ALEXANDRE FARNÈSE
i586. Alexandre, fils unique et successeur d'Octave, né Tan 1 544 9 fut un des plus grands capitaines de son siècle. Il combattit, sous Jean d'Autriche, à la bataille navale de Lép^nle , gagnée contre les Turcs, le 7 octobre 1571. Philippe II, roi d'Espagne, le nomma, Tan 1678, gouverneur des Pays- Bas. Il y trouva les affaires d'Espagne dans un état déplorable, et les rétablit , autant qu'il fut possible , par sa prudence, sa valeur et son habileté. Peut-être , après la réduction d'Anvers, eût-il achevé celle des Pays-Bas, si Philippe II ne l'en eût tiré pour aller soutenir en France le parti de la ligue. ( Voyez Henri IV, roi de France.) 11 mourut à Arras, le '6 décembre i5q2 , âgé de quarante-huit ans, des suites d'une blessure qu'il avait reçue au siège de Rouen. Son corps fut transporté à Parme, dont il avait fait construire la citadelle; et sa statue équestre eu bronze, ouvrage du fameux sculpteur Jean de Bologne , est un des ornements de la grande place de Plaisance. Il avait épousé, à Bruxelles, le 18 novembre i565, Marie DE Portugal , petite-fille , par l'infant Edouard , son père , d'Emmanuel le Fortuné, roi de Portugal, et sœur aînée de Catherine, duchesse de Bragance. De ce mariage , il eut Ranuce, qui suit; Odoard, cardinal en i5ç)i ; et Marguerite, femme de Vincent , duc de Mantoue.
RANUCE ou RAINUCE I.
1592. Ranuce I , fils aîné d'Alexandre Fàrnèse, né Pan 1569,* était dans les Pays-Bas lorsqu'il apprit sa mort. Lui ayant suc-i cédé , il prêta serment de fidélité au saint siège, par son ambassadeur , le 6 septembre 1*192. Du vivant de son père, il avait formé, l'an xStfo, des prétentions sur la couronne de Portugal» après la mort du roi Henri, son grand- oncle maternel. Mais le
droit que Philippe 11 lui opposa, prévalut, parce qu'il était appuyé de la force. L'an 1600, le pape Clément VIU lui conféra la dignité de gonfalonier de l'église , pour lui et ses successeurs T en considération de son mariage avec MARGUERITE Aldrovandiw, nièce de ce pane, qu'il épousa au mois de mai de celte année, hanuce travailla beaucoup pour l'embellissement de Parme. Il fit bâtir , par le conseil de Pomponio Torclh , le collège qui sert à l'éducation de la jeune noblesse, donna, en 1^99, un nouveau lustre à l'université fondée en 1412, et protégea l'académie ries InnominalL « Ranuce, dit ** Muraton , était un seigneur d'un caractère altier, grand po- >» liticjue , mais d'un naturel sombre et mélancolique , couvant » toujours dans sa pensée des soupçons qui troublaient son re— » pos et celui des autres. Dans ses sujets il ne voyait que des » ennemis, se rappelant sans cesse la funesje catastrophe de » Pierre-Louis, son bisaïeul. Disposé de la sorte , il s étudiait » à se faire moins aimer que redouter; toujours prompt à » punir, et n'accordant que difficilement des grâces. Ceux qui » lui étaient soumis, lui rendaient bien la pareille , et répon- » daient , par la haine, à la crainte qu'il tâchait de leur ins— » pirer. Ce qu'il avait lieu d'appréhender, lui arriva l'an » i()i2; il découvrit une conjuration tramée contre lui l'an— » née précédente , dont les principaux auteurs étaient le » marquis Jean-François de San-Vitali , la comtesse de Sala , » le comte Horace Simonetta , son mari , le comte Pio » Torelli , le comte Alfonse, et le marquis Jérôme, tous deux » San-Vitali, le comte Jérôme de Corrégio, le comte Jean- » Baptiste Mazzi et d'autres. On mettait encore, parmi les » complices de cette conspiration , le marquis Jules-César » Malaspina, capitaine des gardes du duc de Mantoue , Ferdi- » riand Malaspina , marquis de Liciana , Théodore Scotti f » comte de Plaisance, et Albert Canossa , comte de Keggio. » Presque tous les chefs de la révolte ayant été arrêtés , on îns- » truisit leur prorès, dans lequel il fut prouvé, dit-on , que » leur dessein avait été d'assassiner et d'exterminer toute la » maison de Farnese. J£n conséquence , ils eurent la tête tran- » chée le 19 de la même année, et quelques-uns de leurs gens » furent pendus » (i). Colorno et Sala, qui étaient aux San-
(1) Dans la vérité, le fait est que les grands vassaux du duché, soulevés contre l'avarice et la tyrannie du duc , témoignèrent hautement leur mécontentement. Panure crut devoir les prévenir : il trouva sa sûreté personnelle, et satisfit sa soif de l'or, en les dépouillant à la fois «le la vie et de leurs biens. Sous divers prétextes, il tait arrêter les pre*
Vitalî, et que le duc marchandait depuis long-tems, lui passèrent , par ce moyen, sans déboursé, et devinrent les maisons de plaisance de ses successeurs. Le comté de Monte Chiarugolo fut réuni à la chambre ducale. La confiscation de ces fiefs augmenta considérablement le domaine du prince. Mais les amis
tendus conjurés, le 4 juin 1611 ; le i5 du même mois, l'hôtel-de-ville f t la noblesse vont en ddputation demander au duc les raisons d'un coup d'autorité" si étrange contre tant de personnages illustres. Ce prince répond qu'ils avaient conspiré contre sa personne et contre le salut de tous les citoyens. Ces corps demandèrent alors que le procès des accusés fiii fait en forme; ce qui, exigeant des longueurs, empêcha le duc de faire faire sur-le-champ, comme il l'avait projeté, l'exécution, et l'obligea de la différer jusqu'à Tannée suivante. Les chefs d'accusation détaillés dans le manifeste du duc , affiché dans tous les lieux publics, le 17 mars 1612, étaient que les conjurés, chargés chacun de crimes les plus honteux envers Dieu et les hommes, coupables de rébellion, avaient projeté d'assassiner le duc, d'égorger, Herodiano more, ses enfants, en présence de la duchesse , de massacrer tous ses ministres , tous ses soldats, tous ses ses serviteurs , et enfin de piller toutes les maisons particulières, toutes les églises et tous les monastères. Une forme à peu près légale ayant été donnée à ces accusations par des dépositions controuvées, on fit grâce à une quinzaine de prétendus coupables peu riches Les seuls possesseurs de grands fiefs parurent indignes de pardon. Le 19 mai 1612, à dix heures d'Italie , sur un échafaud dressé à la hauteur des fenêtres do palais, parut d'abord Barbara San-Vitali , née San-Severi. comtesse de Colorno, l'uue des plus belles femmes de son tems, dont le duc avait été épris et maltraité. L'amour qu'elle marquait au comte PioTorcIli lut , à ce qu'où croit, la raison pour laquelle ils furent tous deux enveloppés dans cette affreuse proscription. On vit suivre le comte Horace Simonctta , chambellan et grand- écuyer, le comte Jérôme San-Vitali . marquis de Sala , le jeune Jean-François , son fils , dit le Marches i no tli Soia% le comte Alfonse San-Vitali , son cousin, enfin Pio Torelli , comte de Montc-Chiarugolo , et le comte J. B. Masi, beau-frère du dernier. A mesure qu'ils parurent, on leur trancha la tète , et les sept tètes restèrent long-tems attachées aux murs du palais. Le duc . d'une de ses fenêtres, a-sista lui-même à l'exécution , qui dura quatre heures. Hanuce voulut aussi s'assurer des descendants de ces malheureuses victimes. De deux San-Vitali , enfants, l'un fut écrase entre deux pierres ; l'autre . ayant échappé , fut repris quelques années après et fait eunuque. Un (ils et un neveu de Pio Torelli, auxquels on préparait le même sort, l'évitèrent heureusement par la piété et la reconnaissance des Franciscains de Monte-Chiarugolo , que leurs ancêtre* avaient fondés. Ces religieux les transportèrent la nuit , au péril de leur vie, dans les états de Modène , et Joseph Salîngncrra , l'on d'eux , est devenu depuis la souche de la maison du roi de Pologne actuel (1785).
des suppliciés les regardant comme innocents , firent , pour venger leur mort , des courses funestes dans le Parmesan, où ils brûlèrent plusieurs bourgs et villages. Le bruit courut en effet , et il n'a pas encore cessé, ajoute Muratori, que cette conjuration avait été con trouvée par le duc, pour satisfaire son avarice, et se défaire de personnes qui gênaient son autorité. Les Torelli et les San-Vitali, collatéraux des décapités, ayant porté leurs plaintes au grand duc de Toscane, Ranuce, pour justifier sa conduite, lui envoya , dit-on, copie du procès par un ambassadeur. A cet envoi, le grand duc répondit avec actions de grâces, eu lui envoyant de son côté un autre procès bien en règle, par lequel il apparaissait que ce même ambassadeur avait tué un homme à Livourne , avant de partir de Parme , voulant , par cette plaisanterie, démontrer qu'il était plus aisé de faire, à un homme innocent, son procès avec des pièces conlrouvées, que de se justifier d'une pareille infamie aux yeux du public désintéressé. Le duc Ranuce mourut subitement au commencement de mars 1622, laissant de son mariage trois fils, Alexandre , Odoard, qui suit, et François-Marie, cardinal en i645, avec deux filles, Marie et Victoire, qui devinrent l'une et l'autre, par leurs alliances, duchesses de Modène. La statue équestre, en bronze, du duc Ranuce, accompagne celle d'Alexandre, son père, dans la grande place de Plaisance.
ODOARD ou EDOUARD.
1622. Odoard , second fils de Ranuce , né le 28 avril 1612 , lui succéda, par préférence a son aîné, qui était sourd et muet de naissance. Cette même année , le besoin d'argent l'obligea d engager îc duché de Castro et le comté de Ronciglione au mont-de-picté de Rome. Mécontent des Espagnols, il entra, l'an itë j3 , dans la ligue que la France fit proposer aux princes d'Italie, et y entra presque seul. C'était un prince, dit Muratori , plein de l'esprit guerrier, mais qui prenait conseil plutôt <lc son courage que de ses forces. Dans le manifeste qu'il publia, il parlait avec tant de hauteur et de fierté, que le grand-duc de Toscane , après l'avoir lu , s'écria en plaisantant : Le roi de Parme déclare la guerre au duc d'Espagne! Le pape Urbain VIII , son parent, à la sollicitation de la maison d'Autriche , le somma plusieurs fois, comme seigneur suzerain de Parme, mais inutilement , de rompre ses engagements avec la France. Les armes de l'Espagne et de ses alliés eurent plus d'effet. L'an iG36, pendant que le duc Odoard était en France, pour y solliciter du secours, François I, duc de Modène, à la tête des troupes espagnoles et des siennes, entra dans le Parmesan, où il commit d'horribles
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dégâts. C'en était fait des étais d'Odoard, si le pape Urbain VIII et le grand-duc de Toscane ne s'étaient entremis pour faire sa paix avec le marquis de Légancz , gouverneur de Milan. Les ministres qu'ils envoyèrent au marquis , le trouvèrent dans les meilleures dispositions; mais le duc en montra de contraires : suit feinte, soit obstination réelle, il paraissait déterminé à continuer la guerre. A la fin il se laissa fléchir par les larmes de la duchesse , sa femme , et conclut , au commencement de Tannée suivante, un traité de paix avec les Espagnols, auxquels il abandonna Sabionetta. Ce traité se fit à l'insu des Français, qui étaient maîtres de Plaisance, et qu'on engagea d'en sortir, sous prétexte d'une revue ; après quoi , voulant y rentrer , ils virent braqué contre eux le canon ? qui les obligea de se retirer. On fit grand bruit à Paris de cette défection de Farnèse, dont l'envo.ye Fabio Scotti fut arrêté par ordre de la cour. Mais le duc ayant fait exposer au cardinal de Richelieu ses moyens de justification , sa conduite fut approuvée, et son cœur continua d'être attaché à là France. ( Murât. , Ann. (filai. )
Lan 1639, Urbain VIII , excité par ses neveux, entreprend d'enlever au duc de Parme le duché de Castro , pour le réunir au saint siège , faute de remboursement des sommes pour lesquelles^ était engagé au mont-de-piété. Odoard met dans ses intérêts les Vénitiens, les Florentins et le duc de Modène. On fait une guerre de chicane, et des négociations infructueuses pendant cinq ans. Ce fut, durant ces hostilités, que Ferrante Palavicini, qui était de Plaisance, publia, l'an 1643, son livre intitulé : // Dworzio celeste% où il feint que Jésus Christ demande au Père éternel la permission de faire divorce avec l'église à cause de ses désordres. L'auteur fut trahi par un faux ami, qui le détermina à venir en France, et le fi.t passer sur le pont de Sorgues, où , ayant été arrêté, il eut la tête coupée à Avignon, en 1644. (M de la Lande.)
La paix est enfin conclue ie3i mars 1644* entre le pape, le duc de Parme et ses alliés, par la médiation de la France , des Vénitiens, du grand-duc de Toscane et du vice-roi de Naples. (Murât. ) Le duc demande l'absolution des censures qu'on avait employées contre lui, et recouvre, soixante jours après, son duché de Castro. Il mourut, le 12 septembre 1646 (et non 1648), à Page de trente-quatre ans. « Ce duc était compté, » dit Muratori , parmi les beaux esprits de son tems. Il enchan- » tait le monde par ses beaux discours, dans lesquels néan- » moins il montrait un peu de penchant h la satire , défaut dan- » gereux dans les particuliers, et beaucoup moins convenable à » des princes et à des souverains. Fnrre ses belles qualités, les » plus remarquables étaient la magnificence! la grandeur d'âme
» et la libéralité. Il avait auprès Je lui des ministres , non » pour prendre leurs avis, mais pour leur faire exécuier ses « volontés , croyant sa tête capable de tout ; et comme il avait » la cervelle chaude et portée aux grandes choses, il lui était » facile de se méprendre, et de former des résolutions supé- » Heures à ses forces. » De Marguerite de Médicis, son épouse, sœur du grand-duc Ferdinand. II (mariée en 1G28, morte en 1679), il laissa quatre fils, Ranuce, qui suit, Alexandre, liorace et Pierre , avec deux filles.