ARNOUL
1048 ou environ. Arnoul , fils de Guillaume fi, ne jouit as long-tems de la succession de son père après l'avoir chassé. ,a même année, on le trouva étranglé dans son lit. Un de ses parents , nommé Olivier, fut accusé d'avoir commis ce meurtre, qu'il alla expier à l'abbaye du Bec, où il se fit moines ( Willelm* Gémmct liv. 7.)
DES COMTES D'àLENÇO?.' j4y
YVES a
1048. Yves ou Ive$ , fils de Guillaume I , et évéque de Séez depuis environ l'an io35, succéda, dans les seigneuries ile Bellême et du Sonnois dans le Maine , à son neveu Arnoui par droit héréditaire, dit Ordéric Vital (p. 469). Guillaume de Jumiège, plus ancien qu'Ordéric, atteste la' même chose. \Jrnulfo9 dit-il ( p. 273 ) , neauiier perempto , loo , patruus ejus , sagietisis episcopus , Beiesmiœ castrum , et qum ad ipsum jure pert'mebant, accepit , et légitimé, quandiù vhat, tenuii. Sa con* duite, en qualité de seigneur temporel et en qualité d'évêque-, fut également sage. L'an 1049, dans un voyage qu'il fit à la cour de Normandie , les fils de Guillaume Sorenge , connus par leurs crimes , s'emparèrent de la cathédrale de Séez , dont ils firent une place d'armes , et d'où ils sortaient pour exercer dans le pays toutes sortes de brigandages. Yves , à son retour, implora le secours de Hugues de Grant-Mesnilet d'autres barons , pour l'aider à chasser ces usurpateurs. 11 vint à bout de les déloger de ce retranchement ; mais ce fut aux dépens de l'édifice même, qui fut réduit en cendres par le feu que l'on mit à une pile de bois qui avoisinait le clocher où ils s'étaient retirés. L'an io53, Yves commença à rebâtir son église des aumônes qu'il avait été recueillir clans la Pouille et jusqu'en Orient. Lan io54 ou environ , Geoffroi Martel , comte d'Anjou , se rend maître d'Alençon et de Domfront par les intelligences au'il avait dans ces deux places ; mais le duc de Normandie ne tarda pas à les reprendre , et remit à Yves le château d'Alençon. ( Duchêne , Scrip. Noim. pag. i83.) Ce prélat mourut en 1070. (Galtia Chr. tom, XI % Bouquet, tom. XI.)
ROGER DE MONTGOMMERI et MABILE.
1070. Roger, fils de Hugues , seigneur de Monlgommeri em Normandie, petit-fils , par Josceline sa mère , de Seufrie , sœur de Gonnor , femme de Richard II , duc de Normandie, succéda* l'an 1070, dans les seigneuries de Bellême et d'Alençon, a l'évêque Yves, par le droit de Mabile, son épouse , nièce du prélat. Mabile était une femme méchante, artificieuse et cruelle : elle employa le poison , pour se défaire de plusieurs personnes qu'elle haïssait. Hugues , seigneur de la Roche d'igé, dont elle avait enlevé le château , la tua dans son lit , au château de Bures , dans les premiers jours de décembre 1082. ( Ordéric Vital, liv- *j Paêe« 5>2& ) ftocer, son époux, était d'un caractère bien^
*4& CHROWOLOGH HISTORIQUE
différent ; il ne se distingua que par de belles actions. Cousin de Guillaume 11 , duc de JNormanqie f par sa mère , il fut hissé par ce prince auprès de la duchessse Mathilde , son épouse , pour , l'aider de ses conseils, lorsqu'il partit pour la conquête d Angleterre. ( WUL Gcmmet. Order. Vitalis. ) 11 est donc faux qu* ce fut lui, comme l'avancent des chroniques modernes, qui commanda lavant-garde à la bataille d'Hastings, Guillaume ne lui tint pas moins compte de son attachement* il lui donna, l'an 1070 , le comté de Shrewsburi , où il fonda une abbaye, et bâtit un château qui prit le nom de Montgommeri, qu'il communiqua au comté dont cette place devint le chef-lieu. Roger , l'an J077, accompagna le duc de Normandie dans son expédition contre le comte u Anjou qui assiégeait lechâteaudela Flèche et fut médiateur de la paix qui suivit sans combat. (Ordéric Vital ^ Hr* 4 , pag. 533. ) 11 mourut le 27 juillet 1094, et fut inhumé dans le monastère qu'il avait fondé. Roger, après la mort deMabile, avait épousé Adélaïde, fille de Hugues du Puiset. Il eut du premier ht , cinq fils et Quatre filles. Ces fds sont Robert, qui suit; Hugues , comte de Shrewsburi ; Roger, dit le Poitevin , comte de Lan castre et mari d'Àlrnodis Y comtesse de la Marche ; Philippe , mort au siège d'Antioché)«en ! iooy8 ; et Ajrooul t comte de Pembrock, lequel épousa Lairacote /fille d'un roi dlrlande. Les filles de Roger et de Mabile sont Emrae , abbesse d'Aiméjnesche ; Mathilde , femme de Robert , comte de MorUin ; Mabile , alliée à Hugues de Chateauneuf en Thimarais ; et Sibylle, femme de Robert Hamon , baron de Thorigni et seigneur de Glocester. ( On ne' doit pas confondre ce dernier , à 1 exemple de quelques modernes , avec Robert de Kent , son gendre , en favair duquel le roi d'Angleterre , Henri 1 , dont il était fils naturel , érigea la seigneurie de Glocester en comté. ) Le second mariage de Roger produisit ua fils nommé Ev rard. Roger , du vivant de sa première femme , fit construire dans le Passais une forteresse qu il nomma la Roche-Mabile , au bas de laquelle il se forma une ville dont on voit encore les portes, ainsi que les ruines de la forteresse. Ce fut du tems de Roger que les seigneurs ée Belléme commencèrent à relever des ducs de Normandie, en vertu du don ou de la vente que le roi Philippe en fit à Guillaume le Conqnérant. (JVilklm. Gemmet. apuà Bouquet, t. XI, pag. 5a. ) . ? ,<v . . -
» ROBERT II , stjritommé'DE BELLÊMBr»
1082. Robert II, fils de Roger de Montgommeri et de Mabile, succéda , l'an 1082 , à sa mère dans les seigneuries de Belléme et d'Alençon. Il avait été élevé dans sa jeunesse auprès de Guillaume
DES COMTES D'ALESÇOK* • l4$
le Conquérant, qui le fit chevalier en 107& Robert, dans la suite, embrassa le parti de Robert Courte-Heuse , son fils, dans toutes ses révoltes. Le roi , pour l'en punir, mit des garnisons normandes dans tous ses châteaux. Mais aussitôt après la mort de Guillaume , le comte Robert chassa ses troupes , et fit des excursions sur les terres de ses voisins, dont il envahit plusieurs places. Dans le même tems, il conspira avec Odon ou Eudes, évêque de Bayeux, comte de Kent , frère de Guillaume le Conquérant , et plusieurs autres seigneurs, pour élever Robert Courte- lieuse sur le trône d'Angleterre , qui avait été donné à Guillaume , son frère puîné. Leur motif était qu'avant des domaines en Angleterre et en Normandie , et par conséquent deux maîtres qu'il était impossible de servir à la fois , attendu leurs dissensions, il fallait nécessairement opter entre l'un ou l'autre ; que le duc de Normandie étant le plus traitable des deux , il convenait de lui donner la
Î .référence et ât faire tous leurs efforts pour réunir dans sa main e royaume cT Angleterre au duché de Normandie. D'après cette résolution , les conjurés ayant passé la mer au commencement 6eio88, s'emparèrent de plusieurs forteresses en Angleterre. Mais Guillaume étant survenu en diligence avec de bonnes troupes, les assiégea successivement dans tontesles placesdont ils s'étaient ren*
ÏÏZ.
la paix avec son rival. Le seigneur de Beliême , qui s'était fermé dans Rochester , fut des premiers à se soumettre. Il le fit de si bonne grâce, qu'il réussit à gagner Pestime et l'amitié du foi. Mais, à son retoar en Normandie, il fut arrêté par ordre du duc avec le prince Henri , sur ce qu'on les accusait d'avoir fait serment de fidélité l'un et l'autre au roi d'Angleterre, C'était Odon, évêque de Bayeut, qui avait formé l'accusation.
seigneur de Beliême fut enfermé au château de Neuilli , et Henri dans celui de Bayeux. Le premier recouvra , l'an 1090 1 sa liberté par la médiation de son père. Mais il n'en demeura pas moins irrité contre le duc pour lui avoir enlevé , durant sa captivité , ses châteaux de Bâlon et de Saint-^Célérin , malgré la longue et vigoureuse défense de Payen de Montdoubleau , chargé de la carde du premier, et l'habileté de Robert Quadrel ^i commandait dans le second* Son ressentiment fut tel , que pendant plusieurs années il fit sur les terres de Normandie des excursions dont le roi d'Angleterre lui sut gré. Il s'attacha entièrement à ce prince, et le servit utilement dans ses guerres contre la France et dans ses démêlés avec le duc son frère, Wui ci ayant donné le château d'Hiérae à Gilbert de l'Aigle, «ls 4'£ngenulfe , le seigneur de Beliême entreprit d'enlever wUe place au nouveau possesseur > et vint dans ce dessein ex<
*5dl CHRONOLOGIE HISTORIQUE
faire le siège, la première nuit de janvier ioqi , dît Ordéric [Vital. Mais elle fut si bien défendue 9 suivant le même historien , qu'après avoir fait les plus furieux efforts , il fut obligé de se retirer. Cet échec ne. servit qu'à enflammer la haine du seigneur de Beliéme contre Gilbert. Ne pouvant le vaincre par la force, il le fit assassiner par treize chevaliers du Perche; comme il venait de Sainte-Scholasse pour aller à Moulins (à trois lieues de Mortagne ) visiter la dame du lieu. Ordéric Vital met cet événement au jour bissextile (a5 février) de l'an 1092. Robert bâtit, Tan 1097,. dit le même auteur, le château de Gisors. Suger, néanmoins, attribue la construction de cette fort teresse à un chevalier nommé Payen. ;
L'an 1098, Robert, ennemi d Hélie, comte du Maine, que le roi Guillaume voulait dépouiller, engage ce monarque à venir surprendre, au mois de février, le château de Dangeul, à six lieues du Mans , dans le Sonnois. Guillaume ayant échoué dans cette entreprise , laisse, en se retirant, des troupes et de l'argent à Robert .pour continuer les hostilités contre Hélie. Robert commence par fortifier les neuf places qu'il avait dans le Maine, et fait élever de nouveaux forts sur les terres des églises de Saint-Julien et de Saint-Vincent du Mans. Le comte du Maine ne lui donna pas le tems d'achever ces ouvrages. Etant venu contre lui à la tête de ses gens, il lui livra plusieurs combats dans lesquels il eut presque toujours l'avantage , et à la fin il l'obligea de prendre la fuite : mais ce triomphe fut de courte durée. Robert lui ayant dressé une embuscade comme il s'en retournait à Dangeul, le 28 avril de la même année 1098, le prit et le conduisit à Rouen, où U le présenta au roi d'Angleterre. Hugues , comte de Sbrewsburi , frère de Robert , ayant été tué vers la fin de juillet suivant,, en voulant s'opposer à une descende de Norvégiens en Anglererre (1), il obtint du roi ce comté, moyennant une somme de trois mille livres sterling* , iqu'il lui offrit. « Ce fut un malheur pour le pays, dit Ordéric *> Vital. Les Anglais et les Gallois, ajoutert-il, qui jusqu'alors • » avaient regardé comme des fables le récit qu'on leur faisait de a» ses funestes prouesses et s'en étaient moqués, en reconnurent p la vérité par l'expérience qu'ils, firent de sa cruauté ; car plus » il augmentait en puissance et en richesses, plus il était entre- » prenant pour dépouiller ses voisins. » Après la mort du roi Guillaume, arrivée le a août de l'an noo, il fit hommage au
(1) Mathieu Paris et les Annales de Waverlei mettent en l'an 1 100 la mort de Hugues et disent qu'il périt dans un combat contre las
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DES COUTTES D'ALENÇOîr. l5l
foi Henri y son successeur; mais il revint Tannée suivante au. parti de Robert Courte-Heuse , qui lui donna, pour se l'attacher, l'évêché de Sée2, la seigneurie d'Argentan et la forêt de Gouffier. Etant repassé en Angleterre, Tan 1102, il fut cité à la cour du roi , qui lui objecta , dit Ordéric Vital , quarantecinq chefs d'accusation. Robert demanda du tems pour répondre; mais, au lieu de travailler à sa justification , il se retira oans son château de Shrewsburi , où il se mit en état de dé-
suivant Siméon de Durham. Cependant Ordéric Vital et la chronique anglo-saxone disent qué le seul château d'Arondel
occupa ce prince l'espace de trois mois. De retour en Normandie, Robert fut mal accueilli du doc, à qui le roi son frère avait persuadé de le dépouiller, comme un traître, des terres qu'il possédait dans son duché. Le duc, avant l'arrivée du comte, s'était déjà mis en devoir d'exécuter ce conseil, et lui avait retiré l'évêché de Séez avec la villè d'Argentan et d'autres laces que Guillaume le Roox avait ajoutées à son comté. Mais présence du comte Robert rêlevia tellement le courage des siens, qu'il obligea son suzerain à cesser ses hostilités , et tous les Normands, qu'il avait pour ennemis, à plier sous lui. {Voyez ci-dessus y Robert Courte-Heuse, duc de Normandie.') Ayant eu depuis une conférence âvec le duc£jl recouvra ses bonnes grâces et redevint un de ses partisans: LWÀuc eut même la faiblesse de lui rendre l'évêché de Séez et tout Ce qu^il lui avait enlevé. Ce fut un malheur pour ceux qui rentrèrent sous sa domination , qu'on pourrait Qualifier une véritable tyrannie. Serlon, évêque de Séez, et l'abbé de Saint-Martin de la même vdle , poussés à bout par ses vexations , abandonnèrent la Normandii
que d'autres passèrei France. En vain le roi d'Angleterre, sur les plaintes qui lui revenaient de toutes parts, s efforça- t-il, par ses remontrances ses menaces, de détacher son frère de ce dangereux favori
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Ie seigneur de Bel le me , par son esprit souple et insinuant, *v*it tellement captivé celui du duc , que rien ne fut capable de le faire revenir sur son compte. L'an 1 io5 , effrayé des progrès que le rôi d'Angleterre avait faits en Normandie, il passe ta mer au mois de décembre pour aller faire la paix du duc jyee lui. N'ayant pu rien obtenir , il s'en revient aux fêtes de N°ël, ne respirant que la vengeance* (Chr. anglo-sax, ) Il com- ■**nda Tannée suivante l'arrière-garde du duc Robert à la ba-
taille de Tiuchebrai : mais il s'y comporta fort mal; et, soif lâcheté, soit trahison , il causa , par sa retraite, la perte de la bataille. Voyant le duc en captivé, il tâche de réunir ses forces à celles d'Hélie, comte du Maine, pour le mettre en liberté; mais, ne trouvant oas le comte disposé à le seconder, il fait sa paix avec le roi d Angleterre, qui lui reqdit Argentan, taricomté de Falaise, et tout ce que son père avait possédé en Normandie, à condition qu'il raserait tous les châteaux qu'il avait fortifiés. Malgré cet accommodement , le seigneur de Belléme se jeta ensuite dans le parti «Je la France contre l'Angleterre. L'an ii 12, le roi Louis le Gros., après une bataille donnée contre Henri, députe Hobert pour lui porter des propositions de paix à Bonne vil lç. Henri , contre le droit des gens, tait arrêter l'ambassadeur le 4 novembre, ,et l'envoie prisonnier 4 Cherbourg, d'où il le fait transporter l'an née suivante, au château de Warham , en Angleterre. Pendant sa prison, il perdit la seigneurie de Belléme, que, jie; roi Louis le Gros, par traité fait à Gisors sur la fin de mars 1^3 , céda. au roi d'Angleterre, qui en fit don à Rotrou, Ù r.son .cendre,; comte du Perche. Mais le donataire fut obligé 4e prendre les armes pour se rendre maître de la capitale défendue par Aimeri de Villerei, à qui Guillaume Talvas , fils 4e ttobert de Belléme , en avait confié la garde , tandis que luiTmême était occupé à défendre le Ponthieu contre ceu* qui vouaient L'ejaval|ir. Rotrou fut aidé pour assiégf r Belléme .par les comtes de Blois et d'Anjou, et par divers seigneurs de Normandie), <me le roi Henri fit marcher à son secours. La ville, en trois Jours, fut forcée, le 3 de mai , fête de l'invention de Sai nte-Croix. La citadelle ne laissa pas de faire encore une vigoureuse résistance. Pour l'emporter , on fut obligé d'y jeter des, matières enflammées qui U réduisirent en cendres ainsi que la ville. (Orden Vital* p.
L'an 1 1 1 8, le roi d'Angleterre disposa encore du comte d'Àlençon en faveur de Tbioaut, comte de Blois. Celui-ci , avec l'agrément du monarque , transporta çe don à Etienne, son frère, comte de Mortain. Mais bientôt la conduite tyrannique d'£tienne, jeune homme sans expérience, souleva les Alençonnois contre lui. S'ét an t concertés. avec Arnoulde Monigommeri, ' frère du comte Hobert , ils appelèrent secrètement à leur secours, par son entremise, Foulque? le Jeune , comte d'Anjou, avec promesse de le mettre en possession de leur ville. Foui* nues , étant parti en diligence , arrive de nuit , en l'absence d'Etienne, à Alençon,dont il trouve les portes ouvertes , et dès le len4emain il commence le siège du château. Le roi d'Angleterre , a cette nouvelle, se prépare à secourir la place, et envoie devant lui le comte de Blois avec Etienne, son frère. Foulques
DfcS COMTES D'ALENÇON* l5$
sfc défend dam la ville , fait plusieurs sorties heureuses sur les deux comtes , et les oblige a se retirer. On était alors dans le mois de décembre n 18. Ayant repris le siège de la citadelle 9 Foulques l'oblige à se rendre , après avoir coupé l'aqueduc qui lui fournissait de l'eau. Ordéric Vital, parlant des désordres qu'occasfona cette expédition , dit qu'elle fit violer à plusieurs lobservance de l'Avent. Cette conquête fut suivie d'un traité de paix conclu au mois de mai 1119. Par cet acte , le comte d'Anjou consent de remettre ait roi d'Angleterre le comté d'A^ lençon pour en investir Guillaume, fils du comte Robert; ce qui s'exécuta dans le mois suivant. Robert était toujours en prison. Voici comme Henri d'Huntingtôn parle de lui dans sa lettre à son ami Wâutiêr. « Vous avez e.onnu , dit il, Robert » de Bellême , ce prince dé Normandie, qui était , à l'égard » de ceux qu'il retenait dans Ses prisons , un Pluton , une
* Mégère , un Cerbère , et tout ce qu'on peut dire de plus » cruel. Il ne se souciait nullement de la rançon de ses pri- » sonnîers ; il aimait mieux les tourmenter et les faire mourir. » H eut la cruauté d'arracher un jour les yeux avec ses ongles v a son filleul , en le tenant sous son manteau. On con- » naît même des personnes , de l'un et de l'autre sexe, qu'il fit »• empaler. Le carnage était un mets délicieux pour son âme. ■ On ne parlait en tous lieux que de lut , et sa barbarie était » passée en proverbe. Mais venons à sa fin , chose que tout lec- » teur désire d'apprendre. Cet homme, qui traitait si cruelle-
* nient ses prisonniers, fut pris lui-même > et passa le reste » de ses jours dans le long supplice d'une prison perpétuelle à » laquelle le roi Henri l'avait condamné. Tel fut l'oubli de ce » monarque pour ce favori qu'il avait tant aimé , que jamais il » ne daigna s'informer s'il était mort ou vivant , et qu'il ignora » même , ou feignit d'ignorer, h? jour auquel il avait cessé de » vivre. » (Spicii., tom. VIII , pag. 1U7.) Le portrait qu'Ordéric Vital fait du même Robert ne dément point celui-ci. Mais à ces mauvaises qualités il ajoute les bonnes , en disant que Robert était d'une taille avantageuse , d'une force extraordinaire, brave, habile dans la profession des armes, ineénieut à inventer de nouvelles machines de guerre , beau parleur et séduisant dans ses discours. 11 laissa un fils , qui suit , d Agnès de Ponthiec, sa femme , qui éprouva aussi les effets de sa cruauté. ( Voy. ks comtes de Ponthicu. )