RANUCE IL
1646. Ranuce, né Tan i63o, succède au duc Odoard, son père. Quoique son pays fut alors délivré d'ennemis étrangers, la guerre Pavait tellement épuisé, qu'il lui restait à peine les moyens de subsister avec décence. Innocent X occupait alors le saint siège* Il était mal disposé envers les Farnèse , parce qu'il les regardait comme des sujets rebelles à leur légitime souverain. L'occasion suivante fit éclater ses préventions. L'évéché de Castro étant venu à vaquer Tan 1649 , il y nomma Christophe Giarda, religieux Théatin , contre Te gre de Ranuce. Giarda, sachant qu'il n'avait pas l'avantage de plaire à ce prince , fit ses efforts pour engager Innocent à révoquer sa nomination, prévoyant le malheur qui le menaçait. Il eut beau insister, il fallut obéir. Or il arriva qu'étant dans la ville d'Aquapendente , il y fut tué la même année par des assassins que Jacques Gaufridi , provençal de nation , qui se, donnait pour premier ministre du duc , avait, dit-on, apostés. Le pape, irrité de cet attentat sacrilège, envoie aussitôt des troupes pour assiéger la ville de Castro» Gaufridi , de son côté , marche à la téte de celles que le duc avait levées, attaque l'armée ecclésiastique , et ne fait que hâter , par sa défaite, la reddition de la place. Le pape, victorieux, fait raser Castro ; et au lieu ou cette ville avait été , il fait placer une colonne sur le piédestal de laquelle on grava ces mots italiens : Qui/à Cdstro , ici fut Castro. Ranuce, menacé d'une irruption de l'armée pontificale dans ses états de Parme, prend le parti de céder au pape le duché de Castro , avec le comté de Ronciglione, se réservant toutefois la faculté de les recouvrer, en «'acquittant envers le mont-de-piété. L'an 1660, le cardinal Mazarin , principal ministre de France, fait prier le pape Alexandre VU de rendre au duc de Parme le duché de Casho et le comté de Ronciglione. Mais ce pape, qui n'aimait ni le cardinal, ni le roi, son maître, loin de déférer à cette demande, déclare, l'an iBtii , en plein consistoire, ces domaines réunis pour toujours à la chambre apostolique , ce qui s'appelle Inca-
ao6 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
mention. Depuis ce tems, la maison de Parme n'a pu y rentrer, quoique , par le traité conclu , le 12 février i6b*4 , à Pisc, entre le roi Louis XI V et ce pape, il fût accordé au duc une prorogation de huit ans pour le rachat de l'hypothèque. En 17^2, don Carlos offrit de payer le capital pour lequel ce pays était engagé : mais le pape ne voulut jamais y acquiescer ; et d'un autre cote, l'empereur promit, dans le traité de paix de 1736, de ne plus chercher à démembrer Castro des domaines du saint siège.
Le duc Ranuce ouvrit enfin les yeux sur les malversations de son ministre Gaufridi. Non content de le disgracier, il fit instruire son procès, dont la conclusion fut un jugement qui le condamnait à perdre la tête sur un échafaud, ce qui fut exécuté au mois de janvier 1670. Giosepino, fils d'un tailleur de Pavie, S^empara ensuite de la confiance du duc, dont il ne se montra pas indigne par sa conduite : c'était le talent de la musique, où il excellait , qui l'avait introduit à la cour de ce prince, grand amateur lui-même de cet art Les autres qualités qu'il développa lui méritèrent la place de Gaufridi, qu'il conserva jusqu'à la mort de l'auteur de sa fortune, arrivée le n décembre 1B94. Le duc Ranuce avait été marié trois fois, i°. l'an 1660, avec Marguerite Yolande, fille de Victor Amédéc I , duc de Savoie, morte en i663; 20. l'an 1664, avec Isabelle d'Est, fille de François I , duc de Modène, morte en i66ti ; 3°. en 1668, avec Marie d'Est, sœur d'Isabelle, décédée en 1684. Du second lit, il eut Odoard, mort le 5 septembre 1693, laissant de Dorothée, filla de Philippe-Guillaume, électeur palatin, son épouse, une fille, Elisabeth, mariée à Philippe V, roi d'Espagne ; Marguerite, femme de François II, duc de Modène, et Thérèse. Du troisième lit , Ranuce eut François et Antoine, qui lui succédèrent , et une fille nommée Isabelle.
Muratori, parlant du duc Ranuce II, dit que c'était un homme du vieux tems, uomo dei vecchi tempi , un prince rempli de valeur, bon économe, mais généreux et libéral dans l'occasion, st(;lé, jusqu'à la sévérité, pour la justice, ce qui le fi^, ajoute-: t-il , moins aimer que redouter.