‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 4)Chapitre 24 sur 161 · LOUIS 1UL · texte numérisé non relu

LOUIS 1UL

L'an i4*7i Louis III, fils aîné de Louis 11, né le 25 septembre i4o3, lui succéda au duché d'Anjou et aux comtés atl Maine et de Provence, ainsi qu'à ses prétentions sur le royaume de Naples , sous la tutelle d'Yolande, sa mère. L'an 14^4, re roi Charles VII, étant à Angers, lui donna, par lettres du 21 octobre, le duché de Touraine , se réservant les droits royaux avec la ville et le château de Chinon. Mais il perdit, en i4a5; la ville du Mans , que le comte de Salisbéri lui enleva. Les Anglais durent cette conquête à leurs canons; invention nouvelle, dont le bruit et les effets causèrent une telle épouvante aux habitants, qu'ils ne tardèrent pas à capituler. Honteux de cette faiblesse , ils cherchèrent, l'année suivante, à la réparer. Ayant pris langue avec les fameux capitaines Âmbrolse Loréi Guillaume d'Orval, la Hire , et d'autres soigneurs français , ils les introduisirent de nuit dans la ville , dont ces braves se rendirent

— — &UCS DE TOURAINE. ■

était Archbald du Glas. Il était Ecossais, comte de Wighton , fils d'Archbald , deuxième du nom, comte du Glas, et d'une fille il1 André Je Murrai, gouverneur d'Ecosse. Un acte, conserve à l'hôtcl-cle-ville de Tours , le qualifie comte du Glas , et sei-Jfincur de Gallowai. Avant de venir en France, il avait défendu le çlialeau d'Edimbourg, contre Henri IV, roi d'Angleterre » l'assicgait avec une puissante armée , et l'avait contraint , au bout de six semaines, de lever honteusement le siège' ave£ une perte considérable. On remarque que depuis ce tems il fut malheureux dans toutes ses entreprises - ce qui lui fit donner lè triste nom Infortuné. A la bataille d'Hamilton en 14.01 p Ajchambaud de Douglas fut fait prisonnier, après avoir com— battu avec tant de valeur, qu'il mérita l'estime particulière de ^rsil , lieutenant - général des ennemis, qui rechercha son amitié. S'étant donc lié avec Persil , il le suivit dans sa réheljbon contre Henri IV , et l'accompagna à la bataille de Sbrews1- Jttçi , où il eut le même sort qu'à celle d'Hamilton. Mais le .^ain^ueur ayant loué publiquement la valeur de Douglas et sa |\déUtc pour son ami qu'il n'avait jamais voulu abandonner^ Jc renvoya sans rançon. Ce seigneur, plein d'estime et d'atta^

maîtres après avoir massacré tout ce qui leur résista. Le comte de Suftblck, gouverneur de la place, n'eut que le tems de se retirer dans le château. Mais le lendemain le général Talbot , étant accouru d'Alençon à son secours , surprend la ville à son tour pendant la nuit, et fait trancher la tête aux plus notables bourgeois.

Le duc Louis 111 ne dégénéra^ point de la valeur de ses ancêtres. Il poursuivit ses droits sur le royaume de Naples , et il était sur le point de s'en rendre maître lorsqu'il mourut , à Co~ sence, le i5 novembre i4^4» a ^j?c ^e *renle e* un 3ns, sans laisser d'enfants de Marguerite, fille d^Araédée VIII t duc de ^avoie, qu'il avait épousée le 22 juillet 1 43 1 . Elle lui survécut, et épousa en secondes noces, Tan 1 444 ^ Louis le Paisible, électeur Palatin, après la mort duquel elle eut pour troisième époux Ulric VII , comte de Wurtemberg. ( Voyez les comtes de Provence et les rois de Naples. )

- s. y 1 RENÉ.

- i434« René, duc de Bar et de Lorraine, deuxième fils du roi Louis II, succéda*, Tan i4^4i à Louis III 9 son frère , dans le duché d'Anjou, comme dans le comté de Provence, et dans >es <kpits sur le royaume de Naples. Ce prince éprouva tour à

DUCS DE TOURAINK. '

chement pour le dauphin Charles , lui envoya , l'an 14*8 , Archambaua , son fils aîné , avec Jean Stuarl , comte de Bouchant, son gendre , qui défirent les Anglais au grand Beaugé, le 22 mars, veille de Pâques 1421. Charles étant monté sur le trône , il vint lui - même en France avec son fils puîné , Jacques de Douglas , à la tête d'un grand nombre de gentilshommes écossais , et cinq à six cents hommes de troupes réglées. Ils abordèrent à la Rochelle , d'où Archambaud vint trouver le roi à Châtillon-sur-Indre , et de-là , il le suivit à Bourges. Sa majesté , par reconnaissance des services qu'il venait de lui rendre dans un tems si critique, le créa lieutenantgénéral de ses armées, et , pour se l'attacher encore plus étroitement, lui donna, comme on l'a dit, le duché de Touraine,

5our lui et ses hoirs mâles, avec la réserve desx droits royaux et es châteaux de Chinon et de Loches. La chambre des comptes, qui se tenait à Bourges, fit difficulté d'enregistrer ces lettres* Mais le roi l'ayant mandée , lui enjoignit de procéder à cette vérification , ce qui fut exécuté le 2S avril 1424. U fit son entrée solennelle à Tours le 27 mai suivant. Tandis tm'il était en cette

tour la bonne et la mauvaise fortune. Ayant obtenu du cardinal Edouard , son oncle , le duché de Bar, il avait encore eu le bonheur d'épouser Isabelle, fille et héritière de Charles II, duc de Lorraine. Antoine, comte de Vaudemont, lui disputa ce duché , le défit et le fit prisonnier à la bataille de Bullégnevilleen i43i. Il était encore détenu au château de Dijon lorsque Louis III, son frère, mourut. La reine sa femme étant alors passée à Naples , s'y conduisit avec beaucoup de sagesse. René ayant obtenu sa liberté, Pan i436, en donnant une grosse rançon, se rendit, l'année suivante, à Naples, d'où, après quelques succès heureux , il fut chassé par Alfonse, son compétiteur. De retour en France, il renonça à tout projet d'agrandissement, et ne s'occupa plus que des beaux arts et du bonheur de ses peuples. L'an i44°» il cède à Charles, son frère, le comté <Ju Maine, qui devait lui revenir après la mort de leur mère, suivant l'usage établi dans la maison des ducs d'Anjou, qu'un des jeunes enfants mâles étant mort , l'aîné de ses frères héritât de ses biens; et de cette sorte, dit Chopin, toute la succession restait dans la souche, etTevcnait au chef unique de la maison. {De Doman. Gatt. , 1. 2, c. H, p. 187, édit. de i588.)

L'an i444» Ie comte de Sommerset, après avoir parcouru l'Anjou en pillant te plat pays, à la tête de six mille Anglais,

DUCS DE TOURAINE

ville, les Anglais continuaient en France leurs conquêtes. Archambaud, apprenant qu'ils venaient de se rendre maîtres d'Ivrî, partit en diligence pour aller à leur rencontre , et prit en passant Châteaudun , où le duc d'Alençon, le maréchal de la Fayette, le vicomte de Narbonne, et d'autres seigneurs, vinrent le joindre. Le duc de Bedford ayant su que le duc de Touraine était à Verneuil , qu'il venait de reprendre, lui manda , par un héraut, qu'il désirait de boire avec lui, et qu'il le priait de l'attendre. Le duc répondit qu'il était venu exprès pour cela d'tcosse. Les deux armées se trouvèrent en présence, auprès de «Justice de Verneuil, le 17 août i42i« Les Français ayant été mis en déroute , le. duc de Touraine, Jacques, son fils puîné, et Jean Stuart , comte de Bouchan, connétable de France, perdirent la vie dans cette malheureuse journée. Leurs corps furent rachetés des Anglais, transportés à Tours, et enterrés sans pompe au milieu du chœur de la cathédrale. Archambaud <fe Douglas avait épousé Marguerite Stuart, fille de Robert IH, roi d'Ecosse, et de Marie Brus, dont il eut quatre étants : Archambaud, qui porta le titre de duc de Touraine ; James ou Jacques , tué avec son père, comme on vient de le *oir; Marguerite , femme de Guillaume Sainclair; et Elisabeth,

6o CHRONOLOGIE HISTORIQUE

vint camper , au mois d'avril, à l'abbaye Saint-Nicolas , prè* cl7 Angers, dans le dessein de surprendre cette ville et de l'emporter d'emblée. Mais un soir qu il était assis a table , un canonhier du château pointe un fauconneau , et le mire au moyen de la lumière qu'il voyait à travers les fenêtres de l'appartement Le coup porta juste , et tua un des convives qui était auprès du comte. Il s'appelait le sire de Froyfort, èt passait pour le plus grand capitaine de la troupe. Ce coup épouvanta les Anglais, on éteignit les lumières, et le lendemain ils décampèrent de bon matin. De là, Sommerset alla faire le siège de Pouancé, qu'il fut obligé de lever aux approches du connétable et du maréchal de Lohéac ; après quoi il quitta l'Anjou et passa en Normandie. ( Hist. Chron. de Charles Vil , p. 4^4 ; Bourdigné, p. i4tf«) L'an i44^, au mois de mai, se fit Y Emprise (la joute ) de la gueule du dragon et celle du château de la Joyeuse- Garde , près de Saumur, où le pas fut maintenu par le duc Kené. A cette fête, qui dura quarante jours et fut une des

DUCS DE TOUR AI NE

femme de Jean Stuart, comte de Bouchan et connétable de France. Après la mort d'Archambaud de Douglas , on s'imagina qu'il ne laissait point de postérité mâle , parce qu'on supposa mort son fils aîné , qu'il avait laissé malade, en Ecosse, lorsqu'il passa en France. Dans ce préjugé, le roi Charles VU disposa du duché de Touraine en, faveur de Louis III, duc d'Anjou.

Le comte deWighton ( c'est ainsi qu'on nommait le (ils aîné d'Archambaud de Douglas ) ayant appris le don qui avait été fait de la Touraine au duc d'Anjou, réclama ses droits , et fit supplier le roi de lui rendre justice. Charles VII reconnut son erreur; promit au comte deWighton de le dédommager , et lui permit de porter le titre de duc de Touraine, mais sans déroger à ce qu'avait obtenu le duc d'Anjou. Le comte de Wighton mourut en Ecosse, le 26 juin i438, laissant de Mathilde , sa femme , trois enfants; Guillaume, qui porta aussi le titre de duc de Touraine , David , et Béatrix. Les deux frères furent tués , l'an i444? au château d'Edimbourg. Enfin, jusqu'à James VI , comte de Douglas , les aînés de cette maison ne cessèrent de se qualifier ducs de Touraine. (Carreau, Hist. manuscrite de Tours. ) Nous ne parlons point ici du don que le roi d'Angleterre, Henri VI, soi-disant roi de France, fit de la Touraine et de ses dépendances à son cousin Jean , comte d'Arundel, par lettre du septembre 1 4^4 > n'exceptant que le château et la châtellenie de Loudun. (hec. de Colôert, vol. f>2, fol. 6'6i.) Il parait que ce don fut sans effet : les Anglais ne possédaient rien alors en Touraine,

bE* COMTES D'ANJOU. Ht

£lùs brillantes , concourut toute la haute noblesse de l'Anjou et du Maine. Elle se donna sous les yeux de la duchesse Isabelle et d'Yolande, sa mère , en l'honneur de toutes les dan^s et en particulier de mademoiselle de Laval , que René , huit ans après , épousa. Le duc y remporta" le prix , et présenta depuis ce tournoi , peint en miniature, de sa main , au roi Charles VU. ( La Colombière, tom. 1 p. Si. )

L'an i44°% Ie duc René institue, dans la ville d'Angers t Tordre de chevalerie du Croissant, dont le symbole était un troissant d'or, avec ces mots en lettres bleues: Loz en croissant. Il eût été à souhaiter que cette devise lui eût mieux convenu. Il se démit, Tan i453, du duché de Lorraine en faveur de Jean, son fils unique : mais la mort lui enleva ce fils le b' décembre de l'an 1 470 ; et , l'an i4y3, il perdit encore son petit- fils, Nicolas , décédé sans postérité. Le roi Louis XI > l'année Suivante , craignant qu'après la mort de René, l'Anjou ne lui échappât, le défère au parlement comme suspect d'intelligence avec ses ennemis, et propose de lui faire son procès. Le parlement fit des difficultés sur la manière de procéder, qui arrêtèrent les poursuites du roi. Les voies de fait paraissant plus courtes et plus sures à ce monarque , il se saisit du duché , et mit garnison dans le château d'Angers. René, dissimulant sa douleur en se voyant dépouillé si injustement , se retira en Provence, où il mourut à Aix, le 10 juillet 14^0. Son corps fut apporté à Angers , que le roi lui avait rendu , et inhumé dans la cathédrale. (Voy. Its ducs de Lorraine et les comtes de Provence. )

Charles II , comte du Maine , comptait succéder au duc René, son oncle, dans l'Anjou. Mais le roi Louis XI s'en empara de nouveau , prétendant (avec raison) que , faute d'hoirs mâles en ligne directe , il devait , comme apanage , revenir .1 la couronne , et il l'y réunit en effet. Charles ne fit aucune démarche pour s'opposer à cette réunion. Mais René II, duc de Lorraine, et petit-fils , par Yolande , sa mère , de René , duc d'Anjou , prétendit à la succession de ce dernier , et intenta à ce sujet un procès , qui fut terminé à son désavantage , par arrêt du conseil, l'an 1 484 , sous le règne de Charles Vilï. Pendant le cours de ce procès , Louis XI, par lettres donncis au Plessis du Parc-lez-Tours , dans le mois d'octobre 14^1, confirma la chambre des comptes établie à Angers par les ducs d'Anjou, pour plusieurs causes et raisons , dit» il , et mesmement que les ducs aV Anjou , qui par ci-devant y ont esté , estoient gens de bon et haut couraige ; tellement que en leur tems ils ont traité grandes et hautes affaires tant en nostre royaume que au/ très pays , lesquelles , comme dignes de mémoire 7 ont esté rédigées et escriptes XIIL 11

82 CHRON. HIST. DES COMTES d'aNJOU.

dans ladicte chambre , qui nous est une chose moult plaisante tt agréable: et pour rien ne voudrions iceux escripts déplacer et mettre ailleurs en confusion et aultres escripts , et ne nous seroit provfit ne agréable chose d'y faire mutation ; car en ladicte chambre promptement se peuvent à toute heure trouver plusieurs lettres , chartres, inscriptions et beaux faits , par les gens de ladicte chambre , rédigés , comme dict est , par escript , et mis en très bon ordre et à nous proufitable.... et pour ces causes el aultres à ce nous mouvant , avons de nostre autorité et puissance , par édict royal , délibéré, conclu , et ordonné.*.* que ladict chambre à Angers sera et demourera. ( Trésor des chartes, tom. II, p- 61. ) L'Anjou, irrévocablement réuni à la couronne, ne tut plus qu'un titre d'apanage , réservé aux fils puînés de nos rois. C'est à ce titre que Charles VIII le possédait du vivant de son père. François Ier. donna, depuis, l'Anjou à sa mère; mais ce ne fut point à titre d'apanage. La définition même de ce mot en interdit l'idée, par rapport à cette donation. Les quatre fils de Henri II ont porté successivement le titre de ducs d'Anjou. Louis XIV fit porter ce titre à deux de ses fils, morts en bas âge. Philippe V , roi d'Espagne, et Louis XV, l'ont porté de même avant de monter sur le trône , ainsi qu'un fils de ce dernier.

DES

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