‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 3)Chapitre 88 sur 277 · DES DUC* DE SAVOIE · texte numérisé non relu

DES DUC* DE SAVOIE

L'an i4oi , le comte Amédée fit l'acquisition du comté de Genevois, qu'Odon , ou Otton , sire de Villars , lui céda par traité du 5 août. ( Voyez les comtes de Genevois. ) Ce prince fonda, Tan i4o5, l'université' de Turin, et, Tau 1407, le jnooastère des Célesiins de Lyon. ( Gaicheoon , iùid. , p. 45 1.) Thomas, marquis de Salures , refusant de lui rendre hommage, il le contraignit, l'an i4*3, par la voie des armes, de s'acquitter de ce devoir.

Edouard H, sire de Beaujolais , ayant cédé , Tan 1400, cette principauté , avec celle de Dombes à Louis II , duc de Bourbon , et le même duc ayant complété cette acquisition , l'an l4oa , par celle d'Âmbérieux , de Chatelar et de Trévoux , Amédée lui demanda l'hommage d'une partie de ces domaines* dont il se prétendait suzerain. Sur son refus, long et persévérant, il rappelle le capitaine Viri qu'il avait envoyé au secours du duc de Bourgogne contre les Liégeois, et le charge d'aller ♦emparer des fiefs dont il réclamait la mouvance. Viri , à la tête de mille chevaux, s'acquitta rapidement , et avec succès * de sa commission. Mais son expédition ne fut qu'un éclair pas- Mgen Château-Morand , dépéché par le duc de Bourbon , reprit avec la même rapidité ce que Viri avait conquis.

Si^ismopd , roi des Romains, revenant, Tan i4f4 9 l'Italie , Amédée le reçoit à Rivoli dans le Piémont , et l'accompagne de là jusque sur les frontières d'Allemagne. L'an 1417, ce même Stgismond, pour lors empereur , étant à Lyon, a son retour de Paris , veut ériger en duché la Savoie , à la demande d' Amédée qu'il était venu trouver en cette ville. Mais les gens du roi, dit un manuscrit du tems, prévenus de son dessein , allèrent lui remontrer que tel acte d'érection était acte de souveraineté , et que le roi ne voulait et ne devait reconnaître autre supérieur que Dieu : quoi voyant , f empereur repartit de Lyon grandement indigné ; et passant en la ville de Montluel , y fitlf érection ducale. De Montluel, Sigismond se rendit à Chamiéri où il investit solennellement le nouveau duc, le 19 février de la même année (i). ( Spon , HisL de Genève , tom. II, N. L.) Afin de rendre la cérémonie plus mémorable , Sigismond fit .

(1) Guichenon prétend que ce fut en allant à Paris , et non pas en revenant de cette ville, que Sigismond érigea la Savoie en duché. La preuve qu'il en donne , c est que d'une part le diplôme de celte érec tion est daté du 19 février i41^» et <]ue de l'autre il est certain , par I ± "témoignage des historiens du tems, que Sigismond était à Paris au tnois d'avril de cette même année 14*6. « Comment donc se pourrait-:! # faire v dit-il , qu'il eut érigé la Savoie en duché au mois de février y de la même auole , à son retour de Paris ? » Mais cet historien n/a

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dresser un théâtre richement paré , où avant de* proclamer Amédée duc souverain de Savoie et de Piémont, il créa des chevaliers , fit des présents considérables , et ordonna des joutes et des tournois pour plusieurs jours. De son côté, le nouveau duc signala son élévation par un acte de bienfaisance plus solide, qui lui attira de grands applaudissements. La ville de Mo rat , dans le pays de Yaud , venait d'être réduite en cendres par un violent incendie. Amédée, touché du malheur des habitants et voulant les exciter à rebâtir une nouvelle ville , leur accorda l'exemption de cens pour quinze ans , l'affranchissement des droits de péage pour dix années, la jouissance libre et gratuite du lac pour cinq ans, et enfin la perception de douze deniers sur chaque chariot de vin qui passerait par Morat à perpétuité.

De tous les peuples soumis à la souveraineté de Savoie , ceux du Valais étaient les plus indociles et les plus turbulents. Dès l'an 14.02, ils s'étaient révoltés contre l'éveque de Sion , Guillaume , de l'ancienne maison de Rarogne. Amédée VIII , à qui ce prélat , dans la persécution qu'ils lui faisaient, s'était adressé, prit les armes pour sa défense. La ville de Berne se déclara aussi pour lui. Mais l'obstination des Valesans fut telle que les hostilités réciproques \.e cessèrent qu'au bout de quinze ans.

L'an 1410" y Amédée succède à Louis de Savoie, comte de Piémont , décédé sans enfants , le 11 décembre de cette année. Yolande d'Aragon , mère et tutrice de Louis III d'Anjou, roi de Naples, abandonna, l'an i4*9t *u duc de Savoie, par traité fait à Chambéri , le 5 octobre , Nice , Villefranche et toute cette côte de la mer.

La puissance de Philippe-Marie, duc de Milan f et le succès de ses armes , donnaient de l'alarme à ses voisins , et surtout aux Vénitiens et aux Florentins. Amédée , que son intérêt sollicitait de se joindre à eux , envoya ses ambassadeurs à Venise , qui signèrent , le n juillet 1 4*6 , une ligue avec cette république et celle de Florence , pour réprimer les entreprises du duc de Milan. Mais la plus grande partie de ses forces étant alors employée en Chypre pour la défense du roi Janus , occupé à se défendre contre le soudan d'Egypte , il eut recours à Philippe le Bon , son neveu , duc de Bourgogne , qui lui envoya cinq cents hommes d'armes. Ce secours, joint aux troupes qui lui restaient , forma une armée de quatorze mille hommes» avec laquelle il entra dans le Milanès , où il pénétra fort avant.

pas fait attention que la date de ce diplôme est conforme au style gallican qui avait cours alors en Savoie. Or. suivant ce style , l'année necommençant qu'à Pâques , le mois de février i4*6 appartenait à l'aa i^'Ti commencé au 1 janvier comme nous comptons aujourd'hui. .

MS DtCS DE SÀVOtB. ifiS

Mais ta médiation du pape Martin V termina cette guerre

run traité qui ajouta aux possessions du duc de Savoie * ville et le comté de Verceil. ( Poggio , Hist. Florent* i,5.)

Veuf depuis Tan i4a8, et dégoûté du monde, Amédée, l'an 1434, se retire au prieuré de Hipaille , qu'il avait fondé près de Thonon , quatre ans auparavant, séjour qu'il rendit fameux par la vie paisible et agréable quM y mena. Il y tient , le 7 novembre de la même année , une assemblée des grands de ses états, dans laquelle il institue Tordre de chevalerie séculière, non de Saint-Maurice, comme l'avancent des modernes, mais de Y Annimciade , qui n'était, qu'une réforme de celui du Collier, établi , en t36* , par le comte Amédée VI , dit ie Verd. Cet ordre conserve encore aujourd'hui tout sou éclat ; il esl le premier en Piémont, et c'est celui dont le roi porte le cordon composé d'une chaîne d'or qui bit le tour du cou et tombe sur la poitrine. ( Cette chaîne est de la largueur d'environ un pouce , et sur chacun de ses chaînons sont gravées, dans l'or travaillé à jour, les quatre lettres F. E. R. T. , qu'on a expliquées sur Amédée le Grand. Au bas de la chaîne, est attachée l'image de l'Annonciation de la Sainte Vierge, travaillée à jour. ) Le duc Amédée créa , dans la même assemblée , prince de Piémont et lieutenant-général de ses états , Louis, son fils ainé f et donna à Philippe, son autre fils , le comté de Génevois. Le lendemain , il prend l'habit d'ermite avec ses nouveaux chevaliers , au nombre de six , et se rend dans un ermitage qu'il avait fait bâtir pour lui et poor eux, près de celui des ermites de saint Augustin , oui devaient être leurs directeurs. L'habit de ces nouveaux solitaires était d'un drap gris fort fin , un bonnet d'écarlate , «ne ceinture d'or et une croix au cou , de la même matière. Us portaient la barbe, et menaient une , vie commode , et même , selon quelques-uns, voluptueuse ; d'où est venu le proverbe faire ri~ puule, pom dire faire bonne chère, et quelque chose de phis. Amédée passait tranquillement sa vie dans cette retraite, lorsque le concile de Bâle jeta la vue sur lui pour le faire pape à la place d'Eugène IV, qu'il avait déposé. Ce fut le cardinal d'Arles qui fut député pour lui annoncer son élection. Amédée , après avoir beaucoup hésité, accepta cette dignité, et prit le nom de Félix V, à son couronnement, qui se fit le 24 juillet i-t4°> & l>àle. Il avait fait , le G janvier précèdent , la démission de ses états en faveur de son fils aîné. Son élévation au pontificat y ne fut pas généralement approuvée , et plusieurs princes chrétiens refusèrent de le reconnaître. Amédée lutta contre Eugène et contre son successeur * pendant l'espace de près de dix ans» XVII. 34

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Ma's enfin , craignant lés suites de ce schisme , îl déposa la tiare , le 9 avril i449* et retourna dans sa solitude ; il mourut à Genève, le 7 janvier i45i.( Voyez le concile de Bâlc, celui fie Lausanne , les papes Eugène IV et Nicolas V. ) De Marie , fille de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, qu'il avait épousée , non dans le mois de mai t4oi , comme le dit Guicnenon , mais le 3o octobre iSçfi , il laissa Louis, qni suit; Marie , femme de Philippe-Marie Visconti , duc de Milan ; et Marguerite, qui épousa, i°. Louis III, duc d'Anjou; a0. Louis IV, électeur palatin; 3Q. LJlric V, comte de Wur* temberg. Ses autres enfants moururent avant lui , ainsi que leur mère.

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