XVII
Guîchenon donne ici, pour successeur d'Amcdée dans le comté, Ot ton ou Odon , quatrième fils, à ce qu'il prétend , d'Humbert I, qu'il fait mourir vers 1060. Il met après lui Amédée II, fils du même Otton et Adélaïde, dernière marquise de Suze. Mais M. de Saint-Marc combat ce sentiment par de si bonnes raisons, que nons avons cru devoir le retrancher, lun et l'autre, de la liste des comtes de Savoie,
HUMBERT II , bit LE RENFORCÉ.
1072 ou environ. Humbert lî succède à son père Àmédee. 'La grandeur et l'épaisseur de sa taille lui firent donner le surnom de Renforce. Aimeric , seigneur de Briançon et gouverneur de la Tarentaise, vexant en toutes manières ses sujets, Humbert , par ordre de l'empereur Henri IV, marcha contre lui et le dépouilla de son gouvernement , qu'il unit au sien. L'an 1077, ce m^me empereur étant obligé de prendre sa route par la Savoie, pour se rendre en Italie, Humbert ne consentit à lui accorder le passage qu'au moyen de la cession que Henri lui fit de cinq évêchés voisins de ses terres. ( Lam* berl Sehafnab.') Si l'on en croit Paradin, Pingon et Guichenon, le comte de Savoie fut du nombre des seigneurs qui partirent, l'an 1096, pour la croisade avec le prince Hugues le Grand, frère du roi Philippe 1. H est vrai qu'il avait formé le dessein d'aller à cette expédition ; mais ce qui prouve qu'il ne l'exécuta pas, c'est qu'en 1097, il donna une charte datée d'ienne, en Turinge ; et qu'en ioq8, il était occupé, en Piémont, à n> cueillir la succession d'Adélaïde, sa parente , marquise de Suze. L'empereur Henri IV seconda ses prétentions contre ceux qui lui disputaient cet héritage , en l'investissant de la plus grande partie des Marches de Suze et de Turin ; et ce fut alors qu'il prit le titre de marquis en Italie. C'est ainsi que , dès son origine , la maison de Savoie a toujours su mettre à profit les occasions de s'agrandir. Humbert mourut , selon le nécrologe de Saint-Jean de Maurienne, le iq octobre 1 10H. De son mariage avec Guisle, ou Gisèle, nlle de Guillaume le GramI, comte de Bourgogne, il laissa Amédée, qui suit; Humbert, mort sans enfants; Kenaud, moine et prévôt de Saint- Maurice, en Valais; et deux filles, dont l'aînée , Adélaïde, épousa le roi Louis le Gros, puis Mathieu de Montmorenci ; et Agnès, la seconde , fut mariée à Archambaud VI , sire de Bourbon* Guisle , après la mort d'Humbert , épousa , en secondes noceJf suivant Guichenon , Ramier 9 marquis de Montserrat.
DES COMTES DE SAVOIE* l63 ÀMÉDÉÈ II , PREMIER COMTE DE SAVOIE.
no8. Amédée II * fils d'Humbert II, devient son successeur. M fut attaché à l'empereur Henri V, qu'iL accompagna , l'an, nu, dans son voyage d'Italie. Ce monarque , avant de repasser les Alpes , l'éleva à la dignité de comte de l'empire ; et de là vient, disent quelques-uns, le droit de suffrage que les ducs de Sa voie exercent à la dièle d'Allemagne. Amédée paraît être le même que le marquis Hamadan , qui, suivant l'annaliste saxon, prit les armes ' en faveur des princes de la maison de Franconie contre l'empereur Lothaire , qu'ils refusaient de reconnaître. Lothaire étant venu, l'an n3a, en Italie, mit en fuite Conrad de Franconie, son compétiteur, qui s'était fa il couronner à Monza, et ravagea les états des princes italiens du même parti. Amédée fonda, l'an H25, l'abbaye cistercienne de Haute-Combe, où sont inhumées plusieurs personnes de la maison de Savoie. Vers l'an n36, la reine Adélaïde, voyant le comte Amédée , son frère , sans enfants , engagea le roi Louis le Gros, son époux, à faire marcher des troupes dans les étals de ce prince pour s'assurer au moins une grande partie de sa succession. Mais la naissance d'un fils, que Màthilde b'Albon, femme d' Amédée, mit au monde, et la mort de Louis le Gros, qui suivit de près, firent évanouir les projets d'Adélaïde. Le comte Amédée eut bientôt repris les places dont les Français s'étaient emparés; et comme il paraissait disposé à se venger en continuant la guerre, on eut recours, pour l'a* paiser, à Pierre le Vénérable , abbé de Cluni , son ami particu-* lier. Amédée se rendit aux sollicitations de Pierre. Il fit la paix f et prit sincèrement les intérêts de son neveu Louis le Jeune* Amédée eut aussi différentes guerres avec Guigues IV, dauphin de Viennois, qui ne finirent qu'à la mort de ce dernier, qui périt, l'an 114.2, dans une bataille qu'ils se livrèrent près de Montmélian, L'an 1146» Amédée prit la croix dans un voyage qu'il fit à Metz, et , l'an 11 47* il partit avec le roi de Francç
J)our la Terre-Sainte. Odon de Deuil dit qu'en Asie, le roj ayant envoyé devant lui avec Geoffroi de Rançon , ces deux braves attirèrent , parleur témérité, sur l'armée française , un si grand désastre, que sans la proche parenté du monarque et du comte on les eût condamnés à la corde. (Chifflet, S. Bernard, Gen. iltust, pp, 63-66.) Ce fut vraisemblablement l^t. honte de cet événement qui fut cause du retour précipité d'Amédée en Europe. Mais ayant abordéà Nicosie, en Chyore, il y mourut le premier avril 114^* laissant de son mariage; Uumberl, qui suit 9 et au moins deux filles, dont fuue , ap«
1^4 CHRONOLOGIE HISTOTUQTJE
pelée Mafalde 9 ou Mathilde , devînt femme d'Alphonse Henri^ quez, premier roi de Portugal; et l'autre, nommée Alix, épousa Humbert II , sire de Beaujolais. Quoique Amédée II ne prenne le titre de comte de Savoie dans aucune de ses chartes, mais seulement celui de comte de Maurienne, il paraît certain qu'il possédait Pun et Pautre pays. ( Voyez Guigues IV, comte de Viennois. )
HUMBERT III, dit LE SAINT.
1148. Humbert III, né à Veillane, le premier août u36, fut tiré de l'abbaye d'Aulps, ordre de Cîteaux, où il avait pris l'habit, pour succéder au comte Amédée, son père, sous la tutelle d 'Amédée, évêque de Lausanne. Des qu'il fut en état de porter les armes , il donna des preuves de sa valeur. L'an 1 153 , il marcha contre Guignes V, comte d'Albon , qui faisait le siège de Montmélian, et l'obligea de se retirer. L'an 11 58, invité par l'empereur Frédéric Barberousse à la diète de Roncaille , il se contenta d'y envoyer trois prélats pour le représenter et veiller à ses intérêts. Mais l'an 1 162, il ne put se dis* enser d'accompagner l'empereur au siège de Milan , où il se istingua. Frédéric ne lui tint pas grand compte de ce service ^
Ï>arce qu'il était déclaré pour le pape Alexandre 111 contre 'antipape Octavien. Pour le punir d'avoir embrassé cette obé- > dience , il accorda aux évéques de Turin , de Maurienne et de Tarentaise, la plus grande partie de leurs diocèses en fief, en tes déclarant princes de l'empire ; ce qui fit un tort considérable à la maison de Savoie. L'empereur ne borna point là sa vengeance. L'an 1174 , étant repassé en Italie, il ravagea le Piémont , brûla Suze avec ses archives , et n'épargna que Turin dont Pévéque était dans ses intérêts. Humbert mourut à Chambéri, le 4 mars 1188, à l'âge de cinquante-deux ans. Sa piété constante et sincère lui a mérité le surnom de Saint. La chartreuse d'Aillon, en Savoie, fondée l'an 1184, est son ouvrage. Il avait épousé, i°. Faidide , fille d'Alfonse 1, comte de Toulouse; 2*. Germaine, fille de Berthold III , duc de Zéringen , et femme répudiée de Henri le Lion, duc de Bavière et de Saxe; 3°. BÉatbix , fille de Gérard, comte de Vienne et de Mâcon ; 4°- Gertrudb , fille de Thierri d'Alsace, comte de Flandre, laquelle ayant survécu à Humbert, épousa , eu secondes noces, suivant Gilbert de Mons, Hugues (IV), sire d'Oisi , après la mort duquel elle se fit religieuse à l'abbaye de Messines. (Bouquet, tome XIII, p. 567.) Les trois premiers mariages ont été connus de Guichenon. Le quatrième est certain par l'autorité de Mons, que nous venons de citer. Ce fat
DES COMTES DB SAVOIE. l65
ie Gertrude qu'Humbert laissa Thomas, qui suit. DeBéatrix, il eut Eléonore, femme de Gui de Vintimille , puis de Boni fa ce II , marquis de Montferrat. Germaine donna au comte Humbert Agnès, ou Adélaïde, fiancée, en 1170*, au prince Jean d'Angleterre, fils du roi Henri II, et morte Tannée suivante L'attachement de Humbert pour les Cisterciens et ses libéralités à leur égard , l'ont fait placer parmi les saints de cet ordre.