‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 3)Chapitre 165 sur 277 · DES COMTES DE GD A STALLE · texte numérisé non relu

DES COMTES DE GD A STALLE

d'autant plus aisément que les Torelli , établis à Forli (i) , lut en facilitèrent les moyens, en disposant les esprits en sa faveur. Mais le pape ayant demandé que cette ville fût remise entre les mains de Georges et d'Antoine d'Ordelaffi , le marquis d'Est manda à Gui d'en faire la restitution ; ce qu'il exécuta en 141 1. ( Rubeus , Hist. Ravenn. , liv. 7.) Le duc Jean - Marie Visconti ayant lassé la patience de ses sujets, avait péri dans Milan par leurs mains, le 16 mai 1412. Philippe - Marie , sou frère, en lui succédant, voulut regagner leur bienveillance et s'assurer les grands vassaux ; il s'occupa à détacher Gui de l'alliance du marquis de Ferrare , et pour l'entraîner dans son parti , il lui expédia , le 23 janvier i4>5, l'investiture de Montechiarugolo. JLa guerre s'étant élevée, en 1410* •> entre le duc de Milan et les Gonzagues , le marquis de Mantoue , secouru des Florentins et du marquis de Montserrat , s'empara par surprise , lè 14 février, de Guaslalle, mais la rendit presque aussitôt. La paix faite avec le duc , les Gonzagues se déclarèrent ouvertement pour lui , ainsi que Gui Torelli , qui , entrant en campagne , déploya la bannière des Visconti. S'étant joint , Tan 1420 , aux Terzi et aux Pallavicini, Gui ravageait les environs de Parme , et cherchait à enlever cette ville au marquis d'Est , pour y rétablir le duc de Milan ; ce qui s'effectua au mois de novembre i4ai.(Voy. Diario Ferrarese, Rer. ital. , tom. XXIV.) Philipe-Marie voulant ôter Gênes aux Frégoses, nomma Gui Torelli pour y commander ses forces de mer et de terre , avec l'autorité la plus étendue , comme on le voit par les lettres qui lui furent expédiées à ce sujet, de Galiate, le '18 mars 1422. Orsina , sa femme, resta, pendant son absence, chargée du gouvernement de Guastalle , dont la municipalité était alors régie par deux consuls.

Pendant que Gui soumettait Gênes au duc de Milan , Jeanne U, reine de N a pies, pour se mettre à l'abri des armes d'Alfonse V , roi d'Àrragon , implorait les secours de Philippe»

(1) Cette branche descendait de Giaromo II Torelli, second 61s da Snlinguerra 111 , et de Jeanne Pallavirini. Mie est constamment restée depuis environ l'an i3oo, à Forli, et subsiste aujourd'hui (1787) en la ^personne du marquis Silvio, qui en est le dernier rejeton. Ce rameau a fourni plusieurs nommes célèbres , teîs que Tito I , qui servit avec distinction sous François Sforce ; Christophe, son (ils, qui défit, à Colle-Fiorito , Nicolas Forte-Bracchio , si redoutable ennemi de l'église; Côme, évéque de Camerino en 1719: et Thomas-Louis-Silvio Torelli, des comtes de Castro-Falcino, évèque de Forli, auteur de Armamentarium hhttmco~hgmh ordinum eyucslr. et miliiar., 3 vol. iu~fol. 1 imprimé à Forli , 1

Marie ; et ce prince s'êtant décidé à les lui accorder à la recommandation du pape Martin V, donna ordre à Gui daller croiser vers Naples, à la tête d'une flotte de douze gros vaisseaux et de vingt-cinq galères. ( lteriano istor. di Genooa , fol. i6tj et 172 ; Leodrisii Cribelli , de Vita Sfortiœ Vicecom. Rerum £to/., tom. XIX. ) Gui , ayant mis de Gênes f à la voile, en novembre i4a3, arrive rapidement à Gaële , et en force le port. La ville et la forteresse, remplies des troupes d'Alfonse, capitulent ; et leur exemple entraîne les autres villes maritimes, qui , soumises à Gui , rentrent bientôt sous L'obéissance de la reine. ( Corio, Istor. di Milano, fol. 3a3 ; Angeli, Istor. di Parma, liv. 4, fol. 411. ) Cet amiral alla ensuite bloquer iSaples en même tems que François Sforce l'assiégeait parterre. La prise d'une des portes et la famine, obligèrent bientôt Jacques Cal dora , qui commandait pour le roi Alfonse dans la place, de la rendre à Gui , le 12 avril i4^4* De là * Gui a^a soumettre Capoue, et revint ensuite à Naples. ( Guistiniano, Istor. di Genova, fol. 184 ; Folietla , fol. 22S et 4^7 ; Muratori ann. d'Ital , tom. IX.) Jeanne 11 , rétablie sur son trône, reçut magnifiquement son libérateur, auquel, dans une féte publique, elle donna elle-même un riche bouclier d'or, où était écartelé, avec les armes du vainqueur, un lion d'azur, ayant sur lecœur, une flamme de gueule, symbole de son courage (1). Outre cela, Jeanne le déclara , la même année , premier baron du duché de la Pou il le et de la principauté de Capoue, et l'investit des fiefs de Toretta , Caluzia et de Cajazzo. ( Voy. Carlo de Lellis , tom. lf pag. 220 ; et Muratori , Rer. iiaL , tom. XIX.)

Gui , de retour à Gênes, où il aborda , le 26 mai de la même année , se rendit aussitôt à Milan , pour faire part au duc des succès de la guerre de Naples. ( Joan. Stella, annal. Gen. ; Murât. Rer. ital. , tom. XVII. ) Dans leur entretien, il s'exhala en regrets sur la mort de Sforce Attendolo de Cottignola, qui s'était noyé dans la mer , en voulant secourir un de ses do» niestiques. Il fit ensuite avec tant d'énergie l'éloge de la bravoure et des talents de François Sforce , fils naturel d'Attendolo, que Philippe-Marie l'admit dans sa faveur; et ce fut l'origine

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(1) LesToi elli avaient alors leur eeu parti* d'or à l'aigle de salle > et dm taureau furieux d'or au champ de gueules , ayant pour issant rai§l: impériale , portant sur sa poitrine , suivant quelques auteurs , un petit écu de gueules au même taureau d'or< suivant d'autres, un cheval g** d argent dans un champ de pourpre. Depuis les donations des annoirl** de la reine de Naples et de* ducs de Milan , Gui et ses descendants eft Icarlelèient leurs armes*

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de cette grande fortune qui Peleva depuis jusqu'à la dignité de duc de Milan. ( Simonetta, dé Reô. gest. Franc, Sfortuz, Muraton arma. dltaL , tom. IX. ) -

Gui étant revenu à Guastalie, en décembre, s'appliqua à la fortifier, pour la mettre en état de résister aux Vénitiens qui , le 27 janvier 14^5 , signèrent une ligue avec les Florentins et les marquis d'Est et de Montferrat contre les ducs de Milam. La guerre, en 1426* * étant devenue plus sérieuse , Gui amena ses troupes à Philippe-Marie Visconti. Le siège de Brescia occupait toute l'armée ducale, lorsque le 17 mars , François Car* magnola s'y présenta à la tête des Vénitiens- Ces derniers profitèrent de ce moment qui. attirait toute l'attention , pour faire remonter le long du Pô , des troupes de débarquement. S'étant divisées sur Casal-Maggiore et Brescello , elles attaquèrent en

Gui. Orsina Visconti, qui était k dix milles de là, apprenant cette nouvelle, rassemble aussitôt l'élite de ses vassaux, monte a cheval à leur tête , et les conduit à la vue des assiégeants. Alors passant dand les rangs, couverte d'une cuirasse et le casque en tête, elle leur dit: soldats fidèles, c'est ici que j'attends la preuve de votre valeur. Allons , marchons , courage ; quant à moi y Je ne dépouillerai pas les armes dont vous me voyez revêtue , que Je n'aie avec, vous vaincu nos ennemis et délivré mes enfants et vos frères. En même teins, elle attaque avec tant de vigueur, que Ifs premiers rangs sont rompus: le désordre se met dans l'armée vénitienne, qui, dispersée en un instant, prend la> fuite i laissant beaucoup de blessés et plus de cinq cents esclavons morts sur le champ de bataille. Philippe de Bergame( de Claris Mulier. cap. 167, fol. i4^ ) » rapporte qu'on vit cette femme courageuse , pendant la bataille , conduire elle-même des secours aux endroits les plus chauds , que plusieurs des ennemis périrent de sa propre main , et que sesarmes étaient toutes couvertes de sang âu sortir du combat. Les habitants de Guastalie «rent peindre à fresque cette glorieuse action sur les murs de 1 église de Saint-Barlhelcmi. ( Affo f Islor. di Guastatfa lib. 5. ) A cette nouvelle , Milan et toutes les villes et châteaux de ce duché firent éclater leur joie par des feux et d'autres marques; d allégresse. Tandis qu'Orsina se couvrait de gloire, Guida ^Menait de Gênes à l'armée ducale quatre mille chevaux et troistoute cinq cents fantassins , qu'il jeta dans la citadelle de «rescia. Mais pendant qu'il servait si bien Philippe-Marie , les; Marano, nobles de Mont&hiarugolo , avaient conspiré de «vrer cette place au marquis d'Est. Heureusement le comt*.

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Alberic da Barbiano et Ludovic da Fermo , qui commandàiéût dans Lés environs pour le duc de Milan, ayant découvert ce complot , jetèrent, dans cette forteresse, des Iroupes qui la garantirent. Gui fit grâce aux conjurés , dont les biens tarent seulement confisqués. Les hostilités cessèrent Tan l4&8* et là paix s'étant faite par les soins du marquis de Ferrare et du cardinal A lbcrgati , évêque de Bologne , les Vénitiens rentrèrent dans Bergame et Brescia ; et la Lombard ie recouvra sa tranquillité. Sensible aux services que Torelli lui avait rendus en cette guerre, le duc de Milan lui en marqua sa reconnaissance, en séparant à jamais le fief de Guastalle du Crémonais , et celui de Montechiarugolo du Parmesan, et les érigeant en comté, pour lui et ses descendants mâles et collatéraux, par un diplôme du 6 juillet 1428; à quoi il ajouta le don des armes Visconti (1), pour en écarter les siennes. ( Bonav. d'Angeli, Istor. di Forma, lib. 4; Carlo de Lellis, tom. 1, pag. 220. )

François Sforce qui avait aussi des droits à la reconnaissance du duc de Milan, était à la veille d'éprouver un sort bien différent. Accusé par ses envieux de conspirer contre ce prince avec les Génois alors rebelles, il vit deux fois le conseil assemblé opiner pour le faire jeter dans une prison , et condamner à mort ; sans le secours de Gui qui prit hautement sa défense, ce parti eût vraisemblablement prévalu. ( Simonetta , de Beb» gest. Francis. Sforc. , lib a. ) La guerre, rallumée , en 14299 entre, le duc et les Florentins f fit sentir à ce premier , le besoin qu'il avait du bras de l'accusé comme de celui de son défenseur. Tous, deux conjointement avec Piccinino firent prendre le change à Carmagnole , pour l'empêcher de secourir Nicolas Trivisano, et pendant ce tems, défirent entièrement la flotte de ce général , le 2.2 mai de la même année , à trois milles audessous de Crémone. ( Voy. Jean-François de Gonzague, premier marquis de Mantoue. ) Le duc de Milan voulut

(1) On sait que les armoiries des Visconti sont d'argent à ia tisse, 0* guipn?, dazurs en pal, dévorant un enfant ou a Vissant de gueules \ coure**** du même. En voici , dit-on , l'origine : au siège de Jérusalem , sous Godefroi de Bouillon, un chef des Sarrasins, nommé Voluce , espèce de géant d'une force prodigieuse , s'avança dans la plaine pour défier le plus vaillant chevalier de l'armée chrétienne. Otton Visconti se présenta aussitôt, combattit le géant, le perça de sa lance, et ayant aperçu nue l'aigrette de son casque était une vipère formant mille replis autour d'un enfant qu'elle semblait dévorer, il l'arracha et la cloua sur sob fcouclier, qui devint depuis l'écu de la maison des Visconti. ( Saoso^ vioo , Orig. dtlle çasc illusL dltal. , page 9, ) »

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