prix qu'au Canada, restèrent dans la province ; et ceux qui s'en étaient éloignés , les Canibas , les Wawenocks et les Anasagunticooks s'empressèrent d'y rentrer, et accédèrent au traité de Dummer, le 1 1 juillet 1727.
1727. Le 29 octobre, à dix heures quarante minutes du soir, il y eut un violent tremblement de terre, qui dura deux minutes , et se fit sentir depuis le Kennebeck jusqu'à la Delaware (2).
Cette année, le gouvernement chargea un comité de tracer les limites d'une ligne de townships, ou districts, qui devait s'étendre derrière les anciens, depuis Berwick jusqu'à Presumpscot. Ils devaient avoir chacun six milles carrés et le comité avait ordre , pour y attirer la population , de disposer des terres en faveur de vieux soldats ou de leurs familles et des personnes oui avaient souffert dans les dernières guerres , à des conditions avantageuses. York et Falmouth étaient alors les deux villes les plus florissantes de la province. York en était le chef-lieu politique, et Falmouth l'entrepôt commercial. En
(1) Penhallows* wan of Ne w-En gland, p. 122-7. The sub mission and agrtement of ihe De le gâtes of the Eastern Indians.
(p) H utch insons' Massachusetts , vol. II, ch. 3. Voyex l'article Mçssaehusetu.
5o% CHRONOLOGIE HISTORIQUE
1727, on compta à la fois , dans ce dernier port , trente bâtiments marchands , et sa population se composait de pins de cent familles. La colonisation des antres parties du Maine marcha fort lentement , attendu qu'on trouvait difficilement des individus qui voulussent s'établir dans le désert, loin des centres de population , même lorsqu'on leur abandonnait les terres pour rien. La législature, d'un autre côté, mit des restrictions à l'introduction des étrangers dans le pays , de sorte que les établissements ne se peuplèrent point avec la rapidité qu'on avait d'abord espérée.
1729. David Dunbar j colonel retiré de l'armée anglaise, fut nommé inspecteur des bois royaux dans le Maine. Ayant donné à entendre au ministère qu'un grand nombre de protestants irlandais et allemands étaient disposés à s'y transporter sous ses auspices, il obtint un ordre du roi, qui mettait à sa disposition toute la province de Sagadahock, qu'il devait coloniser, diriger et gouverner, à la seule condition de réserver 3oo,ooo acres des meilleurs pins et chênes pour les besoins de la couronne. Dunbar y arriva au printems, et s'établit au fort de Pémaquid, qu'il répara, et dont il changea le nom en celui de Frédérickj en l'honneur du nouveau prince de Galles. Il partagea en trois districts , savoir : Toonshend (aujourd'hui Boothbay), Harrington et JValpole (Nobleborough) , le territoire situé entre le Shéepsoot et le Muscongus , et traça le plan d'une ville à Pémaquid. Dunbar offrit alors cent'acrcs de terre à quiconque viendrait s'y établir, et s'engageait, en outre, à pourvoir les é migrants d une année de vivres. Son but étant de soustraire le pays à la juridiction du Massachusetts, et de le réunir à la Nouvelle- Ecosse, s'il ne pouvait le rendre entièrement indépendant des deux, il chercha à se rendre favorable Philips , gouverneur de cette dernière colonie ; il lui demanda trente hommes et un officier, pour tenir garnison dans le fort de Frederick. Dunbar, toutefois, voulant être maître absolu dans le Sagadahock, froissa les intérêts de beaucoup de propriétaires, dont il refusa de reconnaître les titres ; et il s'éleva bientôt contre lui un tel concert de plaintes, que la Cour générale crut devoir les déférer à un comité, qui, le 27 janvier 1731, présenta un rapport, où la conduite et les prétentions de Dunbar étaient énergiquement condamnées. Le gouverneur du Massachusetts, Jonathan Belcher, néanmoins, n'osa point a%oir recours à la force pour déposer un agent muni aune commission royale, et porta 1 affaire devant les lords du cora-
merce d'Angleterre, lesquels, après avoir entendu (août) les conclusions du procureur et de 1 avocat-général, reconnurent les droits du Massachusetts à la possession du territoire, compris entre le Rennebeck et la Sainte-Croix, et déclarèrent que la couronne n'avait point le pouvoir de nommer un gouverneur pour ce territoire, ni de faire aucune cession de terres dans ses limites.
1732. Au mois de juillet, le gouverneur Belcher se rendit à Casco, où, le 20, il eut une entrevue avec un nombre considérable d'Indiens, auxquels il distribua des présents. Il visita ensuite les établissements situés sur les rivières de Saint- Georges, Rennebeck et de Saco, et, à son retour à Boston, il recommanda à la législature de pourvoir à la réparation des forts, qui tombaient en ruines, et de faire dresser une carte du pays.
Le 10 août, le roi révoqua la commission qu'il avait donnée à Dunbar, et le détachement de troupes, qui formait la garnison du fort Frédérick, fut rappelé (1).
1733. Le 25 août, la Cour générale décida que les habitants du territoire de Sagadahock seraient traités à l'égal des autres citoyens de la province ; qu'ils jouiraient des mêmes droits, et ressortiraient, pour l'administration de la justice, des tribunaux du Yorkshire.
Le 6 novembre, on démantela le fort de Mary, à Winter- Harbour, et on en transporta la garnison, l'artillerie et les munitions de guerre et de bouche à celui de Frédérick.
Dunbar séjourna encore deux ans à Pémaquid, en qualité d'inspecteur des forêts royales. Il possédait des propriétés à Bel videra Point, sur lesquelles il avait bâti une belle maison, une ferme', des écuries , etc. C'était un homme extrêmement actif et entreprenant. Pendant sa courte administration, il répara le fort de Pémaquid , construsit une caserne, et introduisit dans le pays quelques-uns de ses plus utiles habitants.
1733. Le 20 avril, la législature décréta l'établissement d'un nouveau district, ayant 6 milles carrés, sur le bord oriental de la rivière de Salmon-Fall, au-dessus de Berwick. Il fut lonc-tems connu sous son nom indien de Tow-wohj et reçut plus tard celui de Lebanon (2).
(1) H utchi usons' Massachusetts, Yol. II, ch. 4* Jr . Williamsons' Maine\ II, ch. 5.
^J^) Située sur la rire de la Piscataqua. Population en i83o, 2,391
Soi CHRONOLOGIE HISTORIQUE
Cette même année, deux autres districts furent établis, et des lots de 100 acres chacun furent distribués aux soldats qui avaient pris part à la guerre du roi Philippe, et aux familles de ceux qui y avaient péri. L'un de ces districts s'appela Narraganset-Number-One (aujourd'hui Buxton), et l'autre Narraganset-Number-Seven, ou Gorham (i).
Au printems de 1734? les habitants de Marblehead ayant obtenu la cession de 25,6oo acres de terre , sur le bord oriental du Présumpscot, fondèrent la plantation de iView- Marblehead, qui a pris depuis le nom de JVindham (2). Une autre s'établit en même tems, près de Berwick et de Tow-wob, sous le nom de Phillipstown^ aujourd'hui Sandford.
En 1735, on dressa un état des propriétés imposables, et on fit un dénombrement de tous les habitants mâles de seize ans et au-dessus. Neuf villes (3) ou districts du Yorkshire payaient alors au fisc, savoir :
York 81. i4s. 9 p.
Kittery 11 5 4
Berwick ■ 5 17 8
"Wells 4 r9 M
Falmouth 5 12 9
Biddeford 2 4 3
Arundel 2 1 3
Scarborough 4 2 10
North-Yarmouth 1 9 4
Total 461- 7 s. 2 p.
La population de ces villes s'élevait alors à environ 7,000 individus , celle des plantations et des nouveaux districts à 5oo , et celle de Sagadahock à 1 ,5oo ; en tout, 9,000 individus (4).
Cette année, et les deux suivantes, la population du Maine fut décimée par une épidémie qui se manifesta d'abord à Kingston, dans le New-Hampshire, et étendit de là ses ravages sur toute la Nouvelle-Angleterre. C'était un mal de gorge oui attaquait surtout les enfants et les adultes, et enleva plus e 5oo personnes dans la province.
(1) Il y eut en tout sept districts, dont cinq étaient situés dans le Massachusetts, (a) Population en i83o, 2,182 habitants.
(3) George-Town, la dixième ville de la province, ne fut pas imposée.
(4) IV. Williamsons' Maine , II, ch. 6.
DE i/ AMÉRIQUE. 5o5
1736. Le 27 mai, la législature céda un district, ou townshipj sur les bords de la rivière de Roy ail, aux habitants de Gloucester (Massachusetts), qui y fondèrent la colonie de New-Gloucester.
Les indigènes commençaient à prendre ombrage de ces établissements, et Ton eut un moment des craintes pour la tranquillité de la province. Mais un acte de justice de la Cour générale, qui, sur la plainte des Taira Unes, défendit aux Anglais tout empiétement sur le territoire de cette tribu, au-delà de la rivière de Georges, désarma leur colère, et toute appréhension de guerre s'évanouit. Le gouvernement était même tellement rassuré sur les dispositions des naturels, qu'il fit démanteler, en 1 737, les forts de Georges, à Bruns* wick, et de Frédérick, à Pémaquid, et réduisit les garnisons des forts de Saint-Georges et de Richmond à dix hommes et un officier.
1737. Le 24 jum? 1* législature accorda à Brunswick les droits et privilèges municipaux, dont jouissaient les dix autres villes de la colonie.
1737- 1739. Des différends étant survenus entre le Massachusetts et le New-Hampshire, relativement à la ligne de démarcation des deux colonies, le roi publia, le 9 avril, une commission, revêtue du grand sceau d'Angleterre, par laquelle il chargeait cinq des plus anciens conseillers de chacune des provinces voisines de New- York , New- Jersey, de la Nouvelle-Ecosse et de Rhode-Island, de décider, le point en litige. Leur jugement, toutefois, devait être sujet à appel au roi, en son Conseil. Les commissaires se réunirent au mois d'août. Il s'agissait de savoir si la ligne des limites entre le Maine et le New-Hampshire devait passser par le centre de la Piscataaua, on suivre son bord nord-est, et si, à partir de la source oe cette rivière, la ligne, destinée à compléter la distance de 120 milles de la mer, aux termes dé la charte de Gorges, devait être tirée dans une direction nord-ouest, on nord moins un quart ouest. Les commissaires et les législatures des deux provinces n'ayant pu s'entendre, l'affaire fut portée devant le Conseil du roi. Des agents du Massachusetts et du New- Hampshire furent envoyés à Londres, pour le suivre. Là, les contestations et. les récriminations se reproduisirent, et durèrent jusqu'au 5 mars 1739, que le roi définit ainsi la ligne du Maine : « Cette ligne devra passer par l'entrée du port de » Piscataqua, suivre le milieu du cours de cette rivière et du y> Newichawannock, jusqu'à la source la plus éloignée du
5o6 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
» Salmon-Falls, et de là s'étendre au nord, deux degrés » ouest, jusqu'à la distance de 120 milles de son point de » départ ».
Le gouverneur Belcher veillait avec une sollicitude toute particulière aux intérêts et à la sûreté des habitants du Maine. Il les visitait tous les ans, et avait de fréquentes entrevues avec les indigènes, qu'il concilia par des présents et par la justice de son administration. En 1739, on conçut quelques inquiétudes à leur égard, et Belcher obtint de la Cour générale les fonds nécessaires à la construction d'un fort, à York, où l'on déposa les archives, et qui fut armé de trois ou quatre couleuvrines. En 174°* lorsque la guerre éclata entre l'Angleterre et l'Esoagne, Je gouverneur remit en état de défense les forts de Fredérick, Saint-Georges, Richmond et Mary, en bâtit un autre à Falmouth, et équipa un navire pour réprimer les incursions des corsaires espagnols, le long des côtes. Aussi, son remplacement par William Shirhy* qui eut lieu en 1741, causa-t-il une véritable affliction dans le Maine (1).
174^. Au mois d'août, le nouveau gouverneur visita la colonie , et eut, à Saint-Georges, une entrevue avec les sagamores étéchemins ; il écouta et redressa leurs griefs , assura aux chefs des tribus les gratifications et les pensions dont ils jouissaient depuis plusieurs années, et leur donna la poudre, le plomb et d autres articles dont ils avaient besoin. Shirley inspecta ensuite les forts de l'Est, les factoreries, et les ouvrages de défense qui s'élevaient à Falmouth, et à son retour à Boston, il exposa à la législature toute l'importance de cette contrée , et obtint d'elle une somme de 700 livres pour l'achèvement des forts de Frédérick, Saint-Georges et de Saco. Le gouverneur recommanda aussi, pour encourager la colonisation, d'offrir des terres à des protestants étrangers, à des conditions qui les décideraient à se fixer, avec leurs familles, dans les provinces de l'Est, et à y entreprendre de nouveaux établissements.
1743. En janvier 1 743, il y avait dans le Maine et le Sagadahock, 2, 3oo contribuables et 12,000 habitants, et les villes à corporation nommaient huit représentants à la législature.
La guerre devenant alors imminente entre la France et l'Angleterre, la législature mit 1,280 livres sterling à la dis-
(1) HtUchinsons' Massachusetts , vol. II, ch. 4.
position du gonveruement et des représentants da Maine, pour être employées à construire des forts palissades, des blockhouse et d'autres retranchements, et à fortifier les maisons susceptibles de défense. On prit aussi diverses autres mesures de précaution, et 5oo hommes furent levés dans la province. La milice se composait alors de 2,855 hommes, répartis en deux corps, commandés, l'un par sir William Pepperellj et l'autre par le colonel Samuel Waldo. Le premier était fort de 1 ,5o5 hommes, fournis, savoir : 45o par le
par Philiptown. Le régiment de Waldo comptait 1,200 nommes, savoir : 160 de Scarborough, 5 00 de Falmouth, i5ode New-Yarmouth, 5o de Brunswick, 20 de Narraganset, et 40 de New-Marblehead.
La France ayant déclaré la guerre à l'Angleterre, le 3 1 mars 1 744» 1* Nouvelle-Ecosse devint le théâtre des premières hostilités. Les Indiens de cette province s étant réunis aux Français, le gouverneur du Massachusetts proclama rebelles toutes les tribus habitant à l'est du Passamaquoddy, et défendit à tous les naturels, résidant à l'ouest d'une ligne, commençant à trois milles est de cette rivière, et allant de là au nord, jusqu'au Saint-Laurent, d'entretenir aucune relation avec les rebelles.
L'expédition, qui se termina par la réduction de Louisbourg, le 16 juin 1745, fut commandée en chef par sir "William Pepperell (1).
1745- 1749. Cinquième guerre indienne. Le gouverneur Shirley n'avait rien épargné pour se concilier l'amitié des Indiens. Promesses, présents, il mit tout en œuvre, mais en pure^perte, pour les détacher de l'alliance française. En janvier 1745, les Tarratines refusèrent formellement aux Anglais le contingent de guerriers qu'ils s'étaient engagés à leur fournir par le traité de Dummer ; et, au mois de juillet, les hostilités commencèrent par une attaque contre les forts de Saint-Georges et de Pémaquid. Les Indiens se portèrent de là sur les établissements que les émigrants irlandais avaient fondés, en i?35, le long de la rivière de Satnt-Georçes, sous les auspices de Samuel Waldo, et massacrèrent plusieurs habitants. Le comité de sûreté, institué pour la défense du pays,
(1) ffutchinsons' Massachusetts, IT, ch. 4* W. Williarnsons' Maine, II, ch. 8.
5o8 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
décréta alors une levée de 45o hommes, qui furent répartis dans des maisons palissadées et dans les forts, avec mission de parcourir constamment la ligne de frontières, depuis Berivick jusqu'à Saint-Georges.
Les autres Indiens de la province ayant suivi l'exemple des Tarratines, et refusé d'exécuter les conditions du traité de Dummer, le gouverneur déclara la guerre à toutes les tribus orientales, sans exception.
1746. rendant l'hiver, les colons reçurent de Boston quatre petites pièces de campagne et une couleuvrine, avec un corps de troupes spécialement destiné à couvrir le territoire situé à Test de l'Androscoggin. Les garnisons de Saint- Georges, Brunswick et Saco furent aussi considérablement augmentées.
Les indigènes, désespérant de chasser les Anglais du pays, ne songèrent qu'à se venger sur des familles et des individus isolés, à enlever des prisonniers, qu'ils allaient vendre au Canada, à piller les habitations et à détruire le bétail. Partagés en petites bandes, ils ravagèrent, durant l'été, les environs de Gorhamtown, Pémaquid, Shéepscot, Wiscasset, et Saint- Georges, et détruisirent entièrement la plantation allemande de BroadBayj ou fValdoborough.
Un nouveau comité de salut et de défense fut organisé en 1747, et le gouvernement eut recours à tous les moyens pour rassurer les colons et les empêcher d'abandonner leurs habitations. Il offrit une prime de 4° livres sterling par prisonnier français ou indien , et une autre de 38 par chevelure d'ennemi tué dans les combats ; plus tard, cette prime fut portée à 25o livres par chevelure d'indien , résidant à l'ouest du Passamaquoddy, et à 100 , s'il provenait d'autre part.
Au mois d'avril , les indigènes recommencèrent leurs déprédations et leurs massacres, et, le 26 mai, une centaine de ces sauvages , pénétrant sur le territoire de Sagadahock, assaillirent le fort de Pémaquid et tuèrent dix hommes de sa garnison. Quelque tems après, ils tentèrent de surprendre les torts de Frederick et de Saint-Georges , mais ils échouèrent pareillement.
La disette se fît cruellement sen tir durant l'hiver ; la récolte avait été insuffisante pour la consommation intérieure , et il devenait impossible de se procurer des vivres du dehors. Les denrées étaient par conséquent hors deprix, et les malheureux soldats, dont la solde était payée en un papier- monnaie sans valeur , furent en proie à de grandes privations. Bien que le
DE l'amérique. 5oq
Maine et le Sagadahock renfermassent alors quatre ou cinq forts, 26 blockhouse et de i5 à 20 plantations cjui avaient survécu à la guerre , il ne restait , pour le service de tant de places, qu'environ 3oo hommes.
Cependant , les sagamores ne manifestant aucun désir de voir cesser les hostilités , le gouvernement songea à adopter des mesures plus efficaces, pour mettre les habitants de 1 Est à l'abri des incursions des sauvages. Il résolut d'employer, à cet effet, une force de 733 hommes , et de bâtir une forteresse sur les bords du Pénobscot. Toutefois , le traité d'Aixla-Chapelle, conclu le 7 octobre 1748, termina la guerre entre la France et l'Angleterre ; et , presque aussitôt , les Indiens discontinuèrent leurs brigandages. Au printems suivant, des chefs de ces derniers se rendirent à Boston , se disant envoyés par les tribus de Pénobscot et de Norridgewock , et déclarèrent au gouverneur Shirley que tous les naturels, habitant entre les rivières de Saint-Jean et de Saint-François désiraient la paix, et que leurs sachems demandaient qu'on leur envoyât des commissaires avec lesquels ils pussent traiter. On leur donna rendez-vous à Falmouth, où sir William Pepperell et quatre autres délégués s'abouchèrent, le 14 octobre 1749 9 avec les chefs des tribus de Pénobscot, Norridgewock et Saint- François, et conclurent avec eux , le 16 , un traité, basé sur celui de Dummer , qui fut signé par dix-neuf sagamores et capitaines (1).
Une rixe , qui eut lieu à Wiscasset , au mois de décembre suivant , entre des colons et des Indiens , et dans laquelle un de ces derniers succomba et deux furent blessés, faillit amener une nouvelle rupture. Les Indiens de Saint-François et de Bétancourt jurèrent de venger la mort de leur compatriote. Quatre-vingts d'entre eux partirent à cet effet pour Pénobscot et Norridgewock , et , ayant été joints par une centaine de jeunes guerriers canibas, ils fondirent à l'improviste sur le fort de Richmond , qui reçut à tems du renfort , et repoussa , leur attaque. Ils se partagèrent alors en plusieurs bandes , et commirent toutes sortes d'atrocités sur les bords du Kennebeck, à Frankfort, à Wiscasset, Shéepscot, George-Town et New-Gloucester. Ces Indiens étant rentrés dans leur pays, les tribus de Pénobscot , Passamaquoddy et de Saint-Jean demandèrent à reprendre leur commerce et leurs anciennes relations avec les Anglais, et, le 3 août 1 75 1 , ils renouvelèrent,
(1) Hutchinsons* Massachusetts, II, ch. 4*
5tt CHRONOLOGIE HISTORIQUE
au fort de Saint-Georges , le traité qu'ils avaient signé ans itfj[>aravant.
* W colonisation et la sûreté du Maine fixèrent alors l'attention toute particulière du gouvernement anglais. Pendant l'automne de 1750, Richard Hazen leva , aux frais publics, une carte de la côte , entre le Merriinack et la Sainte-Croix. Deux nouveaux townships ( 1 ) furent accordes aux capitaines Pierson et Hobbsj et aux militaires qui les avaient suivis à la prise de Louisbourg; les îles du Pénobscot furent peuplées, et la législation vota l'établissement de quatre autres townsbips, destinés à recevoir des protestants étrangers, et surtout des Allemauds , auxquels on offrit de grands avantages pour les encourager à venir s'y fixer. On répara et on agrandit les fortifications , et celles de Saint-Georges , Broad-fiay et de Médumcook furent mises sur un pied respectable de défense (2).
La guerre, les maladies et la petite vérole avaient tellement ralenti les progrès de la population, que, durant les sept dernières années, elle ne s'était accrue , dans toute l'étendue du Massachusetts, que de 5oo individus.
Le 18 décembre 1752, les propriétaires de la patente de Plymouth et un grand nombre de ses habitants adressèrent à •la Cour générale une pétition , dans laquelle ils exposaient les inconvénients qui résultaient pour eux de leur éloigneinent du chef-lieu et du siège de la justice , et demandaient qu'il fut formé un second comté. Un projet de loi fut soumis à cet effet à la législature , en décembre 1 753 , mais la crainte d'une nouvelle guerre ne permit pas de le convertir en loi.
Florentius Vassal j de la Jamaïque, sollicita de la Cour générale la cession du territoire situe entre le Pénobscot et la Sainte-Croix, s'engageant, dans un tems donné, d'y transporter un nombre de colons suffisant pour établir une barrière contre les Français et tenir les Indiens en échec. Cette assemblée lui accorda sa demande, et promit que si, en mai 1758 , il avait introduit 5,ooo personnes dansle pays, avec un certain nombre de ministres protestants , et satisfait aux réclamations des indigènes, lésé migrants seraient propriétaires des terres qu'ils auraient défrichées, et de toutes les îles qui bordaient la cote à trois milles de distance (3).
(1) Formant aujourd'hui le district de Standish. (a) W. fVUliamsons9 Massachusetts, II, ch. 10. (3) Idem, ch. 11.
Le 19 juin 1753, la plantation de Shéepscot fut érigée en ville, sous le nom de Ntw-Castle (1).
1754* Cependant les Indiens commençaient à remuer et a donner de nouvelles inquiétudes. L'espoir de recevoir du secours des Français, alors maîtres de la Nouvelle-Ecosse, les enhardit à tenter un dernier effort pour expulser les Anglais de leur pays. Un parti d'une soixantaine d'entre eux s'étant présente auprès du fort de Richmond , leur chef, «'adressant au capitaine Lithgow^ lui dit : « Les Anglais feraient bien de quitter ces parages, autrement les Français, nos frères, qui sont vêtus comme nous , viendront , aussitôt après la fonte des glaces, nous aider à vous en chasser tous. Ils descendront bien certainement du Canada , au printems , et nous apporteront des fusils et de la poudre , car un bon prêtre , qui ne saurait mentir, nous l'a dit. Et les Hurons aussi viendront à notre secours » .
Ces symptômes de désaffection alarmèrent le gouvernement, et la Cour générale, considérant qu'il était urgent de s'opposer à ce que les Français s'établissent sur les bords duKennebeck, sur ceux de ses tributaires, ou aux portages situés à la source de cette rivière, vota des fonds, le 9 avril i?54> pour la construction d'un nouveau fort sur le Kennebeck, a 37 milles audessus de celui de Richmond, qui tombait en ruines : 800 hommes furent enrôlés pour la défense de la province et 2,5oo fusils expédiés, sur différents points , pour en armer les habitants.
Le a8 juin , le gouverneur Shirley eut une conférence, à Falmouth, avec 4? des principaux Indiens Norridgewock, qui signèrent un traité semblable à celui de Dummer ; et , le 6 juillet suivant , quinze envoyés de Pénobscot y adhérèrent au nom de leur tribu. Le gouverneur fit alors reconnaître , par un corps de 5oo hommes, le pays avoisinantles sources du Kennebeck et les portages qui existaient entre cette rivière et la Chaudière , et employa les autres à construire le fort , au confluent du Kennebeck et du Sébasticook. Il fut achevé le 3 septembre, et reçut le nom de fort Halifax (2).
Les propriétaires de la patente de Plymouth, ou de Kennebeck, bâtirent , à la même époque , deux autres forts sur le bord oriental de cette rivière ; l'un à seize milles au sud ,
(1) Voy. Hist. Coll. qf Massachusetts , vol. VII, 163-171.
En i83o, la population de cette ville s'élevait à i,544 habitants.
(2) Holrn*' danois , II, year 1754.
Sljtfttg CHRONOLOGIE HISTORIQUE
dans un endroit nommé Cushnoc, qui fut appelé fort TV tern et l'autre à seize milles de celui-ci, à Frankfort (Dresden)y qui prit le nom de fort Shirley.
Cependant, le dernier traité n'empêchait pas les Indiens de se porter à des actes de violence contre les colons et les soldats isolés. Ces attentats ayant toujours été les avant-coureurs d'une rupture , le gouverneur crut devoir renforcer la garnison de Halifax , qui était spécialement menacée , et mit les frontières dans le meilleur état possible de défense pendant l'hiver. Les indigènes de Saint-François étaient les instigateurs de ces hostilités , et la Cour générale , sentant la nécessité de les exterminer, pour assurer le repos de la colonie, offrit une prime de 100 livres par chevelure de ces Indiens, et de 10 livres pour chaque captif. Le trésor, néanmoins, était dans une extrême pénurie , et le gouvernement provincial se vit obligé d'exposer au roi sa détresse et de lui demander de prompts secours.
Sixième guerre indienne. Les hostilités, commises en 1754, „r les indigènes , sur les frontières du Maine, donnèrent lieu ce qu'on appela la guerre française, ou la sixième guerre indienne.
Le 1 1 juin 1755, le gouverneur déclara la guerre aux Anasagunticooks et aux autres tribus résidant à l'Est du Pénobscot dont il exceptait seulement les riverains du fleuve. Il prit ensuite diverses mesures pour la sûreté des habitants, organisa des compagnies de volontaires , et porta les primes, par chevelure d'Indiens , à 200 livres et à 25o par captif. L'appât du gain décida un grand nombre d'individus à s enrôler, et des compagnies franches se mirent partout en campagne, tuant et arrêtant tous les naturels indistinctement, sans s'inquiéter s'ils étaient amis ou ennemis. Un fait de ce genre eut pour les Anglais de funestes conséquences. En juillet, le capitaine James Cargill, ayant rencontré , sur les bords de la baie de Pénobscot, un parti de Tarratines qui se livraient paisiblement à la chasse, fondit sur eux et en tua douze, dont ses gens enlevèrent les chevelures. A son retour, il fit subir le même sort à une femme nommée Margaret, qui avait rendu maint service à la garnison du fort St-Georges, ainsi qu a un enfant , qu'elle portait dans ses bras. Cet acte révoltant de barbarie excita l'indignation et le courroux des Tarratines, qui jusqu'alors étaient restés neutres, et les décida à s'armer contre les Anglais. Le 5 novembre , le gouverneur leur déclara la guerre.
• DE L'AMÉRIQUE. 5i3
Les hostilités entre la France et l'Angleterre commencèrent au mois de juin 1756. Le Maine, toutefois, ne fut pas le théâtre d'opérations importantes. Tout se borna à des incursions sur le territoire des établissements, à des déprédations, des assassinats et des surprises ; mais aucune attaque sérieuse ne fut tentée contre les villes ou les forts.
Thomas Pownal succéda à Shirley, dans le gouvernement du Massachusetts, en août 1757.
Le district de Harpswell fut détaché de North-Yarmouth, et érigé en ville, le 25 janvier 1758.
Vers la fin de 1 758 , un corps de 4°° Français et Indiens attaqua , sans succès , les forts de Saint-Georges et de Méduncook ; après quoi, Y histoire ne fait mention d'aucun autre acte d'hostilité commis par les indigènes.
1759. La Cour générale, sur la recommandation du gouverneur Pownal, ayant résolu, le 23 mars, de prendre possession du pays arrosé par le Pénobscot, et d'y construire un fort, destiné à empêcher les Français de recevoir des secours par cette rivière, mit, à cet effet, 4<>o hommes à la disposition au gouverneur. Celui-ci s'embarqua à Boston, toucha à Falniouth, le 4 niai, et ayant pris terre un peu au-dessous de l'île de Y Orphelin, sur le bord occidental du Pénobscot, il construisit un fort sur une petite élévation, située à 25 perches du bord de l'eau. Le 28 juillet, tous les travaux furent achevés, et on le nomma fort Pownal (1).
Sir William Pepperell mourut, le 6 juillet 1759, à Fâge de 63 ans.
Après la prise de Ticondéroga, le général Amherst détacha 200 hommes, aux ordres du major Robert Rogers, pour aller détruire le village de Saint-François. Après une marche de 21 jours, cet officier arriva, le 3 octobre, en vue de ce village, auquel il donna l'assaut, le lendemain, au point du jour, tandis que ses habitants étaient encore plongés dans le sommeil. Aussi, presque tous furent passés au fil del epee.
1759. Le 20 octobre, la plantation de Nequasset, ou de Nauseag, fut érigée en ville sous le nom de tVoolwich(i).
1760. Les ludions, épuisés par la guerre, la famine, les privations, les maladies, et surtout par la petite vérole, et ne pouvant, depuis la réduction de Louisbourg, Québec et de
(1) JV. Williamson* Maine , II, ch. 12. (a) Population çn i83o, i,4<)5 habitants.
t. xvil. 33
5ï4 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
Ticonderoga, recevoir aucun secours des Français, implorèrent enfin Ta paix. Les premiers à la demander furent les naturels de Saint-Jean et de Passamaquoddy, qui avaient aussi été les premiers à prendre les armes. Le 23 février, leurs délégués signèrent, à Halifax, un traité, qu'ils s'engagèrent à faire ratifier, avant le 20 mai, par les sagamores et les chefs de leur tribu. Les Tarratines, de leur cqté, en conclurent un à Boston, le 29 avril, par lequel ils se mettaient entièrement à la discrétion des Anglais. La tribu ^trouvait alors réduite à 5 sacbems et 5oo individus, dont 73 guerriers (1). Les Abénaquis étaient pour ainsi dire anéantis, et aucune de leurs tribus, pas même celle des Canibas, ne participa à la conclusion de ce traité.
Après la paix, la colonie eut bientôt réparé ses pertes, qui, du reste, n'avaient point été considérables durant cette guerre. Tous les fugitifs rentrèrent dans le pays , où ils ne tardèrentpas à être suivis de nouveaux émigrés , et les constructions navales et le commerce reprirent en peu de tems leur ancienne activité.
1760. La plantation de Frankforl fut érigée en ville, le i3 février, sous le nom de Pownalborough.
La Cour générale, sentant la justice des plaintes réitérées des habitants de Falmouth et de Plymouth, décréta, le 19 juin, rétablissement de deux nouveaux comtés, qui furent nommés Cumberland et Lincoln (2).
Pownal habitants
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terre. Son successeur, sir Francis Bernard, entra en fonctions le 4 août suivant
(1) Holmes* Aimais , II, year 1760.
Le traité fut signé par les chefs Kénowret, Joseph Marie , Zéchetien
et Zachébéscn.
(2) Le comté de Cumberland confinait à celui d'York, et était borné au sud-est par l' Atlantique et la baie de Casco , et au lïord-eat par la rivière de Ncw-Meadow, jusqu'au portage de Stevens , situé vers sa source, et de là par la baie de Merry-Meeting et Y Aiulroscoggin, l'es-
£ace de 3o milles , et ensuite, par une ligne tirée au nord , jusqu'aux mites les plus septentrionales de la province. Falmouth en fat le chef-lieu.
Ce comté de Lincoln comprenait le reste de l'Etat actuel du Maine et des îles qui bordaient la côte , et s'étendait à l'est jusqu'à la Nouvelle-Ecosse , et au nord jusqu'à l'extrémité de la province. Pownalborough en devint le chef-lieu.
Historical Collections of Massachusetts , vol. VII, 167.
DE L* AMÉRIQUE. 5i5
Le gouvernement de Massachusetts, décidé à concentrer dans ses mains tout le commerce indien, établit à cet effet deux factoreries , l'une au fort de Halifax, et l'autre au fort de Pownal, et les pourvut abondamment des articles dont les indigènes pouvaient avoir besoin. Sir Francis Bernard ne négligea rien pour se ménager leur attachement, et, dans un message qu'il adressa à la Cour générale, le 1 7 décembre, il recommanda, entr'autres amendements aux lois qui régissaient les Indiens, a de les empêcher de contracter inutilement des dettes considérables, qu'ils n'avaient d'autre moyen d'acquitter qu'en aliénant leur liberté ; de défendre aux pères et mères de vendre leurs enfants, ou de les rendre passibles du paiement de leurs dettes, et de condamner les Indiens, coupables de délits, à des châtiments corporels, au lieu d'amendes, qu'ils pouvaient rarement acquitter » .
D'après une estimation faite en 1761, dix-neuf villes et plantations furent déclarées aptes à contribuer à la taxe provinciale de 1,000 livres sterling. La part du Maine ne s élevait qu'à 74 livres 61 schellings, savoir :
liv. schel.
Le comté d'York 38 i5
Id. de Cumberland 26 17
Id. de Lincolu 8 i3
La population de la province pouvait alors s élever à 1 7,5oo habitants, et Falmouth en était la ville la plus importante ( 1).
La législature montra beaucoup de sollicitude pour les intérêts du Maine, pendant la session de 1762. Les^^itants, qui avaient formé des établissements épars dans le p^rys arrose
Ï>ar le Pénobscot, ayant adressé une pétition à l'assemblée, il eur fut accordé douze districts. Six, situés entre le Pénobscot et la rivière d'Union, furent cédés à David Marsh et à 359 autres. Chaque district devait avoir six milles carrés, et les concessionnaires s'engageaient à réunir 60 familles dans chaque dams 1' espace de six ans, à y bâtir autant d'habitations, à défricher 3oo acres de terre, à construire une chapelle ou maison d'assemblée, et à y entretenir un ministre. Les six autres dis- f tricts cédés à pétitionnaires, aux mêmes conditions, s'étendaient de la rivière d'Union à la Sainte-Croix (2). La Cour
(1) JV. JVilliamsons' Maine, H, ch. i3.
(a) Les premiers s'appelaient Bucksport, Orland, Pénobscot, Sedgwick, Bluehill et Surrry, et les six autres, Trenton, Sullivan, Mount- Désert, Steuben, Hamngton et Addison.
5l6 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
générale fit don en même tems an gouverneur Bernard , de 1 île des Monts-Déserts, en considération de ses bons services.
La Cour générale chargea, cette année, trois commissaires de se rendre à la rivière de Sainte-Croix et de déterminer la ligne de démarcation entre le Maine et la Nouvelle-Ecosse. Au mois de février 1763, les commissaires soumirent leur travail à la législature, qui l'approuva et le fit imprimer.
En 1762, trois autres plantations furent érigées en districts et villes, savoir: Windham^i), le 12 juin ; Buxton (2), le i4 juillet, et Bowdoinham (3), le 18 septembre.
1763. Par le traité de paix, conclu à Paris, le 10 février, la France céda à l'Angleterre le Canada et toutes ses autres possessions dans le nord de l'Amérique.
Suivant une proclamation du roi de la Grande-Bretagne, en date du 7 octobre, une partie de la ligne des frontières méridionales de la province de Québec partait du point où le 45° de latitude coupe le Saint-Laurent, suivait ce parallèle à Test , traversait le Richelieu à l'endroit où cette rivière sort du lac Champlain, et s'étendait de là le long des hautes terres qui séparent les rivières tributaires du Saint-Laurent de celles qui versent leurs eaux dans l'Océan, jusqu'à la baie des Chaleurs, ligne que Ton suppose former la frontière septentrionale et les limites du Maine.
Le meurtre d'un Indien, commis à quelques milles du fort Pownal, par un parti de quatre chasseurs anglais, faillit amener, en 1763, une nouvelle prise d'armes des tribus de l'Est. Le gouverneur, pour les pacifier, publia, le 19 juillet, une proclam^m,oùilrecoinmandaitauxcolons de s'abstenir soigneusement de tout acte d'hostilité contre les indigènes, et ordonnait les recherches les plus actives pour arriver à la découverte des coupables. La législature, de son coté, défendit anx Anglais de chasser dans les forêts de la couronne.
Vers cette époque , trois chefs tarratines se rendirent à Boston, et la paix fut de nouveau cimentée entre cette tribu et le gouvernement du Massachusetts.
D'après le recensement de la population , qui fut fait en * 1764,1e Maine pouvait renfermer alors environ 24,000 habitants, dont 1 1 , i45 dans le comté d'York, 8, 196 dans celui
(1) Population eu i83o, a, 18a individus, (a) Dito dito, a,856 id.
(3) Dito dito, 2,061 id.
DE L'AMÉRIQUE. Sij
de Cnmberland , 4*347 dans celui de Lincoln, et 332 noirs, l'estimation de la population indienne , que le couverprésenta la même année , à la Cour générale, il est dit que les tribus de Norridgewock et de Passamaquoddy ne comptaient chacune que 3o guerriers, et celle des Pénobscots, une soixantaine (i).
1764*1774* -Erection de plusieurs districts et villes. Les villes constituées en 1764, furent Topsham (2), le 3i janvier ; Gorham (3), le 3o octobre, et Boothbay (4), le 3 novembre. L'année suivante, il y en eut deux autres, savoir : Bristol (5), le 18 juin, et Cape-Elisabeth (6), le 1" novembre.
Le 25 juin 1767, la plantation de jHow-woA fut érigée en ville sous le nom de Lebanon (7) , et , Tannée d'après , le 23 février, Phillipstown (8) obtint également des franchises municipales et fut appelée Sandford.
Le 26 avril 177 1, quatre autres plantations, situées sur les î>ortls du Rennefoeck., furent élevées au rang de villes, savoir : Mallowell (9), Vassalborough (10), W inslow (11), JVinthrop (12). Le 9 juin 1772, il en fut établi une cinquième, sous le nom de Pepperelboroughj qu'elle échangea, trentesept ans plus tard, contre celui de Saco ( i3).
En 1773, deux nouvelles villes, Belfast (i4) et JValdoborough {\5% furent fondées, la première, le 22, et la seconde,
hafâ
(1) W. WUliamson? Maine, II, ch. 14.
(2) Topsham, dans le comté de Lincoln. Population en i83o , 1,567 bitants.
(3) Gorham, dans le comté de Cumberland. Popul. eu i83o, 2,988 h.
(4) Boothbay, dans le comté de Lincoln. Popul. en i83o , 3,086 hab.
(5) Bristol, dans le comté de Lincoln. Popul. en i83o , 2,450 hab.
(6) Cape-Élisabeth, dans le comté de Cumberland. Population en i83o, 1 ,696 habitants.
(7) Lebanon, dans le comté d'York. Population en i83o, 2,391 hab.
(8) Sandford, dans le comté d'York. Population en i83o, 2,327 ûaD-
(9) Hallowell,dans le comté de&ennebeck. Popul. en i83o, 3,961 h.
(10) Vassalborough, dans le comté de Kcnnebcck. Population en i83o, 2,761 habitants.
(i 1) Win slow, dans le comté de Kennebeck. Popul. en i83o, 1 ,263 h.
(12) Winthrop,dans le comté de Kennebeck. Popul. en i83o, 1,888 h.
(13) Saco, dans le comté d'York. Popul. en i83o, 3,219 habitants.
(14) Belfast, dans le comté de Waldo. Popul. en i83o, 1,743 hab.
(15) Waldoborough, dans le comté de Lincoln. Population en i83o, 3,i i3 habiUnts.
5i8 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
le 29 juin ; et les 5 et 8 mars 1774? il y en eut deux autres , Edgecomb (1) et lYew-Gloucéster(i).
Époque révolutionnaire. Le Maine , vu son peu d'importance , n'eut qu'une faible part aux événements politiques , dont le Massachusetts fut le théâtre. Il envoya des délégués à la Convention , qui se réunit à Boston , le 11 septembre 1768 lorsque le gouverneur Bernard ne voulut point convoquer la législature sans un ordre du roi (3). Les habitants refusèrent de payer tous les impôts qu'on exigea d'eux, au nom de la couronne , à qui ils dénièrent le droit de taxer les colonies , et, le i3 novembre 177 1 , le contrôleur des douanes de Fâlmonth faillit périr victime de la fureur populaire, pour avoir ordonné de saisir, dans le port, une goélette qui n'avait point satisfait aux droits du fisc.
La population du Maine partageait l'enthousiasme des autres colonies , et , comme elles , était fermement décidée à résister à l'oppression. Les émigrés irlandais et allemands , que la persécution avait chassés de leur pays, ne se montrèrent pas les partisans les moins ardents de la cause de la liberté civile et religieuse. Les ministres du culte se rangèrent partout du côté du peuple, et le barreau contribua de toutes ses forces au triomphe de la révolution. Les citoyens tinrent des assemblées dans les différentes villes , et s'encouragèrent mutuellement à la résistance. Ceux de Falmouth, après avoir longuement discuté leurs griefs et les moyens d'en poursuivre la réparation, déclarèrent unanimement que « ni le Parlement de la Grande-Bretagne, ni aucun autre pouvoir sur la terre , n'avait le droit de les imposer sans leur consentement , ou celui des mandataires de leur choix ; que c'était là un des droits les plus importants aue la grande charte conférait aux citoyens anglais; qu'ils n étaient point représentés dans le Parlement, et que l'immense Océan , qui les séparait de la Grande-Bretagne, rendait , du reste , toute représentation impossible ; qu'ils possédaient en revanche une charte provinciale 7 acquise par leurs ancêtres, et sanctionnée par le gouvernement de la mère-patrie , en vertu de laquelle
M Edgecomb, dan» le comte de Lincoln. Population en i83o, i,j58 habitants.
(2) New-Gloucester, dans le comté de Cumberiand. Population en i83o, 1,682 habitants.
(3) Bernard s'embarqua pour l'Angleterre le Ier août 1769 a et fut remplacé par le lieutenant-gouverneur Hutchinson.
de l'Amérique* 519
ils avaient établi un Parlement à eux, ou plutôt une législature
r-ovinciale suprême, où ils étaient également représentés, et laquelle seule ils devaient obéissance ». « Si nous cédions, » ajoutaient-ils, « ce serait reconnaître un pouvoir oppresseur et nous soumettre à jamais à son joug despotique , nous nous détacherions du grand corps de nos compatriotes et nous encourrerions leurs justes et sévères reproches ; il nous faudrait subir tous les maux qu'une soumission servile nous attirerait, ainsi qu'à notre postérité, dans les générations futures. Si nous résistons, nous aidons à briser un empire puissant ; nous soulevons le courroux d'un grand peuple ; nous compromettons notre propre sûreté et tout ce qui nous est le plus cher. Mais nous avons mûrement pesé ces deux alternatives ; et nous nous sentons entraînes par les obligations sacrées du patriotisme et de notre propre conservation , et par les doux liens de l'affection filiale , à faire cause commune avec nos frères des antres villes du continent, dans leur résistance à l'exécution de mesures iniques. La voix de la nature , de la raison et de la conscience nous appelle et nous porte à combattre pour notre liberté ; notre bonheur politique à venir en dépend. Notre cause est juste, et nous avons confiance en Dieu. Si nous faisons notre devoir, il nous aidera à transmettre à nos neveux cette sainte liberté, dont nous avons hérité de nos pères , qui l'ont scellée et achetée au prix du plus pur de leur sang. »
Avant de se séparer, les membres de rassemblée prirent rengagement de ne point faire usage du thé , provenant de l'Inde, jusqu'à ce que l'impôt dont il était grevé tut supprimé, et de soutenir leurs frères de Boston dans la lutte qu'ils avaient entreprise pour le maintien des droits et des libertés du pays. Ils résolurent en même tems de retirer les licences aux aubergistes et débiteurs qui se permettraient d'acheter du thé ou d'en vendre, et, à l'instar des autres villes, de charger un comité de s'informer de la quantité et de la qualité de cet article , qui existait à Falmouth ; dans quelles mains il se trouvait, quand il avait été importé, et de soumettre son rapport à la première assemblée du peuple.
La fermeture du port de Boston mit le comble à l'indignation générale. Des adresses, des offres de secours lui furent envoyées de toutes parts. A Falmouth, on sonna les cloches, en signe de deuil, durant une journée entière ; il y eut un jeûne et des prières publiques dans toute la province , l'autorité royale cessa d'être reconnue partout, et, d'une commune voix, il fut résolu de ne plus entretenir aucun rapport avec la mé-
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Une Convention^ composée de trente-neuf délégués , élus par neuf villes du comté de Cumberland , se réunit à Fal-
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vantelle le schérif William Tyng, auquel elle s'il prétendait exécuter l'acte du Parlement , qui attribuait aux schérifs le droit de choisir les jurés. Sur sa réponse négative, elle le congédia et lui laissa sa commission. Elle entra alors en délibération , et rédigea un manifeste , où elle prescrivait « une ferme et persévérante résistance à tout projet avoué ou caché, ayant pour but d'empiéter sur les libertés des colonies, » et invitait en conséquence les députés des villes à se trouver exactement au lieu indiqué pour la session du congrès provincial. D'après l'acte de la convention, les juges des plaids-communs et des sessions, les magistrats et autres fonctionnaires publics devaient continuer à remplir leurs charges, sans s'inquiéter des actes du Parlement , et les conseillers exécutifs , choisis l'année précédente , conservèrent leurs sièges dans le conseil. Il était enjoint aux collecteurs des impôts de verser les fonds, qu'ils avaient entre leurs mains, dans le trésor de la province, en attendant que le gouvernement fût remplacé dans son état constitutionnel normal, ou que le congrès provincial en eût décidé autrement. Tout marchand ui renchérissait ses denrées ou marchandises , par suite de a suspension du commerce avec l'Angleterre, était regardé et flétri comme un a oppresseur de ses concitoyens » . La Convention recommanda d'employer tous les moyens pour accroître et améliorer la race de moutons , encourager la culture du lin et l'industrie indigène ; et , comme la province était en partie occupée par des forces étrangères, et que les frontières pouvaient être à chaque instant envahies du côté du Canada , elle invita instamment les habitants à se pourvoir d'armes et de munitions ; à se former en compagnies militaires, à s'exercer au maniement des armes et à empêcher, et réprimer tout désordre ou tumulte dans leurs localités respectives, etc. mvw'aU Les dix-sent députés du Maine furent exacts à se rendre au congrès provincial, qui se réunit à Salem, le 7 octobre 1774? sous la présidence de John Hancock^ et l'un d'eux, Jébédiak PrtbUj, fut même nommé un des trois officiers-généraux, commandant des troupes et de la milice de la province (1). La bataille de Lexington, qui se livra le 19 avril 1 775, fat
(0 W. miUarnsons' hist. of Maine, II, ch. id.
le signal d'une insurrection générale. La nouvelle en parvint, à York, dans la soirée, et, le lendemain , une compagnie de plus de soixante hommes , armés et équipés à leurs frais , * marcha au secours de Boston. Le 2 1 , Falmouth y envoya aussi son contingent , et , peu de tems après , le colonel James Scammorij de Biddeford, conduisit à Cambridge un régiment entier de volontaires. Toutes les autres villes suivirent le même exemple , et , en moins de quelques semaines , une force de 1 5,ooo hommes fut concentrée aux environs de Boston.
Le 5 mai , le congrès provincial déclara le général Gage, gouverneur-général du Massachusetts, « ennemi dénaturé et acharné de la colonie » et, comme tel, inhabile à la gouverner. Cet oflicier s'embarqua peu après pour l'Angleterre , laissant à sir William Howe le commandement de l'armée.
Ainsi finit la domination anglaise dans les provinces de Massachusetts et de Maine , après y avoir subsisté pendant 83 ans. Le Maine resta depuis attaché au Massachusetts, sous le nom de district du Maine j jusqu'au 3 mars 1820, qu'il fut admis , par le congrès , au nombre des Etats de l'Union fédérale.
Constitution du Maine, Déclaration expositive des droits. Tous les hommes sont libres et indépendants ; ils possèdent certains droits naturels, essentiels et inaltérables , parmi lesquels il faut compter ceux de jouir de la vie, de la liberté, et de pouvoir les défendre ; de chercher et obtenir la sûreté et le bonheur d'acquérir des propriétés, de les posséder et les protéger.
Tous les gouvernements libres sont créés par l'intérêt du peuple , et pour son avantage ; en conséquence, il possède le droit d'en établir, et d'y faire des changements ou des modifications lorsqu'il les juge nécessaires pour sa sûreté et son bonheur.
Tous les hommes ont le droit naturel et inaliénable de rendre un culte à Dieu d'après leur conscience : ils ne doivent être ni gênés, ni molestés, ni contraints dans leurs personnes, leurs libertés , leurs biens , ni dans les opinions religieuses qu'ils professent , pourvu qu'ils ne troublent point la tranquillité publique, et n'apportent aucun empêchement au culte des autres.
Aucune secte ni communion ne sera jamais établie par les lois. A leur installation dans leurs charges, les fonctionnaires publics ne seront point tenus à prêter serment touchant leurs opinions religieuses.
Toute société religieuse a le droit de choisir ses pasteurs, et de pourvoir à leur entretien.
Le peuple sera garanti contre toutes recherches relatives à ses opinions. Chacnie citoyen pourra librement parler, écrire et publier ses sentiments sur tous les sujets, étant responsable pour l'abus de cette liberté.
Aucune loi ne sera passée pour régler ou restreindre la liberté de la presse ; et dans toutes les poursuites contre des écrits concernant la conduite officielle des hommes publics, ou la qualification des candidats pour les suffrages du peuple, ou quand l'accusation peut devenir publique , la vérité doit être déclarée ou affirmée par témoins .
Le peuple sera à l'abri de toutes recherches , de toutes saisies dans ses papiers , sa maison et ses possessions. Aucun ordre ne sera rendu pour faire des perquisitions sans une désignation et une description spéciale du lieu, de la personne , ou objet à rechercher ou à saisir.
Dans toutes poursuites criminelles , l'accusé aura le droit d'être entendu par lui-même, ou par son conseil, de demander la cause de l'accusation, et d'en avoir une copie , d'être confronté avec les témoins , d'obliger des personnes de déposer en sa faveur, etd'avoir, par jury, un jugement prompt et impartial.
Dans le procès par loi martiale et accusation par jury, il ne sera pas forcé de fournir témoignage contre lui , ni privé de la vie, liberté, privilèges et propriétés, excepte par le: juge ment de ses pairs et les lois du pays.
Personne ne sera tenu de répondre pour un crime capital , à moins que ce soit par un grand jury, excepté dans les cas d'accusation , ou d'offenses relatives à la juridiction d'un juge de paix, ou dans le cas applicable à l'armée, à la marine, ou à la milice en service actif, en tems de guerre, ou de danger public.
La législature pourvoira par un mode impartial à la formation d'un jury.
Personne ne sera deux fois en danger de perdre la vie , ni un membre pour le même délit. Aucune loi sanguinaire ne sera passée.
Toutes les punitions ou peines seront proportionnées à loffense ; une garantie excessive ne sera pas requise, ni d'énormes amendes imposées , ni de cruelles et extraordinaires punitions infligées.
Toute personne pourra , avant la condamnation, fournir
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garantie , excepté pour une offense capitale , ou la preuve de fortes présomptions de la culpabilité.
Le privilège de Yhabeas corpus ne pourra pas être sus* pendu , à moins que ce soit dans le cas d'invasion, ou de révolte lorsque la sûreté l'exige.
La législation ne passera aucune loi rétroactive, ou ex post facto, pour invalider l'obligation d'un contrat.
La trahison envers le pays ne consistera qu'en faisant la guerre contre lui, ou en donnant assistance à ses ennemis.
Nul ne sera convaincu de trahison que sur la déposition de deux témoins. Les lois ne seront suspendues que par la légis-, lature , ou par son autorité. ,
Personne ne sera sujet à des punitions corporelles sous les lois militaires, excepté les marins et les miliciens en service actif, ou pendant un danger public.
Dans tous les tems , le peuple aura le droit de se réunir paisiblement, et de délibérer sur ce qui concerne le bien common, de donner des instructions à ses représentants , et de demander, par la voie d'adresses et de pétitions, le redressement des torts qui lui ont été faits.
Chaque citoyen peut avoir des armes. Aucune armée ne sera maintenue sur pied sans le consentement de la législature , et les militaires seront strictement subordonnés au pouvoir civil.
Aucun soldat ne pourra, en tems de paix, être logé dans aucune maison sans le consentement du propriétaire, ou en tems de guerre, à moins que ce soit de la manière prescrite par la loi .
Chaque individu injurié dans sa personne , réputation ou propriété, pourra en avoir réparation par la loi , et la justice sera administrée librement et sans rétribution.
Dans les procédures civiles et controverses concernant les propriétés, les parties auront droit d'être jugées par un jury, excepté dans les cas où il aura été autrement ordonné.
Les propriétés particulières ne seront pas prises pour l'utilité publique , sans une compensation raisonnable* Aucune taxe ne sera imposée sans le consentement du peuple ou de ses représentants.
Aucun titre de noblesse , distinction héréditaire ou privilège ne sera donné ou confirmé.
Électeurs* Chaque citoyen mâle des États-Unis , âgé de vingt- un ans ou au-dessus (excepté les pauvres, les mineurs et les Indiens non taxés ), ayant réside' dans cet Etat les trois, mois qui précèdent une élection , pourra être électeur pour
nommer an gouverneur, sénateur oureprésentant dans la ville ou plantation où il réside ; et l'élection sera faite par scrutin ; mais les personnes employées dans l'armée ou la marine des Etats-Unis, ou dans le service de cet Etat, n'obtiendront pas ce droit pour avoir stationné dans les garnisons , casernes ou places militaires. La résidence d'un étudiant des collèges ou écoles ne pourra non plus lui donner ce droit dans la ville ou plantation où les écoles sont établies.
Dans tous les cas , excepté ceux de trahison , de félonie ou de troubles de Tordre public , les électeurs ne pourront être arrêtés le jour de l'élection , ni en y allant , ni en retournant chez eux ; ils seront exempts du service militaire le jour de l'élection, en tems de guerre excepté, ou de danger public.
L'élection du gouverneur, des sénateurs et représentants aura lieu le second lundi de septembre de chaque année.
Distribution du pouvoir. Le pouvoir législatif sera divisé en trois départements, législatif j exécutif et judiciaire.
Pouvoir législatif. Le pouvoir législatif sera divisé en deux branches distinctes , savoir : une Chambre des représentants et un sénat. Chacune de ces Chambres peut avoir une voix négative sur l'autre ; et toutes deux seront appelées législature de la province du Maine.
La Chambre des représentants ne sera pas moins de cent membres, et pas de plus de deux cents. Ils seront élus par les électeurs pour un an , du jour qui précède l'assemblée annuelle qui sera convoquée le i5 août de l'année 1821.
Chaque ville ayant 1 ,000 habitants peut élire un représentant ; en ayant 3,75o, deux; 6,750, trois ; io,5oo, quatre ; i5,ooo, cinq; 20,25o, six; et chaque ville en possédant a6,25o, peut en nommer sept ; mais aucune ne peut passer ce nombre.
Personne ne pourra être membre de la Chambre des représentants, à moins d'avoir été cinq ans citoyen des Etats-Unis, d'être âgé de vingt-un ans , d'avoir, pendant un an, résidé dans cet Etat ; ou depuis Tadoption de cette constitution, pendant les trois mois qui précèdent son élection et pendant le tems pour lequel il est élu, avoir résidé dans la ville ou district qu'il représente.
La Chambre des représentants seule aura le droit de porter une accusation.
Le sénat se composera de vingt membres au moins, et pas de plus de trente-et-un. Ils seront élus comme les représentants , pour le même tems et aux mêmes conditions.
DE L'AMÉRIQUE. 5a5
Les sénateurs doivent avoir vingt-cinq ans.
Au sénat seul appartiendra le droit de juger les cas d'accusation , et nul ne sera condamné que par les voix des trois quarts des membres présents.
La législature se réunira le premier mercredi de janvier annuellement, et aura plein pouvoir de faire et d établir toutes les lois raisonnables, règlements pour la défense et l'intérêt du peuple de cet Etat , qui ne seront contraires ni à sa constitution ni à celle des Etats-Unis.
Les sénateurs et représentants recevront la compensation qui sera établie par la foi.
Aucun sénateur, ni représentant ne pourra être nommé à aucun emploi lucratif de cet Etat pendant le tems de son service.
Nul membre du congrès , ni fonctionnaire des Etats-Unis (le juge de paix, notaire, coroner et officiers de milice exceptés) ne peut être membre de la législature de cet Etat.
Le pouvoir executif est confié au gouverneur, qui est nommé par les électeurs pour un an seulement. Il doit avoir trente ans , être citoyen des Etats-Unis, avoir résidé cinq ans dans l'Etat, ou depuis l'adoption de sa constitution résidant de l'Etat, et au tems de son élection, et pendant qu'il est en fonction, être un résident dudit Etat.
Aucun fonctionnaire des Etats-Unis ou de cet Etat ou autre ne peut être gouverneur. Le gouverneur est commandant en chef de la marine et de la milice de l'Etat , excepté quand ils sont employés au service des Etats-Unis. Aucun citoyen ne peut être forcé de servir bors de l'Etat sans son consentement, ou celui de la législature.
Avec l'avis et le consentement de son Conseil , le gouverneur a le droit de nommer tous les officiers de justice , ainsi que les officiers civils et militaires dont la nomination n'est prévue ni par la constitution , ni par les lois.
Le Conseil sera composé de sept citoyens des Etats- Unis , résidant dans cet Etat. Le gouverneur aura le pouvoir de l'assembler, et ils seront choisis annuellement par les sénateurs et les représentants conjointement , par le suffrage réuni de deux sénateurs et de deux représentants.
Le secrétaire d'état sera choisi annuellement par le suffrage réuni des sénateurs et des représentants ; le trésorier de la même manière et pour le même tems , et ne sera pas réélu pour plus de cinq ans.
Le pouvoir judiciaire sera confié à une Cour suprême et à
&16 CHRONOLOGIE ttlSÏORiQUÈ i>fe L' AMÉRIQUE.
d'autres Cours qui , de teins en te m s , pourront être établies par la législature.
Les capitaines et sous -officiers de la milice seront élus par leurs compagnies respectives ; les officiers des régiments par les capitaines et sous-officiers ; le brigadier-général par les officiers de brigade.
Tout individu, depuis l'âge de i8 ans jusqu'à 45, sera forcé de servir, excepté les quakers et les shakers ou trembleurs, les juges de la Cour suprême et les ministre» de l'Evangile.
La législature aura le pouvoir d'établir et de maintenir des écoles publiques dans les différents districts et à leurs frais.
Fait en Convention, le 29 octobre 18 19.
Note A. La ville de Kittery est située dans le comté de York, à l'embouchure de la Piscataqua. Population en i83o, 2,202 habitants.
La ville de York est située sur la rivière et dans le comté du même nom. Population en i83o, 3,485 habitants.
La ville de Wells est située sur le bord de la mer, dans le comté de York. Popu\ationen i83o, 2,978 habitants.