PHILIPPE I
1268. Philippe I , huitième fils de Thomas, comte de Savoie, né Tan 1207, succéda au comte Pierre, son frère, à l'exclusion de Béatrix, sa nièce. Dévoué dans sa jeunesse, par ses parents , à l'état ecclésiastique , il avait été pourvu de l'évêché de Valence , puis de l'archevêché de Lyon , et d'autres bénéfices , sans avoir pris les ordres sacrés. Mais voyant Pierre, son frère, sans enfants mâles, il abandonna son premier état, et se maria, l'an 1267, avec Aux de Méranje, comtesse de Bourgogne. Pierre étant mort, il fut reconnu comte de Savoie , suivant la loi salique observée dans le pays. Il eut quelques différents avec Guigues Vil , dauphin de Viennois, et Hugues IV, duc de Bourgogne, pour le Faucigni ; mais les choses s'accommodèrent, après quelques hostilités. Les démêlés qu'il eut avec Rodolphe, comte de Habsbourg, ensuite empereur, furent plus longs et plus difficiles à terminer. Mais le pape Martin IV s'étant rendu médiateur entre les parties, les engagea à conclure un traité qui fut signé le 24. juin 1280. Philippe, après avoir rétabli la paix dans ses états , mourut au château de Roussillon , en Bugei, sans enfants, le 17 novembre 1285, et fut enterré à l'abbaye de Haute-Combe , lieu de la sépulture de ses ancêtres. Ce prince, l'an 1280, abandonnna Chambéri , et choisit pour sa résidence Turin , qui est devenu celle de ses successeurs.
AMÉDÉE IV 00 V, dit LE GRAND.
1285 (et non 1287.) AmédÉe IV, né au château dcBourget, le 4 septembre 1249 , de Thomas, comte de Maurienne et de Flandre , et de Béatrix de Fiesque , succéda au comté de Savoie, en vertu du testament de Philippe, son oncle. 11 était déjà célèbre par plusieurs expéditions contre les ennemis de sa maison. A peine était-il en jouissance du comté de Savoie , qu'Aimon 111, comte de Génevois, entra dans les pays de Vaud et de Bugei , pour s'en emparer. Dans le même tems , il se vit attaqué par Humbert I , dauphin de Viennois. 11 obligea, sans beaucoup de peine , le comte de Génevois à se retirer : ses querelles avec le dauphin , furent plus durables, et, malgré divers traités, qui suspendirent les hostilités de tems en teins.,
jja CHRONOLOGIE HISTORIQUE
il n'y eut de paix solide entre ces deux princes qu'en i3i4« (Ce n'était plus alors Humbert 1 (mort en 1307) , mais Jean II, qui gouvernait le Dauphiné.) L'an i3oo , étant en Flandre, au service de la France, pendant que Charles de Valois faisait la conquête de ce pays , pour le roi Philippe le Bel, son frère, il détermina le comte Gui de Dampierre à se remettre entre les mains du vainqueur, les accompagna l'un et l'autre à Paris, et présenta lui-même le comte de Flandre au roi , sur la générosité duquel il avait trop compté. Ce monarque, en effet, loin de ratifier le traité d'accommodement qui s'était fait, par la médiation d'Amédee, entre Charles et Gui, envoya celuici avec ses deux fils en prison ; ce qui couvrit de confusion le médiateur. Il ne laissa pas, néanmoins, de continuer ses services à la France. L'an i^o5 , par lettres du a5 mars, le roi promit de lui donner dix livres tournois , par jour, tant qu'il serait à son service ( somme qui montait à quatre-vingt-seize livres , treize sous , quatre deniers de notre monnaie actuelle (176*5) , et produisait deux mille neuf cents livres par mois, et trente-quatre mille huit cents livres par an.) Ce monarque, le même jour, lui assura deux mille cinq cents livres de pension viagère, à la charge de l'hommage-lige. (Rec. de Colbert% v. 4» fol. 19^.) Amédée , a l'exemple du comte Philippe, son oncle , était dans le parti des Gibelins , et par là , très-opposé à la maison d'Anjou, protectrice des Guelfes. Jaloux de l'autorite qu'elle exerçait dans le Piémont et le Montserrat , à l'aide de ses partisans , il invite le roi des Romains, Henri VU, a passer en Italie, pour y raffermir son autorité chancelante, et n'eut pas de peine à l'y déterminer. 11 alla au-devant de Henri jusqu'à Berne , et l'amena , par le pays de Vaud , à Genève, d'où ce prince étant venu à Chambéri , y fut reçu par le comte avec une magnificence incroyable. H l'accompagna dans la suite de son voyage, et fut un des principaux seigneurs qui lui firent cortège à son entrée dans Turin. Arrivé • à Asti , Henri lui donna l'investiture du comté de Savoie, des duchés de Chablais et d'Aouste , du marquisat d'Italie, des seigneuries de Bauge et de Coligni , et le créa , lui et ses successeurs au comté de Savoie , prince d'empire , en présence du cardinal Alnald , légat du pape en Italie , et d'un grand
Amédée, qui avait assisté à cette cérémonie, fut envoyé avec
l'évêque de Liège à Brescia , pour maintenir cette place dans l'obéissance envers l'empire. En quittant Milan , Henri laissa a M comte de Savoie le gouvernement de cette ville , ainsi que.
DES COMTES DE SAroiE. 17$
«le celles de Plaisance, d'Asti , de Vérone , de Crémone et de Gènes, avec titre de vicaire - gênerai de l'empire. Ce fut à Borne que se fit, le ^9 juin de l'an 1)12, le couronnement impérial de Henri , dont Amedee fut un des plus illustres témoins.
De ret mr chez lui , après la mort de l'empereur , arrivée le 24 août x3i3, le comte de Savoie eut guerre avec le dauphin de Viennois , pour quelques terres qu'ils répétaient Tun sur Tauire, Mais cette querelle fut apaisée par des arbitres, le 3 juin i3i4» (Guichenon, pp. 35<j~36i.)
Lan i.3i5 (et non 1 >n>, Aniédee apprenant que Rhodes était sur le point d'être enlevée aux chevaliers de Saint -Jean de Jérusalem, par l'empereur ottoman , il vole au secours de cette île, et force les Turcs à se retirer. Ce fut , dit -on , en mémoire de cette expédition , qu'aux aigles que ses prédécesseurs avaient toujours portées dans leurs armoiries , Amédée substitua la croix d'argent avec cette devise en quatre lettres : F. E. R. T. , q l'on explique ainsi : Fortitudo ejus Rhodum Unuit. Mais on voit et la croix et la devise sur des tombeaux des princes de Savoie plus arciens qu'Amédée le Grand. Favin dit que ces quatre lettres sont la devise d'un ancien ordre du loc d'amour, et signifient , frappez, entrez, rompez tout. Celle explication paraît plus conforme a l'esprit de l'ancienne chevalerie. Le roi de France , Louis X , n'ayant point laissé d'enfants en mourant, mais seulement la reine enceinte , le comte de Savoie, l'an i3i6, rendit à Philippe le Long, frère du monarque, nu service essentiel que l'histoire a consacré dans ses fastes. Ce héros, que sa sagesse fit régner dans toutes les cours de l'Europe , dit Mézerai , en parlant d'Amédée V, conseilla au jeune prince (Philippe le Long) de s'emparer de la souveraine puissance par le droit de sa naissance , en attendant les couches de la reine , qui devaient lui assurer la couronne ou l'en exclure, selon qu'elle mettrait au monde une princesse ou un prince. Ce conseil salutaire fut suivi, et contribua au maintien de l'article de la loi saiique concernant la succession des seuls mâles à la couronne de France. Philippe le Long donna au comte de Savoie , pour récompense de son bon conseil , la terre de Maulevrier , en Normandie , dont la maison de Savoie a joui long-tems. On voit encore aujourd'hui les hommages qu'en rendirent au roi Charles VI , les comtes Amédée VU et Amédée VUL Celui qui nous occupe, travaillait à préparer du secours pour Andronic le Vieux, empereur de Constantinoplc, attaqué par les Turcs, lorsque la mort le surprit, le 16 octobre (dimanche avant la Saint-
ituc) i3a3, dans la ville d'Avignon ï où il s'était rendu pour
engager le pape à seconder son dessein par la publication d'une croisade. Quelques écrivains ont avancé que ce prince fil trentedeux sièges et qu'il fut toujours vainqueur. H avait épousé, i°. le 5 juillet 1272, Sibylle de Bauge ; fille de Gui, sire de Baugé, qui lui apporta en dot la basse Bresse (morte le 28 mai 1294 1 et inhumée à Haute-Combe) ; aQ. l'an i3o4, Marie, fille de Jean I, duc de Brabant. Chorier, du Chêne et d autres modernes, se trompent, en donnant pour troisième femme, au comte Amédée V, Alix , fille de Humbert I, dauphin de Viennois. Elle lui avait été promise avant son premier mariage ; mais elle fut donnée ensuite à Jean 1, comte de Forez, qui lui survécut. (Valbonnais , t. 1, p. 170.) Amédée eut de sa première femme sept enfants, dont les principaux sont Edouard, qui suit; Aimon , qui vient après; Bonne, femme de Jean I, dauphin de Viennois ; Eléonore, femme de Guillaume de Châlons , comte d'Auxerre, et Marguerite, qui épousa, l'an 1296, Jean, marquis de Montferrat. i)u second lit naquirent Marié , femme de Hugues de la Tour, baron de Faucigni; Catherine, mariée à Léopold , duc d'Autriche et de Styrie; Jeanne, ou Aime, femme d'Andronic le Jeune , et morte en i345; et Agnès, mariée à Guillaume 111, comte de Génevois. Guichenon lui donne pour dernière fille , Béa trix, femme, selon lui, de Henri de Carinthie, roi de Bohême ; ce qui ne nous paraît nullement prouvé, (Voyez les êvêques de Genève.)