ES ROIS DE SICILE
» Gt SOUS les yeux du comte Galvana, son. père, i qui Ton, fil
9 enspite sauter la lêtie CommQ ils étaient «xcommuniés f
îî leurs corps fièrent inhumés en lieu profane. Divers écnvaîos » font mention d'autres nobles exécutés dans cette malheure%i$e » journée. Ainsi finit dan^ la personne de Conradin , la très- » noble maison de Su{ibe , et dans la personne de Frédéric ^ » ceil^Jes anciens ducs d'Au^ricHe. Par un tel excès de cruauté, » Charles.se couvrit d'une iafamie universelle aux yeux non- » seulement de ses contemporains , mais de toute la postérité* » Sa, barbarie fut détestée même des Français ; et Ton a re-* » marqué que dès-lors ses affaires » qui paraiissaietnt dans le plw» I» haut point' de prospérité) commencèrent i. tellement déchoiri», » qu^Qi^ vit pleuvoir sur lui ijBS plus cruels revers. Ënée Silvius^ » qui fut depuis le pape Pie II , et divers écrivains de Na{^es » et de Sicile, raconteni que Çonradia étant sur réchafoiid 4 a jeta son ^nt, en signe d'investiture, au peuple , marquant^ ^ par là , .qu'il appelait à sa succession don Pierre d' Aragon , • 9tart de Constance , fille du &u roi Mainfroi. Mais ce sont » protitablemeat des» choses inventées pour donner plus de » couleur à ce que firent depuis les Aragonais. La nouvelle de . » la défaite et de la prison de Conradin étant arrivée en Sicile v » les peuples renonçant à leur révolte, commencèrent à rentrer » aou^ l'obéissance 4n roi Charles. Ce prince y ayant envoyé » son armée nftvale , renouvala la g^uerre sous le commartde-^ » méat de Qui de Jtlontfortt oti de Guillaume Létendard , et « réduisii sous^ ses .lois tout le reste de l'île , en faisant un » grand carnage , sans distinction des coupables et des irmo- ? ceais» Conrad d'Antioicb^., <:hef des révoltés, ayant é«é miis » en prison , fui d'abord privé de la vue et ensuite pendu avec » ISicolas M^ieta. Frédéric de Castille et Conrad Capece eurent » le bonheur de se soustraire à la fureur du roi , ^n se sauvant » sur des vaisseaux ^ Tunis. Charles ne borna point là sa ven* » geanee cootre les peuples, de Sicile et de Pbuille; il dévasta » leurs ville& e]( I^urs ^rr^s , fit une boucherie de ceux qu'kl » avait fiiit mettre en prison ,. établit des impôts exorbitants » sur les peuples de ces contrées, et permit à ses français une- » licence effrénée , en sorte que ses misérables sujets s'imagi- » nfiiei\t être toiiJ)éa dans une déplorable servitude pire que » "cdte qwHls auraiejQt éprouvée sous les barbares ». {Ann. d'Itak ^ tmp. VII , pp. 385 , 386. ) Clément IV fut lui-même touché, de ces, maJlbeucs, et écrivit iTCharles^ n!kai& en vainr,
Eur l*enfi^er à modéver sa fureur : tant s'en faut , dit l'annal ^ ^ d'baJae , qu'il eât conseillé, comme plusieurs malveiUanks Innl prétendu, la mort de Conradin.
Is reine Elisabeth « n^èce de Conradin , à la. nouvelle die son
â38 \ . CUAOK0LOGIE HISTOHIQUE *
emprisonnement, s'était mise en route avec une grosse somme pour le racheter; mais étant arrivée- trop' lard, elle donnaune grande partie de cet argent aux religieuic du couvent del Carminé de Naples, afin qu'il priassent Bieu, h perpétuité, pour le repos de son âme. On voit encore, dans cette église , son tombeau'et celui de Frédéric, son cousin. (lySS.) . Il ne restait plus, en 1269, au roi Charles d'autres villes h soun^etf re dans la Fouille , que Lucerâ , le nid des Sarrasins.^ En ayant formé , celle année , le siège » il poussa cette entrfr-
Ï)rise avec tant d'ardeur et de constance, qu'après avoir réduit es habitants à se nourrir d'herbes y il les contraignit de' se rendre à discrétion'.- Les ayant en son pouvoir, il les dispersa en diverses provinces , pour les empêcher de se réunir contre liii. Plusieurs d'entre eux embrassèrent ou feignirent d'embrasser le Christianisme. On détruisit de fond eh comble les murs de la ville , et t6us les déserteurs chrétiens qu'elle renfermait, furent passés au fil de Tépée. (Sabas Malespina, I.49 c. 20.) "iL'avidité de Charies ne se bornait pas au pays que les droits de sa naissance ou la force de ses armes lui avaient' acquis; toute l'Italie devint l'objet de sa cupidité : en quoi il fut secondé de gré ou de force, comme chef de la faction dés Guelfes^ par les papes. Bans cette vue, il envoya des ambassadeurs aux principales villes de Lombardie pour les inviter à se rendre il un grand parlement qu'il convoqua à Crémone. Ce fut là ini'il exposa -son dessein , en promettant à tous cjeux qui 1 approuveraient sa protection et plusieurs grands avantages. IjCS Plaisantifis , les Crémonais , ks Parmesans^ les Modénois, les Ferrarais et ceux de Keggio consentirent, sans difBeulté, à se donnera lui. Mais il n'en fut pas de même des Milanais, é^ Comasqiies, des Verceillais, des Novarrais, des Alexandrins, des Tortonaîs , des Turinais, des Pavesans, des Ber- -gamasques, des Bolonaris et du marquis de jMontferrat. Ils •voulaient bien avoir Charles pour ami, mais nullement pour maître. Ce fut dans ce partage de sentiments 'que se termina :1e parlement sans que Charles- eût pu retirer aucun fruit des hautes idées que son ambition lui avait inspirées. {Munt,, Ann* ^ tom. VII, pag. 890. )
L'an 1070, Charles conduit uiie flotte en Afrique, an secours de saint Louis , et aborde près de Carthage , le 2S août , .'presqu^au moment que ce monarque venait d'expirer. Àa «retour, il fit une action bien barbare et dont les Infidèles auraient eux-.mêmes rougi. La flotte du roi de France, en re- 'Venant d'Afrique en Sicile, fut accueillie d'une vicient e tempête qui submergea une partie de ses vaisseaux .et en oblige* plusieurs d'allfr échouer sur les terres. .Charles eutla cruauté
DES ROIS J)£ âlClLS. ^ 2 'j
de S'approprier les débris de ce, naufrage, aupri^judice di*» propriétaires , allégaat.une loi du rai Guillaume l et la cour tume, qui adjugeaient au fisc tous. les edfets des. vaisseaux qui se brisaient sur ses côtes. £n vain les Génois, qui étaient au nombre de dix mille dans celte flotte, représentèrent-ils qu'ils étaient venus à sa demande pour le service de la croisade , qu\l leur avait promis toute sûreté poi^r leurs personnes et leurs eiïets , qu'il leur avait même fait espérer d'être indemnisés d^ leurs pertes ^le tribunal de l'amirauté fut sourd à qes remon-, trances et prononça la confiscation. ( Caffari , Ann. Gêna, ,
L'an 1278, au mois de janvier, Charles prend le titre de roi de Jérusalem, et se fait couronner en cette qualité par ie pape, comme ayant acquis, en décembre 1277, les droits de Marie, fille de Boémond IV, prince d'An tioche et petite-fille d'Isabelle et du roi Jean de £rien|jie. Roger de San-Severino-, qu'il avait nommé balle de ce royaume, arrive avec six galères» le 7 juin , à Saint-Jean d'Acre , prend possession de la ville et du royaume , au nom de Charles « et oblige. les barons avec le secours des Templiers, à lui prêter, serment de fidélité. (Fbjr. Eioémond IV, prince d^Antioche^ et Hugues 111, roi de
L'an taSi, après la mort, de Nicolas III, Charles force le^ cardinaux assemblés' à Vite rbc, d'élire le pape qu'il voulait, c'est-à-dire un français. L'élection tomba, le 22 février, sur. le cardinal Simon de Brion, qui prit le nom de Martin IV. Les Siciliens, cependant, gémissaient sous le poids d)ss impôts dont Charles les accablait et soiis la violence dont ses officiers usaient à leur égard. La licence et la lubricité des Français achevaient de désespérer cette nation jalouse à l'excès. Jean de Procida^ ainsi appelé d'une île près de Naples dont il était seigneur ^ banni de Sicile pour son attachement à la maison de Suabe ^ entreprend de délivrer sa patrie du joug qu'elle déteste. Il était alors à la cour de Pierre , roi d'Aragon, époux de Constance., fille de Mainfroi. Par son éloquence, il persuade à ce prince do tenter l'invasion de la Sicile , comme d'un bien appartenant à sa femme , l'unique rejeton de la maison de Suabc. Il pas'^e ensuite dans l'île , déguisé en frère mineur, pour exciter les peuples. Il n^.eut pas de peine à y réussir. De là s'étant rendix a Constantinople , il obtient, de l'empereur Michel Paléologue, une audience secrète dans laquelle il le prévient que <« le roi Charles et les Vénitiens ont fait une ligue contre lui , * qu'on travairlle à équiper une grande flotte , que le roi de » France ne manquera pas de soutenir le roi de Sicile, son » oncle; que le seul moyeu de détourner cet orage est Jq
» donner h ce dernier de Inoccupation chez lui en faîss^nt ré-
h voU«r la Sicile dont les peuples étaient la« de ta tyrannie
* français; que la chose était très-facile, si l'empereur ▼oubi(
M les aider, et cjue le roi d^ Aragon n'attendait que roccasion
espérer que le succès de l'entrepi î> promit tout ce qu'on désirait. Il donna des lettres à Pro-* » cida pour le pape Nicolas lll (ennemi du roi Charles), et » pour le roi u'Aragoa, et chargea Benoît Zacharie, un de » ses' secrétaires, d'accompagner Procida en Europe, et d'as* j» surrr que les mécontents pourraient compter sur trente i» mille onces d^or , qui leur seraient délivrées au premier » besbin qu'ils en auraient pour exécuter leurs projets »• (Burigni, HisL de Sicile^ tom. U, pag. 186;) L'an 1282 , le 3o mars, lendemain (et non le surlendemain) de Pâques, grand soulèvement à Palerme contre les Français. Ce ne fut point, comme on le pense ordinairement, un coup prémédité. Lepeu-
Ï)le allait tranquillement et sans aucun mauvais dessein entendre es vêpres à l'église du Saint-Esprit, située à six cents pas de la ville. Cependant* sur quelques bruits qui couraient, le commandant ; Jean de Saint-Remî , avait donné ordre d'examiner s'il n'était point armé. Ce fut pour le soldat une orcasion de manquer de respect aux femmes. Un français , nommé Prognel, voyant passer une jeune damé parfaitement belle, l'insvite brutalement sous prétexte de chercher si elle n'avait point quelque poignard caché sous ses robes. Aux* cris qu'elle jette , son père et son mari , qui n'étaient pas loin , accourent avec leurs amis. On s'écrie dans le premier transport qu'il faut tuer ces insolents. Les bourgeois se rassemblent , tous en même tems fondent sur cette soldatesque licencieuse , dont une partie est massacrée sur la place , l'antre poursuivie dans la ville , où l'on ne mit plus de différence entre eux et les autres français; ils sont tous dévoués à la mort sans distinction (i). La fureur alla si loin , qu'on n'épargna ni les femmes, ni les enfants, ni imemè les Siciliennes qui étaient grosses des Français. C'est là
> {\) Pour discerner les Français , et ne pas confondre avec etti ks Siciliens dans le massacre , on obligeait ceux qoi étaient suspects, de .prononcer le mot aicen\ et , à leur prononciation , on jugeait s'ils étaient naturels ou étrangers. On n^épargna, dans Palerme, d*atttre ïrançaîs que Guillaume de Pot'celets I gouverneur d€ Pouùok^i <b Voq$^déiat)on de sa justice et de sa vertu.
DES ROSS BE SICII.I. a4l
tt qu'on appeUe Jes Vêpres siciliennes. Il est Ëiuk qu'il la même heure, OD ut main-bûsse sur les Français dans toute la Sicile : il est également faux que les Parlermi tains aient alors proclamé, roi Pierre d'A^ragon. Us arborèrent , au contraire , la bannière de l'église , en proclamant le pape leur souverain. £tant après cela sortis .ea armes, ils entraînèrent plusieurs villes dans leut révolte , telles que Pakrme , Montréal , Conigion , Carini ^ Temiini , qui, peu de jours après, firent main basse sur le^ Français qu'elles renfermaient. Le 3i mars suivant , même massacre à Céphaledi , ^ Trapani , à Marsale et i Mazare. i^s Messinois ne furent pas si prompts à 9e déclarer : ils le firent, néanmoins, avant la fin d'avril, en tuant ou chassant de leur ville tous les Français quelle renfermait. Charles reçoit à Montefiascone , où il était avec le pape Martin IV, la nouvelle de cette révolution par un courrier que lui avait dépéché Parcfaevéque de Montréal. Après avoir rongé de colère , sans dire iBot , la canne qu'il tenait à la main , il rompt enfin le silence, en disant qu'il laissera un terrible exempte qui désormais fera trembler tous les rebelles. Presque aussitôt il mande au prinœ de Salerne , son fils , qui était alors en Provence , d'aller à la cour et chez les grands de France solliciter des secours pour i^enger l'outrage fait à la nation. Il fait , en même tems, ses pré* paratifs pour aller châtier les Siciliens, Comme il s'était croisé^ peu de tems auparavant , avec le prince de Salerne , bientôt il se vit à là tête d'un armement épouvantable, composé de plus de cent galères , deux cents bâtiments pour passer la cavalerie ^ dix mille hommes d'armes et une infanterie sans nombre. (Fillanif 1. Vil, c. 62.) Le pape, de son côté, pour le seconder, avait publié, le 7 mai 1282 , fête de l'Ascension , une bulle portant aéfeose^ sous les peines les plus graves, au'il se croyait en droit de prononcer , à toutes personnes ecclésiastiques ou laïques de prêter aucune assistance aux rebelles. H nomma de plus son légat en Sicile , le cardinal Bianchi avec plein pouvoir de traiter avec les conjurés et de pacifier toutes choses.
Charles ayant assemble toutes ses troupes, passe le détroit et arrive , le 16 juillet , devant Messine, dont il forme aussitôt le siège. Les Messinois, dans une sortie qu'ils firent sur les assiégeants , essuient une défaite , et étant rentrés dans leurs murs, ils apprennent que le château de Melazzo a été emporté de force par les Français. Ce double revers les engage à faire une députation au roi et au légat qui Faccompagnait. Les députés sont très-mal reçus du monarque; mais le légat, fiéchi.
Î marieurs prières, veut bien se rendre à Messine pour entendie es conditions auxquelles les assiégés consentaient à rentrer sous Tobéissance de Cnarles. Elles se réduisaient à trois points : XVUl. ^i
fi4a CHaOlïDLOGIE HISTORIQUE
que le psâsé soit mis en oubli ; que le roi se contente des tributs établis sous Guillaume le Bon ; et que les Français soient exclus de toute magistrature et de toute charge ea Sicile. Les seigneurs de Tarmée française étaient d^avis qu'on déférât à ces propositions. 'Mais Charles les rejette avec hauteur , et leur en oppose trois autres ; savoir, que les taxes continueront d'être levées comme elles sont depuis son avènement au trône ; qu'il lui sera libre de confier les emplois de tout genre aux Français comme aux Siciliens ; enfin , que les Messinois lui remettront huit cents otages dont il pourra disposer à son gré. Cette réponse met le désespoir dans le cœur des Messinois et les détermine à manger plutôt leurs enfants que de se rendre. Le légat , voyant que sa médiation était inutile, se retire après avoir déclaré les habitants excommunies. Le siège continue avec une ardeur incroyable , et la défense n'est pas moins vigoureuse. Charles comptait, par un assaut général , se rendre maître du pays ; mais il fut oien désabusé en voyant les assiégés fermer leurs brèches à mesure qu'elles s'ouvraient , et par là rendre ses efforts inutiles.
ht% affaires de Messine étaient en cet état lorsque Pierre ^ roi d'Aragon , invité par une ambassade; des Palermitains , arrive d'Afrique, où il avait feint une expédition pour donner le change à Charles, et vient débarquer, le lo août, à Trapani , avec une flotte composée de cinquante galères , sans compter les autres moindres' vaisseaux, et chargée de huit cents hommes d'armes avec dix mille fantassins. {Armais d*ltal. ^ tom. VII.) La descente se fit le 3o août; et deux jours après, le roi d'Aragon fit son entrée dans Palerme , dont les habitants le reçurent comme leur' libérateur. Pierre , par le conseil de Jean de Procida qui Taccooipagnait , envoie sa flotte , sous la conduite de l'amirante Koger de Loria , dans le phare de Mes* sine , pour surprendre celle de Charles qui a'avait personne pour la défendre. Ce dessein ayant transpiré , Charles lève promptement le siège de Messine pour repasser en Calabre, dans la crainte que son rival ne lui coupe la communication avec ses états de terre ferme. L'amirante , étant entré dans le détroit de Messine avec soixante galères, en prend vingt-neuf à Charles. Passant ensuite à Reggio, puis à Catahe, il brûle dans leurs ports quatre-vingts huissiers ou grosses barques de transport , et cela , sous les yeux de Charles , qui , désespéré, se retire à Naples. Pierre arrive à Messine le 2 (non le 10) octobre , et y est reçu comme, il Tavait été à Palerme. Il y fait y^nir la reine Constance , son épouse , avec Yolande, sa fille, et ses fils , Jacques , Frédéric et Alfonse , qui furent reçus , le 22 avril 1283 (Muratori, tom. Vil, pag. 447*)» ^*^^ ^^ démonstrations de joÎQ qu'un peuple portant de Foppressioa
DES R0IS D£ SlCltCr ^0
|>eut donner. De Naples , Charles passe en Calabre , pour contenir cette province qui semblait disposée à secouer le joug dea^ Français. Ce fut là qu^il reçut le secours que le roi de France , son neveu , lui avait promis. C'était la fleur de la noblesse fran^* çaise , commandée par Pierre , comte d* Alençon , frère da monarque français , par Robert « comte d'Artois , par les comtes de Bourgogne et de Dammartin, et Mathieu de Montmorenci. Le roi d'Aragon , à qui Targent commençait à manquer, a recours à la ruse pour tenir l'ennemi dans Tinaction. Connaissant la valeur des Français , m^oins réfléchie que bouillante , il fait» signifier à Charles un acte farci des injures les plus outrageantes^
Sar lequel il le défie , pour vider leur querelle , à un combat e cent hommes contre cent hommes, et assigne, pour théâtre delà scène, la plaine de Bordeaux. Charles, sans délibérer, accepte le défi (i) , et promet de se trouver à la tête de sa troupe, le l'^ juin suivant, sur le terrain indiqué. Le pape, informé par Charles lui-même de cette résolution , la. blâme hautement et fait tous ses efforts pour empêcher qu'elle no s'exécute. Dans une longue lettre qu'il lui écrit à ce sujet , il lui remontre que c'était la mauvaise situation où se trouvait son rival qui l'avait engagé à proposer ce moyen dé terminer la guerre, parce qu'il sent sa faiblesse et celle des rebelles, qui tremblent aux seules approches d'une armée florissante ; qu'en acceptant ce combat , il perd tout l'avantage qu'il a sur l'Ara-* gonais^ qui, par là, devient son égal; qu'en s'éloignant de la Sicile , il s expose au danger de ruiner toutes ses affaires. H ajoutait que c'était un faux point d'honneur de soutenir l'engagement qu'il avait pris , quoiqu'il l'eût confirmé par un
, qu .
lui défendrait même, sous peine d'excommunication, de l'observer. 11 écrivit de plus au roi d'Angleterre y seigneur alors du Bordelais , pour le prier de ne pas pesinettre que le combat se donnât sur ses terres. (Rainaldi, ad an, 1283.) Mais Charles était trop entêté sur le faux point d'bonneur pour se rendre aux raisons que le pape lui alléguait dans cette lettre , et qu'il lui représenta ensuite de vive voix, dans une entrevue qu'ils
(1) Il y a partage entre les historiens, sur celiiî des deux roîs qui provoqua i*autre au duel. Ceux d'Aragon pre'tendent que ce fut Je roi Charles. «Mais outre qu*il n*est pas vraisemblable , dit M. de Burigni, » qu'une pareille proposition vienne du prince le plus puissant , le. * le pape Martin IV assure positivement que le roi Pierre fit le prc-^ » mier la proposition du duel. » .. . 1
s 44 CHRONOLOGIE RtSTORÎQVE
eurent ensemble. Déterminé à tenir sa parole , îl écrivît aa roi de France, son neveu , pour le prier dëtui faire fabriquer à Paris Vne armure complète pour lui et les gens qui dtftraîent combattre avec lui; ce qui fut promptement exécuté. 11 part enMiite, laissant la régence du royaum^e au prince de Salerne , son fils aîné , et le commandement de rarmée aux comtes d'Alençon et d'Artois. Arrivé à Paris , îL est accompagné du roi , son neveu , et d'une nombreuse noblesse , pour se rendre à Bor* deaux. S'étant présenté au Jour assigné devant le sénéchal Au toi d'Angleterre, tl entre dfans la lice avec ses cent chevaliers, et y demeure depuis le lever jusqu'au coucher du soleil. Mais l'Aragonais n'ose paraître* Les historiens ne sont pas ici d'accord. Les uns disent que le roi d'Aragon n'alla point à Bof-' deaux ; les autres rapportent qu'il s'y rendit travesti ; qu'il alla se présenter devant le sénéchal du roi d'Angleterre , auquel il protesta qu'il était prêt à combattre le roi Charles ; mais qu'il ne le pouvait pas, attendu qu'il n'y avait pas de sâreté , le roi de France étant à une journée de Bordeaux avec froid^ mille chevaux , et la ville étant pleine de Français ; qu'après avoir pris ensuite du sénéchal un certificat de son exactitude à se rendre à l'assignation , il était remonté à cheval pour reïGuvaet en Aragon.
Le pape Martin IV, prenant la défense du roi Charles , déclare le roi Pierre non-seulement usurpateur du royaume de Sicile, mais aussi déchu du royaume d'Aragon avec ses dépendances, qu'il adjuge à Charles, comte dp Valois, second fils du roi Philippe ie Hardi j à condition de le tenir en fief de l'église. «Je faisse k d'autres, dit Muratori, à décider si ce j> décret fut juste et louable. Mais ce que je sais bien , c^est M que les Français, qui, dansées derniers tems, ont attaqué » le pouvoir que s'attribuent les souverains pofttiles, de dépo- M ser les rois et de disposer de leurs royaume», reçurent à s baise-main ce don que le pape* Martin leur fit des états d^un i> autre , et firent leurs efforts , comme nous le verrons , pour » s'en rendre mattres a.
Charles, dans la même année (128.^), fait partir de Provence une flotte de vingt voiles , pour aller au secours de Malte , dont le châieaa , fidèle à ce monarque , était assiégé par les Siciliens. Roger de Loria en ayant avis , sort de Messine avec dix-huit galères, pour attaquer cette flotte ; et l'ayant attaquée dans le port de Malte, lui livre un combat furieux^ qui dura plusieurs heures , et finit par la prise de dix galères provençales <ju'il amena dans le port de Messine. Les dix autres, tort mal traitées par les Siciliens , s'en retournèrent en diligence au pays d'où elles étaient venues. (Murât.)
HES ftOI5 DE SICILE. 24^
*Le roT Charles, pour réparer ce revers, prépare un grand armement , à dessein de le joindre à celui quHl avait dans la Poiiille. Roger de Loria , prévoyant que le monarque se pro-* pose une descente en Sicile , tâche de prévenir son arrivée en
(Provoquant à une bataille le prince de Salerne, son fils. Pour 'y attirer , s'étant mis en mer avec quarante-cinq vaisseaux , tant siliciens que catalans, il va faire des courses sur les côtes du pays de Naples, et va se présenter devant le château de Saint-Sauveur sur mer,, vis-à-vis de Naples< De-là, sa chiourme, un lundi 5 juin 12849 commence à vomir des injures contre le feune prince et les Français, les appelant des poltrons et des ionigii ( des lapins) , qui n'osent en venir â tin combat. C'était ce que le roi Charles avait défendu à son fils* Mail» celui-ci, ainst que sa compagnie , ne pouvant tenir contre de pareilles injures ^ s'embarque précipitamment , contre l'avis du légat , sur les vaisseaux qu'il trouve prêts , et tous , comme allant à des noces, font voile contrie les Silictens. Roger, comme un grand homme de guerre, feignant d'avoir peu#à la vue de l'ennemi , gagne la haute mer ; et lorsqu'il voit sa belle » après avoir encouragé les siens , il fond impétueiisemeiit sur l'armée oppo-* sée, dont il met en §oke la partie composée d'Apoliéns et de Sorrentins. La résistance des Français fut mi peu plus longue; mais les Catalans et les Siciliens , plus aguerris sur mer , étant lautés dans leurs galères , en forcent di^ k se rendre. C'était à )a capitane que Roger en voulait principalement. Elle portait l'étendard royal, et le prince de Salerne la montait a^ec les plus distingués de ses barons» La vigoureuse défense qu'ils firent empêchant de la prendre , Roger engage un habile plongeur , Admmé Agan^ d'aller sous eau la percer en divers endroits» Le prince , se voyant près d'être submergé , demafyde un chevalier pour se rendre à lui* Roger , aussitôt s'étant approché, le reçoit dans sa galère avec ceux qui l'accompagnaient* Or, après cette défaite, il arriva, dit liluratori, une plaisante aventure» Le peuple de Sorrento voyant passer la flotte victorieuse, envoya des députés à l'amirante , avec des présents , pour le féliciter. Ceux-ci , étant entrés dans la capitane, prennent le prince captif pour le vainqueur, à la vue de ta richesse jJe son armure » le saluent à genoux, et, en déposant â ses pieds leurs présents^ , lui disent : <« Seigneur amirante ^ recevez ce petit présent que » vous offre le peuple de Sorrento; et plût à Dieu que, comme >» vous tenez le fils, vous eussiez aussi pris le père! Sachez, au
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dit-îl , che cosioro sono ben Jldeli a monsignor il re î « Certef ; » voilà des gens bien fidèles au roi , n^onseigneur » l ( Villani. ) Emmené à Palerme, les Siciliens veulent le faire mourir, eii représailles de la mort de Conradin ; mais la reine Constance ^ femme de Pierre, s^ étant opposée, lui sauva la vie, et obtint en retour la délivrance de Béatrix, sa sœur, enfermée dans les prisons de Naples depuis la bataille de Bénévent. Le prince de Saterne , conduit au château de Matagriton , y fut chargé de chaînes. Le roi , son père , étant parti de Provence , apprit , dans la mer de Pise , sa défaite , deux jours après l'événement. Or ^fût-il mort y s'écria-t il dans le premier mouvement, selort Quelques écrivains , puisqu *U a failli notre mcmdement. Ayant débarqué à Naples avec des forces considérables , il y fail pen^ dre cent cinquante des plus mutins , après avoir hésité sHl ne livrerait pas la ville aux flammes. Il méditait une seconde vengeance contre les Napolitains, pour leur faire expier une seconde trahison , lorsqu'une fièvre violente , Tayant saisi à Foggia, remporta en peu de jours, le 7 janvier de Tan 1285. Charles témoigna de grands sentiments de pénitence en recevant lé saint viatique. Sir Dieuj dit-il à Jésus-Christ, comme je crois fermement que qous êtes mon Sau^ur^je 90us prie d'avoir pitié de mon âme. Pardonnez-moi mes péchés , puisque je n *ai entre", pris la conquête du royaume de Sicile que dans la Que du seroice de la sainte église. Son corps fut transporté à Naples, où il fut inhumé dans le superbe tombeau de marbre. que la reine, sa femme,, lui avait fait élever à main droite du grand autel de Téglise cathédrale ; mais son cœur fut porté , suivant sa dernière volonté, dans Téglise des Jacobins de la rue Saint-Jacques à Paris, où Ton voit encore aujourd'hui ce reste d^inscription }
Le cœur du grand rai Charles , çvi conduit Sicile,
Charles eut dans son siècle peu d'égaux en valedr; mais il s'en fallait bien que la prudence réglât toujours chez lui cette vertu guerrière. Son ambition s'étendit à l'empire de Constantinople, en vertu d'un traité conclu entre lui et l'empereur latin Baudouin II , en présence du pape, à Viterbe, le 27 mars 1267 ; traité par lequel il fut stipulé que Philippe, fils de Baudouin, épouserait Béatrix, fille du roi, et que, dans le cas où Philippe mourrait sans enfants , les droits de l'empire seraient dévolus à Charles ou à sts successeurs , rois de Sicile. Le mariage s'étant accompli, et Philippe étant mort sans lignée, avant son père , Charles se porta pour son héritier. Ce fut dans cette disposition qu'il se déclara l'ennemi de l'empereur grec, Michel Paléologue. et qu'il traversa, autant qu'il lui fut possible, la réunion de Téglise latine à l'église grecque , objet de tant dcf
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sollicitudes el de mouvements des pontifes romaîrts. Giànnone, Tonde sur trois vers obscurs du Dante (i), ose lui imputer la mort de saint Thomas d'Aquin, arrivée le 7 mars 12749 ^ Vahhaye de Fosse-Neuve , comme il était en route pour se rendre au concile de Lyon ; et cela , dit-il , par le poison , dans la rrainte que le saint docteur n'irritât l'esprit du pape contre ce prince , par le récit de ses violences , dont il avait été témoin pendant quMl professait la théologie dans Funiversité de Naples. Mais cette accusation nous paraît dépourvue de vraisemblance* Quelle apparence en effet que Charles , • qui payait ^ suivant le même historien, une once d'or par mois à saint Thomas, pour •ses leçons, en soit venu , par une appréhension très- peu fondée, au point de lui ôler la vie? Il faut convenir cependant 3ue la hauteur de son caractère le précipita quelquefois dans es actes de cruauté , dont nous avons donné des preuves. Son indifférence pour ses sujets , quHI abandonnait à la rapacité de ses ministres, est une autre tache de sa vie qui fut la source de tous les malheurs qu'il éprouva. Malgré ces défauts, on lui doit la justice de dire que Naples lui est redevable de sa magnificence et de sa splendeur; que, ravi de la beauté de son climat, il n'oublia Vien pour l'embellir, et que, dans ce dessein, y ayant fixé sa résidence ordinaire , il obligea par-là les grands seigneurs de sa cour d'en faire autant , lesquels , à son imitation, y bâtirent de superbes hôtels, dont les jardins étaient^ pour ainsi dire, plus magnifiques encore. Non content de décorer cette ville, il fit bâtir, pour la défendre, le Château Neuf ^ qui passe pour la place la plus importante de toute l'Italie. I.es sièges de Naples prirent leur origine sous son règne, et la couc souveraine, appelée la vîcairerie de Naples, lui doit son établissement. Il avait épousé, i^. Béatrix, comtesse de Provence, morte en 1267; 2®. le 12 octobre 1268, à Milan, Marguerite, comtesse de Tonnerre , fille d'Eudes , duc de Bourgogne. Bêla première, il eut Charles, dont l'article viendra page 3 16; ^Philippe, prince d'Achaïe, mort en 1277 ; et Robert , mort en 1266 : avec trois filles; Blanche, femme de Robert de Béthune, comte de Flandre; Béatrix, mariée, le i5 octobre, â Philippe •de Courtenai ; et Isabelle , femme de Ladislas le Cumain , roi de Hongrie. Charles n'eut point d'enfants de Marguerite. Cette
(i) Ces vers sont :
Carlo venne in Italia , è per ammenda Vitima fe di Corradino , è poi ^ipinse à ciel Tommaso per ammenda*
{Por^afifr, f Canf. 20.)
248 CHRONOLOGIE HISTORIQUB
princesse moumt i Tonnerre , le 24 septembre i3o8 , dans un nôpiul qu'elle avait fondé Tan i2q3, et où elles^était conftacréei depuis cette époque, au service des pauvres.
Charles 1 joint, dans plusieurs de ses diplômes, les années de son règne de Jérusalem à celles de son règne de Sicile L'époque de ceUii-ci se prend du 6 janvier 1*466 ; celle du premier est fixée au même mois 1^78.