I>ES SUISSES ET 3>E LEU&S ALLIÉS
quatre mille hommes, suivant M. de Watteville , et celle des Suisses n'était que de treize cents. Dès qu'on fut<en présence, le combat s^en gagea. Le duc ayant été tué des premiers dam il mêlée,, la déroute <lc son armée devint générale. Deux mille autrichiens restèrent morts sur le champ de bataille. La perte que firent les Suisses n'alla guère au-delà de deux cent» hommes. La ville qui était assiégée , fut sauvée par celle victoire et prise sous la protection de Lucerne, dont elle n'est éloignée que de trois lieues nord-ouest. Les Suisses ont depuis consacré cet événement par la fondation d'une chapelle, où ils se rendent annuellement / le jour qu'il est arrivé, pour en cendre grâce à Dieu. (Test ainsi qu'ils ont érigé, dans la suite, d'autres monuments semblables, sur les champs de bataille de Morgarten , de Naefels, <le Morat , <TOrnach, etc.
Les Autrichiens , après la bataille de Sempach , n'étaient pas d'humeur à rester sur leurs pertes. Léopold et Guillaume 9 fils du duc qui venait d'être tué , et Albert , son frère f s'étant tenus en Suisse, firent de grands préparatifs pour continuer la guerre. Berne , alors croyant devoir se réunir aux sept autres cantons, leor fournit des troupes avec lesquelles ils réprimèrent les différentes courses des ennemis r et leur rendirent la pareille sur leurs terres. Naefels , bourg considérable du canton de Glaris , était gardé par quatre cents hommes sous les ordres de Mathis de Bublen. Les Autrichiens s'en étant approchés, le q avril i388., au nombre de quinze mille hommes , suivant M. Tscharner , s'en rendirent les maîtres aisément, par la retraite de la garnison ; après quoi ils y mirent le feu. Mais , étant tombés sur les Glaronois» ui s'étaient rassemblés dans la vallée de Linthal, au nombre e ,sepl cents, ils furent si vigoureusement reçus, qu'obligés de prendre la fuite après un combat de trois heures , une partie d'entre eux alla se précipiter dans la rivière de Limmat. On fait monter à deux mille cinq cents hommes la perte qu'ils firent à cette journée , et on réduit à cinquante-cinq celle des Suisses.
Les garnisons de Nidau, bourg situé sur le lac de Bienne, et de Buren sur l'Aar, désolaient le voisinage par leurs brigandages. Les villes de Berne et de Soleure, ayant réuni leurs forces, mirent le siège devant ces deux places, qu'elles emportèrent le \2. 3vril et le 7 mai de l'an i388. Berne , en son particulier , s'empara , dans le mois de juillet , d'Unterséea et du haut Simmenthal, vallée fort étroite , mais longue da douze lieues dans toute son étendue. (Watteville ) M. Bus* ehiug met en 1^7 la conquête d'Unterséen. Les autres can*
tons étaient alors occupés au siège de llapperschweil. Cette expédition ne fut point heureuse. Un assaut général, qu'ils livrèrent à la place le i*r. mai, fut repoussé avec une perte considérable pour les assiégeants , qui , le lendemain , prirent le parti de la retraite. Mais la maison d'Autriche, vers le même teins, eut le désagrément de voir les comtes de Toggenbourg se détacher de son alliance , et faire la paix avec les Suisses. Plusieurs villes impériales s'entremirent , Tannée suivante , pour faire cesser les hostilités entre cette nation et les durs, ses ennemis1 naturels. Elles obtinrent enfin , malgré l'opposition de Berne, une trêve qui, deux Ibis renouvelée, fut prolongée jusqu'à soixante-quatorze ans , et fidèlement observée de part et d'autre. Les Suisses profitèrent du repos qu'elle leur procura pour perfectionner leur discipline militaire; et ils y réussirent de manière, qu'au jugement de Machiavel , ils ne furent surpassés en ce point que par les Romains. ■
On a parlé ci-devant de l'expédition qu'Enguérand VII, sire de Couci, fit, l'an 1075 , en Alsace et daus le Sundgaw, puis dans l'ArgeU , à la téte de quarante mille anglais, pour revendiquer les domaines qu'il prétendait devoir lui revenir du chef de Catherine, sa mère, fille de Léopold , duc d'Autriche, et petite-fille, par son père, de l'empereur Albert I. Léopold II ou III , son cousin , contre lequel il faisait cette répétition, s'étant muni de l'alliance des Suisses, rassembla des forces pour les opposer à celles des ennemis. Les Luxernois, les Zuricois et les Bernois se mirent en campagne pour leur fermer le passage -sur leurs terres, Mais , voyant que les Autrichiens ne faisaient pas même garder leurs frontières, ils se retirèrent pour la plupart dans leurs villes. On voit seulement que la nuit du a(» au 27 décembre 1378, un corps de bernois ayant surpris les Anglais dans le couvent de Fraubrunncn , entre Berne et Soleure , leur livra un combat, où il tua près de huit cents hommes , tandis qu'il n'en perdit que vingt-cinq , y compris ceux qui étaient restés en arrière pour piller. (Watteville.) M. ïscharner dit « qu'on érigea » une colonne à l'honneur de cette victoire avec des incrip- » tions , en latin et en allemand , qui existent encore ». On a parlé de même, à l'article de Charles, dernier duc de Bourgogne, des victoires que les Suisses remportèrent à Granson et à Morat, en 147^ sur ce prince. Mais on doit regarder comme supposé, l'humble discours que plusieurs écrivains mettent dans la bouche des députés de cette nation , ayant la première de ces deux batailles, pour détourner
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W duc de leur foire la guerre. Nous ajouterons encore cfue les Suisses eurent beaucoup de part au gain de la bataille de Nanci , où Charles périt le 5 janvier 1477.
Le corps helvétique ne fut pas borné pour toujours aux huit cantons dont on a parlé jusqu'ici. Ci«q autres cantons y prit été ajoutés dans les quinzième et seizième siècles , et Tordre chronologique dans lequel on doit les placer.
BADÉ , ou fiÀÛEN , ville à quatre lieues de Zurich, et douze nom des
à la maison d'Autriche , par les cantons confédérés , en vertu du ban prononcé , par, le concile de Constance et l'empereur , contre l'archiduc Frédéric , pour avoir favorisé l'évasion du pape Jean XX111. I^empereur Sigismond l'hypothéqua , la même année , à la ville de Zurich 9 pour la somme de quairé mille cinq cents florins. Cette ville, en faveur de la république helvétique , permit aux cantons de Scbwitz , de Lucerne , d'Underwald , de Zug , et de Glaris , de prendre part à cette hypothèque : la ville de Berne y fut admise en 1426 9 et le pays d'Uri en i445» « Ces huit anciennes villes » et cantons possédaient ce comte , et y établirent successii> vement des baillis tous les deux ans, jusqu'^ l'année 1712; j> mais les cantons souverains de la religion catholique , c'esti» à-dire Lucerne , Uri , Schwitz, Underwald, et Zug, ayant » occupé exclusivement la ville de Bade avec leurs troupes « dans la guerre de Toggenbourg, les villes de Zurich et de » Berne s'en emparèrent , et les cinq cantons catholiques leur » cédèrent leurs prétentions sur ce comté à la paix d'Arau ; » mais Glaris conserva ses droits ». (Busching.)
FRIBOURG , ville bâtie sur la Sane , dans l'Uchtland , vers l'an 1177* par Berthod IV, duc de Zéringen, différente de Fribourg, en Brisgaw, fondée par Bertholcl III, père du précédent, au lieu de retourner, à l'extinction de la maison de Zéringen , sous la domination immédiate de l'empire , tomba sous celle d'Ulric , comte de Kibourg , qui lui conserva ses immunités. Rodolphe, comte de Habsbourg, qui devint empereur, premier du nom , ayant acquis Fribourg d'fcberhard, son cousin, mari d'Anne , héritière de la maison ce Kibourg7 Rerthou , cette ville se trouva liée au parti des princes et de la noblesse , contre ces communautés naissantes qui combat*» taient pour la liberté. C'est ce qui l'engagea dans plusieurs feuerres avec elles, et surtout avec celle de Berne. Mais , après XY1L 16
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de fréquentes hostilités réciproques, les Fribourgeois Grerft Une paii solide avec les Bernois, en se réunissant a eux par un traité de combourgeoisie perpétuelle. Les premiers conservèrent néanmoins leur attachement pour leurs anciens maîtres ; mais l'exemple des succès des Suisses ligués pour la défense de la liberté* 1 amour de l'indépendance encouragé par l'épuisement des forces et du crédit de la maison d'Autriche dans la Suisse , l'intérêt de la paix avec les voisins, tous ces motifs agirent puissamment sur une partie des Fribourgeois dont ils ébranlèrent la fidélité. La conduite indiscrète de l'archiduc Albert , surnommé le Prodigue, acheva d'indisposer les esprits. Informés qu'Albert songeait à vendre au duc de Savoie les droits qu'il leur avait cédés , ils résolurent de se mettre sous la sauve-garde de ce dernier. Les Fribourgeois, par- là, recouvrèrent leur tranquillité intérieure. On les vit, depuis, entretenir des liaisons plus étroites avec les huit cantons confédérés , en leur fournis* sant des troupes auxiliaires dans leurs diverses expéditions contre la maison d'Autriche. Les Fribourgeois partagèrent aussi avec eux les risques et la gloire des trois victoires remportées par les alliés sur Charles h Téméraire, duc de Bourgogne, à Granson, à Morat et à Nanci, dans les années 1476 et 1477* La duchesse de Savoie, Yolande, sœur du roi Louis XI et tutrice du duc Philibert, son fils, avait favorisé secrètement les entreprises du duc de Bourgogne. Se voyant menacée de la vengeance des Suisses, elle demanda un congrès à Fribourg» où elle obtint , à prix d'argent , de cette ville et de celle de Berne , qu'elle avait le plus à craindre, la paix pour ses fils, Philibert et Charles , la sûreté pour Genève et la restitution du pays de Vaud , dont les Suisses s'étaient saisis. Mais une des conditions de l'accommodement fut que Fribourg serait déclarée absolument libre de toute obéissance envers la Savoie.
Des désordres occasionés par les suites de la dernière guerre dans les communes de divers états libres de la Suisse, engagèrent, en 1478, les magistrats de Fribourg à former avic ceux de Zurich , de Berne, de Lucerne et de Soleure, une confédération particulière pour leur sûreté commune ; mais les cantons démocratiques s'en étant plaints, comme d'une infraction faite à la ligue , cette discorde fut étouffée, Tan 1481 (i), par une nouvelle contravention faite à Stanz dans le canton a'Underwald. Ce fut alors que Fribourg avec Soleure fut admis dans la confédération helvétique. Il occupait alors le neu-
(1) Et non en 1488, comme porte, par Une faute typographique, le texte de M. Tscharner.
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vièmerang; mais Baie étaat depuis entrée dans cette union, Fri bourg occupe la dixième place dans Tordre politique. (Busching.) Fribourç a l'avantage , ainsi que toute la province, d'avoir conservé La Teligion catholique jusqu'à nos jours. Cette ville est, depuis Tan i536, la résidence de Févéque de Lan-, sanne.
SOLEURE (Solodurum), ville ancienne sur l'Aar, au pied du Mont - J ura , munie, par Dioctétien, d'une forteresse dont on voit encore les ruines , ayant été détruite par les invasions des Allemands, des Huns, et d'autres barbares» dut son rétablissement , ou du moins son accroissement , à la fondation d'un monastère , faite vers Tan q3o , sous l'io— vocal ioq de Saint-Ours, par Berthe, femme de Rodolphe II, roi de la Bourgogne transjurane. Après l'extinction de ce royaume , Soleure étant tombé sous la domination des empereurs, Lot liai re H y établit gouverneur du pays, Conrad, duc de Zéringen, qui le transmit à ses descendants. La maison de Zéringen ayant fini , l'an 1218 , le pays revint â la disposition des empereurs , dont la ville de Soleure obtint divers riviléges, entr'autres celui d'élire un conseil pour l'exercice e la police municipale. L'avoyer, ou premier magistrat, y présidait à la justice criminelle au nom du chef de l'empire; mais, avant le milieu du quatorzième siècle , la ville de Soleure racheta , des comtes de Bucheg , ou Bucheck , le droit de glaive, que les empereurs leur avaient inféodé. Soleure avait dès lors acquis un territoire et plusieurs nouveaux droits , tels que celui de battre monnaie, celui de péage, et d'autres de juridiction et de police.
En i3i8, Léopold, duc d'Autriche, trpis ans après sa défaite à Morgarten , oour réparer ce revers, vint taire le siège de Soleure. La rivière, étant alors grossie considérablement par les pluies , entraîna le pont qui la traversait avec les soldats dont le duc avait eu l'imprudence de le charger. Les assiégés en sauvèrent un grand nombre par une générosité dont le duc leur tint compte en levant le siège. En i38a, la ville de Soleure , trahie par un chanoine , courut risque d'être surprise par les comtes de Kibourg. Le complot fut heureusement découvert au moment de l'exécution, pepuis ce teins , elle entretint de fréquentes correspondances avec les cantons ligués. Les services qu'elle leur rendit dans les différentes guerres qu'ils eurent à soutenir , lui méritèrent l'avantage de leur être associée, l'an i4&i » en mém,e teins <jue Frioourg , (sous le titre d'omième canton , quoique dans \ ordre chronologique elle ne forme que le dixième avec son
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district qu'elle a fort étendu par diverses acquisition» successives.
C'est à Soleure que réside l'ambassadeur de France auprès du corps helvétique. Le gouvernement de Soleure est démocratique, et les nouveautés eh matière de religion en ont toujours clé bannies. Ce canton , pour le spirituel , relève de trois évéchés. La ville et deux bailliages sont du diocèse de Lausanne. Lés faubourgs de Soleure et quelques districts sont de celui de Constance. La plus grande partie du canton est du diocèse de Bâle,
B ASLE ou BALE (en latin Bastîea ou Basilld) , ville fameuse du pays des Rauraques, située sur les deux bords du Rhin , près des frontières de l'Allemagne et de la France, est la capitale d'un canton de la Suisse que l'on compte dans l'ordre politique pour le neuvième, et pour l'onzième dans l'ordre chronologique. Elle était peu considérable, malgré l'avantage de sa situation , avant que celle d'Augst (Augusta Raurarorum) , située à une lieue plus haut, eût été renversée par Attila , pour se venger de la défaite qu'il venait d'essuyer dans les champs catalauni— ques. Bâle profita de la ruine de cette ville, en donnant retraite à ses habitants fugitifs. Augst, depuis ce tems, n'est plus qu'un petit village , dont quantité de médailles , et d'autres antiquités que l'on y découvre, attestent la grandeur primitive. Bâle faisait partie du royaume d'Allemannie, conquis par les enfants de Clovis. Valanus , évêque d'Augst , y transféra son siège vers l'an 748. M. de Watteville pense néanmoins que Charlemagne dut avoir transféré le temporel de lavville de Bâle à l'évêché» avant l'an 81 3* Mais il avoue que les rois de Bourgogne, <jui vinrent ensuite , le reprirfht et se l'approprièrent. Bàle devint une ville impériale lorsque l'empire fut transporté en Allema-
tne , et ses évêques s'érigèrent depuis en souverains , à la faveur es troubles qui agitèrent l'Allemagne au treizième siècle. Les Bâlois obtinrent de ces nouveaux seigneurs divers privilèges f qui firent de leur ville et de ses dépendances une espèce de ré—
Îmblique. Les empereurs, néanmoins, avaient conservé, sur 'église de Bâle, le droit d'avouerie. Mais, en i34^, Charles IV en fit cession aux Bâlois, qui par là devinrent, en quelque •sorte } les protecteurs de i'évêque et ses maîtres. Leur pouvoir s'accrut , en iSj'ô , par le droit de battre .monnaie , qu'ils obtinrent de Jean de Vienne, leur évêque. On voit qu'en iSjj ils formèrent un tribunal composé de dix nobles et de dix bourgeois, pour veiller à la conservation de la paix publique et de la liberté. Mais ils ne jouissaient point encore de la juridiction çivile» Elle était possédée eq fief par le prévdt du monastère de
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Saint-Àlban. Les Bâlois en firent l'acquisition en i388. Enfin f en 1396, l'évêque Humbert de Naumbourg leur vendit les bailliages de Liestal, dé Wallenbourg et de Homherg. Ce fut à Bâla que s'assembla, en i43i , le dix-septième concile général , dont nous avons déjà rendu compte. ^Eneas Sylvius, qui avait été secrétaire de cette assemblée, étant devenu pape sous le nom de Pie II, fonda une université à Bâle en 1 4^9. Zurich ayant voulu s'emparer du Toggenbourg, en i436, après la mort de son dernier comte > les autres cantons, qui lui disputaient cette succession , vinrent l'assiéger en i438. Bâle se déclara pour eux, et leur fournit des troupes pour cette expédition. Elle eut aussi part , en 1 444 9 aux exploits des Suisses contre le dauphin Louis , envoyé par le Toi Charles VII au secours du duc d'Autriche, et pour disperser le concile qui continuait a se tenir dans cette ville contre le gré du pape Eugène IV. Dans la guerre des Suisses contre le aernier duc de Bourgogne, les troupes de Bâle partagèrent avec eux la gloire des journées de Granson , de Morat et de Nanci , qui furent si fatales à ce prince. Unis toujours d'intérêts aux Suisses, il ne manquait aux Bâlois que de leur être incorporés. C'est ce qu'ils obtinrent en i5o 1 . La ville de Bâle persévéra dans l'ancienne religion jusqu'en i52g. Cette année, le ier. avril, d'après les prédications de Jean Oecolampade, disciple de Zuingle, le sénat ou le grand-conseil abolit la messe, fît brûler les images, et interdit tout exercice de la religion catholique. Le chapitre de la cathédrale chassé, ainsi que tous les autres prêtres et les religieux de l'un et de l'autre sexe , alla s'établir à Fribourg , en Brisgaw , dans le diocèse de Constance , où il con-« tin ne de faire sa résidence. L'évêque faisait dès-lors la sienne à Porentru , ville à neuf lieues de Bâle. On ne doit pas confondre son évêché, où il est comme souverain, avec le canton de Bâle, dont les terres sont entièrement indépendantes de lui, tant au temporel qu'au spirituel, la religion prétendue réformée y étant la dominante. Le gouvernement de Bâle est aristo-démocratique; mais la noblesse n'y a aucune part, a moins qu'elle ne soit agrégée à quelque corps de la ville. Du reste , elle y est en très - petit nombre depuis qu'elle en a été chassée pour s'être opposée à la prétendue réforme. L'autorité souveraine réside dans le grand et le petit conseil réunis, qui forment ensemble un nombre de deux cent quatre-vingts personnes.
Bâle est la plus grande ville de toute la Suisse. Le Rhin la divise en grande et petite ville, qui sont jointes par un pont dç m cents pieds de long.
SGH AFFHOUSE ( en allemand Schajhausen ) , ville située i
une lieue au-dessus de la grande cataracte du Rhin , sur la rive droite de ce fleuve, entra, le 10 août de la même année, que Râle dans la confédération helvétique. La nécessité de débarquer, a l'endroit où cette ville existe, les marchandises qui descendaient le Rhin , et le transit de la Suisse en Allemagne, ont sans doute occasioné, dit M. Tscharner, les premiers établissements dans ce lieu. Le bourg, nommé Scajhusûum dans un acte du règne de Charlemagne , parait être le même que Schaffhouse. Un monastère qu'Eberhàrd ♦ comte de Neilen bourg , à qui ce terrain appartenait , y fonda Tan io5a , et où il finit ses jours après lui avoir cédé tous ses droits seigneuriaux, contribua beaucoup à l'agrandissement de Schaffhouse, par le grand nombre d'artisans qu'il y attira. Schaffhouse , dans la suite , devint ville impériale, et son administration prit alors la forme d'une aristocratie bourgeoise. Mais l'empereur Louis de Bavière restreignit sa liberté naissante, en l'engageant aux ducs d'Autriche qui en restèrent maîtres jusqu'en i4i5. Six mille florins, payés alors à l'empereur Sigismond , remirent de nouveau Schaffhouse dans son premier droit, de ne relever que de l'empire. Ce fut eja vain que la maison d'Autriche employa la voie des négociations et celle des hostillités pour ramener Schaffhouse sous son joug. Les diverses alliances qu'elle contracta avec d'autres villes impériales, la maintinrent dans son indépendance jusqu'en i5oi, époque, ainsi qu'on Fa dit, de sa réception dans la ligue helvétique , dont elle fait le douzième canton.
APPENZEL (Abbatîs Cclla), gros bourg de la Suisse, à quatre lieues sud - est. de Saint-Gall , rapporte son origine à un domaine , dont le roi Pépin fit donation à l'abbaye de ce nom. L'établissement qu'elle y forma , s'étant accru par différentes acquisitions dans le cours de plusieurs siècles» devint le chef-lieu d'un pays de dix lieues en longueur sur sept de largeur. Huit , tant bourgs que villages , avec un grand nombre d'habitations isolées répandues dans la plaine et sur les montagnes , composent ce pays distribué en vingt-trois rhodes ou compagnies , dont les chefs portent encore aujourd'hui le nom de capitaines. De ces rhodes, quatre forment les rhodes intérieurs, et les dix-neuf autres les rhodes extérieurs. Les Appenzellois, après avoir été soumis, pendant plusieurs siècles, à la loi de la servitude féodale envers l'abbé de Saint-Gall, obtinrent de lui, en 1277, la permission de se donner un chef, ou magistrat, sous le nom ae Landamman. Ce premier pas vers l'indé-. pendance, n'eut pas de suite jusqu'en i36o. Les Appenzellois, •'étant alors alliés , avec le consentement de l'abbé Hennan de
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Bonstellen, au* cantons de Schwitz et de Glaris, commencèrent à vouloir s'émanciper à l'exemple de leurs voisins. Mais le défaut de concert entre eux , tint en suspens cette disposition l'espace de quarante ans. Les esprits s'étant à la fin réunis, la révolution éclata subitement Tan 1400. Quatre paroisses chassèrent les officiers de l'abbé, et bientôt après tout Je peuple s'engagea, par serment, à maintenir sa liberté aux dépens de •on sang. Les troupes envoyées par Pabbé pour les réduire, furent repoussées ainsi que celles qu'il obtint des villes et de la noblesse de Suabe.
Frédéric, duc d'Autriche, étant venu ensuite à son secours, a'eut pas un meilleur succès. Ayant mis le siège devant la ville deSaint-Gall, également soulevée contre l'abbé, il fuLobKgé de se retirer avec perte. Pour se Venger de ce prince, les Snn-GaÏÏWs, fusant désormais cause commune avec les Appenzellois , marchèrent vers le Tyrol, saccageant et rasant sur leur route tous les châteaux de leurs ennemis. Mais ils essuyèrent, dans le Tyrol, un revers considérable devant la ville de Bregentz , dont ils avaient imprudemment entrepris le siège au milieu de l'hiver avec des forces insuffisantes. Contraints de revenir sur leurs pas dans un état délabré , ils subirent après cela d'autres échecs qui les menaçaient de plus grands malheurs, dont heureusement l'empereur Robert les préserva , en leur faisant souscrire une trêve Tan i4o8. Tranquilles dès-Ws* pendant quelques années , mais toujours en garae et contre l'abbaye et contre la maison d'Autriche , ils se lièrent , en 141 1 , par un traité de combourgeoisie perpétuelle, avec les sept cantons les plus à portée de les secourir. L'entremise de ces alliés procura bientôt un traité définitif , par lequel il fut réglé que les Appenzellois seraient reconnus un peuple libre et indépendant, saut néanmoins les censés et rentes de labbé qui lui furent conservées avec les autres contributions qu on eut soin de fixer, au lieu qu'elles étaient auparavant indéterminées , et sous la réserve pour ce peuple de se racheter de tous les impôts et redevances. Mais cette paix ayant déplu aux esprits les plus échauffés , leur mutinerie leur attira un interdit de l'évêque de Constance. C'était le second dont ce prélat les frappait. Le comte de Toggenbourg s'étant déclaré pour Pabbé, ses troupes furent défaitesdans un combat. Mais il se releva de ce revers par une victoire qu'il remporta sur eux à son tour , et dont l'effet fut tel , qu'obligés de demander la paix , ils se soumirent à une amende de deux mille florins envers l'abbé, pour obtenir la ratification du dernier traité. Ils demeurèrent tranquilles après cela, l'espace d'environ quatre-vinets ans, pendant lequel ils achetèrent des nobles de Hagenwil le bailliage dé Rmthal. Mais une violence exercée trente ans après envers l'abbé
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de Saint-Gall, leur fit perdre cette acquisition. Ce. prélat ayattt besoin d'une place pour étendre ses bâtiments, en fit la demandé à la ville de Saint-Gall. Sur le refus qu'il essuya, il voulut iaird construire un second monastère à Rosbach, pour s'y retirer en cas de besoin. L'ouvrage étant déjà commencé t les San-Gallois craignirent que la concurrence de ce nouvel établissement ne préjudiciàt à leur commerce. Dans cette appréhension , s'étant associés aux Àppenzellois , ils en rasèrent les édifices. Ce fut l'occasion d'une nouvelle guerre. Les quatre cantons de Zurich , de Lucerne, de Schwitz et de G taris, sous la protection desquels était l'abbaye , offrirent en vain leur médiation pour terminer les hostilités. Leurs bons offices ayant été rejetés, les cantons les forcèrent par les armes de se soumettre à leur jugement. 11 fut sév^feTLês coupables furent condamnés à des dédommagements considérables envers l'abbé et aux frais de la guerre. Mais, pour tenir lieu de ce dernier article , les cantons se saisirent du Rhiuthal , à la corégence duquel ils voulurent bien néanmoins dans la suite admettre ceux qu'ils en avaient dépouillés, et cela en récompense des secours que ceux - ci leur avaient prêtés dans la guerre contre la ligue de Suabe.
En 14S2, les Appenzellois resserrèrent les nœuds qui les unis-* «aient aux cinq cantons de Lucerne, de Schwitz, d'Underwaldf de Zurich et de Glaris. Le traité de combourgeoisie qu'ils avaient auparavant fait avec eux, fut converM^n une alliance perpétuelle. C'était un acheminement pour entrer dans la grande confédération helvétique. Le pays d'Appenzel n'y fut cependant admis qu'en i5i3, sous le nom de treizième et dernier. Son gouvernement est purement démocratique. Tout homme, au-dessus de seize ans , a droit de suffrage dans les assemblées du peuple, où l'on délibère sur les affaires de l'état. La religion est mixte dans ce canton ; les rhodes intérieurs sont catholiques, èt les rhodes extérieurs professent le Calvinisme.
Quoique l'esprit de la nation suisse ne soit point et n'ait jamais été d'étendre ses possessions au-delà des DorneSv que la nature semble lui avoir prescrites , cependant le prix des services qu'elle a rendus aux ducs de Milan, dans le quinzième siècle, lui a valu sept bailliages du Milancz, situés au pied des Alpes. Ce sont ceux de Mendrisio , Lugano, Locarno, Valmadia, Bellinzone, Rivicra et Val-Brenna. De ces bailliages, les quatre premiers, par donation de Maximilien Sforce, faite en i5i2 , et confirmée, en i5i5, par le roi François lt appartiennent aux douze anciens cantons , et les trois autres aux seuls canton d'Uri , de Schwitz et d'Underwald, qui les avaient achetés du duc de Milan au commencement du quinzième siècle.
JLa grande confédération des treize cantons ne les empêcha
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pas, soit tous en général, soit chacun en particidrèr, de faire d'autres alliances, et des traités de combourgeoi sfc , avec les villes et les états de leur voisinage, pourvu que ceS traités ne préjudiciassent point à leurs premiers engagements^ tëlle ne les empêcha pas non plus de faire des conquêtes à leovs risques , et pour leur propre compte, sur les états qui les environnaient. De cette liberté résulta, pour ceux qui se croyaient en force, le désir, non-seulement de s'agrandir, mais 1 émulation de se prévenir, en s'attribuant le drôit de propriété sur les pays qui
• touchaient à leur territoire. Le canton de Zurich avait des vues wrle comté de Toggenboiirg , ou de Tockenbôiir'g , dont le dernier propriétaire, Frédéric III, avait permis à ses sujets de prendre successivement des liaisons avec les cantons de Zurich , de Schwitz et de Glaris. Les ducs d'Autriche formaient les mêmes projets. Les Zuricois , plus avides , les devancèrent , et , sans attendre la mort du comte , ils prirent les armes pour envahir sa succession ^ mais les cantons neutres lé* arrêtèrent, en les obligeant de respecter les droits des deux autres cantons intéressés* Les esprits semblaient se calmer, lorsque deux hommes, d'un caractère altier et opiniâtre, l'un de Zurich , l'autre* de Schwitz, firent revivre les hostilités. Les Zuricois alors pri-
- rem le parti de se liguer avec l'empereur Frédéric H I et les autres princes de la maison d'Autriche, dont ils reçurent garnison dans leurs murs. Bloqués , après un combat oïl ils furent défaits, ils virent, pendant deux campagnes, sans oser tenter desorties, leur territoire cruellement saccagé. Les ducs d'Autriche, trop faibles pour protéger leurs sujets et leurs alliés, appellent à leur secours , en ï4*4* le dauphin Louis, envoyé par le roi Charles VU, son père, à la sollicitation du pape Eugène IV, pour disperser le concile de Bâle , qui avait déposé ce pontife en i4%» jeune prince, qui régna depuis sous le nom de Louis XI, arrive de l'Alsace, qu'il dévastait alors avec les grandes compagnies , et dirige sa route droite à Bâle. Cette ville, étant sans garnison , fait avertir du danger qu'elle court l'armée des Suisses, occupée à faire le siège du château de Farnsberg. Douze cents hommes, qui en sont détaches le 2H août de . la même armée , viennent se présenter, à un quart de lieue de Bâle, devant l'avant -garde du dauphin , composée de huit mille hommes , sous les ordres du comte de Dammartin , qu'ils repoussent jusqu'au gros d<* l'armée, qu'on fait montera trente mille hommes. Emportés par leur courage, ces douze cents soldats n'écoutent plus la voix de leurs officiers , qui faisaient inutilement leurs efforts pour les arrêter ; ils se précipitrnt sur le pont Saint- Jacques, gardé par huit mille hommes. N'ayant pu forcer ce passage, ils vont prendre poste daus une île au-des- - XV1L " * ^
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sous du pont, où, étant attaqués^ ils périssent tous glorieusemont. Leurs camarades, n'ayant pu se faire jour à l'armée ennemie, se jettent dans l'hôpital de Saint » Jacques. Cette maison avait des jardins enfermés par de hautes murailles. C'est là que soutint v pendant dix heures, les assauts d'une armée entière, cette poignée de suisses dont il ne resta que douze* hommes, qui furent notés d'infamie par leurs compatriotes. On fait état de huit mille français qui périrent à cette journée. ( Wattcville, Tscharner.) Cette victoire , si chèrement achetée t apprit au dauphin, à respecter une nation , dont il n'avait pas jusqu'alors une idée fort avaatageuse. Le roi , son père , entra dans les mêmes sentiments, et,. l'an l4&3, il conclut, au mois de novembre, par ses ambassadeurs, avec les huit cantons et la ville de Soleure, un traité d'alliance, dont les conditions furent que ni lui, ni, ses successeurs, ne prêteraient secours à leurs ennemis, qu'ils: auraient l'entière liberté de passer sud les terres de France, de s'en retourner avec tous leurs biens, armes et bagages , et d'y faire le commerce , en observant les lois du royaume pour les marchandises prohibées. Louis Xi renouvela le même traite à Abbe ville, le 27 novembre
Il ne restait plus à la maison d'Autriche , dans \a Suisse, en 14^0 ♦ que le bailliage de Thurgovie et Winterthur. Le bailliage de Thurgovie, ou de Thourgau ? traversé par la rivière deïhour, et le plus étendu de la Suisse, fut conquis, cette année , par les anciens cantons , celui de Berne non compris. Le gouvernement de ce pays est sous la souveraineté des nuit anciens cantons , qui, tour a tour, y e«voient pour deux ans un bailli , dont la résidence est à prauenfeld, la principale ville de la Thurgovie. Winterthur, ville municipale, ayant été hypothéquée, en 1 4^7» Par Ie duc Sigismond, au canton de Zurich , lui fut entièrement cédée par les traités qui ont suivi. 1
Sigismond , duc d'Autriche , ayant engigé , dans le mois de mars 14^9^ 1e comté de Ferrette, le Sundgaw, l'Alsace et les quatre villes forestières, à Charles, duc de Bourgogne, ce prince leur donna pour bailli Pierre de llagenbach , ennemi déclaré des Suisses, leurs alliés. Ce gentilhomme ne tarda pas à faire éprouver les effets de sa haine à cette nation. Les Suisses, après avoir supporté, pendant environ quatre ans, ses procédés violens, chargèrent .la république de Berne de faire parvenir leurs plaintes à Charles. L'ambassade qu'elle lui envoya ayant été mal accueillie , le roi Louis XI profita de leur mécontentement pour conclure avec eux un nouveau traité d'alliance, dont il fit dresser l'acte, le 11 juin i474t à Senlis. Ce traite , qu on a nommé l'Union hèreditaite f
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assurant aux* Suisses la protection* de la France, les enhardit à déclarer la guerre au duc de Bourgogne , le o, oclobre de la même année. On a parlé ci-devant des suites de cette guerre qui fut si fatale à ce prince.
Les Suisses avaient trop bien servi, contre le duc de Bourgogne, la haine de Louis XI , pour ne pas mériter une récompense. Elle leur fut accordée , au mois dé septembre 14.^1 , par des lettres- patentes qui renferment tout le fonde ment des privilèges dont les militaires Suisses sont en droit de jouir dans le royaume. En voici la substance : « Tous les j> Suisses qui sont eu serorit au service de sa majesté, à ses » gages et à sa solde, mariés ou habitués dans le royaume, » pourront y acquérir tous biens meubles et immeubles ,
* les posséder et en disposer par testament , ainsi que leurs » femmes , enfants et héritiers, lesquels pourront les posséder » et leur succéder comme s'ils étaient nés dans le royaume, » sans être obligés -, à raison de cette faveur , de payer aucune a» finance ou indemnité. Et afin que les gens dc'guerre de la- » même nation qui demeurent ou viendront demeurer en
* France et qui seront à ses gages et soldé , puissent mieux a» vivre et s'entretenir honnêtement sans être inquiétés eux et » leurs veuves, durant leur viduité, ils seront, leur vie du- » rant , exempts de td^tes tailles , impôts, aides et subvention \ » seront aussi exempts du gnet et garde de porte eh quelque *» lieu du royaume qu'ils s'établissent ». ( Watteville. ) La nation est demeurée en jouissance de ce privilège jusqu'à nos jours.
Les Suisses ne persévérèrent pas néanmoins1 invariablement Jans leur fidélité envers la France. Séduits par le cardinal de Sion , Mathieu Schiner, ils embrassèrent , l'an ioio,parun traité d'alliance , le parti du pape Jules H , déterminé à chasser d'Italie , les Français. S'étant acheminés au nombre dé douze mille, vers le Milanez,le maréchal de Chaumont les obligea de retourner sur leurs pas. Kappelés ën Italie, l'an 1012, par le pape et ses confédérés , ils font une irruption subite élans lé Milancz , et rétablissent, dans ce duché, Maximilien Sforce^. dont le père était mort prisonnier en France. L'année suivante, ils gagnent, lè 6 juin, sur les Français, la célèbre bataille dé INovarre. Conduits ensuite par Jacques de Watteville, en Bourgogne , ils mettent le siège, au mois de septembre, devant Dijon , ville presque sansdéfense, qu'ils auraient infailliblement emportée sans l'argent que le commandant la Trémoille leur promit pour les engager à s'en retourner.
Jules 11 était mort alors. Son successeur, Léon X, renouvela l'alliance du saint siège avec les Suisses , sans néanmoins
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rompre ouvertement avec la France. François I, qui remplaç»* le i janvier i5i5, Louis Xli sur le trône de France, tenta vainement de regagner celte nation. Le refus qu'elle fit d'admettre les offres qu'il lui faisait , ne détourna pas ce prince du dessein où il était de reconquérir le . Milanez. Les Suisses, avertis de sa marche , par Maximilien Sforce , font passer au secours Je ce duc, un corps de douze mille hommes, qu'ils renforcèrent bientôt par de nouvelles troupes. Fier de quelques avantages qu'il remporta d'abord , le roi de France engage la célèbre bataille de Marignan , qui dura le i3 et le i4 septembre; Parlant de cet événement t le maréchal Trivulce, qui s'était trouvé à dix huit batailles, disait que toutes les autres n'étaient que des jeux d'enfants , mats que celle-ci était un combat de géants. La victoire , après avoir si long-tems chancelé, se décida enfin pour les Français , et les suites en furent des plus avantageuses. Les Suisses reprirent le chemin de leur pays, et le duché de Milan passa entièrement sous l'obéissance du roi. Cependant , le monarque victorieux ne perdait pas de vue sa paix avec les Suisses. L'ayant fait proposer , il trouva les esprits fort parla* gés. Huit cantons , néanmoins, voulurent bien y acquiescer à certaines conditions. Mais les cinq autres persistèrent dans leur éloignement pour la France. Néanmoins, aucun des partis ne prit directement part à la guerre qui se renouvela* l'année suivante , dans le Milanez. Le sacrifice que le roi fit à la nation de quelques bailliages du Milanez qu'elle avait obtenus de Maximilien Sforce, pour récompense de ses services , et l'assurance qu'il lui donna de la rembourser de quatre cent mille écus au soleil (i), pour les frais de la guerre de Dijon, avec trente mille (2) autres, pour les campagnes des Suisses en Italie , deux mille livres (3) de pension annuelle pour chacun des treize
(1) La première année du règne de François 1er. , les écus au soleil étaient à a3 en rats et un huitième de loi , et de la taille de 70 an marc, par conséquent 4°° mille t'eus pesaient 57x4 mares et deux septièmes, lesquels, à raison de 798 livres 7 sous 9 deniers trois quarts, le marc, suivant la déclaiatiori de 1783, produiraient de notre monnaie actuelle 4>562,232 livres 2 sous 10 deniers deux septièmes.
(2) 342,167 livres 8 sous 2 deniers quatre septièmes, monnaie ayant cours en cette année 1789.
(3) L'argent monnaye', en i5x5, s'appelait testons; ils étaient à ir deniers 18 grains de loi et de 25 et demi au marc, ayant cours pour xo sous pièce. Ainsi , 2000 livres font 1 56 marcs 6 onces 7 gros x den~ : et puisque, suivant la déclaration déjà citée, l'argent au titre susdit vaut 52 livres 6 sous 10 deniers -*J le marc, il s'ensuit que la somme eu question, pour chaque canton, vaudrait aujourd'hui 821 o livres 19 sous 2 deniers ii| , et pour les treiie 106,742 liv. 9 s. 3 ^ d.
DES SUISAE5 ET DE LEURS ALLIÉS* . IOf)
cantons, et la confirmation des franchises qu'ils avaient obtenues de Louis XI et de Châties VIII, firent revenir les esprits prévenus, et disposèrent tout le corps helvétique à signer unanimement, le a5 Octobre i5i5 un traité de paix perpétuelle avec le roi ; traité qui a servi de base à toutes les alliances qui ont été faites depuis avec la France.
Outre la grande confédération des treize cantons qui forment proprement le corps helvétique, chacun d'eux en particulier, où tous en commun , ont contracté, comme on l'a déjà remarqué, différentes associations , selon qu'il convenait a Leurs intérêts, avec divers états voisins. Nous mettons à la tête de ces associés l'abbé de Saint-Gall. On sait que son monastère fut fondé par le saint dont il porte le nom , vers le commencement dusepiième siècle. En 1204» l'abbé de Saint-Gall fut élevé à la dignité de prince de l'empire. Ses possessions étaient dès-lors fort étendues, et le mettaient en état de soutenir le rang auquel il était parvenu ; mais elles excitèrent la jalousie de plusieurs de ses voisins , contre lesquels il se mit en garde , pour assurer sa tranquillité. En vertu d'une alliance défensive, qu'il fit , en i35i , avec les cantons de Zurich, de Lucerne, de Schwitz et de Glaris , il est regardé comme le premier associé de la république helvétique , aux diètes de laquelle son député a voix et séance après ceux du canton d'Appenzel. Les états de l'abbé de Saint-Gall étaient autrefois beaucoup plus étendus qu'ils ne le sont aujourd'hui , y compris le comté de Toggenbourg, qu'il acquit en 14% î Ie nombre de ses sujets monte encore à quatrevingt douze mille âmes. ( Busching. ) Les Toggenbourgeois ne furent pas les plus soumis de ses peuples. Les nouvelles opinions, au seizième siècle, s'étant introduites parmi eux, ils semirentsous la sauve-garde des cantons de Berne et de Zurich, qui prirent leur défense contre les efforts que fit l'abbé pour les ramener à la foi de leurs pères , et faire valoir plusieurs droits qu'ils prétendaient être abolis. Les querelles qu'ils eurent avec lui, se prolongèrent jusqu*en 1712. Ce fut alors qu'on vit, à leur occasion, éclater une guerre entre Zurich et Berne, d'une part , et les cantons de Zuç , Uri , Schwitz et Undervvald de l'autre. L'abbaye fut pillée par les premiers; mais, à la paix qui se fit dans la ville d'Arau , Tan 17 19 , on convint que les effets enlevés seraient restitués , et surtout la bibliothèque qui est d'un grand prix pour les manuscrits , dont on fait monter encore à présent le nombre à mille trente-deux.
Une chose qui avait le plus contribué à l'agrandissement de l'abbaye de Saint-Gall, était que, dès les premiers siècles de sa fondation , elle s'était rendu célèbre par (a science et l'habilité de plusieurs de ses membres. On y avait établi , vers là fin
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du huitième siècle, une académie qui produisit un grand nombre de savants hommes et de bons écrivains, pour le tems , tandis que le reste de la Suisse , dit la Martinière, était plongé dans les ténèbres de la barbarie et d'une crasse ignorance. La noblesse du voisinage y mettait ses enfants pour les faire instruire, et ceux-ci, par reconnaissance, ne manquèrent pas de faire du bien à leurs m litres , quand ils en trouvèrent l'occasion. L'amour des lettres et le zèle pour l'éducation de fa jeunesse, subsistent encore dans cette maison, où il y à deux écoles , l'une intérieure pour les jeunes religieux , l'autre extérieure pour la jeunesse du dehors. Plusieurs religieux sont employés à prêcher et à catéchiser dans l'église abbatiale. L& régularité , d'ailleurs , est en vigueur dans le monastère. Nou* ne parlons point des bâtiments , dont la beauté répond à son opulence. On y peut remarquer trois parties considérables: l'église, nommée en allemand Mùnsier, qui est riche et magnifiquement ornée; le palais de l'abbé, qu'on appelé en allemand PJalez, et le corps de logis où demeurent environ cent religieux.
La ville de Saint-Gall doit son existence à l'abbaye. Dans le dixième siècle ^ elle n'était encore qu'on bourg; mais les Hongrois ayant pénétré, Tan 954 > en Suisse, on commença à fermer Saint-Gall de murailles, pour la mettre à l'abri des ravages de ces barbares, et à la fortifier en y construisant des tours, et en bordant son enceinte de larges fossés ; ce qui fut achevé en 980. ( Délices de la Suisse, tom. III.) Divers privilèges qu'elle obtint des abbés et de» empereurs , servirent à eh augmenter la population , par le grand nombre d'étrangers qu'ils y attirèrent. Ce-, pendant son terroir est très-ingrat. On n y voit ni laboureurs , ni pâtres , ni vignerons. C'est au commerce et à l'industrie que Saint-Gall doit son opulence. La ville de Saint-Gall fit , en 1^87 , avec celle de Nuremberg, un traité d'alliance, en vertu duquel elles sont respectivement exemptes du droit de péage. I>a première , à la faveur des différentes immunités qu'elle acquit successivement des abbés , est parvenue à se tirer entièrement de leur dépendance , et à devenir une république. Elle l'était déjà , lorsqu'on 1 4^4 » eHe fit alliance avec les cantons de Zurirh, de Berne, de Lucerne , de Schwitz, de Zug , et deGlaris. ( Délices de la Suisse, ibid. ) Avant 1712 , la communication était parfaitement libre entre la ville et l'abbaye; mais, par l'accommodement d'Arau , il fut réglé qu'il y aurait entre Tune et Tautre, une double porte qui s'ouvrirait et se fermerait des deux côtés.
Mulhausen, ville agréable et bien peuplée du Sundgaw,