DBS DUCS DE MILAN
une action générale, les chefs respectifs des armées prélûdassent entre eux par des combats singuliers. Théodore, marquis de Montserrat, du côté de Galéas, attaque Frédéric, burgrave de Nuremberg , et d'un coup de lance le désarçonne ; ce qui met le trouble dans la troupe qu'il commandait. Le duc d'Autriche s'étant avancé, est également renversé par Charles Malatesta, seigneur de itimini, pris et emmené prisonnier. Mais Jacques Carrara , fils de François , désarçonne à son tour le vainqueur de Léopold , et rétablit en partie le combat. Les Impériaux , cependant, méditaient la retraite. Facino, qui se croyait vainqueur par la prise de Léopold, ne poursuivit pas ses avantages , et reprit la route de Brescià. Cette bataille, ou plutôt cette escarmouche, est du 17 octobre, suivant M. Schoepflin (Art. Acaà. Palat.f t. II, p. 201), et du 21 , selon Muratori. Trois jours après, on vit revenir au camp le duc d'Autriche, sain t sauf et entièrement libre. L'empereur témoigna de la joie de son retour. Mais Carrara reçut une lettre de Brescia , par laquelle on lui mandait que Léopôld n'avait obtenu sa liberté qu'en promettant de le livrer aux ennemis. L'empereur, sur cette nouvelle, envoie Carrara à Padoue, pour le mettre à couvert des embûches qu'on lui dressait , et va l'y joindre ensuite , aprèsi avoir licencié une partie de son armée. De là il se rend à Venise* d'où, après quelques jours, il retourne en Allemagne, voyant que les Italiens craignaient encore moins la domination des Visconti que celle des Allemands. L'an i4°a» la ville de Bologne, à 1 imitation de celle de Pérouse, choisit, le 10 juillet, Galéas pour son protecteur , après une victoire qu'il avait rem* portée, le 26 juin précédent, sur les Bolonais et les Florentins ? victoire dont tut la victime Jean Bentivoglio , seigneur de Bologne, que ses sujets massacrèrent le 28 du même mois. (Mûrit* Ann. , t. IX, p. 9.) Maître de cette ville, Jean-Galéas ne tarda pas d'y faire élever une citadelle ; ce qui mortifia beaucoup le* Bolonais. Mais les Florentins eurent bien lieu de trembler pou* eux-mêmes, en se voyant entourés de tout côté, dit Muratori t par ce grand serpent, maître de la Lunigiane, de Pise, de Sienne, de Pérouse et de Bologne. Le duc, néanmoins, calma leur frayeur par un traité de paix et de confédération qu'il fit avec eux. Ce qui dut encore plus les tranquilliser , ce fut la mort de Jean-Galéas qui suivit de près cé traité. S'étant transporté de Pavie , où la peste régnait, à Marignan , il y tomba malade, sur la fin d'août 1402, et y mourut le 4 septembre suivant, laissant de Catbbrinb, sa femme, deux fils : Jean-» Marie , son successeur au duché de Milan ; et Philippe-Marie f qu'il fit comte de Pavie, Verceil, Alexandrie, Tortone, Vérone, yiceoce, et d'autres ville* j avec une fille , Valentine, dont oa
*64 CfiROXOLOGlE HISTORIQUE
vient de parler. (Corio. Murât.) A Gabriel, l'un de ses fit* naturels , qu'il avait fait légitimer, il laissa Pise et Crème. Jean* Galéas fut le plus célèbre des Visconti ducs de Milan. Il protégea les arts et les lettres; il fixa, dans l'université de Pavie, les hommes les plus célèbres de son tems ; les deux Raphaelli , Fulgoso , le Comasco , Hugues Siesme , Biaise Pelacarne , Antonio Yacca , Emmanuel Chrysolore , Pierre Philar^e , depuis le pape Alexandre V. H établit Tordre dans l'administration de ses états; chose inconnue avant lui : et la diplomatique lui fut redevable d'avoir le premier rassemblé avec ordre, dans les archives, les titres et les actes publics. Ce fut lui qui ramena l'art militaire en Italie. La cathédrale de Milan , qui n'est pas encore achevée, la citadelle de Pavie, le pont du Tesin, et la chartreuse de Pavie, où il est enterré, sont ses ouvrages. Il enrichit sa patrie, en y rétablissant l'agriculture , et faisant creuser des canaux qui en font encore la richesse. Ses conquêtes l'avaient conduit au point d'aspirer à se faire roi d'Italie ; et s'il eût vécu plus long-tems, il pouvait en venir à bout. Il fut sévère pour faire observer à ses sujets la justice qu'il violait impunément lui-même. Je veux, disait-il, qu'il n'y ait point d'autre valeur que moi dans mes états. (Lalande, Voyaged'Italie.) Sa veuve Catherine lui survécut.
e m. JEAN-MARIE VISCONTI,
1402. Jean-Marie, fils aîné de Jean-Galéas, né le 7 septembre i388, fut son sucesseur au duché de Milan. Comm* il était mineur, il demeura sous la tutelle de Catherine, s» mère, et sous la régence de Pierre de Candie, archevêque de Milan, de Charles Malatesta, seigneur de Rimini et deJac*
Sues de Verme. Le peu de sens de la duchesse Catherine onna lieu aux factions des Guelfes et des Gibelins, que l'attention de Jean-Galéas avait comme assoupies , de se réveiller. Plusieurs villes se retirèrent de l'obéissance du jeune duc. Le cardinal Balthasar Cossa, légat du pape Boni face IX, attisait le feu de la révolte, et faisait, de son côté, des conquêtes dans le Bolonais. Les régens du Mi la nez, pour empêoher la ruine entière de leur maître , prennent le parti de faire la paix avec le pape, à qui ils cèdent, par traité du a5 août i4°% Bologne, Assise et Pérouse. Sienne, dans le même tems, recouvra sa liberté. Le duc Jean Marie, s'étant brouillé avec sa mère, la fait enfermer, l'an i4o4* dans le château de Milan* où elle mourut le i5 septembre de la même année. Philippe" Marie, frère puîné du duc, 'et comte de Pavie , est, Jans la même année, emprisonné par un citoyen puissant de Pavie?
Ï)ES DtJCS DE milaM
tiottimé Zacherta, et perd, durant sa captivité* Verceiî* Novarre, et d'autres terres qu'il possédait en Piémont. Voilà donc cette puissance des Visconti, dit Muratori, si formidable jusqu'alors, entièrement culbutée. Le duc Jean-Marie voyant les factions des Guelfes et des Gibelins également soulevées contre son gouvernement, se détermine, Tan 14.08, par le conseil des amis de sa maison, à nommer gouverneur de Milan, que ces factions déchiraient à l'envi , Charles Malatesta, sei* gneur de Rimini , l'un des plus sages et des plus braves seigneurs d'Italie. Mais l'année suivante, les Milanais s'étant donnés au maréchal de Boucicaut, déjà gouverneur de Gènes, il se retire. Boucicaut perd, l'année suivante, l'un et l'autre gouvernement. Sa retraite forcée, qu'on regarda comme l'ouvrage de Facino Cane , augmenta considérablement le crédit et le pouvoir de celui-ci, son ennemi capital, qui ^ étant en guerre avec le duc, fit une trêve, et ensuite, le 3 novembre i4°9? un traité de paix avec lui. La nouvelle de cet accommodement causa une joie inexprimable à Milan, où Cane entra, comme en triomphe, à la tête de ses troupes. Mais, dès le mois d'avril suivant, une querelle qui s'éleva entre ses gens et ceux du duc, le mit en danger de perdre la vie, et lui laissa à peine le teros de se sauver à liosate. Son absence fut courte, et le 7 mai suivant, il revint à Milan, où il fut décoré du titre de gouverneur. Le duc et lui , bientôt après indiposés contre Philppe-Maric , frère du premier et comte de Pavie , le contraignirent, les armes à la main, de se retrancher dans le château de cette place , qu'un siège vigoureusement poussé, l'obligea de rendre l'année suivante. Le duc Jean -Marie triomphait de cette conquête, sans s'aper-4 cevoir qu'il travaillait à la ruine de sa maison. A mesure qu'il avançait en âge, il développait la férocité de son caractère. Elle était montée au point que, dans les dernières années de sa vie, il faisait dévorer par des chiens affamés ceux qu'il haïssait, et qu'il avait condamnés -au dernier supplice. Ce prince repaissait ses yeux de cet affreux spectacle. Le ministre de ses vengeances , chargé de cette meute sanguinaire , s'appelait Squarcia Giramo. Tant de cruauté et d'avarice devenant à la fin insupportable, deux frères, André et Paul Baucio, qui servaient dans sa maison, François Mai no, et trois hommes illustres par leur naissance , les deux Pusterli , et Aconcio Trivulci , se mirent à la tête de trente autres conjurés; et comme le duc allait à l'église de Saint-Gothard, le 16 mai i4la* les deux frères Bauci et François Maino le poignardèrent. Facino Cane , avec qui Jean-Marie s'était réconcilié, était à toute extrémité, lorsqu'il apprit la mort du
xvii, 34
û66 CtlROKOLOGIE HISTORIQUE
duc. Il pria les officiers qui l'entouraient de la venger , et Je se réunir sous Philippe-Marie , son successeur; il mourut loi— môme quelques heures après* Jean-Marie avait épousé , le 8 juillet 1408, ANTOINETTE, fille de M a la testa , seigneur de Césène et de Rimini, dont il ne laissa point d'enfants. ( Murât. Annal. liai, , tom. IX.)