‹ L'Art de vérifier les datesChapitre 9 sur 11 · MASSACHUSETTS · texte numérisé non relu

MASSACHUSETTS

Cet État est situe' entre le 4i° 1 3' et le 420 52' de latitude nord , et entre le 3° 20* et le 6° 55; de longitude de la cité de Washington. Il a une superficie de 7,5oo milles carrés. Sa population, en i83o, s'élevait à 610,408 individus (1).

On a cru devoir placer ici les détails sur les Indiens du pays.

Indiens. A l'époque de l'arrivée des Anglais à la Nouvelle- Angleterre , cinq nations principales d'Indiens habitaient le pays, savoir : i° les Péquots ou Péquods ; 20 les Narra gansetts (2); 3° les Pawkumawkutts ; 4° les Massachusetts ; 5° les Pawtucketts.

Les Péquots occupaient la section méridionale de ce territoire qui fait aujourd'hui partie de Connecticut. D'après les renseignements fournis par leurs chefs, ils ne comptaient pas moins de 4>ooo guerriers. Le principal sachent ou chef exerçait sa domination sur les Mohégans, sur une partie des Indiens de Long-Island, de Quinapeake et ceux qui résidaient sur les rives du fleuve Connecticut.

Les Péquots étaient alors en guerre avec les Narra gansetts, qui habitaient à l'ouest et au nord de leur pays.

En i638, les Péquots furent soumis par les colons anglais, et il ne leur resta pas plus de 3oo guerriers.

Les Narragansetts occupaient une étendue considérable de terrain sur les bords de la baie qui porte leur nom, le Rhode- Island ou île de Rhodes, celle de Connecticut et les autres îles de cette baie.

Leur principal chef ou sachem commandait aussi à de petites peuplades de Long-Island, Block-Island et de Cawsit-

(1) Voyez Description des États-Unis, par D. B. Warden, tom. I, article Massachusetts.

(?) Nommés aussi Narre garnit* et JSechegamitU.

Niantick, et recevait des tributs de quelques Indiens Nissomachy qui vivaient à quelque distance de la mer. Cette nation, à l'époque de sa puissance, comptait 5,ooo guerriers ; elle e'tait souvent en guerre avec les Péquots , les Massachusetts et les Pawkumawkutts ; mais , en 1674 > elle se trouva réduite à environ 1 ,000 hommes.

Le pays de Narraeansetts est actuellement compris partie dans la juridiction de l'Etat de Rhode-Island, et partie dans celle de Connecticut.

Les Pawkumawkutts occupaient la contrée située à l'est et au nord-est des Narragansetts ; par la suite, elle fut réunie à la colonie de New-Plymouth. Suivant le rapport de leurs chefs , leurs guerriers étaient au nombre de 3 ,000. Le sachem avait plusieurs tribus sous sa domination. Cette nation se rangeait ordinairement du coté des Massachusetts. En 16 12 et 161 3, environ sept ou huit ans avant Parrivée des colons anglais, la plupart des Pawkumawkutts périrent victimes dune maladie épidémique , qui était probablement la fièvre jaune, puisque leurs corps devenaient de cette couleur, au dire de ceux qui survécurent.

Les Massachusetts habitaient près de la baie de ce nom : ils comptaient 3, 000 guerriers avantl'épidémie de 161 2 et 161 3. En 1674* il n'en restait plus que 3oo. Ces Indiens étaient continuellement en guerre avec les Narragansetts ; et plusieurs petites peuplades voisines leur payaient un tribut.

Les Pawtucketts occupaient un territoire situé au nord et au nord-est du pays des Massachusetts , avec lesquels ils vivaient en bonne intelligence. Avant l'arrivée des Anglais, le nombre de leurs guerriers était de 3,ooo; mais l'épidémie de 16 12 et de 161 3 exerça aussi de grands ravages dans la tribu ; et en 1674? elle n'avait plus que 1,674 combattants.

Daniel Gookin , qui donne des renseignements sur ces Indiens , observe que « la divine Providence se servit de cette maladie pestilentielle pour faciliter le paisible établissement des Anglais dans ce pays » .

En 1698, il existait environ 4,000 Indiens dans la province de Massachusetts (1).

En 1674, on comptait 14 villages d'Indiens qui s'étaient convertis au christianisme 5 leur nombre s'élevait à environ 1,100 (2).

(1) Holmes* AnnaU, year 1698.

(2) En 1822 , on comptait a peine 7S0 Indiens , parmi lesquels il

x DE L 'AMÉRIQUE. 267

Les habitants delà Nouvelle-Angleterre se couvraient de la peau des animaux qu'ils prenaient à la chasse : quelques-uns portaient des manteaux de plumes. Les coquillages leur servaient d'ornements et remplaçaient aussi l'or et l'argent. Us s'enduisaient la peau et les cheveux de graisse d'ours , et se peignaient la figure en rouge : quelquefois aussi , ils se teignaient un côté en noir et l'autre en blanc. Quand les femmes étaient en deuil de leurs maris ou d'un parent, elles se noircissaient le visage pendant plusieurs jours.

Leur principale nourriture consistait en mais et en haricots (1) bouillis avec du poisson ou de la chair de différents animaux et des racines. Avant l'arrivée des Anglais, ils ne buvaient que de l'eau.

Ces Indiens vivaient dans des wiswams ou cabanes de forme ovale, faites de jeunes arbres fichés en terre, et proprement recouvertes d'écorce ou de nattes de jonc. Ces cabanes avaient généralement de 20 à 4o pieds de diamètre , et les plus grandes, de 60 à 100 pieds de long sur 3o de large. Elles renfermaient deux, trois ou quatre familles. L'entrée en était fermée par une natte. Les colons trouvaient ces cabanes extrêmement commodes. Les lits étaient faits de planches élevées d'un pied environ au-dessus du sol et couverts de nattes ou de peaux de daims et d'ours. Us avaient des marmites en terre et des ustensiles de ménage en bois ou en écorce.

Leurs armes étaient l'arc et la flèche , la massue et le tomahawk. Les hommes allaient à la chasse, à la pèche et à la guerre : ils aimaient le jeu , la danse , les plaisirs et étaient très-hospitaliers pour les étrangers. Les femmes se livraient à la culture du mais et des légumes ; elles prenaient soin du ménage.

Le principal sachent ou sagamore avait le pouvoir d'un monarque ; mais dans les affaires importantes , il consultait son conseil.

Ces Indiens croyaient à l'existence de deux grands esprits ; l'un , auteur du bien , s'appelait TVoonand ou Mannits ; l'autre, auteur du mal, Mattand ou démon. Quelques-uns adoraient le soleil ; d'autres la lune , la terre ou le feu. Us supposaient à certaines sorcières , appelées Powows^ le pouvoir de guérir ; aussi étaient-elles consultées par les personnes blessées, malades ou infirmes.

n'y en avait pas plus de 5o ou 60 qui fussent de pur sang. Voy. Doctor Morses' report to Uie secretar/ of JVar.

(1) Phaseolus.

Leurs canots étaient faits des troncs da pin on du châtaignier creusés à l'aide du feu. Les plus grands avaient de 4° à 5o pieds de long , et pouvaient porter 20 personnes, fis construisaient des barques plus petites avec Técorce du bouleau, artistement jointe et enduite de térébenthine provenant de l'arbre à pin (1).

1646. Etablissements des Indiens convertis» Le révérend Jean Eliot ^ qui avait appris la langue des Indiens de Massachusetts d'un domestique appartenant à une tribu voisine , entreprit leur conversion , le 28 octobre de cette année. Le 1 1 novembre suivant , plusieurs des chefs exprimèrent le désir d'être instruits dans la religion chrétienne ; et la Cour générale leur accorda un terrain pour bâtir une ville à laquelle ils donnèrent le nom de Noonatomen^ qui veut dire réjouissance.

Ils se reunirent et convinrent d'accepter les lois dont voici le texte : t Tout homme convaincu d'avoir passé une semaine dans l'oisiveté paiera une amende de 5 schellings. Tout célibataire qui aura entretenu des rapports avec une jeune fille sera passible d'une amende de 20 schellings. Le mari qui battra sa femme devra comparaître devant la justice , les mains liées derrière le dos , pour y être sévèrement puni. Tout jeune homme non marié, et oui n'est point au service d'un autre , devra construire un wigwam ou cabane , et planter pour lui-même , sans avoir recours aux autres.

Toute femme qui n'ayant pas les cheveux attachés , les portera pendants comme ceux des hommes , paiera 5 schellings. Toute femme qui aura le sein découvert paiera 2 schellings.

Tout homme qui portera les cheveux en longs anneaux paiera 5 schellings. Celui qui tuera des poux entre ses dents sera condamné à une amende de 5 schellings. »

Sur ces entrefaites , les Indiens des environs de Concord témoignèrent aussi le désir d'être civilisés et instruits dans la foi chrétienne. Ils s'adressèrent pour cela à M. Eliot , qui engagea le gouvernement à leur céder un terrain autour de Bear-Swamp^ ou marais d'ours , pour bâtir une ville.

Vers la fin de février 1647, les sachems ou principaux chefs s'assemblèrent à Concord , et adoptèrent les lois suivantes comme bases de leur gouvernement civil et religieux : « La powawing, ou sorcellerie, est abolie. Celui qui en sera con-

(1) Historié ml Collections of Massachusetts , Ypl. I> Indien* ofNew* En gland, by Daniel Gookin, gentleman.

de l'Amérique* 269

vaincu paiera une amende de 20 scbellings pour chaque contravention.

Celui qui s'enivrera paiera une amende de 20 scbellings.

Quiconque sera convaincu de vol sera tenu de rembourser quatre fois la valeur de l'objet volé. Celui qui profanera le sabbat paiera une amende de 20 scbellings.

Tout homme convaincu de fornication paiera 20 scbellings : si c'est une femme, la moitié de cette somme.

Le meurtre, volontaire , l'adultère et les rapports criminels avec une bête seront punis de mort.

Le mari qui battra sa femme paiera une amende de 20 scbellings. »

Ces Indiens renoncèrent à l'ancien usage de pousser des hurlements durant leurs cérémonies , à la coutume de s'oindre le corps et d'orner leurs cheveux , et s'engagèrent à suivre les modes anglaises.

Ils promirent aussi de faire des prières dans leurs cabanes et d'en dire aussi avant et après le repas (1).

i497» Expédition de Jean Cabot et de son fils Sébastien pour trouver un passage aux Indes-Orientales au nordouest de l'Amérique. Ayant obtenu une commission du roi Henri VII , Cabot partit de Bristol , au commencement du mois de mai i497> avec deux caravelles frétées par des négociants de Londres et de Bristol , et ayant à bord 3oo hommes. Le 24 juin , il découvrit la côte de l'Amérique et lui donna le nom de Prima-Vista (2). Non loin de cette terre , située entre le 56e et le 58e degré de latitude, se trouvait une vaste île qu'il nomma Saint- Jean (3). S'étant aperçu que la cote s'étendait vers l'est , et désespérant de trouver dans cette direction le passage qu'il cherchait , il changea de route et côtoya vers le sad jusqu'à cette partie du continent qui a été nommée depuis Floride. Le manque de vivres et une révolte qui éclata à bord des navires l'obligèrent à retourner en Angleterre sans avoir pu former d'établissement.

(i) Neales Hist. of New-Englandy vol. I, ch. 6. London, 1747. Èn i656, le général Gookin, de Cambridge , fut nommé directeur ou magistrat des Indiens convertis.

(a) Probablement l'île de Terre-Neuve.

(3) Parce qu'il la découvrit le jour de la fête de ce saint. M. de Humboldt dit , qu'il ne faut pas confondre cette île avec celle du prince Edouard, jadis nommée aussi île de Saint-Jean, dans le golfe Cuadrado de Gomara , qui est à l'embouchure du fleuve Saint-Laurent. Yoy. l'Examen critique de l'Histoire de la Géographie, vol. IV, p. 218.

Il parait, d'après le récit de Cabot, qu'il n'alla pas à terre. « Faisant voile , dit-il, en longeant la côte , afin de voir si je trouverais quelque golfe qui la coupât , je vis que la terre se prolongeait toujours jusqu'au 56e degré de latitude ; m'apercevant qu'en cet endroit, la côte fesait un coude vers l'orient, et désespérant de rencontrer le passage, je revins sur mes pas en côtoyant cette terre vers l'équateur. Etant arrivé à la partie du continent qui est nommée aujourd'hui Floride* et les vivres venant à manquer, je mis à la voile et retournai en Angleterre (1). »

i5o2, le 9 décembre. Commission accordée par le roi Henri Vil à Hugh Elliot et Thomas Ashurst* négociants de Bristol, et à deux autres gentilshommes , natifs de Portugal, Jean Gunsalus et François Farnandus* pour établir des colonies dans le pays nouvellement découvert par Cabot. 11 paraît que ce voyage ne fut jamais exécuté , car les auteurs les plus véridiques n'en font aucune mention (2).

1527, le 20 mai. Expédition équipée aux frais du roi Henri VIII* pour découvrir un passage aux Indes-Orientales par le nord-ouest de l'Amérique. Cette expédition , qui fut entreprise d'après le conseil de Robert Thorn, de Bristol , se composait de deux navires (3), dont l'un périt dans un golfe (4) situe entre la partie septentrionale de Terre-Neuve et le continent qui fut ensuite nommé Meta incognita par la reine Elisabeth. Le capitaine de l'autre navire, se dirigeant vers le cap Breton , longea les parages Arambec* ou de Norumbega* et , après en avoir exploré les côtes, retourna en Angleterre , au mois d'octobre suivant (5).

(1) La commission accordée par le roi Henri , et datée du 5 mars 1495 (vieux style), porte le titre suivant: Joanni Caboto civi venùiarum, ac Lodovico Sebastiano et Sancio, fi Lu s dicù Joannis, etc.

Voyez Ramusio délie navigationi et viaggi, vol. III, Sommario.

Hdkluyts Voyages, vol. III. London, 1598.

Purchas' ffis PU grime s, vol. III, 6-9, lib. 4> ch. i3.

Voyez la note A concernant le voyage de Cabot, à la 6n de l'article.

(2) Rymeri Fœdera, XII, 37.

Jiazards' Ifist. Collections , vol. I , p. 1 1-19. Cette commission , qui se trouve dans ces deux recueils , porte le titre suivant : De potestatibus ad terras incognitos investigandum.

(3) L'un était nommé le Dominus Vobiscum,

(4) Le golfe de Saint-Laurent.

(5) Hakluyt , III, 129. Cet auteur regrette que les chroniqueurs du i tems n'aient point donné de détails sur ce voyage, qui avait été beau-

de l'Amérique. 271

i583. Voyait de sir Humphrey Gilbert. Reconnaissance de Terre-Neuve et du pays avoisinant. Gilbert, muni d'une patente (i) qui lui avait été accordée, le 1 1 juin 1578, par la reine Elisabeth, partit de Plymouth, le 11 juin i583, avec deux navires et trois barques montés par 260 hommes ; mais Tune de ces dernières, qui avait été équipée par son beaufrère, sir Walter Raleigh, fut forcée de retourner en Angleterre à cause d'une grave maladie qui s'était déclarée à son

Le 3o juillet, Gilbert fit la découverte d'une terre rocheuse, vers le 5 ie degré de latitude nord. De là , il navigua vers le sud ; et , le 3 août, il arriva à la rade de Saint-Jean de Terre- Neuve, et fut bien surpris d'y rencontrer 36 navires de différentes nations, dont les commandants lui refusèrent l'entrée du port. Toutefois , sur l'assurance qu'il leur donna qu'il n'avait aucun mauvais dessein , et qu'il était muni d'une commission de la reine Elisabeth , il obtint la permission d'aborder. Vingt de ces navires étaient portugais et espagnols, et les autres français. Comme ils n'étaient équipés que pour la pèche, et se trouvaient hors d'état de se détendre, ils furent contraints de subvenir aux besoins de l'escadre anglaise.

Le 5 août, Gilbert débarqua sur la côte, y dressa une tente ; et là , en présence de ses gens et de tous les capitaines et trafiquants étrangers , il prit possession de la rade de Saint- Jean et du pays environnant , à la distance de 200 milles , au nom de la reine Elisabeth , en déclarant (jue toute entreprise contraire aux intérêts de sa majesté serait punie comme un acte de trahison. N'éprouvant aucune opposition de la part de l'assemblée , il promulgua diverses lois ; l'une, entre autres, ordonnant que la célébration du culte eût lieu selon les rites de l'Eglise. Une autre de ces lois déclarait traître quiconque tenterait de porter préjudice au titre de sa majesté ; et celui qui se servirait d'expressions offensantes pour elle, s'exposait à avoir les oreilles coupées et à perdre ses propriétés; si c'était un capitaine ou un négociant , il encourait la confiscation de son navire et de ses marchandises. Ensuite il érigea une colonne et y attacha une plaque de plomb sur laquelle il

coup encouragé par un riche chanoine de l'église de Saint-Paul de Londres, profondément versé dans les sciences mathématiques.

(1) "Voyez Hakluyt, III, i35-7. Ces lettres-patentes lui permettaient de découvrir et examiner telles terres, contrées et territoires éloignés, payens et barbares, non actuellement possédés par un prince ou peuple chrétien.

fit graver les armes de l'Angleterre. Puis, pour mieux constater le droit de cette puissance à la possession de ce nouvel établissement , il accorda des portions de terre à plusieurs individus qui s'engagèrent à payer une rente annuelle à lui et à ses héritiers. Il imposa , sur tous les navires, une taxe qui fut acquittée sur-le-champ ; et il reçut même des capitaines portugais des cadeaux en vins , fruits et autres approvisionnements.

Gilbert, voulant continuer ses découvertes, vers le sud, mit à la voile , le 20 août , pour l'île de Sable, en prenant par la route du cap Breton ; mais à peine eut-il appareillé, que le vaisseau amiral fut jeté sur des bas -fonds, où périt une centaine d'hommes, parmi lesquels se trouvait Stephen Parmenius-Budœus j Hongrois, historien du voyage.

Les dangers de cette navigation et l'insuffisance des provisions décidèrent Gilbert à changer de route. Le 2 septembre, il passa en vue du cap Race , et le 9 , après avoir parcouru 3oo lieues , la frégate Squirrel [Ecureuil) sombra à minuit pendant une tempête. L'amiral et tous ceux qui jl a montaient furent engloutis dans les flots. Un seul des navires de l'expédition arriva en Angleterre pour annoncer cette triste nouvelle.

C'est sur la prise de possession de Terre-Neuve, par Gilbert, que l'Angleterre a depuis fondé ses prétentions sur cette île et sur les pêcheries qui en dépendent (1).

1597. Expédition de Charles Leigh. Ce négociant de Londres partit de Plymouth, le 28 avril , avec deux navires, le Hopewellj de 120 tonneaux, et le Chancewell, de 70 ; et le 18 juin , il arriva à l'île de Ramea près du cap Breton. Etant entré dans une grande baie à 18 lieues de là, le dernier navire périt corps et biens. Leigh retourna ensuite à Ramea où il s empara de la poudre et des munitions d'un navire qu'il croyait espagnol, mais qui était français. Les marins et les trafiquants de cette nation , au nombre de deux cents , y compris les Bretons , prirent les armes et pointèrent trois pièces de campagne contre son navire. Leigh, n'osant faire de résistance , consentit à un accommodement , et réussit à

(1) Hakiuyt, III, 107-143. De navigatione Ulustrii et magnanimi equitis aurati Humfredi Gilberti, ad deducendam in novum orbem coloniam susceptâ. Carmen im/fatum Stephani Parmenu Budeu.

y oj& Report of the voyage, Hakiuyt , III, 1 43- 166.

DE ii' AMÉRIQUE. 273

obtenir en échange une quantité considérable de morue et d'huile (1) de poisson (2).

1602. Voyage du capitaine Barthélemi Gosnold. Gosnold , un des premiers qui se hasarda à passer en Virginie , partit de Dartmouth , le 26 mars , dans une petite barque , montée de trente-deux hommes, dont huit marins , et prenant la route vers l'ouest , il aborda à la côte d'Amérique , le 1 1 mai, par le 43e degré de latitude nord. N'y trouvant pas de bon port, il longea la côte jusqu'au 4^e degré , découvrit un promontoire où il jeta l'ancre, et y ayant pris une quantité' de morue, il appela ce promontoire cape Cod (3). Le 16 mai, il côtoya vers le midi , et doublant une pointe qu'il nomma Point-Care (4), il s'arrêta près de là et reçut la visite d'une foule de naturels du pavs. Plus loin , il doubla une autre pointe à laquelle il donna son nom. Suivant ensuite la côte qui s'étendait au sud-ouest , il rencontra , le 22 mai , une île qu'il nomma île de Martha. Là , trois des insulaires vinrent à bord échanger divers objets. Deux jours après, il découvrit deux autres îles qu'il nomma Dover-Cliff et île à! Elisabeth en l'honneur de la reine ; et le lendemain, il reconnut une grande baie qui prit le nom de Gosnolds' Hope ou Espérance de Gosnold.

Le 22 , il débarqua sur le continent pour examiner le pays et commercer avec les indigènes. Le Ier juin , il retourna à cette dernière île et il y découvrit une pièce d'eau de deux milles de circonférence , du centre de laquelle s'élevait un îlot où il commença à bâtir un fort pour la protection d'une petite colonie qu'il voulait y laisser. Peu après, il traversa la baie , descendit à terre , entra en relation avec les indigènes qui lui donnèrent des peaux d'animaux sauvages en échange de couteaux , de haches et d'autres objets de peu de valeur. Ces Indiens possédaient des tasses, des colliers et des chaînes de cuivre. , ^ m

Les colons, n'ayant pu se mettre d'accord sur plusieurs points, refusèrent de rester dans l'île. Le 17 juin, Gosnold se rembarqua pour l'Angleterre , et arriva à Exmouth , le

ig ■

(1) En anglais, train oit.

(a) Hakluyt, III, 195-301. The voyage oj Charles Leigh.

(3) En anglais, cod signifie morue {niorrhua). Ce cap est situé pa* la latitude de 42° 40'.

(4) A cause du peu de profondeur d'eau près de cette pointe.

t. xvn. 18

23 juillet, avec une cargaison de bois de sassafras, de cèdre , des fourrures et d'autres articles (i).

Gosnold regarda 1 île de Terre-Neuve comme une contrée jusqu'alors inconnue et en prit possession au nom du roi d'Angleterre , qui depuis la réclama à ce titre et ne négligea rien pour s'y maintenir (2).

Les Français lui contestèrent ce droit, se fondant sur ce que la prise de possession du pays par Jacques Cartier en i534, était antérieure , même à celle de Humphrey Gilbert , qui

^ ^f^j w w VJPW ^ — — — — — J

cet officier n'avait pas le droit de déposséder les Français dans un lieu où la France et l'Angleterre étaient en pleine paix.

Le gouvernement anglais se prévalut alors du voyage de Sébastien Cabot, par qui il prétendait que Terre-Neuve avait été découverte. Puis il ajouta, à l'appui de ses prétentions, que cette île avait été ensuite reconnue par deux Anglais nommés Thorn et Elliot ; et qu'en i53o , Hore et un autre Anglais y avaient fait un voyage qui , il est vrai , n'avait pas réussi, à cause du manque de provisions.

Le gouvernement français répondit : que Cabot naviguait pour son compte , et que le but de ce navigateur était de chercher un passage aux Indes- Orientales par le nord-ouest , et non de découvrir de nouvelles terres ; que c'est la priorité de l'occupation qui ment opposait aussi Verrazzano, en fesant observer que navigateurs anglais n'avait fondé d'établissement ; et que ce fut vers l'année 1604 ? que les Français fixés en Acadie y ouvrirent , avec les sauvages Abenakis , le commerce de peaux de castor et de pelleteries.

(1) A briffe and true relation of Oie discoverie of the north part of Vir*nnia , being a more pleasant , fruitful and commodious soile : made this présent y eare , 170a, by captain JJartholemew Gosnold, captain Bartholemew Gilbert, and divers other gentlemen, their associâtes, by the permission ofthe honorable Knight, sir JValter Raleiçh. IVritten by M. John Brereton, one of the voyage, Londini , impensis, Georg. Bishop, 1602.

Smahs' History of Virginia. New-England, etc. , book I, p. 16, 17

et 18. *

Purchas, vol. IV, lib. VIII, ch. 11. The relation oj captain Gosnoldi

voyage. * M.

(2) Burtom' english empire m America, p. 60. Loadon, 1711.

DE L'AMÉRIQUE. 2y5

Déjà , sous le règne d'Edouard VI, les pêcheries de Terre- Neuve avaient fixé l'attention du gouvernement d'Angleterre, qui passa un acte pour permettre à ses sujets de se livrer à ce commerce , les affranchissant des droits sur le poisson , la chasse des animaux , la pèche du morse ( i ) et de tout autre impôt payé par les officiers de l'amirauté.

i li?3' V du caPUa*ne Martin Pring pour continuer les découvertes dans les parties septentrionales de la Virginie sous les auspices du chevalier Walter Raleigh, et aux frais des echcvms et négociants les plus distingués de Bristol. Cette expédition , dont l'équipement coûta i ,000 livres sterling se composait d'un navire nommé le Speedwell, de 5o tonneaux ayant 3o hommes d'équipage, et d'une barque de 26 tonneaux' nommée le Discoverer avec i3 hommes à bord , commandJ par Guillaume Brown.

Pring partit de Milford-Haven , le 10 avril, et au commencement de juin (2) , il aborda au continent américain entre le 43* et le 44« degré de latitude, au milieu d'un groupe d îles situées à l'embouchure de la baie de Penobscot. Longeant la cote vers le sud-ouest, il reconnut l'entrée des fleuves taco, Kennebunk, York et Piscataqua, et entra dans la baie de Massachusetts. De là il continua sa route et pénétra dans une autre baie qu'il nomma TVhitson. Il y débarqua , fit construire une barque qu'il entoura d'une palissade pour y abriter une partie de ses gens, tandis que l'autre irait recueillir du sassafras dans les bois. Les naturels ne montrèrent aucune malveillance pendant les sept semaines qu'ils s'occupèrent de cette récolte ; mais la barque une fois partie pour 1 Angleterre , avec un chargement de cet article , ils prirent une attitude hostile qui décida Pring à quitter cette cote. Le 9 août , il mit à la voile pour l'Angleterre, et y arriva le 20 octobre, avec une cargaison de sassafras et d'autres productions du pays.

Pring rapporta à Bristol un canot en écorce de bouleau (3) de 17 pieds de long et 4 de large , qui lui avait été donné par les Indiens (4).

(1) Le lamentin ou manati. Trichecus manatus , L.

(2) Ni Smith, ni Purchas n'indiquent le jour.

Mkl ^r/eaU à CaDOtî Cn anglais ' Can0€ birch> Betula PWracea. (4) Smiths' Virginia, book I.

Purchas, vol. IV, lib. VIII , ch. 15.

1605. Voyage du capitaine George PVeymouth. Ce voyage, dont le but était de découvrir un passage par le nord-ouest du continent américain , fut entrepris sous les auspices du comte de Soutbampton et de lord Thomas Arundel, baron de Warder.

Partant de Dartmouth , le 3o mars, avec un seul navire , nommé Archangel* monté par 28 personnes, Weymoutb aborda au continent américain, le 14 mai, vers la latitude de 4i° 3i' dans un endroit rempli de bas-fonds. Il continua à naviguer environ 5o lieues et découvrit plusieurs îles sur Tune desquelles il débarqua le 17 mai. Il donna au groupe entier le nom de Saint-Georges'-Iles ou îles de Saint- Georges. Reprenant ensuite sa route, il entra , le 20, dans une rade qu'il nomma Pentecost ou Pentecôte. Puis il remonta un grand fleuve (1) à la distance de 4° niilles de son embouchure , établit des croix et fit des échanges avec les naturels. Il retourna en Angleterre , le 18 juillet, amenant cinq Indiens, dont un cbef appelé Sagamore et trois autres personnes de distinction (2).

1606. Division de la Virginie en deux colonies. Cent neuf années s'étaient écoulées depuis le voyage de Cabot , et vingt depuis la tentative du chevalier Ralcigh , pour fonder une colonie dans la Virginie , sans qu'aucun établissement anglais existât encore dans l'immense territoire qui lui avait été concédé, et dont il fut dépouillé plus tard par suite de sa condamnation.

Les récits de Gosnold et de Pring firent naître , pâmai les négociants de Bristol et de Londres , le désir d'établir des colonies en Amérique. Ces négociants formèrent une association (3) pour cet objet et obtinrent de Jacques Ier, au nom du chevalier Thomas Gates et de ses associés , des lettrespatentes, datées du 10 avril 1606, d'après lesquelles ce prince leur abandonnait le territoire situé entre les 34e et 45e degrés de latitude nord, y compris la côte et les îles gisant à la dis-

(1) On croit que c'était le Penobscot. Smith dit que cette rivière a un mille de largeur, une profondeur de 6 à 10 brasses , des coves ou entrées dont quelques-unes pouvaient contenir 100 navires , et que les eaux s'élevaient à la hauteur de 18 pieds au-dessus de la basse marée. S/niths* Virginia, lib. II, 18-20.

(•2) Purchas, vol. IV, book VIII, ch. 1 3, où se trouvent beaucoup Je détails concernant ce pays.

(3) Richard Hakluyt, chanoine de Westminster et auteur d'un Recueil des Voyages , contribua beaucoup à former cette awoàation.

tance de 5o milles de chaque côté de leur première habitation, et jusqu'à une centaine de milles dans l'intérieur du pays qui ne possédait aucun prince ni aucun peuple chrétien.

D'après son propre désir, la société de Virginie fut divisée en deux compagnies ou colonies : la première , nommée colonie méridionale ou société de Londres, eut mission de former des établissements entre les 34e et 41e degrés de latitude ; la seconde , appelée colonie septentrionale ou société de Plymouth, devait s'établir entre les 38* et 45e degrés de latitude nord (i).

Il fut réglé que la colonie qui serait établie la dernière ne pourrait s'approcher de plus de ioo milles de l'autre.

D'après cette charte , le gouvernement suprême des colonies était exercé par un Conseil qui devait résider en Angleterre, et dont les membres étaient nommés par le roi. Un autre Conseil, également choisi par le roi, devait régir la colonie en son nom. Les colons eurent le privilège d'importer d'Angleterre tout ce qui leur était nécessaire 9 pendant sept ans , sans payer aucun droit, ainsi que la liberté de commercer avec d'autres nations, et le droit de battre monnaie pour leur propre usage (2).

1606. Première entreprise. Voyage du capitaine Henri Challon. Quelques membres de la société de Plymouth , le grand- juge Popham, le chevalier Ferdinando Gorges et autres expédièrent , cette année , un navire de 55 tonneaux , avec vingt-neuf Anglais et deux Indiens (3) à bord , pour découvrir d'autres parties de la cote de la Nouvel le- Angleterre et y laisser quelques hommes. Ce navire, sous le commandement du capitaine Challon, partit de Plymouth, le 12 août, et passant par les Antilles, fut pris , le 10 novembre, par une flotte espagnole venant de la Havane , conduit en Espagne et déclaré de bonne prise par le gouvernement de ce pays , qui prétendait alors au droit d'exclure les navires de toutes les autres nations des mers d'Amérique (4).

(1) Hazardf Collections, I, 5o-58, où se trouve cette charte.

(a) Ce pays se nommait alors Noiwnbega , Virginia , Canada, Penaquida, etc. Voyez Smiths1 Virginia, book VI.

(3) Nommés Maneday et Assecomet.

(4) Purchas , vol. IV, book. X, i-a, où se trouvent les détails de ce voyage.

Challon avait fait un voyage a la Nouvelle <• Angleterre, l'année précédente, et emmené cinq Indiens en Angleterre.

Seconde entreprise. Voyage de Thomas Hanam. Peu dé tems après le départ du capitaine Challon, un autre navire fut expédié par le premier juge, lord Popham , pour lui porter des secours et reconnaître la même cote. Le capitaine Hanam , l'un des patentés qui commandait ce navire , étant arrivé au lieu de sa destination, et ne rencontrant point Challon , se mit à explorer le pays ; à son retour en Angleterre, il fit un rapport si favorable de tout ce qu'il avait vu, que plusieurs personnes souscrivirent pour y envoyer une nouvelle expédition (i).

1607. Troisième voyage. Voyage du capitaine George Popham et de Raleigh Gilbert. Cette expédition , équipée sous les auspices de lord Popham , était composée de deux . petits navires commandés par ces deux officiers, ayant à bord une centaine d'hommes, des provisions et de l'artillerie. Elle partit de Plymouth , le 3 1 mai , et le 11 août , aborda à l'île de Monahigan (2), près de l'embouchure du fleuve &agadahock (3). Les officiers chargés de la direction de la nouvelle colonie prirent possession d'une certaine étendue de terrain où ils construisirent un magasin auquel ils donnèrent le nom de fort Saint- Georges (4).

Le 5 décembre , les deux navires remirent à la voile pour l'Angleterre, laissant quarante-cinq personnes pour y former un établissement. Bientôt après, un incendie dévora le magasin qui contenait leurs provisions , et l'hiver sévissant avec une rigueur extrême , les colons tombèrent dans une affreuse misère. Plusieurs succombèrent à la faim , au froid et à la fatigue , ce qui découragea les autres ; ils apprirent, en même tems, la triste nouvelle de la mort de deux des principaux chefs de l'entreprise , le chevalier Jean Popham et Jean Gilbert. Le frère de ce dernier prit alors la résolution de retourner en Angleterre , et tous s'embarquèrent avec lui ,

(1) Purchas, vol. IV, book X, ch. 1 et a.

(2) Située par le A3e degré 1/2 de latitude nord. Cette île prit ensuite le nom de Parker, parce qu'elle avait été achetée aux indigènes par un individu de ce nom.

(3) Nommée ensuite Kennebeck. Ce fleuve traverse l'État de Maine.

(4) Le capitaine George Popham était président ; le capitaine Bateigf\ Gilbert, amiral ; le capitaine Edouard Hariow, maître de l'artillerie ; le capitaine Robert Davis , sergent-major ; le capitaine Elis Best , maréchal; le capitaine Jacques Davis, commandant du fort ; M. Seaman , secrétaire , et Gome Carew, principal visiteur*

DE L* AMÉRIQUE» H7g

l'année suivante (1608), déclarant que le pays n'était pas habitable (1).

1 6 1 1 . Voyage du capitaine Edouard Harlow . Ce voyage, entrepris sous les auspices de Henri, comte deSouthampton , avait pour objet de découvrir une île qu'on supposait exister près Le cap Cod. Ce navigateur aborda à Monaliigan et ensuite à Tîle de Nohono d'où il enleva six Indiens qui étaient venus à son bord. L'un d'eux se sauva à la nage : ses compagnons (2), furieux detre retenus , opposèrent une vive résistance et blessèrent trois hommes de l'équipage de leurs flèches ; mais accablés par le nombre et les armes , ils furent pris et conduits en Angleterre (3).

161 V Wag& d*t capital ne Smith j célèbre dans l'Histoire de la colonie de Virginie. La peinture faite par les colons de 1 apreté du climat de la Nouvelle-Angleterre , de la stérilité du sol et des dispositions hostiles des Indiens , ôta à la Compagnie toute idée d'y former un autre établissement ; mais quehraes membres (4) prirent la résolution d'y envoyer une expédition pour pécher la baleine, chercher des mines d'or et de cuivre ; et , s'ils n en trouvaient pas , pour en rapporter des poissons et des peaux d'animaux sauvages.

Le commandement de cette expédition fut confié au capitaine Smith. Il partit des Dunes, le 3 mars, avec deux navires montés de quarante-cinq hommes et de quelques jeunes gens , et arriva , le 3o avril , à Monahîgan. Longeant ensuite la cote pour en lever le plan, il donna au promontoire septentrional de la baie de Massachusetts le nom de Tragabigzanda (5), en l'honneur d'une dame dont il avait été l esclave à Constantinople ; et celui de T rois-Têtes turques (6) à trois îles situées à l'extrémité de ce promontoire. On autre groupe prit son nom (7).

(1) Smitiu' New-England, bookY!.

(a) Nommés Pechmo , Monopet, Pekenimne , Epenow et Coneconam.

(3) Smit/is' New-England, book VI.

(4) Les capitaines Roydon et Langham et MM. Bully et Sfcelton.

(5) Nommé ensuite, cap Anne par le prince Charles , en l'honneur de sa mère.

(6) Ainsi nommées i cause d'an combat qu'il avait eu avec trois Turcs. Ces Iles perdirent bientôt ce nom.

(7) Le nom de Smith fut ensuite changé en celui d'iles des Bas- Fonds : en anglais , Isles of Shoals.

28o CHRONOLOGIE HISTORIQUE

Smith ayant fait construire un bateau , s'y embarqua avec huit* hommes, reconnut la cote depuis Penobscot jusqu'au cap Cod , sur une distance de j5 lieues en ligne droite , et donna des noms aux endroits les plus remarquables. Il obtint des indigènes, en échange de bagatelles, près de 1 1,000 peaux de castor, 100 de martes et autant de loutres.

Smith remit à la voile pour l'Angleterre , le 18 juillet , et y arriva vers la fin d'août , avec une cargaison de fourrures , de poisson et d'huile évaluée à environ i,5oo livres sterling.

Il présenta le plan de la cote au prince Charles, qui donna au pay* le nom de la Nouvelle- Angleterre.

Smith avait laissé l'autre navire sous la conduite du capitaine Huntj avec ordre de porter une cargaison de poissons secs en Espagne. Après son départ , cet officier prit vingt-sept indigènes qu'il vendit à Malaga, comme esclaves, à raison de 20 livres sterling chacun (1).

16 14. Voyage da capitaine Hobson. Deux des Indiens amenés par Harlow, Epenow et Manowet, imaginèrent, pour trouver le moyen de retourner en Amérique , de donner des renseignements sur une mine d'or qui , d'après leur rapport , devait exister à Capawuck, au sud du cap Cod.

Un navire, commandé par Hobson, fut expédié par quelques membres de la société de Plymouth pour chercher ce trésor et y fonder un établissement. Manowet mourut pendant la traversée , et Epenow, une fois arrivé sur la cote , sauta à la mer et se sauva à la nage. Les habitants , résolus de se venger de la conduite de Hunt, vinrent, dans vingt canots , attaquer le navire et blessèrent le capitaine et plusieurs hommes de son équipage. Hobson ne crut pas devoir prolonger son séjour sur la côte et retourna en Angleterre (2).

1615, juillet. La Compagnie envoya encore , cette année , deux navires à la Nouvelle-Angleterre pour s'y livrer à la pêche. Ayant pris la route des Indes-Occidentales, ils n'arrivèrent à leur destination qu'en juillet 1616. Au mois de septembre suivant , l'un de ces navires repartit pour l'Angleterre avec une cargaison d'huile et de poisson (3).

i6i5, janvier. La Compagnie de la Virginie à Londres

(1) Smiths' Ncw~England, lib. VI.

Purchas , vol. IV, book X, ch. 4* (1) S midis1 New-England, book VI.

(3) Purchas, vol. IV, lib. X, ch. 3.

DE L'AMÉRIQUE . a8l

envoya quatre navires à la pêche sur les cotes de la Nouvelle- Angleterre. Ils y arrivèrent au mois de mars, et le poisson y étant abondant, un de ces navires, du port de 3oo tonneaux, eut bientôt complété sa cargaison et partit pour l'Espagne ; mais chemin fesant , il fut pris par les Turcs. Un autre fut expédie pour porter des secours à la colonie de la Virginie. Les deux autres revinrent en Angleterre charges de poisson , de fourrures et d'huile ( i ).

i6i5. Nouveau départ du capitaine Smith pour la Nouvelle-Angleterre , sous les auspices du chevalier Ferdinando Gorges , du docteur S ut line , doyen d'Exéter, et de plusieurs autres membres de la Compagnie de Plymouth.

Smith mit à la voile , avec deux navires, dont l'un de 200 tonneaux , l'autre de 5o , ayant à bord seize hommes, pour aller établir une colonie dans la Nouvelle-Angleterre ; mais un de ses navires ayant été démâté , il fut obligé de retourner au port. S 'étant embarqué de nouveau, le 24 juin , sur un bâtiment de 60 tonneaux , il fut pris par des pirates ou armateurs français et conduit à La Rochelle , avec une trentaine de colons qui se trouvaient à bord. Là, il resta quelque tems prisonnier et parvint enfin à s'échapper dans une chaloupe qui le ramena en Angleterre.

L'autre navire , sous le commandement de Thomas Darmerj, fit un voyage avantageux à la Nouvelle-Angleterre et revint au mois d'août (2).

161 5. Le chevalier Richard Hawkinç fut envoyé par le Conseil de Plymouth à la Nouvelle-Angleterre en qualité de président , avec mission d'explorer le pays ; mais la guerre qui éclata entre les naturels et les colons l'empêcha d'y rester* Il fit voile pour la Virginie , et de là repassa en Angleterre (3).

161 7. La crainte que les Indiens inspiraient aux colons fut beaucoup diminuée après l'épidémie qui enleva un grand nombre de ceux qui habitaient le pays situé entre celui de Narragansett à l'ouest et celui de Penobscot à l'est ; les survivants ne purent enterrer les morts dont les ossements jonchaient encore la terre plusieurs années après (4).

(1) Snaths* New-England, book VI.

Purchas, vol. IV, lib. X, ch. 3.

(2) Smiths' New-England, lib. VI.

(3) Princes' Jnnals. Cet auteur cite Segar, Honores Anglicani.

(4) Mortons' New-English Canaan, ch. 3.

Purchas, vol. IV, lib. X, ch. 4.

1619. Nouveau voyage de Thomas Darmer à la Nouvelle-Angleterre. Ce capitaine fut expédié par le chevalier Ferdinando Gorges, avec un navire de 200 tonneaux, Wnté par 38 hommes. Étant arrivé à Monahigan , il y prit une cargaison de poisson et de fourrures qu'il envoya en Angleterre. Dans ce voyage, qui dura sept mois , chaque matelot gagna 16 livres sterling et 10 schellings.

Ce même capitaine partit à bord d'une chaloupe pour reconnaître la cote et passa entre le continent et 1 île qui prit ensuite le nom de Long-Island ou île Longue (1). Ce passage , très-dangereux à cause de T'influence de deux marées inégales , avait été nommé , par les Hollandais , Hellegat ou Porte-d' Enfer (2).

1620. L'année suivante, le capitaine Darmer entreprit un troisième voyage à la Nouvelle-Angleterre. Ayant abordé à Capewack (3), il fut attaqué par les Epenow et autres Indiens , etreçut quatorze blessures dont il mourut à la Virginie. Il avait reconnu la côte depuis le fleuve Hudson jusqu'au cap James sur une distance de 80 lieues (4).

1620, le 3 novembre. Grande charte de la Nouvelle- Angleterre. La Compagnie de Plymouth ayant représenté au roi Jacques Ier qu'en Amérique une grande étendue de pays venait à être dépeuplée par une maladie épidémique et dont aucune partie n'était habitée par les sujets d'un prince chrétien , obtint un acte de concession en toute propriété du territoire situé entre le 4°e. et le 48e degré. Cette Compagnie prit alors le titre de : « Conseil établi à Plymouth pour coloniser et gouverner le pays nommé la Nouvelle- Angleterre » (5).

La Compagnie, composée du duc de Lenox, du marquis de Buckingham et de plusieurs autres hommes distingués (6), fut investie des pouvoirs qui avaient été accordés à-la Compa-

ti) Voyez Purchas, lib. IX, ch. i3.

(2) Quem nostri inferni os vulgo hbt hellegat appellent. Laet Novus orbis, lib. III, cap. 8.

(3) Purchas, vol. IV, book X, ch. 3.

(4) Smiths' New-England, book. VI.

(5) En anglais : «The Council established at Plymouth in the county of Devonjbr the planting, ruling, ordering and governing oj New- En gland, in America ».

(6) Le marquis de Hamilton, les comtes Ârundcl et de Warwick , le chevalier Ferdinando Gorges et trente-quatre autres associés.

gaie de la Virginie. Elle devait nommer tous les officiers du gouvernement, tant civils que militaires, et posséder le droit de frapper monnaie ; de déclarer la guerre et faire la paix avec les Indiens ; de régler les affaires commerciales de la colonie ; de pêcher dans les mers voisines et d'en interdire l'accès à qui bon lui semblait ; elle jouissait enfin de tous les privilèges qui constituent un gouvernement libre et indépendant. Dans la suite, cette charte s'intitula : Grande patente de Plymouth (1).

1620. Etablissement de la première colonie permanente dans la Virginie septentrionale. Une secte obscure , connue sous le nom de BrownistSj eut l'honneur d,établir la première colonie permanente dans cette partie du continent américain. Cette secte, qui avait formé une association fraternelle à Yarmouth , en Angleterre , étant persécutée par la Cour d'Elisabeth , se retira à Levde , en Hollande ; mais craignant que ses enfants n'adoptassent les habitudes et les opinions des habitants de ce pays , et voulant conserver dans leur pureté ses mœurs et ses idées religieuses , elle conçut le projet d'émigrer en Amérique et obtint, de la Compagnie de la Virginie , la ce ssion d'une vaste étendue de territoire , avec une promesse du roi Jacques, qu'elle ne serait point molestée tant qu'elle y vivrait paisiblement. Les Brownists obtinrent encore d'autres privilèges , grâce à la protection du chevalier Robert ffanton, qui fit comprendre à ce prince que les persécutions religieuses n'avaient d'autres résultats que celui de dépeupler et aifaiblir son royaume.

Les Brownists s'étant associes à quelques riches négociants de Londres pour faire le commerce, parvinrent à se procurer deux navires, le May-Flower et le Speedwell (2), à bord des-. • quels ils s'embarquèrent à Southampton, le 5 août 1620. Le mauvais état du dernier de ces bâtiments les força, deux fois, à revenir au port d'où ils étaient partis, et enfin à l'y abandonner. Ils repartirent , au nombre de cent deux , à bord de l'autre , le 6 septembre ; et le ^ décembre suivant , après un pénible voyage de 63 jours , ils abordèrent à la côte d'Amérique ,

(1) Cette charte fut imprimée, pour la première fois, par M. Mauduit, dans son Histoire des colonies de la Nouvelle-Angleterre, où elle occupe 33 pages in-8°. Elle se trouve aussi dans Hazards' Collections , I, io3-u8. Il est remarquable , dit Chalmers , que la validité de cet acte fut fortement niée par le Gouvernement français et par le Parlement d'Angleterre. Y. Jnnals, etc., lib. I,ch. 4»

(2) Le May-Flower, de 180 tonneaux ; le Speedwell , de 60. Ils avaient frété le premier et acheté l'autre.

près du capCod, au nord du Heu de leur destination et hors des limites du territoire de la Compagnie. Ils auraient voulu s'établir sur les bords du fleuve Hudson, mais plusieurs d'entre eux étant malades, et la saison devenant extrêmement rigoureuse, ils n'osèrent pas se remettre en mer et résolurent de se fixer sur les bords d'une rade à laquelle ils donnèrent le nom de New-Plymouth ( i).

Quelques auteurs ont prétendu que les capitaines des deux navires avaient été gagnés pour faire avorter le projet des colons : le premier, en prétendant que le Speedwell était en si mauvais état qu'il ne pouvait continuer le voyage ; le

Avant de débarquer, les cbefs de familles et les hommes libres , au nombre de quarante-un, se formèrent en confédération ou corps politique et signèrent, le 10 novembre , un contrat (covenant) dans lequel ils prenaient l'engagement de fonder une colonie pour la gloire de Dieu et en l'honneur de leur roi et de leur patrie. Ils se reconnaissaient sujets de l'Angleterre et s'engageaient à obéir aux lois qu'ils feraient pour le bien général de la société. Voici l'acte : « Nous, soussignés, fidèles sujets de notre souverain et seigneur le roi Jacques, ayant entrepris ce voyage pour la gloire de Dieu, l'avancement de la foi chrétienne et l'honneur de notre roi et de notre pays, et avec l'intention de fonder une colonie dans les parties septentrionales de la Virginie , reconnaissant par cet acte que nous nous unissons ensemble en corps politique et civil pour nous gouverner et nous soutenir mutuellement ; et en vertu dudit acte pour faire et établir, de tems en tems , des lois et règlements conformes aux principes de justice et de l' égalité, et les actes et constitutions les plus convenables au bien général de la colonie, en foi de quoi nous avons signé cidessous » (a).

(i) Cette rade fut reconnue , en 1614 , par le capitaine Smith , qui lui avait donné le même nom.

(a) John Carver, William Bradford, Edward Winsïow, William Brewster, Isaac A lier ton , Miles Standish, John Alden,.John Turner, Francis Eaton, James Chilton , John Craxton , John Billington , Joses Fletcher, John Goodman, Samuel Fuller, Christophe Martin, William Mullins, William White , Richard Warren , John Howland , Steven Hopkins, Digery Priest, Thomas Williams, Gilbert Winslow, Edmund Margesson , Peter Brown , Richard Bitteridge , George Soûle , Edward Tilly, John Tilly, Francis Cooke , Thomas Rogers, Thomas Tinker,

BE L' AMÉRIQUE. a85

1620, 1 1 novembre. Les colons nommèrent Jean Carvtr gouverneur pour un an , et choisirent des officiers civils désignés sous le nom d'assistants ou assesseurs. La législature se composait de tous les citoyens âgés de plus de vingt-un ans.

Le même jour, quinze hommes bien armés descendirent à terre afin de se procurer du bois à brûler et explorer ce pays ; ils revinrent sans avoir aperçu aucun habitant.

Le 1 3 , la chaloupe fut amenée sur le rivage pour être réparée ; ce travail exigea 16 à 17 jours. Le i5 , le capitaine Miles Standish et seize hommes allèrent à la recherche d'habitations juliennes , et s'étant avancés le long des côtes à un mille environ , ils virent cinq ou six naturels suivis d'un chien qui s'enfuirent dans les bois à leur approche ; ils poursuivirent leurs traces à 10 milles à peu près ; ils allumèrent un feu, près duquel ils passèrent la nuit. Le lendemain , ils continuèrent leur exploration , et arrivèrent à des terres défrichées , d'une étendue de 5o acres environ et plantées en maïs. Plus loin , ils trouvèrent des champs fraîchement récoltés , et où ils découvrirent les restes d'une cabane , une grande houillère ( 1 ) et deux paniers de maïs de différentes couleurs, jaunes, rouges et bleus , qui étaient enterrés dans le sable. Ces paniers étaient ronds avec une petite ouverture ; ils pouvaient contenir de trois à quatre boisseaux (2). Près de là se trouvaient les restes d'un vieux fort en palissade qui avait dû. être créé par des chrétiens. Ils passèrent la nuit suivante sous un arbre et y essuyèrent une pluie qui dura de six à sept heures. Le lendemain , ils jetèrent la houillère dans un étang, et prenant autant de maïs qu'ils en purent porter, ils se mirent en route pour retourner au navire. Chemin fesant, Bradford se prit la jambe dans un noeud coulant , piège que les Indiens avaient dressé pour attraper des daims.

La chaloupe étant réparée, le maître Jones s'y embarqua avec trente-quatre hommes pour reconnaître les fleuves et

John Ridgalc , Edouard Tuller, Richard Clark , Richard Gardiner, John Aller ton, Thomas English, Edward Doten, Edward Liester.

Purchas, vol. IV, book X, ch. 4.

Jfuùbatxis* New-England, ch. 9.

Hazards* Hist. Collections , ï, 119. Agrée ment between the settlers at New-Plymouth. $

(1) Laissés sans doute par quelques navires européens.

(a) 44 litrons 5/8e» de Paris.

chercher une rade. Il visita d'abord une entrée de'jà connue qu'il nomma Rade glacée ( i ) à cause du froid qu'il y souffrait. La terre y était couverte de six pieds de neige. Quelquesuns des hommes descendirent à terre et trouvèrent des boisseaux de maïs , deux ou trois paniers de blé indien et un sac de fèves , à l'endroit où le maïs avait été enterré , et qui fut appelé Cornhill ou colline de maïs. Près de là, ils virent plusieurs tombeaux, dont l'un , plus grand que les autres, contenait le squelette d'un homme auquel adhéraient encore quelques parties de chair, et dont la tète était couverte de cheveux blonds ; ainsi que celui d'un enfant. Il y avait aussi dans ce tombeau . une veste de matelot faite désosse toile . un caleçon de drap , un couteau, nne grosse Tuguille , et quelques petits articles en fer qui indiquaient que cet homme était Européen.

On remarquait , dans cet endroit , deux cabanes en forme de berceau , faites de jeunes arbres courbés , dont les deux extrémités étaient fixées dans la terre et garnies en dedans et en dehors de nattes artistement travaillées. Elles renfermaient différents objets , entr' autres un sceau anglais.

Pendant cette excursion , madame PVhite donna le jour à un fils, qui fut nommé Peregrine. C'est le premier enfant qui soit né d'une Européenne dans la Nouvelle-Angleterre.

1620. Le 6 décembre , plusieurs des colons les plus distingués, tels que : Carver, Bradford, Standish , Wmslow et autres au nombre de dix-sept, dont plusieurs marins , s'embarquèrent de nouveau dans la chaloupe pour reconnaître la côte , et choisir un lieu pour s'y fixer. Ayant navigué six ou sept lieues , ils rencontrèrent huit ou dix Indiens qui entouraient une baleine morte (2), et qui avait été jetée sur la côte. Ils trouvèrent plusieurs de ces cétacés, et en virent aussi dans la mer ; ce qui fit donner à cette baie le nom de Baie des baleines ; ils y débarquèrent', et le 8 , une bande d'Indiens Nausset vint les attaquer ; mais une décharge de fusil suffit pour les mettre en fuite. On s'empara de dix-huit de leurs flèches, dont les unes étaient armées de pointes en cuivre* d'autres de cornes de daims , et d'autres enfin étaient garnies de griffes d'aigle.

(1) En anglais, Cold harbour.

(1) Delphinus grampus. Cette baleine morte avait de a5 à 3o pieds de longueur ; dans quelques parties du corps, sa graisse avait 8 pouces d'épaisseur.

De là , les colons se rendirent à une petite île où ils passèrent la nuit (i). Le lendemain , ils sondèrent la rade qu'ils trouvèrent commode. Le pays environnant était couvert de champs de mais , et bien arrosé. Ils retournèrent au navire pour rendre compte de leur exploration , et repartirent pour ce port. Après avoir passé deux jours à reconnaître plus attentivement le pays, ils résolurent de se fixer sur un terrain élevé et défriché, où l'eau était bonne et claire. Deux jours après , tous les colons y débarquèrent, et le navire le May- Flower fit son entrée dans le port.

Us placèrent leurs canons en batterie sur la colline voisine qui commandait la plaine et la baie, et donnèrent à ce nouvel établissement le nom de Nouvelle -P lymouth , en Fhonneur du port d'Angleterre d'où ils avaient mis à la voile (2).

1621. Les colons élevèrent leurs maisons sur deux lignes pour pouvoir mieux se défendre contre les attaques des Indiens. Le i4 janvier, une étincelle tomba sur le toit de leur magasin , qui devint la proie des flammes.

Le 1 7 février, ils s'organisèrent en corps de milice et élurent Miles Standish pour capitaine.

Le 7 mars , le gouverneur , avec cinq colons , fit les premières semailles de légumes dans un lieu nommé Great- Ponds ou Grands-Etangs.

Le 16, les colons eurent la première entrevue avec les naturels du pays. Un sagamore ou chef , nommé Samoset, vint seul dans la nouvelle ville, criant welcome Englishmen, bien venus Anglais. Il avait appris quelques mots anglais de pécheurs de cette nation qui avaient relâché à un endroit appelé Alonhiggon. Il apprit aux colons que le lieu où ils se trouvaient se nommait Patuxet* et que quatre ans auparavant, les habitants avaient été enlevés par une maladie épidémique. Samoset s'en retourna dans son pays, qui était à la distance de cinq journées de marche, et revint peu après avec Squanto, qui avait été pris , comme nous l'avons dit , par Hunt , et amené en Angleterre. Bientôt Massasoitj le roi le plus puis-

(1) Nommée ensuite île de Clarke , en l'honneur du second capitaine du navire.

(2) Smiths gênerai history qf New-Englana, book VI. Purchas, vol. IV, bookX, ch. 4*

Princes1 New-England Chronology, part. I,year 1620. Boston, i;36.

sant de la contrée, se présenta sur la colline (1) voisine, avec son père Quadaquina et soixante hommes. Ce chef était en guerre avec les Narragansetts ; et , par cette raison, il fit un accut:l favorable aux Anglais. Après avoir échangé des présents, Massasoit et les colons signèrent, le 11 mars, un traité dans lequel il fut stipulé que tout Indien coupable d'offense envers les Anglais leur serait remis pour être puni ; cjue les objets qui leur seraient dérobés leur seraient rendus par ce chef, qui s'engageait en outre à leur prêter secours s'ils étaient attaqués par d autres Indiens ; enfin que les confédérés de Massasoit seraient compris dans les conditions de paix (2).

Massasoit, ainsi que tous ses gens , étaient d'une grande taille et très-robustes. Quelques-uns étaient entièrement nus; les autres étaient couverts en partie de peaux d'animaux sauvages. Quant au chef, il portait suspendu sur sa poitrine, un long couteau ; autour du cou , une grande chaîne faite de petits ossements , et derrière la nuque , un petit sachet de tabac. Il avait le visage peint d'un rouge sombre et huilé. Celui de ses gens était noir, rouge, jaune ou bleu.

Le 24 niars , il fut constaté que dans l'espace de trois mois, la moitié des colons avait été enlevée par le scorbut , les fièvres , le froid et les privations de toute espèce. De cent personnes , à peine en restait-il cinquante. Plusieurs marins éprouvèrent le même sort.

Le 5 avril, le navire commandé par le capitaine Jones fut expédié pour l'Angleterre, où il arriva le 6 mai.

Les colons semèrent , cette année, 10 acres en mais et 6 en orge ou en petits pois. La récolte du premier fut bonne ; celle des autres réussit imparfaitement.

Sur ces entrefaites , le gouverneur Car ver mourut, et Guillaume Bradford lui succéda.

Le 11 mai, eut lieu le premier mariage qui se célébra dans la colonie , entre Edouard TVinslow et la veuve Susannah

Le 18 juin, il y eut un duel, àl'épée, entre deux domestiques de Hopkins , qui se blessèrent mutuellement. La Compagnie, pour les punir, les condamna à avoir la tête liée aux pieds et à rester dans cette position pendant 24 heures.

(1) Nommé ensuite Colline de JVatson.

(a) Ce chef garda inviolablement ce traité* pendant 54 ans, et jusqu'à la guerre qui eut lieu contre Philippe, en i6?5.

de l'Amérique . * 289

Toutefois , ils furent mis en liberté à la demande de leur maître auquel ils promirent de se bien conduire à l'avenir.

1621. Le 2 juillet, Edouard Winslow, Stephen Hopkins et l'Indien Squanto , qui devait leur servir de guide , forent envoyés chez Massasoit pour explorer le pays , rétablir la bonne intelligence entre les indigènes, et se procurer du maïs pour ensemencer leurs terres. Ils se rendirent d'abord à Namasket (1), à i5 milles de distance, où ils passèrent la nuit. Continuant de là leur marche, ils arrivèrent, huit milles plus loin, dans une contrée dépeuplée par une maladie épidémique qui y avait régné trois ans auparavant. Ceux qui survécurent étaient dans un tel état de faiblesse qu'ils ne purent enlever les morts, dont les ossements gisaient encore sur l'emplacement des cabanes. À Pokanoket (2), résidence de Massasoit, à 4o milles de Plymouth, ils furent bien accueillis par ce chef, qui leur fournit des renseignements sur les Narragansetts qui , habitant les bords opposés de la grande baie, avaient échappé à cette cruelle maladie.

Le 14 août, après l'entrevue des envoyés anglais avec Massasoit , on apprit que Corbitant, l'un de ses sachems , menaçait de s'associer aux Narragansetts et de faire cause commune avec eux contre les Anglais.

Corbitant , qui se trouvait alors à Namasket , y fit arrêter Squanto et Hobomack, amis de cette nation. Ce dernier, toutefois, trouva moyen de s'échapper. Le gouverneur, voulant obtenir la délivrance de l'autre et empêcher Corbitant d'exécuter son projet , envoya , à Namasket , Miles-Standish avec quatorze hommes et Hobomack pour guide. Les Indiens prirent la fuite à leur approche. Les chefs de l'île de Capawak et du pays voisin , épouvantés , vinrent solliciter l'amitié des Anglais. Cannonicus lui-même , grand sachem des Narragansetts , députa un messager pour préparer la paix et reconnaître , pour son maître, le roi d'Angleterre.

Le i3 septembre , neuf sachems se rendirent à Plymouth et déclarèrent formellement leur soumission au roi Jacques. Bientôt après, d'autres chefs (3) imitèrent cet exemple. L'autorité de Massasoit s'étendait alors sur tous les Indiens, depuis

(1) Dans le district de Middleborough.

(2) Nom de la côte septentrionale de la baie de Narragansett. Prince écrit Pocanokik

(3) Ceux de Pamet, Nauset, Caromaquid et Namasket.

T. XVU. 19

la baie de Narragansett jusqu'à celle de Massachusetts (i).

1621. Le 9 mars , le Conseil de Plymouth acorda, à Jean M as on, une étendue de territoire situé entre les 4*6 et 43e degrés de latitude et borné par les rivières Naumkeag et Memmack, à partir de leurs embouchures jusqu'à leurs sources, y compris toutes les îles qui se trouvaient à la distance de trois lieues de la côte. Ce territoire prit le nom de Mariana (2).

1621. Le 3 juin, la compagnie hollandaise des Indes-Occidentales obtint des Etats-généraux une charte en vertu de laquelle elle fut autorisée a faire le commerce avec la côte occidentale d'Afrique et la côte orientale de T Amérique, depuis la Terre-Neuve jusqu'au détroit de Magellan (3).

1621. Le 18 septembre , une expédition composée de dix colons, accompagnés de Squanto et de deux autres Indiens , partit pour reconnaître la baie de Massachusetts. Arrivé à son extrémité, elle débarqua et fut accueillie par le sachem de cette côte , nommé Obbatimia, qui était déjà venu faire sa soumission à Plymoutb. Il la renouvela, et les colons lui promirent des secours contre ses ennemis , les Tarratines , qui habitaient plus à l'ouest. A la distance de quelques milles de la mer, ils virent la maison du feu roi Nanepasheme, qui s'élevait sur une colline (4) et était bâtie sur un solage de six pieds de hauteur. Ils visitèrent aussi , dans une vallée , une espèce de fort construit par ce roi et qui était entoure d'une forte palissade. A un mille plus loin se trouvait un autre fort situé sur une colline où ce prince fut tué. Après avoir bien reconnu la baie , et pris bon nombre de castors, l'expédition revint à Plymoutb.

1621. Le 11 novembre, un navire nommé la Fortune, commandé par Robert Cushman, arriva avec trent-cinq nouveaux colons, et apporta une charte envoyée par la Compagnie

(1) Hubbards* New-En gta ndy ch. 9. /« 5*b and 6^ volumes of Afassackussets hist. Collections, i& séries.— Purchas, vol. IV, book X, ch. 4*

(2) Hubbards' New-England, ch. 71.

(3) HazaraW Collection, I, iao-i3i.

Selon les historiens hollandais, les Etats-généraux accordèrent à la Compagnie des Indes-Occidentales tous les nouveaux pays bas qui avaient été concédés, deux ans auparavant, par le rot d'Angleterre à la Compagnie de Plymoulli. Voyez De Laet , Novus orbis , lib. III , cap. 7.

(4) Nommée ensuite colline de Copp, district de Boston.

ehes et d'autres articles, de la valeur d'environ 5oo livres sterling. Comme il entrait dans la Manche , il fut capturé , pillé et ensuite restitué au capitaine qui se rendit à Londres, le i4 ou le i5 février de Tannée suivante.

Durant l'été , les colons n'avaient manqué de rien. La récolte avait suffi à leurs besoins : la chasse et la pèche avaient ajouté à leurs ressources ; mais au départ de ce navire , il ne leur restait de provisions que pour six mois , et tous furent mis à la demi-ration.

1622, février. Les Indiens Narragansetts , qui comptaient environ cinq mille guerriers , voyant leurs ennemis, les Massachusetts, ligués arec les Anglais, résolurent d'attaquer ces derniers qui manquaient alors de vivres par suite de l'arrivée de nouveaux colons. Cannonicus , le principal sachem de ces Indiens, envoya aux Anglais un faisceau de flèches environnées de peaux de serpent, pour l'avertir de se préparer au combat. Le gouverneur le rendit au messager rempli de poudre et de balles, et le chef indien refusa de le recevoir. Les colons inquiets de ces menaces et informés du massacre des colons de la Virginie , entourèrent leur ville d'une palissade ; et , l'été suivant, ils établirent un fort qui fut garni de canons ( 1 ) .

1622. Thomas TVeston, négociant, qui, en 1619, avait proposé aux Anglais réfugiés à Leyden, de se transporter en Amérique, obtint une concession de terrain dans la baie de Massachusetts , et y envoya deux navires , ayant à bord soixante hommes, pour y fonder un établissement. Plusieurs

1622. Le 10 août , le chevalier Ferdinando Gorges et le capitaine Jean Mason obtinrent du Conseil la cession de toutes les terres situées entre les fleuves Merrimack et Sagadahock jusqu'aux grands lacs et à la rivière de Canada. Ils donnèrent à ce district le nom de Laconia (3).

(1) Hubbards New-England , ch. i3.

Maihers Magnalia, Chiisti americana, lib. I, p. 10. Hartford, 1820.

(2) Matkers Magnalia, lib. I, ch. 11.

Purchas, vol. I"V, book X, ch. 5.

(3) Hubbards New-England, ch. 71.

Voyez l'article New-Hampshire.

*ga CHRONOLOGIE HISTORIQUE

1622. Vers la fin d'août, deux navires, la Découverte et te Moineau, destines pour la Virginie , entrèrent dans le port de Plymouth. Le capitaine Jones , qui commandait le premier, fournit aux colons les provisions dont ils avaient le plus grand besoin , car il ne leur restait qu'une très-petite quantité de maïs et ils n'avaient aucun moyen de s'en procurer chez les Indiens.

1622, le 6 novembre. Des étrangers étant venus sur la côte de la Nouvelle- Angleterre pour prendre du bois et du poisson , trafiquer avec les Indiens , leur fournir des armes , la Compagnie de Plymouth se plaignit de ces empiétements au roi, qui déclara , par un édit , qu'il n'était permis de fréquenter ces côtes qu aux planteurs , à leurs associés et à ceux qui seraient munis d'une permission, à cet effet, de ladite Compagnie ou du Conseil privé d'Angleterre. Cette défense , loin d'être utile à la colonie, lui fut au contraire nuisible ( 1).

1622. Cette année, 35 navires anglais arrivèrent sur la côte de la Nouvelle-Angleterre pour s'y livrer à la pêche. La cargaison de deux de ces navires, V Abraham de 220 tonneaux, et du Rossignol <le 100, montèrent à 3,i5o livres sterling. La part de chaque matelot fut de 14 livres sterling.

La même année, six navires hollandais et français revinrent de cette côte avec une grande quantité de belles four* rures (2).

1623, mars. Le gouverneur ayant appris que le chef indien Massasoit était malade , et qu'un navire hollandais avait été jeté sur la côte, près de sa résidence, envoya Edouard Winslow et JeanHampden (3), accompagnés de l'Indien Hobomack, pour -visiter ce chef et communiquer avec les Hollandais. Au retour de ces envoyés, Hobomack prévint le gouverneur, de la part de Massasoit , de l'existence d'un complot des indigènes contre la colonie de Plymouth et celle de Wissagusset «jt dans lequel était entrées plusieurs autres tribus indiennes, savoir : celles de Paometj Nauset* Succouetj Mattachiest , Manomet* Agowayman et de l'île de Capawack.

1623. Le gouverneur, déjà instruit de ce complot par ses

(1) Rymeri Fœdera, XVII, 416.

Hazardt' Collections, I, i5i-a. A proclamation prohibiting interloping and disordetijr trading to New-England in America. (a) Purchas, vol. IV, book X, ch. 3.

(3) Quelques auteurs ont cru que c'est le même Haropden qui fut ensuite décapité à cause de son opposition aux mandats de Charles I«r.

émissaires et par d'autres personnes, envoya M iles-Standish , avec huit autres colons à bord d'une barque , pour attaquer ces Indiens s'ils se montraient hostiles. A leur, débarquement , ils forent insultes, et quatre d'entre eux se trouvant dans une cabane , avec autant d'Indiens , leur Fermèrent la porte , les attaquèrent à l'improviste et en tuèrent trois (1) avec leurs propres couteaux. Les colons eurent ensuite une rencontre avec d'autres Indiens qu'ils forcèrent à se retirer. Les allies furent si frappés de terreur qu'ils se réfugièrent dans les marais où plusieurs périrent de maladies et de privations (2).

1623, avril . Les provisions des colons étant presque épuisées, ils se partagèrent en escouades de six ou sept , qui allaient journellement à la pêche dans le seul bateau qui leur restait. D'autres étaient employés à chercher des cocruillages dans le sable, à parcourir les bois à la poursuite des daims.

1623, juin. Le capitaine Francis West, nommé amiral de la Nouvelle-Angleterre , y arriva sur la fin de juin avec mission d'empêcher tous navires de commerce de pêcher sur cette côte sans l'autorisation du Conseil ; mais n'ayant pu réussir, il lit voile pour la Virginie. Les propriétaires des navires qui fréquentaient ces parages pour se livrer à la pêche s'étant plaints de ce règlement , obtinrent, l'année suivante , la liberté de ce commerce (3).

1623. Le 10 septembre , le petit navire le James fut expédié pour trafiquer au sud du cap Cod ; et VAnna* frété

Sar la Compagnie, fit voile pour Londres avec un chargement e bois de charpente, de peaux de castor et d'autres fourrures. M. Winslow partit à bord de ce navire comme agent pour la colonie.

1623. Les gens de Weston , au lieu de travailler pour fournir à leurs besoins, vivaient dans l'oisiveté et le désordre. Leurs provisions venant à manquer, ainsi<

rurent de faim et de froid. Ceux qui survécurent reçurent des secours du capitaine Standish , et s'embarquèrent à bord de leurs navires pour aller à la recherche de Weston. Aussitôt après son départ, il arriva à Plymouth , ayant perdu son

(1) C'étaient le chef Wituwamet , son frère Pecksuot , conseiller et guerrier, et un autre qui fut pendu.

(a) Parmi eux se trouvaient Caunacum, sachem dcMonaract; Aspinct, saehem de Nauset, et Tyanough, sachem de Mattachiest.

(3) Princes* Chronolog/, year ifa3.

bateau dans une tempête, et fut pillé de tous les articles qu'il avait nu sauver, au fond de la baie de Massachusetts, entre les rivières Pascataqua et Merrimack : ainsi finit l'établissement qu'il s'était proposé de fonder en opposition à celui de Massachusetts. Ceci n'empêcha pas le gouverneur de Plymouth de lui donner 170 livres de peaux de castor, qui le mirent à même décharger son petit bâtiment. Au printems suivant , il retourna à Plymouth ; de là , il fit voile pour la Virginie , et peu de tems après , pour Bristol en Angleterre où il mourut de la maladie épidémique qui régnait alors dans cette ville (1). . r^:*îa»f

i&3, 3o décembre. Le capitaine Robert Gorges, fils de Ferdinando Gorges , nommé, par le Conseil de Plymouth r gouverneur-général de la Nouvelle-Angleterre (2), arriva , vers le milieu de septembre , dans la baie de Massachusetts. Cet officier amena plusieurs familles pour faire un établissement à Wissagusset ( Plymouth ) qui avait été abandonné par les gens de Weston. Le Conseil de Gorges était composé de Christophe Levett , alors gouverneur de Plymouth, du capitaine Franscis West et d'autres membres de son eboix , avec le concours de trois d'entre eux, et pouvait décider toutes les causes capitales , criminelles et civiles.

Sa concession comprenait un territoire situé le long de la côte nord-est de la baie de Massachusetts, de dix milles de largeur, s'étendant à trente milles dans l'intérieur (3).

Guillaume Morell* ministre épiscopal , était venu avec lui, muni d'une commission des Cours ecclésiastiques d'Angleterre qui l'autorisait à exercer une espèce de surveillance sur les églises de la Nouvelle-Angleterre ; mais il ne trouva aucune occasion de s'acquitter de cette mission pendant un an qu'il resta dans la colonie. A son retour en Angleterre, il publia , en vers latins , une description du pays qu'il avait visité , et dédia son ouvrage (4) au roi Charles Ier. Les familles qui étaient parties avec le capitaine Gorges , pour faire un établissement, retournèrent en Angleterre ou se rendirent en Virginie.

(1) Purchas, vol. IV, lib. X, ch. 5.

Princes' Chronology, year i6a3.

(a) Hazards Collections , vol. II, i5a-5. The Council of Plymouths' grant to Robert Gorges.

(3) Uubbards' New-England, ch. l5.

(4) Ce poème se trouve dans le premier volume du Recueil de la

société de Massachusetts, p ia5-i3f). Boulon , 1806.

MlVmÉRIQUE. iq5

1623. La première charte de Plymouth atait été accordée à la Compagnie des négociants au nom de Jean Pierce* qui, étant informé de la prospérité de l'établissement, trouva moyen de se procurer une nouvelle concession plus étendue que la première, à i'insu de cette société et en son propre nom. Il s'embarqua à Londres , le 16 octobre, à bord du navire le Parragon, avec 109 individus , pour la Nouvelle-Angleterre ; et le quatorzième jour après son départ, il fut forcepar le mauvais tems et 1 état de son navire à retourner au port de départ pour le réparer.

Il remit à la voile le 22 décembre. Vers le milieu de février, il éprouva encore des vents contraires pendant quatorze jours, et fut obligé de revenir à Ports mou th. Alors il abandonna son entreprise et céda son titre à la Compagnie de Plymouth pour la somme de 5oo livres sterling : il ne lui en avait coûte que 5o. Cette association lui donna en outre 640 livres pour la cargaison du Parragon et les dépenses des passagers. Il fréta un autre navire nommé l'Anne, de i4o tonneaux, commandé par Guillaume Pierce* pour les transporter en Amérique. Ce navire arriva à Plymouth au mois de juillet, et ne tarda pas à être suivi par un autre qui devait y rester pour l'usage des colons. C'était le James 3 de 44 tonneaux, commandé par le capitaine Bridges. Ces deux navires amenèrent 60 passagers (1).

1624. Au printems de cette année, 5 00 navires anglais se livraient à la pèche sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre.

A la même époque , l'établissement du cap Anm fut créé par plusieurs personnes amenées d'Angleterre par M.fVhite, célèbre prédicateur puritain de Dorchester.

Sur la demande que fit Bradford , gouverneur de la colonie, on lui adjoignit quatre autres assistants ou assesseurs après sa réélection , et on lui accorda un double vote à raison de ses fonctions.

Edouard Winslow, qui avait été envoyé, l'année d'avant, en Angleterre , comme agent de la colonie , y revint à bord du navire la Charité \ avec les premières bêtes à cornes qui y furent importées , savoir : un taureau et trois génisses. Il

(2) Neales' New-England, vol. I, ch. 3. Princes' Chronology, ycar i6a3.

rapporta aussi d'Angleterre une bonne quantité de vêtements dont les colons avaient grand besoin (1).

1624* Vers la fin de cette année, Plymouth renfermait 32 maisons et environ 180 personnes, des propriétés ou marchandises pour la valeur de 5oo livres sterling, quelques bestiaux et chèvres , plusieurs cochons et des volailles ; une manufacture de sel en fournit assez pour saler une cargaison de poisson qui fut expédiée à bord d'un navire de 180 tonneaux.

La ville était entourée d'une palissade d'un demi-mille de développement , et au milieu de cet espace s'élevaient , sur une éminence , un fort et une tour d'où un navire en mer pouvait être vu à plusieurs milles de distance. La situation tut trouvée très-saine ; car pendant les trois dernières années il ne mourut qu'un seul des premiers colons, malgré toute» les privations qu'ils eurent à endurer.

Les colons vivaient ensemble comme une même famille : ils étaient approvisionnés par le magasin public, bien que chaque planteur eût sa portion de terre.

Les associés, au nombre de soixante-dix , avaient dépensé environ 7,000 livres pour l'établissement, et n'en avaient encore tiré aucun profit. Aussi la plupart étaient-ils en proie au découragement (2).

1624. Lyfordj ministre puritain de la Nouvelle-Plymouth, et Jean Oldham> ayant formé un parti opposé au gouvernement, furent bannis de la colonie. La même année , ils commencèrent un établissement à Nantasket, et un des Gorges ayant cédé à Oldham et à d'autres une partie de la baie de Massachusetts, il en résulta une contestation avec les propriétaires.

Dans le même tems, quelques Anglais de.Dorchester arrivèrent pour établir une pêcherie au cap Anne ; et Roger Conant , qui avait quitté la Nouvelle-Plymouth , fut nommé leur intendant (3).

1624* L'Écossais David Thompson qui, en 1623, avait commencé un établissement à Piscataqua, l'abandonna l'année suivante , et en fonda un autre dans l'île de Thompson,

(1) Princes* Chronology, year 1624.

(a) Smîths' New-England, h'b. VI. The présent state of New-Plymouth. Ici finit l'histoire de Smith.

(3) ffutchinsons' Massachusetts, vol. I, ch. 1, year i6*4-

sur une langue de terre qui s'avançait dans la baie de Massachusetts. La concession de ce territoire lui fut confirmée par la Cour ge'nérale (i).

i6s5. Les colons de Dorchester sous la direction de Roger Conant, qui s'étaient établis à Nantasket, se transportèrent au cap Anne. A l'ouest de ce cap, Conant découvrit Naumktakj, situation agréable, dont il envoya la description à ses amis en Angleterre.

Les négociants de la Compagnie de Londres expédièrent , cette année, deux, navires à la Nouvelle-Angleterre, dont l'un fut renvoyé avec une cargaison de morue et de fourrures en paiement des marchandises qu'ils avaient apportées. Le capitaine avait ordre de se rendre à Bilbao ou à Saint-Sébastien ; mais ayant appris qu'on craignait une rupture avec la France , il fit voile pour l'Angleterre et fut pris , dans la Manche , par un vaisseau de guerre turc qui le conduisit à Salé , où lui et ses gens furent gardés comme esclaves (2).

1625. Établissement de Mont-TVoolaston. Cet établissement fut fondé par le capitaine Woolaston et d'autres riches Anglais sur la côte méridionale de la baie de Massachusetts , à la source d'une crique , et dans un lieu nommé , par les Indiens, Passonagessit. Parmi les émigrants se trouvait Thomas Morton 3 qui , opposé aux formes puritaines, occasionna, par sa conduite et ses plaisanteries, beaucoup de trouble dans la colonie.

Woolaston partit peu après avec plusieurs de ses domestiques pour la Virginie. Pendant son absence, Filcher, son lieutenant, fut déposé par le reste de la Compagnie , à l'instigation de Morton. Les colons, après avoir fait, pendant quelque tems , un commerce assez lucratif avec les Indiens , s'adonnèrent à l'oisiveté. Leur grand divertissement était de danser autour d'un mai , et l'on nomma pour cela l'endroit Merry-Mount (3).

Morton publia une description du pays , pour l'usage des émigrés , où il le compara à la terre de Canaan (4)*

i6a5. Le capitaine Standish se rendit en Angleterre

(1) Princes* Chronology, y e&r 162^.

(2) Princes' Chronology, year i6a5.

(3) Morton dit que le vrai nom de ce lieu était Maremount. Il prit depuis le nom de Braintree.

(4) New-English Canaan, or New-Canaan, by Thomas Morton of CUffords /m. Amsterdam, 1637.

comme agent des colons, afin de régler les affaires avec les associés de la Compagnie et avec le Conseil. L'épidémie qui y régnait alors avait plongé le pays dans une grande consternation , ce qui l'empêcha de remplir complètement sa mission. Les armateurs étaient découragés aussi par la perte de plusieurs de leurs navires, qui avaient été pris par les Turcs. Quelques-uns des conseillers promirent cependant de continuer à servir la colonie.

moisson fut si abondante dans la colonie qu'on y récolta du maïs au-delà de ce qui était nécessaire pour la consommation des habitants. Un bateau en fut chargé et envoyé à la rivière de Kennebeck, à 4o ou 5o lieues à l'est, d'où il rapporta en échange 700 pesants de fourrures.

1627. La colonie de Plymouth acheta la propriété de celle de Londres pour la somme de 1 ,800 livres sterling, dont le paiement devait être effectué en neuf ans. Leur agent , Jsaac Allerton > négociateur de cette affaire , contracta un emprunt de 200 livres sterling à 3o pour 100 d'intérêt. Les colons s'engagèrent mutuellement à payer leur part de la dette et formèrent une association pour cet objet. Chaque homme libre non marié avait droit à une action , et chaque père de famille pouvait en acheter une pour lui , une pour sa femme et une pour chacun de ses enfants. Le propriétaire d'une action recevait 20 acres de terres labourables , et celui qui en possédait six obtenait en sus une vache , deux chèvres et quelques cochons (1).

1627. Vers le milieu de mars, le gouverneur de Plymouth reçut des lettres écrites en hollandais et en français d'Isaac dt Razier, secrétaire du gouverneur du fort Amsterdam , datées du 9 mars 1627. Il le félicitait de l'établissement de la colonie et lui offrait ses services et tout ce qui pourrait lui être utile à ses administrés. Le 19 suivant, le gouverneur

avait été témoignée au* émigrants pendant leur séjour en Hollande, et lui exprimait toute sa reconnaissance pour les offres de services qu'il lui fesait (2).

( 1) Ce contrat fut signé par Allerton et quarante-deux autres colons , le i5 novembre 1626, vieux style.

Voyez Princes* Chronology, year 1627.

Hazards' Collections, I, 180-1.

Hist. Collections 0/ Massachusetts, y o\. III, 46-8. (2) Princes' Chronology , 1627.

DE l'àMÉIUQUE. 299

1627. En mai et en juin, les colons de Plymouth construisirent une petite pinasse et une maison à Monamtt (1), à 10 milles au sud et sur le bord de la mer. Pour éviter les dangereux bas-fonds du cap Cod, on transporta, par une crique et par terre , les marchandises qui devaient rester en dépôt dans le nouvel établissement, où quelques domestiques demeuraient pour semer du maïs , élever des cochons et être toujours prêts à aller en mer avec la barque (2).

1627, juillet. Les puritains qui étaient restés à Leyde , ayant perdu leur bien-aimé pasteur Robinson, témoignèrent un grand désir de se réunir à leurs frères de la Nouvelle-Angleterre , et afin de se procurer les frais du voyage , ils passèrent avec le gouverneur et sept des colons (3) un contrat par lequel ils devaient avoir le commerce de la colonie pendant six ans : on leur accorda aussi les provisions qui se trouvaient dans le magasin, et la pinasse qu'ils venaient de construire, à condition qu'ils paieraient la dette de 1,800 livres sterling, ainsi que toutes les autres dettes de la plantation s'élevant à 600 livres de plus , et qu'il leur serait fourni des houes et des souliers pour la valeur de 5o livres sterling par an. Que le maïs leur serait vendu à 6 schellings le boisseau , et qu'à l'expiration du terme fixé, ils rendraient le commerce de la colonie (4)*

1628, 4 mars. Confirmation de la charte par le roi Charles Ier. Cet acte confirma la concession du* Conseil de la Nouvelle-Plymouth de 1620 et accorda le même territoire au chevalier Henry Rosewell et autres , et à leurs héritiers , à condition qu'ils réserveraient à la couronne un cinquième de l'or et de l'argent qu'ils y trouveraient. Les concessionnaires furent incorporés sous le titre de : Gouverneur et compagnie de la baie de Massachusetts dans la Nouvelle-Angleterre. Le pouvoir exécutif était exercé par un gouverneur, un sous-gouverneur et dix-huit assesseurs. Les deux premiers officiers et sept ou un plus grand nombre des autres furent autorisés à se réunir, tous les mois, pour la direction des affaires de la Compagnie et de l'établissement. Le pouvoir lé-

(1) Aujourd'hui nommé Sandwich.

(2) Princes* Chronology, year 1627.

(3) Edouard Winslow, Thomas Prince , Miles Standish , William Rrewster, John Alden, John Howland et Isaac A lier ton

(4) Princes Clironology , year 1627.

3oo CHRONOLOGIE HISTORIQUE

gislatif fut confié aux propriétaires formant la Cour générait, qui se composait du gouverneur, du sous-gouverneur, des assesseurs, et de tous les hommes libres. Elle devait se réunir quatre fois par an , le dernier mercredi de chaque trimestre. Elle avait le pouvoir de faire des ordonnances pour le gouvernement de la plantation et de ses habitants, pourvu qu'elles ne fussent pas contraires aux lois d'Angleterre ; de nommer un gouverneur, sous-gouverneur, des assesseurs, et autres officiers. Le gouverneur et la Compagnie furent autorisés à faire transporter, à la Nouvel le- Angleterre, tous les sujets du roi qui voulaient s'y rendre , ainsi que des étrangers, à condition qu'ils se fissent naturaliser ; et tous les droits des sujets nés en Angleterre furent garantis aux émigrés et à leurs postérités.

La colonie fut exemptée des taxes pour sept ans ; ne paya d'autres droits sur les marchandises importées nendant 1 1 ans, qu'un droit de douane de 5 pour 100. A la demande de la Chambre des communes , on réserva aux autres sujets de l'Angleterre le privilège de pêcher sur la côte de la Nouvelle- Angleterre, d'y sécher le poisson, et d'y couper le bob.

Mathew Cradock fut nommé gouverneur, Thomas Golfe, sous-gouverneur , et dix-sept habitants lui furent adjoints comme assesseurs ( i ).

1629. Forme du gouvernement. La Cour générale de la Compagnie de Massachusetts s'assembla le 3o avril à Londres, et décida que les droits et les affaires du gouvernement seraient confiés à un Conseil de i5 personnes, qui prendrait le titre de ; « Gouverneur et Conseil de la plantation, dans la baie de Massachusetts à la Nouvelle-Angleterre ». Sept personnes furent choisies à cet effet. Le gouverneur et le Conseil furent autorisés à en nommer trois autres , et les planteurs deux. Ces douze conseillers étaient appelés à élire un gouverneur et un secrétaire à la majorité des voix, et tous devaient garder leur emploi pendant un an , ou jusqu'à ce que la Cour en nommât d'autres. Le gouverneur pouvait assembler les Cours ; et , avec le concours de la majorité des membres , faire des lois , pourvu qu'elles ne fussent pas contraires à celles de la métropole. La Compagnie ordonna qu'une copie de cet acte ; une commission pour M. En-

(1) ffutchmsons> Collections , vol. III, i-a3. Boston, 1769. Hazards* Collections , I, a3g-a55.

3ot

dicot , son agent, fussent expédiées en Amérique par la première occasion (i).

La Gour générale s'assembla à Londres, le i3 niai, et nomma Mathew Cradock gouverneur; Thomas Goffe, sousgouverneur; Hancock, trésorier; et Burges, secrétaire. Les mêmes assesseurs furent maintenus pour Tannée suivante , à l'exception d'Endicot et de Jean Brown, qui étaient en Amérique. Jean Pocock et Christopher Coulson furent choisis pour les remplacer.

1628, 19 mars. Établissement de Salem j première ville permanente de Massachusetts. Une Compagnie , composée de chevaliers et de gentilshommes {1) de Dorchester, acheta au Conseil de Plymouth, une partie de son territoire. Cette acquisition, située au fond de la haie de Massachusetts, s'étendait à (a distance de 3 milles au nord du fleuve Merrimac et autant au sud de celui de Charles ; il se prolongeait de la mer Atlantique à l'Océan-Pacifique.

La secte de Brownists , ou puritains , par la persécution qu'on exerçait contre elle en Angleterre, désespérant de faire prévaloir les principes démocratiques de sa croyance , plusieurs de ses membres les plus distingués (3) tournèrent leurs regards vers le Nouveau-Monde. Ils acquirent par l'entremise de Jean JVhite > ministre puritain de Dorchester , les titres de trois propriétaires (4) de ce territoire dans le but d y fonder une colonie.

La Compagnie des propriétaires nomma Mathew Cradock gouverneur, Thomas Goffe, sous-gouverneur, et choisit, en outre, 18 assesseurs. En même tems, elle expédia un petit nombre de colons sous la conduite du capitaine Jean Endicotj qui, étant parti de Weymouth, à bord du navire Abigailj, le 10 juin, arriva à Naumkeak, le i3 septembre, et y jeta les fondements d'une ville qui ensuite prit le nom de Salem ou ville de paix (5).

(1) Nazards9 Cotlecti ans, I, 268-71 • Princes* Chronology, year 1639.

(2) Henri Rosewell et Jean Young, chevaliers ; Thomas Southcoat , Jean Humphrey, Jean Entlicot et Simon Whitcomb, gentilshommes.

(3) MM. Winthrop, Johnson, Dudley, Cradock, Goffe et le chevalier Richard Saltonstall, Pynchon, Bellingnam et autre».

(4) Les trois associés qui conservèrent leurs titres furent Humphrey, Endicot et Whitcomb.

(5) Latitude 4*° ao' nord , et longitude a3' ouest de Paris, et 6« deepé de longitude est de la cite' de Washington.

balem était nommée Nahumkeick par les Indiens qui avaient aban-

3o2 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

1628. M. Endicot, agent des affaires de la plantation de Naumkeak, se rendît à Merry-Mount, fît abattre le mai et reprocha vivement aux habitants leur inconduite. Morton , malgré ces représentations , continua à vendre aux Indiens des armes à feu, de la poudre et des munitions. Les Anglais, rencontrant ces derniers dans les bois munis de fusils , furent alarmés, et les principales personnes de différentes plantations s'assemblèrent pour engager les habitants de Plymoutb à les aider à supprimer ce commerce. Morton ayant persisté, malgré leurs instances , fut arrêté par le capitaine S tandis h et embarqué pour l'Angleterre (i).

1628. Commerce avec les Hollandais de Manhattan. Les autorités de Plymoutb, ayant obtenu une charte pour Keivnebeck, établirentun entrepôt de commerce sur les bords de ce fleuve. Une barque hollandaise arriva de Manhattan à la factorerie de Monamet, chargée de sucre, de toile et d'autres marchandises sous la conduite à'/saac de Razier, secrétaire de cette colonie. Les Anglais donnèrent du tabac en échange. Ce commerce dura plusieurs années jusqu'à ce

3ue les Virginîens eurent connaissance de la colonie hollanaise (2).

1629. Répartition des terres. Le 21 mai, la Cour générale de la Compagnie s'assembla à Londres pour prendre des mesures en faveur des émigrants. Elle fonda des actions de 5o livres sterling chaque, qui donnèrent droit à 200 acres de terre, et en accorda 5o à ceux qui se transporteraient en Amérique à leurs propres frais (3).

En vertu d une autorisation du lord trésorier, datée du 16 avril, 3oo individus, y compris 60 femmes et jeunes filles, et 26 enfants, s'engagèrent à passer en Amérique. Profitant de cette même autorisation , environ 200 personnes s'embarquè-

donnë ce lieu avant l'arrivée des colons. Voyez Maûiers* Magnalia , lib. I, ch 4. Cet auteur fait remarquer que Nahumkeick. est plutôt un

mot hébreu qu'un mot indien, car flSHJ nahum signifie comfort et

©in keik havTe.

Prince et autres auteurs écrivent Naumkeak.

Voyez Hubbards' New-England, ch. 18 et 19, et ifi$t: coll. of Massachusetts, vol. VI, 213-217.

En i632 , la population de Salem se composait de 4<> familles : en i83o, elle s'élevait à 61 ,392 individus.

(1) Hubbards* New*England, ch. 17.

Princes' Çhronology, year iG28.

(2) Princes' Çhronology, ycar 1628.

(3) Hazaids Collections, I, 275-6.

rent à l'île de Wigfit , le 1 1 mai , à bord de trois navires , emmenant 1 15 têtes de bétail, quelques chevaux, des brebis, des chèvres et des lapins, 6 pièces de canon et des munitions pour établir an fort. Après an voyage de 55 jours, pendant lequel il mourut plusieurs passagers , ainsi que la plus grande partie du bétail , ils arrivèrent, le 29 juin, à Naumkeak, qui était alors habitée par une centaine de colons vivant dans huit mauvaises cabanes (t).

1629, 6 août. Les puritains de Salem, n'éprouvant plus de contrariété au sujet de leurs opinions religieuses, résolurent d'organiser une profession de foi qu'ils signèrent tous , au nombre de trente , et par laquelle ils s'engageaient envers le seigneur et eux-mêmes à suivre , dans tontes leurs voies , les lumières de la révélation dont il plairait au seigneur de les éclairer, et à ne faire aucun mal à leur prochain. Ils choisirent des pasteurs et d'autres officiers ecclésiastiques (2), qui furent installés dans leurs fonctions respectives par l'imposition des mains de tous les pères. Les anciens avaient le droit d'exclure de la communauté tous ceux dont ils n'approuvaient pas les doctrines religieuses ou la morale. Deux dissidents attachés à l'église anglicane , furent renvoyés en Angleterre (3).

1629. Établissement de Charlestown. En 1628, trois frères, Ralph y Richard et Guillaume Sprague^ avec trois ou quatre autres colons, ayant obtenu le consentement du gouverneur de Salem, partirent pour examiner le pays de l'ouest. S'étant avancés jusqu'à la distance de 12 milles, ils arrivèrent à un endroit nommé PVishawen, situé entre les rivières Mistick et Charles, et qui était habité par les Indiens Aberginians. Ils y trouvèrent un de leurs compatriotes, Thomas Walford* forgeron , qui occupait une cabane couverte de paille et palissadée. Les colons s y établirent avec la permission du chef, auquel ils donnèrent le nom de Jean Sagamore*

(i) Hutchinsons* Massachusetts^ vol. I, ch. 1 .—Collection, III,3a-5o.

(a) M. Skelton fat nommé ministre, et M. Higginson fut chargé de l'instruction publique.

(3) Jean Brown et Samuel Brown ; le premier, avocat distingué ; l'autre négociant , et qui avaient été membres du Conseil colonial en Angleterre. À leur arrivée à Londres, ils s'adressèrent à la Compagnie pour réclamer un dédommagement de la perte qu'ils venaient d'éprouver. Voyez Hubbards' New-England, ch. 21. Neales* New-Engfond, vol. I, i4i-3.

3o4 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

L'année suivante, Thomas Graves partit de Salem, avec une vingtaine d'autres colons, et se rendit à Wishawen, où il jeta les fondements de Charlestown (i). Il accorda deux acres de terre à chaque habitant; il bâtit ensuite une grande maison pour loger les membres de la Compagnie qui pourraient arriver d'Angleterre (2).

1629, 29 août. Translation du gouvernement de la colonie de Londres à la Nouvelle- Angleterre. Après la dissolution du Parlement par Charles 1er, l'intolérance de la hiérarchie anglaise ne fit que s'accroître par suite des mesures prises par l' impitoyable Laud. Plusieurs riches propriétaires proposaient alors à la Compagnie de Londres de se transporter en Amérique avec leurs familles, si elle voulait consentir, avant le dernier jour de septembre, à transférer le gouvernement aux hommes libres de la colonie qui y fixeraient leur résidence : cette proposition fut adoptée par la Cour générale, qui avait déjà reconnu les inconvénients de gouverner un pays situé à 3, 000 milles du siège du gouvernement, et sans le consentement des colons.

Il fut stipulé crue la direction des affaires serait confiée à dix personnes, dont cinq résideraient en Angleterre et cinq en Amérique ; que les premiers auraient part au produit du commerce de la vente des terres pendant les sept premières années ; mais que les autres auraient le droit de se gouverner et la jouissance d'autres privilèges (3).

1629. Le 20 octobre, la Cour générale composée du gouverneur, sous-gouverneur et des assesseurs, s'assembla pour choisir de nouveaux officiers. Jean "Winthrop fut nommé gouverneur, et Jean Humphrey, sous-gouverneur. Le nombre des assesseurs fut fixé à dix-huit (4).

(1) Cette ville est située dans le comté de Middlesex, État de Mas • sachusetts, à un raille au nord de Boston. Population en i83o , 8,783 habitants.

(a) Cftalmers' Annals, I, ch. 6. London , 1 780. Princes9 Chronology, year 1629.

(3) Les membres du gouvernement qui restèrent en Angleterre furent: M. Cradock, N. Wright, T. Eaton, T. Goffe, et J. Young.

Ceux oui passèrent en Amérique furent: J. Winthrop, le chevalier Bichard daltonstall , I. Johnson , T. Dudley et J. Bevel. Voyez Hutchinsons' Massachusetts, vol. I, ch. 1, et Collection of papers, p. a5-26, où se trouve le contrat signé à Cambridge, le 29 août 1629.

(4) Le chevalier Bichard Saltonstall , Isaac Johnson , Thomas Dudley, John Endicot, Increase Nowell, William Vassal, William Pyn-

1629. Le 7 novembre, John Mason obtiot un nouveau titre de concession qui comprenait tout le pays situé entre les ileuves de Merrimac et de Piscataqoa ( 1 ).

1630, i3 janvier. Nouvel acte de concession accordé à la Nouvel le-Plymouth par l'intervention du comte de Warwick et du chevalier Ferdinando Gorges. Cette colonie obtint un acte de concession du Conseil de la Nouvelle-Angleterre au 110m de son gouverneur, Guillaume Bradford, de qui elle le racheta ensuite et devint ainsi propriétaire du pays {2).

Après l'octroi de cette nouvelle charte, la colonie prit une grande extension, renfermant dans ses limites tout le territoire situé entre la petite rivière de Coahasset ou Conahasset, vers le nord, et le fleuve de Narangansett , vers le sud , et entre une ligne tirée de l'embouchure de ce fleuve jusqu'au pays nommé Pokenakutt ou Sowamset^ et une autre ligne partant de l'entrée de Cohasset vers l'ouest jusqu'aux dernières limites dudit pays de Pokenakutt. Ce territoire est borné , vers l'est , par le grand Océan occidental (l'Atlantique), comprenant aussi un district de i5 milles d'étendue, situé sur les deux bords du Kenuebec.

Cette charte conférait aux colons le pouvoir de faire des ordonnances et règlements pour le gouvernement de la colonie , en se conformant toutefois aux lois d'Angleterre. Un cinquième des minerais d'or et d'argent devait être réservé au roi et un autre cinquième au président et au Conseil. Bradford était libre de trafiquer avec les Anglais et les aborigènes* d'importer des animaux domestiques de toute espèce et généralement tout ce qui serait nécessaire au maintien et à la défense de la colonie. Il avait aussi le. droit de repousser, par mer et par terre , toute tentative d'invasion, et de s'emparer des bâtiments et marchandises de ceux qui viendraient trafiquer dans lesdites lhnites sans permission (3).

chon, Samuel Sharp, Edward Rossiter , Thomas Sharp , Jean Réveil , Mathcw Cradock , Thomas GofFe , Samuel Aldersey, Jean Venu , Nathaniel Wright , Theophilus Eaton et Thomas Adams.

(1) Hazards* Collections, vol. I, 290-3. Council of New-Englands' grant of New-Hampshire to John Mason. Voyez cet article.

(2) Quelques auteurs ont supposé que cette colonie, avant ce dernier acte de concession, n'avait d*autre titre que celui de l'occupation ; mais on se rappelle que , le 6 juillet 1621, les colons avaient obtenu une charte au nom de Jean Pierce, qui, deux ans après, en obtint une autre qu'il vendit à la Compagnie. Voyez Holmes' Annals , y car i63o.

(3) Hazardï Collections, I, ac)8-3o3, où se trouve cet acte : Patent Jor the oldcolony oj Plymouth, le i3 janvier 1G29, vieux style.

3o6 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

A cette époque, la colonie se composait d'environ 3oo inili vidas.

i63o. Après la translation du gouvernement de la colonie de Londres à là Nouvelle-Angleterre, environ t,5oô personnes des deux sexes et de toutes conditions s'embarquèrent pour l'Amérique , à Soùthampton , et d'autres ports , à bord de 17 navireSé Parmi ces émigrés se trouvaient le gouverneur fVihthtop) le sous-gouverneur Dudley* et plusieurs autres hommes à qui leur fortune assurait un rang élevé en Angleterre. Les frais de ces expéditions montaient à plus de 2 1 ,000 livres sterling.

Lé 7 avril, le gouverneur et la Compagnie ( 1 ) écrivirent à leurs frères de la Grande-Bretagne, pour se recommander à leurs prières et les inviter à détruire les fâcheuses impressions qu'on avait pu prendre Sur leur compte, protestant qu'ils étaient de loyaux sujets de sà majesté. Cette lettre est datée de Yarmouth , à bord de V Arabella* ainsi nommé en l'honneur de lady Arabella Johnson* qui s'embarqua , avec son mari , sur ce navire (2).

i63o. Le 12 juin, V Arabella arriva à Salem. Le lendemain, Masconotno, chef des Indiens qui habitaient près du cap Anne , vint à bord avec un de ses gens pour complimenter les Anglais. Le 8 juillet, tous les autres navires entrèrent dans le port, et un jour fut consacré à remercier Dieu d'avoir protégé les émigrés pendant leur traversée. Tous débarquèrent au nord du fleuve de Charles, dans une petite île appelée île de Noddle* qui était habitée par Samuel Maverack. Celui-ci , aidé par David Thompson * y avait bâti un petit fort et mis quatre canons en batterie pour se défendre contre les Indiens. Thompson avait donné son nom à une autre lie située au sud du même fleuve, où se trouvaient des Anglais qui trafiquaient avec les Indiens pour des peaux de castor.

Salem était déjà occupée par un nombre assez considérable d'habitants, et les nouveaux vends se fixèrent des deux côtés du fleuve, près du fond de la baie» pour y passer l'hiver.

Les émigrés apprirent bientôt des circonstances qui étaient

(1) Signée par Jean Winthrop, gouverneur, Charles Fines , Richard Saltonstall, Isaac Johnson , George Philipps, Thornâs Dudley et Guillaume Codrington.

(a) Hazatris' Collections, I, ^-9.

DE L'AMÉRIQUE- 3oy

faites pour décourager les plus intrépides. Sur environ 3oo colons, 80 avaient péri pendant le dernier hiver. La provision de maïs suffisait seulement pour la consommation de i5 jours, et les autres articles de subsistance étaient si rares qu'on fut obligé de donner la liberté aux domestinues, afin qu'ils pussent pourvoir eux-mêmes à leurs besoins. Ils étaient au nombre de 180 et avaient coûté de 16 à 20 livres sterling chacun.

Le froid, depuis le 24 décembre jusqu'au 10 février, fut si rigoureux que le fleuve Charles gela à partir de la ville du même nom jusqu'à la mer, de manière à former une communication pour les piétons entre les deux îles qui y sont situées. Les cabanes étaient froides et incommodes , et pour comble de malheur, les colons furent obligés de se tenir continuellement en garde contre les Indiens , nommés Tarratines, cjui les attaquèrent à Saugust (Lyûn) pendant la nuit et auraient probablement détruit la colonie, s'ils n'eussent pas été effrayés par la décharge de quelques petites pièces de canon qui retentit dans les rochers des alentours.

Les Indiens de l'est avaient fait la guerre à ceux du voisinage de Boston et en avaient emmené quelques-uns en captivité. Ils s'étaient emparés aussi , à Dorcliester, d'une petite barque dont ils avaient , massacré l'équipage , compose de cinq hommes. Les colons de Bristol, dans la Nouvelle-Plymouth , furent harcelés , en même tenais , par les Indiens Narragansetts.

On lit dans l'histoire de cette colonie, intitulée : « PVonder working Providence , » qu'un grand nombre de colons, après un long voyage , furent fortement attaqués du scorbut et que plusieurs en moururent. À la première halte qu'ils firent à Qutrlestown, les uns dressèrent des tentes , d autres bâtirent de petites huttes pour loger leurs femmes et leurs enfants. Le commencement de ces travaux parut bien douloureux. Leur nourriture principale ne se composait, pendant quelque tems, que de glands des racines de terre, noix vulgaire ou siiron (1), de coquillages, tels que des clams (2) et des moules (3) ramassés par les femmes à la marée- basse. Les bestiaux furent dévorés par les loups ou périrent de froid ; leur chair amaigrie se vendit 12 sous la livre. On

(1) En anglais, ground nuts. Bunium bulbocastanum, L. (a) Venus merce nanti, L.

(3) Mytilus.

3o8 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

payait un boisseau de fèves indiennes 16 schellings. Quelque* fois cependant les colons obtenaient des Indiens une carcasse de daim, ou de raton-laveur ( t). Les vivres devinrent enfin si rares qu'on fut oblige* d'allouer à cbaque personne une faible ration de nourriture par jour. Exposés à un froid rigoureux et manquant des choses nécessaires , il en serait mort de faim un grand nombre sans l'arrivée d'un navire irlandais chargé de provisions et d'une quantité de citrons qui furent trèsutiles à ceux qui étaient attaqués du scorbut.

Le 22 février avait été fixé pour un jeûne général , mais le navire arriva le 5 , et le jeûne se changea en action de grâces.

Avant 4a fin de décembre, plus de deux cents succombèrent , et une centaine d'autres, craignant de mourir de faim , retournèrent en Angleterre par les mêmes navires.

i63o. Dans cet état de détresse, ils apprirent que le Parlement d'Angleterre avait défendu , parunédit, l'embarquement des passagers pour les colonies. Ils résolurent néanmoins d'y rester et de se confier à la Providence. Cette détermination fut irrévocablement prise à l'arrivée de quelques ministres non-conformistes qui s'étaient sauvés de 1 Angleterre d'une manière extraordinaire. Le navire sur lequel John Norton j Thomas Shepherd et autres étaient cachés, ayant été obligé de relâcher dans le pays <ïe Yarmouth , les marins s'imaginèrent qu'il était ensorcelé et s'apprêtaient à clouer deux fers à cheval chauds au mât de misaine pour lever le charme, lorsque les puritains les en détournèrent en disant « que l'orage était excité par le ciel pour montrer que les fidèles ramenés près du chasseur échapperaient de ses mains ».

Ces nouveaux colons jetèrent les fondements de plusieurs villes autour de la baie de Massachusetts et augmentèrent la population de celles qui étaient déjà commencées (2).

i63o, Ier août. Fondation de la ville de FFatcrtown ou bonnes eaux, sur les bords de la rivière Charles, par le chevalier Richard Saltonstall , M. Philipps et autres. Cette ville est située dans le comté de Middlesex, à 7 milles nordouest de Boston (3).

{1) Ursus lotor, L.

(7) Princes' Chronolosy^ ycar i63o.

Hutchinsons Massachusetts bay, vol. I, ch. 1.

(3) Le congrès provincial tint ses séances à Watertown, en 1775. Sa population, en i83o, s'élevait à 1,641 individus.

DE i/ AMÉRIQUE. 3o§,

Établissement de la ville de Roxburv. Cette ville fut établie par M. Pinchon et autres membres de la Compagnie dans un lieu situé entre celles de Dorchester et Boston ( i ).

i63o, 7 septembre. Fondation de la ville de Boston (2). Cette ville fut établie dans une péninsule nommé Shawmut, par les Indiens , à l'embouchure du fleuve Charles. M. Guillaume Blackstone, ministre de l'église épiscopale, qui y avait fixé sa demeure , vint prévenir le gouverneur des avantages de cette situation où se trouvait une source vive. M. Johnson et plusieurs autres membres de la Compagnie s'y rendirent et y firent construire quelques cabanes. Les premiers colons avaient appelé cet endroit Trimontain à cause des trois collines qu'on y voyait ; et ce nom fut change depuis en celui de Boston * par la Cour des assistants, en l'honneur du célèbre ministre puritain Cotton, qui était originaire de cette ville en Angleterre.

Bientôt le gouverneur et la plupart des membres du Conseil se transportèrent à Boston où fut installée la première

pour la défense de inière église (3).

i63o , le 23 août. La première Cour d'assistants * qui s'assembla à Cliarlestown, choisit Jean Winthrop pour gouverneur le reste de l'année ; elle nomma Thomas Dudley sousgouverneur, et Simon Bradstreet secrétaire. Cette Cour fixa le prix du travail des assistants à 2 schellings par jour, régla les honoraires des ministres de l'Évangile et donna ordre de faire venir > devant elle, Morton, de Mont-Woolaston , qui était de retour de l'Angleterre.

(1) En i63a , le révérend Jean Eliot, nommé Apôtre des Indiens^ fut nommé pasteur de l'église de cette ville.

Koxbury donna naissance au général Warren, tué à la bataille de Bunkers* Bill, ou colline de Bunker.

Sa population, eu i83o, était de 5,047 individus. Voyez Collection ofthe Massachussetts. Hist. society, vol. VIII, 36-47, qui contient une description de cette ville.

(a) Latitude 4?° 20' nord, longitude 73° 19' ouest de Paris. (3) En 1634, on établit des fortifications dans Castie-Island pour défendre la rade de cette ville. Franklin y naquit en 1706. Voyez Princes* Chronology, year i63o.

Historical Collections of Massachusetts , vol. III, p. i^i-lo^ , qui renferme une description topographique et historique de Boston , Bistory of Boston y by Caleb Snow. M. D. Frotn its origin to the présent ptriod% a* édition. Boston, 1828.

3io

La seconde Cour, qui se tint à la même ville, le 7 septembre, défendit tout établissement dans le territoire sans la permission du gouverneur et de la majorité des assistants.

La première, Cour générale tenue, le ig octobre, à Boston, se composait, d'après la charte, du gouverneur, sous-gouverneur et des nommes libres au nombre d'environ 1 10. Plusieurs colons s'y présentèrent et furent admis aux mêmes privilèges. Cette Cour décida que les bourgeois auraient le droit de choisir des assistants ou assesseurs chargés de la confection de lois et de la nomination des officiers , et deux d'entre eux en qualité de gouverneur et sous-gouverneur (1).

i63o. Le roi Charles Ier, par un édit du 24 novembre , défendit le commerce avec les naturels de la Nouvelle-Angleterre (2).

i63o, le 3o mai. Fondation de la ville de Dorehester(3) dans un endroit nommé, par les Indiens, Matapan. C'était une langue de terre qui fournissait alors d'abondants pâturages aux colons. Le terrain renfermait celui qui est actuellement connu sous le nom de South-Boston. Les Indiens voisins ne se montrèrent nullement hostiles aux étrangers.

i63i , le 18 mai. La première Cour d'élection s'écarta du principe établi par la Cour générale, et décida qu'à l'avenir les gouverneurs, sous-gouverneurs et assesseurs seraient élus par les hommes libres seuls , alors au nombre de 120 , et que les membres de l'église établis seraient seuls admis à voter dans les élections et à rémplir les fonctions de magistrats et de jurés. Cette assemblée devint, en conséquence , une Cour ecclésiastique, s'arrogeant le droit d'exclure des emplois publics tous ceux qui n'étaient pas membres de l'église. Ce règlement extraordinaire fut mis en vigueur par les mêmes hommes qui avaient abandonné leur pays natal pour jouir de la liberté religieuse.

(1) Hazarck' Ifist, Collections, I, 3 10. f Fonder worf^ing Providence, ch. 17.

(a) Bymers' Foulera , vol. XVIII, 110.

Hazavdt Çotieçtions, I> 3n-ia.

(3Ù Princes* Ckronotoçy, ycar i6âo. Cet auteur fait observer que Johnson et autres historiens se trompent en plaçant la fondation de Dorchester en i63i. Cette ville étant la première du comté de Stiffolk tenait, par cette saison, le premier rang dans le» assemblées militaires et civiles.

D'après le recensement de i83o, la population de Dorchester montait à 4*074 individus.

La Cour générale qui s'assembla le 9 mai i63a, décida, à son tour, que le gouverneur, le sous-gouverneur et les assesseurs seraient choisis par toute W Cour, composée du gouverneur, du sous-gouvern#ur, des a^se^ews et des hommes libres (1).

i63i . Cette année, le prix élevé des provisions fit un grand tort à la colonie. Un boisseau de farine coûtait 14 schellingâ : la même quantité de pois et do mais de la Virginie, 10 schellings. Quelques-uns des colons (a), découragés, retournèrent en Angleterre dans le Lyon» D'autres (3) , plus persévérants, s'embarquèrent à bord du même navire pour ramener leur famille et se fixer dans la colonie.

i63i. Fondation de la ville de Cambridge. Au printems de cette année, le gouverneur Winthrop, avec l'approbation des assesseurs , jeta les fondements de la ville de Newton (qui prit ensuite le nom de Cambridge) sur les bords du fleuve Charles , à 3 milles nora-ouest de Boston. Lat. 42° 23' nord , long. 73° 27* ouest de Paris.

Pour fortifier cette ville ou plutôt l'entourer d'un fdSsé et de palissades, la Cour leva, le 3 février i632, sur les différentes plantations, une contribution de 60 livres sterling. Cette nouvelle ville fut destinée, dans l'origine, à devenir Ta métropole de la province de Massachusetts ; mais plus tard, Boston prit ce titre à cause de son port qui était plus près de la mer et heaucoup plus commode pour les affaires de commerce.

Le chef indien Chicketawbaa qui demeurait près de Newton , se présenta au gouverneur pour lui offrir un boisseau de mais en gage de son amitié. Cette circonstance détourna les autorités du projet de fortifier la ville. La sécurité dont on y jouissait décida environ 5o colons de Mount-Woolaston a venir s'y établir au mois d'août i632, sous la protection d'un célèbre prédicateur puritain , Thomas Hooker(4)*

(1) ffubùards* New-England , ch. 36.

(?) Sir Richard Saltonstall, Thomas Sharpe, etc.

(3) MM. Wilson, Codrington, etc.

(4) Le ier février i636, la première église fut établie à Newton. Deux ans après, on y fonda le collège de Harvard, qui possède actuellement une bibliothèque de 35,ooo volumes. En 1776, l'armée américaine occupa cette vine pendant le siège de Boston par les Anglais.

La population de Cambridge, en i83o, s'élevait à 6,07a individus. Voyez Hist Collections qf Massachusetts, vol. VII.

3 12 CIIUONOLOGIE HISTORIQUE

ï63t. Fondation de la ville de Lynn sur le bord delà mer, à la distance de 6 milles de Salem et de i o de Boston ( î ) .

i63i . Fondation de la ville de Medford sur la rivière de Mystic, à 4 milles au nord de Boston (a).

i63i. Les principaux officiers étaient élus par tous ceux qui participaient aux franchises de la corporation. La Cour générale, composée du gouverneur et de ses aides, connaissait1 de toutes les matières civiles et criminelles. Pour qu'il ne s'y glissât aucun abus, il fut ordonné que les aides seraient élus par les hommes libres ; le gouverneur et le député-gouverneur par les aides , qui les choisiraient dans leur corps. Quand ils étaient assemblés en Cour, ils avaient le droit de faire deslois , de nommer aux emplois du gouvernement ; mais ces pouvoirs furent regardés par la mère-patrie comme une infraction à la charte. Un ministre de 1 église pouvait exclure du nombre des hommes libres tous ceux qui n'étaient pas membres de l'église; et comme les premiers étaient seuls éligibles aux emplois publics, cette Cour, sans égard à la constitution de 1 église , devint véritablement ecclésiastique dans tous ses jugements et décisions. ^

Les peines introduites dans leurs codes contre un grand nombre d'actes d'immoralité et d'impiété les rendaient plus sévères que celui de l'Angleterre. Les lois morales, les préceptes de Moïse furent adoptés comme règle de conduite. La loi du lévitique (3) fut mise en vigueur contre les parjures , contre le fils désobéissant et rebelle et contre l'enfant âgé de plus de 16 ans cpii maudirait ou qui tuerait ses parents. Le refus de reconnaître l'ancien et le nouveau Testament comme la parole écrite et infaillible de Dieu était puni, en cas de récidive , de la peine du bannissement ou de la mort , lors même que ce crime aurait été commis en pleine mer. Des prêtresj catholiques ou des quakers proscrits qui remettaient le pied dans la colonie encouraient la peine capitale. L'oisiveté et la profanation du dimanche étaient passibles d'une amende. Un homme libre convaincu de fornication pouvait être réduit en esclavage. Le vol avec effraction et le vol commis le jour du sabbat étaient réputés crimes capitaux. On adopta les coutumes et même les noms israélites , et la

(1) IVonder working Providence, ch. 22. Cette ville est située dans le comte d'Essex. Population en i83o, 6, y 38 individus.

(2) Population en i83o, 1 ,765 individus. [$) Dcut, XIX, et XXI, 20.

DE l/ AMÉRIQUE.

dénomination donnée par les païens et les catholiques, aux jours, aux mois et aux années, fut abolie.

Les trois premiers enfants baptisés dans l'église de Boston, furent appelés Joie * Piété et Récompense. D'autres, à Dorchester, furent nommés Foi* Espérance , Charité * Dépendance* Délivrance* Contentement, Réserve* Obligé* etc.

Le titre à'écuyer ( i ) ne fut conservé que par un petit nombre d'individus parmi les hommes libres. Ceux de bon homme et de bonne femme (2) le remplacèrent.

Les premières décisions de la Cour de cette colonie naissante méritent de fixer l'attention.

L'objet de la première loi était de régler le prix des gages des ouvriers, qui ne devait pas excéder a schellings par jour.

Le capitaine Stone* pour avoir appelé M. Ludlow just ass (3), fut condamné à une amende de 100 livres, et à ne pas venir dans la juridiction de la patente sans la permission du gouverneur sous peine de mort.

Daniel Clarke* pour avoir trop bu , fut condamné à une amende de 4o schellings.

Jean PVedgewood fut exposé au carcan pour avoir fréquenté la société des ivrognes.

Josias Plaistowe* accusé d'avoir dérobé quatre paniers de blé de maïs aux Indiens , fut condamné à leur en rendre le double , à payer une amende de 5 livres sterling à l'État, et à ne plus se faire appeler monsieur* mais tout simplement Josias.

Ê douar d P aimer* convaincu d'avoir volé sur le prix du pilori ou carcan (4) de Boston , fut condamné à une amende de 5 livres sterling, et exposé pendant une heure sur le même carcan.

Ilobert Shorthose, pour avoir juré par le sang de Dieu , fut condamné à avoir la langue passée dans un bâton fendu pendant une demi-heure.

Le capitaine Lovell fut réprimandé pour sa démarche légère.

Thomas Petit* accusé de diffamation , de paresse et d'opiniâtreté , fut fouetté et emprisonné.

(1) En anglais, esquive.

(1) En anglais , good man et good wi/c.

(S) Par allusion au mot justice.

(4) Eu anglais, stocks.

3i4 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

Une femme mariée, soupçonnée d adultère, eut le même sort ; néanmoins ces sévères législateurs éprouvèrent quelque sympathie pour les femmes die leur société , et ordonnèrent

3ue les maris qui frapperaient leurs femmes seraient conamnés à une amende de 10 livres sterling, et les femmes à la même amende pour la même offense.

Ce mode de punition qui , aujourd'hui, paraît si extraordinaire , était adapté à la situation de ce peuple , vivant sans aucune forme régulière de gouvernement , ayant à peine de quoi fournir à sa subsistance , entouré de tribus indiennes qui pouvaient l'anéantir d'un moment à l'autre , et vivant dans la crainte continuelle des Français de l'Acadie.

i63a. La Cour générale de la colonie de Plymouth passa un acte pour obliger celui qui refuserait d'accepter les fonctions de gouverneur, à payer une amende de 20 livres sterling, à inoins qu'il n'eût déjà rempli cette place pendant deux années consécutives. En vertu du même acte , celui qui renonçait au poste de conseiller ou de magistrat , était passible d'une amende de la moitié de cette somme.

Sir Christophe Gardiner, descendant de Gardiner, évêque de Winchester, et chevalier de Jérusalem , arriva à la Nouvelle-Angleterre, en i63o, avec une jeune femme , qu'il appelait sa cousine , mais que l'on supposait être sa concubine. Accusé d'inconduite par les autorités, il se retira parmi les Indiens de la NouveUe-Plymouth. Ces derniers, toutefois, craignant d'indisposer les colons en accordant l'hospitalité au fugitif, proposèrent au gouverneur de le mettre à mort. Celui-ci rejeta leur offre , et les invita à le conduire à Plymouth , ce qu'ils exécutèrent immédiament. Gardiner fut ensuite embarqué pour l'Angleterre , où il se montra l'ennemi acharné des colonies. Ce fut là, que de concert avec sir Ferdinando Gorges , le capitaine Mason et autres, il adressa, aux lords du Conseil privé, une pétition, dans laquelle il dénonçait l'existence de graves désordres dans les plantations de la Nouvelle- Angleterre, lesquels , disait-il , étaient de nature à amener leur mine et à déshonorer la Grande-Bretagne, si l'on n'y mettait ordre promptement. La Cour s 'étant assemblée à Whitehali, le 19 janvier i632, décida qu'il serait fait une enquête sur les causes de ces désordres ( 1 ).

Pendant ce tems, les aventuriers, qui étaient occupés à

(1) Hazardï Collections , ï, 3a4-5, où se trouve Tordre du Conseil.

DE L AMÉRIQUE. 3i5 embarquer «les hommes, des vivres et des marchandises, ne

qui lui étaient concédés par la charte, mais encore de faire tout ce qui pourrait tendre à la bonne administration de la colonie, et à la prospérité de ses habitants.

i633. Les mêmes plaintes contre la colonie furent renouvelées par sir Christophe Gardiner, Thomas Morton, et Philip Ratcliff, dans le but de décider le roi à prendre le gouvernement de la plantation de la Virginie septentrionale sous sa direction spéciale. Il en résulta une ordonnance du Con seil privé qui enjoignait à Cradock , un des principaux aventuriers , de lui communiquer ses lettres-patentes, avec la liste des passagers à bord des différents bâtiments qui étaient prêts à mettre à la voile. Dans cet ordre, daté du 2 1 février, il était dit que parmi les émigrants , il s'en trouvait plusieurs cjui étaient mécontents non-seulement du gouvernement civil, mais aussi du pouvoir ecclésiastique, et qui pourraient causer beaucoup de tort à l'église et à l'Etat; ils devaient ainsi nuire à la plantation de la Nouvelle- Angleterre. Les membres de la Compagnie, qui étaient alors en Angleterre, ayant été appelés devant le Conseil, présentèrent une réponse écrite, sur laquelle s'éleva une discussion qui dura trois jours. Sir Thomas Jermiriy un des conseillers, fit un rapport favorable au roi , sur la situation de la colonie , et il fut résolu d'infliger un châtiment sévère à ceux qui avaient calomnié le gouverneur et les habitants de la plantation. Le roi déclara que son intention n'était pas d'imposer aux colons les cérémonies de l'église d'Angleterre; et, pour leur témoigner sa sollicitude, il ajouta que, dans le cas où le Sund viendrait à être fermé , la colonie serait appelée à fournir le goudron , les mâts et autres articles que l'on tirait de la Suède et de la Norvège (1).

Vers la lin de i633 , la petite vérole se manifesta avec tant de violence parmi les Indiens, voisins de la colonie, que leurs devins, nommés pownaresj ou sorciers, en furent consternés. Les colons profitèrent de cette circonstance pour gagner leur amitié : ils visitèrent les wigwamsy ou habitations des malades et des mourants, donnèrent la sépulture aux morts

(i) Hubbards gênerai History of New-England, ch. 26.

et recueillirent les enfants, dont les pères et mères avaient succombe' au fléau. Ces actes d'humanité produisirent une heureuse impression sur l'esprit de ces sauvages.

Pendant l'année i632, la population de la colonie reçut un accroissement de a5o individus. Au mois de février de l'année suivante, plusieurs ministres anglais non-conformistes , ainsi qu'un grand nombre de leurs prosélytes , ayant fait des préparatifs pour se rendre dans le Nouveau-Monde , le Conseil de Charles Ier donna ordre de retenir dans les ]K>rts les navires prêts à mettre à la voile pour cette destination , et enjoignit aux enivrants de comparaître devant la Chambre. Il parait toutefois que cet ordre ne fut pas exécuté ; car un grand nombre d'individus, parmi lesquels se trouvaient les célèbres prédicateurs Cotton, Hooker etStone, partirent pour l'Amérique, dans le courant de cette année (i).

1633. Les colons furent récompensés, en i633, de leurs travaux agricoles , par une moisson abondante de maïs ; les fruits de leurs potagers et les potirons réussirent à merveille, et ils présentèrent à la Cour quelques épis de seigle , provenant de grains apportés d'Angleterre , ce qui ne laissa pas de remplir de joie ce peuple , qui succombait aux horreurs de la faim. Malheureusement, la plus grande partie des bestiaux, importés d'Angleterre, avait péri pendant l'hiver, et le prix d'une vache s'était élevé à 2D et même 3o livres sterling.

Cette même année , une barque de 60 tonneaux fut construite à Medford , et deux moulins à eau furent établis , l'un à Dorchester, et l'autre à Roxbury.

Une autre circonstance favorisa les colons. Ce fut l'ouverture d'une communication entre Boston et Plymoutb , par l'entremise du gouverneur Winthrop, lequel , accompagné de son pasteur, fit le trajet à pied entre. ces deux villes , qui étaient séparées par une distance de 4<> milles , et par une forêt , que personne avant eux n'avait essayé de franchir.

1634. Roger Williams , ministre protestant, était arrivé, le 5 février i63i , à Nantasket, à bord d'un navire commandé par le capitaine Guillaume Pierce. Il s'établit premièrement à Plymoutb, et ensuite à Salem. Se croyant plus éclairé que les autres pasteurs , concernant le royaume de

(1) Hazaixis Collections, vol. 1, 341-2. The copy of an oixlev madc ai the Council table, ai fcb. i633.

Jésus-Christ et la pureté île la communion de l'église , il prétendait : t° que les femmes devaient toujours paraître voilées dans les lieux publics ; 20 que la croix étant un signe de superstition anti-chrétienne , devait disparaître de l'étendard royal ; 3° que les membres de rassemblée n avaient pas le droit d'exiger un serment du peuple : cette prérogative n'appartenant qu'au Christ seui ; 4° <lue chacun devait jouir de la liberté d'adorer Dieu selon sa conscience ; 5° que la charte de la colonie , quoique accordée par l'autorité royale , contenait des faussetés , puisqu'elle affirmait que le roi était le premier prince chrétien qui eût découvert la Nouvelle- Angleterre, et qu'à ce titre il pouvait donner à ses sujets le patrimoine des indigènes.

Les magistrats exigeaient que tous les colons se trouvassent régulièrement au service de l'église. Williams dénonça cette loi comme une violation des droits naturels ; il soutint que personne ne devait être contraint de pourvoir aux frais du culte, contre sa volonté ; et que le devoir des magistrats était de protéger toutes les sectes.

En conséquence de ces opinions, qui furent déclarées « hétérodoxes et séditieuses » , Williams fut banni du Massachusetts, d'où il se réfugia dans le Rhode-Island ; il y établit, à Providence , une colonie et un gouvernement civil (î).

i634 > *e *8 avril. Le système républicain , en usage dans la colonie de Massachusetts, Gxa bientôt l'attention du gouvernement anglais , qui donna mission à l'archevêque de Canterbury et à onze nobles , grands dignitaires de l'Etat , de gouverner les plantations de l'Amérique. Cinq d'entre eux devaient avoir la direction , avec pouvoir de faire des lois et des ordonnances , établir des Cours ecclésiastiques et civiles, les révoquer, et annuler même les lettres-patentes o^ui auraient été accordées pour l'établissement d'une colonie, s'ds les jugeaient contraires à la prérogative royale. Cette coinmission avait aussi le pouvoir, sauf Tassent i ment royal, do destituer le gouverneur et les officiers, et de remplacer et de renvoyer en Angleterre ceux à entre eux qui auraient manqué à leurs devoirs (2).

(1) Hutchinsons* Massachusetts* t I, ch. 1. Mubbards* gênerai Historr of New-Éngland, ch. 3o. Voyez l'article Rhode-lsland.

(a) Pownals administration qf'the colonies, t. I, appemlix, n° 6: De cofnrnissione speciali archiepiscopo Cantuariensi et «//is.Lonclon, !^.

Voyez aussi Hazards' Collections^ t. I, 3}4~7 î et Hutchinsons ' Massachusetts, t. 1, appentlix , n° 4-

3l8 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

i634 y le i4 mai. Formation d'une Chambré des représentants. D'après l'ancien règlement, les officiers du gouvernement civil étaient choisis annuellement, le dernier mercredi de mai, par tous les membres de la communauté. Ces officiers, possédant avec le clergé tous les pouvoirs du gouvernement, excitèrent la jalousie des colons. Les établissements s'étendaient déjà à la distance de 35 milles du chef-lieu , et plus de deux cents hommes étaient admis à jouir des droits de citoyens. Disséminés sur une étendue aussi considérable de pays, et ne pouvant accomplir les formalités voulues par la charte, ils élurent des députés , parmi les principaux Habitants de chaque canton , au nombre de vingt-quatre, pour les représenter, et ces députés allèrent prendre place à la Cour, le i4 mai , au grand étonnement du gouverneur et des assesseurs.

Alors, le peuple déclara que cette Cour seule aurait le droit de faire et de promulguer des lois , d'élire et de nommer les fonctionnaires publics , de lever des impôts et de disposer des terres et des propriétés. Il fut aussi résolu que la Cour générale, convoquée par le gouverneur, s'assemblerait quatre fois par an, et ne pourrait être dissoute sans l'approbation de la majorité ; et que , dans l'élection des magistrats et des autres officiers , tout homme libre serait admis à donner sa voix. Les colons arrêtèrent ensuite que les hommes libres de chaque plantation pourraient élire deux ou trois personnes pour conférer ensemble sur les affaires qui devaient être soumises à l'examen de la prochaine Cour ; que les députés , qui seraient dorénavant élus par les hommes libres, auraient pleins pouvoirs pour faire et rendre des lois, accorder des terres et traiter des affaires de l'Etat , mais qu'ils ne pourraient néanmoins s'immiscer dans les élections des magistrats et des autres officiers, où chaque homme libre devait voter personnellement et au scrutin.

Les colons , fiers de leur liberté , devenaient de jour en jour plus exigeants : ils accusaient la Cour des aides d'opposition à la Cour générale, et prononcèrent une amende contre ses membres. Ils demandèrent ensuite compte au dernier gouverneur Winthrop, des recettes et des dépenses de la colonie, pendant le tems de sa gestion. Ces comptes furent trouvés exacts ? et l'acte qui le constatait fut enregistré à sa demande. « J'ai toute confiance, dit4l , dans la sagesse et la justice de la Cour. La prospérité de l'église et du peuple me dédommage suffisamment de mes efforts et des dépenses que j'ai employées au service de l'Etat. »

Hutchinson observe que Winthrop , à l'instar de Scipion l'Africain , aurait pu anéantir ses registres , et adresser cette réponse à l'ingrate multitude : « Une colonie florissante a été fondée sous mes auspices. Mes moyens de subsistance sont épuisés ; ne perdons pas un tems précieux en vaine barangue ; Tenez avec moi en rendre grâces à Dieu » ( i ).

Le pouvoir judiciaire, tant en matière civile qu'en matière criminelle , était alors exercé par la Cour des aides , excepte dans les affaires de la compétence d'un juge de paix.

Les officiers généraux de l'armée , nommés par le gouvernement , et les magistrats de la Cour générale, étaient tenus de faire l'exercice pendant huit jours de l'année , sous peine d'une amende de 5 scbellings par jour.

i634. M. Levistofij ministre non-conformiste du nord de l'Irlande , informa le gouvernement que plusieurs habitants de ce pays avaient formé la résolution d émigrer à la Nouvelle-Angleterre, s'ils recevaient des réponses satisfaisantes à certaines questions et propositions qu'ils avaient soumises au gouverneur de cette colonie.

La même année , Humphrey (2) fut chargé d'adresser des questions semblables à ce fonctionnaire , par des personnes de distinction, habitant l'Angleterre, qui devaient émigrer en Amérique si les renseignements étaient favorables. Le comité des plantations étrangères, instruit de ce projet, envoya ordre de s opposer au départ des bâtiments destinés à la Nouvelle- Angleterre. Cet ordre toutefois futcontre-mandé, sur la représentation des propriétaires de ces navires , qui n'eurent point de peine à démontrer l'importance de la colonie pour la Grande-Bretagne , ne fut-ce que sous le rapport du commerce de Terre-Neuve.

Cette année, Jean Humphrey arriva dans le pays, accompagné de sa femme , lady Susan^ sœur du comte de Lincoln. A bord du navire sur lequel il prit passage , se trouvaient seize génisses, envoyées par Richard Andrews. Ce bienfaiteur de la colonie en donna une à chaque ministre , et répartit les autres entre les plus pauvres habitants. Ces génisses pouvaient valoir 10 livres sterling chacune (3).

1634. fondation de ta ville de Scituate sur la cote at-

(1) Hutchinsons' Massachusetts, t. I, ch. 1.

(7) Humphrey avait été député-gouverneur lors de la fondation de la colonie.

(3) Hubbards New-En gland, ch. 27.

1 antique , par latitude 4*° i*' nord , à 17 milles de Boston , par des émigrés, natifs du comté de Kent , en Angleterre. Le 19 janvier de l'année suivante, plusieurs membres de l'église de Plymoutb s'y établirent (1).

1 634 , 4 août. Fondation de la ville d'Ipswich sur les bords de la rivière Agawam, par des habitants de Salem (2).

1635. Le 19 janvier, les magistrats de Massachusetts ayant appris que le cabinet d'Angleterre se proposait d'y établir un gouvernement général , et d'y envoyer un gouverneur, convoquèrent une assemblée des ministres de l'église , à Boston, pour prendre leur avis à cet égard. Tous déclarèrent qu'il ne fallait pas se soumettre à ce chef, qu'il importait de défendre leurs prérogatives par tous les moyens en leur pouvoir, mais que , dans tous les cas , il était essentiel d'éviter une rupture en prolongeant la discussion. L'assemblée résolut en même tems de rédiger un code , où les droits des colons seraient clairement définis, et qui , une fois approuvé par les ministres et par la Cour générale, serait reconnu loi fondamentale de 1 Etat (3).

i635 , 6 avril. Sir Ferdinando Gorges et les antres personnes intéressées dans la colonie de la Nouvelle-Angleterre, redoutant l'abolition de la grande charte , recommandèrent au roi et aux membres du Conseil , une nouvelle forme de gouvernement pour le pays. La charte de Massachusetts devait être révoquée , et tout le territoire, compris entre la rivière Sainte-Croix et le Maryland, devait se diviser en douze provinces , régies chacune par un lord propriétaire , sous la direction d'un gouverneur-général. On devait réserver 5,oao acres de terre, dans chaque district , en faveur des anciens concessionnaires. Il fut proposé de bâtir une ville pour servir de siège du gouvernement, et d'allouer à cet effet 1 00,000 acres,

(1) En i638, Scituate comptait 41 habitants. En i83o, il y en avait

Voyez Historical Collections of Massachusetts , vol. IV, p. tuo-a^o. History and description qf Scituate. Pendant la guerre de 1676, les Indiens y mirent le feu, et dix-neuf maisons et granges furent réduites en cendres.

(2) Cette ville fut ainsi nommée parce que les habitants d'Ipswich, en Angleterre, avaient témoigné beaucoup d'amitié aux puritains qui s'y étaient embarqués pour la Nouvelle- Angleterre. Voyez Historical Collections , t. VI, p. a33. Ipswich , située à 27 milles nord-est de Boston, renfermait, en i83o, une population de 2,919 habitants.

(3) Winthrops* journal , I, 154-160.

et 10,000 pour la construction d'une église et l'entretien du clergé. Les auteurs de ce projet, dit Hubbard, paraissent avoir ignoré que 5o,ooo acres de terres incuites , à la Nouvelle- Angleterre, ne valaient pas alors 5o livres sterling (1).

£ ^635, le 7 juin. Retour de la charte de Plymouth à la àùuronne. La Chambre des communes demanda avec insistance que les Anglais eussent la liberté de pécher sur les cotes de la Nouvelle-Angleterre et dans les autres parties de l'Amérique. La capture des navires anglais qui visitaient ces parages, et la confiscation de leurs cargaisons, furent dénoncées ar le chevalier Edouard Cooke comme un « monopole de a mer qui devait rester libre pour tous ». Puis , il ajouta que « vouloir s'arroger le privilège exclusif de curer et de sécher le poisson , sur cette même côte , c'était prétendre au monopole du vent et du soleil ». La Compagnie de Plymouth, se voyant sur le point de perdre ses privilèges , ainsi que le monopole de la pêche et de la traite des pelleteries , résolut de partager le pays entre ses membres , au moyen d'une espèce de loterie. Elle céda plusieurs parties de la cote à différentes personnes ou associations, et, le 7 juin, la Compagnie remit , d'un commun consentement , sa charte et ses droits à Charles Ier, après avoir dépensé des sommes considérables dans le pays sans en retirer ni profit ni gloire. En demandant la ratification des concessions qu'elle avait faites , elle promettait respect et obéissance aux lois et aux ordonnances qui seraient mises en vigueur par les gouverneurs ou lieutenants du roi (2).

i635. L'avocat-général , sir John Banks j encouragé par la conduite des autorités de Plymouth, lança un quo war-' ranto contre les membres de la corporation de Massachusetts, dont quatorze se présentèrent et renoncèrent à leurs pouvoirs. Le jugement du Conseil royal qui s'ensuivit ayant été rendu en faveur de la Couronne, le roi nomma un gouverneur-commandant pour la Nouvelle-Angleterre (3). Un gros navire, construit pour le transporter en Amérique , et assurer son

(1) Hubbards' New-England, ch. St.

Hu te hi usons Massachusetts, t. I, ch. 1. .

(a) Hazards' Collections , I r 393. The aci of Surrender of thê Great Charter of New-England. Déclaration of the Council for the résignation of the Charter, p. 390-a.

(3) Hutchinsons9 Collections of original paperst p. ioi-3. Hazards* Collections, I,

T. XYIU 21

33a CHRONOLOGIE HISTORIQUE

autorité le long de la cote, s'ouvrit, lorsqu'on voulut le lancer, circonstance gui empêcha le gouvernement de mettre à exécution le projet de subjuguer les colons, dans un moment où ils n'étaient nullement en mesure de résister. Ceux-ci , en proie à de vives inquiétudes, s'adressèrent au roi ; et les lords du Conseil s'empressèrent de calmer leurs alarmes , en leur promettant, au nom de sa majesté, de leur laisser la jouissance de tous les droits et privilèges qu'ils possédaient, avant la révocation de la charte , et en sanctionnant leurs lois et leur ancienne constitution .

Cette même année, environ 3,ooo émigrants, accompagnés dé 1 1 ministres de l'église , arrivèrent à la Nouvelle-Angleterre, à bord d'une flotte de 20 navires. Jean Haines ayant été nommé gouverneur de la colonie, et Richard Bellington sous-gouverneur, un de leurs premiers actes fut d'accorder le droit de bourgeoisie à i45 colons. Parmi les nouveaux venus, se trouvait le chevalier Henry Fane^qm avait d'abord le projet de se fixer sur les bords du Connecticut , mais qui se décida ensuite à rester dans le Massachusetts, qu'il fut appelé à gouverner l'année d'après. Pendant plusieurs mois, il fouit d'une grande popularité, bien qu'il se montrât plus fier que tous ses prédécesseurs. Quand il allait à la Cour et à l'éalise , il était toujours précédé de quatre sergents , armés

>ra jueigiij qui ycu«i« « .~ ~v — v-/-

i635. Le i5 août, un violent ouragan causa de grands ravages dans les plantations. Plusieurs maisons furent renversées ; d'autres eurent leur toiture enlevée, et la provision de maïs des habitants fut entièrement détruite. La marée s'éleva de 20 pieds au-dessus de son niveau ordinaire, et les eaux de la mer couvrirent le pays sur une étendue considérable. Les Indiens de Narragansett , surpris par l'inondation, n'eurent que le tems de grimper sur les arbres , et plusieurs d'entre eux périrent dans les Ilots.

Fondation de plusieurs villes. Les premières villes avaient déjà pris un très-grand accroissement. Plusieurs familles , manquant de pâturages pour nourrir leurs bestiaux, s'éloignèrent des centres de population pour en trouver, et commencèrent plusieurs nouveaux établissements .

(0 Hubbards' New~England, ch. 27.

tyS lVméwqçe. 323

i635. fondation de Newbvry* à Quascacunquen, par

Îielques habitants d'Ipswich, qui venaient de Wiltsbire , en pgleterre. On y établit une église dont Robert Parker fat nommé pasteur (i).

i635. Fondation de Concorda dans un endroit nommé Musquettquid par les Indiens , qui y firent aux colons la concession d'un territoire de six milles carrés d'étendue. Ce contrat ayant été exécuté de la manière la plus loyale , on donna à la nouvelle ville le nom 4e Concord (a).

i635. Fondation de Hingham^ à Bear-Covtj par le révérend Pierre Hobardj ou ffubbertj et soixante familles , arrivées du comté de Norfolk , en Angleterre. Hingbam était probablement le nom d'un des colons (3).

i635. Fondation de JVeymouth^ à FVessagiiscusjyar le révérend M. Hull^et vingt-une familles anglaises (4). L'emplacement de cette ville, nommée aussi Wessagiisouasset* avait été occupé, en 1722, par les colons amenés par Thomas Weston, qui ensuite l'avaient abandonné.

Voici comment on procédait à la fondation des villes de la Nouvelle-Angleterre. Leurs limites étaient déterminées par la Cour générale , qui chargeait de ce soin sept habitants de bonne et honnête réputation. Ceux-ci avaient le pouvoir de céder des terres aux personnes dont l'intention était de s'y fixer. Les plus pauvres recevaient vingt acres de terres hautes, avec six ou sept acres de prairie , et le droit de cité était as-

(1) Historical Collections of Massachusetts, t. VII, p. 242. Newbury est située dans le comté d'Essex, sur le bord de la Mer-

rimack, à 3a milles nord-est de Boston. En i83o, cette ville renfermait 3,6o3 habitants.

(2) Concord s'élève sur les bords de la rivière du même nom , dans le comté de Middlesex, à 18 milles nord de Boston, par latitude nord 4?° 25'. Population en i83o, 2,017 individus. Le congrès provincial s'assembla a Concord , en 1774» et Tannée suivante , le 19 avril • un combat eut lieu aux environs, entre la milice et les troupes anglaises. Historical Collée tions of Massachusetts , t. I , p. 237-241*

(3) Wonder working Providence , ch. 3^. Cette ville est située dans le comité de Plymouth , à 14 milles sud de Boston , sur le bord d'une anse de la baie de Massachusetts. Population en i83o, 3,387 habitants.

(4) Hubbards' gênerai History of JVew-England , ch. 27. Selon Johnson , Weymouth fut fondé en 1637. Voyez fonder working frovidence, ch. 10. Cette ville est située dans le comté de Norfolk, à 10 milles sud-est de Boston. En i83o , elle avait une population de 2,837 habitants.

suré à tous ceux qui s'y bâtiraient une maison dans l'espace de deux ans. Quand ils étaient devenus assez riches pour entretenir un ministre , ils construisaient une église , « attendu, » disaient-ils , « qu'il est aussi peu vraisemblable qu'un véritable habitant de la Nouvelle-Angleterre puisse se passer d'un bon ministre, qu'un serrurier se dispense d'un fourneau pour travailler le fer (i) ».

i635. Le nombre des colons nouvellement débarqués rendit les provisions si chères , qu'ils auraient beaucoup souffert s'il n'en était arrivé d'Irlande ; mais bientôt toute crainte de disette se dissipa ; la terre fournit abondamment à leurs besoins ; avec deux bœufs, un homme pouvait cultiver deux acres de maïs , et plusieurs colons se trouvaient posséder une centaine d'acres.

i635. Le 11 avril de cette année , le roi Charles accorda au capitaine Jean Mason tout le pays situé entre Naumkeag et sa rivière Pascataqua , et qui fut appelé New-Hamp~ shire (i).

1635. Au mois de juin, deux navires hollandais arrivèrent du Texel, apportant des juments, des génisses et des moutons (3).

1636. Lois fondamentales de la Nouvelle -Plymouth. Il fut ordonné que le gouverneur, le sous-gouverneur et les assesseurs seraient choisis annuellement par les hommes libres de la corporation. Aucun acte , taxe , loi ou ordonnance ne

Souvait être fait ou imposé, s'il n'était approuvé par le corps es hommes libres, associés ou représentants , légalement assemblés suivant l'usage du peuple libre d'Angleterre. Personne ne pouvait être condamné à mort , à perdre sa liberté ou ses biens, qu'en vertu d'un jugement de la Cour générale de la colonie, «rendu conformément aux bonnes et équitables lois de l'Angleterre » ; et , dans toutes les affaires criminelles ou civiles , la sentence devait être prononcée par un jury, composé d'hommes justes et probes. Toute personne âgée de il ans, possédant un jugement sain, pouvait disposer de ses propriétés, excepté dans le cas où elle se trouvait sous le coup d'une condamnation pour trahison ou tout autre crime , en-

(1) JPonder working Providence, p. 176-157.

(2) Hubbards New-England, ch. 71. Voyez l'article New-ffampshire.

(3) Hubbards* New-England9 ch. 27.

traînant la peine capitale. Alors ses biens personnels étaient confisques an profit du roi et de la colonie. Gomme le grand bat des premiers colons qui émigrèrent , en 1620, avait été de jouir de la liberté de conscience, c d'après l'esprit de l'Evangile, et sans mélange d'inventions humaines », la Cour était chargée de protéger et d'encourager les églises par tous les moyens en son pouvoir ( 1 ).

i636. Guerre avec les Péquots. Ce peuple, prévoyant que son entière destruction serait la suite inévitable des progrès des blancs dans son voisinage, résolut de leur faire la guerre. Ces Indiens se comparaient à des faucons ; pour insulter les colons , ils les appelaient des squaws ou femmes , et prétendaient que leur Dieu n'était qu'une mouche. Jean Oldham ayant été assassiné dans sa barque, près de Block-Island, ses meurtriers se réfugièrent chez les Péquots. Le gouverneur de Massachusetts les envoya réclamer par environ quatrevingts hommes, sous la conduite de Jean Endicotj qui avait ordre de déclarer la guerre s'ils refusaient de les rendre.

A l'arrivée de cette expédition, les Péquots s'enfuirent dans les bois. On n'en tua qu'un seul, mais on brûla plusieurs de leurs cabanes (2). A cette époque, ces Indiens comptaient cependant 4,000 guerriers. Ils occupaient le pays situé à l'est de l'embouchure du fleuve Connecticut.

Sassacus, leur grand chef, demeurait à Péquotj sur l'emplacement actuel de New-London (3).

L'année suivante, les Péquots furent défaits et entièrement dispersés. Un corps de 1 20 hommes des Massachusetts eut une grande part à ce succès (4).

i636. Traité de paix avec les Narragansetts. Ces Indiens pouvaient alors mettre en campagne 5,ooo guerriers. Pour les empêcher de se liguer avec les Péquots , le gouyerneur envoya une députation à Canonicus , leur premier sachem , qui venait , à cause de son grand âge , d'être remplacé par son neveu Miantonomoh.

Celui-ci , accompagné d'une vingtaine d'hommes de sa nation , se rendit à Boston, et signa un traité , d'après lequel

(1) Hazards* Collections, I, 4°4~410*

Ce code, intitulé The gênerai jundamentals , fut révisé en 167 1.

{1) Voyez l'article Connecticut»

(3) Hutchinsons* Massachusetts, vol. I, ch. 1.

Î4) "Voyez Vart. Connecticut, où se trouvent les détails de cette affaire.

lès deux partis s'engagèrent à commercer ensemble ; à ne point traiter avec les Péquots Tan sans l'autre ; à remettre tout domestique fugitif, et à rendre aux Anglais, pour être jugé ou exécuté, tout individu convaincu d'assassinat.

Lés Narragansetts habitaient le pays , depuis la baie qui porte leur nom , jusqu'à la distance d'environ %o milles de ses bords , y compris l'île de Rhodes et autres , dans ladite baie. Le sachem, ou chef, avait une habitation dans cette île, et une autre dans celle de Canonicus. Il était souvent en guerre avec les Indiens de Massachusetts, les Péquots et les Pawkumakutts (i).

1636-7. Fondation de plusieurs villes,

1636. Fondation de la ville de Duxborough^ nommée ensuite Duxbury. Elle est située dans le comté de Plymouth, à 10 milles au nord de la ville du même nom (1).

\63j. Fondation de la ville de Dedham, dans le comté de Norfolk, à 10 milles sud-ouest de Boston, dans l'intérieur du pays. Le 8 novembre, on y établit une église (3).

i63y. Fondation de Taunton^ dans un lieu nommé Kéhetticut ou Ketticutj et ensuite Titicut^ par Elisabeth Poole. Cette Anglaise, qui appartenait à une famille respectable , et plusieurs autres personnes avaient abandonné leur pays pour aller jouir de la liberté religieuse au milieu des bois. Cette ville est située sur la rivière de son nom , dans le comté de Bristol, à 32 milles au sud de Boston (4).

1637. Fondation de la ville de Sandwich j par quelques familles qui vinrent de Sawgus ou Lyn (5). Sandwich est situé

f 1 J Hubbards' gênerai historjr, ch. 34»

12 j Hubbards' gênerai history, ch. 77. En 1615 , le gouvernement céaa aux habitants de cette ville une grande étendue de terrain , dont ils achetèrent ensuite la propriété du sachem Massasoit , qui se nommait alors Ousamequin. Voyez Historical Collections of Massachusetts, vol. "VII, 2e série, p. 139, où sè trouve cet acte de concession, daté do 23 mars 1649.

(3) iVonder working Providence, ch. 9.

Hubbards9 gênerai hht. , ch. 37.

(4) Le terrain où cette plantation fut établie, avait été cédé aux Indiens Titicut par Chickatabut, l'un des sachems de Massachusetts ; et acheté , le 20 novembre 1672, par quelques colons <iùî s'y établirent sous la protection du gouvernement, Voyez Historical Collections of ftfassacnuseus, vol. VII, 2e série, p. i<£3.

En i65a , les premières grandes fabriques de fer furent établies près de cette ville. Population en i83o, 6,042 individus.

(5) Wonder working Providence , ch. 38. Population en i83o , 3,36 1 individus.

de l'améiiïqtje. 327

dans le comté de Barnstable, à 54 milles sud-est de Boston.

i637. Cette année, la colonie se divisa en deux sectes, dites des famili s tiques et des antinomiens ; Tune soutenait la doctrine de la grâce , l'autre celle des bonnnes œuvres. Tout le monde prit part à cette contestation ; la milice ellemême refusa de marcher contre les Indiens , parce qu'elle était sons l'influence de la grâce. Les deux sectes se persécutaient mutuellement : pour mettre fin à la controverse , on convoqua , le 3o août , à Newton , un synode ( i ) composé de ministres de toutes les églises , pour discuter les principaux points en litige. Ce fut le premier synode qui se réunit dans l'Amérique septentrionale (2), et Ton y condamna , comme erronées et contraires à la Bible , quatre-vingt-deux opinions religieuses répandues dans le oays.

Samuel Gorton j, citoyen de Londres , devenu chef de la secte famiiistique , fut banni des colonies de Massachusetts et de Rhodc-Island.

Ceux qui refusaient de renoncer à la doctrine antinomienne étaient bannis ou perdaient leurs franchises. Le gouvernement désarma 76 personnes dans les différentes villes (3). Il établit en même tems une amende dont était passible tout individu résidant dans le territoire , sans la permission des magistrats.

Il est remarquable que les membres du gouvernement et du clergé usurpaient précisément les mêmes pouvoirs politiques et ecclésiastiques qui les avaient forcés de quitter leur pays natal.

La Cour générale de Massachusetts condamna le pasteur Jean JVheelwnght, pour avoir, disait-elle, prêché la sédition dans un sermon , adressé à son troupeau. Ce ministre ayant refusé de rétracter ses opinions , fut banni de la juridiction de la Cour, ainsi que plusieurs de ses proséiites (4).

(1) En anglais :« Covenant ofworfcs and Covenant of grâce». La conduite de ces sectaires est décrite d'une manière piquante par Thomas Morton , un des premiers planteurs, et antagoniste des puritains, dans sa description de la Nôuvelle-Aneleterre, intitulée : JVew- Englisk Canaan, ou Nouvelle' Canaan. Londres, 1637.

(2) Hubbards* New-England> ch. 40, où se trouvent les questions de controverse.

(3) Cinquante-huit à Boston , six à Salem , cinq à Roxbury , trois à Nev/burg, deux à Ipswich et deux à Charlestown.

(4) Wheelwright passa dans la province de New-Hampshire, où il jeta les fondements de la ville et de l'église à'Exéter.

Vers le même tems , Anne Hutchinson, qui avait aussi professé des doctrines béréticpies, fut excommuniée et contrainte de se retirer, avec son mari, dans l'île d'Aquetneck (Rhode-Island). Après la mort de celui-ci, elle passa dans les possessions hollandaises , au-delà de New-Haven, où elle et sa famille , composée de seize personnes , furent massacrées par les Indiens. Ils .épargnèrent seulement une de ses filles, qu ils menèrent en captivité.

Les colons durent en grande partie à leurs extravagances les maux dont ils furent affligés.

Les censeurs de la presse ayant permis d'imprimer l'ouvrage publié sous le nom de Thomas à Rem pis, la Cour fit suspendre le travail, parce que l'auteur était un ministre papiste»

Les indépendants pensant, comme le roi Jacques, que la fumée de tabac ressemblait à celle de l'enfer, on en prohiba l'usage , qui fut cependant rétabli plus tard par un acte de la Cour générale , provoqué par l'influence du clergé (i).

1637. Les colons , à cette époque , furent aussi en proie à des dissensions politiques , les uns se déclarant en faveur d'un gouvernement aristocratique, les autres pour une démocratie.

Vers le même tems , il fut passé une loi pour punir de l'amende, de l'emprisonnement ou de l'exil, quiconque se permettrait de mal parler de la Cour, ou de critiquer ses décisions.

1637. Plusieurs hommes (2), qui avaient joué un rôle important en Angleterre , et s'étaient distingués par leur opposition au gouvernement, résolurent d'abandonner un pays d'où la liberté était bannie , pour la chercher en Amérique ; mais la Cour prit des mesures pour empêcher leur départ.

1637. Une proclamation du roi, en date du 3o avril , ordonna aux officiers du parti de son royaume de s'opposer au départ pour l'Amérique de tous ceux de ses sujets , compris dans la catégorie des subsidy mtn> ou gens passibles de la taxe de ce nom , qui n'avaient point prêté le serment de suprématie et d'allégeance , selon les formes voulues par l'église anglicane.

Il fut , en outre , enjoint à ces officiers d'envoyer, tous les six mois , aux commissaires du roi , pour les plantations ,

(1) Hutckinsons' Massachusetts, I, ch. 1.

(a) Plusieurs auteurs ont affirmé que sir M athew Boynton , sir William Constable , sir Arthur Hazçling , Hampden, Pym et Olivier Cromwell étaient de ce nombre.

de l'Amérique • ,329

une liste des noms et qualités des personnes qui s'e'taient enàbarquées, dans cet intervalle , pour lesdites plantations (1).

1637. ^n grand nombre des principaux habitants de Boston ayant signé une pétition contre la Cour générale , au sujet de sa conduite envers M. Wheelwriçht , et plusieurs émigrés professant la même opinion religieuse , étant attendus d'Angleterre , cette Cour défendit , sous peine d'une forte amende , de recevoir ou d'accueillir des étrangers qui arrivaient pour se fixer dans le pays , ou de lear permettre de faire usage d'un lot de terre ou d'une habitation , pendant plus de trois semaines, sans la permission d'un des membres du Conseil ou de deux des assesseurs. Chaque délinquant devait payer 4<> livres sterling, et 20 livres pour chaque mois que Pinfraction à cet ordre avait duré. Tout district qui accordait ou vendait un terrain à un étranger, encourait une amende de 100 livres sterling. Cet ordre offensa tellement les Bostoniens, qu'à son retour de la session de la Cour, Winthrop fut reçu froidement par le peuple : son estimable caractère lui fit toutefois bientôt regagner leur affection (2).

1637. Au mois de septembre, le premier grand jury fut établi dans le Massachusetts, pour les affaires criminelles. Le premier rôle qu'on lui soumit ne présenta pas moins de 100 préventions. Le nombre des magistrats était alors de 12 ou i3, qui ne recevaient aucun traitement, et celui des députés de 3o à 40 (3).

1638. Etablissement du collège de Harvard ainsi nommé en l'honneur de Jean Harvard, ministre de Charlestown , qui, par testament , affecta 779 livres sterling à sa fondation (4).

(1) Hazards Collections, vol. I, p. 4?i*

(2) Hutchinsons' Massachusetts, I, ch. 1.

(3) Hubbards' New-England, ch. 17. —Mathers Magnolia , book

yth 17-

(4) Il fut organisé en i65o, sous la direction d'un conseil de surveillance , formé de sept personnes , et , après la déclaration d'indépendance, il fut placé sous le contrôle d'un Conseil, composé du gouverneur et du lieutenant-gouverneur, des membres de l'Etat et du sénat, ainsi que des ministres réunis de six districts.

Ce collège est richement doté (*).

En 1839, le nombre des étudiants était de 219. Sa Bibliothèque renfermait 44>°°0 volumes.

C) Voyez le volume I« de la Description des Etats-Unispar M. Warden* art. Massachusetts.

33o ♦ CHRONOLOGIE HISTORIQUE

i638. D'après nn ordre rendu par le roi, en son Conseil } le 3o mai 1637, l'avocat-général fut requis de demander la remise de la charte de Massachusetts, et M. Mtautis, clerc du Conseil, adressa une lettre à M. Winthrop, renfermant un ordre des membres du Conseil, du 4 avril i638 , qui le requérait lui , ou toute autre personne qui aurait les lettrespatentes en sa possession, ou en dépôt, de les lui transmettre par le navire porteur de l'ordre ; autrement sa majesté serait obligée de prendre le gouvernement de la plantation (r).

Les colons répondirent qu'ils n'avaient jamais été appelés à répondre au quo warrante, mais qu'ils avaient de bonnes raisons pour s'y opposer. Ils s'étaient, disaient-ils, établis dans le pays avec leurs familles , en vertu d'une permission , accordée par le roi ; ils en avaient augmenté les domaines 5 et ils priaient leurs seigneuries de leur permettre dé vivre dans le désert sans qu'il soit apporté ni restriction à leurs libertés , ni empêchement de se fixer parmi eux aux hommes respectables qui auraient cette intention. Si notre charte, ajoutaientils , nous est retirée , nous serons considérés comme des renégats ou comme des hommes mis hors de la loi , et forces , soit de nous retirer dans quelque autre lieu pour y former un nouvel établissement, soit de retourner dans notre pays natal. Dans ce cas, plusieurs milliers d'individus seront ruinés. Les autres plantations privées de notre appui ne seront pas en état de se défendre et le pays entier tombera au pouvoir des Français ou des Hollandais (2).

i638. Une autre proclamation, datée du 9 mai i638, ordonnait aux maîtres de bâtiments de ne prendre ni passagers ni provisions pour la Nouvelle-Angleterre, sans une licence du commissaire des plantations.

L'infortuné roi Charles dut souvent se repentir plus tard de n'avoir point permis à ces navires de transporter au-delà des mers, des hommes dont l'influence lui fut ensuite si fatale (3).

Le jugement des commissaires royaux , concernant le quo warrantOj n'ayant pas été enregistré, il s'ensuivit du retard, et les troubles qui survinrent alors en Europe suscitèrent au gouvernement britannique des embarras qui l'empêchèrent de s occuper des colonies.

(1) Hazards* Collections, I, Hubbards' New-England, chap. 36.

Hazards' Collections, I, 435, Uutchinsons' Massachusetts, I, chap. i.

(3) Chalmers' Annals, book I, ch. 7.

1639. La réponse des colons , datée du 4 avril i638, produisit l'effet désiré ; la Cour leur permit de se gouverner suivant leur bon plaisir. Profitant de ce triomphe , ils eurent recours à la presse , cette puissante arme des opprimés , établirent une imprimerie à Cambridge (1) , et nommèrent des censeurs pour examiner les ouvrages dont il ne serait pas convenable d'autoriser la publication.

Le quo warrante contre le gouvernement et la Compagnie de la baie de Massacbusctts renfermait les charges suivantes : On les accusait, i° d'avoir usurpé le titre et les pouvoirs d'un corps politique, légalement constitué et ayant droit d'acheter des terres et d'en disposer à sa volonté ; 20 d'avoir élu dans leur sein le gouverneur, le sous-gouverneur et les assistants ; 3° d'avoir admis dans ladite Compagnie et en avoir renvoyé tous ceux qu'ils ont voulu ; 4° de s'être approprié tout le territoire de la baie de Massachusetts, appartenant au roi, d'en avoir usurpé le gouvernement , pour en disposer ensuite suivant leur plaisir ; d'avoir tenu en Angleterre un Conseil, composé de membres pris dans leur Compagnie , et un autre dans la Nouvelle-Angleterre ; de les avoir autorisés à tenir des Cours de justice , et enfin d'avoir fait des lois et des statuts contraires à ceux de la Grande-Bretagne ; 6° d'avoir attiré les sujets de sa majesté hors de son domaine , et d'en avoir exporté des marchandises et autres articles , en violation des lois et des statuts ; 70 d'avoir exigé certaines sommes d'argent de toutes les personnes trafiquant avec eux, et de s être arrogé le pouvoir de régler les affaires commerciales de la colonie ; 8° d'avoir proclamé la loi martiale dans le pays.

Théophile Eaton, sir Henry Rosewell , et douze autres colons, munis de lettres-patentes, jurèrent qu'ils ne s'étaient jamais rendus coupables d'aucune des usurpations de privilèges, libertés ou franchises , mentionnées dans cette accusation.

i638. Fondation de la ville d'Exéter, à la chute de la rivière du même nom, par Jean Wheelwright et autres qui avaient été bannis de la province de Massachusetts , à cause de leurs opinions religieuses. Ayant acheté des Indiens 3o milles carrés de terrain , et se trouvant libres au milieu des bois, ils formèrent un gouvernement séparé dont ils confièrent

(1) Elle fut établie par Stephen Day, auquel elle avait été donnée ir le pasteur non conformiste Glover, qui mourut en mer. Thomas' 'istory ofprinting in America, vol. I, 2*7. VVorcester, 1810.

33a CHRONOLOGIE HISTORIQUE

la direction à on gouverneur et à des assesseurs. Cette dation ne dura que trois ans (i).

i638. Une partie des colons qui avaient été proscrits ou çrivés de leurs droits civils , à cause de leurs opinions religieuses, étaient allés chercher un asile dans les hois, loin de de leurs persécuteurs. D'autres achetèrent l'île à'Aquetneck (Rhode-ïsland) (2) , pour y établir une colonie ; une autre , celle de New-Haven (3) fut créée, à la même époque, à Quinnipiack, dans le détroit de Long-Island, par deux négociants de Londres, Eaton et Hopkins, qui avaient acquis les terres des Indiens. On y établit une forme de gouvernement semblable à celui de Massachusetts.

Pendant cette même année , vingt navires arrivèrent de Massachusetts, ayant à bord environ 3, 000 émigrés (4).

1638. Un tremblement de terre eut lieu dans la colonie, le 2 juillet (vieux style), entre 3 et 4 heures de l'après midi : les secousses en furent si violentes que les meubles furent renversés dans les maisons ; et , en quelques endroits , on ne pouvait se tenir debout. Il s'annonça par un bruit semblable à celui du tonnerre prolongé , ou du roulement de plusieurs voitures sur des rues pavées. On en ressentit des secousses dans le Massachusetts, le Connecticut, à Narragansett, à Pasr cataqua et dans tous les districts adjacents. La commotion s'étendit aux navires , à F ancre dans la rade de Boston et sur la côte des îles voisines. Le tremblement de terre et le bruit durèrent environ quatre minutes , et , pendant vingt jours, le sol fut de tems en tems agité (5).

1639. Fondation de Rowley* par soixante familles de la ville du même nom , dans le comté de Yorkshire , en Angleterre , qui y vinrent sous la conduite d'Ezékiel Rogers* ministre puritain. Plusieurs de ces émigrés, qui étaient drapiers, établirent dans cette ville un moulin à foulon et furent les premiers qui fabriquèrent du drap dans l'Amérique du Nord (6).

(1) Exéter fut ensuite comprise dans les limites du New-Hampshire.

(2) Voyez cet article.

(3) Voyez l'article Connecticut.

(4) Uubbards9 New-England, ch. 76.

(5) Memoirs of the American Academy, vol. 1,262. Boston, 1785.

(6) Rowiey est située dans le comté d'Essex, à 28 milles nord-est de Boston. Population en i83o, 2,044 individus.

de l'Amérique.

i63g. Fondation de la ville de Salisburyj sur les bords de la rivière Merrimack (i).

i63ç. Fondation de la ville de Sudburyj sur les bords de la rivière da même nom, qui est aussi appelée Concord (*).

1639. Fondation de la ville de JTarmouth, On y établit une église dont Jean Miller fut nommé pasteur (3).

1639. Fondation de la ville de Barnstable^ dans un endroit appelé, par les Indiens, Nattachesse ou Nattacheeset{4).

1639 , 4 juin- Formation de la première assemblée générale de la colonie de la Nouvelle-Plymouth. Jusqu'à cette époque , le gouvernement avait été géré par le gouverneur et ses assistants, conformément à la loi commune et aux statuts d'Angleterre (5).

1639. La controverse religieuse continuait encore dans le Massachusetts, et la Cour générale persécutait rigoureusement tous ceux qui refusaient d'adopter les opinions de l'église. Quelques habitants furent privés du droit de citoyens, mais le plus grand nombre fut banni du pays. Craignant qu'il ne s'élevât du tumulte à Boston , on désarma de nouveau plusieurs habitants , et on passa une loi pour punir quiconque parlerait contre une Cour de justice. Ces divisions donnèrent lieu à une émigration considérable des colons de Massachusetts , qui commencèrent des établissements à Rhode-Island et dans le Connecticut.

1640. La persécution des puritains ayant cessé en Angleterre, ces religionnaires ne quittèrent plus leur pays ; plu-» sieurs émigrés de distinction y retournèrent , et la colonie fut abandonnée à ses propres ressources. Depuis sa fondation ,

(1) JVonder working Providence, ch. 14. Salisbury est située dans le comté d'Essex,à 35 milles nord-est de Boston. Population en i83o, 3,5 19 habitants.

(2) Historical Collections of Massachusetts , vol. IV, 2e série , p. 52. D'après cet ouvrage, Sudbury fut incorporée le 4 septembre i63g. Elle est située dans le comté de Middlesex, à 20 milles ouest de Boston. Population en i83o, 1,423 habitants.

(3) JVonder working Providence, ch. 11. Yarmouth est située dans le comté de Barnstable, à 70 milles sud-est de Boston. Population en i83o, 2,25 1 individus.

(4) Hist. Coll. of Massachusetts, vol. III, p. 12. Barnstable est située dans le comté du même nom, à 66 milles sud-est de Boston. Population en i83o, 3,974 habitants.

(5) Trumbull, I, ch. 2. History ofthe United States.

c'est-à-dire pendant les vingt années précédentes , 2 1 ,200 individus , ou 4? 000 familles environ , dont 4°° planteurs , y étaient arrivées à bord de 298 navires ; et on a supposé qu'un nombre égal à peu près retourna en Angleterre après l'ouverture du Parlement, qui établit la liberté politique et religieuse. En conséquence de cette émigration, une vacbe à lait, qui avait valu i5 ou 3o livres sterling , ne se rendait plus que 5 ou 6 livres (1).

i6*4t. Lois nouvelles de Massachusetts. Cette année, la Cour royale de Massachusetts promulgua un code nommé Bodyof libertiesj contenant cent lois composées par M. Ward, ministre à Ipswicb. Ces lois , revues par la Cour générale, furent envoyées dans chaque ville pour y être examinées , et après avoir été soumises au gouverneur et à son Conseil, elles furent approuvées par la même Cour et déclarées exécutoires pendant trois ans, afin de pouvoir y apposer les modifications et les perfectionnements que 1 expérience ferait reconnaître nécessaires , avant de les rendre perpétuelles : ces lois , ayant été ratifiées par la métropole , furent imprimées en 1646.

Ce code se divise en dix chapitres, qui traitent : i° des magistrats ; i° des francs-bourgeois et des habitants libres ; 3° de la défense et des finances du pays ; 4° des droits d'héritage ; 5° du commerce ; 6° des délits ; 70 des crimes ; 8° d'autres crimes moins odieux, entraînant une amende, ou un châtiment corporel ; 90 des procédures criminelles entre les habitants et les étrangers.

Ces lois punissaient de mort le blasphème , l'idolâtrie , la sorcellerie, l'hérésie, le parjure, la profanation du sabbat, la trahison contre le pays, le manque de respect aux magistrats, la rébellion, la sédition, l' insurrection contre le gouvernement, l'insubordination des enfants contre leurs parents, l'assassinat quand ce n'était pas dans un cas de légitime défense, l'adultère, la sodomie, les rapports avec une femme qui avait ses évacuations périodiques, les liaisons secrètes avec une jeune fille jusqu'après son mariage avec un autre , et le faux témoignage.

L homicide était réputé criminel ou excusable ; l'adultère avec une femme mariée rendait les deux parties passibles de la peine de mort , quoique l'homme fût garçon : il avait des

(1) Hutchinsons' Massachusetts, vol. I, ch. 1. Idéales' New-England, vol. I, ch. 4.

Mi' AMÉRIQUE» 335

conséquences moins graves avec nue femme non mariée. Le viol était puni de mort , ou de tout autre châtiment , à la volonté de là Cour ; commis sur un enfant âgé de moins de 10 ans , le crime devenait capital. Tout nomme en fréquentant un autre comme il fréquenterait une femme , se rendait con- . pable d'un crime abominable, et tous deux étaient punis de mort (i). Conformément à la loi mosaïque , le parjure était puni de mort , quand il était fait avec intention d'ôter la vie à son semblable (2). Un enfant âgé de plus de 16 ans , qui maudissait ou frappait ses père et mère , était condamné à mort, à moins que ce ne fût par suite de traitements cruels, pu à son corps défendant , ou qu'il fût prouvé que son éducation avait été négligée par eux. Un fils, convaincu d'opiniâtreté, était aussi puni de mort (3). Toute conspiration contre l'Etat était un crime capital.

La récidive, dans certains délits, rendait l'offense capitale ; ainsi, par exemple, si un prêtre romain ou un quaker rentrait dans la colonie, après en avoir été banni, il était mis à mort. Une personne, convaincue, pour la seconde fois, d'avoir renié l'ancien et le nouveau Testament, encourait la peine du bannissement , ou même la mort quand le délit avait été commis en pleine mer : la Cour pouvait indifféremment appliquer l'une ou l'autre peine. La fornication était punie d'une amende pu d'une peine corporelle ; on pouvait aussi forcer les parties à contracter mariage , et si l'homme était libre, il risquait de devenir esclave ; après le jugement , le criminel qui refusait de nommer ses complices pouvait être mis à la question. Un mari, convaincu d'avoir frappé sa femme, encourait une amende de 10 livres sterling ou une peine corporelle. Les délits plus graves étaient ordinairement punis par le bannissement , la servitude ou la privation des droits civils.

Le larcin, ou vol, entraînait l'amende ou la peine du fouet, ou bien le coupable était condamné à restituer trois fois la valeur des objets dérobés. La première fois, il était marqué d'un fer chaud ; en cas de récidive, on lui infligeait une rude flagellation, et la troisième fois, il subissait la peine de mort. Si le crime était commis le jour du dimanche, on lui coupait une oreille avant l'exécution. Le recéleur payait au gouverne-

(1) Levit, aq, i3.

(2) Deut, 19, 16.

(3) Deut, ai, 20, ai. * ,K . î

ment le prix des objets dérobés. Les fêtes étaient proscrites, ainsi que le jeu et la danse ; l'ivrognerie était punie d'une amende de 10 schellings, ainsi que la profanation du jour du sabbat. Le blasphème, réitéré plusieurs fois, était passible du double de cette somme ; l'oisiveté était aussi rangée dans la classe des délits. Les chasseurs et preneurs de tabac commettaient des actes repréhensibles et punissables. Toute contravention aux ordres de l'autorité entraînait l'amende , la prison , ou une peine corporelle. La répression du moindre délit non prévu par le Code, était laissée à la discrétion de la Cour, qui, dans ses jugements, prenait ordinairement pour guide la législation de Moïse. Quant aux lois relatives à la propriété, il avait été décidé, à l'origine de la colonie, que la paisible possession pendant cinq ans donnait le titre de propriété.

L'esclavage, la servitude, la captivité furentabolis, excepté à l'égard des prisonniers pris dans les guerres légitimes, et des individus qui se vendaient ou qui étaient achetés par les habitants. Ceux-ci étaient tenus de les traiter humainement , et d'après les lois des Israélites. Les étrangers qui fuyaient la

Î persécution, la famine ou la guerre , trouvaient un asile dans a colonie (i).

La situation de ces peuples excusera, en quelque sorte , ces

béissant à aucune forme de gouvernement , séparés de tous ceux qui leur étaient chers, entourés de sauvages, affligés par la maladie, la perte de leurs parents et de leurs amis, il n'est pas étonnant que leurs premières lois aient été empreintes d'un caractère de sévérité.

1641. La Cour de Massachusetts autorisa, cette année, l'établissement de la plantation de Glocesterj près du cap Anne, dans un lieu habité par quelques pêcheurs. Blinman, ministre puritain , du pays de Galles, y arriva peu de tems

(1) Historical Collections of Massachusetts, vol. V, p. 174-187. Containing an abstract of the laws of New-En gland as tftejr are now established, printed in London in 1641.

En 1646, ces lois furent revues par un comité, composé de deux magistrats, de deux ministres de l'église, et de deux personnes instruites, choisies par les habitants. L'année suivante , elles furent confirmées par la Cour et publiées à Cambridge. Voyez Thomas, History of Printing, vol. I, a3o.

t>e l'Amérique. 337

après, avec une cinquantaine d'émigrés. On y construisit plusieurs navires clans le courant de cette même année , et le port ne tarda pas à être visité par les Français , les Hollandais et les Portugais (f).

1641 , octobre. La Cour de Massachusetts étendit sa domination sur le pays de Piscataqua. Les habitants , en proie à des dissensions religieuses, se soumirent volontairement à son autorite (a).

1641. Guillaume Bradford , gouverneur de Plymouth, remit aux représentants de cette colonie , la charte qui avait été accordée en son nom (3). •

i64! • L'hiver de cette année fut si rigoureux que la rade, où se tenaient ordinairement les navires, gela dans toute son étendue -et Ton put y passer en voiture pendant six semaines. Plusieurs colons, que le froid avait contraints de rester tout le tems au coin de leur feu , formèrent le projet d'aller s'établir dans une des îles d'Eté, ou Bermudes, où ils espéraient trouver un climat plus chaud, et une chose, disaient-ils, aon moins précieuse , appelée la liberté. D'après leur sistème d'organisation, tous devaient être éligibles pour la charge de magistrats ; tous devaient prêcher la parole de Dieu. Ils partirent donc et relâchèrent à l'île de la Providence ; mais, en y abordant, ils essuyèrent le feu des Espagnols qui avaientpris possession de l'île , et le capitaine de leur vaisseau fut tué. Quelques-uns s'en retournèrent à la Nouvelle-Angleterre , et d'autres prirent terre dans une île voisine ; mais , manquant de vivres, ils furent réduits à se nourrir de rats, jusqu'à l'arrivée d'un navire sur lequel ils s'embarquèrent et ne soupirèrent plus après un climat plus doux. Pendant leur séjour dans cette île, ils avaient rendu une loi , en vertu de laquelle quiconque parlait contre la religion d'autrui était puni de mort (4). ■ « * ' <

r6$i. On commença, cette année, à cultiver le chanvre et le lin, et à fabriquer du sel. On ouvrit, en même tems , un commerce avec les Indes-Occidentales, auxquelles on portait

(1) Hubbards' New-England , ch. £8- Glocestcr est située dans le comté d'Essex , à 3o milles nord-est Je Boston. Population en i83o, 7,5 10 habitants.

(2) Hutchinsons* Massachusetts , T, ch. 1 , où se trouve la soumission des habitants.

(3) Hazards Collections, I, 468.

(4) Wonder working Providence, ch. aa.

des planches et du poisson salé que l'on échangeait contre du coton.

Au mois d'août , le gouverneur envoya une députation en Angleterre, pour expliquer les causes qui avaient empêché le gouvernement de payer, comme il l'aurait désiré, la dette de la colonie.

1642. Les taxes levées , en 1642 , et qui montèrent à 000 livres , feront voir l'accroissement des divers districts de la colonie.

Hingham paya no livres ; Weymouth, i4 id. ; Braintrée , i4id. ; Dorchester, 58 id. 10 sch.; Roxbury, 5o id. ; Boston, 1 20 id. ; Dedham et Concord, a5 id. ; Watertown, 55 id. ; Cambridge, 67 id. 10 sch. ; Charlestown, 60 id.; Salem, 75 id. ; Lynn, 45 id.; Ipswich , 82 id. ; Newbury, 3o id.; Salisbury, 12 id. 10 sch. ; Harauton, 5 id. ; Rpwley, i5 id. ; Sudbury , i5 id. ; Medford, 10 id. ; Glocester, 6 id. 10 sch. (1).

1642. Fondation du village de Bilterica sur les bords de la rivière du même nom, affluent de la Merrimack (2).

1642. Fondation de la ville de JVoburn dans le district de Charlestown. On y établit une église , dont la direction fut confiée à M. Carter > le 22 novembre (3).

1642. Fondation de la ville de Topsfield sur les bords <le la rivière d'Ipswich (4)«

1642. Fondation de la ville de Warwick* par onze gentilshommes qui avaient acheté le terrain aux Indiens. Le comte, en l'honneur duquel elle fut ainsi appelée , était propriétaire d'une grande étendue de terre dans le pays. Ayant été nommé gouverneur et amiral des plantations anglaises , il donna une espèce de charte aux fondateurs de ce nouvel établissement, laquelle garantissait à la majorité des hommes libres , le droit de former un gouvernement et de faire des lois. Cette charte portait le titre à' incorporation des plan-

(0 Hûtchinsons* Massachusetts y vol. I, ch. 1.

(a) Hubbards? New-En gland, ch. 4? et 5g. Bel 1er ic a est située dans le comté de Middlesex , à uo milles nord -ouest de Boston. Population en t83o, 1,374 habitants.

(3) lîubhards* New-England , ch. 48. Woburn est située dans le comté de Middlesex, à 10 milles nord-ouest de Boston. Population en 1840, 1,977 habitants.

(4) Hubbards* New-England, ch. A5. Topsfield est située dans le comté d'Essex, à ai milles nord-est Je Boston. Population en iS3o, 1,010 habitant».

tations provinciales de la baie de Narragansett dans la Nouvelle-Angleterre (1).

164*. Thomas Mdyhtrt, déWatertown, ayant obtenu de Jacques Forret , agent de lord Sterling , la concession de Marthas' Vïntyard, ou vignoble de Martha , y forma un établissement à Edgar ton (2). Cette île, nommée par les Indiens, Capawack, n'étant pas comprise dans la juridiction de la Nouvelle-Angleterre, avait été réclamée par ce lord , ainsi que toutes les autres situées entre le cap Cod et le fleuve Hudson.

En 1644, cette île fut réunie au Massachusetts, du consentement des commissaires des colonies.

1642. Les colons, placés sous la juridiction du Massachusetts avaient fondé 5o villes ou villages, contenant de bonnes maisons, et plus de 3o églises. Il s'y trouvait environ i5,ooo acres de terres en labour, 1,000 en vergers ou jardin, 12,000 têtes de gros bétails et 3,ooo moutons. On avait construit un château-iqrt , nommé Castle-JVilliam (3), dans une île qui commandait rentrée de la baie de Massachusetts, et dont la dépense s'ébût élevée à 4? 000 livres sterling. Une garnison y fut établie sous les ordres d'un capitaine avec appointements. Un côllëgë , d^s bureaux de poste et des routes publiques avaient été auési établis sans qu'il en coûtât rien à l'Etat (4).

Lies colons possédaient des approvisionnements considérables eh laine , chanvre et surtout en lin. Les productions agricoles* du pays excédaient les besoins des habitants : on en exportait le surplus, avec des fourrures et du poisson, aux Indes-Occidentales et en Angleterre, en échange d'objets tn»nufacturés et de denrées de ces pays .

L'accroissement de la population avait fait monter le jnrix des vaches dé a5 à 3o livres sterling ; mais en 1640 et 1643,

(1) En an^Ats, The incorporation of the Province plantations in tU NarrasanseQ bay} in tfew~&igland.

Voyez Hist. Coll. oj Massachusetts, vol. V, p. 217. La ville de Warwick est située dans le comté de Franklin , à 80 milles ouest de Boston. Population en i83o, i,i5o habitants.

(1) L'acte de concession fut signé à New-York, le i3e jour du 10e mois de 1641 > vieux ttyie. w . >

En l'agent Forret céda les neuf dixièmes de cette île à neuf autres propriétaires. a" * , » . » • .

(3) Cet édiûce fot bâti pai le coJUwl Ifcroer, ingénieur <les colons.

(4) Hazards* Collections ,I,4q4-5. Vote oj r Par liante nt infavow 0/ New-England. m * * *

il descendit à 6, 7 et 8 livres. Cette forte baisse produisit une certaine perturbation dans l'économie de la colonie ( 1).

1642. Dummer, dans sa défense de la charte de la Nouvelle-Angleterre , a dressé l'estimation suivante des dépenses de l'établissement de la baie de Massachusetts, savoir :

Fret des passagers 95,000

Transport des premiers bestiaux ........ 12 ,000

Provisions pour subsister, jusqu'à ce que

la culture ait fourni aux besoins des habitants 45?°°°

Matériaux pour construire les premières

cabanes ... 18,000

Armes et munitions de guerre.. 32»ooo

En tout 192,000

Dans l'espace de douze années, 192 navires , employés au service delà colonie, y importèrent d'Angleterre pour 3oo,ooo livres sterling par an.

On a calculé que les quatre grands établissements de la Nouvelle-Angleterre, y compris le mobilier et effets des habitants et les articles destines au commerce avec les Indiens, pouvaient alors valoir de 4 à 5oo,ooo livres sterling (2).

1643. Deux des principaux sachems, Pomkanij de Sho- -wamet , et Sachonoco, de Patuxet, près de la Providence , pensant qu'avec 3oo guerriers, il leur serait impossible de lutter contre la force de Miantonimo, sachem de Narragansett, se soumirent aux autorités de Massachusetts , promettant en leur nom et en celui de leurs sujets, d'être fidèles à leur gouvernement , de l'avertir de tout complot ou conspiration qui se tramerait contre lui, et d'embrasser la religion, chrétienne.

La même année, Cutshamàkin et Masconomo*. sachems , qui habitaient près de Boston et d'Ipswich, furent reçus, ainsi que plusieurs Indiens, sous la protection du Massachusetts , aux mêmes conditions que Pomham et Sachonocô. Ils jurèrent solennellement d'observer tes articles du traité et d'obéir aux dix commandements de Ùteù ; « mais leur désir d'être instruits dans la religion chrétienne fut de courte durée , dit

(1) Wonder working Providence, p. inn* History of New -England front the english planting tkere in the yeere, 16118, untiU Oie year i65a, a$6 pages in-4°. London, i654-

(a) Défense of the New-England Charters 4>y Jeremiàh Bmmmer, p. i3 et 14. London, 1966.

NeaUs* History of New-England, I, ch. 5.

DE L'AMÉRIQUE. 34i

Hubbani , car ils ressemblaient trop à ceux qui suivirent Jésus-Christ pour avoir du pain (1).

i643. Vers la fin de cette année , la Cour des assesseurs condamna à mort deux personnes, Jacques Britten et Marie Latham* pour crime d'adultère (a).

i643, 19 mai. Union des colonies de la Nouvelle- Angleterre. A cette époque, le Massachusetts n'avait pas encore de charte. Sans pouvoirs pour déclarer la guerre ou conclure la paix, on ne lui reconnaissait que le droit de se défendre contre l'invasion. La concession du territoire de la Nouvelle-Plymouth avait été faite par une Compagnie anglaise, sans conférer aucune autorité politique aux propriétaires , et les colonies de Connecticut et de New-Haven n'avaient d'autres titres au sol que l'occupation ; les pouvoirs de leur gouvernement dépendaient de leur association volontaire.

La Cour générale de Massachusetts , prévoyant que la colonie serait nécessairement entraînée dans toutes les guerres de la métropole, et voulant aussi mettre un terme aux agressions des Indiens qui ne cessaient de les harceler, comprit quU était urgent que les colons se portassent mutuellement secours en cas de guerre; et pour cela, elle engagea les colonies de Plymoutfj, Je Connecticut, de New-Haven à former une confédération ou- ligue perpétuelle, à l'instar de celle de Hollande, sous le nom de « Colonies- Unies de la Nouvelle- Angleterre ». Cette proposition ayant été agréée, les gouvernements de ces provinces signèrent une convention en ia articles, en vertu de laquelle chaque colonie s'engageait à nommer annuellement deux commissaires pour statuer en commun sur la guerre ou la paix. L'assemblée choisissait son président, et six ou huit voix, suffisaient pour valider ses déli^ bérations.Une nouvelle colonie ne pouvait être admise dans la confédération sans le consentement de celles qui la composaient : deux colonies ne pouvaient former d'union. Les dépenses se réglaient d'après le chjtflre de la population relative; Chacune exerçait une juridiction distincte et entière dans l'administration de ses propres affaires»

Pour, conserver -et propager les vérités du saint Evangile , on assigna un emplacement de 600 arpents carrés, attenant

(0 New-Englandsfirst fruits in respect of ûie Indiens. Loodon ,

(a) Hubbards' Ncw~Ehgtand, ch. 49.

aux terres déjà de'frichées , à toute communauté de 60 familles qui s'engageait à bâtir une église, à fonder une école, et à entretenir un pasteur et un maître.

Cette confédération, si efficace pour la défense et la consolidation des colonies anglaises, peut être considérée en ellemême comme une séparation d'avec la mère-patrie, qui étant alors déchirée par des guerres intestines , se trouvait dans l'impossibilité d'y faire respecter son autorité.

L'alliance fut ratifiée par le Massachusetts, Coimecticut et New-Haven,le 19 mai i643, et parPlymouth> le 7 septembre suivant (1).

i643. Samuel Gorton, ayant été banni hors de la juridiction de Massachusetts, acheta de Miàntinomo, sachein de JVarragansett, une grande étenduede terrain appelé Sliawanek et s'y établit avec onze de ses compagnons. Cette acquisition lui coûta i44 brasses de wampum (1) de 6 pieds chacun ou 5 scbellings et 8

Au mois d'octobre de l'année précédente , le gouverneur avait invité (es habitants de la Providence à reconnaître l'autorité du Massachusetts. Gorton s'y refusa, disant que ce gouvernement n'avait aucun droit sur le peuple de la Providence. Jeté en prison, il fut ensuite traduit devant la Cour ; on l'y accusa d'être un ennemi et un blasphémateur de la vraie religion de notre seigneur Jésus-Christ et de ses saintes ordonnances, et d'avoir desobéi aux dépositaires de l'autorité civile, chez le peuple de Dieu, dans la colonie de Massachusetts. Gorton fut enfermé à Charlestown. On lui mit les fers aux pieds pour l'empêcher de s'échapper. Il fut décidé par la Cour que s'il publiait les hérésies dont elle l'avait accusé, ou s'il parlait contre l'église et contre le gouvernement civil, il serait traduit devant le jury et condamné à mort. Ses associés furent aussi emprisonnés dans différentes villes. On vendit leurs bestiaux pour fournir à leur entretien, et payer les dépenses de leurs procès. Après avoir été détenus tout l'hiver, ils furent bannis de la juridiction de Massachusetts. Gorton retourna en Angleterre, et obtint des commissaires des plantations un ordre adressé aux gouverneurs de la Nouvelle-

(1) Ha zards9 Collections , vol. II , 1-6. Cette ligue continua iusqucn 1686 , quand toutes les chartes furent annulées par Jacques II.

(ï\ Monnaie des Indiens , qui consistait en morceaux de coquilies ronds et enfilés.

ÀDgleterre , par lequel lui et ses associés étaient réintégrés dans leurs possessions delà baie de Narragansett(i).

i643. Le Parlement d'Angleterre, qui ne voyait point sans inquiétude l'union des provinces, résolut de maintenir sa souveraineté à l'égard des colonies, et nomma un Conseil , composé de 5 pairs et de 12 membres de la Chambre des communes, pour régler tout ce qui concernait les plantations.

Les motifs qui décidèrent le Parlement à prendre cette me* sure étaient exprimés ainsi qu'il suit : « Dans les. dernières années, plusieurs milliers de fidèles sujets, Anglais de naissance , pour fuir l'oppression des prélats, ont été obligés de se transporter avec leurs familles dans les parties reculées et désertes des Indes-Occidentales, où, à force de travail et d'industrie, ils sont parvenus à se créer une existence confortable. Ces réfugiés ayant demandé un gouverneur et une administration qui serait approuvée et confirmée par le gouvernement, nous avons nommé le comte de fVahwick gouverneur principal et amiral des colonies , avec pouvoir d'obliger les planteurs , résidant à la distance de 20 milles du lieu où se trouvaient lesdits commissaires, de produire, pour être soumis à leur inspection, tous documents, livres et papiers relatifs auxdttes plantations; de nommer des gouverneurs et officiers inférieurs; de les déplacer et d'en nommer d'autres, afin de contribuer à la sûreté des habitants par une vigoureuse administration (2).

i643, to mars. Le Parlement avait levé l'étendard de la révolte, lorsque les agents (3) des colonies arrivèrent en Angleterre pour y défendre les intérêts de leurs commettants. La Chambre des communes, satisfaite de leurs rapports, résolut d'affranchir les habitants des droits qu'ils payaient sur les marchandises exportées d'Angleterre aux colonies ou importées dans la Grande-Bretagne, jusqu'à nouvel ordre.

Le Parlement reconnut, par cet acte, que les plantations de la Nouvelle-Angleterre avaient parfaitement réussi, sans rien

(1) Hutchinsons' Massachusetts, I, ch. 1.

ia) Hazards* Collections, I, 533-5.

ies membres de la Chambre des pairs étaient Philippe , comte de Pembroke ; Edouard, comte de Manchester ; Guillaume, vicomte Say et Seale; Philippe lord Wharton , Jean, lord Roberts. Ceux de la Chambre des communes étaient sir Gilbert Gérard , sir Arthur Hazlerig , sir Henry Vane, Olivier Cromwell, etc.

(3) Thomas Wild et Hugh Peters , ministres de l'église, et Guillaume Hibbins, représentant du peuple.

coûter à l'Éjat, qu'elles avaient puissamment contribué à hi propagation de l'Évangile et deviendraient plus tard trèsavangeuses à la Grande-Bretagne (i).

i643* La colonie de Massachusetts fui divisée , cette année, en quatre comtés, savoir : EsstXj Middlesex^ Suffblk et Norfolk. Les districts avaient généralement 6 milles carrés d'étendue. Des lots de terre furent distribués, l'un, à titre d'héritage, au premier ministre, établi dans le pays ; un autre à l'église, comme glèbe; un tiers pour l'entretien d'une école, et les autres à autant de personnes) ou familles, qui, dans l'espace de cinq ans, promettaient de se bâtir chacune une habitation, de construire un édifice pour l'exercice du culte public, de maintenir un ministre orthodoxe, de défricher et cultiver sept acres déterre.

Chaque district, renfermant 5o propriétaires ou au-delà, devait fonder une école, pour apprendre aux enfants à lire et à écrire, sous peine d'une amende de 20 livres par acre. Si le nombre des propriétaires s'élevait à une centaine ou plus , ils étaient tenus de maintenir une école de grammaire, et si le chiffre atteignait i5o, l'amende était de 100 livres s'ils manquaient de l'établir.

. i643. Dans chaque district, les officiers, choisis annuellement dans une assemblée, qui avait lieu au mois de mars, étaient 1 clerc pour la ville , 7 notables pour former un Conseil, 1 trésorier, 12 inspecteurs des pauvres, 7 assesseurs-, 10 pompiers, 5 inspecteurs pour les cuirs, 6 inspecteurs des terres,. 1 inspecteur du chanvre, 2 des daims et du foin, 10 pour les douves, autant pour le bois de charpente et de bardeaux, 5 pour les porcs, 12 inspecteurs des marchés, 2 pour la monnaie, 6 collecteurs des taxes et 12 cous tables.

Tout homme, possédant un bien de la valeur de 20 livres, avait le droit de suffrage dans les assemblées ; mais pour voter dans les électionsdes représentants, il fallait avoir un revenu de 4o schell . , ou une propriété de 4o livres, de bien personnel (2)*

Il fut ordonné que tous les soldats appartenant au 26e corps, dans le territoire du Massachusetts, feraient l'exercice pendant huit jours, chaque année, et toute négligence à cet égard était punie d'une amende de 5 schellings par jour. Chaque comté avait un régiment, dont le commandant, ou

(1) Ilutcliinsons' Massachusetts, I , ch. 1. Cet acte porte la date du jo mars 1642 (vieux style).

(1) Douglas' Summary, I, 5i3-i4- London, i;55.

major-général, n'avait que la qualité de sergent-major. Le Conseil permanent des affaires militaires se composait des gouverneurs et des magistrats ; et les généraux étaient nommés par eux, ou par la Cour générale.

i644- Indiens, par leur commerce avec les blancs, s'étaient procuré des armes à feu dont ils commençaient déjà à tirer bon parti. Les commissaires des colonies réunies, pour obvier au danger qui pouvait en résulter, passèrent un acte, dans lequel il était dit que toute personne, qui leur vendrait des armes ou des munitions, serait passible d'une amende de vingt fois leur valeur ; et la même peine fut décrétée contre les armuriers, ou autres, qui fabriqueraient ou raccommoderaient des fusils ou armes quelconques pour les indigènes ( i ).

1644. Le i3 septembre, la Cour du Massachusetts rendit, contre les anabaptistes, une loi peu conforme à l'esprit du christianisme. « L'expérience a prouvé, » dit cette loi, « que les anabaptistes, depuis leur première apparition, il y a environ un siècle, ont été un fléau public, en infectant le pays de leurs hérésies. Il est, en conséquence, ordonné que tous ceux qui se trouvent dans cette juridiction et qui sont opposés au baptême des enfants, au pouvoir des magistrats, ou à leur droit de déclarer la guerre, devront être bannis du pays (2). »

i644« Le $ octobre, conclusion d'un traité entre M. JEndecott, gouverneur, du Massachusetts, et M. Marie, député de M. d Âulnay, gouverneur del'Acadier province de France, qui fut ratifié, le 3 septembre i644> par les commissaires des colonies unies (3).

i644- ^.a Cour générale de Massachusetts, voulant témoigner sa reconnaissance au Parlement d'Angleterre, rendit une ordonnance dans laquelle elle déclarait coupable de haute trahison, et digne du dernier supplice, ou de toute autre peine, ceux qui, par leurs écrits ou par leurs actions, troubleraient la tranquillité publique, sous prétexte de défendre les intérêts du roi.

Elle excepte de cette lot les étrangers et Les marins, reconnus pour avoir une bonne conduite, et qui venaient dans la colonie pour y commercer (4).

(1) HutcTd usons' Massachusetts , vol. I, ch. 1.

(2) H azards' Collections, I,p. 538.

(3) Ikid.y I, 536-7. Conventio in ter Johannem Endecolt, etc.

(4) H utchi usons Massachusetts, 1, ch. 1.

JlazaixJs Collections, 1, 526-7, le 29 du troisième mois, 1644.

Les droits et les privilèges des colons étaient plus ou moins étendus, selon la nature du gouvernement qui les régissait; il en existait dans l'origine de trois formes différentes :

i° Les établissements provinciaux et les gouvernements royaux ou plantations. Partout où la colonie était établie dans un but commercial, le gouverneur était nommé par le roi ; c'était lui qui organisait l'assemblée provinciale, et il avait le pouvoir de faire des lois et des ordonnances, pourvu qu'elles fussent conformes à celles d'Angleterre.

2° Les gouvernements propriétaires accordaient aux individus une espèce de puissance féodale , avec le pouvoir législatif, subordonné à 1 autorité de la mère-patrie. Les chartes de la Nouvelle-Angleterre avaient été octroyées, à la condition expresse d'établir des colonies dans l'intérêt de la couronne; mais les patentés avaient droit au terrain, pouvaient faire des lois en harmonie avec celles d'Angleterre ; lever des taxes, et, en cas de contestation, on donnait la plus favorable interprétation à l'acte de concession.

Les principaux griefs contre l'acte de concession étaient : i° que la défense des habitants avait été négligée ; 2° que les colons avaient exercé un pouvoir arbitraire; méconnu les actes du commerce, et fait des lois contraires à celles de la Grande-Bretagne.

Les chefs du gouvernement anglais, prévoyant qu'ils ne pourraient pas toujours conserver le commerce exclusif des colonies, ni les tenir sous leur dépendance tant qu'elles posséderaient les pouvoirs et les privilèges dont elles jouissaient, proposèrent au Parlement, comme moyen de prévenir une révolution, de prononcer la révocation de toutes les chartes. « Si on ne met pas les colonies, » disaient-ils, « sous la dépendance immédiate de la couronne, elles deviendront, avec le tems, si puissantes qu'elles secoueront le joug de l'autorité (i). »

i644* -Établissement d'une Chambre de représentants. Cette année eut lieu un changement important dans l'administration politique du Massachusetts. Le gouverneur, les

(i) A cette époque, plusieurs écrivains avaient déjà prédit la révolution de l'Amérique. Cinquante ans plus tard, nous la voyons annoncée, i° par l'abbé Dubos, dans son ouvrage intitulé :« Les intérêts de l'Angleterre mal entendus dans la guerre présente de la succession», voyez p. 73, deuxième édition. Amsterdam, 1704; et 2° en 1757, par l'auteur anonyme des lettres publiées en 1777 , sous le nom de Montcal m.

assistants et les représentants des hommes libres qui, jusquelà, araient délibéré en commun dans la même salle, furent divisés en deux corps, lesquels, à la demande des représen- « tants, devaient siéger chacun (i) dans une chambre particulière ; et comme le corps législatif formait la Cour suprême de justice, on convint ensuite que si les deux Chambres étaient d'un avis opposé sur une question, la pluralité des voix, comptées en commun, ferait loi. Telle fut l'origine de la Chambre démocratique, ou Chambre des représentants. Le gouverneur et les assistants composaient la Cour suprême. Des Cours inférieures furent établies dans chacun des comtés de la province, pour juger les affaires de moindre importance. Un code de lois maritimes fut rédigé pour l'avantage et l'encouragement du commerce, et un juge-marchand (2) fut nommé pour la prompte administration de la justice envers les étrangers. On établit en même tems des foires et des marchés (3).

i644- Fondation de plusieurs villes.

1644* Fondation de la ville de Eastham, en un lieu nommé Nauset, par les Indiens. Hiomas Prince * gouverneur de la colonie, fut le principal fondateur de cet établissement, incorporé, le 2 juin 1646, par un acte de la Cour générale (4).

1644* Fondation de la ville de Rehoboth, à Seakunk^ par Samuel Newrnan, et une partie de sa congrégation, qui s'était fixée à Weymouth (5).

i644> k 5 novembre. Fondation de la ville de Reading. On y établit une église, dont Henry Green fut élu pasteur (6).

(1) Hubbards* Tfew-England, ch. 46.

Hutchinsons' Massachusetts, I, ch. 1 .

(a) En anglais, court-merckant.

(3) Douglas Summary, vol. I, 431-7. London, 1755.

(4) Eastham est située dans le comté de BarnStable , latitude 410 5 1% longitude 690 56* de Greenwich, et à 75 milles sud-est de Boston. Population en i83o, 970 habitants.

Voy. Historical Collections of Massachusetts, vol. VIII, p. 1 54- 186.

(5) Rehoboth est située dans le comté de Bristol, à 75 milles sudouest de Boston. En 1646, les Indiens mirent le feu à cette ville, et 40 maisons et 3o granges furent réduites en cendres.

(6) Hubbards1 New-En gland , ch. Beadmg est située dans le comté de Micldlesex , à 12 milles au nord de Boston. Population en i83o, 1,806 habitants.

i644~ Fondation de la ville de Wenham> située entre Salem et Ipswich ( i).

" 1644. Le village de Nantasketj composé de 20 maisons, prit le nom de Hull> d'après la décision de la Cour générale (2).

1645. Le village de Manchester, situé vers le cap Anne, fut érigé en ville (3),

i&{5. Convocation des commissaires des colonies unies à l'occasion des hostilités des Narragansetts. Ces Indiens déclarèrent aux messagers des colons, qu'ils étaient disposés à signer la paix, pourvu qu'on leur livrât la tète d'Uncas, sachent des Péquots. En même tems, les commissaires furent avertis, par Roger Williams, de Providence, qu'ils avaient tramé un complot contre la colonie. Il fut donc résolu de leur faire la guerre, et on leva,» à cet effet, un corps de 3oo hommes, dont 190 furent fournis par le Massachusetts, 4© par Plymouth, autant par le Connecticut, et 3o par New- Haven. Les Indiens, effrayés de ces préparatifs, demandèrent la paix et se soumirent (lé 3o août) aux conditions proposées par les commissaires , savoir : i° de payer les frais des préparatifs de la guerre, en livrant, à des termes fixés , 2,000 aunes de wampum; 20 de remettre à Uncas tous les captifs et les canots qu'ils lui avaient enlevés ; 3° de soumettre à la décision des commissaires les contestations qui s'étaient élevées entre eux et ce chef; 4° de vivre en paix perpétuelle avec les Anglais et leurs alliés et sujets, et de donner des otages. Immédiatement après cet arrangement, les troupes furent licenciées, et, le 4 septembre, on rendit à Dieu de solennelles actions de grâces (4).

1646. Les plantations américaines offrant de grands avantages à la mère-patrie, les deux Chambres publièrent une

(1) Wonder workîng Providence , ch. a4« Wenham est située dans le comté d'Essex , à ai milles de Boston. Population en. i83o, 6j i habitants.

(a) Hubbards' New -En gland, ch. tfi, Hull est si tuée dans le comte de Plymouth , à 9 milles est de Boston. Population en i83o, 198 habitants.

(3) Historical Collections of Massachusetts ^ vol.VI)a33. Manchester est située dans le comté d'Essex , à 27 milles nord-est de Boston. Population en i83o, i,a36 habitants.

(4) Mutchinsons Massachusetts, I, ch. a, llazatxis Collection*, II, 40-43 , où se trouve ce traité.

• m i'amémoue. 349

ordonnance qui affranchissait de tout droit les marchandises et autres articles nécessaires aux plantations américaines, durant trois années, à condition que leurs produits ne seraient exportés aux poils étrangers que dans des navires anglais ( 1).

1645. Un second synode s'assembla au Massachusetts pour établir un mode uniforme de discipline ecclésiastique.

I* prospérité des colons s'accrut d'une manière extraordinaire par suite des privilèges qu'on leur avait accordés , d'en* voyer leurs productions à la métropole, sans payer aucun droit. Chose étrange, à mesure qu'ils acquéraient de la force, ils devenaient plus intolérants on matière de religion ! Bien qu'ils eussent eux-mêmes proclamé que nul pouvoir humain ne peut commander la foi, ils punissaient néanmoins l'hérésie de la peine du bannissement (2).

1646. La tranquillité publkjue fut encore troublée, cette année, par des dissensions intestines. Les habitants de Hingham , dans le comté de Sufiolk. , n'étant pas d'accord au sujet de l'élection de leur chef militaire, il en résulta un violent tumulte dans la ville. Les mutins, sommés de comparaître devant la Cour, ou de fournir des garanties pour leur bonne conduite à venir, s'y étant refuses, furent jetés en prison. Plusieurs habitants épousèrent leur querelle et adressèrent une pétition (3) à la Cour générale, pour lui demander à être entendus, concernant leurs droits communs, droits qui appartenaient à tout Anglais de naissance, dont la conduite était irréprochable. Plusieurs d'entre eux ne professant pas la religion proclamée orthodoxe, étaient, pour cette raison, exclus de l'église, ainsi que des emplois civils. Les plaignants menacèrent d'interjeter appel au Parlement, si leur requête n'était point prise en considération. Non-seulement elle fut mal accueillie, mats six des pétitionnaires furent emprisonnés et condamnés à l'amende. Alors les pétitionnaires résolurent de porter leurs plaintes devant la Cour d'Angleterre et y chargèrent des députés de plaider leur cause devant le Parlement. Avant leur embarquement, M. Cotton, un des ministres les plus célèbres de la colonie , déclara cjue si quelqu'un s'avisait de porter en Angleterre des écrits ou des plaintes contre le peuple de Dieu, il aurait le sort de Jonas,

(i) Jndenons' hist. of commerce , II, p. 4<>4~5. (a) Douglas Summary, vol. I, p. 4^5.

tf) El|e fut signée par Robert Child^homas Fowle, Samuel Mavei tek , Thomas Bu r ton, David Yale, Jean Smith et Jean Daud.

35o CHRONOLOGIE HISTORIQUE

Un orage s'éleva pendant le voyage, et les marins, frappes de cette prophétie, insistèrent pour que l'on jetât à la mer toutes les pièces (t) qui avaient rapport à ce sujet 5 les députés se virent contraints de céder à leur désir. Arrivés en Angleterre, ils trouvèrent le Parlement peu disposé à écouter leurs plaintes (2).

1645. Les lois de cette colonie, si illibérales sous certains rapports, flétrissaient l'esclavage des noirs comme contraire aux droits naturels de l'homme et préjudiciable à la société* La Cour générale fit mettre en liberté un esclave de cette race, qui avait été furtivement acheté par un colon (3), et le renvoya dans son pays natal.

1646, i3mai. Cette année , Winthrop fut nommé , pour la neuvième fois, gouverneur de la colonie, et Dudley sousgouverneur (4).

Le ï3 septembre, un bâtiment, venant de Londres, arriva à Boston. 11 était porteur d'un ordre du comité des étrangers, en date du i5 mai, adressé au gouverneur et aux assistants des colonies anglaises de Massachusetts, et à d'autres gouverneurs et habitants de la Nouvelle-Angleterre , les requérant de permettre aux planteurs de la baie de Narragansett d'y retourner et de? ne les molester en aucune façon.

Cet ordre ayant été soumis à la Cour générale, la majorité des membres fut d'avis d'y acquiescer j mais , plusieurs s'y étant opposés, la Cour résolut d'envoyer un délégué en An* gleterre, pour arranger l'affaire avec le commissaire Edouard tfïnslùw. Un des magistrats de Plymouth fut chargé de ce soin. On lut donna ttrie commission et des instructions , et il devait aris&i remettre au ConSeil royal une pétition, contenant une réponse à la déclaration du sieur Gorton* Le gouverneur et la Compagnie ne crurent pas devoir se justifier d'avoir banni Gorton et ses associés. Les hérésies que ces derniers avaient cherché à propager dans le pays et leur inconduite rendaient cette mesure indispensable, et ils n'avaient fait du reste qu'user du pouvoir qui leur était attribué par la charte.

(1) Neales'Hist. of New-England, vol. I, 2t33-7.

(2) Le docteur Fowle, qui avait conservé les originaux de ces pièces, ayant recouvré la liberté , passa en Angleterre, où il les publia sous le titre de : « N ew-En gland Jona$ cast up, atLondon ».

(3) Williams de Pascataqua. Voyez Belknaps* New-ffampshirt , vol» Ij

(4) Ce dernier mourut le a6 mars 1649, vivement regretté de ses administrés.

1646. Wînslow quitta Boston vers le milieu de décembre. Arrivé à Londres, il remit ses lettres au comité , composé de lords et de membres du commerce , qui , en réponse , déclarèrent, le 25 mai 1647, (lu n'était pas dans leur intention d'encourager les appels contre la décision des magistrats de Massachusetts, ni de restreindre les attributions qui leur étaient accordées par les lettres-patentes ; qu'ils avaient pensé que la baie de Narragansett n'était pas comprise dans les limites de cette colonie ; qu'il était juste qu'elle ressortît du gouvernement de la plantation de la Nouvelle-Angleterre , où elle était située ; mais que Gorton, et autres, y ayant établi leurs familles à grands frais , ne pouvaient en être chassés ; qu'ils avaient droit à la protection des autorités , tant qu'ils se comportaient paisiblement, tant qu'ils ne mettaient aucune des colonies en danger, soit par leur inconduite, soit en entretenant des relations inconvenantes avec les Indiens. Dans leur adresse aux commissaires royaux, lesGortonites prétendaient : i° que le Massachusetts avait refusé de reconnaître les lois fondamentales de l'Angleterre , comme base de son gouvernement ; 20 qu'il avait cherché à étendre les privilèges civils des hommes libres de sa juridiction , aux dépens <le ceux qui n'avaient pas encore cette qualité , quoique ces derniers fussent nés Anglais et qu'ils menassent une vie irréprochable ; et qu'il avait enfin exclu de l'église ceux qui ne professaient pas les mêmes opinions religieuses.

Gorton , peu satisfait de la décision du comité des lords et des communes, retourna à la Nouvelle-Angleterre au printems de 1 648. La Cour ordonna aussitôt son arrestation ; mais, sur une lettre du comte de Warwick , qui priait qu'on lui permît de se rendre chez lui , on lui accorda une semaine pour son départ. Les Gortonites de Shaomet sentirent bientôt la nécessité de faire leur paix avec la Cour générale et envoyèrent pour cela, à Boston , deux députés qui obtinrent pour eux la paisible jouissance des proprie'tés qu'ils possédaient dans ce district. Leur établissement prit alors le nom de Warwick, en l'honneur de l'amiral -gouverneur (1).

1647. Commerce de Massachusetts avec les Inde s -Occidentales. Les productions principales du pays, telles que le blé, le

(0 Hubbards' hist., ch. 55.

Hazards* Collections, l , 547-55?, où se trouve la lettre adressée au comté de Warwick, par le gouverneur et la compagnie de Massachusetts, en réponse à la pétition et la déclaration du sieur Gorton.

seigle, l'orge, l'avoine, les pois, le porc, le poisson, le beurre, le fromage , le bois de construction excédant déjà les besoins de la consommation , le surplus en était exporté à la Virginie, aux Barbades, aux Bermudes, en Portugal et en Angleterre. Jaloux de ce commerce , le gouvernement anglais résolut d'y mettre des entraves, et de l'interdire avec la Barbade. Cette année aussi, plusieurs navires de la colonie furent pris par les Portugais.

En 1647? une épidémie régna dans toute l'étendue de la Nouvelle- Angleterre et enleva plus de quarante personnes dans le Massachusetts (1).

La Cour publia un ordre pour défendre aux navires d'aborder à la cote , sans la permission de trois membres du Conseil ; et toute infraction à cet ordre était punie d'une amende de 100 livres sterling.

1647. du gouvernement de Massachusetts contre les Jésuites. La Cour, considérant que les guerres et les divisions de l'Europe avaient été fomentées par les jésuites , et que plusieurs Etats les avaient exclus de leurs territoires , arrêta qu'aucun jésuite ne serait admis dans la colonie, et que toute personne soupçonnée de faire partie de cette société, ou ordre, et qui ne pourrait se disculper de ce soupçon , serait emprisonnée, et traduite devant la première Cour des assesseurs ; et, si après avoir été convaincue et bannie, elle retournait dans le pays, qu'elle serait mise à mort. Cette loi ne s'étendait pas pourtant aux membres de cet ordre qui auraient été jetés sur les côtes par un accident de mer (2).

1648, septembre. Constitution religieuse du Massachusetts, Le synode qui s'assembla à Cambridge , en 1646 , voulant établir l'uniformité des opinions et de la discipline dans l'église , avait préparé et publié un système de discipline sous le titre de Cambridge Platform. Avant de se séparer, il en recommanda l'adoption à la Cour et au clergé avec la profession de foi de Westminster.

Ce sistème, ainsi que les lois ecclésiastiques , fut reconnu , par les églises, comme Constitution religieuse des colonies de la Nouvelle-Angleterre (3).

(t) JVmthrops' journal ,3 10- 12. Cette maladie fît aussi de grands ravages à la Rarbade et à Saint-Christophe, fa) Hazards* Collections , I,55o.

(3) Mathers' Magnalia, vol. II, book V.

Neales' New-Ensland, II, 33. — HisU Coll. of Massachusetts, "VI?, a5. — Hubbards' New-England, ch. 58.

i64«. Fondation de la ville de Marble-Head (i).

ï648. Fondation de la ville de Malden (2).

D' Ailleboust, gouverneur du Canada, adressa au gouvernement de la Non velle- Angleterre , une proposition ayant pour but d'établir une paix perpétuelle entre les colonies , à condition que ces dernières fourniraient des secours aux Canadiens contre les Iroquois.

Margaret Jones y de Cbarleston, accusée de sorcellerie , fut condamnée à mort, et exécutée, au mois de juin de cette année. On prétendit qu'il lui suffisait de toucher les personnes à qui elle en voulait, pour les rendre malades (3).

1649. Règlement ecclésiastique^ fondé sur l'Ecriture sainte, et adopté par les Anciens et les desservants des églises, dans leurs assemblées, à Cambridge.

Cet ouvrage, divisé en dix-sept parties, traite : 1 0 de la forme du gouvernement de l'église en général ; 20 de la nature de Péglise; 3° de la matière de Tégnse visible ; 4° de la forme de l'église visible ; 5° du pouvoir de l'église ; 6° des officiers de réglise; 70 des fonctions des Anciens et des desservants ; 8° des élections des officiers de l'église ; 90 de l'ordre et de l'imposition des mains : io° du pouvoir de l'église et de son presbytère ; 1 1° du maintien des officiers de l'église ; 120 de l'admission des membres dans l 'église; i3° des membres de 1 église, de leur translation d'une église à une autre , et des lettres de recommandation et de démission ; i4° de l'excommunication , et des censures de l'église; i5° de la communion des églises; 160 des synodes; 170 du pouvoir des magistrats civils en matières ecclésiastiques.

1649* Le gouvernement et les conseillers défendirent de porter les cheveux longs, « à la manière des barbares Indiens, et contrairement à la sainte Ecriture ». Ils enjoignirent aux ecclésiastiques de donner l'exemple et d'avoir toujours les oreilles découvertes (patentibus auribus). Les Anciens de l'église

(1) Massachusetts y Hist. coll., vol. VI, a33, Marble-Head est située dans le comté d'Essex. , à 16 milles est de Boston et à 4 milles sud-est de Salem.

En i83i, 57 navires, ayant à bord £12 hommes , partirent de ce port pour la pèche de la morue. Population en i83o, 5. 149 habitants.

(2) JVonder working Providence, ch. VII. Malden est située dans le comté de Middlesex, à 4 railles nord-est de Boston. Population en i83o, 2,010 habitants.

(3) Hubbards* New-England, ch. 57.

H utchinsons Massachusetts, I, ch. 1.

furent requis de manifester Leur opinion à cet égard, et d'à*vertir leurs paroissiens qu'en persistant dans cette coutume , ils s'exposaient à l'animad version de Dieu et des hommes ( i ).

1649. La Société, instituée pour répandre l'Évangile dans la Nouvelle-Angleterre (2), fut incorporée par un acte du gouvernement britannique. Cette société se composait de seize personnes, savoir : un président, un trésorier: et quatorze assesseurs, qui étaient autorisés à posséder des biens immeubles pour la valeur de 2,000 livres sterling par an et des biens meubles à volonté. Au moyen d'une cotisation faite dans toutes les paroisses d'Angleterre, les directeurs de cette association recueillirent des fonds suffisants pour acheter une propriété territoriale du produit de 5oo à 600 livres sterling par an (3).

1649. Cette *nn& , les productions de la terre furent dévorées par des essaims de chenilles , et plusieurs bâtiments appartenant aux colons se perdirent en mer. L'année d'après fut fatale aux. enfants , dont un grand nombre fut enlevé par une maladie inconnue (4)- :if*

1650. La Cour générale se servit de son pouvoir et employa même la persécution pour maintenir l'unité des croyances et la discipline ecclésiastique. Les anabaptistes , s'étant séparés de l'église , furent condamnés à l'amende et à la prison , et ceux qui se refusaient à une abjuration étaient publiquement fouettés. On réussit par ce moyen à supprimer cette secte (5).

1651 . Le 9 octobre , une loi du gouvernement de la métropole ne permettait d'exporter les productions des colonies an&laises qu'aux plantations de PAmérique , en Angleterre, en Irlande ou dans le pays de Galles , où elles devaient être débarquées, sous peine d'être confisquées, ainsi que le navire, dont la moitié de la valeur devait appartenir au gouvernement, et l'autre moitié à celui qui ferait connaître et poursuivre le délinquant (6).

i65i. Pendant l'assemblée du long Parlement , les colonies se gouvernèrent comme si elles en étaient indépendantes. Le gouvernement voulut donner une autre charte au

(1) Hutchinsons* Massachusetts, vol. I, ch. 1.

fo) Society for the propagation ofthc gospel in New-England.

(3) Hutchinsons* Massachusetts, vol. I, ch. 1. Gookin, hist. collections ofthe Indians, ch. 11.

(4) IVonder working Providence, p. ai 5.

(5) Neales* hist. oj New-England, vol. I, ch. 5.

(6) Andersons' history of commerce, II, 41 5-6. London, 1801.

Massachusetts, qui la refusa. La Cour générale présenta au Parlement une requête revendiquant les droits des colons : elle Tassura de leur reconnaissance , de leur attachement et

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la dépendance de l'Angleterre, le Parlement passa le fameux acte de navigation qui fut rédigé par Cromwell (i).

La Cour générale, jalouse de montrer son autorité en matières religieuses, imposa une forte amende aux paroissiens de 1 église de Malden, pour avoir choisi leur ministre sans la permission des magistrats et sans le consentement et l'approbation des églises voisines.

Bientôt après , la Cour rendit un acte qui autorisait les Cours des comtés à pourvoir au maintien du clergé dans les différents districts de la colonie (i).

i65i, 7 mai. Le gouvernement de Massachusetts passa une loi pour interdire le commerce avec la province de la Virginie, à cause d'un acte du Parlement britannique du 3 octobre de l'année précédente, qui défendait tout commerce entre Massachusetts , la Virginie , la Barbade, les Bermudes et Antigue (3).

i65 1 . La Cour générale de Massachusetts adressa à Olivier Cromwell une lettre dans laquelle elle reconnaissait la bienveillance qu'il avait toujours témoignée à la malheureuse colonie de Massachusetts. Elle promettait de le servir dans sa grande et sainte entreprise, et l'assurait qu'il n'existait pas de raisons suffisantes pour obliger les habitants à émigrer en Irlande ; que quant à la liberté du culte , ils en avaient joui pendant plus de vingt-trois ans ; i° qu'ils ne manquaient pas de provisions, puisque tous les ans on en exportait une grande quantité ; 3° que le monde entier n'offrait pas de pays plus sain , et que la tranquillité y régnait partout ; 4° que les ordonnances de Téglise et de l'état étaient maintenues , les erreurs relevées, et la profanation punie ; 5° que la colonie avait contribué à la conversion de plusieurs des naturels , qui se

(i) Voyez l'article Virginia , à l'année i65i. (*) Hubbards' New-England, ch. 6i.

h) Hazards* hist. Collections, 1 , 553-^. Cette loi du ; mai fut annulée par un autre acte du 14 octobre suivant.

fournir à la subsistance de sa population ; 70 mais nue néanmoins , la Cour ne prétendait empêcher personne ue quitter la colonie, ce droit étant établi par la loi (1).

t65a. Jusqu'ici , les gouverneurs , les assistants et les membres du Conseil , au nombre de sept , votèrent avec les députés ou représentants de la colonie ; mais, à partir de cette année, les premiers s'assemblèrent et délibérèrent séparément. S'il s'élevait une contestation , concernant les affaires civiles et criminelles, elle était jugée par la Cour, qui possédait aussi le droit de grâce.

i652, 22 novembre. Soumission de la province du Maint à celle de Massachusetts . Le gouvernement de Massachusetts, élevant des prétentions sur la province du Marne, en vertu de sa charte , nomma une commission pour procéder à son incorporation dans la colonie. L'année suivante, d'autres commissaires furent envoyés pour inviter les habitants de Kittery à faire leur soumission. Quarante d'entre eux environ se réunirent le 16 novembre , et convinrent de se soumettre. Cet exemple fut suivi , \e 22 du même mois , par les habitants à'Agamenticus, et ensuite par ceux de Wells > de Saco et du cap Porpoisej auxquels on accorda de plus grands avantages et privilèges qu'aux autres citoyens du Massachusetts. Il leur suffisait de prêter le serment de fidélité pour être déclarés hommes libres, bien qu'ils ne fussent pas membres del'église. On eut recours à ce moyen , pour obtenir la soumission des habitants , dont un grand nombre refusait de reconnaître l'autorité de la Cour générale. La province fut érigée en comté, sous le nom de Forkshire. Elle envoya des députes à la Cour générale, et continua d'être unie au Massachusetts jusqu'en i665, qu'elle s'en sépara de nouveau (2).

i65s. Cette même année , le gouvernement de Massachusetts établit une monnaie, et fit frapper des pièces d'argent d'un schelling, de 6 pences et de 3 pences (3) qui portaient, d'un coté, un arbre et le mot Massachusetts, et de l'autre; Nouvelle-Angleterre^ avec le millésime de i652.

Cette monnaie , d'une si grande utilité pour empêcher la fraude, fut tacitement approuvée par le Parlement de Groin* well, et même par Charles II ; mais plus tard , quand il tut

(1) Hutchinsons* Massachusetts, vol. I, appendix, n° IX.

(2) Hutchinsons* Massachusetts, vol. I, year i652. Hazards* Collections, I, 573-6.

(3) Hutchinsons' Massachusetts, I, çh. 1, year i65a.

de l'Amérique. 357

question d'abolir la charte du Massachusetts , on en fit un sujet d'accusation contre la colonie.

1654, i4 août. La Cour générale envoya une adresse à Olivier Cromwell, pour le remercier de lui avoir accordé des grâces et faveurs bien au-delà de ce qu'elle espérait; elle lui rappelait, en même tems, le zèle qu'elle avait mis à lui fournir des troupes, pour agir contre les Hollandais, à Manhattan, et ajoutait que malgré son horreur pour la guerre , qu'elle regardait comme contraire à l'évangile de paix, elle avait néanmoins équipé 5oa volontaires pour son service dans l'étendue de sa juridiction»

La Cour terminait cette adresse en priant le seigneur de prolonger les jours de Cromwell , afin qu'il pût continuer à étendre sa protection, sur les trois nations d'Angleterre et sur l'église du Christ ( i ).

1655, 29 mai. Établissement du district ou plantation de Billerica dans un lieu nommé, par les Indiens , Shashin* et arrosé par la rivière du même nom , affluent du Merrimack (2).

La Cour générale créa , en même tems , un autre district nommé Grotonj sur la même rivière (3).

i655. Établissement de Chelnisford sur les bords du Merrimack (4).

i655. Cromwell, pour témoigner sa satisfaction aux habitants de la Nouvelle-Angleterre j offrit de leur donner de beaux établissements à la Jamaïque, dont il venait de faire la conquête , s'ils voulaient se transporter dans cette île ; mais les colons, informés de l'insalubrité du climat, lui présentèrent une requête, dans laquelle ils déclarèrent qu'ils étaient contents de leur position et qu'ils n'avaient aucun désir de changer de pays. Cette requête fut agréée par Cromwell , qui renonça à son projet (5 ).

(1) Hutchinsons* Massachusetts , I, appendix, n° X.

(2) Le village de Billerica est situé à 20 milles nord' ouest de Boston, dans le comté de Middlesex. Population en i83o, 1,3^4 habitants.

(3) Hubbards1 %en. hist., ch. 5<). La ville de Groton est située dans le comté de Middlesex, à 34 milles nord-ouest de Boston. Population en i83o, 1,925 habitants.

(4) Hubbards' hist. , ch. 59. La ville de Chclmsford se trouve aussi dans le comté de Middlesex, à a5 milles au nord de Boston. Population en i83o, 1,387 habitants.

(5) Hutchinsons' Massachusetts, l, yeai i655. Hazards* hist. Col-

Pendant les guerres civiles d'Angleterre, le Massachusetts se gouverna comme un État indépendant. Il fit alliance avec les autres colonies , étendit sa domination sur le New-Hampshire et le Maine , commerça avec les nations étrangères , établit une monnaie , et fut de fait indépendant de la métropole (i).

i656. Madame Arme Hibbins * accusée de sorcellerie,, fut condamnée par la Cour générale et exécutée en juin i656. Ce fut le second exemple de ce genre (a), c La voix publique, dit Hubbard, était contre cette femme, et elle éprouva le sort de Jeanne d'Arc , qui fut considérée par les uns comme une sainte et par les autres comme une sorcière » ; le mari de cette malheureuse victime , mort deux ans auparavant , avait été agent de la colonie en Angleterre, et, pendant plusieurs années, l'un des assesseurs de la Cour (3).

1 656, juillet. Les premiers quakers qui arrivèrent au Massachusetts, furent deux femmes, nommées Mary FisheretAnne Austin, qui venaient de la Barbade. Quelques semaines après, le navire Speedwell amena de Londres neuf autres individus de la même secte (4)*

Le 8 septembre, ils furent traduits devant la Cour des asseseurs : interrogés relativement aux motifs de leur émigration, ils répondirent qu'ils avaient quitté l'Angleterre par les mêmes raisons qui avaient porté Abraham à sortir de son pays. A d'autres questions qu'on leur adressa, ils firent des réponses aussi peu satisfaisantes. Le tribunal leur appliqua la loi contre les hérétiques , les condamna à la déportation et les renvoya à bord du navire qui les avait amenés : le capitaine fut forcé de fournir caution pour la somme de 5oo livres et de prendre l'engagement de les conduire au port de sa destination.

Les livres qu'ils avaient apportés furent brûlés par la main du bourreau.

La même année , huit autres quakers, qui débarquèrent à Boston, furent renvoyés en Angleterre.

leciionsy I , p. 638-9, °" l'on trouve sa lettre adressée par la Cour générale de Massachusetts à Olivier Cromwell, le îi4 octobre i656.

(1) Douglas* Summary, vol. I, p. 4^3.

(2) Voyez l'année 1648.

(3) Uutchinsons" Massachusetts, I, ch. 1. Hubbards* New-En gland, ch. 65.

(\) Hutchinsons' Massachusetts, I, ch. 1 , où se trouvent leurs noms.

DE l' AMÉRIQUE» 36ç)

1 655- 1661. Lois concernant les quakers. Il régnait à cette époque un esprit de vertige contre cette secte paisible. Les autorités proclamèrent ses principes dangereux clans une colonie naissante, et, en 1 655, les commissaires anglais proposèrent à la Cour générale d'en interdire l'entrée à tous les quakers, ranters ou étourdis , et autres hérétiques ( »)•

Le 1 septembre de Tannée suivante, le gouverneur et les magistrats de Massachusetts déclarèrent à ces commissaires qu'ils regardaient les quakers comme des instruments faits pour étendre le royaume de Satan, et qu'ils les retiendraient en prison jusqu'à ce qu'ils pussent être renvoyés au lieu d'où ils venaient (2).

Le î4 octobre 1657, la Cour de Massachusetts passa une loi qui condamnait à une amende de 1 00 livres et à l'emprisonnement, jusqu'au paiement de cette somme , toute personne qui introduirait dans la juridiction de la province , uu quaker ou un liérétique blasphémateur. Quiconque leur donnait asile était passible d'une amende de 4<> schellings par chaque heure qu'ils étaient restés cachés chez lui.

Un quaker, qui revenait après avoir été banni , était condamné à avoir une oreille coupée ; en cas de récidive, il devait perdre l'autre, et s'il revenait une troisième fois, on lui. perçait la langue avec un fer chaud, et on Le renfermait dans la maison de correction , soit que ce fût un homme ou une femme (3).

Une loi du 19 mai i658 ordonna que tout quaker, fesant partie d'une assemblée ayant pour but de répandre les doctrines de cette secte , paierait 10 schellings d'amende , et celui qui y parlerait , 5 livres sterling (4).

Le 23 septembre i658 , les commissaires engagèrent les différentes assemblées des colonies à rendre une loi, en vertu, de laquelle tous les quakers, qui, après avoir été jugés et déportés, retourneraient dans la juridiction des colonies, seraient emprisonnés et bannis, sous peine de mort, et exécutés en cas de récidive (5).

Un ordre du roi, du 9 septembre 1661, enjoignit an gou-

(1) Hazards Collections, I,63o--2. Massachusetts law against quakers, 14 octobre i656. — Ibid., If, 347-9.

(2) lbid., II, 347.

(3) Hazards' Collections, II, 5f»4-

(4) Ibid., 11,556.

(5) Ibid., II, 399-400.

verneur de ta Nouvelle-Angleterre d'envoyer à la métropole tons les quakers qui y étaient détenus ou condamnés àr mort (*).„

En 1662, la Cour du Massachusetts renouvela la loi du mois de mai de l'année précédente, contre les quakers vagabonds ^ et ordonna qu'ils fussent fouettes dans trois villes et que le nombre de coups serait fixé par les magistrats ou les commissaires (a).

1663. Le Parlement anglais passa- un acte contre les* quakers. Cinq personnes de cette seete, qui se réunissaient pour l'exercice de leur culte, étaient punis d'une amende de 5 livres sterling ; en cas de récidive, elles devaient payer le double de cette somme, et la troisième fois, elles étaient déportées aux plantations anglaises d'outre-mer (3).

Le 27 octobre i65c;, Guillaume Robinsony négociant de Londres, et Marmaduke Stephenson furent exécutés par décision de la Cour, pour être retournés dans la colonie, après en avoir été bannis. Guillaume Leddra et Marie Dyer éprouvèrent le même sort, le premier le i4 mars, l'autre, le Ier juin de l'année suivante.

Plusieurs de ces malheureux ne pouvant ou ne voulant pas payer les frais de leur procès , furent vendus , pour acquitter cette dette, aux planteurs de la Virginie et de la Barbade.

La Cour générale, dans son assemblée du 18 octobre 1659, rédigea une déclaration où elle s'attachait à justifier sa conduite à l'égard des quakers. Elle prétendit avoir agi dans la limite de ses droits, et d'une manière conforme aux lois de Dieu et du pays. Après avoir cité les différentes lois promulguées dans la colonie, contre cette secte, pour démontrer la légalité de ses jugements, elle ajoutait que le pays avait été acheté par les habitants, et que personne ne pouvait venir y vivre sans leur permission ; que ceux qui s'y trouvaient sans cette autorisation, devaient être considérés comme félons de se (punissables à mort) , et traités comme des individus qui s'introduisaient par force dans la maison d autrui (4).

(1) Hazards* Collections, II, 595.

(a) Ibid., II, 611.

(3) Au mois de mars 1664 , on déporta soixante quakers ù bord d'un navire, nommé Black Eagle, ou Aigle noir.

(4) Hubbardf fi/ew-England, ch. 65.

iiazards' Collections, 11,567-572. Déclaration of the général Court respecting tlte quakers.

On observera que ces lois barbares furent rendues par cette même Cour qui avait déclaré que tout étranger professant la religion chrétienne, qui viendrait chercher, dans la colonie, un asile contre la tyrannie, serait nourri aux frais du gouvernement jusqu'à ce qu'il pût lui-même pourvoir à sa subsistance. Ce fut aussi cette Cour qui accueillit, en juillet 1660 , deux des juges de Charles Ier, les généraux Whalhy et Goffej et refusa d'exécuter Tordre de les arrêter, qui lui fut transmis au nom du roi.

Le Massachusetts reçut favorablement aussi les Écossais, qui tombèrent entre les mains de Cromwell, à Dumbar, et qu'on déporta à cette colonie.

Cette abominable persécution des quakers se prolongea jusqu'à la restauration. Charles II en joignit alors à la Cour, par un inandarmiSj en date de 1661 , d'y mettre un terme, et d'envoyer les quakers en Angleterre pour y être jueés. Nonobstant cetédit, la Cour renouvela, l'année suivante, les mêmes lois contre cette secte (1).

1657. Cette année, les autorités de la ville de Dorcliester cédèrent aux Indiens de Ponkipog, une étendue de 6,000 acres de terrain, à la demande du révérend M. Eliot, de Roxbury. Ces Indiens avaient vendu aux colons les terres de leurs ancêtres (2).

Le gouvernement de Massachusetts accorda à certains agents la faculté de vendre des armes et de la poudre de chasse aux Indiens de la partie orientale de ce pays, sous l'obligation de fournir divers articles au profit du trésor.

i65g, 27 juillet. M. Eliot, ministre puritain de la Nouvelle-Angleterre, avait entrepris de civiliser les naturels du Massachusetts, et de les convertir au christianisme. Dans ce but, il obtint de la Cour une étendue de terrain auquel il donna le nom indien de Noonanetum^ qui signifie réjouissance. Ayant bâti une grande maison, il y amena plusieurs familles, les instruisit dans les arts méeaniques et dans l'agriculture ; il prêcha aussi avec beaucoup de succès dans diilérents villages, ce qui décida le Parlement à établir une corporation, composée de seize hommes libres, chargés de l'aider dans sa pieuse entreprise. Il fut aussi ordonné qu'une sous-

( 1) Neales* hist. oj New-England, vol. I, ch. 7. ffutchinsons- Massa chusetts, I, ch. a.

Hazards' Collections, II, 5g6, 611.

(2) Ponkipog est nommé aujourd'hui Stoughton.

3f)2 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

cription serait ouverte, pour le même objet, dans toutes les églises d'Angleterre.

1660. Trois des régicides anglais, le colonel JVhalhy, lieutenant-général de Cromwell, Goffe, major-général, et Jean Dixwellj décrétés d'accusation par acte du Parlement, arrivèrent à Boston. Le gouverneur lança un manda d'arrêt contre eux, en date du 8 mars, mais il ne put être exécuté, parce que les habitants refusèrent de les livrer. Les proscrits se retirèrent peu après à Ncw-Haven, et ensuite à Hadley.

On nomma un comité pour examiner cette affaire , et , après une longue discussion, les colons résolurent de consigner leurs droits dans une déclaration formelle, qu'ils présentèrent à la Cour générale, séante à Boston, le 10 juin de l'année suivante (t).

1660. Le 19 décembre, la Cour générale de Massachusetts présenta une adresse à Charles II, pour le féliciter sur sa restauration au trône, et demander la conservation des libertés civiles et religieuses qui lui avaient été accordées par la charte de son royal père. Dans cette adresse, la Cour lui rappelait qu'ayant été lui-même proscrit, il devait connaître les peines de l'exil. « Pour nous soustraire, » disait-elle, « à la persécution de l'église hiérarchique, et pouvoir adorer Dieu suivant notre conscience, nous nous sommes transportés nous et nos familles au-delà de l'Atlantique, préférant un désert au pays de nos pères. » La Cour profita de cette occasion pour se justifier de sa sévérité à l'égard des quakers, qu'elle représenta comme des ennemis de l'église et de l'État, qui, étant venus sans permission dans la province, avaient été euxmêmes cause de ce qui leur était arrivé (2).

En même tems, la Cour générale envoya une adresse au Parlement britannique, et des instructions à son agent, M. Lcvereltj pour l'engager à employer toute son influence auprès des membres du Conseil privé, et de la législature, à l'effet de lui assurer la conservation des libertés et des privilèges stipulés dans la charte.

1661. Le i5 février de l'année suivante, la Cour reçut une réponse dans laquelle le roi promettait d'encourager le commerce et de travailler au bien-être des colonies et des

(1) Hutchinsons* Massachusetts, vol. I, ck. 1.

(u) Hubbanis1 New-England, ch. 63.

Hazards' Collections, IÎ, 579-584.

Iliitchinsons* Collections of papcrs, vol. I II, 325 -9.

plantations, de traiter avec une sollicitude toute particulière celle de la Nouvelle-Angleterre, qu'il regardait comme la plus importante de toutes, et de n'oublier jamais les félicitations que ses sujets lui avaient adressées sur sa restauration.

1660. Le roi Charles II confirma, au mois de décembre de cette année, l'important acte de navigation de i65i, par un e'dit, dans lequel il est énoncé que le sucre, le tabac, l'indigo, le coton et le bois de teinture des possessions anglaises, en Amérique, en Asie, et en Afrique, ne peuvent être transportés dans d'autres pays que ceux qui appartiennent à la couronne d'Angleterre, et qu aucun étranger ne peut être ni négociant, ni facteur dans ces contrées : ce privilège étant réservé aux Anglais de naissance, et aux personnes qui auront obtenu des lettres de naturalisation (1). n

1660, 3i mai. Fondation de la ville de Malborough sur un affluent de la rivière Concord, dans un lieu nommé Okommakamesit par les Indiens qui y avaient demeuré, et dont le dernier chef s'appelait Onomog. Quelques Anglais s'y étaient établis dès i654 (2).

1660. Fondation de la ville de Brookfield par plusieurs habitants d'Ipswich, qui avaient obtenu de la Cour générale une concession de terrain de six milles carrés près de Quaboag-Pondj ou étang de Quaboag, à la condition d'y réunir, dans l'espace de trois ans, vingt familles, avec un pasteur (3).

1661, 18 mars. Eliot, l'apôtre des Indiens, publia un livre intitulé : « Communauté chrétienne j » dans lequel il défendait les principes de la liberté démocratique. La Cour ordonna sa suppression, parce cju'il attaquait la légalité des formes du gouvernement anglais.

(1) Andersons' history of commeivey II, 453.

(2) Le 20 mars 1676, cette ville fut brûlée par les Indiens. Les habitants se sauvèrent dans le fort. Voyez Hist. coll, of Massachusetts, vol. IV, p. 46. Malborough est située dans le comté de Middiesex, à 28 milles de Boston. Population en i83o, 2,077 habitants.

(3) Les habitants achetèrent des Indiens le titre de ce terrain, qui fut incorporé comme township ou district, le i5 octobre 1673. Deux ans après, la ville fut incendiée par les Indiens. Elle fut rétablie par un acte de la Chambre des représentants, du 1*2 novembre 1718. La population se composait alors d'environ 5o familles. Hist» Coll. qf 'Massachusetls, vol. I, 257, 268. Brookfield est située dans le comté de Worcester, à 64 milles ouest de Boston. Population en i83o, 2,342 habitants.

Voyez note B à la (in de l'article : Fondation des villes de ffadley, de Northampton et de Bevcrley.

1661, 10 juin. Cette même Cour publia une déclaration de droits. Elle réclamait, pour les colons, le privilège de choisir leurs gouverneurs et leurs représentants ; d'admettre qui bon leur semblait dans le pays ; de nommer tous les officiers publics ; de confier les pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires à des magistrats et des députés élus annuellement, et de rejeter tous les actes du Parlement qui seraient contraires à leurs intérêts ( i ) ,

1661. La charte, qui avait été accordée, en 1649, à la « société de la propagation de l'Evangile parmi les naturels de la Nouvelle-Angleterre, » étant expirée, fut renouvelée par un édit de Charles II (2).

1661. Charles II, qui n'était pas encore reconnu roi par la colonie de Massachusetts, donna ordre au gouverneur et au Conseil de cette province d'envoyer, des agents à Londres .pour répondre à diverses accusations dirigées contre eux. La Cour générale publia, en conséquence, une proclamation, le 8 août, dans laauelle ce prince était déclaré roi de la Grande-Bretagne, d'Irlande, de France et de tous les territoires en dépendant. Elle rédigea ensuite une adresse au roi, et chargea, le 3.i décembre, une députât ion composée de deux personnes, Simon Bradstreet, magistrat, et Jean Norton, pasteur d'une des églises de Boston, de la lui présenter (3).

1662. Pendant la persécution des quakers, la Cour de Londres passa un acte dans le but d'établir l'uniformité des croyances religieuses en Angleterre. Environ 200 ministres dissidents, qui refusèrent d'y souscrire, furent obligés de quitter leurs paroisses, et privés ainsi de tout moyen d'existence, en Angleterre, soit pour eux, soit pour leurs familles.

Ceux qui purent s'embarquer passèrent à la Nouvelle-Angleterre, où ils trouvèrent un asile (4).

Cette même année, la Cour de Massachusetts accorda à auelques protestants français, de la Rochelle, la permission de s'établir dans la colonie. Cette autorisation lui avait été demandée par Jean Louton, médecin.

1662. La Nouvelle-Angleterre, grâce à son éloignement,

(1) Hazards* Collections, II, 590-92.

(2) Humphreys9 hist. of this society, 6.

(3) Hazards* Collections, II, 593-4 • Hutchinsonsy Massachusetts, I, ch. 2.

Hulchinsons Collections, III, 345-347»

(4) Neales1 Ncw-England, vol. I, ch. 8.

était restée neutre pendant les divers changements que subit la Grande-Bretagne, durant les vingts dernières années ; mais Charles II, tout en promettant de renouveler la charte, était bien décidé à réviser les lois, à supprimer toutes celles qui étaient contraires à l'autorité royale, à faire administrer la justice en son nom, et à y établir la liberté des cultes, telle qu'elle existait en Angleterre.

En conséquence, il publia, le 28 juin, des instructions, sous forme de lettres, où il recommandait que le serment d'allégeance fût à l'avenir strictement exigé ; que la justice fût rendue au nom du roi; que la liberté de conscience, l'un des principaux objets de la charte , fût accordée à tous ceux qui voudraient se servir des livres de prières ordinaires et remplir leurs devoirs religieux suivant les règlements de 1 église établie.

D'après cette lettre, toute personne jouissant d'une bonne réputation, devait être admise à s'approcher des sacrements et tous les francs-tenanciers, quelle que fût d'ailleurs leur opinion à l'égard du gouvernement de l'église, devaient jouir du droit de suffrage dans les élections de tous les officiers civils et militaires.

Bradstreet et Norton, qui s'étaient embarqués pour l'Angleterre, au mois de février, en revinrent, en septembre, avec une lettre du roi, dans laquelle il exprimait sa satisfaction de la loyauté et de 1'aûection que lui avaient témoignées les colons, et s'engageait à les protéger, à maintenir leur charte et privilèges, à amnistier tous les crimes passés, autres que celui de haute trahison ; à étendre les privilèges des hommes libres ; à accorder la liberté de conscience à tous ceux qui suivaient le culte de l'église anglicane, à l'exception, néanmoins, des quakers, qui étaient déclarés ennemis de tous les gouvernements.

Le roi finissait sa lettre en ordonnant qu'elle fût publiée par la Cour générale de la colonie, afin que tous ses sujets fussent informés qu'il les avait pris sous sa protection, et qu'il serait toujours disposé à recevoir d'eux toute communication qu'ils croiraient devoir lui faire dans leurs intérêts et dans ceux de la colonie (1).

1662. La Cour générale nomma deux censeurs de la presse, savoir : Daniel Gookin et Jonathan MitchelL Plus tard ,

(t) Hubbards' Dfew-England, G6.

366 CHRONOLOGIE IIISTOIUQUE

en 1664, voulant en réprimer plus efficacement les écarts, elle déclara que l'imprimerie de Cambridge ( 1 ) était la seule autorisée dans toute sa juridiction, et choisit pour censeurs le même Jonathan Mitcbell, président du collège, et Thomas Shephard. En 1668, la permission de réimprimer l'ouvrage si connu de Imitations Christi, attribué souvent à Thomas Akempisj qui n'en est que le copiste, fut révoquée par la Cour, qui crut devoir en faire faire un second examen 9 « l'auteur étant un ministre papiste (2) ».

i663. D'après une nouvelle loi, les marchandises européennes ne pouvaient être importées dans les colonies que dans des navires anglais venant d'Angleterre.

i663, 26 janvier. Tremblement de terre^ qui se fit sentir dans toutes les parties septentrionales de l'Amérique. La première secousse commença à cinq heures et demie du soir, et dura une demi-heure. Sur les huit heures, il y en eut une seconde aussi violente que la première ; et une demi-heure après, deux autres moins fortes. La nuit suivante, on compta jusqu'à trente-deux secousses, et on en ressentit ensuite de tems en tems jusqu'au mois de juillet suivant. « Les édifices furent tellement secoués, » dit Charlevoix, « que les portes s'ouvraient d'elles-mêmes et se refermaient avec un grand fracas ; les cloches sonnaient ; les murs se fendaient et s'écroulaient ; des montagnes furent transportées au milieu des rivières dont elles arrêtèrent le cours ; des arbres furent lancés en l'air, ainsi que de gros glaçons que chariaient les rivières. Plusieurs ruisseaux et fontaines perdirent leurs eaux. Dans une étendue de 3oo lieues, de l'est à l'ouest, et de plus de i5o, du midi au nord, toute la surface de la terre fut agitée. Deux collines, situées entre Tadoussac et Québec, s'écroulèrent dans le fleuve Saint-Laurent, où elles formèrent une pointe d'un demi-quart de lieue. Au-dessus de Québec, ce fleuve se détourna de son cours ; une partie de son lit demeura à sec, et ses bords les plus élevés s affaissèrent en quelues endroits jusqu'au niveau de l'eau. La merveille fut, » it ce même auteur, « que, dans un si étrange bouleverse-

(1) Une autre presse fut établie à Boston en 1674, par Jacques Foster, ce qui donna Jieu à la nomination des deux autres censeurs , le révérend Thomas Thatcher et Increase Mather. Voyez Thomas' history o/'printing. vol. I, 276.

(2) Hutchinsonf Massachusetts , I , ch. 2. Cet auteur est Gerson, chancelier de l'Université de Paris.

ment, et que dans plus de six mois, personne ne pérît et tous se convertirent (i), »

Selon Claviçéro, ce tremblement de terre engloutit, au Canada, une chaîne de montagnes calcaires de 200 milles d'étendue qui fut convertie en une surface plane (2).

1664. Le 23 avril, une commission spéciale , composée de quatre membres (3), fut créée par Charles II, pour entendre et juger toute espèce de plaintes et d'appels en matière militaire, civile et criminelle, dans la Nouvelle-Angleterre, et modifier la forme du gouvernement des colonies.

1664. Les commissaires arrivèrent à Boston, le 23 juillet, et, le 26, ils soumirent au Conseil la lettre du roi, du 23 avril. Ils demandèrent en mémetems une réponse plus satisfaisante, à la lettre de sa majesté1, en date du 28 juin 1662, et se rendirent peu après à Manhadoc, ou New- York.

La Cour s'assembla le 3 août, et résolut de présenter au roi une adresse, où, après avoir de nouveau proteste de sa fidélité, elle demandait la conservation de la charte, que a la colonie avait si chèrement acquise, et dont elle jouissait depuis si long-tems en vertu d'un droit incontestable aux yeux de Dieu et des hommes ». La Cour s'engagea aussi à lever 200 hommes pour aider l'Angleterre dans sa guerre contre les Hollandais ; mais, le 27 août 1664, ceux-ci se rendirent aux Anglais. Le Conseil abrogea la loi relative à l'admission des hommes libres, et la remplaça par une autre qui conférait le droit de citoyens aux sujets Anglais francs-tenanciers, qu'ils fussent ou non membres de l'église. Le Conseil, dans cette adresse, exposait les droits que les colons tenaient de la charte, accordée par Charles Ier, de l'acquisition du sol, avec autorisation du conseil de Plymouth, et de la confirmation de leurs privilèges par sa majesté. « Ils avaient, » disait-il, « en conséquence, éprouvé de l'étonnement à la nouvelle de l'arrivée, dans le pays, de quatre personnes, dont l'une (Maverick) annonçait être muni de pouvoirs extraordinaires, et menaçait de détruire l'administration du gouvernement et les libertés des colons, libertés qui leur sont plus chères que l'existence. »

(1) Charlevoix,Hist. gén. de la Nouvelle-France, vol. I, liv. 8.

{1) Clavigero, Storia antica del messico, II, dis. 1.

(3) Le colonel Richard Nichols, sir Robert Carre, George Cartwright et Samuel Navcrack.

368 CHRONOLOGIE HISTOUlQUE

Les commissaires retournèrent à Boston, le i5 février, ét <le là se rendirent à Plymouth. Les habitants, invités par eux à se réunir à Plymouth, s'y refusèrent, alléguant que leur absence laisserait leurs femmes et leurs enfants exposés à la fureur des naturels.

Après avoir communiqué leurs. instructions au Conseil, ces commissaires retournèrent à Boston vers la fin d'avril.

i665. Le gouverneur Endicot mourut le i5 mars. Le ^ mai suivant, le sous-gouverneur et les magistrats se réunirent, et les commissaires leur communiquèrent une partie de leurs instructions. Ils exposèrent : i° que le roi était disposé à tout faire pour la prospérité d'une colonie qui avait donné un si bon exemple aux autres ; 2° que le roi était prêt à étendre les privilèges de la charte, accordée par son père, et à y introduire les modifications qui seraient jugées nécessaires dans l'intérêt de la colonie ; 3° que le but principal de leur mission était de dissiper les soupçons que le roi pouvait avoir conçus relativement à la loyauté et à l'affection de ses sujets d'outre-mer ; 4° que par ce moyen, les projets formés par des personnes mal intentionnées seraient déjoués, la confiance rétaolie, et le roi verrait le Massachusetts du même œil que le Kent et le Yorkshire. Les commissaires donnèrent ensuite au Conseil, au nom de sa majesté, l'assurance positive que tout ce qui avait été promis ou accordé par son royal prédécesseur serait fidèlement maintenu, et qu'il avait instruit le roi de l'empressement que la colonie avait mis à fournir des secours à l'expédition dirigée contre les Hollandais. Us exhibèrent ensuite l'autorisation qu'ils avaient reçue de publier la lettre adressée au roi avec la réponse de sa majesté, de lever une carte de la colonie, afin de pouvoir faire droit aux réclamations relatives aux limites, et ils protestèrent que le but de leur mission n'avait point été, comme on l'avait prétendu, d'établir un impôt annuel de 5,ooo livres pour le compte du roi, ni de mettre une taxe de 12 pences par acre sur toutes les terres cultivées. Le 14 mai, le gouverneur donna connaissance à la Cour générale des communications des commissaires, et le lendemain, il leur répondit : i° que les habitants de la colonie acceptaient les faveurs et les grâces promises dans la lettre et dans le message de roi, et qu"ils saisiraient toutes les occasions de lui témoigner leur dévouement et leur loyauté ; i° qu'on s'occuperait de préparer une carte du pays ; 3° que la lettre de sa majesté, ainsi que les autres documents reçus de la main des commissaires, avaient été soumis à la

Cour ; que des copies en avaient été prises, et étaient en circulation dans la province, et qu'il en serait fait d'autres publications s'ils le jugeaient nécessaire.

Le même jour, les commissaires soumirent au Conseil les autres parties de leurs instructions. Ils étaient chargés : t°"<le s'informer des Traités qui avaient été conclus entre les chefs indiens et les sujets du roi, et dans le cas où les plaintes, élevées par les Narragansetts et autres, seraient fondées, de veiller à ce qu'il leur soit rendu justice ; i° de s'enquérir de ce qui avait été fait pour l'établissement des collèges et des écoles destinés à l'éducation de la jeunesse, et pour la conversion des infidèles ; 3° de s'assurer si on s'était conformé aux instructions contenues dans la lettre du roi, de 1662. lis lui annoncèrent aussi qu'ils avaient reçu plusieurs plaintes des Anglais, mais que, respectant les autorités des différentes localités et voulant procéder légalement, ils laissaient à la' Cour le soin de décider si une cause criminelle, qui avait été portée devant eux, serait jugée à la Providence ou à Boston. Cette affaire était celle d'un nommé John Porter, auquel les commissaires avaient délivré un sauf-conduit .

Le 8 mai, les commissaires présentèrent au Conseil d'autres instructions, d'après lesquelles ils devaient: i° s'informer si des personnes, convaincues de haute trahison, résidaient alors dans la province, ou y avaient été reçues et par qui, et les faire arrêter et conduire en Angleterre ; 20 veiller à ce que les actes de navigation fussent ponctuellement exécutés ; que les lois rendues par l'assemblée pendant la dernière rébellion, fussent annulées ; 3° exiger qu'on leur remît une copie des lois de la colonie, afin de les réviser, et d'abroger celles qui seraient contraires aux actes du Parlement ; 4° nommer, d'après le désir du roi, une commission qui serait chargée de fournir des informations concernant la constitution, le gouvernement, les taxes, la navigation, la milice, les forts, etc.

Le c; mai,' la Cour manda aux commissaires que le saufconduit délivré à John Porter était une atteinte aux privilèges de la charte. « Elle avait, » disait-elle, « plein pouvoir et autorité de voter des lois et de veiller à leur exécution, et ne pouvait reconnaître un autre tribunal institué en violation de la charte et des droits des citoyens anglais. » Les commissaires soutinrent l'avis contraire, et voulurent exiger que la Cour se soumit à leur autorité, alléguant qu'ils étaient munis d'une commission : oytr et terminer.

3yo ' CHRONOLOGIE HISTORIQUE

La Cour fit la réponse suivante aux autres instructions s « Quant aux Indiens, » disait-elle, a leur fausseté, et celle des Narragansetts en particulier, est trop notoire pour qu'on puisse s'étonner de les voir se plaindre de torts imaginaires ; que du reste, tout ce qui les concerne avait été réglé par les commissaires des colonies réunies; i° qu'à Cambridge il y avait un petit collège, d'où étaient sortis plus de 100 prédicateurs, médecins et autres personnes utiles ; 2° que la même ville possédait une école pour l'éducation des naturels, établie par une corporation d'Angleterre, et qui renfermait lmit élèves indiens, dont l'un avait été admis au collège; qu'il y avait six villes peuplées de naturels chrétiens-; 3° qu'il serait contraire à la charte de choisir un lieu pour entendre et juger les appels contre les décisions de la Cour ; mais qu'elle était prête à répondre à toutes les plaintes portées contre le gouvernement ; 4° que, quant à faire une déclaration publique d'allégeance, la Cour avait mainte fois exprimé sa résolution de rester fidèle à sa majesté, de remplir ses devoirs et de s'opposer à toute violation des privilèges de la charte ; 5° que pour ce qui était des libertés civiles , elle avait modifié les conditions exigées précédemment pour être admis à jouir du droit de cite , d'après le désir contenu dans la lettre de sa majesté, du mois de juin 1622, qui voulait que l'on fût de

I* VRAIE RELIGION ET DE BONNE VIE ET MOEURS J 66 QWS, quant

aux, privilèges ecclésiastiques, elle avait recommandé aux ministres et au peuple de prendre la parole du seigneur pour règle de leur conduite; 70 qu'il n'existait k sa connaissance aucune personne convaincue de haute trahison dans la colonie ; que Whalev et Golfe avaient quitté le Massachusetts, et qu'ayant publié une proclamation contre eux, deux agents avaient été envoyés au Gonnccticut et à New-Haven, pour les arrêter; 8° que, quant aux aptes de navigation et de commerce, toutes les lois, qui lui avaient paru contraires, avaient été retirées, et que justice avait été faite à Thomas Dc'ane,- 90 que la charte réglait les formes de la constitution ; que les dépenses ordinaires du gouvernement, pour les affaires ecclésiastiques, étaient de 1 ,200 livres sterling, et qu'aucun impôt n'était prélevé par l'autorité civile ; que la milice se composait d'environ 4>°o° hommes d'infanterie et de 4°° de cavalerie, et que le nombre des bâtiments, appartenant à la colonie, était d'environ 80, de.io à 4o tonneaux, de4ô ^ 100 tonneaux, et de 12 au-dessus de 100 tonneaux. »

Ces réponses furent remises aux commissaires, le 16 mai,

DE l'àMÉMÛUE. 371

et decut jours après, Bar répliquèrent que la Cour interprétait l'esprit de la charte à sa manière, au lieu de s'en rapporter à la sagesse du roi, et ils insistèrent pour savoir si elle les reconnaissait comme commissaires en vertu de la commission de sa majesté'.

Le 19 mai, la Cour refusa de répondre à ces questions, s'en référant à la charte. Le lendemain, les commissaires réitérèrent leurs demandes ; et, lè 22, la Cour répliqua qu'il n'était pas en son pouvoir de définir le pouvoir, l'intention et le but de la commission de sa majesté.

Le 23, les commissaires déclarèrent à la Cour qu'ils se proposaient de siéger le lendemain, comme commissaires du roi, d'entendre et de juger la cause de Thomas Déane> et autres contre le gouvernement et la Compagnie, et qu'ils espéraient qu'elle voudrait bien se faire représenter par l'avocat-général, pour répondre à ces plaintes.

La Cour répliqua que la soumission, exigée par les commissaires, était incompatible avec les lois et avec l'autorité qui lui avait été garantie depuis long-teins par la charte royale : et, dans une adresse aux habitants de la colonie-, elle protesta, au nom du roi et en vertu de la charte, qu'elle ne pouvait approuver la conduite des commissaires, qui était contraire à l'allégeance due à sa majesté.

Le 24, les commissaires demandèrent que tous les papiers qu'ils avaient remis à la Cour fussent imprimés et publiés, ainsi que les lettres du roi, du 28 juin 1662, du 25 février, et du 23 avril 1664. Us présentèrent aussi à la Cour vingt-six amendements , ou modifications aux lois existantes.

Le gouvernement et la Cour pensaient que s'ils se soumettaient à l'autorité des commissaires, ce serait renoncer aux droits qui leur étaient assurés par la charte ; que la soumission civile était obligatoire ou volontaire ; que la résidence sur le territoire d'un gouvernement quelconque entraînait l'obligation de se soumettre à ses lots et à son autorité ; que les sujets de tout prince, ou Etat, avaient le droit de s'établir dans un autre pays, à moins que ce dernier ne souffrît de ce surcroît de population ; que dans le cas où ils seraient privés de la liberté de conscience, qui appartient & tous les hommes, l'émigration était un droit, et la soumission cessait d être un devoir ; que les droits des colons du sol étaient fondés sur l'acquisition qu'ils en avaient faite aux propriétaires indiens ; que le roi, qui réclamait le pays, comme ayant été découvert

37a CHRONOLOGIE HISTORIQUE

par des sujets anglais, l'avait cède' à certaines Compagnies, dont les premiers planteurs l'avait acheté, et qu'ensuite sa majesté lui avait donné une charte d'incorporation, contenant des conventions mutuelles, ce qui supposait une soumission volontaire civile ; que, par conséquent, toutes les questions v relatives devaient être déterminées par la charte ; que par cette charte, ils étaient tenus de donner au roi la cinquième partie des produits de toutes les mines d'or et d'argent; mais que les colons jouissaient du droit de se gouverner parleurs propres lois, pourvu qu'elles ne fussent pas en opposition avec celles d'Angleterre, etc. (i).

1666. M. Maverik présenta au gouverneur une lettre royale du 10 avril, invitant le Conseil à envoyer, en Angleterre, cinq personnes, chargées de répondre de la conduite de la colonie, et entr'autres M. Willingham et Hawthorne. Le lendemain, une Cour spéciale s'assembla pour délibérer sur le contenu de cette lettre, et le résultat de sa délibération fut qu'une telle députation serait aussi inutile, qu'elle était impossible, pour rendre plus claire la cause des colons. Les commissaires furent rappelés au mois d'avril 1666.

Deux cent cinquante personnes , chassées de l'île et de Saint-Christophe, arrivèrent cette année à Boston, où elles reçurent des secours , jusqu'à ce qu'elles eussent trouvé le moyen de s'embarquer pour l'une des Iles caraïbes.

L'année suivante , la Cour générale, ayant appris que la flotte anglaise, en station auxdites îles, se trouvait sans provision, s empressa de lui en envoyer. ,

1667. Établissement du village de Mendon par quelques habitants de Roxbury. Environ dix ans après, il fut détruit par les Indiens et ensuite reconstruit. Quelques familles s'y trouvaient établies depuis l'année 1660 (2).

1667. Établissement du village de TVestfield, à la distance de 6 milles de Springfield, dans un site nommé fVarranoake par les Indiens (3). 1 1 *

1668. Météore. Au commencement du mois de mars, il

(1) Hubbards* New-England, ch. Ç6.

Hutchinsons* Massachusetts, I, ch. i.

C/uilmers' Annals, I, ch. 16.

(a) Hubbards' gênerai history, ch. 68. Ce village est situé dans le comté de Worcester. En i83o, il renfermait 3, 1 5a habitants.

(3) Hubbards gen* hi$t.y ch. 68. La ville de Westfield -est située à io5 milles sud-ouest de Boston. Population en i83o , 3,940 habitants.

parât dans le ciel, vers l'occident, un météore de la forme d'une lance, d'une brillante couleur, plus foncée au centre qu'aux deux extrémités, dont l'une se tenait dans la direction du soleil couchant. Après avoir été visible, pendant plusieurs soirées, après le crépuscule, 1-espace d'environ une demiheure, il descendit peu après au-dessous de l'horizon.

Ce phénomène effraya les colons, et les magistrats en profitèrent pour les engager à réformer leurs mœurs. La Cour générale adressa une lettre circulaire , à ce sujet , à tous les pasteurs de l'église ( f).

1670. Afin de contraindre les colons à payer leurs dettes avant de mourir, la Cour passa une loi , qui autorisait l'administration à faire vendre les terres des décédés , pour acquitter ces dettes (2).

1671^26 mai. Le gouvernement anglais institua à Londres une commission, chargée de régler le commerce et les affaires des plantations, laquelle exigea de tous les gouverneurs des renseignements posttifs sur l'état de leurs colonies respectives.

1672. Le gouvernement anglais imposa, pour la première fois, des droits sur les colonies, et nomma des officiers pour les prélever. Le Massachusetts s'opposa énergiquement à cette mesure, en ce qu'elle était hostile à ses intérêts et à ses droits naturels (3).

1672, le 5 septembre. Les trois colonies de Massachusetts? Connecticut et Plymouth renouvelèrent leur union par l'entremise de délégués , assemblés dans la ville de Plymouth , qui souscrivirent à de nouveaux articles de confédération. Ils réglèrent, en même tems, le nombre de miliciens que chaque province devait fournie, pour la défense générale du pays, pendant i5 ans, savoir : 100 pour le Massachusetts , 60 pour le Connecticut, et 3o pour Plymouth.

Les délégués convinrent qu'à l'avenir, ces colonies pren-

(1) Neales* hUt. of the Puritans, vol. I, ch. 8, où se trouve cette lettre.

IV ew-En gland mémorial , p. 18.

Hutchinson, dans son Histoire de Massachusetts, ne parle pas de ce mdtéore; mais il en mentionne deux autres qui parurent en 1664 et 1680. Ce dernier fut visible depuis le 8 novembre jusqu'au 10 février suivant.

(a) Hubbards New-England, ch. 68.

(3) Chalmers' Annal*, book I, ch. 1S.

Kazards' Collections, 1,4^7. Civil privilèges*

374 CHRONOLOGIE IIISTORIQUE

draient le nom de : « Plantations unies de la Nouvelle-Angleterre », qu'elles formeraient conjointement et séparément une ligue perpétuelle d'union et se porteraient mutuellement secours dans les occasions où il s'agirait de leur sûreté et de leurs intérêts, du maintien de leur liberté et de la propagation des vérités de l'Evangile.

Chacune de ces colonies devait avoir une juridiction et un gouvernement particulier ; mais aucun district ou plantation ne pouvait être admis dans cette confédération , sans le consentement des différentes Cours générales.

Les affaires de la confédération devaient être conduites par des commissaires, dont deux de chaque juridiction.

Les différends qui pouvaient s'élever entre elles devaient être décidés par cinq membres , et quand ceux-ci n'étaient pas d'accord, l'affaire était soumise aux Cours générales dont la décision devait être obligatoire pour tous les confédérés.

Les commissaires devaient se réunir une fois tous les trois ans; ils pouvaient aussi être convoqués extraordinairement.

Les dépenses de toutes les guerres défensives ou offensives étaient supportées par la confédération , suivant les moyens de chaque colonie, dans la proportion suivante : Massachusetts, loo livres; Connecticut, 60 ; Plymouth, 3o.

Dans le cas de quelques besoins extraordinaires , le gouverneur ou les magistrats des juridictions confédérées , pouvaient demander une réunion des commissaires ( 1).

1675-6. Guerre entre les colons et les Indiens. Les Indiens, voyant que leur nombre et leurs forces diminuaient graduellement , et qu'ils étaient , tous les ans, plus circonscrits dans leur chasse , par suite des empiétements des blancs , prirent les armes contre eux, sous la conduite de Philippe (2), fils du grand chef Massasoit, qui réussît à soulever toutes les tribus, en les berçant de l'espoir de recouvrer les terres que possédaient leurs ancêtres.

Vers la fin de l'année 1674, un Indien chrétien , nommé Jean Sausaman, qui s'était mis sons la protection des Anglais , ayant dénoncé au gouverneur de Plymouth , un

■ ..'■■il''

(1) Hazards Collections, II, 5a 1-26. Jrticles of confédération, etc.

(2) A la demande de son père, il avait été nommé Philippe par le Conseil de Plymouth. Il était sachent de Poianoket, nommé Mount- Hope par les Anglais.

plot qui se tramait contre lui, fut massacré par trois Indien*, tiont Vun était capitaine de Philippe.

Les assassins furent arrêtés, jugés, condamnés et exécutés au mois de juin 1675. Le gouvernement , craignant que ce sachem n'exerçât quelque vengeance contré les habitants des villages situés près de sa demeure , envoya des troupes pour les protéger.

Le 24 juin , les Indiens assaillirent les colons près de Swanzy où Swa nsey ( 1 ) et en tuèrent neuf. Le gouverneur s'adressa alors aux autres colonies et leur demanda des secours.

Le 26 du même mois , un détachement de soldats, qui s'avançait de Boston , vers Mount-Hopt , fut rencontré par une bande d'Indiens qui en blessèrent plusieurs.

Vers le commencement de juillet, il y eut une autre escarmouche , qui coûta la vie à l'un des principaux capitaines de Philippe; mais, bientôt après, les Indiens attaquèrent et tuèrent quelques colons de Taunton et brûlèrent leurs maisons. Ils commirent les mêmes ravages à Swansey, Middlebury et Dartmouth. Ces sauvages massacrèrent plusieurs habitants de ces villages, les dépouillèrent de leurs vêtements , et leur enlevèrent leur chevelure.

Le 14 juillet, les Indiens Nipnep ou Nipmuck, attaquèrent la ville de Mendon et tuèrent plusieurs de ses habitants.

Le 19 juillet, les Anglais se mirent à la poursuite de Philippe, qui se replia devant eux dans le marais de Pocasset ôù il y eut un engagement dans lequel plusieurs Indiens furent tués. Les Anglais eurent quinze nommes hors de combat. Lé marais étant bourbeux et couvert de broussailles, ces derniers se retirèrent.

Le Ier août, Philippe étant sorti du marais, fut poursuivi par les Anglais, et par une bande de Monhegins ôu Unkas, qui l'atteignirent et lui tuèrent une trentaine d'hommes, sans en perdre un seul. Philippe se réfugia chez les Indiens Nipmuck. Ces derniers ayant demandé à faire la paix , le capitaine Hutchinson fut expédié, le 1 août, pour traiter avec eux, à la tête d'un faible détachement. Les Indiens ne vinrent point au rendez- vous et lui dressèrent une embuscade , dans laquelle ils blessèrent ou tuèrent huit de ses hommes. Le ca-

(1} Dans le comté de Bristol, à 47 milles de Boston. Population en iS3o, 1,678 habitants.

pitaine opéra alors sa retraite sur Quabaog. Les Nipmuck , s 'étant réunis aux gens dePhilippe, mirent le feu à ce village, qui fut entièrement brûle' ; il ne resta intacte qu'une maison où Hutchinaon s'était retiré avec les habitants. Il arriva fort heureusement , pour les délivrer, un renfort de 48 hommes, commandés par le major TYillard, qui forcèrent l'ennemi à la retraite.

Les Indiens des bords du fleuve de Connecticut, ayant déclaré vouloir se battre contre Philippe , furent armés par les colons, qui plus tard reconnurent qu'ils avaient été trompés et envoyèrent un détachement de soldats pour les désarmer (le 25 août). Ces Indiens, s'étant cachés dans un marais, firent une décharge contre les soldats et en tuèrent neuf.

Le Ier septembre, les Indiens ravagèrent les plantations de Deerfald ou de Pacomptuck,

La garnison de Squakheag étant trop faible pour se défendre, le capitaine Beers partit , avec 36 hommes , pour la retirer. IL s'avança sans obstacle jusqu'à la distance de 3 milles de ce fort ; mais là, il fut enveloppé par une multitude d'Indiens, et perdit 20 soldats, dont les têtes furent tranchées et fixées sur des perches, le long du grand chemin.

Le 5 septembre, le major Treat, avec une centaine d'hommes, réussit à délivrer cette garnison.

Le 18, le capitaine Lothrop fut envoyé, avec 'jo hommes, pour escorter des charrettes qui allaient de Deerfield à Hadley. S'étant arrêté pour cueillir des raisins , le détachement fut attaqué par une force supérieure et mis en fuite , avec perte de son capitaine et de 60 hommes.

Sur ces entrefaites, on apprit que la tribu du Narragansettj la plus nombreuse de la Nouvelle-Angleterre , qui avait témoigné de l'amitié pour les colons, donnait asile à leurs ennemis et se préparait à combattre avec eux. Le 8 décembre , Josiah Winslow pénétra dans le pays , à la tête de 1 ,5oo hommes, et ramena captifs plus de 4o individus de cette nation.

Le 1 2 du même mois , ces Indiens incendièrent toutes les habitations du district de Quonsickamuck. Quelques jours après , ils réduisirent en cendres la maison de /. Bull* qui était fortifiée, et y massacrèrent environ 14 personnes*

Le 1 8 decembre,Winslow, ayant reçu un renfort du Connecticut , attaqua le principal* fort des Indiens et s'en empara. Il fit ensuite mettre le feu à un grand nombre de wigwams, ou cabanes, où environ 1,000 individus, hommes, femmes eten-

fants, fuient brûlés vifs. De ce nombre se trouvaient 22 capitaines. Winslow eut 85 hommes tués , dont 6 officiers et i45 blessés. A l'approche de la nuit , les Anglais opérèrent leur retraite , et comme ils manquaient de vivres , ils se décidërent à retourner chez eux , lorsqu'un navire leur en apporta. Ils marchèrent alors de nouveau à l'ennemi, et le culbutèrent avec perte de quelques tués et de 70 prisonniers. Au bout de huit jours, les provisions leur manquèrent de nouveau, et pour se nourrir, ils furent obligés de tuer leurs chevaux. Le 5 février, ils rentrèrent à Boston.

1676. Les Narragansetts , les Nipmuck et les naturels de Quabaog et autres lieux se réunirent pour ravager les frontières. Le 10 février, une bande de plusieurs centaines fondit sur la ville de Lanças ter^ incendia plusieurs maisons et emmena captifs plus de 4° de ses habitants.

Le 21, la ville de Medfield éprouva le même sort , et iH habitants furent égorgés.

Au commencement de mars , un autre corps de troupes partit de Boston , sous le commandement du major Savage. Renforcé, à Quabaog, par un détachement venu du Connectait, il continua sa inarche à travers les bois, sans rencontrer ennemi.

Le 1 4? les Indiens entrèrent par surprise dans Northampton, brûlèrent cinq maisons et autant de granges, et tuèrent cinq personnes avant que les soldats qui s y trouvaient pussent les mettre en fuite.

Le i3 mars, ils détruisirent la plus grande partie de la ville de Groton; et le 17, celle de Warwick , dont il ne resta qu'une seule maison.

Le 26 mars, la ville de Malbury fut presque entièrement brûlée par l'ennemi. Le même jour, le capitaine Pierce 7 60 Anglais et 20 Indiens, étant tombés dans une embuscade , y périrent jusqu'au dernier.

Le 28 mars, les Indiens incendièrent 4o maisons et environ 3o granges dans le district de Rehoboth , et , le 20 avril , ils brûlèrent encore une trentaine de maisons de la ville de Providence.

Le 27 avril , un corps , composé de 66 volontaires et de 112 Indiens Péquod^sous la conduite du capitaine Dennison* poursuivit l'ennemi dans la colonie de Connecticut et lui tua 76 hommes, dont deux sache ms.

Le 8 mai , les Indiens brûlèrent 17 maisons à Bridgewater, et les 1 1 et 1 3, 18 autres et 7 granges à Plymouth.

Le 18, les Anglais, au nombre de 180, les surprirent à la pointe du jour, près de Pacomptuck, et en tuèrent une centaine. Dans une rencontre qui eut lieu à Hatfield, le 3o, ils perdirent encore 25 guerriers : les colons eurent 5 morts.

Le 3o juin, nn fort détachement sortit de Boston, à la recherche de Philippe, qui était revenu à Mount-Hope.

Le 2 juillet, les colons du Connecticut, aidés de quelques Indiens, tuèrent ou prirent 180 Narra gansetts, sans autre perte que celle dé deux Indiens»

Le 6, cinq ou six chefs indiens signèrent la paix avec les Anglais dans les parties orientales de la colonie, et leur amenèrent 3oo hommes, quelques femmes et des enfants. Peu de jours après, vingt Indiens se déclarèrent amis des colons de Plymouth, ainsi qu'un sachem de Pocasset, qui s'y rendit avec 4° des siens. Squaw, sachem de Sakonet, vint aussi, vers le même te m s, faire sa soumission, à la tête de 1 10 Indiens.

Le 11 juillet, quelques compagnies de soldats, revenant de Mount-Hope à Boston, tuèrent ou prirent captifs i5o Indiens, et ne perdirent qu'un seul homme.

Le capitaine Church, avec 18 colons et 32 Indiens de Plymouth, prit 79 Indiens dans quatre rencontres, sans éprouver la moindre perte.

Le 25 juillet, 36 Anglais et 9 Indiens amis sortirent de Medham et de Dedham, et prirent ou tuèrent 5o naturels.

Le 27, un sachem de Nipmuck, nommé Sagamore Jean, se rendit aux Anglais, avec 180 de ses guerriers, parmi lesquels se trouvait Matoonas* qui avait commencé les hostilités dans le Massachusetts.

Le 3i juillet, une compagnie de soldats, qui était partie de Bridgewater, rencontra près de la rivière Tetignot, une bande d'Indiens, sous les ordres de Philippe, et la dispersa après lui avoir tué 10 hommes ; i5 se rendirent ; mais Philippe parvint à s'échapper : son oncle, nommé Uncompoen, resta parmi les morts, et sa sœur fut faite prisonnière.

Le ier août, le capitaine Church, avec 3o soldats et 20 Indiens, partit à la recherche de Philippe, et l'ayant atteint, lui tua i3o hommes; un seul Anglais périt dans ce combat. Philippe se sauva encore ; mais sa femme et son fils tombèrent au pouvoir du capitaine Church.

Le \i août, un guerrier de Philippe, furieux de ce qu'il avait tué son camarade, qui avait proposé un moyen de réconciliation avec les Anglais, déserta et découvrit à ces dcr-

niers la retraite de ce chef redoutable, qui s'était retire dans un marais près de Mount-Hope. Le capitaine Church s'y ren- . dit, en toute hâte, etcerna le lieu oùii s'était caché. Philippe essaya de fuir, mais inutilement; un Indien lui déchargea son fusil dans la poitrine et 1 étendit mort à ses pieds.

Dans cette lutte sanglante, qui dura plus d'une année, les Indiens montrèrent beaucoup de courage et d'inteJligence. Elle coûta la vie à plus de 3 00 colons, et à un nombre beaucoup plus considérable d'Indiens ; 12 ou 1 3 villes anglaises furent entièrement détruites et environ 600 maisons isolées furent réduites en cendre ( 1 ).

1676. Après cette guerre, que la colonie avait terminée par la constance et la bravoure de ses habitants, les relations commerciales prirent une grande extension. Les actes de l'autorité royale, concernant la navigation, ne furent pas mis à exécution par le gouverneur, qui était choisi annuellement par le peuple : ses navires allèrent partout chercher un commerce lucratif ; et ceux des principaux pays de l'Europe visitèrent le port de Boston (2).

Les manufacturiers et les négociants d'Angleterre représentèrent à Charles II que l'inobservation des lois relatives à la navigation était nuisible à leur industrie et à leur commerce : il fut décidé, par le comité des plantations, que des agents seraient envoyés dans les ports de la Nouvel le- Angleterre, pour y percevoir des droits, et que, si les autorités refusaient de les admettre, on interdirait à ses habitants tout commerce avec les autres plantations. On chargea, en même tems, les capitaines des frégates de sa majesté d'arrêter et d'amener en Angleterre, tous ceux d'entre eux qui refuseraient de faire leurs déclarations à la douane ; mais la Cour de Massachusetts profita du conflit qui s'éleva alors entre le prince et les communes pour s'affranchir de ces mesures. Toutefois, les manufacturiers et négociants anglais ayant renouvelé leurs plaintes, Charles résolut de réformer le gouvernement de la colonie, et d'établir une administration perma-

(1) A briefhistory of the wars witJithe Indians of New-Eneland, from a4lh june , i6?5, to aug, \i 1676 — By încrease Mather, teacher of a Church of Christ in Boston, in New-England. London, 1 676.

Mathers' Magnalia, lib. VII, ch. 6. Hubbards' lndian fVars. Churchs\ history oj king Philips' JVar.

(a) Ilulchinsons* Massachusetts, vol. I, ch. 2.

nente dans la Nouvelle-Angleterre. Il y envoya Édouard Randolphj qui avait déjà joué un si grand rôle dans la colonie de la Virginie en qualité d'agent du Conseil privé d'Angleterre. Randolph arriva, à Boston, le 10 juin 1676. Sur Tordre de Charles II,. dont il était porteur-, la Cour de Massachusetts députa en Angleterre deux messagers , TVilliam Stoitghtoft et Peter Biickley, pour défendre ses privilèges. L'année suivante, le Conseil privé, après avoir examiné les chartes des différentes provinces, décida <me le Massachusetts n'avait aucun droit sur le New-Hampshire, ni sur le Maine, et ces provinces furent réclamées par le roi, qui comptait eu Caire un apanage pour son fils naturel, le duc de Monmouth.

1677. La Cour de Massachusetts acheta le Maine, à Gorges, pour la somme de 1 ,?5o livres sterling, et y organisa un gouvernement. Eu i*68o , le New-Hampshire fut séparé de Massachusetts et devint une province royale ( r).

1677. Les colons, délivrés de leurs ennemis, crurent que la vengeance du Ciel les poursuivait encore, et que la principale cause de la guerre avait été leur tolérance envers les quakers. La Cour rendit, en conséquence, une nouvelle loi contre cette secte, d'après laquelle tous ceux qui assistaient à leurs réunions, devaient être arrêtés par le constable, sur un mandat délivré par un magistrat, et condamnés à travailler pendant trois jours, n'ayant d'autre nourriture que du pain et de l'eau; et à payer une amende de 5 livres sterling. Les constables , qui négligeaient d'exécuter cet ordre, étaient passibles de la même amende, dont un tiers revenait au dénonciateur (2).

Hutchinson observe que les lois contre les quakers furent très-nuisibles à la colonie, que les peines qu'elles prononçaient étaient hors de proportion avec l'offense, et tendaient à affaiblir l'autorité des lois pénales.

1677. Dans Ie courant de cette année, le gouvernement et le Conseil prirent divers arrêtés pour la réforme des mœurs dans la colonie. i° Les jeunes gens qui portaient les cheveux longs ou frisés étaient traduits devant un grand jury, réprimandés, ou condamnés à l'amende, ou au fouet. a° Les femmes qui se décolletaient ou se surcbargeaient d'ornements, étaient punies par la Côur, suivant qu'elle le jugeait convenable. 3° Toute personne y qui entendait blasphémer

(1) Voyez cet article.

(1) Hutchinsons Massachusetts, vol. I, ch. a.

ou jurer, était condamnée à une peine aussi sévère que le coupable. 4° Des inspecteurs furent chargés de la surveillance des cabarets, et quand ils ne faisaient pas leur devoir, ils étaient rigoureusement punis. 5° L'inobservance du cinquième commandement , à l'égard des domestiques ou des inférieurs, l'absence du logis pendant la nuit , et sans permission, et la fréquentation des mauvais lieux, entraînaient un blâme et une amende de 10 schellings pour la première offense ; la récidive était punie de cinq coups de fouet. 6° Des peines furent aussi prononcées contre l'oisiveté. Le constable faisait connaître les noms des paresseux au conseiller, qui, après les avoir admonestés, les envoyaient à la maison de correction, s'ils continuaient à vivre dans l'oisiveté. 70 Les boutiquiers et les négociants demandant trop pour leurs marchandises, et les ouvriers exigeant un trop fort salaire, étaient traduits devant le grand jury ou devant les Cours de comté ; le coupable était tenu de restituer le double de ce qu'il avait surfait, et de payer une amende, dont le montant était laissé à la discrétion de la Cour. 8° Les personnes se rendant de ville en ville, avec des femmes, sous prétexte d'aller « entendre des discours moraux », mais, en réalité, pour avoir occasion de boire dans les tavernes et mener joyeuse vie , pouvaient être condamnés à déposer, comme caution de leur bonne conduite à venir, une somme de 20 livres sterling, à payer une amende, ou à souffrir l'emprisonnement.

1678. Le 21 novembre, il y eut un jeûne général dans les trois colonies , dans le but d'attirer sur elles la protection divine, et de décider le roi à leur continuer ses bonnes grâces , et la jouissance des privilèges stipulés dans leur charte.

1679, mai. Un Conseil, ou synode des églises de Massachusetts, fut convoqué par ordre de la Cour, qui leur proposa les deux questions suivantes : 1 0 Pour quelle raison la colère du Seigneur s'est-elle appesantie sur la Nouvel le- Angleterre ? 20 Par quels moyens peut-on porter remède à ses maux?

1678. Randolph revint d'Angleterre avec une commission de l'administration des douanes, qui l'autorisait à dénoncer et à poursuivre toute infraction aux lois du commerce, et à requérir le gouverneur Lèvent de s'engager, par serment, à exécuter fidèlement l'acte de commerce. Le gouverneur s'y refusa; mais il prêta, devant la Cour, ce serment, qui fut reçu par le sous-gouverneur.

1678. Le comité des plantations consulta les avocats, de la

couronne, touchant la légalité de la charte, et leur demanda si l'autorité de la corporation n'avait point été compromise par l'abus qu'elle en avait fait. Randolph fut chargé de prendre des renseignements à cet égard. Les lords commissaires délivrèrent, en même tems , aux agents de Massachusetts, pour être présentée à la Cour, une longue liste d'abus ,

Sii , disaient-ils , avaient commencé avec la constitution le-même et exigeaient un prompt remède.

Randolph retourna encore en Angleterre en 1679, èt revint à Boston, vers la fin de la même année. Peu de temps après, il repartit pour l'Angleterre, et, en 1 681, il arriva de nouveau à Boston, porteur d'une commission de la couronne, qui le nommait collectenr et inspecteur des douanes à la Nouvelle- Angleterre. Il présenta cette commission à la Cour, qui n'y eut aucun égard (1).

1679. Les agents de la colonie retournèrent à Boston, le 23 décembre, apportant une lettre du roi, du 24 juillet 1679, dans laquelle sa majesté demandait : i° qu'on lui envoyât, avant six mois, d'autres agents pour achever ce qui restait à faire concernant la colonie ; 20 que la liberté de conscience fût accordée à tous ceux qui servaient Dieu suivant les lois de l'église anglicane ; 3° qu'aucune autre restriction ne fût mise à l'admission des hommes libres protestants, qui possédaient des biens fonds taxés à raison de 10 schellings ; 4° que le nombre primitif de 18 assistants fût conservé suivant la charte ; 5° que toutes personnes jouissant de quelques privilèges, ou emploi, prêtassent le serment d'allégeance; que toutes les commissions militaires ou civiles fussent délivrées au nom de sa majesté ; que toutes les lois commerciales en opposition avec celles de l'Angleterre fussent abolies.

1681 , 4 octobre. Randolph communiqua à la Cour une lettre du roi , dans laquelle il se plaignait de ce que le collecteur eût été mis dans l'impossibilité de remplir ses fonctions ; que des poursuites eussent été dirigées contre lui , et ses officiers, pour avoir fait leur devoir ; qu'il eût été forcé de déposer une somme d'argent avant de pouvoir intenter une action contre les coupables ; que des appels , concernant le revenu, eussent été rejetés, et que la Cour se fût emparée du produit des confiscations qui appartenaient à sa majesté.

La Cour nia que des poursuites eussent été instituées in-

(1) Hutchinsom' Massachusetts, vol. ï, ch. -i.

justement. Elle protesta n'avoir connaissance que d'une seule confiscation , qui était une amende imposée à un capitaine de navire , pour avoir mal parlé du gouvernement ; qu'elle se*conderait les officiers du roi dans lexereice^de leurs fonctions, qu'elle n'exigerait plus de dépôt, et que quant aux appels* , elle promettait de prendre ce sujet en considération.

Les griefs imputés aux colons, par la couronne, furent d'être inhabiles à se gouverner, de battre monnaie, d'avoir négligé d'envoyer des agents en Angleterre , et de s'être rendus coupables de plusieurs autres actes attentatoires aux droits de la couronne.

Le roi invita la Cour à accrédite* de nouveaux agents en Angleterre. Celle-ci s'y refusa. Néanmoins , pour ôter tout sujet de mécontentement au cabinet de Saint- James , elle décréta que les habitants, âgés de plus de 16 ans , seraient tenus de prêter le serment de fidélité au roi , et que ceux qui ne rempliraient pointcette formalité seraient condamnés à l'amende et à l'emprisonnement. La Cour rendit, en mémetems , une ordonnance qui punissait de mort le crime de haute trahison.

1682, février. Randolph commuuiqua à la Cour une autre lettre du roi qui renouvelait contre elle l'accusation d'avoir battu monnaie. Les membres s'excusèrent d'avoir usurpé cette prérogative du roi en disant qu'ils l'avaient fait pour empêcher la fraude.

La Cour résolut enfin d'envoyer des agents en Angleterre , et choisit, à cet eftet , MM. Richards et Diidley , qui mirent à la voile le 3i mai. Le 11 juin , un jeûne fut observé pour obtenir le succès de la mission des agents , la conservation de la charte et un adoucissement aux lob de la navigation.

Les colons, républicains par principes, soutenaient, que les Américains , quoique sujets de la couronne d'Angleterre , ne, faisaient plus partie de cette nation ; qu'ils ne devaient ohéis<«» sance qu'aux lois, approuvées par leurs représentants, et. que les assemblées coloniales jouissaient pleinement de tous les pouvoirs législatifs. Jaloux de leurs privilèges, ils résolurent de s'affranchir du joug de la métropole, pour ce/jui concernait le commerce. Ils alléguèrent que, maigre leur qualité de sujets du roi Y ils n'étaient pas» représentés au Parlement , et que les actes de; navigation étaient une violation de leurs droits et dé leurs privilèges ( 1 )•

(1) Hutchinsons' hist. of Massachusetts f vol. I, book I. Chalmers' J finals, I, ch. 16.

En arrivant à Londres, ces agents présentèrent an Conseil l'adresse de la Cour. Ils furent alors requis de communiquer leurs commissions et instructions à sir Lionel Jenkins, secrétaire d'état ; après quoi, le Conseil leur répondit que leurs pouvoirs n'étaient pas suffisants, et que s'ils; jtfen obtenaient pas de nouveaux, on aurait recours à un quo warrante,

1682, Le 4 jum> Randolph présenta au comité treize charges contre le gouverneur et la Compagnie de Massachusetts. Il leur reprochait: i° d'avoir usurpé des pouvoirs que n'accorde pas la charte ; 20 d'avoir passé des lois contraires à celles d'Angleterre ; 3° d'avoir imposé des taxes sur des sujets qui n'habitaient pas la colonie et par conséquent n'étaient point représentés dans la Cour générale; 4° d'avoir formulé un serment de fidélité pour la colonie, sans égard à celui d'allégeance au roi ; 5° d'avoir commis un déni de justice en supprimant les appels au roi dans son. Conseil; 6° d'avoir refusé obéissance aux actes de navigation et d'avoir emprisonné les officiers royaux qui avaient fait leur devoir ; 70 d'avoir établi un bureau de marine pour tromper la douane; 8° de n'avoir jamais rendu aucune décision en faveur du roi, en matière de douane, et d'avoir arrêté les poursuites par la crainte des frais qu'elles entraîneraient ; 90 d'avoir mis des droits sur les marchandises importées d'Angleterre; io° d'avoir négligé de faire prêter le serment de suprématie, ordonné par la charte ; 1 1° d avoir établi une Cour d'amirauté, sans l'autorisation du gouvernement ; ia° de s'être montrés hostiles à l'église anglicane ; i3° d'avoir persisté à battre monnaie, après avoir demandé grâce de cette offense (1).

ï683, 23 octobre. Les délégués retournèrent à Boston , et quelques jours après, Randolph arriva avec le quo warrante et la décl aration du roi, portant que si la colonie faisait pleine et entière soumission , il réglerait la question de la charte dans l'intérêt de la couronne et celui de la colonie , et sans autres altérations que celles qui étaient nécessaires pour le maintien du gouvernement.

1683, 3o novembre. Les députés, avant été consultés concernant cette proposition, refusèrent d y adhérer.

1684, 18 juin. Révocation de la charte. L'assemblée du Massachusetts ayant refusé de signer un acte d'adhésion pro-

( 1 ) Hubbards' New-En gland, ch. 71.

If utchinsons' Massachusetts, l, ch. a.

Chalmers Annal%y book. I, ch. 16, note ?4-

posé par le gouvernement et les; assesseurs , la haute Cour de chancellerie rendît un décret contre le gouverneur, et la compagnie, lequel annulait la charte qui avait régi Je pays pendant 55 ans.

Le colonel Kirk fut nommé gouverneur, noa-seulement du Massachusetts, mais aussi du New-Hamp&hire^ de Plvmouth et du Maine. Toutefois , avant que son. autorité fut reconnue, la mort de Charles II mit fin à sa mission ( i).

i685. Charles II mourut le 16 février, et son successeur, Jacques II, fut proclamé roi, le 20 avril, par le gouvernement de Massachusetts.

i685, 8 octohre. La frégate la Rose arriva d'Angleterre avec une commission du roi qui nommait un président (M. Dudley), et un Conseil composé des habitants les plus dévoués à la cause royale, qu'il investit des pouvoirs exécutifs et judiciaires pour le gouvernement du Massachusetts , du New-Hampshire et des provinces du Maine et de Narragansett , jusqu*à l'arrivée du nouveau gouverneur. L'acte de leur nomination fut communiqué à la Cour, devant une assemblée du peuple, le i5 mai 1686, et excita un grand mécontentement.

Ce nouveau gouverneur s'était prononcé en faveur d'une assemblée de représentants et avait demandé la réduction des taxes imposées par le Parlement ; mais le monarque, voulant tout soumettre à son autorité, résolut d'établir une administration permanente dans la Nouvel le- Angleterre, laquelle remettait le pouvoir législatif et exécutif entre les mains des mêmes personnes, quoique les avocats de la couronne eussent été d'avis que , nonobstant l'annulation de la charte de Massachusetts , les habitants n'avaient pas cessé d'être sujets anglais, et de jouir des libertés anglaises (1).

Le chevalier Edmond Andros, qui avait gouverné à New York> fut nommé capitaine-général et vice-amiral de Massachusetts j New-Éampshire > Maine > New-Plymouth , Pemaquid et Narragansett. Il était autorisé , après avoir obtenu le consentement du Conseil, nommé par la couronne, à faire des ordonnances, pourvu, toutefois, qu'elles ne fussent pas contraires aux lois d'Angleterre ; à lever des taxes pour

(1) Hutchinsons' Massachusetts, vol. 1, chap. a. Chalmers' Annals, I, ch. 16.

\i) Hutclùnsons' Massachusetts, vol. I, chap. 3. Chalmers' Jnnals, book I, ch. 16.

les dépenses du gouvernement, à régler la valeur et la cîrcuculation des monnaies étrangères. Il lui était enjoint de se montrer tolérant en matière de religion ; mais il devait , d'un autre côté , encourager l'église d'Angleterre et ne pas souffrir rétablissement d'une imprimerie dans ces colonies.

1685. Edouard Randolph est nommé sous-directeur de la grande poste de là Nouvelle-Angleterre (i).

1686, 16 novembre. Traité conclu à Londres * pour garantir la neutralité de V Amérique* entre la France et l'Angleterre. D'après ce traité , il devait y avoir entre les deux nations , paix, union r concorde et bonne^ intelligence , tant sur mer que sur terre, dans les deux Amériques, y compris les lies , colonies , ports et villes. Aucun vaisseau ou navire appartenant aux sujets de leurs majestés ne pouvait y être équipé ni employé pour attaquer les colonies de l'une ou de 1 autre puissance, ou pour leur faire aucun tort ni dommage. Le commerce et la pêche étaient garantis dans tous les lieux possédés par chaque puissance ; en cas de contravention , le navire , ou barque , devait être confisqué avec sa cargaison.

Les vaisseaux ou bâtiments marchands de Tune desdites puissances qui seraient contraints par la tempête, des pirates, ou des ennemis, à se réfugier dans les rades, ports ou navires appartenant à l'autre , devaient y être aimablement reçus et protégés. En cas de rupture entre les deux couronnes , il fut convenu que les garnisons ou sujets de sa majesté chrétienne n'exei'ceraient aucun acte d'hostilité par mer ni par terre contre ceux de sa majesté britannique , et réciproquement ; il devait toujours y avoir paix véritable , durable et neutralité entre lesdits peuples, comme si la rupture n'avait point eu lieu en Europe (2).

1 686. Sir Edmond Andros arriva, à Boston , le 20 décembre, et se mit en possession du gouvernement» Il prononça la dissolution de celui de Rhode-Island , brisa le seeau de cette province et en prit l'administration.

Andros se mit en devoir d'obéir aux ordres du roi, laissa son sous-gouverneur, François Nicholson, à New-York, avec quelques membres de son Conseil , leva 800 hommes ,

(1) Chalmers Jnnals, I, ch. 16.

lï) Mémoires des commissaires du roi, t. II, p. 81-89. Corps diplomatique, t. \II, part. 2, p. 141 .

çt marcliant à leur tête , au mois de novembre , à travers la glace et la neige, il chassa les Indiens des provinces orientales, où ils avaient Fait irruption ; après cela, il envoya ses troupes en quartier le long des frontières pour y passer l'hiver.

Andros débuta dans son administration par témoigner de grands égards pour le peuple et les intérêts des planteurs et des négociants ; il ordonna que toutes les lois de la colonie , qui n'étaient pas contraires à sa commission , fussent conservées ; mais il montra bientôt des dispositions moins bienveillantes ; il choisit pour confidents et conseillers des hommes qui ne faisaient pas partie du Conseil. Il contrôla la liberté de la presse, et déclara qu'aucun mariage ne serait valable s'il n'était pas fait devant un ministre de l'église anglicane, et que personne ne pourrait se marier sans fournir un cautionnement qui devait appartenir au fisc si le mariage n'était pas légal.

A cette époque , il n'y avait qu'un ministre épiscopal , nommé Ratcliff, dans le pays, et les cérémonies du mariage étaient accomplies par les magistrats .

Andros institua le serment sur la Bible, contrairement aux usages établis, et ceux qui s'y refusaient étaient condamnés à l'amende ou à la prison. Il établit des honoraires exorbitants : l'enregistrement d'un testament coûtait 5o schellings , et les droits sur les concessions de terres s'élevaient , dans certains cas , à 5o livres sterling. Fort de l'appui de quatre ou cinq conseillers , il imposait les propriétés d'une manière tout à fait arbitraire.

1 687 . Le 16 octobre de l'année suivante, il se rendit, avec un corps de 60 Sommes, à Hartford, dans le Connecticut ( 1 ), pour demander à l'assemblée, qui était alors en session, la remise de la charte. Les magistrats trouvèrent moyen de la cacher dans le creux d'un vieux chêne; mais ils ne purent empêcher Andros de s'emparer du gouvernement et de réunir la colonie au Massachusetts, bien qu'ils eussent donné au roi des preuves

contributions et des troupes , au moyen d'un Conseil cra'il avait lui-même choisi, et pour augmenter ses revenus , il imposa, le 3 mars, une taxe d'un penny par livre sur toutes les villes de son gouvernement ; mais il éprouva à cet égard une vive résistance de la part des habitants du comté d'Ëssex, qui déclarèrent cet impôt contraire aux privilèges des sujets britanniques , dont les propriétés , disaient-ils , devaient être

(1) Voyez cet article.

taxées par rassemblée et le gouvernement. Andros prétendit, en outre, que la charte ayant cessé d'exister, les titres des terre* étaient annulés (n ).

Le roi Jacques, voulant mettre les différents gouvernements dans la dépendance absolue de la couronne, avait expédié un quo warrante) ayant pour but d'abroger les chartes qui étaient encore en vigueur, et 4e contenir les Français qui avaient poussé leurs frontières au sud du lac Champlain.

Au mois de mars, le roi donna une nouvelle commission au chevalier Edmond Andros et lui .prescrivit de renfermer le New- York et le New-Jersey dans les limites de son gouvernement et d'établir des communications plus intimes entre ces provinces et la Nouvelle- Angleterre.

Les magistrats d'Ipswich ayant refusé d'acquitter ces taxes comme imposées sans leur consentement , sir Edmond en fit emprisonner quelques-uns et en condamna d'autres à des amendes de ao, 3o et 5o livres sterling.

1688. Les Indiens de la frontière recommencèrent les hostilités , et s'emparèrent de quelques bestiaux appartenant aux colons de North-Yarmouth. M. Blakman , juge de paix , informé de ces déprédations, arrêta dix-huit ou vingt naturels qui résidaient près de Saco.

Les Indiens usèrent de représailles, et, le 5 septembre, enlevèrent plusieurs familles de colons , qu'ils conduisirent à Taconntt, sur la rivière Kennebeck , où ils en égorgèrent quelques-unes.

A son retour de New- York , à Boston , sir Edmond fit relâcher les Indiens, et les prisonniers anglais recouvrèrent leur liberté.

Le ao octobre , il publia une proclamation ordonnant aux Indiens, qui avaient pris part à l'arrestation des prisonniers anglais , de se rendre auprès de lui avant le 1 1 novembre.

Les Indiens , toutefois , ne tinrent aucun compte de 'cette proclamation.

Les Indiens se retirèrent au fond des forêts et ne perdirent pas un seul homme pendant tout l'hiver. Les troupes anglaises furent moins heureuses ; elles périrent, pour la plupart, de froid et de fatigues ; et , l'expédition ayant entièrement échoué , le commandant fut sévèrement réprimandé nar ceux qui survécurent, aussi bien que parle peuple en général. Ayant

(1) Mauduiti, Short uiew qf the history of the New-England colonies , p. 45 et 46. London, 1776.

construit deux forts, l'un à la chute de Pipscot , et l'autre à Pejypscote, il y plaça desgarnisons , laissa Anthony Brockholt pour les commander, et retourna à Boston.

1 688, avril. Increase Maihtr, ministre de Boston, futcnvoyé en Angleterre, pour soumettre au roi les griefs de la colonie ; mais il ne trouva point ce prince disposé à les entendre. Les habitants de Cambridge lui firent parvenir une adresse, où ils lui rappelaient les droits qu'ils avaient au sol , accordé par la charte aux premiers planteurs , et acheté des naturels, et en limeraient les peines et les grandes dépenses A<jue leur avaient coûtées leur établissement. Ils se plaignaient que les titres qu'ils possédaient depuis plus de soixante ans fussent révoqués en doute par le gouverneur, sir Edmond Andros, malgré la letttre et la déclaration du roi, qu'ils ne seraient point molestés dans leurs propriétés et leurs possessions.

La colonie de Plymouth présenta aussi une pétition à sa majesté, la priant de ne pas permettre qu'ils fussent inquiétés clans leurs propriétés , de leur laisser la liberté de conscience en matière de religion , et de n'autoriser la levée d'aucun impôt sans le consentement de l'assemblée générale.

Le roi nlayant eu aucun égard à ces pétitions , les agents crurent convenable d'en adresser une aux lords du comité du commerce et des plantations, pour lui demander de créer un Conseil composé des principaux propriétaires de terres, et de décider qu'aucun acte ne serait légal, s'il n'était voté par sa majesté et publié pour l'instruction des habitants.

1689, & avril. Une copie imprimée de la déclaration du prince d'Orange fut apportée de la Virginie par Winslow . Les autorités publièrent une proclamation pour ordonner à tous les officiers et habitants de s'opposer au débarquement des troupes que le prince pourrait envoyer à la Nouvel le- Angleterre. Mais le peuple , qui faisait des vœux pour son succès, se souleva en sa faveur, arrêta le gouverneur, plusieurs membres du Conseil et d'autres personnes de leurs amis , au nombre de cinquante; on les conduisit en prison.

Le dernier gouverneur, Bradstreet^ plusieurs magistrats et les principaux habitants s'assemblèrent et enjoignirent à sir Edmond Andros de se démettre de son commandement. Le jour suivant , un ordre fut signé, par la plupart des personnes qui avaient pris part au mouvement, et adressé à Jean Pipon, commandant du fort , lui ordonnant de le livrer au capitaine Fairweather, ce qui fut exécuté.

Les mêmes individus , encouragés par les colons , s'éri-

3go CHRONOLOGIE HISTORIQUE

gèrent en Conseil, pour la sûreté du* peuple et la conservation de la paix ,■ dont Bradstreet fut nommé président, Isaac Adrdington, secrétaire. M. Winthrop fut élu commandant de la milice.

1689, ? mat. Ne pouvant pas rétablir la charte à cause du décret royal qui l'avait abolie , l'assemblée convoqua une commission de soixante-six députés qui se réunirent le q du mois de mai et procédèrent à l'organisation du nouveau gouvernement. Il fut résolu que la colonie serait administrée , à l'avenir,, par un gouverneur, un sous-gouverneur, des assesseurs , choisis suivant les droits accordés par la charte , en 1686, et des députés de différentes villes de la province. Ils convoquèrent aussi à Boston , une assemblée de cinquantequatre représentants de ces différentes villes, qui s'y tint, en effet, le 22 du même mois. Après deux jours de discussion , quarante membres furent d'avis de rétablir la charte ; le gouverneur et les magistrats, élus en 1686 , prirent les rênes du gouvernement.

Le 26 , un navire arriva d'Angleterre , apportant la nouvelle du couronnement du roi Guillaume et de la reine Marie, qui y fut reçu avec beaucoup de joie. Le 29, cet événement fut officiellement publié à Boston.

169a. Expédition du Massachusetts contre le Canada. Une (lotte , ayant à bord environ 1 ,200 hommes , sous le commandement du chevalier Guillaume Phips,, arriva le 5 octobre devant Québec. N'ayant pu opérer un débarquement, à cause de la violence du vent, elle se retira à l'île d Orléans, située à 4 milles au-dessous de la ville, où les troupes furent mises à terre (le 8). Attaquées par un corps considérable de Français et d'Indiens , elles regagnèrent avec précipitation leurs navires, qui furent ensuite disperses par une tempête.

L'expédition coûta au Massachusetts 200 bommes ( 1 ) et occasionna une grande dépense. Cette province n'ayant plus d'argent pour payer les troupes , et celles-ci menaçant de se révolter, on créa, pour la première fois, un papier-monnaie (2).

1691, 7 cet. Nouvelle charte. L'heureuse attaque que les colons firent contre la Nouvelle-Ecosse (3) attira de nouveau

(1) Il n'y en eut que 3o tues clans Je combat, selon le rapport du commandaut: les autres périrent par la dissenterie et la petite vérole.

(2) Voyez V article Canada.

Hutchinsons Massachusetts, F, ch. 5.

(3) Idem.

DE h* AMÉRIQUE. 391

suit cvix \ âtïco^ioîi r0yâlc • Ijâ CiOux* loui* âcoord^i ixno ï^onvdlc charte ; mais elle ne contenait pas les mêmes franchises que la première. On leur retira la, nomination du gouverneur, l'organisation de la milice, le choix des magistrats, des juges de paix et des shérifs , ainsi que toute part à la formation des lois. Maigre ces changemens , la charte tut acceptée par la majorité des colons.

D'après cette charte , le gouvernement se composait du gouverneur, sous-gouverneur, et de vingt-huit conseillers ou assistants. Les deux premiers officiers étaient nommés par le roi ; les assistants, par l'assemblée générale, le dernier mercredi du mois de mai. Elle était composée de tenanciers libres, dont il y avait deux pour chaque ville ou place , et qui possédaient , au tems de l'élection , une franche tenue dans la province, de la valeur de 4° schillings par an, ou une autre propriété de 5o livres sterling. Le gouverneur, avec lesdits conseillers , avait le droit de diriger toutes les affaires de la province. Ces conseillers pouvaient être déplacés de leur office par la Cour ou par rassemblée générale.

Le gouverneur, avec l'avis ou le consentement du Conseil ou des assistants, avait le pouvoir de nommer et commettre des juges , des shérifs , maréchaux, juges de paix et autres officiers.

Afin d'encourager les habitants de ladite province de Massachusetts , et tous ceux qui iraient y babiter, la liberté de conscience , pour le culte de Dieu, leur était accordée pour toujours.

La Cour, ou assemblée générale, avait plein pouvoir d'ériger et constituer des Cours de judicature ou autres, pour entendre juger toutes sortes de crimes, offenses et procès qui pouvaient avoir lieu dans ladite province, et d'établir toutes sortes de lois, statuts et ordonnances, pourvu qu'ils ne fussent pas opposés aux lois du royaume d'Angleterre ; de nommer et établir annuellement tous les officiers civils, excepté ceux réservés par la Cour ; d'imposer et lever des droits et taxes , ainsi que des amendes , peines et emprisonnement sur les biens et sur les personnes des habitants.

Aucune loi, statut, ordonnance, élection , ou autre acte du gouvernement, n'aura force ou validité sans le consentement ou approbation du gouverneur par écrit.

Le gouverneur aura aussi plein pouvoir d'enrégimenter et discipliner la milice pour la défense de la province, et de re-

3gi CHRONOLOGIE HISTORIQUE

pousser, par ta force des armes , tous ceux quî en tenteraient l'invasion.

Selon cette charte , la province de la baie de Massachusetts comprenait, dans ses limites , la colonie de Plymouth et du Maine , l'Acadie ou Nouvelle-Ecosse , tout te pays situé entre les deux dernières provinces et entre la rivière de Merrimack et l'Océan Atlantique , ainsi que celui qui s'étend vers le sud et l'ouest jusqufà Rbode-Island, Connecticut et Narragansett. Massachusetts s'étendait , «n largeur, depuis l'Océan Atlantique j usqu'à la mer Pacifique ( i.) .

Le 16 mai, le gouverneur Bradstreet céda son autorité au chevalier Guillaume Phips , nommé gouverneur par la couronne. Ce dernier se rendit à l 'Hôtel-de- Vil le , le même jour, avec les magistrats et les principaux citoyens , escorté d'un régiment de troupes de ligne et des compagnies de milice de Charleston, Ce fut au milieu de cette assemblée qu'il fit publier la charte, la commission qu'il tenait du roi, celle du sous-gouverneur, et prêter le serment de fidélité et d'allégeance.

D'après la charte, le gouverneur avait le droit de nommer les shériffs et autres officiers civils ; mais iL confia ce pouvoir au premier Conseil général , qui devait rester en session jusqu'au mois de mai 1693.

La Cour s'assembla le 8 juin , et rendit un acte qui dé* clarait que toutes les lois de la colonie de la baie de Massachusetts et de la colonie de Plymouth, qui ne se trouvaient pas en opposition avec celles d'Angleterre ou avec la charte r resteraient en vigueur jusqu'au 10 novembre 1692.

160,2. Un des premiers actes de la législature fut de rédiger une déclaration de droits de la colonie , où il y était dit l qu'aucune taxe ou contribution d'aucune espèce ne serait imposée à aucun des sujets de sa majesté ou sur leurs propriétés sans le consentement et sans un acte du gouverneur, du Conseil et des représentants du peuple, assemblés en Cour générale. Ce droit , toutefois , ne fut point concédé , mais on lui accorda le pouvoir : i° de poursuivre la fraude et le parjure suivant les statuts de Charles II ; 20 de punir les offenses criminelles, en modifiant les peines de la loi commune ; 3° de faire observer le sabbat ; 4° de pourvoir à rétablissement et

(1) Neales New-England , vol. II, appendice , n« H. The charter granted by thcir majesties kine William and Queen Mary» Mémoires des commissaires du roi, t. II, art. 53.

DE l'aMÉRIOUE. 3g3

au maintien des ministres et des maîtres d'école; 5° dérégler l'administration des villes et des comtés ; 6° de fixer le nombre des représentants ; 70 de gérer les propriétés des personnes mourant sans testament.

Le gouverneur Phips, ayant reçu l'ordre de faire unr fort enpierre a Pemaquid , s'y rendit pour en surveiller l'exécution et disperser les guerriers indiens qui occupaient les bords de la rivière Kennebeck. Pour cet objet , il expédia te major Church, qui marcha contre eux à la téte d'un détachement de troupes , et brûla leur fort et leur récolte à Taconick. L'année suivante, le capitaine Convers s'avança, avec plus de 4oo* hommes , vers le même lieu , y surprit une bande d'Indiens, et à son retour, fit construire un fort en pierre sur le bord occidental du Saco , à environ deux lieues de son embouchure.

Ces Indiens, se trouvant privés de la faculté de chasser, et craignant les Iroquois , demandèrent la paix , renoncèrent à l'alliante française et se déclarèrent sujets du roi d'Angleterre le 11 août 1693 (1).

169a. Vers cette époque , le peuple fut saisi d'un vertige extraordinaire. Un grand nombre d'habitants , croyant à la science des sorciers, furent emprisonnés , et jugés par une commission spéciale, nommée à cet effet. ~En peu de mois, 23 femmes et 5 hommes, accusés de sorcellerie , furent condamnés à mort, d'après un statut de Jacques Ier; 19 furent pendus, 1 étouffé et 1 autre mourut en prison. Les femmes, réputées sorcières, accusèrent enfin les amis et les parents du gouverneur et des magistrats, ce qui mit un terme à ces scènes d'horreur, au mois de janvier 1693. Sur 56 accusés de sorcellerie devant la Cour supérieure , le grand jury déclara qu'il n'y avait pas lieu à suivre contre 3o ; et trois autres, convaincus par le petit jury, furent graciés : i5o détenus pour ce prétendu crime furent absous , et les poursuites intentées contre 200 autres furent suspendues (2).

(1) Mathers' Magnolia, vol. II, lib. VII.

Neales* New-England, t. II, ch. a, où se trouve l'acte de soumission intitulé : «« The submission and agreement q/the Eastern Indians in Pemaquid y the 1 itl» day of august, i6q3 »

(3) Hutchinsons' Massachusetts , ch. I , qui renferme beaucoup de détails sur ce sujet.

Historié al Collections of Massachusetts, vol. V, p. 61*80. Letterwritten the 8*1» october , 1892 , bv Thomas Branler F. R. 5. giving a full and candid account oj the detusion called fVitchrajï, whichprevailed

3g4 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

1692. Pendant la session de cette année, l'assemblée du Massachusetts rendit plusieurs lois favorables à la liberté, et particulièrement celle A'habeas corpus, qui était destinée à empêcher les arrestations illégales. Par un autre acte , elle défendit à tout Français de résider dans aucun port de iner, ou ville frontière , sans une autorisation du gouverneur et du Conseil (1).

La Cour générale, pensant (ju'îl était nécessaire de soutenir son accusation contre le dernier gouverneur et de solliciter la restitution de la charte, avec tous ses droits et privilèges, en- , voya à cet effet, en Angleterre, deux assesseurs, Elisha Cooke et Thomas Oakes, avec M. Matheret sir Henry A&hurst.

Cette commission , toutefois- , ne fut point d'accord sur certains points de l'accusation portée contre sir Edmond, et celui-ci , qui était retourné à Londres , obtint , quelque teins après, le gouvernement de la Virginie, où il mourut.

1694. Le chevalier Phips , ayant eu une contestation avec le directeur des douanes, se rendit en Angleterre sur tfh ordre «lu roi , pour expliquer sa conduite dans cette affaire. Pour empêcher à l'avenir un semblable conflit d'autorité, le gouvernement nomma un juge de l'amirauté.

1694* Cette année , le district de Harwich fut incorporé par un acte du gouvernement. Son nom indien était Satiicket (2). Le district de Tiverton eut le même privilège (3), . ainsi que^lui cY Attleborough (4).

1696. Prise du fort Pemaquid ou Pemkuit par les Français, Le roi de Francs, apprenant qu'ait moyen de ce fort les Anglais tenaient toute 1 Acadie en échec, donna ordre à dJIbervilie et à Bonaventure de l'attaquer. Le 7 août , ces commandants mouillèrent à Pentagoët , où ils rencontrèrent

in New-England, and of tlie judicial trials and exécutions at Salem, etc. . A true account of the trials, examinations, confessions, condemnations and exécutions of divers witches, at Salem, in New-Eugland. Salem, 8«k month, 169a.

(i) Holmes9 Annals, year 169a.

^Historical collections of Massachusetts, vol. VIII, p. 175. ville d'Harwich est située sur les bords de l'Atlantique, dans le . comté de Barnstable, à 79 milles sud-est de Boston. Population en i83o, 3,974 habitants.

(3) En 1740, Tiverton fut séparé de la province de Massachusetts et annexé à celle de Rhode-Island. Voyez cet article.

f4) La ville d' Attleborough est située dans le comté de Bristol, à 29 milles sud-ouest de Boston. Population en i83o, 3,219 habitants.

de l'amérique. 395

le baron de Saint- Castin avec 200 sauvages Canibas et Maléciits, auxquels d'Iberville distribua des présents. Le i3, l'expédition navale arriva devant le fort, qui fut investi le lendemain. Le commandant Chubb , ayant reçu une sommation, répondit « que quand la mer serait toute couverte de vaisseaux français et la terre d'Indiens, il ne se rendrait pas » . D'Iberville descendit à terre un peu avant la nuit* et dressa des batteries, <rui lancèrent plusieurs bombes dans le fort. En même tems, vSaint-Castin fit dire aux assiégés que s'ils attendaient l'assaut, il n'y avait aucun Quartier à espérer des sauvages. La garnison , composée de 92 boinmes , obligea le commandant à capituler. Chubb obtint les conditions qu'il demanda. On lui promit que personne ne serait dépouillé ; que lui et ses hommes seraient envoyés à Boston pour y être échangés contre des prisonniers français et sauvages, et qu'ils seraient protégés contre la fureur des Indiens.

Le capitaine de Villieu prit possession de la place avec 60 Français et y trouva i5 pièces d'artillerie montées. Le 17 et le 18, ses gens travaillèrent à la démolition de ce fort, qui avait coûté beaucoup d'argent aux Anglais ( 1 ) .

1696. Le roi Guillaume établit un Conseil de commerce et des plantations (2) avec lequel les gouverneurs des colonies américaines étaient obligés d'entretenir une correspondance active (3). -

Pendant l'hiver de cette année, il régna, dans la colonie, un froid si rigoureux , que des traîneaux chargés passèrent sur la glace, entre la ville de Boston et Nantasket. Les provisions manquèrent et les colons éprouvèrent de grandes souffrances (4)-

1696. Le Parlement anglais prit plusieurs mesures relatives aux colonies. Il publia : i° une loi pour prévenir les fraudes et empêcher les abus dans le commerce des colonies ;

(1) Charlevoix, Hist. gen. delà Nouvelle-France, t. II, 16. Cet auteur dit que le fort de Pemkuit n'était pas une aussi bonne place qu'il le paraissait : toutefois i) est certain que s'il eût été défendu par de braves gens, le succès du siège eût pu être douteux, ou du moins il eût coûté bien du sang pour s'en rendre maître.

Hutchinsons* hist. of Massachusetts Bayy vol. II, ch. 1. Cet auteur prétend que les conditions de la capitulation avaient été proposées par les commandants fiançais.

(7) En anglais : a The lords* commissioners for trade and plantations ».

(3) Àndersons hist, of commerce, II, 6m-3.

d) Mathers Magnalia, vol. II,boo* VIF.

i° tous les navires qui entretenaient des relations avec les établissements anglais, en Afrique, en Asie, en Amérique, devaient être anglais f irlandais ou construits dans les plantations, et leurs cargaisons avoir la même origine ; 3° les propriétaires de terres sur le continent américain ne pouvaient les vendre ou les céder qu'à des sujets anglais , nés dans le royaume , et avec le consentement du roi ; 4° tous les gouverneurs, nommés par les propriétaires américains, devaient être approuvés par la couronne et, avant d'entre» en fonctions, prêter le même serinent que celui qu'on exigeait des gouverneurs, des colonies royales ; 5? aucune marchandise provenant des plantations anglaises de L'Amérique ne pouvait être débarquée ni en Irlande ni en Ecosse , avant d'avoir payé les droits en Angleterre : toute contravention à cet égard était punie par la confiscation du bâtiment et de sa garnison ; 6° tous les règlements , usages et coutumes desdites plantations qui étaient opposés aux lois du royaume , furent déclarés nuls et sans effet (i ).

1697, 20 septembre. Paix de Ryswick. Guillaume III , roi d'Angleterre,. et Louis XIV, roi très-chrétien, s'engagèrent mutuellement à conserver une paix universelle et perpétuelle , à faire cesser entre leurs sujets toute inimitié, hostilité et discorde ; à rétablir la liberté- de la navigation et dû-commerce , comme elle était avant la déclaration de guerre , et à restituer les pays, colonies et forts tombés au pouvoir de chaque puissance, depuis cette époque. Il fut aussi convenu que le traité de paix, fait à Saint-Germain-en-Laye* le 2p,juin 1679* serait rétabli (2).

Ce traité mit fin à une guerre cruelle que les colons soutenaient depuis dix ans (3).

1699, 2^ mai. Lord Bellarnont arriva à Boston en qualité de gouverneur, et, contrairement à. quelques-uns de ses prédécesseurs, se montra alfable et plein d'égards pour les habitants, qui , à leur tour, lui témoignèrent un grand respect. Quoique membre de Féglise anglicane, il assistait , toutes les semaines , aux sermons du ministre puritain , qu'il traitait avec une estime toute particulière.

(1) Jndersons* hist. of commerce, II, 6*5.

(a) Corps diplomatique, t. VII, part. II, p. 399. Mémoires des corn, missaires du roi, etc., t. II, p. 92-108. Ce traité comprend 17 articles.

(3) Les détails de cette guerre se trouvent dans l'ouvrage du docteur Mather, intitule* : Decennium Luctuosum.

La nouvelle constitution lui attribuant une grande part à la direction des affaires publiques , il prenait l'initiative dans toutes les questions, s'intéressait à tous les débats de la Cour, employait tout son crédit pour faire adopter certains bills , et rejetait ceux, qu'il n'approuvait pas.

Lord Bellamont fut le premier gouverneur nui , à l'instar du lord-lieutenant d'Irlande, prononça devant 1 assemblée un discours qui fut ensuite imprimé. Il travailla spécialement à la suppression de la piraterie, qui avait été pratiquée pendant plusieurs années le lonç des côtes ; et les députés, satisfaits de son administration , lui accordèrent des appointements plus considérables que ceux dont avaient joui jusqu'alors ses prédécesseurs, savoir; 1,875 livres sterling, pendant les quatorze mois qu'il resta dans la province.

1699. Une autre loi défendit l'exportation à l'étranger des articles de laine manufacturés dans les colonies de l'Amérique du Nord, sous peine de la confiscation du bâtiment et de la cargaison et d'une amende de 5oo livres sterling ( 1).

1700. Après la session de la Cour générale , en mai , lord Bellamont abandonna son gouvernement et se retira à Nev/- York où il mourut le 5 mars suivant.

La législature passa, cette année, un acte pour le châtiment des vagabonds , des mendiants , des paresseux et des gens menant une vie désordonnée. Elle ordonna , à cet effet, d'établir une maison de correction dans chaque comté.

Le gouvernement de Massachusetts décréta l'expulsion de son territoire avant le 10 septembre , de tous les prêtres, jésuites et papistes qui étaient accusés d'avoir excité les Indiens à la révolte (2).'

L'administration de la colonie tfebul à Stoughton, qui en était alors sous-»£ottvernenr. Vers le même tems , DudUy trouva moyen, par l'entremise de quelques dissidents, en Angleterre , ae se iàireinommer gouverneur du Massachusetts ; mais le roi Guillaume étant mort, avant son départ , il fut obligé d'attencjre une nouvelle commission de la reine Anne. Pendant cet intervalle , Stoughton mourut (en mai 1702), et le Conseil fut chargé de l'administration du pays jusqu'à l'arrivée de Dudley, le 11 jui« 170a.;

Louis XIV, après avoir placé son petit-fils, le duc d'Anjon,

(1) Andersoni hist. of commerce;, \J9 644*

(a) Holmes' Annal», ycar 1700. ^ . , ' v«

3g8 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

sur le trône d'Espagne, proclama le prétendant roi d'Angleterre. Il étendit ensuite son autorité dans l'Amérique du Nord et excita au dernier point la jalousie des Anglais par ses prétentions au droit exclusif de pêche sur les côtés ae l'Acadie. Il n'en fallut pas davantage pour décider l'Angleterre à déclarer la guerre à la France et à l'Espagne.

1703. Plusieurs membres du Conseil avaient voté pour l'arrestation et l'emprisonnement du nouveau gouverneur ; celui-ci ne l'avait pas oublié , et lorsque rassemblée lui présenta la : liste des conseillers élus , il fit observer à l'orateur que plusieurs des membres les plus remarquables, qui faisaient partie de la Chambre l'année précédente, avaient été éliminés, et qu'on avait choisi à leur place des gens qui leur étaient bien inférieurs en fortune et en talents. Il raya alors de la liste les noms de cinq personnes de grande distinction, savoir: Elisha Cooke* membre du Conseil depuis 9 ou 10 ans , gendre du gouverneur Everettj et qui possédait plus de propriétés que le gouverneur lui-même ; Peter Sargent, qui avait épousé la veuve de sir William Phips ; Thomas Oakes, qui avait été en Angleterre comme agent ; Jean Saffirij fils de Thomas Sajjin, immortalisé par l'auteur du Spectateur, et Jean Bradford, petit-fils du premier gouverneur de Plymouth.

Le gouvernement de Massachusetts imposa lui droit de 4 livres sur chaque nègre importé dans la province ( 1 ).

1703, 20 juin. Le gouverneur Du dléy eut line conférence avec plusieurs délègues 4e$ tribus indiennes (1). Ils lui jurèrent que leur union avec les blancs serait solide comme le roc, éternelle comme la lune et le soleiL. Six semaines après, un corps composé de Français et de ces* thèmes Indiens , au nombre de 5oo, ravagèrent de nouveau les établissements orientaux, qui furent presque tous détruits, depuis Casco jusqu'à Wells. Environ i3|Q, galons furent tués ou faits prisonniers (3). o / ,, , f."j. 1 . ■,.■'.«• «.i'J*>

L'assemblée générale de Massachusetts rendit , à cette occasion , ,un acte dans lequel elle promettait1^ livres de la monnaie du pays par chevelure indienne: D'après un acte subséquent, cette prime fut -fitéft ainsi qu'il snït : i° aux

(1) Collections of Massachusetts' hist. socïetyyx<û. ï, igG.

(a) Hutchinsons* Massaôhusutts Bay, II, ch. 3.

(3) Penhallows9 Jndian wars, p. 29 et fo'. Boston, 1726.

troupes réglées, pour chaque chevelure, 10 louis ; 20 le double aux volontaires en activité de service ; 3° aux simples volontaires , 5o livres ; 4° a une troupe en compagnie arrivant au secours d'une ville ou garnison, 3o livres.

Ces primes augmentèrent tellement les dépenses de la guerre, que chaque Indien tué ou fait prisonnier coûta au pays environ 1 ,ooô francs.

Le pillage était autorisé , ainsi que le droit de réduire à l'esclavage les femmes et les enfants âgés de plus de 11 ans (1). . y -v .

1 704? 28 février. L'année suivante, les Indiens, chassés par les Anglais, demandèrent du secours à M* de Vaudreuil, gouverneur du Canada , qui leur envoya a5o hommes sous les ordres d'un lieutenant nommé Hertel de Rouville; celui-ci brûla la ville de Deerfield , fit i5o prisonniers , et ne perdit que trois Français et quelques Indiens (2).

1704. Expédition du colonel Benjamin Church contre les établissements français et indiens , sur la cote orientale de la Nouvelle- Angleterre. Cette expédition , entreprise aux irais de la ville de Boston, au mois de mai, se composait de 1 4 bâtiments de transport et 36 bateaux destinés à la pèche de la baleine, ayant à bord 55o soldats , sous l'escorte d'un vaisseau de guerre , et de deux goélettes. Lie commandant , obéissant aux ordres du gouverneur Dudley, détruisit les villes de Menis et Chignecto , et ravagea les districts de Penobscot et de Passamaquody (3); Le 2 juillet , l'expédition mouilla devant l'entrée du bassin de Port-Royal. Le commandant tenta inutilement de débarquer ; le gouverneur de l'Acadie avait si bien pris ses mesures que les Anglais furent repoussés partout où ils se présentèrent ; et le 2 , la flotte se retira. Charlevoix dit que tout lé fruit de cette expédition se réduisit à faire 5o prisonniers, et un très-petit butin qui ne dédommagea pas , à beaucoup près , les Bostoniens des frai* d'un si grand armement, encore moins du mépris que leur peu de résolution leur attira de la part de tous les sauvages (4).

(1) De Norridgework, Periobscôty Pigwachet, Penacook et Jmariscoggin. •

(1) HutchinsonS Massachusetts B*y, vo\. H, ch. 3. Selon eet auteur, le corps que commandait Rouville était fort de 3oo hommes. 40 colons furent tués, et une centaine faits prisonniers.

(3) Hutchinsons' hist. of Massachusetts Bay, vol. II, ch. a, où se trouvent les détails de cette expédition. —

(4) Charlevoix, Histoire gén. de la Nouvellc^France, t. II, Uv. X.

4oo CHRONOLOGIE HISTORIQUE

1704. Le premier journal politique qui fut publié* dans la colonie , parut à Boston sous le titre de : Boston News- LetUr, par Bartholemew Grem (1).

Le gouverneur, s 'étant montre trop jaloux de son autorite, excita le mécontentement du Conseil. Il s'éleva entre eux un conflit au sujet de la nomination de deux officiers , Cookc et Sergent, que le gouverneur refusa de ratifier, malgré la recommandation du président de l'assemblée. Il en fut de même de l'élection <TQakes, en qualité d'orateur : il intima au Conseil l'ordre d'en nommer un autre, ce que le Conseil refusa, parce que, disait-il, le gouverneur usurpait un pouvoir qui ne lui était point accordé par la charte. Le gouverneur prétendit que c'était une des prérogatives du roi ; mais que , vu les affaires de la guerre , il ne voulait pas retarder les travaux de l'assemblée en discutant ce point avec elle.

Le gouverneur appela son attention, d une manière spéciale, sur trois objets, savoir : i° le rétablissement du fort Pemaquid ; 20 le prélèvement d'une contribution pour les dépenses du fort Piscataqua ; 3° la fixation des appointements du gouverneur, du sous -gouverneur et des juges des Cours.

La Cour lui répondit : i° qu'un fort placé à Pemaquid, qui était éloigné de 100 milles des plantations anglaises, ne pouvait tenir lieu de barrière contre les Indiens, et était sans utilité, pouvant tout au plus servir à protéger le mouillage de quelques bateaux pêcheurs ; que ce fait avait été consigné dans l'adresse de la Chambre à sa majesté, en date du 27 mars 170.3, et répété deux fois depuis ; que du reste la province n'était pas tenue de supporter ces dépenses ; 2° .que , quant au fort de Piscataqua, il avait été élevé depuis plusieurs années, aux frais de cette province ; que le Massachusetts avait contribué à son entretien , à J aide de droits prélevés sur la navigation et le commerce de la rivière de Piscataqua ; quecette province n'était jamais venue en aide à la colonie, et que d'ailleurs les réparations du fort n'excéderaient pas 5oo livres sterling; 3° que , quant à la fixation des gouverneurs et autres fonctionnaires, les ressources du gouvernement variaient tellement que cela pourrait être préjudiciable aux intérêts des loyaux sujets de sa majesté, dont les privilèges et les droits étaient de lever de tems à autre telles sommes d'argent qu'ils jugeaient nécessaires au service publie.

La Cour se décida néanmôins à concéder un traitement de

(1) Thomas hist. of Printing, I-, 2&\.

DE L'AMÉRIQUE. 4oi

5oo livres sterling par an au gouverneur et de 200 au sousgouverneur ; mais celui-ci, ne trouvant pas cette somme suffisante, retourna en Angleterre.

1707. Autre expédition, partie de la Nouvelle-Angleterre, contre Port-Royal, dans la Nouvelle-Ecosse (1).

1708. Expédition française et indienne contre la Nouvelle-Angleterre. Suivant le plan de cette expédition, elle devait se composer d'environ 4oo hommes, dont 100 guerriers canadiens, d'un certain nombre de volontaires, la plupart officiers français , et de sauvages chrétiens établis clans la colonie. Les Français étaient commandés par MM. de Saint - Oours de Chaillons et Hertel de Rouville ; les Indiens , par M. Boucher de La Perrière. Les premiers devaient marcher par la rivière de Saint-François, avec les Algonquins, les Abénaquis de Békancour et les Hurons de Lorette , et un autre capitaine , avec les Irocmois , par le lac Champlain , jusqu'à celui de Nikisipiqiie* heu de rendez-vous , où ils devaient être joints par les Indiens voisins de l'Acadie.

Le 26 juillet, les deux premiers commandants se mirent en marche ; mais à peine furent-ils arrivés à la rivière de Saint- François, qu'ils apprirent que les Hurons , ayant perdu un homme, par accident, s'étaient imaginés que l'expédition leur serait funeste, et s'en étaient retournés chez eux. Les Iroquois, que conduisait La Perrière , par le lac Champlain , suivirent cet exemple , sous prétexte qu'ils avaient quelques malades qui pourraient infecter toute l'armée. Les commandants ecrivirentàM. deVaudreuil pour lui annoncer cette désertion et lui demander ses ordres : sa réponse fut qu'ils devaient continuer leur route, même dans le cas où ils seraient abandonnés par les Algonquins et les Abénaquis. Ces Indiens, qui étaient au nombre de 200, jurèrent de rester fidèles à leurs engagements, et l'expédition reprit sa marche a travers les bois, l'espace de i5o lieues ; elle arriva au lac Nikisipique, sans y trouver les Abénaciuis, qui avaient été obligés de se défendre ailleurs contre les Anglais.

Les commandants résolurent alors d'enlever le village de Haverhiil , situé sur la rivière Merrimack , et composé de 25 à 3o maisons bien bâties , et défendues par un fort -qui avait une garnison de 3o soldats. Le 29 août , ils l'attaquèrent, l'épée et la hache à la main , s'en emparèrent, après

(i) Voyez cet article.

T. xvii. 26

4o2 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

beaucoup de résistance ; ils mirent le feu au. fort et aux habitations. Les Anglais perdirent une centaine d'hommes tués et plusieurs prisonniers.

En se retirant , les vainqueurs tombèrent dans une embuscade et essuyèrent la décharge de 70 hommes ; mais ces derniers, abordés ensuite à l'arme blanche , furent tués ou pris, et il ne s'en échappa guère que dix ou douze. Dans les deux affaires, les Français eurent cinq hommes et trois Indiens tués, et dix-huit blessés. Parmi les morts se trouvaient deux jeunes officiers , Htrtel de Chambly^ frère de Rouville, et Verchères. L'expédition retourna à Montréal, vers la mi-septembre (1).

17 10. Nouvelle expédition des colons contre Port- Royal (2). Le Parlement anglais rendit , cette année , plusieurs lois utiles : 1 0 pour 1 encouragement du commerce américain : il supprima les droits qui avaient été imposés sur les marchandises provenant de prises faites pendant la guerre ; 2° pour la conservation des arbres à pin propres à faire des mâts de vaisseaux ; 3° pour l'établissement d'un bureau de poste.

17 1 1 . Expédition des colonies contre le Canada (3).

171 1. Le village de Pembroke fut érigé en ville , par un acte de la législature (4).

17 12. Le gouvernement de Massachusetts défendit l'introduction, dans le territoire, de domestiques indiens et d'esclaves. Un autre acte avait pour but de protéger les débiteurs en déclarant valables les billets de l'Etat en circulation (5).

17 1 3. Traité entre les colons et les Indiens de Pénobscot, de Saint-Jean et de Kennebeck. Les Indiens de l'Est de la Nouvelle-Angleterre, informés par les colons de la conclusion du traité d'Utrecht (du 3o mars), entre la France et la Grande- Bretagne , proposèrent au gouverneur Dudley un traité de

(1) Charlevoix, Hist. de la Nouvelle-France, t. II, lib. 19.

Htstchinson* Massachusetts, ch. a. Selon ce dernier auteur, les Français se retirèrent dans les bois après une action qui dura environ une heure.

(a) Voyez l'article Canada.

(3) "Voyez cet article.

(4) Pembroke est située dans le comté de Plymouth, à a3 milles sudest de Boston, Population en i83o, i,3a5 habitants.

(5) American Annals, by M. Holmes, year 1712.

DE L' AMÉRIQUE. 4o3

paix, de soumission et de pacification qui fut signe', le i3 juillet, à Portsmouth (i).

Des lettres de crédit de la valeur de 4<> mille livres sterling avaient été tirées pour les dépenses de la dernière guerre, et entr'autres pour l'expédition contre le Canada. L'or et l'argent ne circulaient plus ; tout se payait avec du papier. Une soudaine hausse dans le change avec l'Angleterre, et d'autres pays , ayant été attribuée à la stagnation du commerce , il fut

Ï proposé , pour le ranimer, de faire une autre émission de ettres de crédit : cette proposition donna naissance à trois partis , l'un , soutenu par Hutchinson , qui voulait retirer le papier et y substituer une monnaie d'or et d'argent ; un autre était d'avis d'établir une banque particulière, chargée de tirer les lettres de crédit que les propriétaires ou Compagnies recevraient pour de l'argent , mais sans une valeur fixe comparée aux métaux. Cette association financière devait donner des propriétés comme garantie de ses engagements. Ce projet était appuyé par le sous-gouverneur. Le troisième parti voulait qu'on pourvût aux dépenses du gouvernement au moyen d'un emprunt.

Après bien des discussions , le plan de la banque publique fut adopté. Une valeur de 5o,ooo livres sterling, en billets, fut placée entre les mains de cinq syndics, pour le terme de cinq ans , par les habitants qui voulurent souscrire , moyennant un intérêt de 5 pour 100 ; un cinquième du principal devait être remboursé annuellement.

17 14. La reine Anne mourut le ier août, et George Ier monta sur le trône. Cette nouvelle fut apportée à Boston , le i5 septembre , par un bâtiment venant d'Irlande , et le gouverneur ayant reçu une copie de la Gazette de Londres , contenant la proclamation royale, où cet événement était annoncé, fit reconnaître le nouveau roi, sans avoir reçu d'autres ordres à cet égard. Le Conseil, tenant son autorité de la charte, et non d'une commission royale , prit les rênes du gouvernement .

La proclamation du roi arriva le 2 1 mars , et le gouverneur, rétabli dans son autorité , réunit l'assemblée au mois de mai. Cookj son grand adversaire, ayant été nommé membre du Conseil, il refusa de ratifier cette élection.

Cook était un médecin qui avait exercé pendant plus de 4°

(1) ffutchinsons' Massachusetts, t. II, ch. a. Perihallows' lndian wars, p. 78.

4o4 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

ans diverses fonctions publiques, sans jamais dévier de ses principes politiques. Il mourut le 3i octobre, à l'âge de 78 ans.

1714. Le colonel Burgess , qui avait servi sous le général Stanhope , dut à ce dernier son élévation au poste de gouverneur, par une commission du 17 mars. Tailerj le sous-gouverneur, ayant reçu une copie de cette commission , prit en main la direction des affaires , le 9 novembre , sans que la Chambre des représentants , qui se réunit le 23 novembre , y mît le moindre obstacle. Tailer, étant étroitement attaché au parti de la banque , ne s'entendit pas avec le gouverneur, qui, par l'influence de sir William Ashurst, le décida à céder son emploi à William Dummer, en échange d'une somme de 1 ,000 livres sterling.

1715. Le i5 décembre, le district de Hopkin ton fut établi, en vertu d'un acte de l'assemblée de Massachusetts. Selon le docteur Stimsorij, le nom indien de ce lieu était Quansigomog : selon Nathan Stone* il s'appelait Moogunkawg. Megonko est encore le nom d'une colline voisine. Les premiers établissements avaient été commencés vers l'année 171a (1).

17 16. Le 4 octobre, le nouveau gouverneur, le colonel Shute j arriva à Boston , et se rangea du parti opposé à la banque. Dans le discours qu'il adressa à la Cour générale , le 7 novembre, il attribua la grande stagnation du commerce à la rareté de l'argent. Cette opinion décida les représentants à recourir à une autre émission de billets du gouvernement. Il fut fait un emprunt de 100 mille livres sterling, remboursable dans dix ans , et dont le produit fut placé entre les mains des commissaires nommés par chaque comté. Cette mesure occasionna une nouvelle dépréciation du papiermonnaie.

1 7 1 7. Pendant plus de 4o ans , si l'on en excepte de courts intervalles , le Massachusetts avait été en guerre avec les Indiens qui occupaient la partie orientale du pays. Le gouverneur, voulant mettre à profit la paix qui régnait à cette époque entre la France et l'Angleterre, pour les soustraire à 1 influence des missionnaires français, invita leurs chefs à une

(1) Voyex Collections of Massachusetts' hist. society, vol. IV, p. i5, et vol. X, p. 82. La ville de Hopkington est située dans le comté de Middlesex, à 32 milles sud-ouest de Boston. Population en i83o, 1,809 habitants.

de l'Amérique. 4o5

conférence qui devait avoir lieu à l'île d'Arrowsick , au mois d'août. Ceux-ci acceptèrent l'invitation et s'y rendirent. Le gouverneur, accompagné de plusieurs membres de son Conseil et de celui de New-Hampshire, arriva en même tems ; il commença par leur offrir une Bible anglaise, avec la traduction indienne en regard , et leur présenta M. Baxter, missionnaire , qui devait la leur expliquer, ainsi que les doctrines de la religion anglicane. Ils refusèrent la Bible , et répondirent que Dieu leur avait donné des instructeurs, et que s'ils les abandonnaient, ils déplairaient à Dieu. Le gouverneur, trouvant qu'il était inutile d'entreprendre leur conversion, insista alors sur le droit qu'avaient les Anglais sur cette partie du pays. Ils répliquèrent qu'ils n'avaient jamais cédé de terres situées à l'est du Rennebeck , et se plaignirent des empiétements commis par les blancs sur leur territoire.

Le gouverneur déclara que les Anglais ne renonceraient à aucun de leurs droits. Les Indiens se levèrent alors , montèrent dans leurs canots, et se retirèrent dans une île voisine.

Dans la soirée , plusieurs d'entre eux revinrent avec une lettre du jésuite Ras le y adressée au gouverneur, pour lWertir que le roi de France était décidé à protéger les Indiens contre les empiétements des Anglais ; mais les naturels , fatigués de la guerre, et craignant d être chassés de leurs villages de Norridgeworketde Pénobscot, envoyèrent, le jour suivant, deux ^Narragansetts au gouverneur pour lui annoncer qu'ils désiraient vivre en paix avec les Anglais , et consentaient à ce

3u'ils prissent possession des terres qu'occupaient leurs préécesseurs. Les Indiens offrirent en même tems de renouveler le traité de 1 7 1 3, et la conférence se termina.

Le gouvernement de Massachusetts imposa un droit sur les articles de fabrique anglaise , importés dans le territoire, ainsi que sur les denrées et vins des Indes occidentales , et un droit de tonnage sur les navires anglais.

1717. A cette époque , le commerce de Massachusetts employait 3,493 marins, et 492 navires dont le tonnage s'élevait à 2§,4o6 tonneaux ( 1 ).

17 H). L'assemblée de Massachusetts passa une loi pour la suppression des loteries; et l'année suivante, elle en rendit une autre contre Y oisiveté et Y immoralité (2).

(0 Hutchinsons Massachusetts, H, ch. 3.

(i) Law s of Massachusetts.

4o6 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

1721. Introduction de la vaccine dans la Nouvelle-Angleterre. La petite vérole, qui avait été apportée dans le pays, vers le milieu d'avril, par l'équipage d'un navire étranger, fit de si grands ravages dans la ville de Boston, que de 5,889 individus atteints de cette maladie, 844 succombèrent. Le docteur Zabdiel Boylston ayant vacciné ses enfants et ses domestiques , les gens pieux , révoltés de cette opération , disaient hautement que si ses enfants en mouraient, ce médecin devait être considéré comme un assassin. Malgré leur opposition, et les insultes dont on l'accablait dans les rues, il

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pour prendre des mesures à cet égard. Ceux-ci tinrent conseil, et après un mûr examen , ils déclarèrent que l'inoculation avait occasionné la mort de plusieurs individus et donné naissance à d'autres maladies dangereuses. La Chambre des représentants proposa ensuite un bill pour défendre l'inoculation ; mais le Conseil ne se trouvant pas assez éclairé sur cette matière, le projet ne fut pas pris en considération (1).

172t. Jérémiak Dummer, agent de la province de Massachusetts, publia, à Londres, une défense de la charte de la Nouvelle-Angleterre, qu'il dédia à lord Carteret, premier secrétaire d'état. « Ayant eu dernièrement , » dit cet agent , « l'honneur de présenter l'humble adresse de la province de Massachusetts à sa majesté, pour demander le maintien des privilèges de la charte, que les colons croyaient en danger, iV me parut en même teins nécessaire d'expliquer les droits qui leur sont accordés par la charte.

» Les colons regarderaient comme une plus grande calamité de perdre leurs privilèges que de voir leurs propriétés dev€nir la proie des flammes ; et cela n'est pas étonnant, puisque l'une est un malheur réparable, tandis que l'autre est sans remède. Des propriétés brûlées peuvent se relever du milieu de leurs cendres , même plus belles qu'auparavant ; mais il est à craindre que la liberté, une fois perdue, le soit pour toujours. »

1 7*1. Un journal, intitulé Courrier de la Nouvelle-An-

(1) Hutchinsons* hist. of Massachusetts bay, II, ch. 3.

Bolyston publia un récit de cette affaire sous le titre de Historical account of the small pox inoculated in New- En gland. London , 1726. Voy. Hist. coll. of Massachussetts, vol. III, p. 00/2, contenant un tableau de cette maladie, à différentes époques, depuis Tan 1702 jusqu'en 1792.

gleterre, fut, cette année, établi à Boston par James Franklin, frère de Benjamin Franklin. Ce fut le quatrième journal publié dans l'Amérique du Nord (1).

1722. Cette année, la colonie du Massachusetts renfermait plus de g49ooo habitants. La milice se composait de 16 régiments l'infanterie et de i5 compagnies de cavalerie (a).

1722-24. Guerre entre les colons et les Abénaquis. Par l'article 12 du traité d'Utrecht , la France avait cédé à l'Angleterre YAcadie ou Nouvelle- Ecosse, la ville du Port- Royal et toutes les terres et îles qui en dépendaient. Le gouverneur de la Nouvelle -Angleterre tenta inutilement de gagner les Abénaquis et ne put les détacher de leurs missionnaires. Il fit venir un ministre de Boston , pour établir une école dans leur pays ; mais celui-ci , ne pouvant prendre aucun empire sur les enfants, s'adressa à leurs parents, et se mit à tourner en ridicule les pratiques de l'église catholique. Le père Sébastien Rasle, qui gouvernait ces Indiens, lui adressa alors une lettre pleine de reproches , qu'il terminait en disant « que les néophytes se contentaient de croire les vérités de la religion catholique, sans prétendre les contro verser ». Il exprimait , en même tems, le désir de conférer avec lui de vive voix, ou par écrit , et lui envoya , en attendant , un mémoire dans lequel il s'attachait à prouver, par des raisonnements théologiques, la vérité des dogmes que le ministre anglais avait attaqués. Celui-ci, s'apercevant que sa mission serait infructueuse , repartit le lendemain pour Boston , d'où il expédia au père Rasle, une courte réponse écrite dans un latin si peu intelligible , dit le père Charlevoix , que le missionnaire n'y put rien comprendre.

Le gouverneur eut recours à un autre expédient pour réduire les Abénaquis. Plusieurs colons s'étant engagés à leur fournir des marchandises à meilleur marché que celles qu'ils tiraient de Boston , pourvu qu'ils leur accordassent la permission de bâtir des magasins sur les bords de leurs rivières , les Indiens y consentirent ; et bientôt un grand nombre d'Anglais s'y trouvèrent établis dans de bonnes maisons , dont quelques-unes étaient de véritables forteresses.

Les Abénaquis , jaloux de leur indépendance , commencèrent bientôt à éprouver de la défiance , en se voyant entourés

(1) Thomas* history of Printing, I, 3o8.

(-2) D'après le rapport du gouverneur Shute, adressé au comité du commerce et des plantations.

4o8 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

d'habitations anglaises , et se plaignirent de leurs empiétements. Ces trafiquants ayant répondu que le roi de France avait fait don de ce territoire à la couronne d'Angleterre, les Indiens s'adressèrent a a marquis de Vaudreuil, pour savoir si cette cession avait réellement eu lieu. Le général les assura qu'il n'avait été nullement question de leur pays dans ledit traité.

Peu de tems après , le gouverneur de la Nouvelle-Angleterre envoya 200 hommes armés, pour inviter les Abénaquis à nommer des députés , qui se rendraient à Boston, à l'effet d'y traiter de la paix. Ils y consentirent ; mais leurs quatre délégués , à peine arrives dans cette ville, furent arrêtés et jetés en prison. Les chefs demandèrent sur-le-champ raison de ce procédé si extraordinaire. On leur répondit que les députés étaient retenus en qualité d'otages, et qu'il s seraient mis en liberté aussitôt que leurs chefs auraient dédommagé les Anglais de la perte de quelques animaux domestiques qui avaient été tués, disaient-ils, par ces Indiens, et dont ils estimaient la valeur à 200 livres pesant de peaux de castor.

Les Abénaquis ne convinrent point du fait, mais ils acquiescèrent à la demande , pour obtenir la liberté de leurs frères. Cependant, le gouverneur garda encore les prisonniers pendant quelque tems, et proposa aux chefs une conférence qui fut acceptée. Ils se rendirent au lieu et à l'heure indiqués , accompagnés du père/fos/e., et du P. Pierre de la Chasse* supérieur-général des missions. Le gouverneur, toutefois, n'y parut point. Les chefs , outrés de sa conduite , jurèrent d'en tirer vengeance; mais ils finirent par suivre les conseilsdusupérieur, qui , le 7 juillet 1621, écrivit au gouverneur une lettre où il lui mandait : i° que les Abénaquis ne comprenaient pas pourquoi on gardait leurs prisonniers, après avoir promis de les rendre aussitôt la remise des aoo livres de castor ; a° qu'ils n'étaient pas moins surpris de voir les Anglais s'établir dans, leur pays sans permission ; 3° que ces étrangers eussent à en sortir au plus tôt et à mettre en liberté les captifs qu'ils retenaient contre le droit des gens ; 4° que si dans deux mois, les Abénaquis ne recevaient point une réponse favorable à cette lettre, signée par dix-sept différentes tribus , la nation saurait bien se faire justice.

Ce délai étant expiré sans qu'on eût entendu parler de cette affaire, les Abénaquis se mirent en mesure de donner suite à leur menace ; mais ils en furent empêchés par l'influence du marquis de Vaudreuil.

Bientôt après, les Anglais , ayant appris que le baron de Saint-Castin s'était rendu à la conférence proposée par le gouverneur, envoyèrent un bâtiment pour l'enlever de sa résidence, qui était située sur le bord de la iner. Le capitaine, chargé de cette mission, jeta l'ancre non loin de là, et l'invita à venir à son bord. Le baron , qui connaissait cet officier, s'y rendit en toute confiance, fut retenu prisonnier et conduit à Boston. Interrogé relativement à sa qualité et à l'habit d'ordonnance qu'il portait, il répondit : « que son père , le baron de Saint-Castin, avait épousé une Abénaquie, et qu'il lui succédait comme chef et commandant-général de cette nation ; qu'en cette qualité, il avait dû assister à une assemblée où seraient discutés les intérêts de ses frères ; que l'habit qu'il portait n'était pas un uniforme, mais un costume convenable à sa naissance et à son rang , étant officier dans les troupes du roi son souverain ».

Monsieur de Vaudreuil, instruit de l'arrestation et de la détention de cet officier, écrivit au gouverneur de la Nouvelle- Angleterre , pour le réclamer ; mais n'en reçut point de réponse. Cinq mois après , il fut pourtant mis en liberté , et repassa en France.

1722. L'année suivante, les Anglais, persuadés que le père Rasle était un obstacle invincible à leurs desseins sur le pays des Abénaquis, résolurent de s'en défaire et offrirent 1 ,000 liv. sterling à quiconque leur porterait sa tête. Ne pouvant réussir par ce moyen , le gouverneur envoya, vers la fin de janvier, un détachement, commandé parle colonel Westbrook, pour s'emparer de lui, au village de Narantsoak ( 1 ) où il était resté avec les vieillards et les infirmes, tandis que les hommes valides étaient occupés à la chasse. Deux jeunes chasseurs aperçurent heureusement un bâtiment anglais dans la rivière de Rinibequi et coururent en avertir le missionnaire.

Celui-ci ordonna aux vieillards de se réfugier dans les bois, où, après avoir mis en sûreté les vases sacrés et les ornements de l'église , il se hâta de les rejoindre. Les Anglais le cherchèrent par tous les sentiers frayés , sans le trouver, après quoi ils retournèrent au village , pillèrent sa maison , et saccagèrent l'église.

Cette entreprise irrita tellement les Abénaquis qu'ils résolurent de déclarer la guerre aux Anglais. Leurs émissaires parcoururent le pays des Hurons de Lorette , en les appelant

(1) Nommé Norrklgcwock par Hutchinson.

aux armes , et les guerriers se donnèrent rendez-vous à Narantsoak , village situé sur les bords du Kinibeki. Ils commencèrent par brûler les habitations anglaises, sans tuer les habitants , et en emmenèrent seulement cinq pour répondre de leurs députés.

1 7^4- Le 23 août, un corps de i , 100 hommes, composé en partie d'Anglais et en partie d'Indiens , surprit Narantsoak , où il n'était resté que 5o guerriers. Le père Rasle , qui s'y trouvait , essuya une décharge, en cherchant à sauver ses néophvtes , et tomba mort au pied d'une croix qu'il avait luimême plantée. Sept Indiens , qui voulurent lui faire un rempart de leurs corps, furent tués à ses cotés.

« Ainsi mourut , dit le père Charlevoix , ce charitable pasteur, en donnant sa vie pour ses ouailles , après 37 ans d'un pénible apostolat, dans sa 67e année (1). Il savait la plupart des langues qu'on parle dans ce vaste continent , et il avait travaille au salut de presque toutes les nations qui le peuplent. »

Les Indiens, consternés, prirent la fuite; les uns traversèrent la rivière à la nage, les autres à gué, poursuivis par les Anglais, qui en tuèrent 3o et en blessèrent 14, et évacuèrent ensuite le village, après avoir mis le feu à l'église.

Une boîte de carton , dont le colonel Westbrook s'empara et qu'il remit au gouverneur de Massachusetts, contenait un dictionnaire de la langue abénakie* lequel fut ensuite déposé à la bibliothèque de Harvard. C'est un volume in-4° d'environ 5oo pages. Dans une note écrite par l'auteur, en 169 1 , il dit « qu il avait déjà passé un an parmi les sauvages et commencé à mettre en ordre , en forme de dictionnaire , une foule de mots qu'il avait appris » .

1723. Le 23 octobre , Sanderson, agent du gouvernement anglais, transmit à la Cour de Massachusetts une remontrance dans laquelle le roi se plaignait : i° de la destruction des arbres réservés pour la mâture des navires de la marine royale ; 20 du refus de l'assemblée d'admettre le 'veto du gouverneur dans le choix de son président ; 3° de l'usurpation par elle du droit de fixer les jours de jeûnes et d'actions de

(1) Charlevoix, Hist. gén. de la Nouvelle-France, t. II, liv. ao.

Hutchinsons1 hist. of Massachusetts bay, vol. II, ch. 3. Cet auteur entre dans beaucoup de détails relativement aux dévastations commises par ces Indiens. Lorsqu'ils eurent détruit le village de Brunswick, situ<; entre la baie de Casco et Kenncbcck, le gouvernement de Massachusetts leur déclara la guerre le a3 juillet 1732.

DE L'AMÉRIQUE. 4ii

râces ; 4° de son ajournement en vertu de sa propre autorité ; ° de la démolition des forts et de l'envoi de' pièces d'artillerie et de munitions de guerre à certains, endroits, sans l'autorisation du capitaine-général ; 6° de làfnise en disponibilité de plusieurs officiers , et du refus de leur payer leurs appointements ; 70 de sa prétention de réunir et de commander les troupes du roi, etc.

La Cour, après avoir examiné ces plaintes, les déclara sans fondement, et ordonna que ioo livres fussent mises à la disposition de Sanderson , pour employer un avocat à défendre sa cause.

Le Conseil ayant refusé d'y concourir, la Cour se décida à répondre aux différentes plaintes et à rédiger une adresse au roi ; mais le Conseil désapprouva aussi ce projet, alléguant qu'il déplairait à sa majesté. Il consentit néanmoins à ce que l'adresse et la réponse fussent signées par le président et envoyées à Sanderson ; et, de son côté, il adressa une pétition au roi, qui fut soumise au gouverneur.

Jérémiah Dummir, agent de l'assemblée , fut cboisi, du consentement du Conseil, pour la représenter, et défendre les principes de la charte.

1723. Expédition du colonel TVestbrook contre les Indiens établis sur les bords du Pénobscot. Cet officier partit deRennebeck, le 1 1 février, avec 1 3o hommes, à bord de plusieurs barques, et longea les côtes vers l'Orient jusqu'au Mont- Désert. A son retour, il entra dans le Pénobscot qu'il remonta à la distance de 32 milles ; il y découvrit un petit village indien entouré de palissades et qui renfermait tàyvigwams ou cabanes. Hors de l'enclos, s élevaient une église de 60 pieds de longueur sur 3o de largeur, et une maison trèscommode pour le prêtre. Le colonel , n'y trouvant personne , mit le feu à cet établissement et revint à Kennebeck le 20 mars (1).

1724. Le 3 décembre, la ville de Holliston fut érigée en corporation par la Cour générale de Massachusetts , qui lui donna ce nom en l'honneur de Thomas HolUs* de Londres, patron zélé de l'université de Cambridge. La population se composait alors de 24 familles (2).

(1) Hutchinsons Massachusetts bay, IT, ch. 3.

(2) Les premiers établissements furent créës en 1710. En 1728, on y établit une église. En 1754, la population s'élevait à 80 familles ou

4i2 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

1724. La même année , Walpole fut e'rige'e en ville (1). L'assemblée de Massachusetts fit une loi pour empêcher

les habitants d'exagérer leurs dépenses somptuaires et de faire usage des écharp^s aux enterrements, sous peine de 20 livres d'amende.

1725. Mise à prix, par le gouvernement de Massachusetts, des prisonniers indiens ou de leurs chevelures. Le gouvernement de cette province ayant offert la somme de iqo livres à quiconque lui livrerait un Indien ou sa chevelure (2), Jean Lovewell entra en campagne à la tête d'une compagnie de volontaires pour donner la chasse aux naturels. Le 5 janvier, se trouvant à la distance de 40 milles au-delà du lac de Winnepesiankee (3), il prit un Indien et en tua un autre dont il enleva la chevelure. A son retour à Boston , il réclama et reçut sa récompense. Etant parti de nouveau, il découvrit dix Indiens endormis autour d'un feu. Les Anglais firent sur eux une décharge et les tuèrent tous. Lovewell retourna encore à Boston , le 3 mars, avec les chevelures de ces victimes, qu'il livra aux autorités au prix convenu. Encouragé par ce succès, il fit une troisième excursion avec une bande de 33 hommes. Le 8 mai , il aperçut un Indien sur une pointe de terre , qui s'avançait dans un lac. Il ordonna à ses hommes de déposer à terre leurs paquets , et de se préparer à combattre ; mais il fallait faire une marche de deux milles autour de cette pièce d'eau pour atteindre cet Indien. Celui-ci se laissa approcher sans bouger, quoique exposé à une mort certaine. Lovewell étant arrivée à portée de fusil, l'Indien tira sur lui et le blessa, et, recevant lui-même une décharge, il expira percé de plusieurs balles. En même tems , 80 Indiens , cachés dans les broussailles, s'emparèrent des paquets des Anglais et tombèrent sur eux à leur retour, avec 1 eurs tomahawks ou haches ; ils en tuèrent sept. De ce nombre était le capitaine ; seize s'échappèrent en abandonnant dans les bois nuit blessés, dont deux se sauvèrent ensuite. Cette affaire mit fin à ces barbares excursions (4).

4oo individus. Voyez Hist. coll. of Massachusetts, vol. III, p. 18-ao. Holliston est située dans le comté de Middlesex, à 25 milles de Boston. Population en i83o, 1,79a habitants.

(1) Walpole est située dans le comté de Norfolk, à 18 milles de Botton. Population en i83o, i/j-Ja habitants, (a) £11 anglais, scalp.

(3) tVinnépésianhée est siluè dans le Ncw-Hampshirc.

(]) Hutchinsons Massachusetts bay, vol. II, ch. 3. Gct auteur di

DE L* AMÉRIQUE. 4i3

T725. Le gouvernement de Massachusetts passa des actes pour ériger en corporation les villes de Kingston , Methuen, Easton et Stoneham (1).

1726, janvier. D'après la charte explicative (2), acceptée par les colons, le gouverneur ou commandant en chef devait avoir voix négative dans l'élection du président de la Chambre des représentants , et celle-ci ne pouvait s'ajourner pour plus de deux jours à la fois. Le gouverneur, le lieutenant-gouverneur, le secrétaire et le juge de la vice-royauté étaient tous nommés par la couronne (3). Les synodes furent abolis. On voulait mettre à la disposition du gouverneur l'emploi des fonds publics ; mais ce droit fut réclamé et contesté par l'assemblée, dont la plainte , adressée par elle au Parlement anglais, fut déclarée par ce corns « frivole et mal fondée, insultante pour le gouvernement de sa majesté, et tendante, de la part de la colonie , à secouer le joug de la Grande-Bretagne, à laquelle elle est et doit rester assujétie, en vertu de la loi et du droit » •

1726, août. Traité conclu à Falmouth^ près de la baie de Cusco , entre le gouvernement de Massachusetts et les Indiens de l'Est. Il fut signé par le grand sachem JVenemovelt et le lieutenant-gouverneur Dummer, auquel la Chambre des représentants vota la somme de 100 livres sterling pour ses services dans cette affaire. Ce traité fut approuvé par Jean JVentworlh; lieutenant-gouverneur du New-Hampshire , et Paul Mascarenej membre du gouvernement de la Nouvelle- Ecosse (4).

que le nom de cet Indien mériterait mieux que celui de Curtius d'être transmis à la postérité.

(1) Holmes* Annals d'après Massachusetts1 laws. Le docteur Cotton place l'incorporation de Kingston vers l'an 1724. Voyez Hist. colle et. of Massachusetts, t. IV, p. i3o. Cette ville est située dans le comté de Plymouth, à 3a milles sud- est de Boston. Population en i83o, i,32i habitants.

Méthuen est située dans le comté d'Essex, à 26 milles au nord de Boston. Population en i83o, 2,006 habitants.

La ville d'Easton est située dans le comté de Bristol, à 22 milles sud de Boston. Population en i83o, 1,756 habitants.

La ville de Stoneham est située dans le comté de Middlesex, à 10 milles au nord de Boston. Population en i83o, 732 habitants.

(2) En anglais, explanatory charter, du 20 août 1725.

(3) Hutchinsons' history of Massachusetts bay, II, ch. 3. Il y eut 48 voix pour l'acceptation de cette charte et 32 contre.

(4) Hutchinsons" Massachusetts , II, ch. 3. Cet auteur place la date de ce traité en 1725 (vieux style).

4i4 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

1727. Le 29 octobre, un violent tremblement déterre se fît sentir à la Nouvelle-Angleterre, et aussi loin que le fleuve de Delaware, sur une distance d'environ 700 milles. 11 commença à 10 heures 4o minutes de l'après-midi et dura environ deux minutes. Le tems était clair et serein. Les maisons s'ébranlèrent comme si elles allaient s'écrouler ; les portes et les fenêtres s'ouvrirent avec violence , et les habitants purent à peine se tenir sur leurs jambes. Depuis l'année i663, la Nouvelle- Angleterre n'avait pas ressenti un tremblement de terre ( 1 ).

1727. Le gouvernement de Massachusetts établit quatre nouvelles villes, savoir : celles de Southborough (2), Uxbridge (3), Hanover (4), Province- Town (5).

1728. Le i3 juillet, Burnet^ qui avait été gouverneur de New- York , arriva à Boston en qualité de gouverneur de la province de Massachusetts. Dans son premier discours à l'assemblée , qui se réunit le 24 du même mois , il fit connaître les ordres qu'il avait reçus du roi. Il lui était recommandé, entre autres choses , de se faire allouer un traitement fixe. L'assemblée refusa d'accéder à ce projet , mais elle vota la somme de 1 ,700 livres pour couvrir les dépenses de son voyage et celles qui lui étaient personnelles. Le gouverneur, par un message du 29 août , se prononça contre cet arrangement qu'il déclara contraire aux instructions royales. Le 3 1 suivant,

(1) Hutchinsons' Massachusetts , II, 3rô. Memoirs of tke American academy, I, 265. Il est à remarquer que le même jour, l'île de la Martinique souffrit d'un tremblement de terre qui dura onze heures. Voyez cet article , tome XVI .

(2) Le district de Southborough, détaché de M arlborough. fut établi le 6 juillet, et renfermait alors une surface d'environ 4 milles carrés. Le 21 octobre 1730, on bâtit une église dans la ville de ce nom, qui est située à 3o milles à l'ouest de Boston. Population en i83o, 1,080 habitants.

(3) Uxbridge était connue des Indiens sous le nom de Wacuntug. Çette ville est située dans le comté de Worcester, à 38 milles ouest de Boston. Population en i83o, 2,086 habitants.

(4) La ville de Hanover est située dans le comté de Plymouth, à 22 milles sud de Boston. Population en i83o, i,3o3 habitants.

(5) La ville de Province- Town est située par la latitude de 4?° 3* nord et longitude 70° 9' de Greenwich, dans le comté de Barnstable, sur la pointe septentrionale du cap Cod, à 5o milles sud-est de Boston. Les premiers colons abordèrent à cet endroit au mois de décembre 1620, avant de se rendre à Plymouth. Population en i83o, 1,710 habitants. Voyez Hist. collections of Massachusetts hist. societf, vol. VIII, p. 196-202. Description of Province- Town.

DE i/ AMÉRIQUE. 4i5

l'assemblée répliqua que la Cour générale était investie par la charte royale de Guillaume et Marie, du droit d'imposer des taxes pour les dépenses et l'entretien du gouvernement et pour la protection et la conservation des habitants ; et qu'il importait à la réalisation de ce double objet que ce traitement ne fût point fixé d'une manière permanente. Cette réponse amena une violente contestation entre le gouverneur et l'assemblée. Les habitants de Boston se réunirent et se prononcèrent contre l'allocation d'appointements fixes au gouverneur. Celui-ci alors ajourna la Cour à Salem , déclarant , dans son adresse à cette occasion, que l'interposition des habitants était « intempestive, inutile, et convenait mieux à la république de Hollande qu'à la constitution britannique » .

L'année suivante, rassemblée publia une justification de sa conduite, où elle exposait : i° que la fixation d'un salaire régulier était une mesure nouvelle, et qu'il ne pouvait y avoir aucun danger à suivre la méthode de ses devanciers, qui avait été trouvée sûre et convenable ; i° que les Anglais avaient le droit incontestable de lever des fonds et d'en disposer pour le service public ; 3° que la fixation d'un salaire annuel nuirait à la dignité et à la liberté de la Chambre des représentants , dans la discussion des actes relatifs aux taxes et autres objets ; 4° que l'assemblée générale était pleinement autorisée par la charte à établir telles taxes qu'elle jugerait convenables pour le bien des habitants (i).

1730. Belcher arriva pour remplacer Burnet en qualité de gouverneur.

1731. A cette époque, la colonie de Massachusetts était dans l'état le plus florissant. Elle renfermait une population

. de 120,000 Anglais et possédait 600 navires , goélettes et barques, dont le tonnage s'élevait à 4o,ooo tonneaux. Environ la moitié de ces bâtiments étaient employés au commerce étranger. Les pêcheurs occupaient 6,000 hommes et produisaient annuellement 23o,ooo quintaux de poisson (2).

Les productions naturelles propres à l'exportation , consistaient en bois de construction, planches, mâtures, vergues, merrain, poix, goudron, peaux d'orignaux ou élans, de daims et de castors, morue verte et sèche, maquerau salé, farines et biscuits.

(1) Hutchinsons* Massachusetts, II, ch. 3. (a) Andewons commerce, III, year 1731.

1 738. D'après le recensement de cette année, la population mâle blanche s'élevait à 35,427 individus, âgés de 16 ans et au-dessus ; celle des noirs esclaves était de 2,600. La colonie possédait alors 27,420 chevaux , 62,000 bêtes à cornes et i3o,ooo moutons (1).

1739. Un projet d'expédition pour les colonies américaines fut présenté à sir Robert Walpole , qui refusa de le sanctionner. « Je laisserai cela, » dit-il , « à mes successeurs , qui auront moins à cœur que moi la prospérité commerciale de mon pays. Mon but, pendant toute mon administration, a été de donner tout l'encouragement possible au commerce des colonies. A mesure qu'il augmentera, une plus grande quantité de nos produits y sera consommée, et si elles gagnent 5oo,ooo livres par le commerce étranger, en deux ans , plus de la moitié de cette somme retournera à l'Angleterre. »

1739. Voulant encourager les pêcheries , le Parlement fit un acte pour naturaliser les protestants ou autres sectaires, qui étaient établis ou qui s'établiraient dans les colonies, appartenant à la couronne.

La pêche de la baleine , sur la cote de la Nouvelle-Angleterre , fut si abondante qu'on exporta cette année à la mèrepatrie 1 54 tonneaux d'huile et 72 quintaux de côtes de baleine.

1744? 3i mars. L'Angleterre déclara la euerre à la France, et, avant que le gouvernement de Massachusetts en eût connaissance (2), Du Quesnel, gouverneur du cap Breton , expédia M. Duvivier, avec 900 hommes, pour attaquer Canso, dont la garnison ne se composait que de 80 hommes. Il s'en empara le i3 mai, et transporta les prisonniers à Louisbourg , où ils devaient rester un an , et de là se rendre à Boston.

Pour empêcher les incursions des Français et des Indiens , on leva un corps de 5oo hommes, on renforça les garnisons et on construisit de nouveaux forts. En même tems , le roi envoya 20 canons de fyi et 2 mortiers de i3 pouces pour armer le château de Castle- William * à Boston (3).

1745, 16 juin. Prise de la ville de Louisbourg, dans

(1) Britisk empire in 4/nerica, I, chap. 8.

(1) La proclamation n'eut lieu à Boston que le 2 juin.

(3) Uutchinsons' Massachusetts, II, ch. 4.

l'île du cap de Boston , par une expédition partie de la Nouvelle-Angleterre ( 1 ).

1746. Les dépenses supportées pour les colonies septentrionales, y compris la Nouvelle-Angleterre, New- York, pendant cette dernière guerre , qui se termina par la prise de Louisbourg, se montèrent à environ un million sterling. Les progrés de l'agriculture et du commerce en éprouvèrent beaucoup de retard ; les billets du crédit , qu'on avait émis pour fournir aux frais de la guerre , tombèrent dans un tel discrédit qu'on avait fini par ne plus les recevoir que pour le vingtième de leur valeur première.

1748, 7 octobre. Traité de paix entre la France et l'Angleterre, conclu à Aix-la-Chapelle. L'Acadie, cédée à la Grande-Bretagne , prit alors le nom de Nova-Scotia, Nouvelle-Ecosse. Le gouvernement anglais vota la somme de 4o,ooo livres sterling pour y établir une colonie , et offrit en même tems aux émigrés les conditions les plus avantageuses : 3,760 les acceptèrent et furent débarqués sur les bords de la baie de Chébucto, dans un endroit nommé depuis Halifax, en Tbonneur du comte de ce nom , un des commissaires chargés des affaires commerciales et des plantations. Edouard Cornwallis les accompagna en qualité de gouverneur et commandant en chef de la Nouvelle-Ecosse. Les Acadiens eurent la permission de rester, en qualité de neutres, dans ce pays (2).

1 748. Le gouvernement anglais publia un acte , en vertu duquel toutes les instructions et décisions du roi devaient être exécutées dans les colonies. Un autre acte mit fin à la circulation du papier-monnaie, ou billets d'état, qui ne devaient pins avoir cours que pourles dépenses de l'année , et en cas a invasion.

1750. Le Parlement d'Angleterre défendit de construire des moulins ou autres machines pour la fabrication du fer, dans la colonie, sous peine d'une amende de 200 livres sterling. Il y avait alors quatre de ces machines dans la province de Massachusetts (3).

1750. Loi contre les représentations théâtrales* Deux jeunes Anglais et quelques Bostoniens ayant annoncé qu'ils joueraient une tragédie dans le café Anglais , à Boston , une

(1 ) Voyez l'article Canada.

(Y) Douglas* Summarjr, etc., p. 566. Boston, 17 55. (3) Hutchintons' Ma$sachu$eUsy II, chap. 4.

T. XVII. v 27

grande foule s'assembla pour assister au spectacle. La représentation, toutefois, ayant donné lieu à des désordres, la législature promulgua une loi contre les théâtres de toute espèce, « parce qu'ils occasionnaient de grandes et inutiles dépenses, décourageaient l'industrie, nuisaient à la sobriété et tendaient à augmenter l'immoralité, l'impiété et le mépris de la religion (i) ».

1 j5z. On introduisit, dans les colonies, l'usage du nouveau calendrier, d'après lequel l'année commençait le Ier janvier au lieu du 9.5 mars. Autrefois, on la divisait en premier mois, deuxième mois, etc., dans toute la Nouvelle-Angleterre.

iy53. Le ao septembre, les Indiens de la partie orientale de la Nouvelle-Angleterre et les Pénobscots ratifièrent le traité de paix signe à Falmouth en 1749» Cette conférence eut lieu à Saint-George , dans le comté de York (Maine). Trente cbefs pénobscots y assistèrent (9).

1754. L'assemblée de Massachusetts imposa un droit sur

les vins et les liqueurs spiritueuses.

1754. Le i4 juin* les commissaires des diverses provinces anglaises se réunirent , à Albany, dans celle de New-York, à l'effet de conférer avec les chefs des Six-Nations et de s'assurer leur amitié , de former une ligue générale , et d'établir un fonds commun pour défrayer les dépenses de la guerre contre les Français (3).

1755. Le 18 novembre, eut lieu un tremblement de terre, l'un des plus forts qu'on eut encore ressentis aux Etats-Unis. Il commença vei* quatre heures et demie de l'après-midi et dura quatre minutes et demie. Le sol éprouva un mouvement ondulatoire depuis la baie de Chésapeake jusqu'à Halifax, sur une distance d'environ 800 milles. A New-Haven, la surface de la terre fut agitée comme les vagues de la mer. A Boston, plus d'une centaine de cheminées furent renversées et les murs de beaucoup de maisons fortement endommagés (4).

1757. Le 17 mai, le roi d'Angleterre déclara la guerre au

(1) Holmes' Annals, ycar 1760.

(2) Les commissaires anglais envoyas par le gouverneur Shirley, étaient : le chevalier Guillaume Pepperell, Jacob Wendell, Thomas Hubbai-d, Jean JVinslow et James Bowdoin.

(3) Voyez l'article Virginie à Tannée 1754, où se trouve le plan de cette confédération.

(4) Memoirs of the American academjr. Boston, vol. I, ri« 8.

DE i/ AMÉRIQUE. 4ig

roi de France «t nomma le comte de Loudon commandant en chef de ses troupes dans l'Amérique du Nord. Le commandant amena avec lui deux régiments de montagnards écossais (Highlanders), pour lesquels il fut préparé des casernes à Castle-Island , près de Boston, par ordre de la Cour générale , non pas c comme un droit requis par un acte du Parlement , mais comme un équivalent pour de l'argent dû au gouvernement de la mère-patrie ». D autres troupes étant attendue*, il fut demandé aux juges de naix de leur fournir des billets de logement. Ces officiers refusèrent en disant que lesdita actes ne s'étendaient pas aux colonies, et ce principe fut soutenu par la Cour générale, oui maintint que la charte lui attribuait les pouvoirs et les privilèges gouvernementaux.

1759. L'assemblée de Massachusetts passa un acte du timbre auquel les journaux devaient être assujétis. Les éditeurs s'en plaignirent, et le droit fut retiré en considération « de ce que la presse périodique offrait le meilleur moyen de propager les connaissances utiles ( 1 ) » .

1761 . Le nombre des colons anglais qui perdirent la vie, dans la dernière guerre , s'éleva à environ 23,000 ; c'étaient , pour la plupart, des hommes dans la vigueur de l'âge.

Les quatre colonies de la Nouvelle-Angleterre s'étaient chargées d'entretenir et de maintenir sur pied environ 20,000 hommes de troupes.

1763, le 10 février. Après que le traité de 1763 eut uni les deux Florides , une partie de la Louisiane et tout le Canada sous la domination de la Grande-Bretagne, cette puissance se trouva maltresse des vastes contrées qui s'étendent depuis le fleuve Saint-Laurent jusqu'au Mississipi. Elle possédait déjà la baie d'Hudson,Terre-Neuve et les autres îles de l'Amérique septentrionale; elle s'était ainsi formé, dans le Nouveau-Monde , un empire' dix fois plus vaste que l'Angleterre, l'Ecosse et l'Irlande réunies, et qui s'étendait le long des bords de la mer l'espace de 2,000 milles , et 200 seulement dans l'intérieur des terres.

Cette conquête s'était effectuée en grande partie par les moyens qu'avaient fournis les colons , à qui la Chambre des communes d'Angleterre témoigna sa reconnaissance en leur accordant une indemnité de 200,000 livres sterling.

ï 760-1 . Le 4 août, Francis Bernard arriva à Boston , en

(1) Holmes' Annal*, II, year 1759.

qualité de gouverneur du Massachusetts. Au début de son administration , il favorisa le plan des prorogatives et du revenu, adopté par le gouvernement britannique, et fut habilement seconde' par Hutchinson , le dernier lieutenant-gouverneur, qui était alors grand-juge. Un cas important se présenta bientôt. Un des officiers des douanes présenta une pétition à la Cour suprême où il sollicitait un mandat d'amener (i) pour l'aider à remplir les devoirs de sa charge suivant les lois et l'usage de V échiquier de la Grande-Bretagne. M. Gridley , procureur du roi, soutint la légalité du mandat. Les liabitants de Boston se déclarèrent contre , et M. Otis se chargea de leur défense. Voici un extrait du discours remarquable qu'il prononça à cette occasion :

« On m'a demandé en ma qualité d'avocat-général de la Cour de l'amirauté de défendre cette cause. Ayant refusé , on m'a accusé d'avoir manqué aux devoirs de ma place , à laquelle j'ai depuis renoncé, en vertu des mêmes principes qui me décident aujourd'hui à défendre cette cause.

» Ce mandat me paraît l'acte le plus arbitraire , le plus destructif de la liberté anglaise et des principes fondamentaux des lois qui soit jamais émané de la législature anglaise. Ce mandat est adressé à tous les juges de paix, shérifs, commissaires de quartier, ainsi qu'à tous les autres officiers et sujets du roi. Muni de ce pouvoir, tout homme peut devenir un tyran , peut contrôler, emprisonner ou assassiner. Il peut pénétrer dans toutes les maisons ou boutiques, ordonner à tout le monde, et même au dernier des valets de lui prêter assistance. Un des droits les plus sacrés de la liberté anglaise consiste dans l'inviolabilité du domicile. La maison d'un particulier est une forteresse, et tant qu'il y vit paisible, il doit y être aussi en sûreté qu'un prince dans son palais. Si ce mandat était considéré comme légal, ce droit n'existerait plus. Les officiers des douanes pourraient, sur un simple soupçon , entrer quand il leur plairait dans nos maisons; leurs domestiques même pourraient forcer les serrures par malice ou par vengeance, et aucun homme, aucune Cour n'oserait s'y opposer. Notre constitution , nos lois sont en opposition manifeste avec ce mandat , qui n'a jamais été exécuté que dans une seule occasion , pendant le règne de Charles II; et cela, quand l'autorité de la Chambre étoilée fut poussée jusqu'à l'extrême par quelques colons ignorants de l'échiquier ; mais

(i) Kn anglais, writ oj assistance.

de l'Amérique. 421

quand bien même ce mandat se trouverait dans un de nos codes, il ne serait pas moins illégal, car toutes les procédures sont sous le contrôle des principes de la loi ( 1). »

1763. Le gouvernement britannique profita de la paix pour imposer des taxes aux colonies américaines et remettre en rigueur l'acte relatif au commerce. Celui pour le timbre , proposé par lord Grenville , fut ajourné ; mais on frappa a un droit les mélasses étrangères importées dans les colonies anglaises.

L'assemblée du Massachusetts publia une déclaration de ses droits et prit l'engagement de résister à l'exécution de ce projet. Dans ce but, un comité fut nommé pour tnyiteHes assemblées des autres provinces à joindre leurs efforts aux siens pour la défense de leurs droits et de leurs libertés. Ce comité fit observer qu'il était nécessaire d'adhérer strictement aux formes adoptées par la Chambre des communes d'Angleterre , relativement à la manière d'accorder des subsides par estimation seulement : autrement , un Parlement serait inutile s'il accordait aux membres le pouvoir de lever des impôts sur le peuple, pouvoir qui , selon la constitution anglaise, n'appartenait qu'à la législature.

1 764. L'année suivante, après un long débat, la Chambre des communes décida, à l'unanimité, qu elle avait le droit de taxer les colonies américaines , et le 10 mars , elle prit la résolution de les soumettre à certains droits. Le 5 avril , elle en imposa un sur. l'importation des sucres et des mélasses.

Le 1 3 juin , l'assemblée de Massachusetts adressa une lettre à Mauduil, agent de la province en Angleterre , pour l'enr gager à protester contre lesdits actes. « Le pouvoir que possèdent les représentants du peuple d'imposer des droits est, » disait^elle, « lagrande barrière de la liberté anglaise ; et si elle était une fois franchie, tout serait perdu. »

L'assemblée nomma ensuite un comité , qui fut chargé de faire connaître sa résolution aux autres colonies , et de leur demander de s'unir à elle pour empêcher l'exécution de ces actes.

Au mois de mai, les habitants de Boston tinrent la réunion annuelle , où ils proposèrent et votèrent des instructions à leurs représentants. Ils recommandèrent à ceux-ci : i° d'employer toute leur influence à maintenir les droits et les prï-

(0 Life oj James Otis, by William TudoY, chap. 6. Boston, i&tf.

viléges des habitants de la province , comme sujets libres de la Grande-Bretagne ; 2° de déclarer , par une loi , que les membres de la Chambre aui, pendant la session, accepteraient des emplois lucratifs de la couronne , ou du gouverneur, en seraient exclus jusqu'à ce qu'ils fussent réélus par leurs commettants, ou que d'autres fussent choisis à leur place ; 3° de protéger les intérêts commerciaux et de s'opposer à l'imposition de nouveaux droits. « Si notre commerce pouvait être taxé , » disaient-ils, « pourquoi ne taxerait-on pas aussi le produit de nos terres et tout ce que nous possédons ? Cela annulerait les droits que nous accorde la charte , de nous gouverner et de nous imposer nous-mêmes ; car il est évident que si des taxes sont levées sans notre consentement, nous ne sommes plus des sujets libres, mais de misérables esclaves. »

Les entraves , apportées au commerce par le Parlement anglais , donnèrent naissance à la contrebande et causèrent une immense diminution dans les revenus. Pour emnècher ce commerce illicite , on investit les capitaines des navires , sur les cotes d'Angleterre , et qui se rendaient en Amérique , des mêmes pouvoirs que les officiers des douanes , c'est-à-dire qu'ils étaient autorisés à saisir et à confisquer les articles prohibés , et même ceux qui ne l'étaient pas. Cette entrave mit fin à un commerce lucratif qui se faisait entre les colonies anglaises, espagnoles et françaises. Les colons anglais, de leur côté , refusèrent d'importer les articles provenant de manufactures anglaises, et résolurent de n'employer à l'avenir que ceux d'origine indigène. Les premiers, dans le cours de cette année , subirent une diminution de plus de 10,000 livres sterling.

1765. Le 22 mars de l'année suivante, le Parlement anglais, au lieu d'écouter les remontrances des colonies, ajouta à leur ressentiment, en y établissant le droit de timbre, dans le but d'augmenter les revenus. Il fut adopté , à l'unanimité , dans la Chambre des lords et sans discussion dans celle des communes, où sur 3oo membres , 5o seulement votèrent contre.

Charles Townsendj qui parla en faveur du bill , termina son discours par les paroles suivantes : a Hé bien ! ces Américains , établis par nos soins, nourris par notre indulgence , protégés par nos armes, jusqu'à ce qu'ils fussent parvenus à leur état actuel de force et d'opulence , refuseront- ils de contribuer à alléger le fardeau qui pèse sur nous ? »

A quoi le colonel Barré répondit : « Eux établis par nos

! Non, c'est notre oppression qui les a fixés en Amérique J Ils ont fui votre tyrannie jusque sur une terre inculte et inhospitalière, où ils ont été exposés à toutes les misères de la vie humaine, à la cruauté d'un ennemi sauvage, et pourtant, animes de la vraie liberté anglaise , ils ont bravé ces maux avec courage, plutôt que d'endurer ceux qu'ils avaient éprouvés dans leur propre pays , et de la part d hommes qui auraient dû être leurs amis. Eux nourris par votre indulgence ! Us ont grandi par votre négligence ; mais quand vous avez commencé à vous en occuper, ce fut pour les vexer , en envoyant parmi eux des personnes qui les dominaient tantôt d'une manière y tantôt d une autre , et qui peut-être étaient les agents de quelques membres de cette Chambre, ayant mission d'entraver leur liberté , de les diffamer et de contrôler leurs actions. La conduite de ces hommes, en plusieurs occasions, a fait; bouillir le sang de ces enfants de la liberté quand ils voyaient élevés aux plus hautes fonctions des indivious dont quelques-uns, à ina connaissance , ont été bien aises de pouvoir fuir en pays étranger , pour échapper à l'ignominie d'être traduits en justice. Eux protégés par vos armes ! Ils ont , au contraire , noblement pris les armes pour votre défense, et, seuls, ont prodigué leur sang pour la délivrance de leur pays ! Et, croyezmoi , souvenez-vous de ce que je viens de vous dire , que le même esprit de liberté, qui a menacé ce peuple, ne sera pas étouffé; mais la prudence m'empêche d en dire davantage. Dieu m'est témoin que ce sont là les vrais sentiments de mon cœur ! Quelque supérieurs que puissent être , en talent et en expérience, les honorables membres de cette assemblée , je crois cependant en savoir plus qu'aucun d'eux relativement

à ce qui concerne l'Amérique, ayant vu et étudié ce pays. Sa majesté n'a pas de plus loyaux sujets que les Américains ; mais ils sont jaloux de leur liberté , et sauraient se venger si elle était violée ».

1765. Le 6 juin, l'assemblée de Massachusetts crut cjue le meilleur moyen de réunir toutes les colonies pour la défense commune serait de convoquer un congrès général, et elle adressa une invitation dans ce sens à tous ces gouvernements, Il fut convenu que ce congrès s'assemblerait le 7 octobre, dans la ville de New-York.

Vingt-huit délégués des différentes provinces, s'y rendirent au jour indiqué. Leur premier soin fut de rédiger une déclaration de leurs droits , dont le premier, disaient-ils , était de se taxer eux-mêmes et de posséder le jugement par jury.

uigi

Ils déclarèrent l'acte du timbre contraire à leur liberté et à leur indépendance ; ils résolurent, en même tems, de présenter une adresse au roi et aux deux Chambres du Parlement , et d'envoyer des agents dans les différentes colonies pour travailler à obtenir la réparation de leurs griefs, à l'exception de la Virginie, de la Caroline du Nord et de la Géorgie.

Les assemblées, qui n'avaient pas nommé des représentants au congrès, adressèrent de leur côté des pétitions semblable» au roi d'Angleterre.

Au mois d'août, le peuple de Boston , informé des ordres du gouvernement anglais, concernant l'acte du timbre , s'assembla tumultueusement , et après avoir exposé en effigie André Oliver * qui avait été chargé de la vente de ce papier, démolit l'édifice où il était dépose , ainsi qu'une partie de la maison d'Oliver.

Le 26 du même mois, la foule se réunit encore et détruisit la maison de Guillaume Storfj greffier de la Cour d'amirauté, avec tous les papiers et documents de cette Cour. Elle brûla aussi la maison de Hutchinson , qui contenait des meubles précieux, 900 livres sterling en argent, des documents publics, des livres et des manuscrits , qu'il avait passé 3o ans à recueillir.

Le jour suivant , les magistrats parvinrent à rétablir la tranquillité ; mais, le Ier novembre, jour désigné pour l'exécution de l'acte du timbre, le peuple s'assembla de nouveau, sonna- les cloches, promena dans les rues les effigies des auteurs de cet acte, et ensuite les mit en pièces.

Sur ces entrefaites, le bill du timbre fut annulé , dans le Parlement anglais, par une majorité de 275 voix contre 167. Cet événement fut célébré, au Massachusetts, par de grandes réjouissances publiques.

1767. Le 29 juin de l'année suivante, le gouvernement anglais renouvela son plan d'imposition, et mit des droits sur le thé » le papier, les imprimés et la verrerie. Par un autre acte, 1 assemblée de chaque province était obligée de pourvoir au logement des soldats , et de leur fournir des lits , de la lumière et du feu. De nouvelles troupes étant arrivées à Boston, le gouverneur demanda à l'assemblée des fonds pour leur maintien. Le nrojet de prélever un revenu pour L'usage de la couronne et 1 entretien des troupes fut considéré comme inconstitutionnel, et excita un mécontentement général. L'irritation fut encore aggravée par un autre acte qui créait un bureau pour les commissaires des douanes. Plusieurs écrivains s'é-

levèrent contre î injustice ae ce projet ae taxaaon , et en ap* pelèrent au patriotisme des habitants. Les lettres « d'un fermier de laPensylvanie, aux habitants des colonies anglaises », par Jean Dickinson, lurent un des écrits les plus remarquables de cette époque.

1768. Le 20 janvier, la Chambre des représentants de Massachusetts rédigea une pétition au roi , dans laquelle étaient récapitulés les droits, privilèges et immunités accordés à la colonie par Jacques I", Charles I«r, Guillaume et Marie. La Chambre déclarait que le plus sacré de ces droits était celui de n'être taxés que par les représentants de son choix.

Pour assurer la coopération de toutes les colonies, en faveur des libertés coloniales, l'assemblée de Massacbusetts leur adressa , le 1 1 février, une lettre-circulaire , dans laquelle , après avoir signalé le danger desdits actes , et les mesures prises contre eux, elle ajoutait : « qu'elle avait toute confiance dans le roi , et qu'elle était sûre que les supplications réunies et respectueuses de ses malheureux sujets américains seraient favorablement accueillies par sa majesté , qui était le père et le chef commun des colons » .

Cette lettre offensa vivement le gouvernement anglais ; et le a* avril , le gouverneur Bernard reçut Tordre d'exprimer à la Chambre des représentants , le mécontentement au roi r et de lui demander de désavouer la décision qui y avait donné lieu, et en cas de refus, de dissoudre la Cour.

L'assemblée , nui se réunit au mois de juin , refusa d'acquiescer à cette demande. Elle sentait l'humiliation d'être ainsi contrôlée par un gouverneur, agissant d'après les ordres des ministres ; et elle adressa une nouvelle pétition au roi pour solliciter le rappel du gouverneur Bernard.

Les négociants de Boston , dont les intérêts étaient graves ment compromis par les derniers actes du Parlement 9 formèrent une association et résolurent de ne pas importer ni acheter de marchandises anglaises à dater de janvier 1769, et jusqu'au commencement de l'année suivante, à l'exception de quelques articles désignés dans la résolution. Elle s'engagea aussi à n'introduire ou acheter des autres colonies américaines ni thé , ni papier, ni verrerie.

Le 22 septembre , sur le refus du gouverneur Bernard de convoquer la Cour générale , sans y être autorisé par le roi , une convention s'assembla à Boston pour délibérer sur les mesures à prendre dans cette circonstance. Cette convention

témoigna son aversion pour une armée permanente , rappela le aèle que la Cour avait déployé à réprimer les émeutes , déclara ne point prétendre exercer une autorité législative , et protester de sa soumission au roi. Le lendemain de sa dissolution , il débarqua des forces considérables d'Angleterre , et le Conseil , requis de leur procurer des casernes , suivant l'acte du Parlement, répondit par un refus.

1769. Le 9 février, le Parlement anglais, approuvant les mesures du ministère , déclara que cette Convention s'était rendue coupable d'usurpation du pouvoir gouvernemental et

, d'une insulte à sa majesté.

La Cour générale s'assembla au mois de mars , et représenta au gouverneur que la cité était investie par des forces militaires et navales , et qu'il était urgent d'ordonner leur éloignement. Celui-ci répondit qu'il n'avait aucune autorité ni sur la marine, ni sur les troupes du roi, mais il ajourna la Chambre à Cambridge , et la prorogea ensuite jusqu'au 12 juillet , après son refus de voter des subsides pour les troupes.

Le chevalier Francis Bernard ayant été rappelé , mit à la voile pour l'Angleterre , laissant l'administration au sousgouverneur.

1770. Le 5 mars de cette année , il arriva un événement qui ajouta encore au ressentiment des Bostoniens contre la garnison. Une rixe ayant eu lieu entre des citoyens et des soldats de l'armée , trois des premiers furent tués et cinq blessés. La population s'ameuta, et le sous-gouverneur ayant convoqué le Conseil, ce dernier fut d'avis que pour empêcher l'effusion du sang , il fallait , sur-le-champ , faire retirer les troupes. Les autorités se contentèrent de consigner les soldats dans leurs casernes. Une immense foule d'habitants suivit les funérailles des victimes. Le capitaine Preston* qui commandait la compagnie , fut emprisonné. Traduit ensuite en jugement, il fut acquitté avec six de ses hommes ; deux seulement furent déclarés coupables d'homicide.

1770. Au mois de mars, le gouverneur convoqua l'assemblée à Cambridge et demanda réparation d'une insulte faite à un officier de la douane , à Glocester, sans parler de l'événement tragique dont Boston avait été le théâtre. L'assemblée répondit qu'un peuple , habitué à la liberté de la constitution anglaise, ne pouvait se soumettre patiemment à la tyrannie d'un pouvoir arbitraire ; que la grande charte, accordée immédiatement après la révolution de 1689, déclare

expressément que le maintien d'une armée, en tenus de paix* sans le consentement du Parlement , est contraire aux lois , et « nous saisissons, » ajouta-t-elle, « cette occasion pour vous faire observer que le séjour d'une armée , en tems de paix , dans cette province, sans le consentement du Parlement, est également une infraction aux lois. Ce déploiement de forces militaires doit avoir pour but de soumettre le peuple à des mesures oppressives. C'est une des plus flagrantes violations de ses privilèges naturels et constitutionnels »,

1770. Le 5 mars , lord North> qui succéda au duc de Grafton, proposa un bill pour le rappel de l'acte de 1767. Il

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lonies. Le 11 avril suivant, le roi approuva cet acte.*

Le chevalier Bernard, gouverneur de 17 63 à 1 768, fut accusé par la Chambre des représentants de la baie de Massachusetts, dans une pétition adressée au roi : 1 0 d'avoir traité la Chambre avec mépris et de s'être mis en opposition avec l'autorité royale ; 2° d'avoir abusé des prérogatives de la couronne , en rejetant des conseillers dûment élus par une grande majorité, et d'avoir cherché à influencer les élections en propageant des calomnies contre des hommes respectables ; 3° d'avoir réparti des troupes dans la ville de Boston, au lieu de les loger dans les casernes ; 4° d'avoir dissous l'assemblée générale dans le moment le plus critique, lorsqu'elle était occupée d'affaires importantes , et d'avoir refusé a'en convoquer une autre pendant l'espace de dix mois.

Cette pétition , soumise à la Cour de Saint-James , le i4 mars 1770, fut repoussée, et les accusations qu'elle contenait déclarées non fondées et calomnieuses.

177a. Un autre acte du gouvernement britannique causa un grand mécontentement dans le Massachusetts ; ce fut une ordonnance en vertu de laquelle les appointements du gouverneur devaient être payés, à l'avenir, par la couronne. Cette mesure fut considérée, par l'assemblée, comme une infraction à la charte, qui était un contrat solennel entre la royauté et le peuple , dont les représentants devaient pourvoir au maintien du gouvernement et de tous les officiers civils, de la manière et aux conditions qu'ils jugeraient convenables. Par ce règlement, le gouverneur aurait été entièrement indépendant du peuple , au lieu d'être le gardien public de ses libertés et de ses intérêts.

En réponse à cette communication , le gouverneur essaya

4*8 CHRONOLOGIE IUSTOR1QUE

de prouver que la charte était une simple concession de pouvoir et de privilèges que le roi pouvait modifier ou annuler selon son plaisir. Le i novembre, le gouverneur ayant refusé d'assembler la Cour générale à l'époque fixée par l'ajournement, les habitants tinrent une assemblée ? où ils nommèrent un comité chargé de rédiger un rapport sur les droits que possédaient les colons en général , et ceux de Massachusetts en particulier, « comme hommes , comme chrétiens et comme sujets » . Ce rapport fut approuvé par rassemblée , et 600 exemplaires en furent imprimés et répandus dans la province.

1773. Les mesures prises par les colons contre l'introduction de marchandises anglaises commençaient à produire leurs effets. Les magasins de la Compagnie des Indes-Orientales contenaient environ 17 millions de livres de thé que le gouvernement lui permit d'exporter sans acquitter de droits. Cette Compagnie en chargea plusieurs navires qui partirent pour les ports des colonies, ayant à bord des gens pour en surveiller la vente.Trois de ces navires abordèrent à Boston. Les autorités de cette ville engagèrent les capitaines à retourner en Angleterre , mais le gouverneur, les cosignataires et les officiers de la douane le leur défendirent. Toutefois, avant que les caisses de thé fussent débarquées et vendues , plusieurs habitants , déguisés en Indiens , montèrent à bord des navires et jetèrent à la mer les 34^ caisses qui s'y trouvaient.

1773. Une autre circonstance vint encore ajouter à l'enthousiasme général en faveur des droits coloniaux. Le docteur Franklin , agent des colonies à Londres, s'étant procuré des lettres écrites par Hutchinson et autres , les envoya à Boston , où elles furent communiquées à l'assemblée par Samuel A dams. Les auteurs de cette correspondance recommandaient l'adoption de mesures rigoureuses, et un changement dans le système du gouvernement, qui consisterait à rendre les officiers dépendants de la couronne. Le comité, nommé pour examiner ces papiers , répondit que le but des auteurs de cette correspondance était d'introduire le pouvoir arbitraire dans la province, et l'assemblée résolut, en conséquence, de présenter au roi une pétition pour demander le rappel du gouverneur et du sous-gouverneur.

Voici comment ces lettres étaient parvenues entre les mains de Franklin. Le docteur Hu^hWilliamson, qui s'était rendu a Londres, pour solliciter un don du gouvernement en faveur de l'académie de Newark , dans la province de Delaware ,

fut interrogé , le 19 février 1774 , relativement aux derniers événements de Boston. Le docteur n'hésita pas à répondre que si le gouvernement persistait dans ces mesures arbitraires, la guerre civile devenait inévitable. Ayant quelques raisons de soupçonner que le gouverneur et le sous-gouverneur de Massachusetts avaient secrètement recommandé l'adoption de mesures rigoureuses , et s'étant assuré que leurs lettres étaient déposées dans un bureau particulier, il s'y rendit et, se prévalant de sa qualité d agent officiel , demanda au premier commis de lui communiquer les dernières lettres du gouverneur Hutchinson et d'Oliver. Les ayant obtenues , il les porta au docteur Franklin , et , le jour suivant, il partit pour la Hollande ( 1 ).

1 774* Le gouvernement anglais, instruit de la conduite des Bostoniens, dans l'affaire du thé , résolut de les punir en fermant leur port ; et , dans ce but , il passa un acte qui fut promptement suivi d'un autre « pour mieux régler le gouvernement du Massachusetts ». D après le nouveau plan, le Consei 1 devait être choisi par la couronne ; le gouverneur pouvait nommer et renvoyer les juges de la Cour supérieure et des Cours de plaids communs, l'avocat-général, le grand-prévôt, les juges de paix et les shérifs. Les habitants ne pouvaient s'assembler sans l'autorisation du gouverneur. On autre acte permettait à celui-ci de déporter en Angleterre ou dans une autre colonie, pour y être jugée, toute personne accusée d'un crime capital . Ces actes furent considérés par les colons comme autant d'atteintes à leurs droits. « Par le premier acte, » disaient-ils, « les propriétés d'un millier de personnes seront arbitrairement compromises à cause de la conduite de quelques individus ; par le second, nous perdons les libertés accordées par la charte ; par le troisième, nos jours peuvent être menacés impunément. »

1774. Le général Gage, chargé de l'exécution de -ces lois du Parlement, dans le Massachusetts, conserva en même tems sa commission de commandant en chef des forces royales en menque.

11 arriva à Boston le i3 mai. Le lendemain, les citoyens se réunirent pour délibérer sur le bill prononçant la fermeture du port ( port bill ) , et arrêtèrent que , dans le cas où les autres colonies s'uniraient au Massachusetts , il fallait cesser

(1) Biographical memoir of Hugh Witliamson hy D* JVhite, iti vol. III , oj Collections ofthe New- York historical societf, 182 1 .

43o CHRONOLOGIE HISTORIQUE

tout rapport avec 1 Angleterre et les Indes occidentales. « (Test le seul moyen , » dirent-ils , « de préserver la liberté de l'Amérique du Nord. L'injustice , l'inhumanité , la cruauté de cet acte dépassent tout ce que nous pourrions en dire ; nous l'abandonnons , par conséquent , à la juste censure des autres, et nous en appelons au jugement de Dieu et du monde* »

La fermeture du port de Boston occasionna une grande détresse parmi les habitants. Plusieurs d'entre eux se virent privés de tout moyen d'existence, mais ils furent bientôt secourus à l'aide de souscriptions ouvertes dans différentes parties de la province.

Au mois de mai , le gouverneur refusa de sanctionner le choix de deux conseillers. Le Ier juin, la Cour fut transférée à Salem, et le 7, la Chambre des représentants déclara qu'il était urgent qu un congrès, composé de délégués des diverses colonies , s'assemblât pour délibérer sur l'état actuel des choses, et aviser aux mesures à prendre pour le rétablissement de leurs droits , de l'union et de l'harmonie si ardemment désirés entre la Grande-Bretagne et ses colonies.

1774. Cette mesure fut adoptée par les colonies , dont les délégués se réunirent à Philadelphie le 4 septembre. Peyton Randolph et Charles Thompson de la Virginie , furent nommés, le premier, président , et l'autre , secrétaire de l'assemblée. Elle commença par rédiger une déclaration des droits des colonies, et déroula le tableau des actes arbitraires dont elles avaient à se plaindre; le ier octobre, elle résolut de présenter au roi une adresse à ce sujet. Le 1 1 suivant , le peuple de l'Amérique anglaise reconnut la nécessité d'adhérer fermement aux mesures prescrites par le congrèsr

Le général Gage, craignant les conséquences que pouvait avoir cette résolution du congrès continental, envoya deux compagnies de soldats s'emparer de la poudre qui se trouvait à l'arsenal de Boston ; et , le 5 octobre , il contre-manda la session de l'assemblée générale à Salem. Il en résulta que cette dernière se réunit à Concord , en congrès provincial , dont Jean Hancock fut élu président.

Au mois de novembre, l'assemblée se transporta à Cambridge où elle nomma un comité chargé de dresser un plan pour la défense de la province et l'organisation d'une force de 12,000 hommes.

La colonie paraissait décidée à résister aux empiétements du Parlement. Les troupes royales envahirent le pays. Les habi-

de l'Amérique

tants levèrent alors ouvertement l'étendard de la révolte et leur livrèrent bataille à Lexington (i).

Il est à remarquer que toutes les dépenses du gouvernement des colonies anglaises de l'Amérique du Nord, avant la révolution , ne s'élevaient pas au-delà de 80,000 livres sterling et étaient acquittées par le produit des contributions qu'elles s'étaient elles-mêmes imposées (2).

Forme du gouvernement de Massachusetts établi le 2 mars 1780. Le pouvoir législatif se compose d'un Sénat et d'une Chambre de représentants. Le corps législatif a pris le titre de Cour générale de Massacbusetts.

Un bill , en résolution d'une Chambre , n'a force de loi qu'après avoir été présenté au gouverneur ; s'il a quelque objection à y faire , il le renvoie à la même Chambre , qui l'examine une seconde fois ; si malgré ses objections, les deux^ tiers du Sénat ou de la Chambre des représentants sont d'avis de l'adopter, il est porté avec les mêmes objections à l'autre Chambre pour y être examiné de nouveau, et s'il est approuvé par les deux tiers des membres présents, il devient loi.

Il est aussi reconnu comme tel s'il n'est pas renvoyé par le gouverneur cinq jours après qu'il lui a été présenté.

La Cour générale a le pouvoir d'établir des tribunaux et des Cours ; de faire tous les actes qu'elle juge convenables poulie bien de la république et la défense de son gouvernement , pouvu , toutefois , que ces actes ne soient pas contraires à la constitution ; de nommer à tous les emplois civils auxquels il n'aurait pas été pourvu autrement ; d'imposer et de lever des taxes.

Le Sénat, en première Chambre de la législature, se compose de quarante membres qui sont élus annuellement par les francs tenanciers et les autres habitants ayant les qualités voulues par la constitution. Les sénateurs sont nommés par les citoyens âgés de 21 ans, qui possèdent un bien fonds, en franche tenue dans la république , produisant 3 livres sterling de revenu , ou un bien quelconque de la valeur de 60 livres sterling.

Pour être sénateur , il faut posséder une franche tenue dans la républir |ue, de la valeur au moins de 3oo livres sterling, v ou un effet mobilier de 600 livres, ou ces deux espèces de pro-

(1) Voyez l'histoire de la révolution.

(2) Franklins' exami nation before the house of Commons.

priété jusqu'à concurrence de cette dernière somme* Il devra aussi avoir habite' le territoire de la république durant les cinq années qui auraient immédiatement précédé son élection, et avoir son domicile dans le district pour lequel il aura été choisi à l'époque de son élection.

Le Sénat , comme Cour de justice , est investi de pleins pouvoirs pour entendre et juger toutes les accusations de crimes d'état (i) portées par la Chambre des représentants contre les officiers publics , pour malversation ou inconduite dans l'exercice de leurs fonctions. L'accusé , en vertu de la décision de cette Cour, peut être destitué et déclaré incapable d'occuper aucune place d'honneur, de confiance ou de profit au service de l'Etat, et il est en même tems justiciable des tribunaux ordinaires.

Il faut seize membres du sénat pour former un quorum* ou valider ses décisions.

Les membres de la Chambre des représentants sont choisis par les villes à corporation ; une ville qui renferme ï5o têtes imposables, ou hommes de 2 1 ans, est appelée à élire un représentant ; celle qui en compte 365 , en nomme deux ; une ville qui en possède 600 a droit à trois représentants ; et après cela , chaque nombre de 225 habitants donne le droit de nommer un député de plus. La Chambre peut condamner à l'amende les villes qui négligent de choisir des représentants.

Pour être représentant , il faut : 1 0 avoir été habitant de la ville , pour laquelle il est élu , pendant l'année qui a précédé immédiatement l'élection ; 20 posséder, dans son territoire, une franche tenue de 100 livres sterling , ou un bien imposable, valant deux fois cette somme.

Pour avoir droit de suffrage dans l'élection des représentants , il faut être âgé de 2 1 ans , avoir résidé depuis un an dans une des villes de la république et y posséder une franche tenue de 3 livres sterling de revenu , ou un bien de la valeur de 60 livres sterling.

Les représentants sont choisis annuellement. Il leur est tenu compte, par le trésor public, des frais que leur coûte le voyage , pour se rendre à l'assemblée et pour retourner chez eux.

La Chambre des représentants remplit les fonctions d'une

(1) En anglais, impeachement.

Jignizeci uy

grande Cour d'enquête ; et les aœusations de crimes d'état, portées par elle, sont jugées par le Sénat.

Tous les bills d'argent prennent naissance dans la Chambre des représentants. Il faut soixante membres pour constituer un quorum*

Les membres de la législature ne peuvent ni être arrêtés, ni forcés de donner caution, pour une action civile , pendant qu'ils siègent à la Chambre , ni pendant leur voyage , soit qu'ils s'y rendent, soit pour s'en retourner.

Le gouverneur, qui a le titre d'ejccellence, est choisi tous les ans. Les qualités requises sont : i* d avoir habité la république pendant les sept années qui ont immédiatement procédé son élection ; i° d'être possesseur d'une franche tenue située sur le territoire , de la valeur de 1,000 livres sterling ; 3° de professer la religion chrétienne.

Le gouverneur est élu par les citoyens, qui ont le droit de voter pour les sénateurs et les représentants ; voici comment on procède à cette élection : une assemblée est convoquée annuellement dans les différentes villes de la république , le premier lundi d'avril , sous la présidence des officiers municipaux. En leur présence, le greffier compte les suffrages obtenus par les divers candidats , et en dresse une liste : cette liste est inscrite sur les registres de la ville , et envoyée au shérif du comté , trente jours au moins avant le dernier mercredi de mai ; les shérifs la remettent au bureau du secrétaire , dix-sept jours avant le dernier mercredi de mai , jour où les titres sont présentés, par le secrétaire, aux deux Chambres , pour y être examinés. Le candidat qui a réuni la taajorité des voix est proclamé gouverneur ; mais , si aucun * des candidats ne l'a obtenue, la Chambre des représentants élit deux sujets parmi les quatre qui ont eu le plus grand nombre de suffrages ; s'il n'y a pas ce nombre sur la liste , elle en prend deux, qu'elle présente au Sénat, et ce corps en clioisit un au scrutin pour être gouverneur.

Le gouverneur a le pouvoir d'assembler les conseillers de la république , et, avec cinq d'entr'eux, il peut tenir un Conseil pour la gestion des affaires publiques. Il ajourne ou proroge la Cour générale , d'après le désir des deux Chambres , mais jamais pour plus de quatre-vingt-dix jours , dans une seule vacance, et la réunit quand le bien de la république l'exige.

Le gouverneur est commandant en chef de l'armée , de la marine et de toutes les forces militaires de terre et de mer* Il a le pouvoir de faire grâce , excepté dans le cas où le cou-

T. xviit a8

pable, poursuivi pour haute trahison par la Ghamhre des représentants, a été' convaincu de ce crime par le Sénat. Le gouverneur, après avoir nris l'avis et ohtenu le consentement du Conseil , nomme et installe tous les officiers de justice , le procureur-général, le solliciteur- général, les shérifs, les coroners (i) et les gardes des registres de vérification.

Les capitaines et officiers subalternes de la milice , qui doivent avoir atteint l'âge de 1 1 ans , sont choisis par leurs compagnies respectives ; et les officiers supérieurs des régiments, par les capitaines <et les officiers subalternes ; les colonels des régiments nomment leurs adjudants et leurs quartiers-maîtres , les brigadiers , leurs majors de brigade , les majors-généraux , leurs aides , et le gouverneur-général désigne lad j udant-général .

Tous les officiers de l'armée sont nommés par le gouverneur, après avoir pris l'avis du Conseil, t Aucun argent n'est retiré du trésor public sans une ordonnance (warrant) , signée du gouverneur, avec l'avis et le consentement du Conseil.

Le département judiciaire consiste en une Cour suprême de justice et une Cour des plaids communs, chacune composée d'un grand-juge et de trois assistants , qui restent en fonctions tant qu'ils n'ont point démérité.

Les juges de la Cour suprême de justice reçoivent des traitements fixés par la loi.

Le lieutenant-gouverneur doit avoir les mêmes qualités que le gouverneur, et est élu de la même manière. Il porte le titre de votre honneur.

Le secrétaire, le trésorier, le commissaire-général, les notaires publics et les contrôleurs du port ou officiers de douanes, sont nommés annuellement au scrutin , dans une assemblée générale des sénateurs et des représentants.

Les délégués au congrès des Etats-Unis sont élus au scrutin, par le Sénat et la Chambre des représentants, assemblés dans une même chambre.

. Cette constitution , votée le a mars 1 780 , fut signée par James Bowdoin, président, et Samuel Barret, secrétaire.

Par un amendement à la constitution, adopté en i83i, les sessions de la législature commencent le premier mercredi de janvier.

(1) Juges inférieur» qui sont chargés d'examiner les cas de meurtre ou de décès arrivés sur la voie publique.

Le Massachusetts envoie douze représentants au congrès des États-Unis.

Déclaration des droits des habitants de la république de Massachusetts. Tous les hommes nés libres ont des droits naturels et inaliénables , savoir : ceux de jouir de la vie, de la liberté et de les défendre, d'acquérir et posséder des propriétés.

C'est un droit et un devoir de rendre un culte public au Créateur de l'univers , et aucun sujet ne doit être molesté pour la religion qu'il professe, pourvu qu'il ne trouble point la tranquillité publique.

Le peuple a le droit de donner à la législature le pouvoir d'autoriser les villes , paroisses , corps politiques ou sociétés religieuses, à faire, à leurs propres frais, les fonds convenables pour l'institution du culte public, ainsi que pour l'entretien de ministres protestants, qui doivent être choisis» par lesdites sociétés. Tous les chrétiens qui se comporteront comme bons sujets de la république, seront également sous la protection de la loi.

Le peuple a le droit exclusif de se gouverner et d'exercer tous pouvoir, juridiction et tous les droits qu'il n'a pas délégués au congrès des Etats-Unis.

Tout pouvoir émane du peuple : tous les magistrats et officiers publics sont ses substituts et lui doivent compte de leur administration.

Personne, ni corporation , ni assemblée , ne peut avoir des privilèges particuliers, distincts de ceux de la communauté , ni titres héréditaires : l'idée d'un homme né magistrat, législateur ou juge est absurde et contre nature.

Le gouvernement est institué pour la protection , la prospérité et le bien commun du peuple, et non pas pour l'intérêt particulier ou l'honneur d'une famille ou d'une classe d'hommes. En conséquence, le peuple seul a le droit incontestable d'instituer le gouvernement, de le réformer ou le changer lorsqu'il le croit nécessaire pour sa sûreté et sa prospérité.

Afin d'empêcher que les officiers publics ne deviennent oppresseurs , le peuple a le droit de les faire rentrer dans la Tie privée et de remplir les emplois vacants de la manière qui aura été établie par le gouvernement.

Les élections sont libres, et tous les habitants , ayant les qualités requises par les lois, auront droit à élire les officiers pour les emplois publics et à y être élus.

Chaque individu est obligé de contribuer aux frais dn gou-

reniement , conformément aux lois , mais sans lui enlever aucune partie de sa propriété, sans son consentement ou celui des représentants du peuple ; et lorsqu'il sera nécessaire d'appliquer la propriété d'un individu à des usages publics, il doit en recevoir une indemnité.

Aucun individu ne doit être arrêté, emprisonné, dépouillé de sa propriété , exilé ou privé de sa liberté , de sa vie ou de ses biens que par jugement de ses pairs. La législature ne fera point de loi pour infliger une punition capitale ou infamante sans une procédure par jurés , excepté pour la discipline de l'armée ou de la marine.

Tout individu doit être à l'abri de recberches et de saisies de sa personne, de ses papiers et de sa maison. Un warrant ou ordre , donné par un officier de justice , pour faire des recherches ou des arrestations, doit être accompagné d une désignation spéciale des personnes ou des objets qu'il doit chercher ou arrêter.

Dans tous les procès, les parties ont droit à une procédure par jurés, qui sera regardée comme sacrée.

Pour assurer la liberté d'un Etat , celle de la presse est essentielle et ne doit être gênée en aucune manière.

En tems de paix, les armées sont dangereuses pour la liberté et ne doivent pas être conservées sur pied sans le consentement de la législature. Le pouvoir militaire doit être subordonné à l'autorité civile. Le peuple a le droit de porter des armes pour la défense commune.

Le peuple a le droit de s'assembler pour consulter sur ce qui le concerne en commun ; de donner des instructions à ses représentants, et de demander à la Chambre des représentants le redressement des torts qu'il a éprouvés.

La législature seule a le droit de suspendre les lois ou de surseoir à leur exécution , mais seulement dans les cas particuliers.

La liberté des débats dans les deux Chambres ne pourra jamais donner lieu à aucune action ni poursuite devant une autre Cour.

Aucun subside , taxe , impôt ou droit ne peut être établi sans le consentement du peuple ou de ses représentants.

Les lois rétroactives sont injustes et incompatibles avec les principes fondamentaux d'un gouvernement libre.

La législature n'aura jamais le pouvoir de déclarer un sujet coupable de trahison ou de félonie.

En tems de paix, aucun soldat ne doit être logé chez les

DE i/ AMÉRIQUE. £$7

habitants sans leur consentement : en tems de guerre, la manière de faire ces logements sera déterminée par les magistrats, d'après les lois sur ce sujet.

Personne ne peut être assujéti à la loi martiale ou celle qui régit le militaire , excepté les soldats, les marins et les miliciens.

Les juges de la Cour suprême doivent être maintenus dans leurs places aussi long-tems qu'ils s'y conduisent bien , et avoir un salaire fixé par des lois.

Les départements du gouvernement législatif, exécutif et judiciaire seront distincts : aucun n'exercera jamais le pou- Toir des autres , afin que le peuple soit gouverné par des lois et non par des hommes.

Note A, concernant les voyages de Cabot. Les auteurs ne sont pas d'accord relativement au lieu de la naissance et au premier voyage de Cabot. Selon Purchas et plusieurs autres écrivains anglais , Sébastien Cabot était Anglais ; mais Ramusio, son compatriote , Pierre Martyr, son contemporain et ami , et Gomara qui avait demeuré avec lui à Séville , assurent qu'il était Vénitien. Il est à remarquer que ces trois derniers auteurs ne parlent que de Sébastien Cabot et nullement de son père, Jean Cabot.

Selon Hakluyt, Jean Cabot, avec son fils Sébastien, arriva, le 24 juin, près du continent américain, qu'il longea jusqu'à la latitude de 67 degrés 1/2 nord, et désespérant de trouver un passage , il fit voile vers la ligne équinoxiale : arrivé à cette partie du continent nommée actuellement Floride,, la mutinerie de l'équipage et le manque de vivres le forcèrent à faire voile pour l'Angleterre ( 1 ). « Sébastien Cabot lui-même, dans une lettre adressée â Ramusio, raconte que , le 12 juin , il se trouva dans une mer libre, et qu'il serait probablement arrivé au Cathay oriental s'il n'en eût été empêché par la mutinerie de son équipage (2). Dans cette relation, il n'est pas question de disette de vivres ; et, en effet, s'il en eût manqué, comment pouvait il retourner en Angleterre ? Gomara rapporte que Sébastien Cabot, Vénitien , se trouvant au mois ue juillet au-delà du 58e degré de latitude nord , ne put pénétrer plus avant à cause d un

(1) Hakluyt* Voyage*, vol. III, p 6-9.

(a) Ramusio, délie navigatiani etviaggi. Discorso t 1. III.

froid excessif , et qu'il fit yoile pour la terre de Bacallaos (île de Terre-Neuve ) , où il s'arrêta pour se rafraîchir, fuis il longea la cote jusqu'au 38e degré', et, de là, fit yoile pour l'Angleterre (i).

Selon Hakluyt , les troubles qui régnaient à cette époque en Angleterre empêchèrent le gouvernement de faire attention au vojage de Sébastien , qui passa en Espagne de son propre mouvement. Suivant le témoignage de Pierre Martyr, il fut invité à s'y rendre par le roi Ferdinand , après la mort de Henri VII, qui eut lieu en i5o8 (2). Herrera dit que ce navigateur arriva en Espagne, le i3 septembre i5i2, et qu'il fit son voyage au Brésil en i5a6 (3). Sébastien Gavato, dit Gomara , allant aux Moluques , passa par le fleuve la Plata en i5a6, avec quatre caravelles et 1S0 Espagnols (4).

L'auteur d'un intéressant ouvrage (5) sur Cabot , après avoir critiqué plusieurs écrivains qui ont parlé de ce célèbre voyageur, entreprend de prouver, à l'aide de témoignages irrécusables, qu il est entré dans la baie d'Hudson, et il cite particulièrement une carte qui se trouvait autrefois dans la galerie d'Elisabeth à Whitehall.

M. Biddle s'étonne que le lieu de la naissance de Cabot ait fourni le sujet de tant de conjectures. Suivant lui , cette question a été résolue il y a 275 ans , par Eden> qui assure formellement , dans ses Décades du Nouveau-Monde * que Sébastien Cabot lui avait dit qu'il était né à Bristol , mais qu'ayant été emmené, par son père, à Venise, à l'âge de quatre ans, on avait cru qu'il y avait pris naissance.

L'auteur a découvert, dans les archives de Londres, les secondes lettres patentes accordées par Henri VII à Jean Cabot to (ou Cabot), Vénitien, le 3 février 1498, et qui n'avaient point encore vu le jour.

Note B. Les villes de Hadley (6) et de Northampton (7)

(1) Gomara, cap. IV. Hist. de las Indias. (a) Décade, III, lib. 6

(3) Herrera , hist. gén. de las Indias, dec. III, lib. 9, cap. 1.

(4) Gomara, cap. 39.

(5) Memoir oj Sébastian Cabot bf a citizen of Philadelphia (M. Biddle). London, i83i.

(6) Hadley est située dans le comté de Hampshire. Sa population, en i33o, s'élevait à 1 ,886 individus.

(7) Northampton située dans le même comté, comptait, en i83o, 3,6i3 habitants.

furent fondées en 1660 9 par quelques familles de Hartford , Windsor et Weathersfîeld. Le contrat d'après lequel ils se séparèrent et se retirèrent de ces villes, est date de Hartford , le 18 avril 1659. Voyez Holmts* Annals, year 1660. — Uubbards New-England, cbap. 4<«

Cet auteur dit , que les contestations qui eurent lieu pendant les années i656, i65j et i658, s'élevèrent à un tel degré d'animosité, qu'elles se terminèrent par le départ paisible et en bon ordre d'une partie desdits habitants.

La ville de Btvtrlty fut fondée en 1668 , sur les bords de la rivière Bass (1).

(1) Beverley est située dans le comté d'Esseï, à 17 milles nord-est de Boston. Population eo i83o, 4,073 habitants.

44o CHRONOLOGIE HISTORIQUE

MAINE w.

Cet État est situé entre ie 43° 4' et le 470 45' de latitude nord et entre le 5° 55' et le io° de longitude est de Washington. Il est borné au nord par le Bas-Canada ; à l'est par le New-Brunswick ; au sud-est et au sud par l'Océan Atlantique ; et à l'ouest par Ae New-Hampshire. Maine a une superficie de 32,628 milles carrés , et sa population, en i83o, s'élevait à 399,455 individus ; en 1840, à 501,793.

Les anciens voyageurs et historiens donnaient à ce pays le nom de Mavoshen ou Mavooshen. Hackluyt , dans son Purchas* Pilgrims, dit que c'est une contrée située au nord et à Test de la Virginie, entre les 43e et 45e degrés de latitude, et qui avait 4<> lieues de large de l'est à l'ouest , sur 5o de long du nord au sud ; qu'elle confinait à l'est à un pays habité par la nation des Tarrantines ; à l'ouest , à l'Ephistoma , et qu'elle était bornée au nord par une forêt , nommée Senaghcounay et au sud, par le grand océan, la mer et beaucoup d'îles. « Il existe, » ajoute-t-il , « dans le Mavooshen , neuf rivières , dont la plus occidentale s'appelle Shawacotoc (Saco). A la source de cette rivière, s'étend, du côté du nordouest, une petite province, 111e de Crokemaho, où se trouve une ville » (2).

Indiens. Les indigènes qui habitaient le pays , à l'arrivée des Européens, appartenaient aux deux grandes familles des A bé naquis et des Etéchémins ou Malécites.

La première comptait quatre tribus , savoir : les Sokokis ou Sockhigones, les Anasagunticooksj les Canibas ou Kénabes et les Wawénocks. Suivant Charlevoix, les Abénaquis occupaient la contrée située entre le Pentagoet ou Pénobscot,

(1} Ainsi nommé en l'honneur de l'épouse de Charles Ier, qui avait un domaine du même nom en France, son pays natal. Cette épouse était Henriette-Marie , GUe de Henri IV, roi de France.

(a) On pense que c'est la ville indienne de Pegwaket.

de l'Amérique. • 441

jusqu'à la Nouvelle-Angleterre, et obéissaient à un seul chef nommé Bashaba, qui résidait sur le territoire des Wawénocks, aux environs de Pémaquid. Ses Etats, dont l'étendue était considérable, s'appelaient Moasham, suivant Georges , et Mavooshm, suivant Belkuap, et il avait sous ses ordres plusieurs grands sagamores, ou chefs , qui commandaient à i ,000 ou i,5oo archers.

Les Sokokis ou Sockhigones étaient établis sur les bords de la rivière de Saco, et leurs sagamores résidaient sur Y Ile» Indienne, un peu au-dessous des chutes inférieures. C'était une tribu nombreuse jusqu'à la première guerre indienne ; mais, à la mort de son chef Squando, sa puissance commença à déchoir, sa population décrut chaque jour , et ses débris se retirèrent dans le pays arrosé par le Saint-François, au Canada. Les Sokokis étaient divisés en deux branches, qui avaient leurs principales demeures , Tune au grand détour que décrit le Saco, à Pegwacket (Fryeburgh), et l'autre à i5 ou 20 milles plus bas près du Grand- Ossipée, où des charpentiers anglais leur avaient construit un fort en bois , avant la guerre du roi Philippe.

Les Anasagunticooks habitaient sur les deux rives de l'An* droscoggin, depuis sa source jusqu'à la baie de Merry-Meeting, et à l'ouest du Sagadahock, jusqu'à la mer. C'était aussi une tribu puissante et belliqueuse. Elle se distingua par son hostilité constante contre les colons , mais elle fut tellement réduite par les guerres , qu'en 1747 elle ne put mettre que 160 guerriers en campagne. Ces Indiens avaient leur principal camp ou établissement à Péjepscot * près des chutes de Brunswick. C'était là le rendez-vous habituel des tribus de l'est et de l'ouest, lorsqu'elles méditaient quelque expédition contre les Anglais. Les Anasagunticooks émigrèrent aussi au Canada.

Les Canibas occupaient le pays arrosé par le Kennebeck. Ils étaient divisés en deux ou trois familles politiques , obéissant à des sagamores particuliers , mais qui relevai nt d'un cbef suprême , nommé Kennebis, lequel avait sa résidence dans l'île de Swan. Ces indigènes , que les historiens anglais appellent Norridgewockj du nom de leur principal village, n'éprouvèrent pas pour les Anglais la même aversion que les Anasagunticooks et les Sokokis, et ne leur firent pas la guerre avec le même acharnement. Leur population aussi décrut plus lentement , et ce n'est que depuis fort peu de tems qu'ils se sont complètement éteints.

44a CHRONOLOGIE HISTORIQUE

Les Wawénocks habitaient à Test.de Sagada hock , et jusqu'à k rivière de Saint-Georges inclusivement. C'étaient les sujets immédiats du Bashaba. La résidence de ce chef était située près de Pémaquid ; mais, à sa mort , le principal • camp de la tribu fut transféré sur la riye droite du Sheepscpt, non loin des chutes inférieures , ce qui fit donner à ces sauvages, par plusieurs auteurs anglais, le nom à'Indiens-Sheepscot. Ils furent presque entièrement anéantis dans la guerre où périt le Bashaba, qu'ils défendirent avec une grande valeur. Leur courage était proverbial : wawénock signifiait «très-brave, ne craignant rien ». En 17479 réduits qu'ils étaient à un petit nombre de familles , ils s'expatrièrent et allèrent se fixer à Saint-François et à Bétancourt.

Les Etéchémins , qui possédaient tout le pays , depuis le Pénobscot jusqu'au Saint-Jean, se composaient de trois tribus, savoir : les Tarratines, les Opénangos ou Quoddjrs* et les Maréchites ou Almouchiquois.

Les Tarratines habitaient sur les deux rives du Pénobscot, depuis sa source jusqu'à la mer. C'était un peuple nombreux, puissant et belliqueux , qui fut long-tems la terreur des sagamores , résidant à l'ouest de leur pays. Seuls , ils triomphèrent du Bashaba et de ses alliés, mais ils durent en grande partie leur succès aux armes à feu dont les Français leur avaient enseigné l'usage. Ces Indiens furent toujours sincèrement attachés aux Français, et les fortifications que ceux-ci éle* vèrent dans la presqu'île de Majorbiguyduct et aux environs, ne leur causèrent jamais le moindre ombrage (1).

(1) « Pourquoi, » leur disaient les Anglais à l'épocrae de la quatrième guerre , « êtes- vous si fortement attachés aux Français , qui ne peuvent vous être d'un aussi grand secours que les Anglais? » — « C est , » répondit gravement un sac hem , « parce que les Français prennent toujours fait et cause pour nous ; qu'ils nous nourrissent de nonnes choses dont nous avons besoin , et qu'ils nous traitent avec bienveillance et générosité. Ils ne nous dérobent jamais nos terres Lors, que l'horizon s'obscurcit de nuages, nos frères les Français nous donnent des conseils. Dans nos relations avec eux, ils nous vendent de bons articles , et ne nous trompent ni sur le poids , ni sur la mesure Les Indiens et les blancs ont un père commun. Il a départi à chaque tribu nne belle rivière, qui lui fournit abondamment d excellent saumon et d'autres poissons, et sur les bords de laquelle les Indiens out de tems immémorial chassé Tours, le cerf et le castor. Cest notre pays, là, où. sont morts nos pères, et où nos enfants et nous nous sommes ués. Nous ne p uvons nous résoudre à l'abandonner. L'Indien a des droits et aime le bien autant que l' Anglais. Oui, nous aussi nous avons le sentiment de ce qui est bon et grand. Quand vous êtes arrivés la première Ibis des

DE i/ AMÉRIQUE. 443

Peu après le traité de Bréda (1667), le baron Vincent de Saint-Castin se fixa dans le pays des Tarratines , sur la Péninsule, qui oorte encore son nom. Il y construisit une factorerie et une habitation, étudia et apprit bientôt la langue des naturels, et , s étant pourvu d'une quantité d'armes , de munitions , de couvertures , de pièges d'acier, de babioles et divers autres articles au goût des indigènes, il ouvrit un commerce lucratif avec eux, échangeant ces objets contre des fourrures et des pelleteries, qu'il obtenait ainsi à bas prix. Il leur montra à se servir du fusil, et, par ses manières engageantes, il sut si bien captiver leur affection et prit un tel ascendant sur la tribu entière, qu'au dire d'un historien, elle le regardait comme son ange tutélaire. Voulant s'assurer son attachement par des liens indissolubles , il éoousa quatre ou cinq femmes tarratines, dont l'une était fille de Maaockawando, sagamore de la nation. Il eut d'elle plusieurs filles et un fils, qui fut un homme distingué sous tous les rapports. Saint- Castin se conforma en tous points aux moeurs et aux usages des indigènes , durant les trente années qu'il séjourna dans leur pays, et il y amassa une fortune de 3oo,ooo écus.

Les Tarratines ne paraissent pas avoir eu d'établissements fixes. Champlain, qui les visita en 1604, dit : « Ce sont des gens qui n'ont point de retraite arrêtée , à ce que j'ai reconnu et appris d'eux ; car ils hivernent tantôt dans un lieu et tantôt dans un autre , où ils voyent que la chasse des bêtes est meilleure, dont ils vivent quand la nécessité les presse, sans mettre rien en réserve pour subvenir aux disettes qui sont grandes quelquefois ». Au confluent de Kenduskeag, cependant, ils avaient, à l'arrivée des Européens, un camp, qui était le rendez-vous générai de la tribu. A une lieue plus haut, et sur la rive droite du Pénobscot, on voit encore les ruines d'un village, qu'on croit être celui de Négas, et auquel les Anglais ont donné le nom de Fort-Hill. On ignore à quelle e'poque il a été détruit, mais tout fait présumer qu'il a été habité depuis la formation des premiers établissements euro*

eaux do matin, nous vous avons reçus à bras ouverts, nous vous regardions comme des enfants du soleil Nous vous servîmes nos meilleures viandes. Jamais blanc n'est sorti ayant froid ou faim de la cabane d'ua Indien. N'est-ce pas là la vérité? Eh bien! vous nous avez rendu le mal pour le bien. Vous avez porté la coupe embrasée à nos lèvres; elle a rempli nos veines de poison; elle a tari la source de notre force Oui! et quand la crise s'emparait de nous, vous en profitiez à notre détriment. »

pëens dans le pays. A l'époque de la révolution, ils avaient un village, appelé Indian Old-Town (vieille ville indienne), dans une île du Pénobscot, située à 12 milles au-dessus du confluent du Kenduskeag. Il se composait alors d'une cinquantaine de cabanes etM'une cbapeile. En 18 16, il ne restait plus que vingt^cinq cabanes, et, en 1823, de quinze à seize.

Les Tarratines observèrent une stricte neutralité pendant la guerre de l'indépendance. Le Massachusetts les prit sous sa protection, et défendit tout empiétement sur leurs terres,

3ui s'étendaient l'espace de 6 milles de large, de chaque côté u Pénobscot, à partir du point où la marée cesse de se faire sentir, jusqu'à sa source. Depuis, le gouvernement a acquis la majeure partie de leur territoire, dont ils n'ont conservé que quatre districts, quelques arpents sur la rive gauche du Pénobscot, vis-à-vis le confluent du Kenduskeag, et vingthuit îles d'une superficie de 2,670 acres, entre Old-Town et Passadumkeag.

Une autre grande tribu des Étéchémins résidait sur les bords de la baie de Passamaquoddy et de la rivière de Schoodic. On ignore le nom générique de ces Indiens. On les appelait quelquefois Opénangos , mais plus communément Quoddy. La Hontan dit que c'était un peuple nomade, qui parcourait l'Acadie et la Nouvelle-Angleterre. Les Quodays furent les alliés constants des Tarratines, dont une tradition les fait descendre. Le chef-lieu de la tribu est à Pleasant- Point, sur la côte occidentale de la baie de Passamaquoddy, à deux lieues au-dessus d'Eastport. Il se compose de trentecinq à quarante cabanes, une école, une chapelle, et de trois maisons occupées par le fils du saga more , Soc Basin, un interprète et le pasteur catholique.

La troisième tribu des Étéchémins, dite des Maréchites , Malécites ou Almouchiquois , habite sur les bords de la rivière de St-Jean, partie dans le Nouveau-Bru nswick, et partie dans le Maine. Ils ont un village à Me duc tic-Point^ sur le St-Jean, à 125 milles de la mer, et un autre, Indi an- Village, à 100 milles plus haut, près des petites chutes, lequel se trouve compris dans les limites du Maine. Cette tribu, autrefois populeuse et puissante, était renommée par sa bravoure et son intelligence. Purchas prétend qu'elle avait fait des progrès dans « l'art de peindre et de sculpter sur bois et sur pierre des figures d'hommes, de bêtes et d'oiseaux ». Lors de la première guerre indienne, elle hésita à se déclarer contre les Anglais ; mais, voyant lea Tarratines et les Opénangos décidés à

prendre les armes, elle suivit son exemple, et, dans la suite,

elle fit toujours cause commune avec eux.

M. Williamson, dans son Histoire du Maine, estime la

population indigène de ce pays, en i6i5, à 36 ou 37,000 âmes,

et le nombre de guerriers, qu'elle pouvait mettre sur pied, à

environ 1 1 ,000, savoir :

Les Abénaquis -

Les Sokokis 900 guerriers.

Les Anasagunticooks i,5oo

Les Canibas i,5oo

Les Wawénocks 1,100

5,ooo

Les Etéchémins :

Les Tarratines 2,400

Les Opénangos i,4oo

Les Maréchites . . . a, 200

Total 11,000.

Les Abénaquis sont aujourd'hui entièrement éteints. Les Sokokis avaient cessé d'exister avant la prise de Québec ; il ne restait des Anasagunticooks qu'une quarantaine d'individus, an commencement de la révolution ; les Canibas étaient réduits à six ou sept familles, en 1795 ; et les Wawénocks ne comptaient pas quarante combattants en 1749*

Les Étéchémins, moins épuisés par la guerre, les maladies et la dissipation que les Abénaquis, habitent encore le pays de leurs pères, mais n'en sont pas moins condamnés à s'éteindre à une épocjue plus ou moins rapprochée. En 1756, les trois tribus avaient encore i,5oo guerriers. En 1820, leur population réunie ne s'élevait plus qu'à 1 ,235 individus, savoir : 390 Tarratines, 379 Opénangos, et 466 Maréchites.

Les Indiens du Maine sont d'une taille au-dessus de la moyenne. Ils sont fortement constitués, ont les traits réguliers et prononcés, la figure large, les yeux noirs et brillants, le teint olivâtre, les dents d'un blanc d'ivoire, et les cheveux noirs, longs et plats. Leurs vêtements consistaient autrefois en peaux de bêtes, ornées et peintes de diverses couleurs ; mais aujourd'hui ils ont adopté, sinon les coutumes, du moins les étoffes et les articles de parure à l'usage des blancs.

Ces Indiens se distinguaient par un caractère tout particulier. L'étranger, arrivant parmi eux désarmé, qui leur de-

mandait aide et protection, était sûr de l'obtenir* S'il avait froid, ils le réchauffaient ; s'il était nu, ils lui donnaient des vêtements ; et, s'il avait faim, les meilleurs aliments de la tribu étaient mis à sa disposition. Entr'eux, les droits et la propriété étaient scrupuleusement respectés : jamais ils ne cherchaient à se tromper les uns les autres. Amis sincères et dévoués, ils conservaient toujours le souvenir de services rendus. Ils poussaient le patriotisme à l'extrême, et aucun sacrifice ne leur coûtait, s'il devait en résulter quelque avantage pour la tribu.

L'Indien est un être grave et taciturne. Rarement on le voit rire ; il aime mieux écouter que parler ; mais quand il prend la parole, c'est toujours pour dire des choses sensées et à propos. Il est extrêmement adonné à l'oisiveté. Pendant la paix, rien ne le porte au travail ; la richesse n'a aucun attrait pour lui, et, en guerre, l'agitation cesse du moment que la crise est passée. La jalousie, la vengeance et la cruauté sont ses défauts dominants. S'il se rappelle toujours un bienfait, il n'oublie jamais un affront ; il ne conçoit pas qu'on ne rende pas le mal pour le mal, qu'on ne torture pas les vaincus, u'on puisse garder foi à un ennemi, et, enfin, qu'on lui paronne.

Les Indiens mènent une vie tout-à-fait misérable. Leurs cabanes, ou wigwamsj ont de 20 à 4o pieds de lonç, sur i5 à a5 de large, et n'ont ni portes, ni fenêtres, ni cheminées ; un trou, pratiqué au toit, laisse échapper la fumée. Là, hommes, femmes et enfants se tiennent accroupis pêle-mêle, prennent leurs repas, et couchent sur des peaux d'ours, n'ayant pour se garantir du froid que quelques méchantes couvertures. Quatre familles occupent le plus souvent la même cabane, où il n'y a ni chaises, ni escabeau, ni table. Les seuls ustensiles de ménage qu'on y remarque sont des vases en bois ou en fer, des couteaux et des paniers.

Les femmes ont un physique fort agréable. Avant le ma* liage, elles sont modestes et réservées ; épouses, elles pratiquent la chasteté et les autres vertus domestiques. Les travaux manuels, dédaignés par les hommes, sont le partage des femmes. Ce sont elles qui cultivent les champs, qui rentrent les récoltes, prennent soin du gibier et du poisson, et qui apprêtent les aliments de la famille. L'ivrognerie, si commune chez les hommes, est un vice inconnu aux femmes. Leurs notions religieuses sont grossières et empreintes de superstitions. Ils croyaient autrefois à un grand esprit, que les Abénaquis

de i/àmérïque. 447

appelaient Tanto ou Tantum* et les Etéchémins, Sazoos; à l'immortalité de l'âme et à l'existence d'un paradis, situé bien loin vers l'ouest, où résidait le grand esprit et où les bons étaient recueillis après leur mort. Ils croyaient aussi à un mauvais esprit, nommé Mojuhondoj à des génies tutélaires, ou bons anges , appelés Manitous j et témoignaient une grande vénération à leurs powowsj ou prêtres, qu'ils consultaient également comme médecins. Un vieil arbre, situé dans la Nouvelle-Ecosse, était devenu l'objet d'un culte tout particulier. Ils lui faisaient des offrandes et s'imaginaient que c'était la demeure de quelque grand et bon esprit.

Le christianisme fut introduit de bonne beure parmi les naturels du Maine , par les missionnaires catholiques Biard , Masse, Dreuillettes, Vincent, Jacques Bigot (i) et autres. Les powows perdirent dès lors toute leur influence ; mais bien que les Indiens se fussent convertis au catholicisme, ils n'en demeurèrent pas moins, sous tous les autres rapports, de vrais enfants des forêts.

Toutes les tribus de l'est , à partir du Rennebeck jusqu'à Saint-Georges et Àgamen tiens, et probablement au-delà, reconnaissaient l'autorité du Basbaba, dont il a été déjà question. La chute de ce chef, arrivée en i6i5 ou 1616 , mit fin à sa racé et à cette dignité. Chaque tribu obéissait à un magistrat suprême, nommé sagamort, dont les conseillers, ou hommes sages j, s'appelèrent d'abord sachems* et plus tard, capitaines. Les fonctions de sagamore étaient à vie , et à son décès , la tribu choisissait de préférence , pour le remplacer, son fils ou un de ses proches parents. Les trois tribus des Etéchémins ont , de tout tems, élu séparément leurs saga mores et leurs sachems , dans une assemblée générale , mais ces fonctionnaires devaient être installés dans leurs charges en présence d'une délégation de chacune des autres tribus.

Les anciennes armes de guerre des naturels du Maine étaient la massue, le bâton, la lance, lare et les flèches , et le bouclier. Le tomahawk et le couteau qui leur sert à enlever la chevelure d'un ennemi vaincu , sont des instruments en fer et en acier, qu'ils ont adoptés depuis que les Européens se sont établis dans le pays (2).

(1) Vincent Bigot s'établit à Pentagoet, en 1688, et Jacques Bigot i Kennebeck, en 1699.

(a) 77i€ history of the State of Maine front its firstdUeoveryyA. D., 1602, to the séparation, A. D. i&ao, inclusive, by William D. Wil-

1598, 12 janvier. Premières explorations de la cote. — - Voyage du marquis de La Roche. Un gentilhomme breton, nommé de La Roche, obtint de Henri IV des lettres patentes , en date du 12 janvier, portant que , conformément à la volonté de Henri III, qui lui avait déjà accordé une commission et des pouvoirs dont il n'avait pu faire usage, sa majesté le créait son lieutenant-général au pays de Norimbegue, Hochelaga, Labrador,Terres-NeuveSj Rivière de la grande baie (fleuve de Saint-Laurent), Canada , et autres terres adjacentes j avec mission de travailler à la conversion des indigènes , et de disposer des terres comprises dans les limites de son gouvernement, comme il le jugerait convenable. Muni de cette commission , La Roche se hâta d'armer un vaisseau sur lequel il s'embarqua avec un habile pilote normand, nomme Chédotel, pour l'Amérique. Il toucha d'abord à l'île de Sable j y débarqua 4o individus (1) , et alla de là reconnaître les côtes voisines du continent (Acadie), mais s'y arrêta peu , et repartit pour la France , après avoir recueilli les notions qu'il désirait obtenir sur le pays. Des obstacles qu'il rencontra à son retour, l'empêchèrent de donner suite à ses projets, et il mourut peu de tems après (2).

1602. Voyage de Gosnold. Le navigateur anglais, Bartholemew Gosnold, qui avait déjà traversé plusieurs fois l'Atlantique, par la route ordinaire des Canaries et des Indes occidentales , pensa qu'il devait exister une voie plus directe

Kur se rendre d'Angleterre en Amérique. Décidé à tenter xpérience , il équipa une barque , montée de trente-deux personnes, dont huit seulement étaient des marins, et mit à la voile de Falmouth, le 26 mars 1602. Ayant navigué aussi directement à l'ouest que le vent le lui permit , il aborda , le 4 mai suivant, vers le 43° de latitude nord. On ignore au juste le point où il toucha , mais on croit que le mont Agamenticus est la première terre qu'il aperçut. Gosnold rencontra dans ces parages une chaloupe de construction européenne , conduite par huit sauvages. Un de ces derniers étant vêtu d'habillements européens , il en conclut que de malheureux pêcheurs basques ou bas-bretons avaient du faire naufrage

tiamson, a vol. 8°, Hallowell, i83a. Natives of Maine, vol. I, chap. 18.

(1) « Quarante misérables, dit Char le voix, qu'il avait tirés des prisons de France, et qui s'y trouvèrent bientôt plus mal à kur aise que dans leurs cachots mêmes ».

(a) Charlevoix, Nouvelle-France, 1. 1, liv, 3,

DE I/àMÉRÏQUE. 44g

sur cette côte. Gosnold cingla de là Vers un point situé au sud du cap Cod, et se rembarqua , le 18 juin , pour l'Angleterre, où il arriva le a3 juillet (i).

i6o3. Voyage de Martin Pring. L'année suivante, des né-

Sociants de Bristol, Richard Hackluy t, prébendaire de 1 église e Saint-Augustin, et autres, ayant souscrit une somme de mille livres sterling, achetèrent deux navires, qu'ils armèrent et approvisionnèrent pour un voyage à l'ouest, de huit mois. Le Speedwellj un de ces navires, était monté de 3o hommes, et commandé par Martin Pring. Le second , le Discoverer, barque de 16 tonneaux, portant i4 hommes, était aux ordres de fVilliam Brown* et Robert Salters, qui avait déjà navigué avec Gosnold , fut nommé subrécargue, ou agent principal de l'expédition. On embarqua à bord des vêtements , de la quincaillerie et des objets de peu de valeur, pour échanger avec (es naturels, contre du sassafras et des fourrures. .

L'expédition mit à la voile deMilford , le 10 avril i6o3, et aborda à la côte d'Amérique, le 7 juin, entre les 43° et 44" de latitude nord , dans la baie qui a depuis reçu le nom de Pénobscot. Pring et ses compagnons furent enchantés de l'aspect du pays, qui était élevé et bien boisé, et dont la côte, parsemée d îles , était extrêmement poissonneuse. De là , il côtoya vers le sud, doubla les îles de la baie de Casco, et pénétra dans une rivière , qui était probablement le Saco, et qu'il remonta l'espace de deux lieues. Il explora ensuite les embouchures de deux rivières, le Kennebunk et Work, et en reconnut une troisième {laiPiscataqua), située plus à l'ouest, et la plus considérable des quatre , qu'une partie de ses gens remonta sur une distance de trois à quatre lieues. Toutefois, . ne pouvant se procurer du sassafras , et ne rencontrant point d'indigènes avec lesquels ils pussent trafiquer, Pring et Brown passèrent plus au sud, et quittèrent la côte pour s'en retourner en Angleterre, au mois d'août (2).

i6o3-4- Voyage du sieur de Mons. Henri IV, roi de France , accorda à Pierre du Quast, sieur de Mons, par lettres patentes du 8 novembre (3), tout le territoire de 1 A-

(ij Pur chas, vol. IV, chap. II, Gosnold mourut, le 11 août 1607, membre du conseil de la Virginie. Voyez l'article Massachusetts, voyage de Gosnold, page 177 de ce volume.

h) Purchas' Aïs. Pilgrimes, vol. IV, chap. 12.

S midis' Virginia, book. I, p. 18.

(3) Mémoires des commissaires du roi, t. II, pièce X. Lettres patentes T. XVII. 29

45o CHRONOLOGIE HISTORIQUE

mérique, compris entre le 4o° et 46° de latitude nord, et le nomma vice-amiral et lieutenant-général de cette vaste région, avec mission de la coloniser et gouverner suivant son plaisir, et d'en soumettre et convertir les habitants. Ce pays, appelé Acadie dans les lettres patentes, n'avait d'autres limites que les degrés de latitude ci-dessus mentionnés, et embrassait par conséquent toute la côte américaine, depuis l'île du cap Breton jusques et au-delà du fleuve d'Hudson.

De Mons , ayant équipé deux navires (i), partit de Dieppe le 7 mars 1604. H emmena avec lui un sieur de Poutrincourt; et Samuel Champlain, qui avait exploré le St-Laurent l'année précédente, l'accompaena en qualité de pilote.

De Mons avait suivi le sieur de St-Çhauvin dans son voyage au St-Laurent, en 1599, mais « ce ciu'il avait vu du

2ys, » dit Champlain, « lui avait fait perdre la volonté d'aller ns le grand fleuve St-Laurent, n ayant vu en ce voyage (ju'un fâcheux pays, lui qui désirait aller plus au midi, pour jouir d'un air plus doux et plus agréable (2) ».

Le 6 mai, de Mons arriva au cap de la Hève, par la latitude 44° 5'. Il doubla ensuite le cap Sable, visita Ja baie de Fundy, et jeta l'ancre dans un vaste bassin, entouré de collines et de

?aîries, où s'arrêta de Poutrincourt, qui nomma l'endroit ort-RoyaL De là, de Mons se rendit dans la baie de Passamaquoddy, et remonta la rivière de Schoodic jusqu'à une petite île qu'il jugea « d'assiette forte, et le territoire d'alentour très-bon, la température douce, sur la hauteur de 45° 1/2 de latitude (3) ». Il la nomma Sainte-Croix.

La saison étant fort avancée, il résolut d'y passer l'hiver, fit venir ses vaisseaux, et les ayant déchargés, les envoya aux ordres du sieur de Poutrincourt. Cependant, il ne fut pas long-tems à s'apercevoir qu'il aurait pu choisir une meilleure position. Le manque de bois et d'eau se fit bientôt sentir; le

qui accordent au sieur de Mons et à ses associés la traite exclusive des pelleteries dans f Acadie et le golfe Saint-Laurent et des deux côtés du fleuve du Canada, du 18 décembre i6o3.

ffazards' Collections. 1,45-48, où ces lettres sont publiées en français.

(1) L'armement du sieur de Mons se composait de quatre navires. L'un était destiné à faire la traite des pelleteries à Tadousac ; un second, aux ordres du sieur de 1 ontgrave, devait se rendre à Camceaux, pour croiser de là le long des côtes et en chasser les bâtiments qui voudraient y faire le commerce avec les sauvages au préjudice des droits de de Mons.

(2) Voyage du sieur de Champlain, in-4°, p. 42. Paris i63a.

(3) Champlain, page 44*

DE L'AMÉRIQUE. 45l

froid sévit avec une rigueur extrême, durant tout l*hiver; la terre resta couverte, pendant cinq mois, de trois pieds de neige, «t, pour surcroît de malheur, le scorbut se déclara parmi ses gens ; tous en furent atteints, et trente-six sur soixante-dix en moururent avant le printems.

Lorsque la saison le permit, de Mons rappela de Poutrincourt, avec le reste de son monde, prit sa route au sud, rangea la cote depuis la rivière Sainte-Croix jusqu'au Kinibeki, et poussa ensuite jusqu'au-delà d'un port situé par la latitude 4i° i/3, que Champlain nomma Fortuné. De Mons ne trouvant, dans cet espace, aucun lieu qui lui convînt, s'en retourna à l'île Sainte^Croix. Mais l'établissement qu'il y avait formé était dans un si triste état, qu'il prit la résolution de l'abandonner et de le transporter à Port-Royal (i).

Exploration de la côte par Champlain. Dans son « Voyage de la Nouvelle-France », Samuel Cbamplaina publié un journal de cette exploration de la côte du Maine, qu'il exécuta de concert avec le sieur de Mons.

Après avoir rangé tout le littoral de l'Acadie, depuis le cap de la Hève, il arriva à l'île de Menane qu'il visita, ainsi que plusieurs autres auxquelles il donna le nom A'iles aux Margaux (a), à causede la grande quantité d'oiseaux de cette espèce qu'il y remarqua. De là, il se rendit à la rivière des Étéchfminsj ainsi appelée des sauvages qui habitaient sur ses bords, et passa par un grand nombre d'îles assez belles qu'il ne put compter. Elles étaient toutes dans un cul-de-sac, dont il évalua le circuit à plus de quinze lieues. Faisant à l 'ouest-nord-ouest trois lieues par les îles, il entra dans une rivière qui avait près d'une demi-lieue de large, et l'ayant remontée une ou deux lieues, il arriva à deux îles, Tune fort petite, proche de la terre de l'ouest, et l'autre, au milieu, qui pouvait avoir de 8 à 900 pas de circonférence, et qui était garnie de tous cotés de rochers élevés de trois à quatre toises, à l'exception d'un endroit, otril y avait une pointe de sable et de terre grasse. H y existait un autre lieu à couvert , pour mettre des navires de 80 à 100 tonneaux, mais qui restait à sec à mer basse.

« De soi, » dit Champlain (3), « cette île est en fort bonne situation, et n'y a qu'un côté où elle baisse d'environ 4o pas, qui est aisé à tortiâer. Les côtes de la terre ferme en étant

(1) Lescarbot, Nouvelle-France, Itb. I, ch. 1.

Fom ou cormoran». Hydrocorax, vieiU.

(3) Page 39 de ses Voyages.

des deux côtés éloignées d'environ 900 à 1 ,000 pas, les vais-

M M Sh

canon d'icelle, qui est le lieu qu'on jugea le meilleur, tant pour la situation, bon pays, que pour la communication que l'on prétendait avec les sauvages de ces cotes et du dedans des terres, étant au milieu d'eux, lesquels avec le tems on espérait pacifier et amortir les guerres qu'ils ont les uns contre les autres, pour en tirer à l'avenir du service, et les réduire à la foi chrétienne. Ce lieu fut nommé, par le sieur de Mons, l'île Sainte-Croix. »

Poussant plus avant, on entrait dans une grande baie, où il y avait deux îles, l'une haute, et l'autre plate, et trois rivières, deux médiocres, dont l'une tirait vers l'orient, et l'autre au nord, et la troisième, grande, qui allait vers l'occident : c'était celle des Êtéchémins. Champlain la remonta l'espace de deux lieues, jusqu'à un saut, hérissé de rochers, que les sauvages ne pouvaient franchir avec leurs canots. Le terroir y était des plus beaux ; il y avait de i5 à 20 arpents défrichés, et tout le reste du pays était couvert d'épaisses forêts.

Sortant de la rivière de Ste-Croix (1), Champlain navigua le long des côtes, pendant a5 lieues, passa près d'un grand nombre d'îles, bancs, battures et rochers, qui se projetaient sur différents points à plus de 4 lieues en mer, et auxquels il donna le nom à! îles Rangées. Parmi ces îles se trouvaient plusieurs beaux et bons ports. L'une d'elles, qui pouvait avoir de 4 a 5 lieues de long, était fort rapprochée de la terre ferme. Elle était haute et coupée par endroits de manière à présenter, du côté de la mer, l'apparence de sept ou huit montagnes, à la suite les unes des autres, et dont les som-

(1) D'après le traité de 1 783, le rivière de Ste-Croix devait faire partie de la ligue de démarcation entre les Etats-Unis et les possessions anglaises. Plus tard, il s'éleva une contestation au sujet de cette rivière, les uns soutenant que c'était le Schoodic, et les autres le Magaguadorick ou Magadavi, qui tous deux se déchargent dans la baie de Passamaquoddy, à 3 ou 4 ùeucs l'un de l'autre. Les deux gouvernements, désireux, de résoudre cette question, nommèrent des commissaires; qui se rendirent sur les lieux, en 179S, et trouvèrent une île dans le Schoodic, dont la position répondait parfaitement à celle de l'île où de Mons et les siens avaient passé l'hiver de 1604 à 160S. Près de son extrémité supérieure gisaient encore les ruines d'anciennes fortifications, couvertes de grands arbres, et dont on reconnut les fondations en pierres sur une étendue considérable. Cette découverte ne laissa aucun cloute dans l'esprit des commissaires que le Schoodic ne fût la rivière de Sainte- Croix.

mets étaient dépourvus de verdure. Cliamplaîn l'appela File des Monts-Déserts j et détermina sa latitude par 44° 1h*

Les sauvages, ayant fait alliance avec les Français, les conduisirent à la rivière de Péniétégoit, sur les bords de laquelle ils leur dirent que leur chef B essaie avait sa résidence. Champlain jugea que cette rivière devait être celle de Norembègue> sur le compte de laquelle les pilotes et les historiens du tems avaient publié les notions les plus erronées. On prétendait, entr'autres choses, qu'il y avait sur ses bords « une grande ville, peuplée de sauvages adroits et habiles, ayant du fil de coton ». Champlain explora son cours sur une étendue considérable. A son entrée, se trouvaient plusieurs îles, éloignées de 10 à \i lieues de la terre, et situées par 44° de latitude. L'île des Monts-Déserts formait la pointe orientale de son embouchure, et la pointe occidentale, appelée par les sauvages Bcdabérfcc . était une terre basse, distante de l'autre de 9 à 10 lieues. Vers le milieu, il y avait une île remarquable par son élévation, que Champlain nomma Yîle Haute. A deux on trois lieues de la pointe de Bédabédec, le pays était très-élevé.

Champlain, toujours guidé par les sauvages, entra dans la rivière, passa près d'un grand nombre d'îles, s'arrêta à i5 lieues de l'île Haute, dans un endroit où la rivière n'avait plus qu'un demi-quart de lieue de large, puis, continuant sa route l'espace de 7 à 8 lieues, il jeta l'ancre près d'une petite rivière, et à une demi-lieue d'un saut qui barrait le passage. Champlain le visita dans un canot des sauvages, et mit pied à terre pour voir le pays, qui lui parut fort agréable, étant couvert de beaux chênes et peuplé de gibier. Dans'toute cette distance d'environ i5 lieues, il ne rencontra ni ville ni village, « ni apparence d'y en avoir eu », mais seulement une ou deux cabanes inhabitées.

Les sauvages, qui avaient conduit Champlain a>u saut delà rivière de Norembègue, allèrent annoncer son arrivée à Bessabe , et d'autres se rendirent à une petite rivière, pour en avertir également le chef, nommé Cabahis. Le 16 août, trente sauvages se présentèrent, et, bientôt; après, on vit arriver Bessabe et sa suite, montés dans six canots. Cabahis les suivit peu après, avec vingt ou trente de ses compagnons, qui « se rejouirent fort de voir les Français, d'autant que c'était la première fois qu'ils voyaient des chre'tiens ». Champlain descendit alors à terre, avec deux de ses gens et deux sauvages, et ordonna aux hommes qui restaient dans la bar-

que, de tenir leurs armes prêtes à faire feu, s'ils s'apercevaient que les indigènes eussent des intentions hostiles à leur égard. Bessabe les reçut très-bien , les. fit asseoir auprès de lui et leur présenta de la venaison et du gibier. Tout le reste du jour et la nuit suivante se passèrent en chants , en danses et en festins : le lendemain matin, on se sépara.

Le 17, Chain plain ayant pris la latitude de cet endroit, qu'il reconnut être de 45° ^5', il en partit pour continuer son exploration des côtes. Le 18, il passa près d'une petite rivière,; où il revit Cabahis, qui le pria de le prendre dans sa barque, et il Taccompagna l'espace d'environ 11 lieues. Ce chef lui dit qu'en remontant la rivière de Norerabègue , au-dessus du saut, on entrait dans un lac, d'où on gagnait par terre la rivière de Sainte-Croix , et par celle-ci la rivière des Etéche'mins.

Rangeant la côte de l'ouest, Cham plain visita plusieurs îles, et une entr autres qu'il appela la Tortue. Cette île était située devant l'entrée de la rivière de Quinibéquy j par le 44° de latitude, à 1 5 lieues environ de Bédabédec. Il pénétra dans la rivière, et, l'ayant remontée durant quelques lieues , il rencontra deux canots, conduits par des sauvages , qui le menèrent à leur capitaine Manthoumermer.Ce dernier,voyant s'avancer la barque, vint au devant d'elle, dans un canot, suivi de dix autres , et adressa aux Français une harangue, où il leur témoignait le plaisir qu'il avait de les voir, et leur demandait leur alliance. Le lendemain , Champlain se rendit à un lac de trois ou quatre lieues de long, où il descendit deux rivières, celle de Quinibéquy, qui vient du nord -nord-est, et l'autre du nord-ouest, sur les bords de laquelle les sauvages lui avaient annoncé qu'il trouverait deux chefs indigènes, l'un nommé Marchim et l'autre Sazinou, chef de la rivière de Quinibéquy. Le pays a voisinant était presque stérile et peu habité.

Après avoir côtoyé quelque tems , Champlain mouilla près d'un îlot , non loin de la grande terre , où il vit; plus de 80 sauvages, qui accoururent en dansant et en faisant des signes de réjouissance de la satisfaction que leur causait la présence des Français. Champlain alla de là reconnaître une île fort belle, où il remarqua des champs défrichés, de grands chênes, des noyers, et force vignes produisant de beaux raisins, les seuls qu'il eût vus depuis son départ du cap de la ïlève. Il la nomma île de Bac chus. A deux lieues de là , il entra dans la rivière de Chouacouet* où il reçut la visite de nombre de

sauvages et de leur chef Hortéméchin. Ces natarels étaient agriculteurs et se servaient, pour remuer la terre, d'un instrument de bois très-dur, de la forme d'une bêche. Ils cultivaient du maïs , des courges , des citrouilles et des fèves. Le pays produisait aussi beaucoup de vignes. Les sauvages avaient une vaste cabane palissadée , où ils se retiraient à l'approche d'un ennemi.

Le 12 septembre, Champlain quitta la rivière de Chouacouet; mais, lorsqu'il eut fait six ou sept lieues le long de la côte, il s'éleva un vent contraire , qui le força de rétrograder de deux ou trois lieues , et de relâcher à un cap situé par 43° 25' de latitude, qu'il nomma Port aux Iles, parce qu il était formé par trois îles.

Côtoyant de là vers le sud, pendant quatre lieues, Champlain reconnut trois ou quatre îles assez hautes , et à l'est de celles-ci, un grand cul-de-sac, qui pouvait pénétrer d'environ quatre lieues dans les terres, et avait deux lieues de large du nord au sud, et trois lieues à son entrée. Le lendemain , il arriva à un cap, où il y avait trois îles , et qu'il nomma pour cette raison cap aux Iles. Il y débarqua et se mit en communication avec les indigènes, auxquels il fit cadeau de couteaux et de biscuits. Ces sauvages cultivaient la terre. Doublant le cap , il entra dans une anse où il y avait beaucoup de vignes , des pois , des courges , des citrouilles et des racines ayant le goût de cardes. Cette partie de la côte était extrêmement peuplée. A sept ou huit lieues de là , il mouilla près d'une île habitée aussi par des sauvages agriculteurs. Le 17, il passa auprès de plusieurs îles bien boisées, et explora une vaste baie, sur lés bords de laquelle résidaient six peuplades , obéissant à autant de chefs différents. Poursuivant sa route , il alla ancrer à uue lieue d'un cap , qu'il nomma Saint-Louis , et où sa barque faillit se perdre sur des rochers. Là , il reçut la visite d'une foulé d'Indiens, accompagnés de leur chef Honabétha, à qui de Mons fit divers présents. Il y avait en* ce1 lieu, où venait se jeter la rivière du G as, un grand nombre de petites maisonnettes, environnées de champs de blé dinde.

^ Champlain, ainsi que nous l'avons déjà dit, continua sa navigation jusqu'au 4i° 20' de latitude, et retourna ensuite à Sainte-Croix.

Peu de tems après, de Mons et de Poutrincourt firent voile de Port-Royal pour la France, laissant à Dupont, qui venait d'arriver avec un renfort de quarante hommes, à Champlain

et à Chauvin le soin d'explorer le pays et de continuer les établissements (i).

ioo5. Une compagnie anglaise, qui se forma sous les auspices du comte de Southampton, de lord Thomas Arundel et autres, résolut d'envoyer George tVeymouth à la découverte d un passage par le nord-ouest. Ce capitaine mit à la voile des Dunes, le 3i mars, et aborda, le 18 mai, à une île située à 3 milles des côtes, qu'il appela St-George, et qu'on a su depuis être celle de Monahigan. Il en partit le 19, et entra dans un port spacieux, profond et bien abrité, placé à l'embouchure de la rivière de St-George, qu'il nomma port de la. Pentecôte. Ses gens s'y reposèrent plusieurs jours, que Weymouth employa à reconnaître les îles et les côtes voisines : le 22, il planta un jardin, et sema de l'orge et différentes graines oléagineuses. Le 10 ou 1 1 juin, il sortit de ce port, co- *°y^ers le nord l'espace de 60 milles, et, remontant la baie de Pénobscot, jeta l'ancre, le 12, près de terre, à la hauteur des collines de Pénobscot ou de Camden. Le lendemain, il se dirigea vers l'ouest, entra dans la baie de Belfort, où il descendit à terre, et, y ayant élevé plusieurs croix, s'en retourna a Saint-George.

Les Anglais, voulant s'établir dans le pays, traitèrent les naturels avec bonté. Mais, un différend s'étant élevé entr'eux, Weymouth retint trois sauvages, qui se rendirent à son bord, et, dans une descente qu'il fit â terre, il en enleva deux autres avec lesquels il partit pour l'Angleterre, un peu après la mi-jum (2). A son arrivée à Plymouth, il remit les trois premiers à sir Ferdinando Gorges, gouverneur de ce port, qui les conserva trois ans dans sa famille (3).

1606. Lord Popharo, sir Ferdinando Gorges et d'autres membres de la Compagnie de Plymouth ayant obtenu une patente, signée de Jacques I", le 10 avril, laquelle les autorisait à fonder des établissements sur la côte d'Amérique, et à en convertir les naturels au christianisme, expédièrent dans ce but Henry Chalons, qui partit le 12 août suivant, dans un navire monté de trente-un hommes et de deux des captifs

(1) Les voyages de la Nouvelle-France occidentale, dite Canada faits par le sieur de Champlain. Paris , i63a.

(a) Voici les noms des quatre de ces captifs : Tisquantum, Maneda Assecomet et Shetwanves. ' tt) Smiths'. Historvof Virginia, book I, 18-ao. Purchas, vol. IV, ht. Vlfl, ch. i3.

de Weymouth, Maneda et Asseconut. Peu de tems après, la Compagnie envoya des renforts sons la conduite de T%omas Hanam et de Martin Pring. Mais Ghalons ayant été pris par les Espagnols, le 12 novembre, ne put former l'établissement projeté, et Hanam , manquant des moyens nécessaires pour en entreprendre , retourna en Angleterre , émerveillé de la beauté du pays (x).

1607. Hanam fit à la Compagnie de Plymoutb un récit si séduisant de son voyage, qu'elle conçut le projet d'une nouvelle expédition, qui devait d'abord se composer de trois navires. Une centaine d'émigrants se présentèrent pour en faire partie, et on les pourvut de toutes les cboses indispensables au succès de rentreprise. On alla jusqu'à rédiger un plan de gouvernement, dont tous les officiers, choisis parmi les colons, furent désignés à l'avance. La Compagnie, cependant, ne put se procurer que deux navires, dont le commandement fut confié à George Popham, frère de lord Popham, et à Raleigh Gilbert, neveu de sir "Walter Raleigb. L'expédition mit à la voile de Plymouth, le 3i mai, et arriva, après une heureuse traversée, à File de Monhaigan, le 8 août suivant. De là, elle se dirigea vers l'embouchure d'une belle rivière navigable, nommée Sagadahockj et mouilla auprès d'une* petite île, que Popham jugea bien placée pour trafiquer avec les indigènes. Les colons descendirent à terre, le 1 1 août, et après qu'ils eurent rendu des actions de grâce à Dieu, on leur donna communication de la patente, et les ordonnances, lois et règlements de la colonie furent solennellement promulgués.

Le Conseil colonial se composait de huit membres, dont George Popham fut élu président (2). Les Anglais construisirent des cabanes dans l'île, creusèrent deux ou trois puits, et se mirent en rapport avec les Indiens. Ils ne tardèrent cependant point à se convaincre que les puits, attendu leur proximité de la mer, ne fourniraient jamais d'eau potable, et que d'ailleurs l'île, qui n'avait guère que huit à dix arpents d'étendue, était trop petite pour songer à y fonder un établisse-

(1) Purchas, vol. IV, book X, cb. a.

fa) Les autres membres du Conseil étaient : Baleigh Gilbert, nomné amiral delà colonie; Edward Harlow , maître de l'artillerie; Robert Davis, sergent-major et commandant de la milice ; Bllis Best, maréchal ; John Scammond, secrétaire ; James Davis, gouverneur du fort, et Gome Carew , explorateur.

ment permanent (i). Ils résolurent donc de se transporter sur un autre point. Traversant la rivière, ils choisirent un site agréable et commode sur le bord sud-est d'une crique, située à 10 milles de l'embouchure du Sagadahock, et y formèrent, pendant l'automne, rétablissement qui a depuis reçu le nom de colonie de Sagadahock. Les colons y construisirent une maison assez vaste, une grange, quelques cabanes, et un fort, qu'ils nommèrent fort St-George (2), en l'honneur du président. Ils y élevèrent aussi un blochhouse, avec un magasin, pour y garder leurs provisions, et leur servir de retraite en cas de danger.

Toutes ces dispositions étant prises pour passer l'hiver, le 5 décembre, les deux navires firent voile pour l'Angleterre. Grâce aux bons offices de deux autres indigènes, enlevés par Weymouth, qui accompagnait l'expédition, les colons, dont le nombre n'excédait pas quarante-cinq, reçurent l'accueil le plus amical des sagainores, qui s'offrirent de conduire Pcpham à Pémaquid, résidence de leur grand chef Bashabe. Le président se mit en route pour y aller; mais ayant éprouvé des vents contraires, il retourna sur ses pas. Le Bashabe lui députa alors son propre fils, avec lequel il entra en marché pour la fourniture d'une quantité considérable de fourrures et de pelleteries.

Durant l'hiver, les colons passèrent par de rudes épreuves. Le froid sévit avec une rigueur extrême ; des démêlés avec les Indiens leur aliénèrent leur amitié, et, pour comble de malheur, leur magasin de vivres prit feu, et fut réduit en cendres avec une partie de ce qu'il contenait. Un coup plus sensible les frappa encore au printems. George Popham mourut, et ils apprirent, par le retour des deux navires, la mort de lord Popham et de sir John Gilbert, les deux principaux promoteurs de l'entreprise. Il n'en fallut pas davantage pour les décourager entièrement, et ils se rembarquèrent pour l'Angleterre (3).

1609. Cette année , sir Ferdinando Gorges équipa à ses frai» un navire, dont il donna le commandement à Richard

(1) C'était File de Stage {Stage-IUaAd) y où l'on voit encore les ruines d'un fort , des débris de cneminees en briques anglaises et les excavations des puits.

(a) Nommé depuis fort Popham.

fo) >Nubbards' New-En gland, ch. 2.

Purchas, vol. IV, book X, ch. 1.

DE l/ÀMÉRIQ¥E. 45g

* Vines, et qu'il expédia à la cote du Maine pour y pêcher et trafiquer avec les indigènes ( 1 ).

1610. Le capitaine Samuel Argal, poussé par la tempête , relâcha , le 28 juillet , à une petite ile rocheuse de la baie de Pénobsoot, qu'il appela Seal-hland, îles des Pho-

i ques, à cause du grand nombre de ces amphibies qu'il y remarqua.

Au mois de septembre suivant, sir Georges Somers débarqua à Sagadahock.

161 1 . Quelaue tems après, le capitaine Edward ffarlow aborda à l'île de Monahigan, qui avait déjà acquis une certaine importance, en raison du grand commerce qu on y entretenait avec les Indiens. Trois de ces derniers, nommés Pechmo* Monopet et Pekéninïnej s'étant rendu à bord pour traiter d'un échange, Harlow leur déclara qu'ils étaient ses prisonniers. Peckmo sauta à la mer, et , regagnant le rivage, avertit ses compatriotes , qui assaillirent les Anglais à coups de flèches et en blessèrent trois grièvement. Harlow emmena les deux captifs au cap Cod, où il en enleva trois autres, Sakaweston, Conéconam etEpenoWj qu'il conduisit en Angleterre 0).

161 1. La marquise de Guercheville j épouse de 3VÎ. de Liancourtj, « femme vertueuse , pieuse et fort affectionnée à la conversion des sauvages » , signa , avec de Poutrincourt , un contrat par lequel elles'encageait à transporter des jésuites en Acadie , et à fournir mille écus « pour la cargaison du vaisseau, moyennant quoi, elle entrerait au partage des profits que ce navire rapporterait, et des terres que le roi avait données au sieur de Poutrincourt ». Toutefois , se méfiant de ce dernier, elle traita avec de Mons, qui lui « rétrocéda tous les droits , actions et prétentions qu'il avait jamais eus en la Nouvelle-France » ; et elle obtint clés lettres ae Louis XIII , qui, lui faisait donation de toutes les terres de ce pays, depuis là Grande Rivière jusqu'à la Floride. Cette dame donna de l'argent au\ pères jésuites Pierre Biart et Enemond Masse * qui s'embarquèrent le 26 janvier 161 1, avec de Biencourt, fils du sieur de Poutrincourt, et arrivèrent, le 11 juin, à Port-

Uam 1 .i .i ■ 1 1 éi i ii • i , . , •■■ , i

(1) Pendant plusieurs années , Gorges envoya régulièrement un navire dans ces parages, et obtint ainsi une connaissance exacte de toute la côte, depuis la Piscataqua jusqu'au Passamaquoddy.

(a) Prineef Chronology, year 16 1 1 .

46o CHRONOLOGIE HISTORIQUE

L'année suivante , de "Biencourt et le père Biart partirent pour visiter toute la côte, jusqu'au Rinibéq ni , qu'ils remontèrent assez loin. Ils y furent bien accueillis des Gambas et en reçurent des vivres, dont le Port-Royal commençait à manquer y; Le père Biart , à l'aide d'un sauvage qui entendait le français, leur prêcha l'Évangile, et en convertit un bon nombre»

Un autre navire , équipé en partie aux frais de madame de Guercheville , et commandé par Simon-Imbert Sandrier^ mit à la voile de Dieppe, le 3 1 décembre 161 1 , et aborda au Port-Royal, le 25 janvier suivant. 4

161 3. Vers le même terns , on prépara en France une se-^> corule expédition , qui devait aller retirer les jésuites du Port- Royal çt fonder une nouvelle colonie. La reine fournit des armes , des poudres et autres munitions, et la Saussaye , en ayant pris le commandement, partit de Honfleur, le 12 mars 161 3. Il arriva , le 6 mai, à la Hève, et y érigea , en signe de possession, les armes de madame de Guercheville. Il se rendit de là à .Port-Royal , où il ne trouva que cinq personnes , les deux pères jésuites, un nommé Hébert, apothicaire, qui remplaçait de Biencourt, et deux autres individus. Ce fut à Hébert que la Saussaye présenta les lettres de la reine , qui enjoignaient à de Biencourt de relâcher les jésuites qu'il retenait prisonniers. Ceux-ci ayant recouvré la liberté , la Saussaye fit voile avec eux pour l'île des Monts -Déserts , à l'entrée de la rivière de Péraétegœt. Il aborda à la côte orientale de l'île, où les pères élevèrent une croix, et célébrèrent le sacrifice de la messe. Ils résolurent de se fixer dans ce lieu , qui reçut le nom de St-Sauveur, et était situé par 44° */3 de latitude^

Cependant , ils y étaient à peine installés , que les Anglais survinrent et ruinèrent l'établissement. Ceux-ci , montés sur onze navires , aux ordres de Samuel Argal , ayant soixante soldats et quatorze pièces de canon , attaquèrent Saint-Sa uveur, et s'en emparèrent, après une vive résistance, dans laquelle périt Gilbert du Thetj un des jésuites qui avaient accompagné la Saussaye. ' °* t \ '^«jgjL

Le premier soin des Anglais fut de dérober la commission de la Saussaye , et , le lendemain , quand celui-ci se présenta à eux , Us lui demandèrent cette pièce. Comme il ne put la produire, ils traitèrent les Français de forbans, et de pirates , qui, disaient-ils , méritaient la mort; ils se saisirent de leurs propriétés, et se les partagèrent entre eux. ( , >M

Argal conduisit en Virginie le lieutenant de la Motte le Filin, le père Biart , et treiie autres Français. Qcûoxe s'é-

DE L'AMÉRIQUE t 46t

antres , parmi lesquels se trouvaient la Saussaye et le père Masse , s'embarquèrent dans une chaloupe , que le capitaine Argal leur avait donnée pour s'en retourner en France. Ces derniers, n'ayant aucun marin à bord, étaient hors d'état de manœuvrer leur embarcation ; mais , heureusement pour eux , le pilote les rejoignit et les mena à Sésembre , au nord de la Hève , où ils rencontrèrent deux navires français sur lesquels ils prirent passage pour Sainto-Malo.

A leur arrivée en Virginie, le père'Biart et ses compagnons furent présentés , par Argal , au maréchal commandant de la colonie , qui menaça de les mettre tous à mort. Argal s'y opposa, disant qu'il leur avait donné sa parole ; mais, voyant au il ne pouvait les sauver autrement, il se décida à exhiber la commission que la Saussaye avait reçue du roi, ce qui apaisa le maréchal. Néanmoins , sur l'avis de son Conseil, il résolut d'envoyer une expédition à la côte d'Acadie, pour raser toutes les habitations et forteresses qui y existaient, jusqu'au 46° de latitude, prétendant que tout ce pays appartenait aux Anglais.

Argal , ayant été chargé de cette mission , reprit la mer, avec trois vaisseaux, à bord desquels il répartit les Français, et retourna à Saint Sauveur, où il s'attendait encore à trouver la Saussaye et ses compagnons , et à capturer un navire récemment arrivé de France. Ceux-ci , toutefois , avaient déjà quitté ces parages^- Les Anglais détruisirent alors la croix que les jésuites y avaient plantée et en dressèrent une autre à sa place, sur laquelle ils inscrivirent le npm du roi de la Grande- Bretagne. De là, ils se rendirent à Sainte-Croix, qu'ils incendièrent et firent disparaître toutes les marques qui rappelaient son occupation par les Français. Ils en agirent de même à Port-Royal , et se remirent en route pour la Virginie , le 9 novembre i6i3.

Pendant la traversée, les trois navires de l'expédition furent séparés par une violente tempête, et celui que montait le père Kart fut poussé vers les Açores. De là , il gagna le port de Milford, dans le pays de Galles, où ce religieux recouvra peu de tems après sa liberté. De la Motte arriva aussi , vers la même époque, en Angleterre. Trois Français moururent à la

fut plus tard restitué par le gouvernement anglais ; mais ce fut là toute la satisfaction qu e

qu on put en obtenir (i).

fi) Voyages du sieur Champlaiu , livre III, chap. i. m ..; * Caarlevoix, Nouvelle-France, ton*. I, Uy. }IL

16 1 4« Le célèbre capitaine /o/m Smith partit de Londres avec un navire et une barque, montés de quarante-cinq hommes, le 3 mars 161 4? et arriva à Monahigan vers la fin d'avril. Ayant pris terre à l'embouchure de la rivière de Sagadahock, il y construisit sept grands bateaux qui lui servirent à explorer la cote, à Test et à l'ouest, jusqu'à Pénobscot et au cap Cod, et à trafiquer avec les indigènes. Son voyage fut extrême ment productif, a A vingt lieues de Monahigan, » dit Smith, « nous obtînmes en échange de bagatelles, 1 1,000 peaux de castors, 100 de martres et autant de loutres, et nous prîmes et salâmes 4°)°°o poissons secs et 7,000 morues. Le profit net qu'en retirèrent les intéressés fut d'environ i,5oo livres sterling. » « Néanmoins , » ajoute-t-il , » à Test , et vers le Pénobscot, nos marchandises n'étaient point aussi estimées , parce que les trafiquants français cédaient les leurs à plus bas prix. »

Smith prétend avoir compté quarante villages indiens, depuis le Pénobscot jusqu'au cap Cod ; et il cite les noms de douze tribus indigènes qui résidaient à l'est de la Piscataqua. Il repartit pour l'Angleterre, le 8 juillet (1).

Cette même année , 25,ooo peaux furent importées de ce pays en France.

161 5. Gorges et ses amis équipèrent deux navires, qui mirent à la voile au mois de mars, sous les ordres du capitaine Smith. Il y avait à bord seize planteurs qui devaient former le noyau d'un établissement sur la côte. Smith ayant été fait prisonnier par les Français , l'expédition échoua (2). Il en fut de même de celle du chevalier Ricliard HawkirtSj qui visita le pays au mois d'octobre suivant , et ne crut point devoir s'v arrêter , parce que les naturels étaient en guerre. Les hostilités , qui avaient commencé au printems , durèrent l'espace de deux ans. Les Tarratines , avec le secours des Français, triomphèrent enfin de leurs ennemis , se saisirent du Bashabe, qu'ils tuèrent , ainsi que ses adhérents , et emmenèrent ses femmes en captivité (3).

A cette guerre succéda une cruelle épidémie , qui étendit ses ravages , en 161 7 et 161 8 , des frontières du pays des Tarratines jusqu'à celui des Narragansetts. Richard Vines ,

(1) Smiths' Virginia , book. VI. Smith dressa une carte de la côte , et publia à Londres, en 1616, une histoire du pays.

(7) Idem.

(3) Princes1 Chrenology, yeir i6i5.

de l'Amérique* 453

qui avait entrepris un nouveau voyage au Maine , pow le

compte de Gorges, passa l'hiver près de Saco, au fort de l'épidémie ; mais ni lui ni aucun de ses gens n'en furent atteints, bien qu'ils couchassent dans les cabanes des malades (i).

En 161 8, la Compagnie de Plymouth, à la recommandation de Gorges , envoya Edward Rocroft à Terre-Neuve. Pendant la traversée, ce capitaine découvrit un complot, tramé contre sa vie , par une partie de l'équipage, débarqua les individus les plus compromis à Saco, et fit ensuite voile pour la Virginie, où il fut tué. Les marins délaissés ayant entendu dire que l'île de Monhégan ou Monahigan, située à i5 lieues de là, était très-fréquentée par les trafiquants et pécheurs anglais , trouvèrent moyen de s'y transporter, et y passèrent l'hiver (2).

16 19. Au mois de février de Tannée suivante, Thomas Dernier fut expédié de Plymouth pour amener des secours à Rocroft , et travailler à réconcilier les sauvages avec les Anglais. Ayant appris, à Monahigan, que ce capitaine était parti six mois auparavant pour la Virginie , il alla reconnaître le pays voisin, et y mit à terre plusieurs Indiens, qui en avaient été enlevés et conduits en Angleterre. Dermer revint ensuite à Monahigan, qu'il quitta le 23 juin pour se rendre à la Virginie. Sur sa route , il relâcha à M arthas-Vineyard, où il fut assailli par les naturels , qui tuèrent plusieurs de ses gens et le blessèrent mortellement. Il mourut à la Virginie, au mois de septembre suivant (3).

1622. Le 10 août , sir Ferdinando Gorges et le capitaine John Mason , ancien gouverneur de Terre-Neuve , obtinrent du Conseil de Plymouth la cession de tout le pays situé entre le Merrimack et le Sagadahock , auquel on donna le nom de Province de Laconie. Il se forma en même tems , en Angleterre , une Compagnie de la Laconie j qui envoya dans la province plusieurs expéditions pour en explorer les côtes , et s'y livrer au commerce ou à la pèche. Sous les auspices de ces deux propriétaires , des établissements se formèrent sur les bords de la Piscataqua,et sur divers autres points ; Monahigan fut définitivement occupé et peuplé , et la Compagnie de la Laconie fit construire ça et là des habitations pour

(1) Voyez l'article Massachusetts*

(a) Princes' New-England Chronology, year 1618.

(3) Voyez l'article Massac/iusetts.

abriter les pécheurs , entre les rivières de Saco et de Saint- George (i).

1623. Les premiers établissements, à l'embouchure du Saco, furent commencés, en 1623, par Richard Vines et John Oldham, dans le voisinage d'un port, qu'ils nommèrent Winter-Harbour, Six ans après, les planteurs obtinrent des lettres patentes, et se donnèrent une espèce de gouvernement.

Vers la même époque, l'île i'Arrowsickj Sagadahock^ Sheepscotj Damariscotta^ Pémaquid et Saint-George virent arriver leurs premiers habitants.

1624. Gorges, ayant reçu des renseignements sur une petite rivière d'eau salée, nommée Agamenticus (York), à l'entrée de laquelle il y avait un bon port et un ancrage sûr, résolut d'y établir une colonie à ses frais. Le Conseil de Plymouth loi accorda à cet effet un territoire de 24,000 acres d'étendue, 12,000 de chaque côté de la rivière. Parmi les émigrants qu'il y transporta, se trouvaient plusieurs ouvriers ou artisans, qui devaient y construire des navires et des moulins à scie. Les autres étaient des agriculteurs, qu'il pourvut de bœufs et des instruments nécessaires pour defricner et cultiver la terre ;

. mais le principal but de l'expédition était de se procurer du bois de différentes espèces. Gorges plaça la colonie sous la direction immédiate de son petit-fils Ferdinando Gorges et du lieutenant-colonel Francis Norton (2).

En 1626, la crainte d'une guerre contre la France décida les négociants de Plymouth, propriétaires de la plantation de Monhégan,àla vendre, moyennant 5o livres sterling, à Giles Elbridge et à Robert Alasworth, Ils cédèrent pareillement aux colons de Plymouth et de Piscataqua, tous les immeubles qu'ils possédaient dans le pays, pour une somme de 900 livres (3).

Cette année, les colons de New-Plymouth ouvrirent un commerce lucratif avec les Tarratines et autres naturels des bords du Kennebeck, et fondèrent deux établissements de commerce, l'un sur le Kennebeck, près de Merry-Meeting- Bay, et l'autre sur le Pénobscot. AÙerton, leur agent, voulant leur assurer le commerce exclusif de cette contrée, de-

(1) Belknaps New-Hampshire , I, ch. 1. Boston, 1792. (a) JV. Mlliamsons' Maine, I, ch. 3. (3) Idem.

manda et obtint pour eux une patente du Conseil de Plyutouth, le 6 novembre 1627 (1).

1629. Le i3 janvier, une nouvelle cession de 1,500,000 acres fut faite à New-Plymoutb, sous le nom de « patente de Kennebeck ou de Plymouth ». La charte assurait aux cessionnaires le droit exclusif du commerce, le passage libre, en tout tems, entre le territoire cédé et la mer, et tous les pouvoirs que le Conseil de Plymouth pouvait leur accorder. Pour faciliter leur trafic le long du Kennebeck, Us établirent des comptoirs au fort de Popham* à Richmonds'-Landing, et à Cushnoc (2),

Le 12 février 1629 , le même Conseil accorda deux autres patentes, l'une comprenant 4 milles d'étendue, le long de la mer, et l'autre, 8 milles, sur chaque bord du Saco, fu- rent accordées à Richard Vines et à John Oldham, et â Thomas Lewis et John Bonython. Cette cession leur fut faite en considération de services passés, et à la condition de payer une légère redevance et de transporter cinquante habitants dans la plantation, dans l'espace de sept années (3).

John Parker s'établit, en 1629, dans l'île à'Êraskohégan, aujourd'hui Parkers'-Island, et passa l'hiver de l'année suivante sur sa côte méridionale, dans un endroit où l'on voit encore les vestiges d'anciennes habitations. Pendant les guerres contre les Indiens, cette île resta déserte ; maïs, en i€43, Parker Tacheta à un saga more, et y retourna.

1630. L'année suivante, une patente plus considérable et plus importante, connue sous le nom de Ligonie, fut accordée à quatre particuliers de Londres (4). Elle embrassait 4o milles carrés de superficie, et s'étendait du cap Porpoise à Casco. Au printems, les propriétaires conclurent un arrangement avec dix fermiers auxquels ils fournirent, pour les conduire dans le pays, un petit navire de 60 tonneaux, qu'ils appelèrent the Plough (la Charrue ). Etant arrivés à Sagadahock, en juillet, ils se fixèrent sur le bord méridional de la rivière, dans la baie de Casco. Bien qu'abondamment pourvus de toutes les choses nécessaires à la vie, ils ne purent s'habi-

( 1) Princes* New-England chronology, year 1627.

(2) Hazards9 Collections, I, 298 -3 o3.

Paient jor the old colon/ of Plymouth,

(3) W. miUamsont hist. of Maine, I, ch. 3.

(4) John Dye, Thomas Impe, Grâce Harding et John Roach.

T. xvii. 3o

tuer au pays, et la plupart d'entr'eux s'embarquèrent, en juillet io3i, pour le Massachusetts (1).

1629. Le i3 mars, le Conseil de Plymouth céda à John Beauchampj de Londres, et à Thomas Leverett, de Boston, en Angleterre, un territoire de 3o milles d'étendue, borne par la mer et les rivières de Pénobscotet de Muscongus (2).

i63i. La huitième et dernière cession de terres, faite par le Conseil de Plymouth, dans le Maine, fut celle de Pémaquid. Elle eut lieu en fayeur de Robert Aldworth et de Giles Blbridgej le 29 février, et se composait de 12,000 acres, situés sur les bords de la rivière de Pémaquid. On leur promit, en outre, 100 acres par chaque individu qu'ils introduiraient dans le pays dans l'espace de sept ans. L'année d'avant, on y avait construit un fort qui fut détruit par des pirates en novembre i63a, et ce fut seulement le 27 mat i633, que les propriétaires en prirent formellement possession.

Ces patentes du Conseil de Plymouth comprenaient tout le littoral, depuis la Piscataqua jusqu'au Pénobscot, à l'exception seulement de la partie située entre le Sagadahock etDamariscotta (3).

i633» Cette année, le cardinal de Richelieu chargea Je Razilly du gouvernement de « tous les points occupés par les Anglais dans la Nouvelle-France, en Acadie, et au Canada, » que Charles Ier avait restitués à la France par le traité conclu à St-Germain, le 29 mars i632. Louis XIII céda en même tems à Bazilly, sur les bords de la rivière et de la baie de Sainte-Croix, un vaste territoire , qui s'étendait l'espace de 12 lieues le long des côtes, et de 20 lieues dans l'intérieur.

i633. Cette année, la Compagnie de la Nouvelle-France centra dans ses droits, et l'Acadie fut concédée, par le roi, au commandeur de Razilly, l'un de ses membres, à condition d'y faire un établissement (4)* Ce gouverneur formait des prétentions sur tout le pays jusqu'à Pémaquid ; et, Tannée

(1) Hubbards' New-England, ch. 44-

(a) Hazards' hist. Collections, ï,3<>4-5. The Muscongus or Lincoln grant.

(3) Hazaids* hist. Collections, l, 3i5-3i7. An abstract ofthe Pematfuid grant.

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