‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 3)Chapitre 199 sur 277 · DES RIGUEURS DE FER RARE · texte numérisé non relu

DES RIGUEURS DE FER RARE

pàrtî des Gibelins , pour que leurs adversaires n'en fussent pas jaloux. Vers Van 1 184, Pierre Traversaria, seigneur de ltavenne, guelfe zélé, se joignit, quoique parent de Taurello, aux marquis Azzon, Boniface Folco et Obizzon d'fcst , pour enlever^ pendant la nuit , de la maison des Torelli , la jeune Marchesella , et la faire épouser au marquis Obizzon (1). Ce fut ce rapt qui fut la source de l'affaiblissement de la puissance des Torelli , et de l'accroissement de celle des marquis d'Est dans Ferrare. Car, quoique riches par les grands biens qu'ils avaient ailleurs, jusqu'alors ils tie possédaient presque rien dans celte ville (2). Cet événement fut aussi l'origine dès haines invétérées qui éclatèrent entre tes Torelli et les marquis d*Est , et qui , prolongées, entre ces deux maisons illustres ,, firent, par la suite, verser tant d« sang dans Ferrare et dans toute la Lombardie (3). D'Aicha , sa femme , que les uns croient de la maison des Polenta , les autres des Traversaria , Taurello laissa trois enfants : Arriverio; Salinguerra , qui suit, et Pietro di Remengarda, en faveur desquels il institua , par son testament , une substitution.

SALINGUERRA II. itg5. Saxinguertra. Torelli, né vers 1 '160, fut élu po-

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(1) Sut anno nativitaiis Chris ti MCXL> Guilielmus Marchesella de familià Adelardorum uni us partis princeps erat Ferrariœ , alterius scrà Taùrellus Salinguerra .... Adelàrdus , païens satuti Retpublicœ Ferrariar profidâre aman fer , ne 'civiias Ferrariœ discordiis laeeraretur9 <t bciiis , en ht Twain hatredem nomHtm seplennem Taurello adverse partis Principe Iràdidit ejus filii sponsmm futùrutn. Defuncto Gailielmo . Nubiles Ferrari > , gui in chiliens dissensionibus ipsi Guilieimo fuerant oâse— pentes , Taure il i félicitaient ergrè ferentes , afflictabantur iwidiâ. J laque ** od/um Taurelli consilio inito statueront aliçuem ex Marchionibus JSsiensibus haberc Prineipem , eis infestaturi Taurellam et /tontines su* partis Ferrari a. Marchesellam quoque ex domo Taure II i, furlo vel fraude nbduxerunt, et uni ex Marchionibus nominc Obitzoni tradiderunt sponsam futuram. (Chronica porta Fermriens. Script Rer. Italie, t. VIII, page 481.)

(2) Salinguerra s/quidem erat prmdives et locuples. Marchionibus eront ibi non magni redit us. (Chrome, parva Ferrariens, ; ibid. , page 48a. ) 'Ce qui nous est confirmé par une chronique existante à la/bibliothcque du Vatican, où Ton trouve ces paroles : Salinguerra potens homo fuit et famosus et ma) or i bus magnus , et sapientiâ reputatus , Dominium Ferrariat habuit sicut Guiltelmus de Marchesellà quondàm habueràt , et Marchioni Mstensi dederat , qui priks in Ferrarià nihil, quod suant esset, habebaf.

(3) Muratori Antichifà Estcnsi. part. I , cap. XXXVI , pag. a34, et Chronica pams Ferrari ensis inttr Scrip. Rer. liai. 1 1. VMI, pp. 481 -48a.

destat Je Ferrare. Il s'était fait une réputation brillante dans les armes, et les historiens le remarquent comme un des grands hommes que son siècle ait produits. Le premier essai de ses forces est de tenter d'anéantir le parti des Guelfes, à la tête desquels était Azzon d'Est, qu'il chasse de Ferrare; mais il éprouve bientôt leur vengeance , et Azzon VI , par le secours d Adéiard , rentre dans cette ville, et s'en fait élire podestat en 1196. Alors, Salinguerra passe en Sicile pour demander des secours à l'empereur Henri VI, qui les lui promet, et recommande au fameux Ezzelin IV , dit le Moine , de l'appuyer de toutes ses forces. (Voy. Rossi, lib. VI ; Sigonius ♦ de regnoïtaliœ, lib. XV.) Rentré vainqueur dans Ferrare, il en est nommé podestat en 1199» (Voy. Tiraboschi stor. di Nonantola , tom. II, pag. 33o. ) Il le devient aussi de Vérone en 1200 , et de Modène en 1 20S. Mais il eut bientôt la douleur de voir Azzolino , élu nouvellement à sa place, reprendre son crédit dans Ferrare. L'an , chassé de cette ville, Torelli prend les Bolonais à sa

solde , et y rentre la même année. Gérard Maurice , auteur contemporain et témoin oculaire, rapporte qu'au passage d'Otlon, roi d'Allemagne en Lombardie , il vit Salinguerra , qu'il appelle vir prudensi nobilis ac beïïicosus, arriver à la tente de ce prince, suivi d'un cortège brillant et de cent chevaliers, dont on portait les bannières déployées ; qu'ayant mis pied à terre auprès du roi , ce seigneur porta ses plaintes au monarque des trahisons dont le marquis Azzon avait usé à son égard ; ajoutant qu'il était prêt , en sa présence, de justifier son accusation par les armes ; qu'un grand tumulte s'étant élevé à ce sujet entre Salinguerra , Azzon d'Est et leur suite , Henri Calendrin , à la tête d'une troupe de chevaliers allemands , se jeta l'épée à la main entre eux pour les séparer ; et que le roi intervint pour rapprocher ces deux rivaux. (Voy. Scriptor. rer. Italie, tom. VIII , pag. 19 et 20. )

En 121 1 , l'empereur. Otton réunit de nouveau Azzon d'Est et Salinguerra Torelli ; mais le marquis , derechef, chasse bientôt ce dernier de Ferrare. La mort même d'Azzon ne mit point de bornes à ces haines implacables. Aldovrandin d'Est, son fils, en hérita ; et les mêmes dissensions continuèrent pendant sa vie. Cependant l'empereur Otton IV , par reconnaissance du zèle et de l'attachement que Salinguerra témoignait pour son parti , le créa prince de l'empire en 1210, et l'investit de vingtquatre grands fiefs dans la llomagne, provenant de la succession de la comtesse Mathilde , parmi lesquels se trouve la ville de Garni. (Voy. Tortellino indic. deg. imperatori Collenucio; storia diNapoli , fol. 90 ; Calch. Istoria di Milano , lib. vu , fol. i36. ) Salinguerra fut excommunié à ce sujet, en laii , avec Tempe:

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reur ; rnaislepape Innocent III lui donna depuis , en 12 15 (i)f l'investiture des mêmes fiefs. (Voye2 Tiraùoschi storia delV abbadia di Noriantoia , tom. I , pag. 4G1) et 47° )• Son successeur , Honoré III, en la renouvelant deux ans après, par un bref du 17 avril, en excepta les villes de Carpi et de Monte— Baranzone, dont il accorda la garde aux Modénois, d'après leurs pressantes sollicitations; et le 21 février 1220, Salinguerrà Torelli renonça à toutes ses prétentions sur ces deux places. (Voy. Ttraboschi, ibid. et Mutatori Antia. //«/., vol. IV, p. 4i5 et 429).

Azzon VU , ou Novclh , ayant succédé à son frère , il n'était pas difficile à Salingaerra de conserver l'ascendant sur un jeune homme; Pendant ce tems de tranquillité , ce seigneur avait relevé les forteresses de Thedaldo , de Fratta, et embelli ses palais. Occupé alors du gouvernement de Mantoûe , il se reposait sur la foi des traités laits entre lui et Azzon Novello , lorsque le jeune marquis, ayant réuni des troupes de Padoue et de Vérone, attaqua subitement le château de Fratta, où Salinguerrà avait rassemblé ce qu'il avait de plus précieux. L'élite de ses troupes formait la garnison ; elle s'y défendit avec un courage opiniâtre. Pressé par la famine, et n'ayant nul espoir de secours , elle s'était rendue ; mais Azzon la fit toute égorger impitoyablement , sans épargner les femmes et les enfants. Il n'échappa au fer des vainqueurs que ceux qui cherchèrent une mort non moins cruelle, en se précipitant dans les eaux qui défendaient la place. (Voy. Roland, script, rer. liai. , tom. VIII, pag. 18G. ) Au désespoir d'avoir aussi malheureusement perdu ses plus fidèles serviteurs , Salinguerrà répandit l'amertume de sa douleur dans le sein d'Ezzelin , s »n ami et son beau - pere , en réclamant son secours (2). Bientôt leurs armes réunies tirent

(1) In anno MCCXV% Percgrinus Capeîïanus Papct fuit apud cas» trum Carpi cum pluribus Episcopis , occasione inçeftiendi Salinguerraih de Ferrariâ de Ducatu Comitissœ Mathildœ ; et tune occupaoerunt Carpunt occasione prœdictâ. ( Voy, Annal i Modenesi Script. Rcr, liai. , vol. XI ,

PaS 57-) . . ,

(2) Je crois devoir au lecteur la réponse d Ecccllino , qui peint si

bien le caractère de grandeur de tes tems-là :

Responsio Ecelini de Romano litleree Salinguerrà i

Sapicnti et probo viro Domino Salinguerrœ suo Domino prœ cunctis mortalibus reverendo , Ecelinus de Romano ejus subditus et fidelis amicus9 salutem. et de i ni m ici s gloriam et triumphum.

Duo sunt principaliter in hàc çitâ , ad çua tenentur homines infer eattera laborare .fidem çideticet obserpare amicis et vi itère cum honore : et Aa? sunt ill<t causœ prœcipuœ , quibus me sentio indissolubiliter a//igatum9 Mt totaliter intendant et yigilcm ad reslra negotia çua sunt mea. Sanè XVII. 4g

repentir le marquis cle ses cruautés. Ils l'expulsèrent , en 1*17 , de Vérone , dont Ëzzelin fut fait podestat. ( Voy. Roland, ibid. pag. i86\) Salinguerra le fut à son tour de la même ville en i23o, et, Tannée ia36, il remit Ferrare, dont il était maître, à l'empereur. (Voy. Scriptorcs rerum lialic. tom. XV1I1, pag. 25cj. )

Couvert de gloire et chargé d'années, Salinguerra jouissait eniiti des fruits de la paix, et restait paisible possesseur de Ferrare (i) ; mais sa grande puissance donnant malheureusement de l'ombrage aux Vénitiens , dont il avait interrompu le commerce , ils se liguèrent avec Grégorio Montelongo , légat du pape Grégoire IX , prélat dévoué à la maison d'Est. Bientôt une armée nombreuse ae Vénitiens, Milanais, Mantouans, Bolonais et Véronais , assiégea fr errare au mois de février 1240. Le marquis \zzon en avait le commandement. Salinguerra s'y défend vaillamment pendant quatre mois. Pour le vaincre , l'on est obligé d'avoir recours à l'artifice. Azzon l'attire sous prétexte d'un pourparler propre à établir les articles de paix; et comme ce grand homme se rendait avec confiance au rendexvous , le 3 juin , jour de la Pentecôte , Ramberto et Richard , comte de San-Bonifacio , le font prisonnier , et le doge Jacques Tiepolo , qui avait conduit en personne les troupes de la république au siège , l'emmène à Venise. Salinguerra y tut traité avec toutes sortes d'égards , mais tenu dans une captivité qui ne fut terminée que par sa mort , arrivée quatre ans après , le 2$ juillet. Plus de quinze cents familles de son parti , qui étaient sorties de la ville après sa détention , le vengèrent de cette trahison odieuse. (Script, rer. liai. tom. VIII , pag. 485.) Salinguerra avait fini sa carrière , âgé de plus de quatre-vingt-quatre ans. Toute la noblesse de Venise assista à ses funérailles, et lui rendit de grands honneurs. Il fut enterré dans l'église du monastère des Bénédictins de San-Nicolo di Lido. Sur son sépulcre de marbre , qui existe encore , on lit l'inscription suivante :

posiçuàm audivi de facto Fratœ, nec fui quietœ mentis \ nec pot ui colla tari: immo in ferit aie protester, qubd plénum twtitiam non habebo ni si prius contigerit de damno , et sanguine ibi facto , sumere ultionem. JSst autem pusillanimitas in udrersis modum excedere in dotendo. Consoletur ergb cw tes tram * et ego unà pobiscum ; quoniàm, Deo dan te % non prius anai circulas rero/rctur, quant inimicos nostros tant acutis calcaribus perforaremte mur, qubd in suum cadere prwcipilium compellantur. ( Verci Sloria degli Ecelinit tome III , page ao8. )

( 1 ) Fuit in conditionnas pacis jàm dicta , ut non liceret Marchionibus ventre Ferrariam , nisi cum comitata non magna , bis in anno, et de prèscientid Salinguerra (Voy. ChronicQ parya Fcrrar. ; Murât. Script, Jlerà/a liai. , tom. Y III , pag. 48a.}

DES StIGNEUilS DE FERRABE. 3Hj

Sepulchrum magnifiai domini Salinguèrrœ de Ferrariâ , gui obiil die z5 julii, an no i244- Salinguerra Torelli eut trois femmes, la première , Retrude , dont on ignore le nom de famille ; la seconde , Sophie da Onara , fille d'Ezzelin IV , dit le Moine , et d'Adélaïde, des comtes de Mangone , veuve de Henri d'Egna, qu'il épousa vers 1222. (Vercistoria dei Eccell., tom. 1 , p. 1 14.) Il paraît qu'elle était morte avant sa captivité , puis qu'il se maria en troisièmes noces avec Sibilia da Montafiore , fille d'Uguzzone. (V. Savioli , Annal. Bolog., tom. 11, pag. 243.) Salinguerra obtînt du premier lit, i°. Paolo , qui , marié à Lucrèce N... , fut père du bienheureux Torelfo, né en 1202 ( 1 ) , mort en 1282 ;

Bartolomea , mariée à Giacobino Rangone. Du deuxième lit, il n'eut qu'un fils, Giacobo ou Giacomo , qui suit, et une fille, FYaisenda, qui vivait en 1262. Plusieurs chroniques disent que Salinguerra eut de sa troisième femme deux fils, Ricciardo et. Salinguerra. Le seul fait certain est que cette épouse fidèle l'accompagna à Venise dans sa prison , où elle le consola jusqu'à ses derniers instants (2).

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