‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 3)Chapitre 70 sur 277 · DES SUISSES ET DB LEVAS ALLIÉS. III · texte numérisé non relu

DES SUISSES ET DB LEVAS ALLIÉS. III

située sur la rivière d'ill , devenue ville impériale après avoir frit partie du domaine de Tévêque de Strasbourg * s'érigea en république à la faveur d'une alliance qu'elle contracta d'abord avec les cantons de Berne , de Fribourg et de Soleure, puis , eu 1464, avec les sept plus anciens cantons, et enfin , iTan i f> 1 4t avec tout le corps de la république helvétique. Mais , ayant adopté , Tan i$z$ f les nouvelles opinions , elle mécontenta , par-là, les cantons catholiques, qui, l'an i586, renoncèrent à son alliance. Le gouvernement de Mulhausen est démocratique , et les bourgeois qui le composent sont partagés en six tribus, d'où Ton tire le grand-conseil , composé de vingN-

Îuatre conseillers, et le petit composé de dix-huit, présidés , un et l'autre , par des bourgmestres.

Une alliance plus importante et plus utile des Suisses , fut celle qu'ils firent avec les Grisons , dont le pays, situé à l'Onent de l'Helvétïe, s appelait , anciennement , la Rhétie. lia pour bornes, au nord , le comté de Tyrol et le comté de Sargaos, à l'occident , les cantons de Glaris et d'Uri , au midi les Bailliages communs que les cantons possèdent en Italie, le çomté de Chiaveijna et la Valteline , et à l'orient le Tyrol en-" core et le comté de Bornfeio. lise partage aujourd'hui en trois grandes parties qu'on nomme , ligues , savoir , la ligue haute ou grise , 20. la ligue çuddée qu de la maison-dieu ( Casa-Dei ) , ainsi nommée, parce que c'est -dans ce pays que se trouve l'é— yêche de Coire , et la ligue des dix droitures ou des dix commua nautés. Le nom de iUiétie comprenait aussi une partie de la Suate, et on distinguait la haute et la basse Khétie. A l'époque de la décadence <le. l'empire, les Allemands conquirent (tellesci ; la ha 11 te fut le partage des Ostcogots qui ia réunirent à leur royaume d'Italie. Les enfants de Clovis l'ayant conquise au sixième siècle , elle fui unie, par la suite, au royaume de la Bourgogne transjurane, .d'où elle passa sous la domination des empereurs d1 Allemagne. On vit alors des comtes , dans la haute Rhétie, qui étendirent insensiblement leur domination féo-« dale. Les guerres fréquentes qu'ils eurent entre eux sont attestées par le grand nombre de masures qu'on aperçoit encore sur les pointes les plus basses des rochers qui bordent les val ■* Ions. Ce sont des restes des citadelles qu'ils avaient élevées les uns contre les autres et contre leurs vassaux, que l'oppression portait souvent à se révolter. A la fin , ceux-ci , à l'imitation des Suisses , reprirent le dessus, et secouèrent le joug de la tyrannie. S'étant rendus libres, les Grisons formèrent insensiblement, entre eux, les trois ligues dont on vient de parler. La ligue grise et la ligue caddéj s'unirent par une alliance en i424- » Celle des dix droitures ou juridictions , après avoir çté soumise

aux comtes de Toggenbourg jusqu'en i436, époque de leur extinction , s'étant mise en liberté à U faveur des querelles qui s'élevèrent entne leurs héritiers, se forma en corps de république , et subsista , par elle-même , jusqu'en 147 1 . Ce fut alors qu'elle fit alliance avec la ligue grise et avec la caddée. Cette confédération générale , fut renouvelée en 1S44. Par traité confirmé Tan 171a, les trois ligues s'engagèrent réciproquement à ne faire aucune alliance, aucune guerre, ni traité de paix , que d'un commun accord ; elles convinrent de se secourir à leurs propres frais les unes les autres, et de posséder, en commun, les conquêtes qu'elles feraient sur l'ennemi. On y régla la manière de terminer leurs différents entre des communes particulières , ou entre les diverses ligues. Le gouvernement des trois ligues est démocratique et la religion mixte.

COIRE, ville épiscopale dont on prétend qu'Antonio fait mention dans son Itinéraire, sous le nom de Curia, est la. capitale des Grisons. Elle est divisée en deux parties inégales f dont la plus baute et la plus petite, entourée de murailles et de tours, ne renferme guère que le palais de Pévêque, les maisons des chanoines, qui sont au nombre de vingt-quatre, mais dont il n'y a que dix qui jouissent de quelques revenus , et un bospice de capucins. L autre partie, beaucoup plus étendue, a d'assez belles maisons, et fait un certain commerce. La reli— . gion prétendue réformée est la seule dont y exerce publiquement le culte. L'évêque de Coire est prince de l'empire^ ett% en cette qualité, il a un représentant à la diète de Ralisbonne. * Le pays des Grisons comprend divers vallons , séparés par des gorges et des hauteurs, dont quelques-unes sont fermées par des neiges pendant une grande partie de l'année. Plus on s'avance au midi , plus ces vallons s'enfoncent dans les hautes Alpes, qui se terminent enfin , comme dans plusieurs endroits de la Suisse, à des glaciers inaccessibles, ou à des rochers si élevés, que toute végétation y cesse absolument. C'est dans ces glaciers que le Rhin, l'Ion et l'Adda, les principales rivières du pays, prennent leur source. La ligue caddée et la ligue grise sont alliées , dès l'an 1 497 9 aux s*x c*n,ons suisses, de Zurich, Lucerne, Uri , Schwitz, Undervald et Glaris. « Celle » des dix droitures sollicita d'y pouvoir accéder en 1 56y ; les » cantons se contentèrent de lui donner des assurances d'amitié » et de la comprendre dès-lors sous le titre général de bons » voisins et alliés, dans leurs adresses aux trois ligues. Ces » ligues réunies ont fait diverses alliances, dès le commence- » ment du seizième siècle , avec les papes , avec la France t » avec la république de Venise, et un capitulât ou traité, sou-

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» reot renouvelé , avec les ducs de Milan. Ellês sont particu- » lièrement unies par des traités d alliance perpétuelle avec la «république du Valais , depuis 1600, avec celle de Berne y

* depuis 1602, et avec celle de Zurich, depuis 1707. Vers le » commencement de ce siècle , les trois ligues oot fait encore » une démarche inutile auprès des cantons pour être incor*- » porées à la confédération helvétique. Leur indépendance de » l'empire d'Allemagne est reconnue et garantie par le traité » de Westphalie de 164&. Elles sont toujours sous-entendues » sous la dénomination générale des alliés de Suisse i et en » jouissent , tant en vertu de ce titre , qu'en conséquence de » leur alliance particulière , par les privilèges accordés par la

* France à toute la nation suisse. » (Tscharner.)

L'intérêt que les Grisons prirent aux querelles des différents princes qui se disputaient le duché de Milan , leur a procuré trois provinces situées au-delà des Alpes, du côté de l'Italie: ce sont le comté de Bormio , la Valteline et le comté de Chiavenna.

BORMIO , comté situé sur l?g confins du Tyrol et des Grisons, environné de tous côtés des Alpes, qui ne lui laissent qu'une ouverture par laquelle l'Adda s'écoule , forme une contrée longue de dix lieues , mais étroite , fertile en grains et en bétail. Les Grisons en firent la conquête en i5ia. La religion catholique s'y est maintenue jusqu à nos jours. Sa capitale , qui n'est qu'un gros bourg , renferme un chapitre composé d un archiprêtre et de dix chanoines* Ses bains chauds, qui en sont distants de demi-lieue, lui ont donné de la cé-? lebrité.

La VALTELINE ( Vaîlls Tellina), dont les habitants sont nommés, par d'anciens écrivains, Voltureni , est une vallée étroite, longue de seize lieues, traversée par l'Adda, qui la divise en deux parties. Ses conûns sont les terres de la ligue caddée , le territoire de Venise , le duché de Milan et le comté deChiavenna. Les empereurs la donnèrent aux évêques de Coire> à oui elle fut ensuite disputée tour-à-tour par l'évêque de Côme et les ducs de Milan. Chacun des contendants en retint ce qu'il put s'approprier par la voie des armes. En 1487, ^e duc de Milan', Jean Galéas Visconti, céda une partie de la Valteline ftux Grisons, qui, de concert avec l'évêque de Coire, en prirent possession l'an i5i2 , ainsi que des comtés de Bormio et deChiavenna ; mais, en i53o, les Grisons acquirent, à prix d'argent , la part de l'évêque. Les nouvelles opinions s'étant introduites au siècle suivant dans cette vallée, les Catholiques, XVII. i5

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sourdement excités par les émissaires de la maison d9Âutricn£f formèrent le complot , en 1620, d'exterminer tous les sectaires «n môme tems. C'est ce au'ils exécutèrent, en égorgeant ces malheureux, au nombre d environ cinq cents; ceux qui échappèrent à leur fureur, prirent la fuite, ou changèrent de religion ï)our garantir leur vie. Les Grisons se mirent en devoir de faire des rebelles une punition exemplaire ; mais , tandis qu'ils y travaillaient, les Espagnols se jetèrent sur la Valteline, dont ils s'emparèrent. Rodolphe Planta, traître à sa patrie , vint y avec des troupes que 1 archiduc Léopold lui avait fournies , dans la vallée de Munster. Mais les Grisons ayant reçu du secours, de la France , de Zurich , de Berne et du Valais , reprirent ce que les Autrichiens leur avaient enlevé. Ils ne restèrent pas néanmoins paisibles possesseurs de la Valteline. Les Espagnols renouvelèrent leurs efforts pour y rentrer , dans la vue de s'en* faire une voie de communication avec les Impériaux. D'un autre côté , le pape Urbain VIII obtint qu'on la séquestrât entre ses mains, et ne désespérait pas de la garder. La France, également jalouse de ce pays* voulait l'affranchir de la domination autrichienne. Le duc de Rohan , arrivé de Venise, lieu de sa retraite, à Coire, au mois de décembre i63i , pour passer de là dans la Valteline, fut occupé pendant long tems à réconcilier entre eux divers cantons de la Suisse, et surtout les Bernois et les Solèurois , différents de religion , dont les uns étaient pour les Autrichiens , et les autres pour la France. Etant venu à bout de les réunir t il entra dans la Valteline, l'an i635, avec les troupes que la France lui avait fournies, et celles qu'il avait reçues des Grisons. Les Impériaux et les Espagnols se préparaient alors à venir de deux côtés fondre sur lui, ceux-ci par le fort de Fuentes, ceux-là par le Tyrol. Le duc de Rohan , auquel chacune de ces deux armées était supérieure en forces , « fit mine d'abandonner la Valteline, passa » dans le comté de Chiavenna , et par le Val Prégeli il pénétrà n dans la haute Engadine. Il tint conseil de guerre, et ré- » solut d'aller attaquer les ennemis, qui se tranquillisaient » dans le val Luvino ». (M. le baron de Zurlâuben , Hist. milit. des Suisses, t. VI.) Ayant mis ses troupes en balaille, il étonnr, par sa diligence, les Impériaux, que les Espagnols n'avaient pas encore rejoints, et les obligea de s'éloigner. Le lendemain , 'j.8 juin , il livra bataille aux Impériaux, qu'il mit en fuite. Une seconde bataille, où il les défit complètement, le 3 juillet , et une autre qu'il gagna , le 28 octobre suivant , sur les Espagnols, le rendit maître du pays {Ibid.) Mais la mésintelligence qui se mit ensuite entre lui et l'intendant de notre armée, la hauteur de ce dernier envers les Grisons , et les délais affectés que U

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France mît à rappeler ses troupes, joints au retardement de* sommes considérables qu'elle devait à ces peuples, commença à les dégoûter de notre alliance, et à leur faire prêter l'oreille aux offres avantageuses que leur firent les Impériaux et les Es-

Sagnols. Sous la promesse que ces deux puissances leur firent e les mettre en possession de ( la Valteline et de leur rembourser tout ce qui était dû à leur# troupes , ils se soulevèrent ouvertement contre le duc de Rohan. Le héros, mécontent du cardinal de Richelieu, fit un traité particulier, en 1637, avec les Grisons ; après quoi , il se relira à Genève , où il mourut le 28 février iG38. Son départ fut suivi de celui de nos troupe?, que le comte de Guébiiant ramena en France.

Le VALAIS (Vallesia) , pays allié du corps helvétique, long de quarante lieues , mais beaucoup plus étroit , s'étend depuis la montagne de la Fourche , où le Rhône, qui le traverse^ prend sa source sous un glacier, jusqu'au lac de Genève. Ses limites sont , au levant , la vallée de Livinen ; au midi , le Piémont et le Milanez ; au couchant , la Savoie ; au nord , le canton de Berne et le lac de Genève. 11 n'y a point de contrée dans la Suisse plus remarquable par la diversité des sites, des climats, ou de température locale et de productions naturelles que le Valais. « Il présente, aux regards d'un voyageur, une » succession aussi rapide que variée de tableaux et de points de » vues ; tantôt , les sommets glacés dos hautes Alpes 1 étonnent » par leur élévation , en se montrant derrière des rochers d'une » nauteur effrayante, et couronnés de pointes bizarres ; tantôt » cette décoration magique disparaît derrière un bois touffu » ou un côteau agréable ; aux ombres d'une forêt humide , » succède un tapis d'une verdure riche et agréable; un petit » contour de chemin découvre tout-à-coup une colonie isolée, » entourée de terres cultivées, ou les sombres horreurs d'un » désert sauvage ; au-dessus d'un vignoble , on voit, à quelque » distance, s'élancer, comme idu sein des nues, un torrent

. » indomptable , se briser sur les écueils qui s'opposent à sa * chute, et reprendre ? au pied des précipices, un cours trar.- » quille au travers du vallon; des pâturages, couverts de » troupeaux, et éclairés par un beau soleil, s'offrent à l'op-

» posite d'un glacier ombragé par des va p cuis froides La

» direction de cette vallée, de l'est à l'ouest, procure à un » des côtés la jouissance libre du soleil , tandis que le côté » opposé éprouve tous les désavantages d'un climat contraire. »

, (Tscnarner. )

Les Nantuates , les Veragri et les Seduni , étaient les anciens habitants du Valais, Les premiers occupaient les bords du lac

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Léman ou de Genève , du côté de l'orient. Ils étaient conligus aux Veragri, qui habitaient le bas Valais, et ceux-ci avoisinaient les Seduni , qui occupaient la haute vallée, qui s'étendait jusqu'à la source du Rhône. Ce fut Sergius Galba , lieutenant de Jules-César, qui soumit ces peuples, non sans de grandes difficultés. Ils curent ensuite la destinée de l'Helvétie méridionale, en passant de la domination des Romains sous celle des Bourguignons et des Francs. Ces derniers eurent souvent la guerre avec les Lombards, pour la possession de ce pays, qui fut , depuis ce tems , nommé Valesia. Sion , dont le territoire est appelé Sionensis ager, par Frédégaire, est la capitale des Seduni , et même de tout le Valais. Quoique son évêtpie porte les titres de prince de l'empire y de comte et de préfet du Valais , que les actes s'y passent en son nom , et que la monnaie s'y batte à son coin , il n'est pas , cependant , seigneur absolu chez lui ; c'est l'assemblée générale du pays qui exerce l'autorité souveraine.

L'abbaye d'Agaune , bâtie au pied d'une montagne , sur le Rhône, dans l'endroit où l'on place le martyre de saint Maurice et de ses compagnons , est un lieu célèbre du Valais. Le voisinage de Tarnate , ville ancienne , bien marquée dans l'Itinéraire d'Antonin, mais depuis long-tems détruite, lui a fait donner aussi le même nom, et la règle qu'on observait dans ce monastère est appelée, pour cela, Régula Tarnatensis , dans la Concorde des Règles dressées par saint Benoît d'Aniane.

CONSTANCE (Consiantia) , ville de Suabe bâtie sur le lac auquel elle donne son nom , doit être aussi comptée parmi les villes de la Suisse. On la croit fondée, ou du moins fortifiée, par Constantin le Grand, pour servir de barrière contre les nations germaniques. Le siège épiscopal de Windisch ( Vin* danissa) y fut transféré lorsque Théodebert, roi d' Australie, -eut détruit celle-ci, l'an 6u, par haine pour Thierri , son frère , roi de Bourgogne , dont elle faisait partie. M. Tscharner attribue sa ruine aux ravages des Huns. Mais nous voyons en cors un Gramalius, évêque de Vindonissa^ qui souscrivit au cinquième concile d'Orléans , tenu l'an 04g , tems auquel les Huns avaient disparu des Gaules.

Constance , après s'être liée par des alliances , avec Strasbourg, Bâle, Zurich, Saint-Gall , etc., fit des démarches, vers i5io, pour être admise dans le corps bel vétiaue. Mais la

Proposition imprudente qu'elle fit aux Suisses de lui céder la hurgovie, souleva les canton? démocratiques, et lui attira un refus. La prétendue réforme s'étant introduite à Constance, Van iSa6t le corps municipal l'adopta; et , deux ans après,

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