‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 3)Chapitre 260 sur 277 · LEONARD LOREDANO · texte numérisé non relu

LEONARD LOREDANO

i5oi. LÉONARD Lorkdano est élu, le 3 octobre, pour succéder au doge Augustin Barbarigo. La guerre durait toujours entre les Vénitiens et lea Turcs. Ceux-ci , après avoir

DES DOGES DE VENISE. tf\

battu la flotte commandée par le procureur Grîmanî , s'étaient rendus maîtres de Modon dans la Morée, de Corfou , de Durazzo , et menaçaient de plus grandes pertes, les Vénitiens si Gonsalve de Cordoue, dit le Grand Capitaine, envoyé par le roi d'Espagne, ne fdt venu à leur secours. A l'aide de ce *énéral , ils enlevèrent, aux Turcs, les îles d'Egine et de CépFia- Jonie Pesaro, leurgénéralissime , fit , de son côté, la conquête de l île de Sainte-Maure. Ces avantages compensèrent les pertes qu'ils avaient faites, et engagèrent Bajazet 11 a conclure la paix en i5oi. Les Vénitiens rendirent Sainte-Maure, et gardèrent Céphalome. Ce fut alors qu'on établit un consul de la seigneurie a Conslantinople. L'an i5o3, après la mort d'Alexandre VI les Vénitiens enlèvent à César Borgia la ville de Faënza, et acquièrent ensuite de Pandolfe Malatesta celle de Uimini , dont ils 1 avaient remis en possession.

L'an i5o+ , Jules 11 , nouveau pape , jaloux de recouvrer les domaines de l'église que ses prédécesseurs avaient aliénés redemande, avec menaces , aux Vénitiens, les Villes de Kavenne deFaënzaetdeRimini. Sur leur refus, il signe, à Blois, par ses nonces , le 22 septembre, une ligue avec l'empereur Maximihen et le roi de France, méconteuls , l'un et l'autre , des Vénitiens. Avertis de l'orage qui les menaçait, ceux-ci le détournent, en cédant au, pape un certain nombre de villes de la Romagne.

L'an i5o8, ligue de Cambrai, conclue par les intrigues du pape , et signée, le 10 décembre, par l'empereur, le roi de France et e roi d'Aragon et de Naples , puis , l'année suivante, par les ducs de Savoie et de Fcrrare, et par le marquis de Mantoue. Le but des confédérés était de dépouiller Venise de ses états de terre ferme , pour les parlager entre eux. Les Vénitiens , dit Ai. Robertsoo , auraient pu détourner cet orage ou du moins en briser la violence; mais , animés par une présomption téméraire , dont il n'y a pas d'exemple dans le reste de leur histoire, ils ne firent rien pour l'éviter. L'an i5oq l'armée française ayant devancé l'arrivée du roi en Italie , le maréchal de Chaumont reçoit ordre, le 1 5 avril, de commencer les hostilités, bon premier explpit, après avoir passé l'Adda , fut la prise de Trévise, où il fit grand nombre de prisonniers. Dun autre côte , le marquis, de Mantoue se rend maître de Casal-Maggipre, Le pape alors publie, sous le titre de monï* totre, une bulle par laquelle il somme les Vénitiens de lui restituer, dans vingt-quatre jours, toutes les usurpations qu'ils avaient laites sur le saint siège, sous peine d'encourir les censures ecclésiastiques. Le 8 mai , l'Alviane , général de la seU a vil, ^4 *

48a CHEOUOLOGIB ftlSTOàlQÙfe

g n eu rie , reprend Trévise. De là, il fait marcher son année t vers Crémone et Crème, pour prévenir le roi de France , qui voulait lui couper la communication avec ces deux villes d'où il tirait ses vivres. Le 14 mai, les deux armées se trouvent en présence, à Agnadel , dans la Ghiara-d'Adda, et le combat s'engage presque aussitôt. Les Vénitiens, après avoir fait des prodiges de valeur, sont battus, et l'Alviane, leur général, est du nombre des prisonniers. Cette victoire fut suivie de la conquête de presque toutes les villes nue la seigneurie possédait entre la Piave et l'Adige. Le roi Je France en fit le partage avec les ambassadeurs de l'empereur qui l'accompagnaient, conformément au traité de la ligue. Le pape , de son côté , se rendit maître de toute la Romagne , à Pexception du château de Ravenne. Le duc de Ferrare reprit le Polésin de ftovigo; le marquis de Mantoue rentra dans Asola et Lunato, que les Vénitiens avaient enlevés à son bisaïeul. Le roi Ferdinand ayant reconquis, par ses généraux , les villes que Venise possédait sur la côte de la mer Adriatique, dans le royaume de Naples, borna là ses conquêtes et ne se mêla plus des affaires de ta ligue. Les Vénitiens, accablés de tant de pertes, travaillent à leur réconciliation avec le pape. Tandis qu'on négocie à Rome, André Gritti , détaché avec cinq cents chevau- légers, par le comte de Pétigliano , général des Vénitiens , s'approche secrètement de Padoue , occupée par les Impériaux , surprend la garnison , qu'il oblige à se sauver dans la citadelle , et se rend martre de la ville. ( L'historien de la ligue dé Cambrai met cet événement au iS juin. Mais il est certain , dit Muratori , qu'il arriva le 17 juillet, un mardi, jour de la translation de sainte . Marine , qu'on solennité encore aujourd'hui à Venise, en mémoire de ce commencement de résurrection de la république. ) La citadelle de Padoue fut attaquée après la prise de la ville,, et ne tarda pas a se rendre à discrétion. Louis XII, après avoir mis ses places en état de défense , reprend la route de France, au mois de juillet , laissant son armée sous les ordres do maréchal de Chaumont. L'empereur était toujours attendu en Italie : il arrive enfin dans les derniers jours d'août, avec une armée considérable. Au commencèntent de septembre, il ouvre la tranchée devant Padoue ; ruais dans les premiers jours du mois suivant , il est obligé de lever *le siège. Les Vénitiens* reprennent Vicence et d'autres places dont les Allemand* s'étaient rendus maîtres.

. . L'an i5io, la république ayant fait sa paix avec le pape, obtient, le 24 février, l'absolution des censures. Jules fait plus t il conclut une ligue avec les Vénitiens, et yeut y faire

entrer l'empereur, le roi d'Angleterre et les Suisses. Les deux premiers le refusent ; les Suisses, plus dociles, font une irruption dans le Mtlanez, qui oblige le maréchal de Chaumont à se replier sur ce duché. Après les avoir repoussés , il vole au secours du duc de Ferrare, que le pape voulait contraindre par les armes spirituelles et les matérielles à se détacher des intérêts de la France.

L'an i5n, les Allemands, sous la conduite du duc de Brunswick, entrent dans le Frioul, où Us font de rapides conquêtes. Battus ensuite par 1 armée vénitienne, ils se retirent, et tout le Frioul, k l'exception de Gradisca , retourne sous les lois de la république. Le 22 mai, les Bentivoglio ,. qui combattaient dans l'armée française, sont reçus dans Bologne, dont Jules les avait dépouillés en i5©6. Cette perte fut une grande mortification pour ce pontife : mais ce qui mit le comble à sa fureur, ce lut d'apprendre que l'empereur et le monarque français travaillaient à faire assembler un concile à Pise pour le déposer. 11 sollicite, avec une nouvelle ardeur, toutes les puissances de l'Europe à se réunir contre la France, et vient à bout de gagner le roi d'Aragon. Le 5 oclobrc , il fait publier à Rome la ligue qu'il avait conclue avec ce prince, Henri VI II , roi d'Angleterre , s'y laissa entraîner quelque tems après, comme il paraît par le traité d'union qu'il signa ,. le 20 décembre , avec le roi d'Aragon , pro suscipienda sanctet romaruz ecclesiar. , malris nostrœ , defensùmc pernecessaria.

L'an i5ia, l'armée pontificale, commandée par le cardinallégat, Jean de Médicis, et l'armée espagnole, sous les ordres de Raymond de Cardon ne , vice-roi de Naplcs , se réunissent devant Bologne , dont elles commencent le siège le 26 janvier. Mais Gaston de Foix , général français , s'élant jeté dans la place, oblige les confédérés à se retirer dans les premiers joursdu mois suivant. Les Français perdent cependant la ville de Brescia, qu'André Gritti leur enlève, par escalade, le 3 février. La ville de Bergame, peu de jours après, arbore l'étendard de Saint-Marc. Le 19 du môme mois, la ville de Brescia est reprise par la garnison française de la citadelle, après un sanglant combat , où Ton fit prisonnier le commandant André Grilli et plusieurs officiers de marque. Le o, avril , jour du> vendredi-saint , le duc de Ferrare fait une tentative sur la ville de Ravenne , défendue par Marc-Antoine Colonne. Le cardinal-légat et le général espagnol volent au secours de la place. L'armée française vient à 1 appui du duc. Bataille de Ravenne, donnée le jour de Pâques : les Français la gagnent après avoir perdu Gaston de Foix, leur général, et font prisonnier le car-

clinal-légat. Ce fut le dernier avantage qu'ils remportèrent en Italie dans le cours de cette guerre. Leurs affaires , depuis ce lems, allèrent toujours en décadence. La défection de 1 empereur acheva de les ruiner. Jules, ayant trouvé moyen de regagner ce prince, obligea les Vénitiens à conclure avec lui une trêve dedixmpis, a des conditiens onéreuses pour eux. Les Français, trahis, abandonnés, poursuivis partout , se retirent en Piémont , au mois de juillet. Ils emmenaient avec eux le cardinal - légat et André Gritti , général vénitien. Mais le premier leur fut enlevé au passage du Pô. La Ligue sainte , (c'est ainsi qu'on appelait la nouvelle ligue) se désunit bientôt après leur retraite. Tandis que les Vénitiens assiègent Brescia, qui était encore au pouvoir des Fiançais , Raymond de Caraonne survient avec son armée, et prétend que non-seulement cette place, mais Crème et Bergame, que les Vénitiens avaient déjà recouvrées, doivent retourner au roi, son maître. 11 l'emporta pour Brescia , que d'Aubigni , commandant de la place, lui remit le i3 novembre par capitulation. D'autres usurpations, que les Espagnols firent sur la république, déterminèrent le sénat à traiter de la paix avec l'évêque de Gurck, ministre de l'empereur en Italie. Le pape voulut qu'elle se négociât à Rome , et , en ayant dicté lui-même les conditions, il commanda impérieusement aux Vénitiens de les accepter. Ceux-ci, les trouvant trop dures, refusèrent, malgré les cris et les menaces du pape, de s'y soumettre. Ce fut alors qu'ils pensèrent à se tourner du côté de ce même roi de France qui les avait accablés.

L'an i5i,% ligue conclue , le 1 3 mars (d'autres disent le 24), entre Louis Xll et les Vénitiens. Jules II n'était plus au monde; le cardinal Jean de Médicis l'avait remplacé , le 11 de ce mois, sous le nom de Léon X. Le nouveau pape, résolu de maintenir la ligue formée par son prédécesseur, travaille, mais inutilement , à rompre l'alliance des Vénitiens avec la France, et à faire leur paix avec l'empereur. L'Alviane, à qui Louis Xll avait rendu la liberté , reprend le commandement des troupes de la république. 11 agit de concert avec les Français , qui étaient entrés dans le Milanez , prend Crémone, s'avance jusqu'à Lodi , et abandonne ensuite ses conqu|tes, après la défaite des Français à la bataille de Novarre , donnée le 6 juin. L'armée des Espagnols le poursuit , et l'obliee à se replier au-delà de l'Adige. Elle passe elle-même ce. fleuve, prend Brescia , Bergame , avec toutes les villes du Polésin et du Vicentin sans coup férir , et , ayant été jointe par l'armé* impériale , elles forment ensemble le siège de Padoue ; mai*,

le 16 août , elles sont contraintes, après vingt jours d'attaque, de le lever. Le 7 (et non le 9) octobre, bataille de la Morta, à trois milles de Vicence , gagnée sur les Vénitiens par les alliés. L'Arviane , après cet échec , reçoit ordre du sénat de concentrer toutes les forces de la république dans Padoue et Trévise. Le comte de Frangipani , général des Allemands, fait la conquête d'une partie du Frioul. L'an i5i4 , ce général est pris dans une embuscade et conduit prisonnier à Venise. Louis XII étant mort le premier janvier i5i5 , François I , son successeur, renouvelle l'alliance avec les Vénitiens. Le i3 septembre , l'Alviane aide ce prince à gagner la bataille de Mangnan. Le 7 octobre, ce général meurt après s'être rendu maître de Bergame.

Traité de paix conclu, le i5 août iSi69 à Bruxelles, entre l'empereur et le roi de France , et ratifié le 4 décembre. Maxixnilien , par ce traité , cède à François I la ville de Vérone 9 -moyennant deux cent mille écus d'or, payables moitié par ce -prince et moitié par les Vénitiens. C'était pour le compte de ces derniers que le roi faisait cette acquisition ; la place ayant été remise , le 16 janvier suivant , au maréchal de Lautrec , celuici la consigna , trois jours après , entre les mains d'André Gritti,

3ui en prit possession au nom de la seigneurie. Telle fut la fin e la ligue de Cambrai et de la longue et cruelle guerre qu 'elle occasiona.

L'an i5ai , le doge Lorédano finit ses jours, le 22 juin, à l'âge de quatre-vingt-trois ans.

ANTOINE GRIMANL

L'an i52i , Antoine Grjmani parvient, le 7 juillet, au dogat, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans. Il mourut, suivant Jean Palatio, le 7 mai de l'an i523, âgé de quatre-vingtsept ans.

ANDRÉ GftITTI.

i5a3. André Gritti , célèbre par ses exploits militaires , est élu doge le 20 mai. Le 28 juin suivant, les Vénitiens , jusqu'alors al lâchés au roi François I , quittent le part i de ce prince et signent un traité d'alliance avec l'empereur Charles- Quint. L'an 102b*, ils retournent à la France , et concluent a Cognac, le 22 mai, une ligue avec le pape Clément VII, le roi de France, les Florentins et François Sforce H , pour s'opposer aux progrès de l'empereur , rétablir Sforce dans le duché de Milan et faire la conquête du rovaume de Naples. L'an 1527,

486 CHRONOLOGIE ITISTORIQUE

voyant le pape assirgc dans le château Saint-Ange, par 1« troupes de l'empereur, ils profitent de cette conjoncture pour se mettre en possession de la ville de Ravenne, qui leur avait appartenu avant la ligue de Cambrai ; ils se rendent maîtres ensuite de la forteresse, après en avoir fait mourir le gouverneur, et peu de tems après, ils s'emparent de Cervia ; le tout sous prétexte de défendre ces places au nom de l'église. L'an iôsS, Clément VII fait redemander aux Vénitiens ce qu'ils lui avaient enlevé pendant sa captivité. Le sénat élude la demande , conserve les places réclamées, et envoie une flotte pour reconquérir celles que la ligue de Cambrai lui avait fait perdre dans le royaume de Naples. La même année, les Vénitiens, par le traité de paix, conclu dans le mois de décembre à Bologne, rendent au papè les villes de Ravenne et de Cervia avec leurs dépendances , et à l'empereur les places du royaume de Naples qu'ils avaient reprises.

' L'an i538 , lieue conclue ^au mois de février, à Rome, entre le pape Paul III , l'empereur Charles-Quint, Ferdinand^ roi de Hongrie, sou frère, et les Vénitiens, contre Soliman II , dont les progrès rapides alarmaient toute la chrélienté. André Doria est déclaré capitaine-général de la flotte des alliés, et le duc d'Urbin nommé pour commander les troupes de débarquement. Le premier s'acquitta fort mal de son devoir. Deux fois il se trouva en présence de l'ennemi avec des forces supérieures, et deux fois il refusa le combat, laissant à la seconde (le 28 septembre) l'escadre vénitienne exposée à tout le feu de l'artillerie des Turcs , qui lui causa un dommage considérable. Le 28 décembre iSôiï , le doge André Gritti meurt à* l'âge de quatrevingt-quatre ans. La république, dit M- Lauçier , n'eut jamais un chef plus digne de sa confiance , plus estimé au-dedans, nlus considéré au-debors 11 avait pris pour devise , suivant Paul Jove , un ciel soutenu par un atlas, avec ces mots : Sustiiiet , nec fatiscit.

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