‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 3)Chapitre 93 sur 277 · DES DUCS DE SAVOIE. 19Î · texte numérisé non relu

DES DUCS DE SAVOIE. 19Î

étfe stable, que (Têtre assise sur une possession plus assurée. De retour dans ses états, il y maintint la paix malgré les troubles qui agitaient ses voisins. Son règne ne fut que de sept ans. Une pleurésie le conduisit au tombeau le 10 septembre i5o4, dans ta même chambre où il était né. Le surnom de Beau qu'on lui donna, parle assez en faveur de sa figure. On eût pu également lui donner ceux de Libéral et de Courageux. Son zèle pour la religion' fut sincère et vif, sans être outré. 11 fit tous ses efforts pour ramener les Vaudois au sein de l'église ; mais il n'employa contre eux ni la violence, ni la persécution. Ce prince avait épousé, i°. le 12 mai 149B, Yolande- Louise de Savoie, sa* cousine, fille du duc Charles I , morte la nrôme année ; 20. le* 26 septembre i5oi, Marguerite d'Autriche, fille de l'empereur Maximilien 1 , et veuve de Jean , fils de Ferdinand le Githotique, roi d'Espagne. Ces deux mariages furent stériles. Ce fut la duchesse Marguerite qui fit construire, après la mort de Philibert, son époux, la belle église de Brou, près de Bourg en-' Bresse, où reposent, sous de magnifiques mausolées ; le corps de Marguerite de Bourbon , femme de Philippe II , celui du duc Philibert II , et enfiu celui de Marguerite, sa femme, qu'on' y transporta de Malines, où elle était morte, gouvernante des Pays-Bas , le '60 novembre iSôo , âgée de cinquante ans. Cette* princesse avait composé divers ouvrages en vers et en prose. On sait l'épitaphe badine qu'elle s'était faite , en 1*97, jorsqu'allant épouser, en Espagne, l'infant Jean, fils de Ferdinand et d'Isabelle , le vaisseau sur lequel elle était montée, était près de faire naufrage.

Ci— gît Margot , la gente demoiselle , Qu'eut deux maris, et si mourut pucelle.

CHARLES III , dit LE BON.

i5o4» Charles III, né le 10 octobre i486, succéda au duc Philibert, son frère. Jusqu'en i5i6, il fut attaché sincèrement à la Françe, et rendit en Italie d'importants services aux rois Louis XII et François I , neveu du duc. Mais avant fait ériger, par le pape Léon X, deux évêchés, fun à Chambéri , l'autre à Bourg- en- Bresse, comme cela se faisait au préjudice des diocèses de Lyon , de Grenoble et de Mâcon ^ François 1 s'opposa aux bulles d'érection, et obligea le pape à les révoquer. Charles flotta, depuis ce tems, entre la France et l'Espagne, et favorisa, suivant que ses intérêts l'exigeaient , tantôt l'une, tantôt l'autre puissance. L'an iS'61 , obligé, par le traité de Querasque, de renoncer à ses prétentions sur lë Mont ferrai, en faveur du duc de Mantoue. il reçoit soixante- XVII. 20

quinze lieux de cette souveraineté pour le rachat d'une somme annuelle de cent cinquante mille écus dont ce duc lui était redevable. (Voy. les ducs de Mantoue.) L'an i53|, il entreprend de faire abolir, par les ligues suisses assemblées à Soleure, le droit de bourgeoisie que les Genevois avaient obtenu de Fribourg. Ceux-ci, informés de ce dessein, se révoltent, chassent Pierre de la Baume , leur évéque , et embrassent , pour la plupart, le Luthéranisme. Le roi de France les appuie, et met le duc hors d'état de les réduire. L'année suivante, sur le refus que le duc fait de livrer Je passage par ses états aux troupes de France pour entrer en Italie , l'amiral Chabot se rend maître de la tresse , de la Savoie et de presque tout le Piémont. Mais , dans la même année , sur la nouvelle que l'empereur venait au secours du duc de Savoie, le roi de France abandonne ses conquêtes en Piémont , ne gardant que Turin, Fossano et ConL Les Génevois, enhardis par les pertes du duc de Savoie, achèvent de détruire parmi eux la religion catholique, renversent les croix et les images, chassent les prêtres et les religieux, et s'érigent en république. L'an i536, les Bernois, à l'exemple de la France , déclarent la guerre au duc de Savoie , dans le mois de janvier, entrent dans le pays de Vaud, chassent l'évêque de Lausanne, se rendent maîtres de tout ce pays , du Gex , du Genevois , du Chablais jusqu'à la rivière de Branse, et établissent partout les nouvelles opinions. Le j3 avril de k même anuée, un héraut du roi de France somme la ville de Turin , que le duc avait recouvrée depuis peu , de se rendre , et sur-le-champ il est obéi Ce fut alors que les quatre faubourgs de Turin furent détruits, et en même tems , les restes d'un amphithéâtre qui durait depuis le siècle d'Auguste. Le duc , retire à Verceil , implore le secours . de l'empereur Charles-Quint , qui lui envoie dès troupes sous les ordres d'Antoine de Lèves. Mais l'arrivée des Impériaux dans le Piémont ne servit qu'à augmenter la désolation dans ce pays. L'empereur s'étant rendu en personne auprès du doc,ils concertent ensemble une descente en Provence. Ils passent le Var en triomphe , le a5 juillet , et le repassent dans le plus grand désordre, vers la mi-septembre suivante, après avoir perdu sans fruit la meilleure partie de leurs troupes dans cette expédition. On dit alors que le duc de Savoie mangeait des faisans à son entrée en Provence , et qu'à peine trouvait-il des raves et des choux en s'en retournant. Ce prince, duraut le reste de son règne , eut la douleur de voir ses états également en proie à ses alliés et à ses ennemis. Enfin, il mourut accahlo de chagrin , le ift septembre i553, à Verceil. Il avait épousé, Tan tôai f Bjêàtaix, fille d'Emmanuel, roi de Po*;

DES DUCS DE SAVOlt. 10,5

tngal , et bélle-sceur de Charles-Quint , morte le 8 janvier i538 , dont il ne laissa qu'Emmanuel-Philibert , qui sait » de neuf enfants qu'elle lui avait donnés.

EMMANUEL-PHILIBERT f dit TÈTE DE FER.

i553. Emmanuel-Philibert, né à Chambéri, le 8 juillet iSaS , apprit en Flandre ,. où il faisait la guerre pour Pem— pereur , la mort de Charles III , son père. Comme les états que ce prince lui avait laissés , étaient entre les mains des Français, il continua de servir dans les Pays-Bas. L'an i555 , il passe au pjintems en Piémont , d'où , après un mois de séjour, il revient en Flandre. L'an 1SS7, il se couvrit de gloire à la bataille de. Saint-Quentin , en Picardie, qu'il gagna, le 10 août, à la iêie des Espagnols contre les Français. Philippe 11, roi d'Espagne, étant venu quelque tems après au camp des vainqueurs, le duc de Savoie voulut lui baiser la main. Le monarque la retira en disant : C'est à moi plutét à baiser la pâtre qui m a procuré une si belle victoire* Le duc se proposait d'aller se présenter devant Paris qui était dans la plus grande consternation. Mais Philippe, prince timide , l'arrêta en lui disant: Non , il ne faut pas réduire son ennemi au désespoir. Le duc se contenta donc de forcer le Câtelet, Ham et Noyon , et ayant établi de bonnes garnisons dans toutes ces places , il mit ses troupes en quartier d'hiver. Une nouvelle défaite que nous essuyâmes en i558 , amena la paix, qui fut conclue, ea tS5q9 à Câteau-Cambresis, entre la France et l'Espagne. Par le traité, signé le 3 avril , il fut convenu que le roi Pnilippe II épouserait Elisabeth de France , fille du roi Henri M , et le duc Emmanuel-Philibert, Marguerite, sœur du même roi Henri II, qui rendrait au duc tout ce que le roi François 1 avait pris au duc Charles III , à l'exception de Turin, Pignerol, Quiers, Chivas et Ville-Neuve d'Asti, qui resteraient entre les mains de Henri II , jusqu'à ce que les droits de Louise de Savoie, son aïeule, fussent réglés ; que, de son côté, le roi Philippe pourrait garder Verceilct Asti, et que le duc de Savoie demeurerait neutre eutic les deux rois. Quoique ce traité ne rendit à Philibert-Emmanuel qu'une partie de ses états , il ne fut pas moins empressé d'en remplir les conditions qui le concernaient. Il se rendit en diligence à Paris, où les ambassadeurs du roi d'Espagne arrivèrent de leur côte , pour épouser la princesse Elisabeth , au nom de leur maître. Ce mariage se fit avec beaucoup de magnificence. Mais on sait quelle fut la funeste catas- Irophe qui termina les frtes qui la suivirent. Celui de Philibert-Emmanuel n'était pas encore accompli, lorsque le roi

196 CHRONOLOGIE HISTORÎQTîtf

Henri H fut blessé mortellement d'un coup de lance dans nn tournoi. On se hâta d'unir les deux époux, le 9 juillet, dans la chambre du monarque, avant qu'il expirât. Après sa mort, les nlaces que la France retenait au duc lui furent rendues , partie en i56*-t , par le roi Charles IX , partie en 1874, par k roi Henri III. On prétendit que le connétable de Montmorenci, auteur de celte restitution , s'acquitta, car là, d'une dette de douze cent mille livres qu'il devait au auc de Savoie pour sa xançon , ayant été fait prisonnier par ce prince, en 1 5S7 , à la bataille de Saint-Quentin. Les Bernois usèrent aussi de générosité à son égard , en lui restituant , par traité du mois d'octobre 1 5G4 * le pays de Gex ; mais ils retinrent celui de Vaud. Ceux du Valais rendirent aussi ce qu'ils avaient usurpé sur lui. Ce prince , au mois de juillet 1S72 , institua l'ordre de la chevalerie séculière de Saint-Maurice, que le pape Grégoire XIII confirma par sa bulle du 16 septembre de la même année. (Helyot , tom. VII, ch. II.) C'est donc à tort que plusieurs modernes rapportent l'institution de cet ordre au duc Àmédée VIII. Le cordon de cet ordre est verd , et la croix d'of emaillée de blanc. L'an 1579, au mois d'octobre , Emmanuel échange avec Henriette de Savoie, marquise deVillars, le comté de Tende , contre la seigneurie de Mirehel , en Bresse, qui fut érigée en marquisat. Ce prince, après avoir rendu à ses états leur ancienne splendeur, mourut le 3o août i58o, laissant un fils unique de Marguerite , sœur de Henri H, roi de France, qu'il avait épousée, comme on l'a dit, le 9 juillet i55g , et qui mourut le 14 septembre i5y4- Le due Emmanuel-Philibert fut surnommé Téie de Fer, à cause de la fermeté qu'il fit paraître dans toutes ses résolutions. Ce fut lui qui commença les citadelles de Suze et de Turin. Il s'était mis sur les rangs, en 1S79 , pour succéder à D. Henri , roi de Portugal , comme étant petit-fils , par sa mère, du roi Emmanuel le Fortuné; mais Philippe H, roi d'Espagne, qui avait les mêmes prétentions, l'emporta sur tous ses concurrents. Ce duc, quoiqu'il n'eût pas fait la guerre depuis i55o,, allait toujours vêtu militairement, tenant sous son bras une grande epée. Il s'amusait, dans sa vieillesse , à forger des armes et à les damasquiner. Il portait celles qu'il avait lui-mémé fabriquées.

CHARLES-EMMANUEL I , dit LE GRAND.

»58o. Charles-Emmanuel I, né le 12 janvier i56a , a Rivoli, succède au duc Philibert-Emmanuel, son père. L'an i585 * il se rend en Espagne pour y épouser l'infante Catherine

Page 1