‹ L'art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens (volume 2)Chapitre 69 sur 103 · DES ROIS ITE SICILE · texte numérisé non relu

DES ROIS ITE SICILE

ordre de son pire ^ avec une forte armée devant Napler, dont il forme de nouveau^le siège. La ville étant mal approvisionnée > la disette ne tarda pas à s y faire sentir. Cependant Içs NapoH-* tains, par haine des Aragon ais, étaient déterminés à se dé£endrQ jusi^u'à la dernière extrémité. Déjà Teau commençait à leur man^ quer , par le soin qu'avaient eu les assiégeants de couper l'aque-? duc qui la fournissait , lorsque deux maçons ayant été pris dans une sortie des assiégés , indiquèrent au prince Ferdinand un vieil aqueduc qui communiquait à un puits situé au milieu de la ville , mais alors dépourvu d'eau. Le roi d'Aragon , à qui Ferdinand' fit part de cette découverte , partit d'Averse , où il était alors , pour se rendre au camp de Naples. Trois cents soldats déterminés qu'il introduisit dans l'aqueduc un vendredi , la nuit du 1^^, au2i juin, étant entrés dans la place^ forcèrent la porte qui répondait au camp des assiégeants , dont la place fut bientôt remplie. Les assiégés , après s'être défendus pendant qaelques heures , le roi René à leur tête , mirent bas lés armes , aprè& quoi la ville fut pillée dans l'espace de trois heures. Alfoase ay^nt nit cesser ce désordre , le calme fut rétabli dans la place. Le roi Kéné ayant échappé aqx vainqueurs ,. se rendit en diligence auprès dû pape Eugène à Florence, pour se lamenter avec, lui de son malneur. Eugène, pour le consoler > lui doqna une bell^B investiture du royaume de Naples, avec laquelle il reprit^ après trois mois de séjour , la route de Provence. Peu de jours après, Alfonse se rendit maître du Château-Capouan et du Châteaa-Neuf, et le 21 juin, il se mit en marche avec son armée contre Antoine Caldora, qui, le â8 du même mois, étant uni avec Jean , frère du fameux François Sforce , osa lui livrer un combat où son armée fut mise en déroute et lui-même fait prisonnier. L'année ne finit pas , qu'à la réserve de Tropea et ile Reggio, tout le royaume de Naples tomba au pouvoir d' Alfonse , prince , dit Muratori , libéral envers ses amis , clément envers ses ennemis , et faisant bonne justice à tout le monde. (^AnnalL'd*Ital,j tom. IX, pag. 195-196; Burigni , HîsL de Sicile^ tom. Il, pag. 33 1 -332.)

Il restait encore au milieu de l'Italie un ennemi redoutable au roi Alfonse ; c'était le pape Eugène. Tous deux paraissaient déterminés à ne plus garder entre eux aucun ménageaient. Eugène 'menaçait de rendre un jugement solennel par lequel il déclarerait Alfonse déchu de tout droit aux royaumes de Naples , de Sicile, de Corse et de Sardaigne. Alfonse, de son côté, se préparait à conclure avec le concile de Bâle un traité , par lequel il embrasserait l'obédience de Félix V, à condition que celui-ci lui donnerait l'investiture du royaume de Naples, avec,prorynesse de deux cent mille pièces d'or. Mais Eugène, voyant le&

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affairées jdu roî René désespérées , crut , après y avoir inieut réHéchi, que la bonne politique demandait qu'il nt son acconn xnodement avec le roi d'Aragon. Daiîs cette disposition , il nomma son légat le cardinal Louis , patriarche dWquilée , pour aller traiter avec Alfonse à !Naples. Ce prélat étant arrivé à Prtverno , députa de là au roi d'Aragon pour lui notifier l'objet de son voyage. Alfonse vient au-devant de lui jusqu'à Terracine , et , après de longues, et vives discussions, il consent, par traité signé le i4 juin 144^9 ^ reconnaître Ëucène pour un * vrai pape , à rappeler ses sujets ecclésiastiques qui étaient alors au concile de Èale, et à ne*pas souffrir que trois d'entre eux, élevés au cardinalat par Félix , jouissent de cet honneur dans ses états. Il promet de plus , d'armer six gaUres pour être jointes k la flotte pontificale destinée à faire la guerre aux Turcs. Le légat, de son côté, s'engage, au nom du pape, à reconnaître Alfonse pour roi de Naples,à lui donner Tinvestiture de ce royaume, «t à le décharger de tout ce qu'il pouvait devoir au siège apos^ tolique. (Rainaldus, âJan. *i44^9 n. S. ) Ce traité, confirmé par une bulle datée de Sienne , le 6 juillet suivant , fi^t exécuté fidèlement de part et d'autre.

Le nom d' Alfonse était si célèbre dans PEurope , que l'empereur Frédéric II étant venu, l'an i452, à 'Rome pour s'y faire couronner avec Kléonore de Portugal , sa femme , ne voulut point quitter l'Italie sans avoir eu la satisfaction de voir un prince dont la renommée parlait si avantageusement , et qui d'ailleurs était oncle de l'impératrice. Quelques-uns de ses courtisans lui ayant représenté qu'en faisant à ce prince une première visite, il compromettait sa dignité: 11 ne s'agit point ici du cérémonial , répondit-il , c'est au mérite personnel, et non pas au rang que je veux rendre hommage. Prévenu (le cette visite, Alfonse ne négligea rien pour préparera l'empereur une superbe récep^on. 11. alla au-devant ae lui à trois milles de Capoue , et l'ayant amené à Naples ," il y donna dos fêles et des tournois qui durèrent pendant tout le séjour que les Allemands firent en cette ville. Les marchands eurent ordre de donner gratuitement tout ce que ces étrangers leur demanderaient , et furent remboursés sur les mémoires qu'ils présentèrent au roi. On érigea , dans Syracuse , à l'empereur, une statue qui subsista jusqii en i5''$o. ( Murât. Annali ^ tom. IX, pag. 44^ ; Burigni , Hist. de SkUe , tom. 11 , p. ,342. )

L'an 1456, le royaume de Naph'^ éprouva , le 5 décembre et les jours suivants , un des plus terribles tremblements de terre <lont l'histoire fasse mention. Plusieurs églises , plusieurs tours ex plusieurs maisons particulières de la capitale furent renversées par cet accident , et près de vingt mille personnes y

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périrent. La m^me secousse agita les villes de Bcnéven-t , ()e Brindes, d^Ascoli , d^Amno, de Campobasso , d^Avellino, de Gumes , de Nocera, de Gaëte et d'autres quVUe renversa en grande partie avec perte d^un grand nombre d^habitants. Lie roi Alfonse entendait la messe à Saint-Severin de Naples lorsque ce malheur commença. Tout' Le monde prit la fuite, et le prêtre lai-même quitta Tau tel. Mais le roi , sans témoigner aucune frayeur, le retient et l'oblige d^achever le saint sacrifice.

La guerre entre Alfonse et les Génois durait depuis long* tems , au grand regret du pape Lalliste quMle avait empêché de porter ses armes contre les, Turcs. Bernard de Villeniain , amiral de Sicile , bloquait le port de Gênes avec une flotte de vingt navires et de dix galères. Réduits à l'extrémité , les Génois offrirent leur ville au roi de France, Charles VU , qui Taccept.^. Jean d^Anjou, fils du roi René, que le prince nomma .poi^r son lieutenant à Gênes, y trouva les choses dans un état déplorable. Une armée de mécontents , à la tête desquels étaient les Fiesques, les Spinola , les Adornes, pressait la ville par terre. On ne voyait aucune ressource pour cette malheureuse république , lorsqu^ Alfonse fut frappé de sa dernière maladie. Llle dura quarante jours , au bout desquels il mourut un mardi , 27 juin 14^8, à Tâge de soixante-trois ans huit mois et vingtsept jours. A peine était-il :inort, que la flotte sicilienne ^ oui fermait le port de Gônes , s'éloigna -et que l'armée des rebelles se dissipa.

« Alfonse 9 dit M. d'Egly , par ses grandes actions , par $a » clémence et sa justice , par sa valeur infatigable , sa fermeté » au milieu des disgrâces, sa modération dans |a prospérité, a » mérité le surnom de Magnanime que l'histoire lui donne. Il » joignit à ces vertus héroïques une poliliquc profonde , une » numeur bienfaisante et libérale : on quittait r^rei^eut sa coi^r » sans obtenir ce qu'on lui deipaiidait *, il aimait mieux dinjérer » ses grâces que de le^ refuser. 11 favorisa la religion et cnri- » chit les églises d'ornements précieux. Magnifique dans ses » ameublements et dans les cérémonies , e^ simple dans ses » habits, toujours sobre, il n^ fit jamais d'excès dans le boire » ni dans le mander; il buvait son vin mêlé de beaucoup d'eau» , » Ses discours élaient ornés , semés de traits vifs et ingénieux : » son amour pour les sciences et la protection qu'il leur accorda « lui ont mérite les éloges d'un non^bre prodigieux d^hislorier^. » Il fut savant lui-même d^ns la théologie, les roalhéma-t^ * tiques , l'histoire , la jurisprudence , et très-versé dans la » connaissance des poètes. Il avait un respect singulier pour . » Tite-Lîve , et portait toujours dans ses voyages , ap nombre » de ses livres , les œuvres de ce grand (lomme et les commen*

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» taîres de César. On prétend qu^il a traduit en espagnol tes » épîlres de Sénèque ». Pour tempérer cet éloge , il faut ajouter avec Muratori , que son ambition était démesurée , que ses moeurs étaient lascives )usuu*au scandale , qu^il accabla ses peu- " pies de tailles et de gabelles, qu'il voulut trancher du pape clans ses états jusqu'à vendre les bénéfices , si Ton sVn rapporte k quelques écrivains. Saint Antonin, qui vivait alors, dit qu'en mourant il chargea son successeur de tenir une conduite différente de la sienne dans son gouvernement, et de supprimer tous les impôts établis de son tems pour s'en tenir aux anciens. Son corps, déposé dans l'église Je Saint-Pierre, martyr à (faples , fut transféré depuis en Espagne, et inhumé dans l'église, cistercienne de Poblet,, en Catalogne. Il n'eut point d'enfants de Mabie , son épouse, £lle de Henri lU , roi de Castille , laquelle ne mit jamais le pied en Italie , tant elle vécut mal avec son époux. Mai^ il eut trois bâtards : Ferdinand, qui fut roi de Naples ; Marie , femme de Lyonel, marquis d'Est • et duc de Ferrare ; et Eléonore , mariée au duc de Sessa. ( Foy. Alfonse V , roi d'Aragon, )

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