DES MARQUIS DE MOÎTTFEEHÀT
plus propres à faire ce coup. Ils traitèrent secrètement avec eux, et à l'appât de trente-cinq raille florins d'or, qu'ils leur promirent , ceux-ci s'engagèrent à leur livrer le marquis,. Mais ils avaient affaire à un nomme qui ne s'endormait pas. Le secret ayant transpiré , il vole sur les lieux avec un corps de troupes, à dessein de punir les conjurés. Sa diligence ne servit , néanmoins , qu'à accélérer l'effet du complot. Le 8 septembre 1290, comme il était occupé à faire ses recherches, il s'élève tout* à- coup une sédition dans la ville. Les bourgeois, supérieurs en forces , se saisissent du marquis et de ses gens , qu'ils laissèrent aller ensuite, après l'avoir enfermé, sous bonne garde, dans une cage de fer. Ce fut dans cette affreuse prison , où il avait passé quinze mois, qu'il termina ses jours , le 6 février, selon Muratori ; le 1 3, suivant Benvenuto di S. Giorgio de l'an 1202. Telle fut la catastrophe de la tragédie que joua sur le théâtre d'Italie, Guillaume V, marcjuis de Montserrat. S'il eut de grandes qualités , on ne peut nier, dit Muratori , qu'il eut encore de plus grands vices: heureux, ajoute -t-il , s'il sut employer le tems que Dieu lui laissa pour faire une sincère pénitence. Les Alexandrins, craignant que sa mort ne fût une feinte , lui versèrent sur le dos , pour s'en assurer, du lard et du plomb fondus, après quoi ils rendirent le corps, qui fut inhumé a l'abbaye de Loccedio. Outre les enfants que nous avons nommés, Guillaume laissa de Béat&ix, sa seconde femme, un fils, qui suit; et Alasie, femme de Poncello , ftls d'Orso-Ursino , patrice romain.
JEAN I, dit LE JUSTE.
1292. Jean, né Tan 1276, successeur de Guillaume, son père, apprit sa mort à la cour de Charles II i roi de Naples, où il s était retiré. Mathieu Visconti , seigneur de Milan , profitant de son éloignement, entre avec une puissante armée dans le Montferrat , où il prend diverses places, et répand une si grande terreur, que le peuple de ce marquisat l'élit pour capitaine avec les appointements de trois mille livres par an. Le nouveau marquis , à son arrivée , est obligé de confirmer cette élection , en donnant à Mathieu des lettres par lesquelles il l'instituait son lieutenant. La ville d'Asti, comme la plupart de celles de Lombard ie, était alors partagée entre les deux factions des Gibelins et des Guelfes. Les premiers, ayant appelés à leur secours les marquis de Montferrat et de Saluces, chassent les seconds , qui avaient à leur tête la maison de Solari. Le marquis Jean , en celte occasion, recouvre le grand pavillon que les Astesaos avaient enlevé à son père , el bientôt
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après se remet en possession de la terre de Vignal. Benvenuta met cette expédition en 1294, et Muratori, deux ans plus tard. Van 1299, ayant fait une* nouvelle ligue avec le marquis de Saluces, auquel se joignirent Philippon, comte de Langusco et Mainfroi de Beccana, il se rend maître, le 18 mars, des villes de Verceil et de Novarre f avec leurs forteresses. Galéas Visconti , (ils aîné de Mathieu , n'eut que le tems de s'échapper ie Novarre , dont il était podestat. Les Milanais, alarmés de, cette double conquête * prennent les armes pour arrêter les progrès du marquis Jean. Celui-ci leur fait accepter une con-* furence , qui se tient le iCr. mai suivant. On y discuta en présence du marquis de Ferrare , et avec le secours de plusieurs, cjocteurs ès-lois, les prétentions du marquis sur les deux villes qu'il avajt prises ; et son droit ayant été reconnu , la paix se fit le 4 septembre de la même année ; mais elle ne fut pas du^ rable. L'an i3oi , le marquis Jean ayant chassé de Verceil la faction des Titioni , et de* Novarre celle des Tornielli , les Milanais prennent parti pour ces bannis, qui s'étaient réfugiés chez eux * et se mef ten| en devoir de les rétablir les armes a. la main. Mais , apprenant que les Crémasques , les Lodi-r cians , les Plaisantins , les Crémonois , les Verceillois et les. Navarrois, ont fait alliance avec le marquis pour ramener à jfilan les Torriani, Us changent de dessein, et restent dans leurs murs , de peur d'une invasion. Le marquis Jean réussit néanmoins, l'an i3o2, à faire rappeler les Torriani à Milan, après en avoir fait bannir les Visconti. Depuis l'expulsion des. Solari , rien ne lui résistait dans Àsli, qu'il gouvernait , suivant l'expression de Muratori , la baguette à la main. Ces bannis, l'an i3o4*au moyen des intelligences qu'ils y entretenaient, vinrent à bout dy rentrer, le jour même de l'Ascension , et d'en chasser, à leur tour, les Gottuani, leurs ennemis, don* ils pillèrent et brillèrent les maisons. Le marquis Jean , par la cnute de cette dernière faction , perdit toute son autorité dans Asti. Il ne survécut pas long-tems à cette disgrâce, étant mort au mois de janvier i3o5, sans laisser d'enfants de Mar-t guérite, fdle d'Amédée V, comte de Savoie, qu'il avait épousée l'an 1296, après avoir été accordé, Tannée précédente , avec Marie, fille de Robert de France, sire de Bourbon. Par son testament, il institua son héritière, Yolande , sa sœur , ftmme de l'empereur Andronic Paléologue, ou celui de ses fils qu'eliç choisirait. Mais à peine eut-il les yeux fermés, que Mainfroi, rnarquis de Saluées, issu d'Anselme, second fils d'Aledran, prétendit , comme plus proche agnat , au marquisat de Mont-» ferrât. Cependant , u ne prit d'abord , comme le prouve Ben-r yenuto, par de bons documents, que le titre de gouverneur
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Je cet état, titre qu*il partagea même avec le comte de Langusco , seigneur de Pavie. H fit plus, il consentit à une dépu-*» tation qui fut faite à l'impératrice de Cohstantinople , pour la presser de venir elle - même , ou d'envoyer un de ses fils prendre pdssesion do Montferrat. Mais1, sur le bruit qui se répandit que la veuve du feu marquis était enceinte , elle jugea à propos "d'attendre l'événemènt de cette grossesse. Le omit était taux , et lorsqu'il fut pleinement dissipé » l'impératrice du consentement de son époux, transporta ses droits, «ur la succession qui lut était échue, à son fils, qui suit.