DES BOIS DE SICILE
dans le royaume de Naples , dont plusieurs places lui ouvrent leurs portes ; d^autres se soumettent par force.
Le roi Rénë étant sorti de la longue prison où le retenait le duc de Bourgogne, arrive', le 19 mai i438, à Naples. S^étarit ligué , le ;»9 août suivant , avec Michel Attendolo et Jacques Caldora , deux fameux capitaines , et se voyant à la tête de dixhuit mille hommes , il envoie défier Aifonse , les uns disent à un combat singulier, les autres à une bataille générale, afin de terminer leur querelle par un seul Coup décisif. Quoi qu^il en soit , ce défi n^eut point d^exécution.
L^an i4%9 Aifonse tait de vains efforts pour délivrek* le Château-Neuf de Naples, assiégé par les troupes de René. La place où il avait garnison aragonaise , obligée de se rendre le :i4 août , fête (le la Saint - fiarthélemi , fut consignée entre les mains des ambassadeurs du roi de France. Ceux - ci , mécontents du roi d^Aragon , la remirent k René. ( Giornalc napoli-^ iano,) Aifonse fut dédommagé de cette perte par la prise de Salerne, dont il investit Raymond Orsini , qu'il créa en même lems duc d'Amalfi. ( Ilid. ) Le recouvrement de Naples lui tenait toujours au cœur: apprenant que la jeunesse napolitaine était dans le camp de Rêne , il crut Toccasion favoraole pour surprendre cette ville. Ayant bloqué le port par des vaisseaux pour empêcher d*y faire entrer des vivres par mer, il partagea son armée de terre en deux corps ; il en donna Tun à don Pierre, son frère ^ et se mit à la tête de l'autre. Déjà les habi>tants commençaient à s'inquiéter, et parlaient de se rendre , lorsqu'un accident funeste fit manquer cette expédition. L'infant était occupé à faire tirer sur l'église de Samte- Marie du Mont-Carmel ,. où il y avait une batterie , lorsqu'un boulet de canon, partit de là, lui frappa la tête et la brisa de façon qu'on ne put la retrouver. Cet événement est du 17 octobre 14-^9. Le prince n'avait que vingt sept ans. Sa: mort causa une consternation générale dans l'armée, dqnt il avait mérité l'estime et rattachement par sa valeur et sa bonté. La reine Isabelle , femme ' de Kéné , l'honora même de ses larmes. Aifonse , malgré sa douleur , voulut donner l'assaut le lendemain , mais une pluie furieuse qui survint ne le permit pas ; comme elle dura plusieurs jours , ce contre - tems « joint aux approches de l'hiver , l'obligea de lever le siège au bout de trente » six jours. Il ne demeura pas néanmoins oisif le reste de la campagne. Les intelligences qu'il avait dans Acerra , ville importante de la Terre de Labour , lui valurent , presque sans peine, la conquête de cette place, d'où il alla se présenter devant Naples, qu'il réduisit avec la même facilité. Mais la citadelle étant demeurée fidèle au' roi René, il fut obligé d'en faire le siège, qui l'occupa l'es- XVlil. 35
2^4 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
pace de trois mois. Uayant emportée de force , il marcha contre Averse , dont la citadelle lui opposa une résistance encore plus forte que celle d'Acerra. Tandis cruMl en faisait le siège , le roî Béné, par le conseil d'Antoine Caldora , fils du général Jacques, se jeta, pour faire diversion, dans la Fouille quM soumit en peu de tems. Cette conquête lui ouvrit la route de Bénévent. Alfonse , apprenant qu il y^dirigeait sa marche, prend une partie de son armée , et va droit ^ Pennemi. H y eut à la rencontre une action assez vive, qui se termina par la retraite de René. Ce prince , soupçonnant Caldora de l'avoir trahi dans cette occasion , prit le parti de le faire arrêter. Mais les officiers demandèrent SI hautement la liberté de ce général , que René se vit obligé de l'accorder. 11 fit plus ; il voulut , mais en vain , £iire sati^action à Caldora. Outré du traitement qu'il venait de recevoir , ce général quitta le service angevin pour embrasser celui du roi d'Aragon. Ce fut une acquisition qui flatta beaucoup ce dernier. Caloora , pour lui donner une preuve non équivoque de la sincérité de son attachement , engagea le gouverneur de la citadelle d'Averse , son ami , de se rendre ; ce qui fut exécuté après sept mois de siège. Caldora ne demeura pas plus fidèle au roi d'Araeon , qu'il l'avait été au roi René. S'étant réconcilié avec celui-ci , il le trahit de nouveau et rentra dans le parti d'Alfonse , auquel il livra la citadelle de Bénévent. Ces diverses trahisons le firent tomber dans un mépris général. Ne trouvant plus d'emploi chez aucun prince, il alla cacher sa lionte "à Jési , dans la Marche d'Ancône , où il moutut sans con-^ sidération. ( Collenutius , Hîsi. neapolit , liv. Yl. )
Les affaires d'Alfonse allant toujours en prospérant dans le royaume de Naples , ce prince , l'an 1 44^ 9 en demanda Pinvestiture au pape Eug^e IV. Le pontife l'ayant refusée , Alfonse se tourne , l'année suivante , du côté du concile de Bâle , alors brouillé avec Eugène , mais sans se déclarer pour l'antipape Félix, que cette assemblée lui opposa. Pour intimider néanmoins Eugène, il engagnea le concile, dans le mois d'octobre i44fy à Uri envoyer une ambassade , espérant par là obtenir de Félix ce que son compétiteur lui refusait. Eugène , peu effrayé de cet artifice , rassembla le plus de troupes qu'il lui fut possible , pour les faire passer dans le ro^'aume de Naples au secours de René. Mais cette armée , commandée par le cardinal de Tarente et le comte de Tagliacozzo , ne fit aucun exploit mémorable. Le car^ dinal ^ peu propre aux opérations militaires, conclut la même année, une trêve avec Alfonse, après quoi il s'en retourna dans la Campagne de Rome.
Cette retraite fut la ruine des affaires du roi René. Bientôt après I le prince Ferdinand | Qb naturel d'Alfonse , arrive , par