‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 3)Chapitre 72 sur 277 · ET DES COMTES DE GÉNEVOIS · texte numérisé non relu

ET DES COMTES DE GÉNEVOIS

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(jrENÈVE fcn latin Geneoa, Genaoa , Janoba, Gennœ, et Gtbenna), ville ancienne du pays des Allobroges (i) , située sur le Rhône , à Pendroit où il sort du lac Léman , ou de Genève. Deux parties inégales la divisent , dont la moindre , assise sur une montagne, et nommée la vieille ville, renferme lancienne cathédrale , dédiée à saint Pierre ; l'autre , plus nouvelle, s'és'étend dans la plaine des deux côtés du fleuve. Après avoir été soumise, pendant environ cinq siècles, aux Romains, Genève, avec son territoire, tomba, vers l'an 4!^i sous puissance des Bourguignons. Chilpéric, leur troisième roi, fils de Gondioc , y établit sa demeure. Il paraît que Genève reçut la lumière de l'évangile vers la fin du deuxième siècle de l'église, et que dans le cinquième , au plus tard , elle devint un siège épiscopal : mais de donner une suite chronologique de ses évéques jusqu'au treizième siècle, c'est ce que le défaut de monu-

(i) Le pays des Allobroges s* étendait depuis l'Isère, du côté* du midi, jusqu'à Genève Le Hhône le bornait du côté du couchjnt:il comprenait la partie du Dauphiné qui est entre ce fleuve et l'Isère, la Savoie proprement dite, le Genevois, Genève et ses environs, qui sont à l' orient du lac Léman, et au midi de cette ville. Le Rhône séparait les Allobroges des Sébusiens et des Séquanais. Ce môme fleuve, depuis Genève jusqu'au pays de la Cluse, les séparait des Helvétiens. Ils avaient au levant les Nantuates , qui occupaient une partie du Chablais, et les Centrons, qui tenaient la Tarent aise. Vienne» e» Dauphiné t était la capitale des Allobroges.

CHRON. HIST. DES AvÊQUES ÉT PRINCES DE GENÈVE. 119 ments authentiques ne permet pas. Son église, étant devenue la proie des flammes , fut rebâtie au commencement du sixième

et sous le même titre , que fut élevée, dans le onzième siècle, la nouvelle cathédrale, telle qu'on la voit aujourd'hui. Clotilde , fille de Chilpéric, était à Genève lorsqu'Aurelien, ambassadeur de Clovis , vint , au nom de son maître , en faire la demande au roi Gondebaud , oncle de la princesse et meurtrier de son père. Sédéleube , dite aussi Chrone , sœur de Clotilde , avait fait bâtir, vers Tan 5o2, avant de prendre le voile, une église, au faubourg de Genève , en l'honneur de saint Victor, 1 un des martyrs de la légion thébéenne , dont elle fit apporter le corps deSoleure , compris en ce tems-là dans le diocèse de Genève. L'évéque, qui siégeait alors dans cette ville , est appelé Donatien par MM. de Sainte-Marthe , et par d'autres, DoijfrriEN. Genève suivit le sort du royaume de Bourgogne, lorsqu'en 534 il eut été conquis par les enfants de Clovis.

Appellin gouvernait l'église de Genève en 622 , ou 624 au plus tard , et fit, cette dernière année, un mauvais personnage au troisième concile de Mâcou , en prenant , contre saint Eustase, abbé de Luxeu, le parti du moine Agrcstm, qui osait décrier la règle de saint Colomban. •

Eginhard, dans ses annales, nous apprend que, l an 773, Charlemagne, allant combattre Didier , roi des lombards, pour venger l'église romaine qu'il opprimait, s arrêta à Genève, et que là 1 , dans un conseil qu'il y tint, il partagea son armée en deux divisions, dont il confia la première à Bernard, sou oncle , pour la conduire en Italie par le Mont- Jura , et se mit a la tête de la seconde, pour la mener par \o. Mont-Cenis.

Rodolphe, fils de Conrad, ayant fondé, l'an 888, le nouveau royaume de Bourgogne, y comprit la ville de Genève et son territoire. Il y avait alors, sous la dépendance , à ce qu il parait , de l'évêque de Genève , un comté de Génevois, dans lequel était renfermé le prieuré (depuis abbaye ) de Talloire, près du lac d'Anneci , où la crainte des barbares avait fait transporte^ de Tournus le corps de saint Philibert. !C'est ce que déclarait Boson, roi de Provence, dans un diplôme de l'an 879, par lequel il donnait, en l'honneur de ce saint, plusieurs terres, dans lesquelles était compris Talloire , à l'abbaye de Tournur, ( Chifflet , Hist. de Tournus , pr. pag. 232. )

L'an 881 , l'église de Genève étant dépourvue de pasteur, le,

t20 CHUOWOLOGIE HtStOHIQUE

clergé fit choix d'un clerc , nommé Optandus , pour remplie le siège vacant. Otran , archevêque de Vienne , de concert avec Boson , roi de Provence , s'opposa à cette élection , et nomma d'autorité, comme métropolitain, un autre évêque de Genève t qu'il consacra. Optandus , s'étant rendu à Rome , fit confirmer son élection par le pape Jean VIII, qui le renvoya après l'avoir de même consacré. Mais Otran le fit enfermer, à son tour, dans une étroite prison , après l'avoir dépouillé de tout. Le pape , informé de cet excès de violence, écrivit à l'archevêque une lettre pleine de menaces, dans laquelle il le somme de remettre en liberté son prisonnier dans huitaine, sous peine d'excommunication. Otran , pour se justifier, répondit au pape qu'Optandus était un étranger et un intrus, qui s'était emparé du siège de Genève sans avoir reçu , dans cette église, ni le baptême , ni l'ordination cléricale, ni son éducation. Le pape, dans sa réplique , témoigne son étonnement de ce que 1 archevêque feint d'ignorer ce qui est connu de tout l'Occidenb: Admiramur quùd Ma vos nescire dicîtis , quœ totus Occidens non ignorai. ( Joan. Ep. pag. o3 et 95. ) Rien ne nous apprend la suite de cette affaire.

L'an 999, l'impératrice Adélaïde, veuve de l'empereur Otton I , apprenant que le trouble régnait dans les états de son neveu , Rodolfe 111, roi de Bourgogne , se mit en route malgré son grand âge, pour y rétablir le calme. Dans ce voyage ^ elle arriva , dit saint Odilon dans sa vie , à Genève, pour y honorer les reliques du martyr saint Victor,

CONRAD I jouissait du comté de Genevois sur la fin du dixième siècle. Il eut pour successeur ROBERT I , son fils, qui, l'an 1019 , ou 1020, suivant Guichenon , fit donation de plusieurs dîmes et terres allodiales à l'église de Pellionex. Robert fut remplacé par son fils Conrad II , sur le gouvernement duquel , non plus que sur l'année de sa mort , nous n'avons aucune lumière. (Bibl. Sebus , c. XL.)

GEJIOLD, petit-neveu, par Berthe, sa mère, de Rodolphe, roi d'Arles, était comte de Génevois en io34. L'empereur Conrad le Salique étant venu cette année à Genève , y reçut , dit llorman le Coniract {in Chron. ad hune an,) , les soumissions du comte Gérold , de l'archevêque Burghard , prélat de haute naissance et de grand courage , mais scélérat en tout point et sacrilège , archiepiscopum Burghardum , génère nobilem fit stre** nuum , sed per omnia scelestum etsacrilegum , et celle de plusieurs autres princes du pays, partisans jusqu'alors d'Eudes, comte de Champagne, qui 'disputait le royaume de Bourgogne à Conrad.

DES EVÉQUES ET PRINCES DK GEïsivE. lit

C'était la nécessité qui les avait amenés aux pieds de l'empereur, après avoir été vaincus par Upert , comte de Bourgogne, et général de l'armée impériale. ( lVippn^ vit. Chunradi, Suite apud Pistor. , tom. Iil, pag. 47°*-) Du reste, le portrait que fait ilerman de burghard ( le même sans doute que Burchard 11 , archevêque de Lyon), est bien différent de celui que tracent, du même prélat , les autres historiens.

Frédéric était évêque de Genève en 1020. {Mabill Annal; tom. IV, pag. 271.) En 1049, comme le prouve Guichenon (Bibl. Seèiis. , pag. 3i# ), et non en io5o, comme d'autres le marquent, il assista, avec Halinard , archevêque de Lyon, Hugues de Besançon , et Aimon , évêque de Sion, à la consécration faite par le pape Léon IX, de l'église de Saint-Etienne de Besançon. Frédéric s'étant rendu, Tannée suivante, à Home, fut un des prélats qui composèrent le concile, que le même pape y tint pour la condamnation de l'hérésiarque Bércnger, et la canonisation de saint Gérard, évéque de Toul. (Mabill,, ibid., pag. 7-^9.) La grande Bible latine, que l'on conserve ma* nuscrite à la bibliothèque publique de Genève, et dont les caractères appartiennent au dixième siècle , est regardée comme un présent fût, par ce prélat, à son église. MM. de Sainte- Marthe lui donnent trente-sept ans d'épiscopat, sans en dater ni le commencement , ni la fin.

ROBERT J/, fils de Gérold, suivant les modernes, lui succéda (l'on ne peut dire en quelle année) au comté de Génevois. Dans les notes, sur l'histoire de Genève de M. Spon (pag. 36- 37), on prétend qu'à l'exemple de son père, il eut de grands démêlés avec Tévêque de Genève, sur leurs droits respectifs, que Je prélat , voyant Robert en état de lui faire la loi , maître comme il était des châteaux qui avoisinaient Genève, prit le parti de s'accommoder avec lui, en lui inféodant le pays génevois : mais il y a bien de l'apparence , comme on l'a déjà remarqué, que cette inféodation est antérieure au comte Robert II. Quoi qu'il en soit, Robert fut remplace, dans le cotnté de Genève, par AIMON , dont le frère, Gui, ou Wido , était dans le même tems évêque de Genève. Pierre le l éaèrubfe ( liv. I , De Mi rue. y c. 24), parlant de ce prélat, dit qu il était d'une haute noblesse , mais de mœurs peu assorties à la sainteté de son caractère. «Car, ébloui comme il était, aj.>ute-t-il , par » l'éclat de sa naissance, et nageant dans l'aUmdance des ri— » chesses, il s'acquittait négligemment des fonctions de l'épis- » copat. Cependant, né avec im cœur bon et compatissant , il XVII, 16

Ita CHRONOLOGIE HISTORIQUE

• faisait d'abondantes aumônes aux pauvres et aux églises; ce » qui lui mérita la grâce de terminer le cours de sa vie par une » bonne confession , avec un repentir sincère de ses fautes »» On verra ci -après quelques preuves de sa libéralité , qu'on qua« li fiera, si l'on veut , de charité. Le comte Àimon , du consentement de Gérold, son fils, donna, vers Tan 1090, au raonas* tère de Cluse, en Piémont, la terre de Chamonix , Campum munitum% située dans les Alpes, au pays de Faucigni, ( BibL Sebus., pag. io5.) Ce même Aimon, conjointement avec Itts", son épouse, fille de Louis, seigneur de Faucigni et de Tetberge, ratifia, vers Van 1090 , l'acquisition que l'abbaye de Saint* Oyend, ou de Saint-Claude, dite aussi de Condate, avait faite de plusieurs alleux situés dans la terre de Seissi, qui lui avaient été vendus par des hommes ingénus , et lui permit d'en acquérir d'autres de pareille nature : nous réservant , ajoute-t-il , les corvées de bœufs, que peuvent nous devoir les paysans qui cultiveront ces terres, et le droit de les obliger à comparaître à notre plaid général : Retinernus autem in hoc conr.essione , ut si in terra quàm hujusmodi acquisitions prafati monachi obfinuerint, rusticanus aliquis habitat , boives suos in corvata mea exhibeat , et in placito generali vicinorum suorum more semelipsum prœsen— tet» (Bibl. Sebus. , pag. 325.) L'année suivante, Aimon souscrivit à la donation que l'évêque , son frère , fit à la même abbaye de l'église de Sainte-Marie de Seissi , avec les offrandes et les dîmes, sans retenir autre chose que le droit qu'il appelle parocta, terme cité par du Cange, sans l'expliquer, et les services dus tant à lui qu'à son archiprêtre. (Bibl. Sebus. , p. 229.) Gui ne borna point là ses libéralités envers l'abbaye de Saint- Claude. Nous avons de lui une autre charte , souscrite encore par Aimon , et datée de Tan 11 10, par laquelle il donne à ce monastère plusieurs églises , situées dans le Bugei , le pays de Gexet le Valromei. {BibL Sebus., pag. 182.) Ce prélat assita, l'an 1117, suivant MM. de Sainte Marthe, ou plutôt Tan mq, à un concile tenu à Tournus, et qu'on ne connaît guère d'ailleurs. La même année iilq^ Gui fit don à l'abbaye de Cluni, entre les mains de l'abbé Ponce, de la terre de Condamine, dans le Faucigni. La charte qu'il fit expédier à ce sujet, énonce les noms de plusieurs de ses parents; savoir : Louis , son père ; Ermerard, son aïeul; Guillaume, son frère; et des fils de , celui-ci, Rodulphe, Louis, Raymond, Gérard, évêque de Lausanne, et Amédée, évêque de Saint-Jean de Maurienne, de leur mère Utilie, et de leur aïeule Tetberge. ( BibL Sebus-, pag- 15-17.) Le nécrologe de Genève, disent les mêmes) auteurs, lui donne cinquante ans d'épiscopat , et met le jour de sa mort à la veille de la Toussaint*

DES ivÊQUES ET PRINCES T)|5 GENEVE. 12%

Humbert DE Grammont , d'une ancienne maison du Bugei, fut le successeur de Gui dans t'évêché de Genève. Le comte Àimon , par la condescendance de Gui , son frère , avait en** piété sur les droits de l'évêque. Sommé, par Humbert, de restituer à son église ce qu'il avait usurpé sur elle , et surtout les dîmes avec les droits seigneuriaux , il consentit à la fin de s'en rapporter au jugement du pape Catliste II, qu'il avait connuparticulièrement lorsqu'il était archevêque de Vienne. Calliste renvoya l'affaire à Pierre, son successeur à Vienne et son légat. Le prélat et le comte s 'étant présentés, Tan 1124, devant ce légat, à Seissel , firent, dans une assemblée nombreuse, parlejugement d'arbitres choisis , le traité suivant, qui doit être re-* gardé comme le code des lois fondamentales de l'ancien gouvernement de Genève, en ce qui concerne les droits de l'évêque et du comte. Aimon fit au prélat remise du tiers des dîmes qui restaient en nature entre ses mains r et déchargea ses vassaux du tiers des redevances dont ils étaient tenus envers lui ^ pour raison des portions de la- même dîme , qu'il leur avait sous- inféodées , afin qu'à son exemple ils les restituassent avec les églises dont ils jouissaient. Remarquons avec M. Lévrier ( Chronol. hist. des évéques et comtes de Genève ) que le comte ne fait que permettre cette restitution à ceux de ses vassaux quiseront de bonne volonté, sans leur en faire une loi , consentant néanmoins d'y satisfaire pour le tiers seulement des dîmes v sans qu'ils puissent y être contraints par les voies canoniques. \ l'égard des deux autres tiers, l'évêque permet que le comte en reste possesseur. Par une ancienne loi «constamment observée chez tous les peuples, les serfs ne pouvaient être promus aux ordres sacrés, ni même entrer dans le clergé sans une permission expresse de leur seïgncur : permission oui tenait lieu d'affranchissement. Le comte dispense de cette loi ses sujets main* mortables , qui seront désormais promus aux ordres sacrés , et permet à tous ceux qui sont libres de leur personne , de posséder des fonds mainmortables , avec promesse de ne pas saisir leurs biens sans y être autorisé par sentence légale des tribunaux ecclésiastiques. Il reconnaît, de plus, que la justice sur tout habibant de Genève, de quelque maître qu'il dépende, eu j use unique sît homo , n'appartient qu'à l'évêque, qui seul pareillement a le droit d'aubaine sur ceux qui ont habité pendant un an et jour dans la ville. En confirmant au comte le droit de résider à Genève avec sa famille , on ne lui en accorde aucun sur les citoyens , ni sur aucun des objets qui ressorlissent à la juridiction épiscopaîe. C'est à l'évêque seul que sont attribués les • droits de gîte , de forage sur les vins » de rivière , les péages , les pâturages, les corvées, les échanges de maisons 9 les foires, les

marchés, et la jouissance des biens de tout censitaire T ou vassal qui meurt, jusqu'à ce que le successeur ait reconnu le prélat pour son seigneur. Défense au comte d'attenter à la liberté d'aucun citoyen , soit ecclésiastique, soit laïque, et mêmede faire arrêter ses propres sujets dans la ville. Enfin, l'évoque a le droit exclusif de faire battre monnaie, non-seulement dans la ville, mais dans toute l'étendue de son diocèse. D'après ces arrange-* monts, l'évêque permet au comte de garder l'ancien fief et patrimoine de saint Pierre, en ce qui concerne les biens séculiers, et même les doux tiers des dîmes, à la charge de tenir le tout en fief de l'église de Genève, et de lui prêter, en qualité de son avoué, serinent de fidélité. (Spon. , Hist. de Genève, tom. II 9 n°. i. M. Lévrier, Chron. hist. de Genève, tom. I, pag. 82 et se<j ) L'évêque Humberl mourut la veille de la Toussaint 1 134* Le comte Aimon lui survécut, et fut remplacé, l'an n5a, au plus lard, par ÀiMÉoÉE, qui, dans la charte d'une donation qu'il lit, en n53,au monastère d'Abondance, en Chablais, nomme le comte Aimon, son père; Itte, sa mère; Guillaume, sou frère ; Mathilde, sa femme ; et Guillaume et Amédée , ses fils.

( BiU. Sebus. , pag. 3^a. ) •

AnDUcius, ou Ardutiou deFaucig^i. fils de Raoul, seigneur du lieu, fut le successeur de l'évêque Humbert. Saint Bernard, dont il était connu, lui écrivit deux lettres sursoit élection , non pour l'en féliciter, mais pour l'exhorter à la justifier par une conduite vraiment épiscopale. « Le siège, lui dit-il » dans la seconde, que vous avez obtenu depuis peu , demande » de grands mérites dont nous avons le regret de vous voir privé, 1 » ou du moins regrettons-nous qu'ils n'aient pas précédé votre » élection autant qu'il eût été nécessaire. En effet , vos actions » et vos études n'ont semblé en aucune manière être des pré- >» parafions au ministère épiscopal. Mais quoi î Dieu ne peut-il » pas des pierres susciter des enfants à Abraham ? Dieu ne » peut-il pas faire que les actions vertueuses qui devaient pré- » céder, viennent du moins à la suite ? C'est ce que j'appren- » drai avec ^oie , s'il en arrive ainsi à votre égard. >» (Saint Bernard , opp. ^7-^8. ) Ardutius s'étant rendu , l'an 1 153, à la diète de Spire, y (it confirmer , par un diplôme de l'empereur Frédéric , tous b's droits et possessions de son église , sans néanmoins entrer dans aucun détail. C'est là qu'on voit, pour la première feus, l'évoque de Genève décoré du titre de prince» ( Spon , Hist. de Genève , tom. II , nQ. XI. )

Le traité que le comte Aimon avait fait avec l'évêque Humbert n'empêcha pas le comte Amédée de faire de nouvelles usurpations , même avec violence , sur l'église de Genève* Pour le*

DES ÉvfeQUES ET PRINCES DE GENEVE. 1*5

faire cesser , les archevêques de Lyon et de Vienne , de Tarentaise , et les églises de Grenoble et de Bellai s'étant rendus médiateurs, engagèrent les parties à conclure, le 22 février 1 i55t une nouvelle transaction, où d'abord sont répétés, mot à mot, tous les articles du traité de 1 124 » après quoi , l'on ajoute que le comte sera tenu de faire raser tous les forts qu'il a fait élever sur les terres de l'évêché , et même d'abattre sur ses propres terres ceux qui pouvaient nuire aux intérêts de l'évéque; que les prêtres et les diacres reconnaîtront tenir du comte les terres et nefs qu'ils ont dans sa mouvance ; que l'évéque ne pourra conférer, sans l'aveu du comte, les ordres aux sujets qui lui sont tailliables ; que le comte , pour les pertes qu'il a causées au

Srélat par la guerre injuste qu'il lui a faite , paiera la somme e soixante livres, et aux chanoines ce qu'il conviendra pour les ravages qu'il a faits sur leurs terres ; que le comte fera justice des faux monnoyeurs , d'après l'ordre qu'il en recevra de Tevêque ; et enfin , pour comprendre en peu de mots quels étaient les devoirs du comte envers l'évéque , il est dit expressément que le comte doit être un fidèle avoué sous l'évéque : Cornes fidelis advocatus sub episcopo esse débet. ( Spon , Hisi. de Genève , tom. II , n°. III. )

Cet accord fut confirmé, le 21 mai 1167 , par le pape Adrien IV , à la prière d'Ardutius, et souscrit par douze car-, ùinaux, et Roland , chancelier de l'église romaine. Pour donnerplus de force à sou bref, Adrien en fit expédier, le même jour, , un autre par lequel il prend sous la protection du saint siège 1 église de Genève, et confirme le diplôme qu'elle avait obtenu, l'an 11 53, de l'empereur Frédéric. (Spon, Hist. de Genève, tom. Il , n05. iv, v. ) Amédée refusant de se rendre à ces articles , l'archevêque de Vienne , soit en cette qualité, soit comme légat apostolique , jeta l'interdit sur sa terre , avec menace d'en venir à l'excommunication. Le prélat , quelque tems après , ayant appelé les parties à Àix en Savoie, fit consentir le comte à reconnaître l'évéque pour seigneur unique de Genève et de son territoire. Cet aveu ne rétablit pas néanmoins la paix entre le comte et le prélat. Amédce, pour l'éluder, prétendit qu'il n'y avait pas compris les droits régaliens, et voulut en conséquence exercer l'autorité suprême à Genève. L'évéque,, pour détruire cette chicane , eut recours à l'antipape Victor, qu'on reconnaissait alors pour légitime pape dans l empire, et obtint de lui un bref du icr. avril 11G0, par lequel il déclarait que les régales, ainsi que la seigneurie, appartenaient à l'évéque seul de Genève , et ordonnait qu'Amédée restât sous l'interdit prononcé contre lui par l'archevêque de Vienne , jusqu'à ce quil eût renouai a sa prétention. ( Spon, tom. Il , n°. vi.)>

ia6 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

Ce bref, loin Je vaincre l'obstination d1 Amédée, ne servit qu'a le rendre plus ingénieux pour venir à bout de son dessein. Ami de Berthoid IV, duc de Zéringen, il l'engage à demander k l'empereur Frédéric , comme suzerain du royaume de Bourgogne, le vicariat sur les évêchés de Genève, de Lausanne et 3e Lyon. Berthoid l'ayant obtenu, le rétrocéda au comte de Genevois. L'évêque Ardutius, apprenant cette manœuvre , alla trouver l'empereur à Saint-Jean de Lône , où il tenait sa cour plénière, et réussit à le faire revenir de la surprise qui lui avait été faite. Frédéric, en conséquence, par sa bulle du 8 septembre ii 6a, adressée clero , casatis, militibus , burgensibus et habitatoribus de Genève , révoqua la grâce qu'il avait accordée au duc Berthoid , déclarant qu'il n'y a dans Genève et son territoire , ni ne doit y avoir après lui d'autre souverain que l'évoque. ( Spon , ibid. n°\ vu , vin , ix. ) Amédée et le duc , qui étaient présents à ce jugement, témoignèrent qu'ils s'y soumettaient , et firent leurs excuses à l'évêque. Mais Amédée n'était nullement converti , comme il le prouva depuis par de nouvelles tracasseries qui obligèrent l'évêque à le frapper d'excommunication. Le comte parut atterré de ce coup, et, dans une grande assemblée à laquelle présidait l'archevêque de Tarentaise , il reconnut, ainsi que ses deux (ils, Guillaume et Amédée, qui l'accompagnaient, qu'injustement il avait tenté d'usurper les droits régaliens sur l'évêque de Genève, à qui fceul ils appartenaient. On fit depuis , en présence de l'archevêque de Tarentaise , de quatre autres prélats et de plusieurs autres personnes distinguées, une charte mi-partie, par laquelle Amédée et Guillaume, son fils, se déportèrent avec serment de toute prétention aux régales. ( Spon , ibid , n°. x.) Il paraît que la paix fut alors parfaitement rétablie entre le prélat et le comte. Nous voyons Amédée présent comme témoin , en 1 178, à l'acte par lequel Henri de Faucigni, neveu de l'évêque, fit constater par son oncle , après une enquête juridique , les droits qu'il avait sur le monastère de Condamine. C'est le dernier monument de l'existence du comte Amédée. lin mourant, il laissa de Mathilde , son épouse, fille de Pons , seigneur de Cuseau , deux fils , Guillaume , qui suit , et Amédée , seigneur de Gex , du chef de sa mère.

GUILLAUME, en succédant à son père Amédée , dans le comté de Génevois, se vit attaqué par des voisins puissants, qui lui disputaient une partie de son héritage. Obligé de prendre les armes pour sa défense, il obtint un succès dotit il se crut redevable aux prières et aux secours pécuniaires des Chartreux de Pomiers, à deux lieues de Genève. C'est ce qu'il énonce

MS ÉVÉQUES ET PRINCES DE GENÈVE. t»7

dans une charte de l'an 1179, par laquelle il leur abandonne tout ce qu'il possédait à Pomiers, moyennant la somme de ci(nq cents sous pour le donateur , cent pour sa femme , qu'il ne nomme point , autant pour Humbert, son fils aîné , et sous la réserve du droit de tennerance ou de cens. L'acte passé sou* les yeux de Robert , archevêque de Vienne, fait aussi mention d'Aimon, âgé pour lors de cinq ans, second fils de Guillaume. ( hibl. Sebus., pag. a5a. ) Mais à peine le comte se vit-il délivré de ses ennemis, qu'il le devint lui-même de son évêque, en renouvelant les querelles que son père avait suscitées à ce pré-

donne pleinement gain de cause à l'êvêque, et fut confirmée la même année , ou la suivante , par le pape Lucius III. ( Spon, tom. H , «os. X , xi. )

L'êvêque Ardutius ayant cessé de vivre, en n85, fut rem-1 placé par Nantelme,ou NantelïN, prieur de la Chartreuse (TA Mon. L'un de ses premiers soins fut de faire confirmer les droits de son église par l'empereur Frédéric et le pape Urbain III. La bulle du premier, donnée à Pavie, est du 10, no» verabre 118S, et celle du second, du 3i décembre suivant. (Spon , ibid, n°\ xm , XW. ) Mais elles ne firent pas revenir le comte Guillaume de ses premiers errements. Ce qui paraît lui avoir tenu le plus à cœur, c'était l'obligation que la sentence arbitrale de l'archevêque de Vienne et de l'abbé ue Bonneval lui avait imposée, d'abattre le nouveau mur qu'il avait fait construire pour agrandir son château de Genève , et par lequel il avait empiété sur les remparts de la ville. Nantelme crut le réduire en le citant au tribunal de l'empereur , qui séjournait pour lors à Casai. 11 y comparut , fit ses soumissions, et promit de se conformer au jugement que rendrait le conseil impérial ; mais, prévoyant qu'il allait être condamné, il s'échappa furtivement de la cour , et ne reparut plus. Le conseil alors , par jugement du xer. mars 118b, ayant prononcé la contumace contre lui, le déclara coupable de félonie envers l'empereur et l'êvêque , et déchu , en conséquence, des fiefe et bénéfices qu'il tenait de l'église de Genève, à laquelle ils étaient dévolus par la sentence de confiscation. Ses vassaux et tenanciers furent , par le même jugemeut , déliés à son égard du serment de fidélité , remis sous la main immédiate de l'êvêque , et lui-même proscrit de l'empire , avec pouvoir à tout homme de CQurir sur sa personne et ses biens. Comme ce jugement n'était point contradictoire, l'êvêque ne passa point à l'exécution, et laissa

encore le tems au comte de recourir à la médiation de l'archevêque de Vienne pour obtenir un nouvel accommodement. H y réussit ; et le prélat , en ctnhrmant dans tous ses points la sentence arbitraled'Aix, qu'il a\ait rendue deux ans auparavant voulut bien laisser en souffrance l'article de la suppression des nouvelles constructions que le comte avait ajoutées à son château de Genève. Guillaume se joua de cet accord , qu'il n'avait demandé, comme les précédents, que pour gagner du tems. Connaissant le peu d'autorité qu'avait l'empereur dans la haute . Bourgogne, et se croyant d'ailleurs assez fort pour faire tête à l'évêque, il se maintint dans la possession , non-seulement de son titre, mais des droits qu'il avait usurpés ; ce qui lui fut d'autant plus facile qu'on était alors tout occupé, dans l'Europe, d^s préparatifs d'une nouvelle croisade. L'empereur Frédéric l étant mort , l'an nyo, dans cette expédition , Henri VI , son fils et son successeur, perdit de vue les affaires de Genève, trop peu considérables à ses yeux en comparaison de celles qui semblèrent exiger toute son attention, (.es troubles qui suivirent la mort de Henri VI , arrivée l'an 1 197 , furent un nouvel encouragement pour le comte Guillaume , et servirent à l'affermir dans son obstination. L'évêque Nantelme mourut dans la peine vis-à-vis de lui, le i3 février iaoô, sans en avoir pu obtenir aucune satisfaction.

Bernard Chabert, chancelier de l'église de Paris, suivant le nécrologe de Saint-Victor, fut élu, vers Tan 1206, pour succéder à l'évêque Nantelme. Plus vigoureux que son prédécesseur, il travailla sérieusement à poursuivre 1 exécution des jugements qu'il avait obtenus contre le comte Guillaume. Pour y réussir , il eut recours à Thomas , comte de Savoie , prince déjà connu par la protection qu'il avait accordée à d'autres églises. Thomas, quoique gendre du comte Guillaume, répondit aux désirs du prélat d'autant plus volontiers . qu'en faisant la guerre à son beau-père, dont il était mécontent, il aurait occasion par-là de reculer les limites de ses domaines. Ses espérances ne furent point vaines. Le progrès de ses armes fut tel qu'il donna de l'alarme à l'évêque, qui , le voyant approcher de Genève , craignit qu'il ne fît revivre les prétentions de Guillaume. Mais le comte de Savoie dissipa ses appréhensions par une déclaration qu'il lui donna, le 14 octobre (fête k * de saint Calliste) de l'an 1211 , à Liégrins , en présence de deux abbés de Cîteaux , et d'autres personnes distinguées ; déclaration qui porte qu'étant devenu vassal de l'évêque par les conquêtes qu'il avait faites dans le Genevois , non-seulement il ne lui disputerait pas les droits régaliens sur Genève , mais

DES ÉtÊQUES BT FRIWGÈS DE OBNEVE; letj

fcju'H s'opposérait à tous ceux qui oseraient y donner atteinte , attendu qu'ils appartenaient exclusivement à L'église de Genève. (Spon, iùid, n°. xix. ) L'évêque Bernard eut sa part aussi dans la dépouille du comte Guillaume , qui perdit alors son titre de comte de Génevois. M. Lévrier compte , parmi les droits que le prélat recouvra sur lui , le forage, le vidonnat ou vidamat , et la pêche. Son église le perdit en im3, par la translation qui fut faite de sa personne sur le siège métropo-» lilain d'Embrun.

Pierre de Sessons , ayant succédé à Bernard Chabert , employa ses soins à perfectionner le bien que son prédécesseur avait commencé C'est lui qui (it Lalir le château de l'île du Rhône dans Genève. On lui doit aussi la reconstruction (le celui de Marval. Ce ne fut point là où se borna, suivant M. Lévrier , le bien qu'il fit à son église. « Il établit à Genève , dit- » il, des manufactures, lia un commerce avec Lyon 4 améliora » les revenus, acquitta d'anciennes dettes, établit le premier » un officiai pour l'administration de la juridiction ecciésias- » tique contentieuse , un docteur en théologie pour l'instruc- » tion de la jeunesse ecclésiastique , etc. » Cependant , il eut avec son chapitre des contestations qui éclatèrent , et occasionèrent une information qui fut ordonnée par le pape Innocent 111 ; mais il ne paraît pas qu'elle ait eu de suite, parce quô la plupart des griefs allégués contre le prélat, étaient frivoles et inspirés par la passion. Les catalogues des évêques de Genève placent sa mort en 1219.

Ai mon de Granson fut le successeur de Pierre de Sessons. On est étonné de le voir, au commencement de son épiscopat , tellement réconcilié avec le ci-devant comte de Génevois i Guillaume, que, sans qu'il paraisse aucune opposition de la part du comte de Savoie, gendre de celui-ci , il consentit à lui rendre son comté, suivant les conditions qui furent réglées par l'archevêque de Vienne, et dont voici la substance : Tous les ancien» droits de seigneurie, de régales et de souveraineté , appartenants à l'église de Genève, y furent confirmés tels Qu'ils étaient détaillés dans les transactions précédentes; ce qu on y ajouta de plus, concerne les quatre principaux officiers du comte, savoir le sénéchal , le maréchal, le pannetier et le bouteillier, dont il est dit qu'ils jouiront des mêmes privilèges que ceux de l'évêque. A l'égard du nouveau mur que le comte avait été condamné, par le jugement de l'archevêque Robert, à détruire, et des otages qu'il devait donner pour sûreté de ses engagements , ces articles devaient rester en souffrance tant qu'il XVII. 17

î3o CHRONOLOGIE HISTORIQUE

plairait à l'archevêque et à ses successeurs. Cependant, au rieii de trente otages que le comte était tenu , par les précédents traités, de fournir, il fut convenu d'une somme de douze mille sous génevois, qu'il paierait en cas d'infraction ; et , pour eaulion de cette somme, il présenta dix-sept gentilshommes du pays » possesseurs des fonds suffisants, qui s'obligèrent à fournir chacun pour sa part les douze mille sous , au cas que le comte donnât atteinte à aucun des articles convenus. Ils firent plus; ils promirent avec serment de se rendre solidairement otages les uns pour les autres , jusqu'au parfait remboursement de la somme totale. Guillaume , après cela , fit hommage-lige à 1 evêque , qui l'investit de nouveau du comté de Génevois avec' Panneau ; et par là finirent les querelles qui avaient duré si long-tems entre l'église de Genève et les comtes de Génevois. L'acte , muni des sceaux de l'archevé*que de "Vienne , de l'évéque de Genève , et du comte Guillaume , fut passé à Dissingien , près de Seissel. (Spon , tom. Il, n°. xx.) Guillaume r depuis ce tems, devint une nouvel homme, aussi paisible, aussi religieux, aussi équitable qu'il avait été fourbe , impétueux et querelleur. H mourut l'an 1226, au plus tard, suivant Guichenon , et fut inhumé devant la porte de l'église de Sainte-1 Catherine, sur Anneci, oui devint un monastère cistercien, fondé par sa femme Béatnx, fille de Gui de Valpergoe et de Béatrix Visconti. De son mariage . il eut Humbert , mort , non du vivant de son père , comme le marque Guichenon , mais peu de tems après; Guillaume, qui suit; Aimon, seigneur d'Anneci , puis évêque de Saint-Jean de Maurienne ; et Béatrix, femme de Thomas, comte de Savoie. (Bièl. Sebus, p. 254, e* 3VI. Lévrier, chronoL hist.y tom. 1 , p. l'ô.)

HUMBERT et GUILLAUME IJ, tous deux fils du comte Guillaume I , lui succédèrent au comté de Génevois. Le premier mourut , comme on l'a dit , peu de tems après son père t laissant un fils, nommé Ebles, de sa femme Agnès, fille d'Axnédée 111 , comte de Savoie. Guillaume, après la mort d'Humbert, s'attribua le comté de Génevois à lui seul , sans en faire part à son neveu. Ebles se voyant frustré de la succession de son père, fit de vains efTorts pour la recouvrer. Persécuté à ce sujet par le comte, son oncle, il se retira en Angleterre, auprès du roi Henri III. Il y mourut, l'an 1269, sans enfants , après avoir institué son héritier Pierre , depuis comte de Savoie , par son testament daté du 12 mai de la même année. ( Guichenon y H. de 5m»., tom. I, p. 283.) En 1252, Guillaume, de con-' cert avec sa femme Alix de la Tour-du-Pihr et son fils aîné, confirma les donations faites, par son père et se» ancêtres, àt

DES ÉVOQUES ET PRINCES DE GENEVE. l3c

la chartreuse de Pomiers. ( Bibl. Sebus , p. a540 Dans cet acte y il nomme ses enfants , vivants alors , savoir Rodolfe , qui suit ; Amédée , évêque de Die ; Aimon , prévôt de l'église de Lausanne; Henri-Robert y chanoine de Vienne, et depuis. évêque de Genève ; Guillaume; et Gui , qui devint évêque de Langres en 1266. A ces enfants, MM. de Sainte-Marthe ajoutent Jean , évêque de Valence ; et M. Lévrier , Béatrix , femme , dit-il , de Ronselin , seigneur de Lunel , en Languedoc. Depuis cette année, on ne trouve plus de traces de Guillaume il , qui fut remplacé par son fils aîné qui suit.

RODOLFE f (ils aîné du comte Guillaume II, lui succéda au comté de Génevois. Pierre, comte de Savoie, étant revenu d'Angleterre dans ses états, se mit en état de faire valoir les droits qu'Ebles, fils d'Humbert, lui avait cédés par son testament sur le Génevois. Ayant défait Rodolfe dans un combat f il lui reprit les châteaux de la Roue et des Clés , dont il s'était empare, et l'obligea, en les lui rendant, de lui en faire hommage. (Guichénon.) On ignore Tannée de la mort du comte Rodolfe; mais il était remplacé, l'an 1268, par Aimon III f son (ils aîné , qu'il avait eu de Marie de Coligni, sa femme, dame de Varei , dans le Bugei, qui vivait encore en 1285. Les autres enfants qu'il laissa d'elle, sont Amédée, dont on parlera ci • après ; Gui, chanoine de Scnlis , mais non pas* comme on le dit, abbé de Saint-Seine; Jeanne, mariée à Guichard V[ , sire de Beaujolais ; et Marguerite , épouse d'Aimar IV, comte de Valentinois.

L'évêque Aimon de Granson finit ses jours Tan 1260, après environ quarante ans d'épiscopat. Ulric, ou Henri, prieur de la chartreuse de Portes , lui succéda la m£me année. Ce prélat termina, l'année suivante, le 3 mai (mardi après la Quasimodo') , par la médiation d'Agnès , comtesse de Savoie, les différents qu'il avait avec Simon de Joinville, seigneur de Gex, touchant divers droits qui étaient en litige entre eux* (Spon , tom. 11, n°. XXII.) Le regret de sa solitude le détermina, l'an 1268, au plus tard, à quitter l'épiscopat pour y retourner. Il y mourut, l'an 1275, suivant MM. de Sainte- Marthe.

Aimon de Menthonai fut le successeur d'Ulric , ou Henri, sur le siège de Genève. Pierre, comte de Savoie, lui donna une marque singulière de sa confiance , en le nommant eiécuteur de son testament, daté du 6 mai 1268. Agnès de Faucigni > veuve de ce comte % chargea pareUlement ce prélaà

l3s CRBOKOLOG1B HISTORIQUE

de l'exécution d'un codicille qu'elle ajouta , le 9 août de la même année, à son testament. On le voit présent au mariage du prince Amédée de Savoie (depuis comte, cinquième de son nom), avec Sibylle de Baugé , célébré, le 5 juillet 1272, au château de Chillon , dans le pays de Vaud. La mort de ce prélat arriva l'an 1281 au plus tard.

AIMON III) fils aîné de Rodolfë , comte de Génevois , était pourvu de ce comté, soit par résignation, soit par la mort de son père, Tan 1268, comme le prouve une charte de In veille de Noël de cette année , par laquelle il reconnaît avoir reçu du prieur de la chartreuse de Mairia la somme de trentesix livres viennoises, pour la concession quftl lui avait faite des pâturages de Varei. (BiW. Mus. , p. 247.)

Robert de Genevois, oncle du comte Aimon III, et fils du comte Guillaume II , étant monté sur le siège de Genève, l'an 1282, oublia les intérêts de son église pour favoriser les vues ambitieuses de son neveu. Lui ayant cédé Ja garde de tous les châteaux de révêché, il souleva, par cette conduite perfide , toute la ville de Genève , qui, depuis long-tems, vivait dans une parfaite intelligence avec ses évêques. Se voyant à la veille d'être asservie par la maison de Génevois, elfe ne vit pas d'autre parti à prendre, pour se préserver du joug dont elle était menacée, que de se jeter entre les bras du comte de Savoie, dont l'intérêt s'opposait à l'agrandissement de cette maison, de tout tems rivale de la sienne. Amédée V qui régnait alors en Savoie, reçut avec joie la députation de Genève ; et, Tan 1285 , par traité fait le lundi après la Saint-Michel ( Ier. octobre ) , il s'engagea, pour lui et ses successeurs , à prendre sons sa sauve garde tous les habitants de cette ville , clercs ou laïques, et à défendre leurs droits , leurs franchises et leur liberté envers et contre tous leurs ennemis, de la même manière que s'ils étaient ses propres sujets , ajoutant que si leur évéque , ou tout autre en son nom, s'avisait de les inquiéter, pour raison de ce traité, ou pour toute autre cause , et entreprenait de les tra^ duire à la cour de Rome, ou ailleurs, ou d'exercer contre eux quelque violence, il leur prêterait secours et main-forte à ses propres dépens, aussitôt qu'ils l'en requerraient, soit par luimême, soit par le châtelain qu'il aurait à Genève, soit par . tous ses officiers des environs ; promettant en outre de ne faire ni paix ni trêve sans leur consentement. Enfin il ordonne à tous ses officiers de prêter, entre les mains des citoyens , serment de garder et observer les articles de ce traité, qui fut dressé dans Genève même , ou le comte Amédée s'était rendu,

DES ÉVÊQUES ET PRINCES DE GENEVE. l33

(Spon, tom. II, n°* xxin.) Ce prince, dans le même teins , s'ctant emparé du château de L'île, s'y fortifia» et profitant de la bonne volonté des habitants , il commença d'exercer la juridiction du vidomnat , tant en dedans qu'au-dehors de la ville. (M. Lévrier, p. i53.) Il faut nécessairement supposer que le comte de Genevois était alors absent de Genève, puisqu'on n'aperçoit ici aucune résistance de sa part contre les entreprises du comte de Savoie. Outré de la démarche de cette ville , et étant hors d'état dans le moment de s'en venger , il avait sans doute été trouver le dauphia Hurobert I, avec lequel on voit <ju'en effet il fit une ligue pour recouvrer les concessions que lévéque, son oncle, lui avait faites. Muni du secours de cet allié, il se jeta sur les pays de Bugei, de Valromei , de Vaud et de Chablais, et même sur la Savoie , où il sema le carnage et la désolation. Amédée ne manqua pas d'user de représailles. Enfin, après deux ans d'hostilités, on en vint, Tan 1287, à un accommodement , où l'on se rendit ce qu'on s'était pris de part et d'autre , après quoi le comte de Genevois fit hommage au comte de Savoie des fiefs qu'il tenait de lui , soit près clé Genève, soit en Savoie.

Robert , évêque de Genève , qui , par son aveugle dévouement pour sa maison, avait occasioné les troubles dont on vient^ île parler , mourut avant qu'ils fussent cahnés. H eut pour successeur, selon MM. de Saintes-Marthe , suivis par M. Lévrier, Guillaume de Cou flans , chanoine de Lyon, élu en 1288,

Le comte Ai mon termina sa carrière en 1290, après avoir épousé, i°. dans le mois de septembre 1271 , Agnès de Mont-* jaucon, dame d'Aurosse, fille d'Aimon de Montbéliard, morte en 1277 ; a0, au mois de juillet 1279 , Constance de Béarn, dont il n'eut point d'enfants. Du premier lit , il laissa deux filles, Jeanne, dame du Wache, en Genevois , mariée, en 1286, à Philippe de Vienne, seigneur de Poigni ; et Comtcsson, qui épousa , Tan i3oi , Jean de Vienne , seigneur de Mirebel.

AMÉDÉE II, frère puîné d'Aimon, fut son successeur dans le comté de Genevois, au défaut d'enfants mâles de ce dernier.

Le comte de Savoie n'avait point perdu de vue ses intérêts, dans les services qu'il avait rendus à l'église de Genève. 11 le prouva bien pendant la vacance qui suivit la mort de Tévêque ïlobert. Dès que ce prélat eut les yeux fermés, il s'empara du château de l'île. Il n'en demeura point là ; regardant comme tes propriétés les objets qui ne lui avaient été cédés qu'à titre

précaire, dans l'église de Genève, il eu exerça les droits eu

maître inrommutable. Le nouvel év<*gue , Guillaume, ne souffrit pas tranquillement cette usurpation. 11 réclama le château de l'île du Rhône f le vidomnat , la pèche, les péages par terre et par eau , avec tous les droits domaniaux et seigneuriaux, comme le patrimoine inaliénable de son église. Le comte de Savoie offrit de les restituer, mais à condition qu'on lui paierait la somme de quarante mille marcs d'argent , qu'il prétendait lui être dûs pour dédommagement des irais de la guerre qu'il avait soutenue en qualité de vassal de l 'église de Genève , contre ceux qui avaient fait des usurpations sur elle. En conséquence, il déclara qu'il garderait , par forme de nantissement , et pour sûreté de ses avances, jusqu'à son remboursement, tout ce qu'il avait reconquis. Après diverses monitions, qui n'eurent aucun effet, l'évéque en vint jusqu'à l'excommunication , qui fut prononcée le 10 janvier 1290. Le comte ayant appelé de celte sentence à Rome , les parties commencèrent à se rapprocher , et, le 19 septembre de la même année, elles s'accommodèrent de la manière suivante. Le comte remit à l'évéque la pèche , les péages , les moulins , casalia molendinorum , ainsi que la seigneurie et autres droits ; et , de son côté , l'évéque lui laissa en nef, pour la vie de l'un et de l'autre, toto tempore vitœ no trœelcomilist le vidomnat, dont le comte lui fit hommage 1 consentant que celui qui exercerait cet office en son nom, prêtât serment de fidélité au prélat et à ses officiers, et leur rendît compte des émoluments dont l'évéque conservait une portion.

A l'égard du château de l'île, pour la restitution duquel le comte demandait des sommes exorbitantes, il fut convenu que cet article serait mis en arbitrage, et que, pendant qu'il resterait en souffrance, le châtelain que le comte mettrait dans la place , obéirait à l'évéque et aux mandements qui lui seraient adressés de sa part pour garder ou relâcher les prisonniers qui y seraient détenus ; car ce fort était la prison publique ( Spon, n°. xxi, et M. Lévrier, tom. l,pp. 157-161.)

Le bon prélat s'imaginait avoir, par cet accord, assuré sa tranquillité ; mais le comte de Savoie ne tarda pas à le désabuser. A la faveur du vidomnat qui lui était confirmé , il prétendit que toute juridiction lui appartenait dans Genève, quoique ce titre ne lui donnât que la basse justice, avec la police en première instance, et l'exerça d'une manière militaire et despotique. Les officiers de l'évéque ayant voulu s'opposer à ses entreprises, il les chassa, et ne connut plus d'autre loi que sa volonté. Le prélat, ainsi restreint à son autorité spirituelle, crut devoir employer les voies canoniques contre son oppresleur, et montra , dans l'usage qu'il en fit, la prudence et la

DES ÉVÊQUES ET PRINCES DE CEnivE. l35

modération qui convenaient à son caractère. Ayant convoque j dans l'église de Saint-Pierre , son chapitre , son clergé et son peuple , le jour de la Purification 1291, il fit dresser, par un notaire impérial , nommé Jean de Russins , une monition canonique , adressée au comte, qui fut répétée, le i3 de mai suivant, sans qu'on voie l'effet qu'elle produisit. L'évêque, dans sa détresse, se tourna du côté du comte de Genevois ; et , pour le mettre dans ses intérêts, il lui accorda , en accroissement de fief, tout le cours du Rhône , depuis le ruisseau nommé Arunda jusqu'à la Cluse. C'était alors AMEDEE II , fils d'Ainion, qui occupait ce comté. Aussi intéressé que tout autre à s opposer aux excès du comte de Savoie , il entra dans la ligue ue formèrent, dans le même tems, le dauphin et les seigneur» e Faucigni et de Gex contre ce prince. Les confédérés , s'étant présentés au mois d'août devant Genève, firent des efforts impuissants pour s'en rendre maîtres. Obligés de se retirer , ils mirent le feu, dans leur désespoir, aux faubourgs. Le dauphin fit encore pis ; il pilla , en s'en retournant , les terres de l'évêque et du chapitre.

Délivré de ces ennemis , le comte de Savoie reprit ses premiers errements vis-à-vis de l'évêque de Genève. Les officiers qu'il nomma, pour faire en son nom les fonctions du vidomnat , ne daignèrent pas même prendre l'attache du prélat avant d'entrer en exercice. Ne connaissant plus de limites dans leur juridiction, ni dérègle dans leurs jugements, ils entreprenaient sur les matières ecclésiastiques , et s'arrogeaient le droit d'accorder des dispenses, telles que la permission de se marier en secondes noces. Les officiers de l'évêque ayant voulu s'opposer à leurs violences , ils en firent arrêter plusieurs , même dans le palais épiscopal, et les jetèrent dans des cachots. Leur audace alla même jusqu'à porter leurs mains sur la personne du prélat , qui fut obligé d'aller chercher dans son église un asile contre la mort. Revenu de sa frayeur, il tint , le 14 février 1293, dans le jardin des Frères prêcheurs, une grande assemblée d'abbés , de chanoines , de curés , de religieux et de nobles , à laquelle se trouva le comte de Savoie lui-même. Là, il prononça tout Haut, en présence de l'assemblée , fit rédiger ensuite par écrit et remit au comte , en mains propres, un acte solennel , con-^ tenant des protestations sur tout ce qui s'était passé, avec des monitions et sommations d'y faire droit. « On y voit que l'église » de Genève est seul et unique seigneur, et qu'elle a la princi- >• pauté dans la ville , ses faubourgs, châteaux et dépendances ; » que la juridiction , de pur et mixte empire, s'y exerce, sous » son autorité , par ses vidamnes , juges et autres ofïïciers et » ministres de toute espèce, et qu'elle tient ce droit immé*

l36 CHRONOLOGIE tilStO*I(?TJE

» diatcment de l'empire On y rappelle, au comte de Savdie^

» qu'il n'est que le vassal de cette même église.... que, si dan» » le principe il a profilé de la vacance de Ta chaire pour usur- » per le vidomnat et le château , sa possession n'est devenue » légitime que par la concession de 1 évêque ^ faite sous cet*-* » taines conditions ; mais qu'elle cessera d'être légitime s'il

» n'exécute pas ces mêmes conditions On lui observe qu'en

m aucun cas on ne peut supposer que l'église ait voulu se dé-* » pouiller de sa juridiction pour en attribuer au comte une ex- » clusive, ni qu elle ait entendu renoncer à sa supériorité et au » droit de ressort souverain ; enfin , après avoir rapporté tontes » les clauses de l'accord de 1290 4 et les avoir rapprochées des* » actes de violence et des infractions dont il se plaint , l'évêque » finit par déclarer au comte qu'il n'est pas dans l'intention de » revenir sur ce Qu'il a fait, parce qu'il espère qrue le comte lui » rendra justice «t rangera ses gens dans le devoir ; mais il » l'avertit en même tems que s'il n'y met ordre , il lui retirera » le vidomnat , et agira vis a-vis de lui comme l'exige son mi- » nistère , pour la conservation des droits de l'église qui lui est » confiée , et pour le maintien du bon ordre et de la paix.' » (Spon, t. II, pp. 68-78 ; et M. Lévrier, tom. I, pp. 168-17 1.) Le comte de Savoie, frappé des moyens allégués dans cet acte, et des menaces qui les accompagnaient , donna des ordres pour arrêter l'impétuosité de ses officiers, et les contenir dans les bornes de la modération et du respect envers l'évêque de Genève. Le 10 décembre de la même année, par la médiation de l'évêque de Lausanne et d'Àmédée , grand- chantre de Lyon et depuis évéque , il accommoda les différents qu'il avait avec le comte de Génevois. Il fut convenu entre eux que le château de l'île resterait entre les mains du comte de Savoie, jusqu'au remboursement de la somme de i5,ooo marcs qu'il répétait sur l'église de Genève. Le comte de Génevois lui fit ensuite , le a5 janvier 1294, hommage, non pour son comté, mais pour les fiefs qu'il possédait dans celui de Savoie. ( M. Lévrier, ibid.)

L'évêque Guillaume de Conflans ne survécut pas long-tems acet arrangement. On ignore le tems précis de sa mort \ mais il était remplacé , l'an 1295, par

Mabtin, sur la naissance et la patrie duquel on n'a aucune lumière. A son avènement, il trouva la fabrique de sa cathédrale chargée de dettes et obligée de faire des dépenses considérables pour continuer la construction de ce grand édifice qui n'était point encore achevé. Les châteaux de l'évêché avaient aussi besoin de grandes réparations. Le prélat jugea de plus qu'il était indispensable, pour la sûreté du commerce, de faire battre à <ie^

DES ÉVÉQUES Et PRINCES DE GENÈVE. i3j -

nève de la nouvelle monnaie à son coin, suivant le droit qi'îl en avait comme prince souverain , afin d'arrêter , dans son diocèse, le cours des mauvaises monnaies que les princes voisins y * faisaient répandre. Mais comme cette entreprise , jointe à la në^ cessité des réparations à faire, demandait de grandes dépenses f '. il assembla sur cela son chapitre le 1 1 juin i3oo ; d'un avis commun, il fut réglé que, pendant trois ans, les fruits et les revenus de la première année des bénéfices qui viendraient à va- : auçr, seraient retenus pour en appliquer la moitié à la dépense I dont on vient de parler, et l'autre moitié à la fabrique de l'église de Saint-Pierre. 11 fut encore résolu que, si par quelque conlre-tems, la nouvelle monnaie projetée ne se fabriquait pas, i l'argent qui serait destiné pour en soutenir la dépense, serait employé à la réparation /les châteaux et de l'église. Un lombard d'Asti , nommé Benjamin-Thomas , «'étant présenté pour la fabrication des nouvelles monnaies, l'évoque lui en accorda le privilège pour six ans, aux conditions marquées dans l'acte de cette concession. ( Spon , tome 1 , pp. 57-68. )

L'évêque Martin termina sa carrière en i3o4 , et eut poursuccesseur àmédée du Quart, le même qui, étant chantre de l'église de Lyon , fut un des entremetteurs, comme on l'a dit , de la paix conclue, en. I2g3, entre les comtes de Savoie et de- Génevois. L'un de ses premiers soins fut de se faire rendre hommage par les vassaux de son église. Etant venu trouver le comte de Génevois dans son château de Sacconai , il y reçut de lui cette marque de soumission, le 29 avril i3o5, en présence d'environ quinze témoins, et en fit dresser l'acte, dans lequel ce seigneur avoue tenir de l'église de Genève en fief-lige tout» ce qu'il possède ou doit posséder dans la banlieue de cette ville, divers châteaux qui sont détaillés, et le cours du Rhône, tant pour le domaine que pour la pèche dans un espace détermine. Guillaume de Joinville , seigneur de Gex , s'acquitta dumême devoir envers le prélat , à Seissel, le dimanche après la saint Jean-Baptiste ( 27 juin de la même année ) ( Spon , t. II f n°'. xxix , xxx.) Le prélat , gagné par les déférences du comte de Génevois, souffrit qu'il bâtît près de Genève le château GaiW lard. 11 permit, dans le même tems, à Hugues , dauphin , seigneur de Faucigni , d'élever celui de Lullin. Le comie de Savoie, regardant ces places comme de nouvelles barrières qu'on lui opposait, en prit occasion de recommencer la guerre contre l'église de Genève. Le pape Clément V , apprenant à Lyon les premières hostilités du comte , interposa son autorité, dans le inois de mars i3o6, pour les arrêter , en ordonnant une trêve jusqu'à ce qu'il eût connu des motifs qui les avaient occasionées. Cet ordre n'empêcha pas le comte de Savoie d'aller faire le XVII. ici

l38 * CHRONOLOGIE HISTORIQUE

siège do château de Marval , dont il s'empara , et qu'il rasa dans le mots de juin de La même année. L'archevêque de Tarenlaise réussit néanmoins , le 2.0 de ce mois , à faire signer aux parties un nouvel accord, par lequel le comte obtint la juridiction pleine et illimitée dans le vidomnai , à l'exception des causes que l'évéque voudrait se réserver. Mais le prélat , voyant qu'il allait toujours au-delà des bornes qui lui étaient prescrites, prit la précaution de s allier avec le comte de Génevois et le dauphin de Viennois , et s'assura en m£me tems de la bonne volonté de la communauté de Genève, pour réprimer ses entreprises. Les deux seigneurs, par serment du 5 mai 1^07 , s'engagèrent à ne jamais rien entreprendre sur la juridiction de l'évêque , et à maintenir les citoyens de Genève dans leurs privilèges et franchises.

Le comte de Génevois regrettait toujours la perte du château de l'île du Rhône. Pour en déloger le comte de Savoie , en l'occupant ailleurs, il va lui enlever le château d'iint remonta bien assuré qu'il rassemblerait ses forces pour le reprendre. Tandis qu'il le voit devant cette place , il se rend aux portes «de Genève , où il demande à parlementer avec les habitants. Mêlant dans son discours les menaces aux promesses , il leur fait entendre qu'il ne tient qu'à lui d'emporter de vive force la ville ; ma<s que, par affection pour eux et par respect pour l'église de Genève , il aime mieux tenir de bonne volonté le recouvrement d'une place qu'un ennemi , dont ils ont euxmêmes tout sujet de se défier, lui a injustement ravie ; que, n'ayant jamais attenté a leurs droits et libertés , il n'y a nulle apparence qu'il entreprenne de les violer à l'avenir. Choisissezdonc, leur dit-il en finissant , ou de me recevoir comme ami, ou de m'obliger, contre mon inclination, à vous traiter^en rebelles. Ce discours , rapporté à l'assemblée générale , partagea les esprits. Le château de l'île se déclara pour le Savoyard , et celui du Bourg-du-Four pour le comte de Génevois , auquel il appartenait. On vint aux armes ; et ce dernier, après avoir perdu cent trente-deux hommes , fut réduit à prendre la fuite, l-'évêque , outragé par les vainqueurs, sortit lui-même de la ville, ne s'y croyant plus en sûreté, et alla se réfugier auprès du comte de Genevois dans son château du Wache. Dans sa retraite , il ne s'oublia pas néanmoins , ni les droits de son église. Le 3 septembre 1^07 , il fit , avec le. comte de Génevois et le baron de Faucigni, un traité portant que ces deux seigneurs ne feraient aucune paix ni trêve , jusqu'à ce que l'évêque fût recouvré sa ville de Genève , avec les droits et la juridiction qu'il y avait ; que s'il arrivait que les châteaux de l'église, saceux de Justi , de Penei et de Salas fussent assiégés p3f

DES ÉVÊQUES ET PRINCES DE GENÈVE. l3p,

qui que ce soit , ils viendraient au secours du prélat avec un nombre suffisant de troupes ; que l'évêque pourrait tenir sa cour et établir son officiai en quelque lieu de son diocèse qu'il jugerait à propos , et aue lesdits seigneurs de Genevois et de Faucigni, bien loin de s y opposer, protégeraient et défendraient la cour épiscopale ; enfin , qu'ils feraient en sorte que Jean, dauphin de Viennois, Jean de Châlons , seigneur d'Àrlai, et Guillaume , fils du comte de Génevois , entrassent dans ce traité; ce qu'ils exécutèrent sur-le-champ même. (Sponv tom. I, pag. 60.) Apprenant que Louis, frère du comte de Savoie , se disposait à faire battre monnaie dans Nyon , ville enclavée dans le pays de Vaud (1), dont il était seigneur, et faisant partie du diocèse de Genève , il prit des mesures pour arrêter cette entreprise , attendu qu'à lui seul appartenait exclusivement, dans tout le district de son église, le droit que s'arrogeait ce prince. Mais Louis alléguait , pour le faire valoir , desconcessions impériales accordées tant à lui qu'à son père , qui vraisemblablement avaient été surprises* On disputa beaucoup, et enfin il fallut en venir à une composition , qui fut réglée, le a ami i3o8, par des arbitres choisis de part et d'autre; Le prélat consentit que Louis fît frapper à Nyon des espèces monnayées , sous les clauses suivantes ; savoir , qu'il emploieraitdans la fabrique des siennes un coin différent de celui de l'évêque; qu'il tiendrait ce droit en fief de lui ; et lui en ferait hommage ; qu'il défendrait l'église en bon et fidèle vassal ; que l'évêque aurait le quart du bénéfice de la fabrication, et serait en droit d'en faire faire l'essai ; que le monnayeur prêterait entre ses mains le serment de fidélité ; enfin , que cette nouvelle monnaie n'empêcherait pas le cours de celle de l'évêque dans toute l'étendue de son diocèse. ( Spon , tom. Il , n°. xxx. )

(1) Nyon fait aujourd'hui paitie du canton de Rerne, avec bailliage , qui est fort étendu. Cette ville est, suivant M. Tscharner, la Colonia cjucstris NovioJunum de Pline, de Plolémée , et d'autres anciens auteurs. Aussi y a-t-on trouvé, dit-il, plusieurs inscriptions curieuses , et des antiquités assez remarquables. Le canton des environs se nommait encore, dans le onzième siècle, Pagnus equcstricus. Sous les comtes de Savoie, elle était une des quatorze villes qui formaient' les états du pays de Vaud, et on la compte encore au nombre de ce qu'on nomme les quatre villes de ce pays-là. « La ville de Nyon, dit le » même auteur, est dans une situation fort agréable; elle a de jolies » promenades, et jouit d*une très-belle vue sur le lac. Elle est en » général tres-bien bâtie. Le b iilli fait sa résidence dans un château » ancien , mais vaste , sur une émiaeiLce qui domine le. grand chemin » et le lac. »

AMÊDÉE II , comte de Genevois , après avoir fait son testament au mois d'octobre i3o6 , mourut le 2a mai i3o8, et fut inhumé à Montagni. Agnès de Chalon , sa femme, lui survécut au moins jusqu'au 18 octobre i35o, date de son testament. De leur mariage sortirent trois enfants , Guillaume , qui viendra ci-après; Amédée, évêque de Toul ; et Hugues, seigneur d'Anton , par son premier mariage avec Isabelle , dont il eut Aimon, décédé sans postérité ; et Béatrix , mariée à Frédéric , marquis de Sa lu ces.

GUILLAUME III , fils aîné d' Amédée H et son successeur au comté de Genevois, était marié, dès le mois de septembre 1297 , avec AgnÈ^, fille d' Amédée V, comte de Savoie. Préférant son père , par un mouvement naturel , à son beau-père, il avait épousé les querelles du premier avec le second. Après l'avoir perdu , il travailla a se réconcilier avec le £omte de Savoie , auquel il commença à rendre hommage ; après quoi il fit avec lui un traité daté du château de l'Espérance, en Dauphiné, le io novembre i3o8, à la suite duquel il écrivit à tous les seigneurs de sa mouvance pour les inviter à lui refuser le service qu'ils lui devaient, et même à se déclarer contre lui, au cas qu'il viendrait à violer les articles dont il était convenu avec ce comte. Rien ne semblait mieux prouver la sincérité de cet hommage, et rien dans la suite ne le démentit.

L'évêque de Genève, s'ennuyant de son exil, cherchait les moyens de rentrer avec honneur chez lui. Mais la faction savoyarde, dominant toujours a Genève, s'opposait à sou retour. Ayant en vain employé les moyens de conciliation pour l'obtenir, il eut enfin recours aux voies juridiques, et fit citer les rebelles devant l'archevêque de tienne. Il alla plus loin : il fulmina contre eux une sentence d'excommunication ; et par ce moyen , dit M. Spon , il les fit condescendre à ses volontés. Le peuple fut assemblé au son de la trompette et de la grosse cloche avec le clergé dans l'église de Saiut-Gervais ; l'évêque y fut reconnu prince et seigneur avec toute juridiction et mixte empire ; et (il fut arrêté) que les syndics ne se mêleraient d'aucune affaire qui préjudieierait à son autorité ; étant de plus condamnés à réparer les dommages avenus par les agressions des citoyens depuis la guerre avec le comte de Génevois; que de plus, ils bâtiraient pour amende , des halles au Mollard , desquelles Févêque recevrait les deux tiers, et les citoyens l'autre, pour les réparations o*es portes de la ville. (Spon, t. 1 , pag. 61-62.) Ce lut à cette époque seulement, dit M. Lévrier, que l'évêque, qui était sorti depuis 1^07 , rentra dans Genève % et reprit

MS ÉVOQUES ET PRINCES I>E GEltàVE. ifc

possession de son siège. Il fut reçu , ajoute-t-il, avec beaucoup de pompe et de cérémonie. (Wd^ t. I , p. 194.) Le roi des Romains, Henri VU, allant en Italie, Van i3io, pour y recevoir la couronne impériale, fut amené par le comte di Savoie à Genève, où il fit une entrée solennelle, le mardi après la Saint- Michel (6 octobre). L'évêque l'accompagna ensuite dans la Lombardie, et obtint de lui , par un diplôme donné au camp devant Brescia, le droit de lever un denier sur chaque coupe de blé , et deux sur chaque sommée de vin qui sortirait de la ville. Il ne jouit pas long-temps de cette concession, étant mort sur la fin de Pan i3n. (Spon, iltid.)

Pierre de Fàucighy , prévôt de la cathédrale de Genève, fut élu, non pas le jeudi après Pâques (19 avril) de Tan i3i3 , comme Spon le marque , mais au commencement de cette année , pour remplir le siège de cette église. Ce qui le prouve, c'est que le jour des nones, ou le 7 de mars, Guillaume, comte de Genève , lui fit hommage de son comté avec tous les châteaux et droits qui en dépendaient, tant ceux dont il était en jouissance que ceux dont il était privé par des usurpations. (Spon, tom. 11, n. xxxiii.) Le comte de Savoie ne fut pas si prompt à s'acquitter du même devoir envers le prélat.' 11 se tint , à ce sujet , plusieurs conférences entre les députés de l'évêque et ceux du comte , qui, à la fin , par acte du 2 décembre 1319 , promit de lui faire hommage, et serment de fidélité quand fl en serait lequis. (Spon, ibid. , n. XXXII.)

Le comte de Genevois, dans un besoin d'argent , fut obligé d'emprunter de l'évêque une somme de cinq cents livres, pour laquelle il lui engagea le château du Bourg-du-Fourg , situé au-dessus de Genève. La prudence demandait que le prélat ne confiât la garde de cette place qu'à une personne dont rattachement et la fidélité lui fussent assurés. 11 fil le contraire, et en nomma châtelain Gui de Fillins, homme dévoué au comte de Savoie. Edouard et Aimon , tous deux fils de ce prince, Guichard, sire de Beaujolais, et Hugues de Fillins, d'intelligence avec le châtelain et quelques habitants de la ville, s'étant introduits, le 10 août i$20, dans le château, le rasèrent après avoir pillé ce qui appartenait à l'évêque et au comte de Génevois. La faction savoyarde , se trouvant , par là, maîtresse de la ville , s'empara du commandement civil et militaire , et maltraita les partisans de l'évêque , qui , ne se croyant pas lui-même en sûreté dans la ville , se sauva dans son château <le Thiez. 11 envoya de- là des députés pour négocier avec les rebelles; les trouvant sourds à ses mandements et sommations, il Jeta l'interdit sur la ville. Les factieux s'en moquèrent , et

contraignirent les ecclésiastiques de continuer la célébration* du service divin. Enûn , le lundi après la décolation de saint Jean-Baptiste ( ier. septembre), il en vint jusqu'à déclarer nommément excommuniés, quatre des chefs de la révolte. Guillaume III, comte de Genevois , mourut dans ces entrefaites, laissant de son mariage avec Agnès de Savoie, un fils, qui suit.

AMKDÈE III , fils de Guillaume IIÎ, et son successeur, eut également comme lui , à se défendre contre la maison de Savoie, Un incendie qui, le 19 mars i32t , consuma une partie de Genève, le priva dés ressources qu'il pouvait espérer de cette ville , où il avait beaucoup de partisans. La mort d'Amédée V, comte de Savoie , arrivée le 16 octobre i323f en le délivrant d'un prince redoutable à sa maison 9 n'améliora guère son sort. Edouard , fils de ce dernier, et héritier de son ambition comme de ses états , n'était nullement disposé à rendre au comte de Genevois ce que son père avait usurpé sur lui. Il paraît , néanmoins, qu'il se montra plus équitable envers l'évoque Pierre de Faucigni , puisqu'au commencement de son règne on voit ce prélat de retour à Genève.

Le comte de Genevois s'étant ligué avec le baron de Faucigni et d'autres seigneurs, contre Edouard, on en vint, l'an i3^4, à un combat livré au pied du Mont-du-Mortier, où, suivant Guicbcnoii, les confédérés furent entièrement défaits. M. Lévrier n'en convient pas ,' et regarde comme douteuse l'issue de celte journée ; mais ce qui ne Test pas, c'est la victoire que remporta sur Edouard, l'année suivante, dans la plaine de Saint-Jean-le-Vieux, le dauphin de Viennois, avec le secours de ses alliés, du nombre desquels était le comte de Genevois.

Edouard étant mort le 4 novembre i32f), Aimon , son frère, qui le remplaça , se montra plus équitable que lui envers le comte de Génevois. On ne voit , en effet , aucune querelle survenue entre ces deux voisins; ce qui fait également l'éloge de l'un et de l'autre. Amédee assista, le ier. mai de l'an i33o, au mariage d'Aimon avec Yolande de M ont (errât, célébré dans le château de Casselle. L'an i334 , il tint sur les fonts de baptême le fils aîné de ce comte, et lui donna son nom. Il épousa, la même année, Mathilde, fille de Robert Vil, dit le Grand, comte d'Auvergne et de Boulogne.

Le comte Aimon étant à l'extrémité, donna, par son testament, dresse le 11 juin i343, au comte de Genevois une dernière preuve de son affection, de son estime et de sa confiance , en le nommant tuteur de ses enfants, conjointement

DES ivÉQUES ET PRINCES DE GENEVE. |{3

avec Louis de Savoie ; après quoi il mourut le 24 du même mois.

L'évêque Pierre de Faucigni était descendu, Tannée précédente, au tombeau, et Alamand de Saint- Joint lui avait été donné pour successeur.

Amédée VI, comte de Savoie, ayant institué, lan 1.^62, Tordre militaire du Collier pour quinze chevaliers , dont il se déclara le chef, fil l'honneur au comte de Genevois de le mettre après lui en tête de ceux qui devaient composer cette compagnie tirée des maisons les plus distinguées de ia Savoie. Le comte de Savoie, ayant obtenu, Tan i3b"5, de l'empereur Charles IV, des lettres-patentes qui rétablissaient vicaire de l'empire dans l'ancien royaume de Bourgogne, vint à Genève pour faire valoir Pautorité .qu'elle lui attribuait sur cette ville comme sur plusieurs autres. Pour les faire agréer plus facilement aux Genevois, il y avait fait joindre une autre bulle de l'empereur, en date du o juin, par laquelle il érigeait dans Ge nève une université, dont il avait eu soin de se faire nommer conservateur, afin d'augmenter le nombre de ses créatures par la distribution des places dont il pourrait disposer. Mais ses artifices ne furent pas assez subtils pour en imposer aux Genevois. Dès que les lettres du vicariat turent oubliées à Genève, on vit éclater une réclamation universelle; et l'empereur, passant par Genève" , -à son retour d'Avignon, d'où as lettres avaient été expédiées, déclara, sur le vu des chartes et privilèges qui lui furent présentés, que son intention n'avait pas été d?y donner atteinte. L'évêque Alamand était alors inlirme, et mourut la même année i3G6.

Guillaume de Marcossai, successeur d'Alamand dans le siège de Genève, voyant que le comte de Savoie insistait auprès de l'empereur pour faire valoir à Genève ses lettres de vicariat impérial, travailla, de son côté , avec ardeur pour les faire révoquer. Mais l'empereur, par ses lettres du 3o décembre, i367, datées d'Hertingffelt , s'étanl référé à la réponse verbale qu'il avait faite aux Génevois, le prélat eut recours au pape Urbain V, et à Grégoire XI , son successeur , pour contraindre le comte de Savoie à renoncer formellement au bénéfice des lettres impériales qu'il avait obtenues. Ce dernier pontife annonça , d'une manière si positive au comte , la résolution où il était de soutenir l'évéque , que ce seigneur , jugeant que VafTaire allait devenir plus sérieuse qu'il n'avait compté, promit au pape de s'en rapporter à sa décision. Grégoire, par sa bulle du ^3 mai 1871 , datée d'Avignon, ordonna au comte de remettre entre ses mains, ou en celles de l'évéque, les patentes du vicariat

l44 CHRONOLOGIE HISTOHIQUE

qu'il avait surprises , et dont il abusait , quoiqu'elles eussent été révoquées, pour inquiéter l'église de Genève, et qu'il se dessaisirait de tous les droits qu'il avait usurpés dans cette ville. Le comte se soumit , et, par une déclaration solennelle, donnée a Thonon, le a5 juin 1^71 9 il remit et restitua à Févéque et à son église tous les droits de pur et mixte empire , qu'il avait envahis et qu'il faisait exercer depuis 1 36y. (Spon, t. 1J, nos. XL, xli, xlfi; et M. Lévrier, 1. 1 , p. 240-2+1.)

Amédée 111 , comte de Génevois , n'avait point pris de part à cette querelle. Il était mort également ami du comte de Savoie et de révéque de Genève, fan 1367, laissant de son mariage cinq fils qui lui succédèrent l'un après l'autre : Aimon , Arnédée , Jean, Pierre, et Robert. Ces cinq enfants mâles, qui semblaient devoir prolonger au loin la suite des descendants d'Amédée 111, furent, par une fatalité singulière, comme on le verra , les derniers de leur maison. Amedée III eut de plus quatre filles: Marie , alliée, x°. à Jean de Châlons, seigneur d'Arlai ; ac>. à Humbert , sire de Thoire ; Jeanne , mariée à Raymond IV, comte d'Orange ; Blanche , alliée à Hugues dé Châlons ; Catherine , femme d'Amé de Savoie ,

S rince d'Achaïe ; et Yolande, femme d'Aymeri IX, vicomte e Narbonne.

AIMON IV \ fils aîné d'Amédée III , et son successeur au comté de Génevois , fut de la compagnie d'Amédée VI , comte de Savoie, dit le Comte Verd, dans le voyage qu'il Gt en Grèce. Il n'en revint point, et mourut sans laisser d'enfants, et peut-être même sans avoir été marié.

AMÉDÉE IV, comte de Génevois, après Aimon, son frùrc , épousa Jeanne de Froloîs , dont il n'eut point d'enfant 1 et mourut le 14 janvier i368.

JEAN , qui succéda à son frère Amédée, ne lui survécut que jusqu'en l'an 1370 , et mourut sans avoir été marié.

PIERRE, qui remplaça Jean, son frère, dans le comté de Génevois, suivit ses traces et celles de ses deux autres frères et prédécesseurs, en se ménageant également entre le comte de Savoie et Pévéque de Genève. Témoin de leu^s querelles par rapport à l'autorité presque absolue que le premier voulait exercer dans cette ville, il prit le parti, dans l'impuissance où il était de les accorder, de les laisser agir, sans prêter a l'un ni a l'autre le secours de ses armes. L évêaue , à la fin , l'emporta, comme on Ta dit, par l'autorité du pape Grégoire XI.

bts év£ques et princes de genève. i 4 »

L'évêque Guillaume, après avoir rétabli son autorité dan* Genève , pourvut à la sûreté de cette ville , en réparant ses tours et ses remparts, qu'il munit de vingt-deux tours. Il était occupé de ces travaux lorsque la mort l'enleta, le iir. janvier »377.

Pierre Fàbri , suivant un àncien manuscrit cité par Spon, fut donné pour successeur , dans le siège de Genève , à Guillaume de Marcossai. Mais son épiscopat fut très-court ; car , fcn i3y8, on le voit remplacé par

Jea3 de Murol, ou db Morellis, que le pape Clément VII appela auprès de lui, en i385 , après l'avoir fait cardinal.

Adémar Fabri , religieux dominicain , d'une famille distinguée à Genève , fut nommé , vraisemblablement , par Clément VU , pour succéder à Jean de Murol ; car les papes se croyaient alors en droit de disposer de l'évêché de celui qu'ils élevaient au cardinalat. Le pape Clément VU (Robert de Génevois) était le cinquième fils du comte Amédée 111. On préjuge facilement que le comte Pierre, son frère, ne fut pas des derniers à se déclarer pour lui contre Urbain VI , qui lui disputait la thiare.

L'évêque Adémar se concilia l'estime et l'attachement des Genevois par un acte qu'il fit dresser, en 1387, pour confirmer leurs franchises et libertés. Ce ne sont point ici de nouvelles concessions de sa part , mais ce sont , comme porte la préface de cet acte , certaines coutumes par lesquelles nos féaux citoiens , bourgeois , habitons et jurez de ladiu cite usent et jà devont sont accoutumés de user par l'espace de si long-tems qu'il n'est mémoire du contraire. Les principaux articles de cet écrit, qui est sorti de la presse dès i5o7, sont, que les procès qui seront intentés devant levidomne, ne seront point traités par écrit ni en latin, mais verbalement, tet en langage maternel , qui , dans Pacte , a le nom de roman , ou romain; que les procès criminels ne seront jugés que par les syndics élus par les bourgeois; que personne ne sera appliqué à la question que par ses juges ; que personne ne pourra vendre du vin, s'il n est citoyen, bourgeois ou chanoine; que la garde de la ville, depuis le soleil couché jusqu'au soleil levé, sera entièrement aux citoyens (1), et que l'évêque % ni

(1) « Il nous paraît assez vraisemblable, dit M. Lévrier, que c'est » a ce partage alternatif de juridiction entre la nuit et le jour qu'il

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