‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 3)Chapitre 94 sur 277 · SES DUCS DE SAVOIE. Î · texte numérisé non relu

SES DUCS DE SAVOIE. Î

(^Autriche, fille du roi Philippe lî. Le monarque, étant venu au-devant de lui avec sa cour, à un mille de Saragosse, descend , comme lui , de cheval pour l'embrasser. Etant ensuite remontés à cheval , ils entrent dans la ville , le duc tenant la droite malgré la résistance qu'il avait faite. Comme dans la marche le cheval du duc s'agitait extraordinairement et avec grand bruit , « Eh ! qu'a donc votre cheval! lui dit lfc Roi ? — Siret répondit-il , c'est qu'il sent bien qu'il n'est pas à m place ». Les noces se célébrèrent le même jour (11 mars) avec la plus grande magnificence. Les présents que le duc fit à son épouse et aux dames de sa suite, surpassèrent le prix de m dot , qui était de plus de cent vingt mille éens.

L'an i588, Charles-Emmanuel, voulant profiter des troubles delà France pour s'agrandir, surprend le Château- Dauphin, place frontière de la Savoie , sous prétexte d'empêcher Lesdiguières, chef du parti huguenot en Dauphiné , de s'en em-? jurer ; mais il le garda peu , Lesdiguières et la Valete ayant , quelques jours après, défait cinq cents hommes qu'il y avait jetés. Le duc de Savoie , la même année , s'introduit subitement avec ses troupes dans Carmagnole , la nuit de la veille de saint Michel , et non le ier. octobre , comme le marque du londel. Cette conquête fut bientôt suivie de celle de tout le marquisat de Saluces. Il prend de nouveau , le 2.0 novembre suivant, Château-Dauphin, après un assez long siège. Henri 111,

I~x>ur arrêter ses progrès f engage les Suisses et les Genevois à ui déclarer la guerre. Le duc fait sa paix, l'année suivante , avec les premiers qui lui avaient enlevé le Faucigni , et pousse vivement les seconds. L'an 1689, après la mort du roi Henri III, il se met. sur les rangs pour lui succéder, comme fils de Marguerite, sœur du roi Henri IL Mais comptant peu sur ses prétendus droits à la couronne de France, il intrigue dans le IJauphiné et dans la Provence , pour s'y faire déférer la principale autorité. Le parlement de Grenoble élude adroitement ses sollicitations. Mais les ligueurs de Provence jettent les yeux sur lui, en 1890 , pour en faire leur gouverneur, et lui envoient une dépntation pour le prier d'accepter ce titre. Il abandonne alors les Génevois pour aller prendre possession de sa nouvelle dignité. S'étant rendu à Aix, le 17 novembre, il y est reçu comme le libérateur de la patrie. Ce triomphe fut de courte durée. Lesdiguières et la Valete, s'étant mis à la tête des Provençaux fidèles , battent les troupes du duc à Snarron , à Pontchara, le 1G septembre i5at , à Vinon, au mois d'octobre, et le contraignent d'évacuer la Provence , Tannée suivante. Lesdiguières l'ayant suivi en Piémont, lui enlève plusieurs places. L'an 1097 , il fait construire le fort barra ux à la vue de Lesdi:

Digitiz

guièrcs et de son armée, qui murmure de l'inaction de son général. Les plaintes en sont portées au roi qui lui en fait des reproches par lettres : « Votre majesté, lui répond Lesdiw guières, a besoin d'un bon fort à ttarraux pour tenir en i» bride la garnison.de Montmélian. Puisque le duc de Savoie » veut bien en faire la dépense , il faut le laisser faire. Des » qu'il sera en état de défense , je vous promets de le prendre » sans*qu'il en coûte rieu à votre épargne ». Il tint parole ratifiée suivante , et prit le fort Barra ux par escalade. D autres échecs, qu'il fit encore essuyer au duc, l'obligèrent à demander la paix en 1699. ^ ne L'obtint qu'en 1601, parle traité conclu, le 1 7 janvier, a Lyon, avec les plénipotentiaires du roi Henri IV; traité par lequel il céda le Gex , le Bugei et leVal-Romei à la France , et retint le marquisat de Saluées, qui faisait l'objet de la guerre. On dit à ce sujet , que le roi avait fait une paix de duc et le duc une paix de roi Depuis long-tems , comme oa l'a vu , Charles-Emmanuel épiait l'occasion d'envahir Genève. L'an 1602, le 22 décembre, d'Albigni , gouverneur de Savoie, s'élant approché secrètement de cette ville avec douze cents hommes, la surprend, en pleine paix par escalade, à la faveur de la nuit: mais les Génevois, éveillés à propos, courent aux armes, font main-basse sur les ennemis, en tuent une partie, et font pendre les autres comme des voleurs de nuit. L'an 1809, nouvelle tentative de ce prince sur Genève, aussi infructueuse que la première. L'an 1610, le ^5 avril, le duc de Savoie conclut , à Brussol , un traité d'alliance avec le rot Henri IV contre l'Espagne. Mais le monarque étant mort le 14 mai suivant, la régente, sa veuve, renonce aux engagements que son époux avait pris avec le duc de Savoie , et cherche à s'allier avec l'Espagne ; ce qui souffrit peu de difficulté. Le duc , abandonné , fut obligé d'envoyer son fils en Espagne pour s'humilier aux pieds de Philippe III. Une nouvelle occasion sembla se présenter, en 1612, à Charles-Emmanuel, d'agrandir ses états; ce fut la mort de François, duc de Mantoue , son gendre. Dès qu'il l'eut apprise, il se mit en devoir de faire valoir ses prétentions sur le Montferrat. Il fait des conquêtes en ce pays; l'Espagne l'arrête; il se brouille avec elle en 1 4 » et , appuyé de la France , il soutient contre cette puissance une guerre de quatre ans, qui finit par un traits signe, le 9 octobre 1617, a Pàvie. Mais se défiant de Tolède, gouverneur de Milan, il ne désarma et ne rendit les places qu'il avait prises , que vers la fin d'avril de l'année suivante.

Nouveau projet du duc de Savoie. L'an 1019, après la mort de l'empereur Mathias, il se mit sur les rangs pour lui succéder. Mais Ferdinand d'Autriche s'étant rendu à la diète de

DES DUCS DR SAVOIE. t[)q

Francfort, prévalut sur ce rival qui était absent, l/an rfoS, au commencement de février, l'ambassadeur du duc de Savoie et celui de Venise conclurent à Paris une ligue avec la France contre PEspagne , au sujet de la Valteline. A cette ligue en succède, l'an 1624 9 une autre des mêmes puissances contre les' Génois. Le but de la France était d'occuper les forces espa^ gnoles en Italie, afin qu'elles ne pussent fournir que de faibles secours dans l'affaire de la Valteline. Leduc réclamait le marquisat de Zuccarello , vendu par Ferdinand II au plus offrant , s et dont les Génois s'él aient rendus adjudicataires. L'an itaô, le duc de Savoie et le connétable de Lesdi gui ères entrent dani l'état de Gènes, dont ils soumettent plusieurs places. Mais la discorde s'étant mise entre eux -, en 1626, devient funeste à leurs opérations. Ils font. leur retraite, et les Génois en profilent pour se remettre es possession des places qu'ils avaient perdues. ( ha ries- Emmanuel conserve néanmoins toujours un «il attentif sur cette république. L'an 1627 , il favorise la corn* juration de Vachero contre les nobles de Gènes. Elle est découverte , et te duc , apprenant qu'on travaille au procès de Vachero et de ses complices qu'on avait arrêtés, fait enfermer tous les prisonniers génois qui étaient entre ses mains, en assurant que leurs vies répondaient de celles des conjurés. Mais il n'eut Pas la barbarie , après le supplice de ceux-ci, d'en venir à l'exécution. La même année, après la mort de Vincent II, duc de Mantoue , Charles-Emmanuel se déclara pour la maison d'Autriche , dans la guerre que la succession de ce prince occasions Il comptait avoir pour sa part le Montserrat, qu'il avait manqué après la mort du duc François. Cette fois ses espérances furent encore trodipées.

Les incertitudes de Charles-Emmanuel flottant entre la maison d'Autriche et la France , déterminent Louis Xlll à lui déclarer b guerre. La Savoie avec une partie du Piémont lui est enlevée rapidement par le duc de Monlmorenci et le marquis d'Effiat. Près de se voir entièrement dépouillé , il meurt de chagrin , le 36 juillet i63o , à Savillan , où il s'était rendu pour faire travailler à quelques fortifications : prince trop inquiet , dit un moderne , pour être pleuré de ses sujets ; trop infidèle pour être regretté de ses alliés. Il était si dissimulé qu on disait, que son cœur était inaccessible comme son pays. Il reste de ce prince quatre monuments de son goût pour tes lettres et de ses connaissances , la bibliothèque de Turin , le livre des Parallèles , k grand Héraut , et V Iconoscomic. H avait épousé, le 11 mars ,5*5, Catherine, fille de Philippe II, roi d'Espague, morte «t> novembre 1S97 , après lui avoir donne entr autres enfants , Jictor-Amedée/qui suit \ Emmanuel- Philibert , prince nl'O-

neille et grand-amiral d'Espagne; Maurice, cardinal , puis marié à Louise- Marie de Savoie, sa nièce; Thomas-François, qui fit la branche de Carignan (*) ; Marguerite, femme de Fran-> çois 111, duc de Mantoue, (qui devint, en 16*7, gouvernante ou vice -reine de Portugal) ; et Isabelle, mariée à Alfonse III d'Est , duc de Modène. {Voyez Louis Xlil, roi de France. )

Page 1