‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 4)Chapitre 17 sur 161 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

en sa puissance Geoffroi , le mît en prison ; maïs il le relâcha peu de tems après , comme il le dit lui-même , par ordre du pape Alexandre II. Geoffroi délivré, recommence presque aus-, sitôt la guerre. L'an 1068, il vient mettre le siège devant le château de Brissac , appartenant à Foulques. Celui-ci vole au secours de la place, livre bataille à Geoffroi , le fait de nouveau prisonnier , et l'enferme au châtau de Chinon, où il resta jusciu'à la fin de ses jours, suivant Guillaume de Malmesburi , Hildebcrt, archevêque de Tours, et la Chronique de Saint-Mai xent. Mais Ordéric Vital dit que, Tan 1096, le pape Urbain II, clans le concile qu'il tint à Tours au carême , obligea Foulques à mettre son frère en liberté. La Chronique de Tours fait honneur de cette délivrance au (ils aîné de Foulques, et la met avant l'arrivée du pape à Tours. Elle ajoute que Geoffroi , â qui sa longue captivité avait affaibli le cerveau , survécut peu de tems à son élargissement. L'auteur du GestaCons. Andeg* dit de lui, qu'il fut avare , crue) , sans crainte de Dieu ni des hommes , s'élevant contre tous, et, par son insolence, armant les mains de tous contre lui-même ; ce qui est confirmé par une lettre de Hugues, de Die , archevêque de Lyon, et légat du saint-siége , qui atteste que , lorsqu'il fut pris la seconde fois, il était excommunié par le légat Etienne , pour des violences qu'il avait exercées contre l'église de Tours et l'abbaye de Marmoutier. (Bouquet, t. XII t p. 664.) Son second emprisonnement lui fit d'abord des partisan.' , ou plutôt fournit à plusieurs princes le prétexte de déclarer la guerre à son frère. Le duc d'Aquitaine vint assiéger Sauinur, qu'il prit et brûla en partie, le 27 juin ioog. Le roi de France et le comte de Blois, se concertèrent âussi pour entrer h main armée sur les terres de Foulques. Il vint à bout de gagner Tun et l'antre, le comte , en lui faisant hommage du comté de Tours , le monarque, en lui cédant le Gatinais , dont Château- La nd on , comme on l'a dît , était la capitale. Mais , dans le contrat de fa donation , Foulques obligea le roi de promettre qu'il conserverait les coutumes de ce pays, sans quoi les nobles du Gatinais eussent refusé de lui faire hommage. ( Aim. Coniin. t liv. 5 , ch. 47» ) ^n ignore si le comte Geoffroi laissa des enfants de JuLifettN Ë , sa femme.

- L'an 1069 , Foulques prend la forteresse (arran), d'Amboise sur un nommé Ernulfe , qui possédait en tiers cette ville avec deux autres seigneurs* (Ckron. Turon. ) Instruit, l'an 1078, des intelligences que les barons angevins, mécontents de la dureté de son gouvernement, pratiquaient avec les Normands, il marche contre les premiers, à dessein de les punir. Ceux-ci appellent à> leur secours Guillaume le tlonquérant. Foulques , de son côté 9 s'étaie de l'alliance de Hoël duc de Bretagne , qu'il engage à

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venir le joindre. Les deux armées se rencontrent dans Ii lande de la Brière , près de la Flèche. Mais un cardinal et quelques moines s'étant jetés entre elles , disposent les chefs à un accommodement. L'année suivante , Foulques entre en guerre avec le comte de Poitiers ; et voici ce que nous trouvons à ce sujet dans le cartulaire de l'abbaye de Vendôme (fol. 79, i°. ) Eudes de Blazon avait enlevé de force, a ce monastère, l'église de Cheviré, dans l'Anjou. L'abbé s'étant plaint inutilement de cette usurpa* tion au comte d'Anjou , fit descendre le crucifix de son église , l'étendit à terre sur des épines au milieu de la nef, et fit prier nuit et jour ses religieux devant cette image , afin d'obtenir du ciel la justice, que les hommes lui refusaient. Or , il arriva que Foulques , ayant pris les armes contre le comte de Poitiers, se trouva plutôt qu'il ne s'y attendait en présence de l'ennemi , et dans la nécessite de combattre. Alors se souvenant du déni de justice qu'il avait fait à l'abbaye de Vendôme , il promit à Dieu que, s'il remportait la victoire, il ferait rendre à ce monastère 1 église qu'il redemandait. Il fut exaucé; et de rclour chez lui , il contraignit le seigneur de Blazon à satisfaire l'abbé de Vendôme. Lan 1081 , il chassa de son siège, à l'instigation de Philippe I , roi de France , Raoul , archevêque de Tours , parre qu'il s'entendait avec le légat Amé, pour enlever les investitures, ecclésiastiques à ce monarque. Cet acte de violence , joint à un mariage illicite que Foulques avait contracté, lui attira, de h part du prélat , une excommunication qui fut confirmée par Grégoire VIL Foulques, la même année, surprend le château de la Flèche, que le duc de Normandie lui avait enlevé, et le livre aux flammes. Le duc étant accouru pour reprendre la place, est obligé de faire la paix avec Foulques , et lui donne pour otages un de ses fils avec Robert, comte de Mortain, son frère Utérin. (Chroa. Raynaldi Àndeg.)

Foulques fut très-mal récompensé du zèle qu'il avait témoigné pour les intérêts du roi de France. L'an 1002, Rertrade, sa quatrième femme, qu'il avait épousée Tan 1089, du vivant de la seconde et de la troisième , apprenant que ce monarque vient de répudier la reine Berthe, lui fait offrir secrètement s.i main. ( Bertrade regardait comme nul son mariage avec Foulques, et il l'était en effet. Mais il n'en était pas de même de celui de Philippe avec Berihe. ) Ce prince, étouffant les scrupules , se rend à Tours, où le comte d'Anjou , qui né se doutait de rien, avait amené sa femme. Philippe et Rertrade se voient avec une passion réciproque , et la veille de la Pentecôte

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par des gens qu7il avait apostés, va le joindre à Orléans. Foulques témoigna un vif regret de ce rapt, et délibéra long-tems' s'il ferait la guerre à Philippe , pour recouvrer sa femme qu'il aimait éperdument. Le carlulaira de Saint-Serge fournit une preuve de son dépit, dans la date suivante d'une de ses chartes : Facta est autem hitc dunatio auno ab Incartu Domini 1 095 , Indicé III, die Sabbatl, lunâ 25, Urbuno aposioiico , Franciâ ex adulterio Philippi indigrd régis fœdatd. Mais à la fin , ne voyant point de jour à se faire rendre sa femme , il sacrifia son amour à son ambition , et fut un des plus assidus à faire la cour à Bertrade, dont il embloya souvent le crédit pour obtenir dea grâce* du monarque. «Ou le voyait souvent, dit Suger, à ses pieds, » recevant ses ordres avec tout le respect, d'un mortel' pour une » déesse : tant ce sexe a le pouvoir de séduire ceux même qu'il » a le plus cruellement outragés ».

.Guilla urne II, roi d'Angleterre, s'étant rendn maître du Maine par l'emprisonnement du comte Héiie, les Manseaux souffraient impatiemment la domination de ce prince. L'an to»)3» à la .sollicitation des principaux d'entre eux, Foulques s'empare de la ville du Mans. Mais le roi d'Angleterre étant venu, l'assiéger dans cette place, il fut obligé de la lui remettre, après une défense de trois mois. Foulques, la même année, s'associe dans le gouvernement Geoffroi, son fils aîné, à qui ses exploits4 militaires, tout jeune qu'il était , avaient déjà mérité le surnom de Martel. Mais, l'an no3, excité par la reine Bertradef' marâtre de Geoffroi, il veut le déshériter pour avantager le fili qu'il avait eu de cette princesse. Geoffroi prend les armes contre son père , pour défendre le droit de sa naissance , assiège le château de Ma&on , dont il se rend maître, et le livre au flammes. Il marche de-là contre Guillaume , comte de Poitiers , que Foulques avait appelé à son secours , et l'oblige à s'en retour-' ner. Il va prendre ensuite le château de Briolai, dans l'Anjou , et menace la ville d'Angers, qui n'en est qu'à deux lieues. Foulques , étonné des succès de son fils , révoque les dispositions qu'il avait faites à son désavantage , et lui accorde la paix. ( Chron. l^fidcg.) Le premier fruit de leur réconciliation fut la prise du chût eau de la Chartre-sur-Loire , qu'ils firent en commun; ap rès quoi ils allèrent surprendre le château de Thouars , qu'ils réduisirent en cendres. \Ibid.) tlne ancienne notice conservée en original dans les archives du château de Thouars, et transcrite dans le cartulaire deSaint-Maixent , date ce dernier événement du 28 août 1 io4, et le met sur le compte du seul Geoffroi Martel.

Foulques était lié d'amitié avec Henri I , rpi d'Angleterre. L'an no5, il entre à main armée dans la Normandie, pour aider ce prince à faire la conquête de ce pays sur le duc Robert

DES COMTES d'àNJOU. Gl

son frère. Il y revient Tannée suivante , ou du moins il y envoie ses troupes , qui combattent à la fameuse journée de Tinchebrai, où l'infortuné duc perd ses états et sa liberté. (Henric. Huntind. ) Plusieurs barons d'Anjou s'étant révoltés dans le même tems, GeofTroi Martel, accompagné d'Alain, duc de. Brttagne, et d'Hélie, comte du Maine, vient les assiéger dans le château de Candé, où ils s'étaient retranchés. Près de se voir forcés, ils demandent une conférence au prince angevin, et l'obtiennent. Mais, tandis qu'on traite de la capitulation, un archer décoche un trait qui blesse le prince mortellement au bras , un vendredi 18 mai 1 106. Il mourut la nuit suivante, et fut inhumé à Saint-Nicolas, auprès de son gçand oncle , dont il portait le nom et le surnom. Ordéric n'hésite point à charger Bertrade de la mort de ce prince. Foulques n'avait pas les mêmes soupçons sur elle , car, le 26 septembre de la même année , il la reçut honorablement dans Angers avec le roi Philippe , et ce. fut elle-même qui les servit à table. (Ordêr. Vit.) Tel était alors l'usage des femmes en France, même les plus qualifiées. Bertrade avait amené le roi, son époux , à Angers pour terminer à l'amiable certains différents qu'il avait avec Foulques.

L'an il 07, l'arrivée du pape Pascal 11 à Tours, dans le carême,» fournit à Foulques une nouvelle occasion d'étaler sa magnificence. Hugues de Chaumont ayant détruit vers le même tems la forteresse que Foulques avait à Amboise, celui-ci excite lesj enfants de Hugues de Sainte-Maure à lui faire la guerre , et leur fournit' des secours. (Gesta Dom» Ambas. ) Ce comte mourut le 14 avril 1 109 , à l'âge de soixante-six ans , et fut enterré au prieuré de Livière près d'Angers. (Chr. Turon.) L'auteur déjà, cité du Gesta Cons. Andeg,, fait un portrait très-désavantageux de Foulques le Rechin. « Quoique dans sa première jeunesse, » il eût montré, dit-il, d'heureuses dispositions, cependant, »» lorsqu'il fut parvenu à l'âge viril, il donna dans plusieurs, «vices, tels que la gourmandise, l'ivrognerie, la luxure, » l'inapplication et l'oisiveté ; ce qui fut cause que ni lui ni ses » officiers ne rendirent la justice, et qu'ils se livraient même à » des injustices criantes. On vit de son tems s'élever, dans la * Touraine et dans l'Anjou, des bandes de voleurs qui cou— » raient impunément le pays , et troublaient le commerce en » détroussant les marchands par les chemins. Semblable à son » frère le Barbu , il alla toujours en empirant , du commence- » ment jusqu'à la fin de sa carrière » : Qui\ sic ut /rater ej us Barbâtes, maté incœpit , pejus vixit , pessimè finiviL Ordéric Viial d'il la même chose, et ajoute qu'il partageait avec les voleurs les? rises qu'ils avaient faites. 11 avait épousé 10., Hildegardb , lie de Laiicelio H, seigneur de Baugenci , nommée Lancû-

&2 CWIOXOLOr.IE HISTORIQIB

LOTTB dans quelques chartes; av. l'an «070, Ermengarde, fille d'Archambaud IV, sire de Bourbon, de laquelle il se sépara, Van 1081, par ordre du pape Grégoire VIII pour cause de parenté ( elle prit une seconde alliance, suivant Raoul de Dicetoy avec Guillaume , seigneur de Chauvigni , ou , selon d'autres , de Jaligni) ; 3°. l'an 1087, le ai janvier, féte de Saint-Agnès , un jeudi, suivant D. de Huines (Hisi. manuscrite de l'abb. de Saïni-Florcnt de Saumur)% il épousa Aaengarde, fille d'Isambert, seigneur de Chûtel-Aillon, laquelle, ayant été depuis répudiée, se fit religieuse à Beau mon t-lez-Xours (ïmhof ne la regarde que comme une concubine V, 4°» l'an 1089, suivant Ordéric Vital , ou Tan 1091 , suivant la Chronique de Tours, il donna sa main à BertiUde, fille de Simon I, seigneur de Montfort l'Amauri, qui fut enlevée à son époux, comme on Fa dit, par Philippe I, roi de France. (Elle se convertit, après la mort de Philippe, à la prédication du B. H. Bobert d'Arbrisselles , et alla se faire religieuse à Fontevrault.) Ménage donne à Foulques une ci nauième femme qu'il met au troisième rang, savoir N..., fille de Gauthier, comte de Bcienne, et d'Eustachie de Tonnerre; mais ce mariage n'est nullement prouvé. Du premier lit Foulques eut Ermengarde , femme i°. de Guillaume IX, duc d'Aquitaine, 20. d'Alain Fergent, duc de Bretagne. Du second naquit Geoffroi Martel, dont on vient de parler. Le troisième mariage de Foulques le Rechin fut stérile. Le quatrième produisit, avant l'enlèvement de Bertradc, Foulques, emi devint le successeur de son père. Foulques le Rechin avait écrit, comme on l'a dit, l'histoire des comtes d'Anjou , dont il reste un fragment. C'est à lui qu'Ordéric Vital rapporte l'invention d'une espèce de souliers, dont la pointe était plus ou moins longue , suivant la qualité de ceux qui les portaient , d'un pied et demi au moins pour les riches , et de deux ou trois pour les princes. Le bec en était recourbé et orné de cornes, de griffes, ou de quelque autre figure grotesque. On les appel lait des souliers à la Poulaine. Cette chaussure , que Foulques imagina, suivant plusieurs écrivains, pour couvrir la difformité de ses pieds , et qu'on remarque dans plusieurs vignettes des anciens manuscrits, dura, malgré les déclamations des prédicateurs, jusqu'au règne de Charles V.

FOULQUES V, dit LE JEUNE.

1 tog. Foulques V, fils de Foulques le Rechin et de Bertrade, né l'an 1092, succéda, l'an 1109, à son père dans le eomté d'Anjou, dont le roi Philippe I l'avait investi, des l'an 1 to6, après la mort de Geoffroi son aîné. A l'époque de cette

DÉ& COM'rË* d'akJouy Ciï

investiture, il résidait encore à la cour de France , où il avait été envoyé dès son enfance pour y être élevé. Le duc d'Aquitaine, chargé par Philippe de ramener le jeune comte auprès de son père , le conduisit en Poitou par une perfidie insigne t l'y retint prisonnier un an en lier, et ne le relâcha qu'après avoir obligé Foulques le Rechin à lui céder certains châteaux qui étaient Cn litige entre eux. (Ordéric Vital, L II, p. 818. ) Foulques le Jeune hérita du Maine , Tan 1 1 10 y par la mort du comte Hélie, son beau-père. La même année, il vole au secours de Hugues de Chaumont, qui assiégeait Montrichard , qu'il revendiquait comme un bien patrimonial dont on l'avait injustement dépouillé. Sa présence détermina les assiégeants à se rendre/Mais Foulques confia la garde de la place à Archaml>aud de Bréxé jusqu'à ce qu'on lui eût payé la somme qui avait été promise. ( Gesta Domin Ambas. , c. 20» )

L'an ri 1 1 , suivant Robert du Mont , Henri I , roi d'Angleterre, entre à main armée dans le Maine, pour contraindre ironiques à lui faire hommage de ce comté. Foulques, vers le même tems, avait donné retraite à Guillaume Chton , fils de l'infortuné Robert, duc de Normandie, et, à l'instigation d'Amauri de Mon fort, son oncle , cherchait de tout son pouvoir à nuire au roi d'Angleterre. Mais voyant depuis Robert de Belléme, son principal appui, entre les mains du roi, il songe à faire la paix , et va le trouver, l'an 1 1 13 , la première semaine dé carême , près d'Aleriçoh , dans un lieu appelé par Ordéric Vital Petra peculata, où il lui fait hommage de son comté , et , pour cimenter la paix, promet sa fille Malhilde en mariage à Guillaume Adelin , fils de Henri,

De tout tems on s'était trouvé mal d'avoir attaqué Saint- Martin dans ses domaines. Foulques lui-même eh fit l'expérience. Ayant fait abattre, l'an 11 12 ou tn3, lés fortifications que le cellérier de Saint-Martin de Tours avait fait élever dans sa ïnaisorn, le chapitre aussitôt prend le parti du confrère offensé. Kn conséquence l'office divin cesse ; on descend le crucifix, que l'on couche par terre, ainsi due les relkjues dés saints, qu oh entoure d'épines; on ferme les porte* de l'église, dont on ne Jfcrmet l'entrée qu'aux pèlerins* Le comte , effrayé de cet ap^ï>âreil , vint nu-pieds se proslêrnér devant le tombeau de saint Martin , et ensuite devant les feliqoes des saints , demandant pardon avec promesse dé ne plus récidiver. (Arch. de Saint-Martin. )

L'an 1 1 18 , sollicité par Loùfe le Gros* de venir à son secours contre l'Anglais avec lequel il était en guerre, Foulques y consent ; mais il exige pour préalable qu'on lui fasse raison de U chargé de sénéchal de France, dont 9 par la négligence de

Gj CHRONOLOGIE Hl$TO!UÛjUË

ses prédécesseurs, d'autres que les comtes d'Anjou faisaierrt l'exercice depuis Geo fi roi Grisegonelle , à qui elle avait été accordée, comme on l'a dit. Il députe à ce sujet le chevalier Hugues de Cléers au roi de France. L'envoyé plaida sa cause de . manière -qu'il obtint que le comte fût rétabli dans ses droits sur la charge dont il s'agissait. Guillaume de Garlande, qui en était revêtu , fut en conséquence obligé, de lui en faire hom- . mage. Foulques , ainsi satisfait , entre en Normandie y où. il . prend sans coup férir la ville d1 Alençon , par la connivence des habitants, en l'absence d'Etienne de ÏMois, leur nouveau comte; il assiège ensuite la citadelle, qu'il force à se rendre , malgré les efforts, du roi d'Angleterre, d'Etienne, et de Thibaut, comte de Blois, son frère, qui étaient accourus pour la délivrer; et pour comble de succès, il les défait dans une bataille livrée -sous les murs d'Alençon ( et non de Séez) au mois de décembre de la même ann^e. [Ordéric. Vital.; et G esta Cons* Andeg) Foulques ne demeura pas long-tems fidèle au roi de France. Henri , pour l'attirer dans son parti et le détacher de celui de la France, presse l'accomplissement du mariage de Guillaume- Adelin avec Mathilde. Le comte se rend, et les noces furent célébrées a Lisieux, dans le mois de juiji 1119,. la princesse .n'ayant encore que onze ans. Henri , cependant, ne tira pas de ce coup de politique tout l'avantage qu i 1 s'en était promis. La .Providence trompa ses vues: Mathilde devint veuve sans enfants, le a5 novembre de l'année suivante, par un événement tragique. ( V. Henri J, duc de Normandie. )

Foulques, partit , le 2.6 mai de l'an .1 120 , avec Renaud de Martigné, évêque d'Angers, pour la Terre- Sain te , où il se distingua par sa libéralité. Guillaume .de Tyr dit qu'il y entretint , pendant un an , cent chevaliers à sçs frais. A son re-* tour, il fondai le 4 septembre 1121 , l'abbaye cistercienne de Loroux, au diocèse d'Angers. Il accompagna, la môme année, le. roi Louis le Gros dans son expédition contre le comte d'Auvergne, et commanda lavant-garde de l'armée française en qualité de .sénéchal de France. L'an iia3, irrité contre le roi d'Angfeterre , qui refusait de lui rendre la dot de Mathilde, il prend le parti de donner en mariage à Guillaume Cliton , sa seconde fille , à laquelle il assigne pour dot le comté du Maine. Le légat du pape, Calliste, à la sollicitation de Henri, casse cette alliance pour cause de parenté; ce qoi est confirmé par les lettres de ce pape , datée? du 26 août na4- (Spicii. , tome 3 pag. 149. ) Cette affaire eut de fâcheuses suites par la résislance de Clvton. Une lettre d'Honorius II, successeur de Calliste , au chapitre métropolitain de Tours, en date o\i ia avril ijzS. (Spiales., Md.), nous

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apprend que , le légat ayant envoyé des messagers à Cl i ton pour lui annoncer la dissolution Je son mariage , le comte Foulques les mit en prison , où il les retint pendant deux semaines , et qu'entr'autres mauvais traitements qu'il leur fit essuyer , il leur brûla la barbe et les cheveux , et en fit autant des lettres qu'ils lui avaient présentées ; en conséquence de quoi le pape déclara ce prince excommunié , et confirma l'interdit que son légat avait jeté sur les terres du comté d'Anjou. Cliton , à la fin , ainsi que son beau-père , plia sous l'autorité pontificale, et consentit à la rupture de son mariage. Dans le cours de cette affaire , le comte d'Anjou , au mois d'août 1124, avait amené des troupes au roi Louis le Gros, pour l'aider à chasser les Impériaux qui menaçaient la Champagne d'une invasion. H retourna, l'an na6, avec ce monarque , en Auvergne , pour achever de réduire le comte Guillaume.

L'an 1 1 29 , Foulques T deux ans après le mariage de GeofTroi, son fils, part de nouveau pour la Terre -Sainte, avec Hugues; des Païens , grand-maître du Temple , Hugues d'Amboise , et beaucoup d'autres seigneurs. (Roger de Hooeden.) IL y est couronné roi le 14 septembre 1101 , règne onze ans et deux mois, et meurt le i3 novembre u42* Foulques avait épousé , i°. l'an 11 10, Erembruge , ou Ermentrude , dite aussi Guiburge , fille et héritière d'Hélie, comte du Maine, morte en 1126, après lui avoir donné Geoffroi , qui suit; Hélie , qui, en 1 , ayant voulu s'emparer du Maine , fut pris dans un combat par Geoffroi , son frère , et enfermé dans le château de Tours, où il mourut, suivant la Chronique de Tours et d'Angers, le i5 janvier 1 i5i. (L'auteur du G esta Consul.] Andeg. dit qu'ayant été tiré de prison, une maladie, peu de tems après , le mit au tombeau ; ce qui est d'autant plus vraisemblable , que son corps fut inhumé à Saint-Serge d Angers.) De Philippette, son épouse, fille de Kotrou II , comte du Perche, et de Matlnlde d'Angleterre, Hélie laissa Béatrix, femme de Jean I, comte d'Alençon. Guillaume deTyr (liv. i4t, c. 1) rapporte qu'en donnant sa fille à Hélie, Rotrou, veuf alors et n'ayant point d'autre enfants , lui avait promis de ne point se remarier , mais qu'il lui manqua de parole. ( Voy. Us comles du Perche.) Les filles de Foulques sont Math il Je, laquelle ayant perdu , comme on l'a dit, Guillaume- Adelin , son époux , au bout d'un an ou environ de mariage , demeura encore quelque tems en Angleterre, suivant Ordéric Vital ;. après quoi , étant revenue en Anjou , elle se fit religieuse f la dixième année de sa viduité , à Fontevrault, dont elle devint la seconde abbesse ; et Sibylle , mariée à Thierri d'Aï-» wee, comte de Flandre, après avoir été séparée de Guillaume XIII. 9

Clîton , son premier époux. De MétissENDE , sa deuxième femme, fille de Baudouin II , roi de Jérusalem, Foulques eut Baudouin et Amauri, ses successeurs dans la royauté. Mélîsscnde mourut le 12 septembre i i(x>. {Voy. Foulques, roi de Jérusalem )

-f GEOFFROI V.

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t 1 29. Geoffuoi , <lii le Bel, et plus communément Planta genêt , parce qu'il mettait d'ordinaire un genêt sur son bonnet, né le 24 août 1 1 1 3 (Chr. S, Albini) , devint comte d'Anjou et du Maine,' par la cession que Foulques, son père, lui fit de ses états avant de partir pour la Terre-Sainte. Il était marié pour lors avec Mathilde , veuve de l'empereur Henri V, et fille de Henri I, roi d'Angleterre, que Foulqnes lui avait fait épouser , en présence de ce monarque, le jour de la Pentecôte , 22 mai ae l'an 11 27 (et non pas 1129, comme on l'a dit ci -devant). On peut voir la preuve que nous avons donnée de cette époque à la page xij de la préface de notre XllP volume du recueil des Historiens de France. Nous n'emploierons ici que la suivante : elle est tirée de la souscription que le roi Henri 1 mit au bas d'un accord passé , l'an 1127, entre Févêque de Séez et l'abbaye de Marmoutier : Signum , y est-il dit , Hem ici régis Angliœ , tjuando dédit fiiiam suam Gaufreào comiti Andegaoensi juniori : ce qui prouve en même-tems que Geoffroi, des Tan 11 27, était associé à son père. (Bry, Hist. des comtes d'Alençon et du Perche, pag. 10H. ) C'était malgré elle , et par déférence pour le roi , son père , que Mathilde avait donné sa 'main à Geofîroi, se croyant dégradée en passant du îît d'un empereur dans celui d'un comte. Aussi à peine deux ans se furent écoulés depuis leur mariage , qu'elle obligea son époux , par ses hauteurs , à la répudier. Mathilde , sur la fin de juillet, se retira, suivant Siméon de Durham , avec peu de suite , a Rouen, d'où Henri était parti , le 1 5 du même mois, pour repasser la mer. Etant revenu, l'année suivante, en Normandie , il emmena sa fille avec lui en Angleterre , et quelque tems après il vint à bout de réconcilier les deux époux. Geofîroi cependant avait d'autres embarras qui donnaient de l'exercice à sa valeur. Prcsqu'aussitôt après le départ de son père , il se ■vit meuâcé par une ligue de seigneurs poitevins , dont les chefs étaient le vicomte de Thouars et les seigneurs de Parthenai et de; Mirebeau. Geoffroi , dont la grande jeunesse et l'inexpérience leur faisaient espérer une victoire aisée, les prévient avant qu'ils aient le loisir de se réunir, marche d'abord contre le château de Thouars , qu'il force après quelques jours

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de siège 9 et dont il fait raser la principale tour , prend ensuite Parthcnai , et de là va se présenter devant Nji rebeau , , qui fait une plus longue résistance. S'en étant rendu maître , à la fin , par la vivacité et la continuité de ses attaques , il garde cette place qu'il trouve à sa convenance , et rend les deux autres à leurs propriétaires , après avoir accordé la paix à leurs humbles prières. Tandis que ses armes étaient ainsi occupées au-dehors , il se formait , au-dedans de ses domaines., une conjuration de ses grands vassaux ,. à la tete de laquelle Hélie , son frère, s'était mis. Geoffroi , par sa valeur, réussit à dissiper ce nouvel orage. Ayant surpris son frère , ij renvoya prisonnier à Tours , et s'empara de son comté qq'il réunit au sien. Ce coup de vigueur imposa aux rebelles, dont la plupart mirent bas les armes. Robert v seigneur de Sablé , le plus puissant d'eatr'eux, fut le dernier à se rendre, et le fit de mauvaise foi, comme ses fréquentes révoltes le prouvèrent dans, la suite», • . . . . ;

Le roi d'Angleterre, en mariant sa fille à Geoffroi ^ lui avait promis en dot la Normandie. Sfais il hésitait toujours à s'en dessaisir; ce qui occasionna une rupture entr'eux. Le comte acheva d'irriter son beau-père en faisant la guerre à Roscelin , vicomte de Beaumont , dans le Maine , et gendre également de Henri. Sans égard pour les remontrances de ce prince, il assiège, l'an n35, le château de Beaumont et le réduit en cendres. (Ord. Vit.) Henri étant mort, le premier décembre de la même année , Geoffroi se dispose à recueillir sa succession. Mais il est prévenu , d'un côté , par Etienne, comte de Boulogne, qui s empare de l'Angleterre sans coup férir; et de l'autre, par Thibaut, comte de Blois, cjue les Normands, également ennemis d'Etienne et de Geoffroi, avaient appelé pourles gouvcrner.Cependant Mathilde,sa femme, s 'étant rendue dans ce même mois de décembre en Normandie, ne laissa pas d'y trouver des partisans , et d'y faire , à leur aide , quelques progrès. Geoffroi vient la joindre avec de bonnes troupes , et imprime , sur sa route, des traces de cruauté qui soulèvent les Normands contre lui. S'étanl attroupés , ils fondent sur les Angevins , les poursuivent, dit Ordéric Vital , par les villages et les forêts, et les obligent, après leur avoir tué beaucoup de monde, à vider le pays. Dans le même lems, la noblesse angevine, excitée de nouveau par Robert de Sablé, prend les armes pour maintenir ses privilèges violés , suivant elle, par Geoffroi, et fournit un nouvel exercice à ses armes. Après avoir réduit ces rebelles , il rentre en Normandie Tan 1 136, au mois de septembre , accompagné des comtes de Poitiers , de Ponthieu , de Vendôme et de devers, qui lui avaient amené chacun leurs troupes. Etienne ^

pour satisfaire aux désirs des Normands , et les réunir en sa faveur , transporte, Tan 110*7, à son fils £uslache, ses prétentions sur la Normandie. Ce parti est agréé par le roi Louis le Gros , qui donne au jeune prince l'investiture de ce duché.

1[ Order. Vital , Raâulf. de Diceto , Walter Hemmingford. ) Thi- >aut s'accommode alors avec son frère , et se départ de ses prétentions , moyennant une pension annuelle de 2000 marcs d'argent. La ligue de Geoffroi se dissipe, et quelque tems après il fait , avec Etienne , une trêve de deux ans , qui fut mal observée. Le roi Louis le Jeune , marchant sur les traces de son père , confirma l'investiture qu'il avait donnée au prince Eustache. Il fit plus : pour resserrer leur amitié par Tes liens du sang , il lui fit épouser, au mois de février 1 140, Constance, sa sœur. L'an n4i* à la nouvelle de l'emprisonnement du roi Etienne , Geoffroi entre en Normandie , et fait des progrès rapides, sans que le roi de France , dont l'affection pour Eustache s'était, refroidie, fasse aucun mouvement pour l'arrêter. •( Voy- Etienne, roi d' Angleterre. ) Geoffroi mourut , l'an ii5i , ûprès s'être emparé de la Normandie. ( Voyez son article aux ducs de Normandie. )

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