‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 4)Chapitre 25 sur 161 · COMTES DU MAINE · texte numérisé non relu

COMTES DU MAINE

Le Maine, province située entre la Bretagne, l'Anjou, la Touraine , le Vendômois , le Perche et la Normandie , était originairement occupé par trois peuples, les Aulerci Cenomaniy qui étaient les plus nombreux , les Aulerci Diablintes , et les Arviï. ( D'Anville. ) Mais le nom des premiers a prévalu dans le pays , qui n'est presque plus connu , depuis le quatrième siècle , que sous le nom de Cenomania. Les Manseaux furent du nombre de ceux qui par leurs colonies se rendirent maîtres, sous Bellovèse, leur chef, de la partie de l'Italie que les Romains appelèrent depuis Gaule Cisalpine. Ils y bâtirent en particulier les villes de Trente, de Crème, de Bergame, de Bresse, de Crémone, de Mantoue et de Vérone, dont les peuples continuèrent d'être appelés de leur ancien nom, Cenomani. Ceci arriva vers l'an 164 de Rome , 590 ans avant Jésus-Christ. Les Manseaux, lorsque César entra dans les Gaules, se confédérèrent avec les Auvergnats et d'autres peuples, pour défendre leur liberté. Apprenant qu'ils faisaient le siège d'Alise, ils accoururent au secours de la place ; mais l'habileté du général romain rendit leurs efforts inutiles. Marchant de conquête en conquête, il arriva enfin sur leurs terres, et les contraignit de subir le joug. Les Francs , dans la suite , eurent moins de peine à les réduire sous leurs lois. Fatieués et excédés par les exactions des officiers romains , ils s offrirent d'eux-mêmes à ces nouveaux conquérants. On ne sait pas la date précise de celle révolution; mais on voit que, du tems de Clovis, Rigomcr,

prince du sang de Mérovée, possédait le Maine à titre de royaume, comme Ragnacaire , son frère, jouissait du Cambresis. Tous deux furent les victimes de l'ambition de Clovis , qui les fit massacrer pour envahir leurs élats. Il paraît que les Manseaux ne se donnèrent pas sans résistance au meurtrier de leur roi. On voit en effet que Clovis amena dans le Maine une armée qui dévasta ce pays. Saint Principe, alors évêque du Mans, où la religion enrétienne s'était établie par le ministère de l'évéque Saint Julien, au troisième siècle de l'église, obtint, par 1 entremise de Saint- Remi, dont il était parent, la liberté de ses clercs et la cessation du carnage* Ceci arriva Fan 5 io. Les successeurs de Clovis établirent des comtes pour gouverner cette province. Mais Childebert III , a l'exemple de Clotaiie 111 , laissa, par une ordonnance datée de la quatrième année de son règne (6<)8 de J. C. ) le choix de ces gouverneurs à l'évéque diocésain (c'était alors Rerlemond), aux abbés et aux notables du pays, ( Mahill. Ann. Ben , t. 1 , p. 616. ) Cette ordonnance ne fut point fidèlement exécutée. Plusieurs s'emparèrent successivement de ce gouvernement , et furent dépouillés par d'autres usurpateurs. Tels furent Rotgaire, Hunold, Hatton, Roger, Milon , et Grippon , fils de Charles Martel , à qui ses frères, Carloman et Pépin, enlevèrent le Maine avec ce qui devait lui revenir de la succession de leur père. Le Maine,

Ïar la suite, fut compris dans le département du duché de Vance, qui commençai se former sous le règne de Charles le Chauve. Robert le Fort, tué par les Normands en 866, Eudes, son fils aîné, depuis roi de France, Robert, frère d'Eudes, mort en 92^, Hugues le Grand et Hugues Capet, son fils, possédèrent le Maine comme ducs de France. Us avaient sous eux des comtes particuliers pour gouverner en leur nom les provinces de leur département. Mais il paraît que le Maine avait un comte avant 1 érection du duché de France. On trouve eu effet sous le règne de Louis le Débonnaire, un Roricon, comte du Maine, frère de Gauzbert, abbé de Saint-Maur-des-Fossés, puis de Saint Maur-sur- Loire, fils, l'un et l'autre, de Goslin et d'Adellrude. D. Vaissète, (t. I, p« 719) place, vers l'an 84 U la mort de Roricon, quatre ans ou environ, avant celle de l'abbé Gauzbert, son frère. Ce comte avait épousé, i°. Rotrude* fille aînée de Charlemagne, dont il laissa Louis, abbé de Saint- Denis et chancelier de France, mort en 86; ; a0. Blichilde, qui le lit père de Roricon II , l'un de ses successeurs; de Gotfrid» qui remplaça son frère; de Gozlin, moine et abbé de Sainte Maur-sur-Loire, en 845 , successivement abbé de Saint-Germain-des-Prés et de Saint -Denis, chancelier de France évéque de Paris, mort, l'an 886, eu défendant celte ville contre

les Normands qui en faisaient le siège. Du second mariage de Roricon 1 , sorlit encore une fille nommée Blichilde comme sa mère, et femme de Bernard, frère d'Emenon, comte du Poiliers.

Les comtes, à leur établissement, surtout ceux qui avaient un grand district, eurent soin de se donner des lieutenants pour exercer leurs fonctions, soit en cas d'absence, soit en cas de maladie ou d'autre empêchement* On nommait ces lieutenauts vicomtes. Ce fat sur ceux-ci que les comtes , lorsqu'ils eurent rendu leurs gouvernements héréditaires 9 se déchargèrent de leurs fonctions les plus pénibles, et surtout de l'exercice delà justice. Pour se les attacher plus étroitement, ils unirent au titre de vicomte, des fiefs considérables avec différents droits. On vit ces vicomtes, devenues héréditaires, rentrer dans le partage des successions et se diviser entre les différentes branches de la même famille. De là les vicomtes de Frênai , les vicomtes de Sainte-Suzanne, les vicomtes du Lude , etc. Lorsque plusieurs terres ♦ à l'une desquelles était attaché le titre de vicomté, portaient le même nom, on distinguait celle-ci par cet attribut, en disant, par exemple, Beaumont-le- Vicomte , Frênai -le- Vicomte, etc. Ceux mêmes qui ne tenaient que le nom de la famille vicomtale , y ajoutèrent le titre de vicomte , et cet usage a long-tems persévéré.

GAUZBERT,.

841 ou environ. Gauzbert, dont on ignore l'origine, fut le successeur de Roricon I, dans le comté du Maine par la nomination du roi Charles le Chauve. Ce monarque, ayant été obligé, l'an 849, d'évacuer les villes de Nantes et de Rennes, qu'il venait de conquérir sur les comtes Noménoé et Lambert, chargea Gauzbert de continuer la guerre contre ces deux comtes. Gauzbert fit prisonnier Garnier, frère de Lambert, et le livra entre les mains de Charles le Chauve. Mais Lambert, l'an 85o , aidé par Noménoé, vengea la captivité de son frère en faisant le siège du Mans, où Gauzbert ne l'attendit pas. {Chron. Àdemari, et Morice , Hist» de Bretagne, t. I , p. 42.) Gauzbert eut sa revanche deux ans après. Ayant surpris, Lambert dans une embuscade, il le mit à mort le icr. mai Ko:*... (Morice, ibid. p. 4^0 Les Nantais vengèrent la mort de leur comte dans une pareille surprise , où périt Gauzbert au mois de mars de Tannée suivante. ( Bouquet , t. VII , p. 226.)

RORICON II.

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