‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 4)Chapitre 72 sur 161 · ROTROU II · texte numérisé non relu

ROTROU II

i mo. Rothou H fut le successeur de Geoffroi M, son père* <lans le Perche, dont le père Anselme prétend qu'il fut le premier comte, il était déjà célrbre par ses exploits. L'an 1096» il 1)1 le voyage de la Terre-Sainte avec Robert, duc de Normandie, et commanda un corps de troupes au siège d'Antioche. L'an iiOvS (et non 1089, comme le marque le père Anselme ni 1 1 14> comme le dit M. de Marca), il marcha au secourt d'Alfonse le Batailleur, roi d'Aragon, son parent, conM* 'w | Sarrasins. Rotrou revint de cette expédition 'la mêmeamtfet , fort mécontent des Espagnols, qui avaient cherché à le faire périr avec sa suite pour récompense :des service* qu'il leur atftf

dës Comtes &to wacra. i7>

têtuliic. (Ordèrk Vital % 1. i3 , page 890. > Si Rotrou était vaiU bmt, il ar'en était pas moins attentif à augmenter son domaine et à étendre ses droits. Dans une certaine paroisse du diocèse de Chartres , il y avait deu* maisons seigneuriales possédées par deux personnes différentes , dont les fiels relevaient également de la vicomte de Chartres. Hugues du Puiset , qui possé* dait alors cette vicomté, avait cédé le relief de l'un de ces deux fiefs à Hugues de Courville. Rotrou, comte du Perche", ayant acheté le fief dont le relief avait été donné à Courville , voulut , après son achat, fortifier la maison féodale. Hugues du Puiset, qui se disposait à partir pour la Terre-Sainte avec Boémond , prince d'Anttoche, forma opposition, de concert avec Cour-* ville, à cette entreprise*. .Rotrou prétendit que l'opposition était mal fondée, attendu que le .fief, selon lui, relevait du comté du Perche, et non de la vicomté de Chartres. L'affaire ayant été portée devant Ives, évêque de Chartres, le prélat f aurès avoir ouï les parties , déclara qu'à raison de son obscurité, elle devait se décider par le duel, et en conséquence les renvoya à la cour du comte de Chartres, L'affaire y fut plaidée de nouveau , çfe Courville y perdit sa cause. Mais , regardant le jugement comme injuste, il en appela à son épée, et se mit à taire le dégât sur les terres du comte du Perche. Ces actes d'hostilité ne restèrent pas impunis. Il fut pris par Rotrou, qui l'en-1 ferma dans une étroite prison, Hugues du Puiset était alors en route pour la croisade. Gui , son frère, qui gérait ses domaines en son absence, eut recours à Rome, et en obtint des lettres adressées à l'archevêque de Sens, par lesquelles il lui était enjoint de faire élargir Courville, et de surseoir la fortification commencée, et ceua en vertu des privilèges des croisés. Rotrou comparait à la cour du prélat, et soutient que Courville, n'étafnt point croisé, n'est pas recevable à s'aider de ces lettres, <5ui du Puiset répond au nom de Hugues, son frère, qu'il est la principale partie dans cette cause comme y ayant le plus grand intérêt. L'archevêoue, embarrassé pour juger, ordonne que par provision Courville sortira de prison en donnant caiw tion, et que la fortification sera interrompue jusqu'au jugement définitif. Le comte du Perche appela de cette sentence à Home, où il perdit son procès. Voilà ce qu'on recueille des lettres 16b*r6o, et 170 d'Ives de Chartres. Dans ces entrefaites, le comte du Perche eut la guerre avec Robert de Bellêmc, son parent, touchant les limites de leurs terres. Rotrou fut vainqueur , mit; Robert en fuite, et lui fit beaucoup de prisonniers. L'an 1 ifo, après la mort d'Hélie, comte du Maine, Foulques le Jeune, comte d'Anjou , son gendre, et le roi d'Angleterre, se disputant sa succession, Rotrou se déclara pour le second. 11 s'en XIII. ûo

Ijt CHRONOLOGIE HISTORIQUE

trouva mal. Foulques, l'ayant pris dans une rencontre, le mit entre les mains de Robert de Hellême , son ennemi , qui l'enferma dans la grosse tour de la citadelle du Mans, où il lui fit souffrir une dure captivité. Craignant d'y mourir, il appela le célèbre Hildebcrt, évéeme du Mans, auquel il fit une confession générale; après quoi, il lui remit son testament pour le porter à la comtesse sa mère. Mais, tandis que le prélat était à logent auprès de cette dame, il fut arrêté le lendemain de son arrivée, et mis en prison avec le doyen Hugues et le chantre Fulchard , qui l'avaient accompagné , par Humbert Chevreau , sénéchal du Perche, qui soupçonnait ces deux chanoines d'être cause de l'emprisonnement du comte. Ives, évéque de Chartres, qui se trouvait alors sur les lieux, employa inutilement les prières, les menacés, et l'excommunication knême , pour obtenir la liberté de son collègue : Humbert fut inflexible. On envoya au comte pour l'informer de cette perfidie qui le déshonorait. Il en témoigna son mécontentement, et manda à sa mère ainsi qu'à Humbert qu'on élargît le prélat, et qu'on fît satisfaction à l'église. Pour taire voir qu'il agissait sincèrement, il coupa une partie de ses cheveux f qu'il envoya à sa mère, en lui faisant dire que le sénéchal lui avait fait une aussi grande injure que s'il l'avait entièrement tondu. C'est ce que nous apprennent les actes deseyéques du Mans (ch. 35) et les lettres 17 et 18 du deuxième livre de celles d'Hildebert. On ne sait pas combien dura la captivité du prélat, non plus que celle du comte; mais il y a tout lieu de croire qu'elle finit au plus tard en 1 1 13, par le traité de paix que firent cette année les rois Louis le Gros et Henri I, l'une de leurs conventions portant que les prisonniers seraient rendus de part et d'autre. La même année , Rotrou reçut en présent du monarque anglais la ville de Bellême qu'il l'avait aidé à reconquérir, mais non pas le château que* Henri se réserva. Depuis ce tems, il se qualifia comte du Perche. Vers l'an 1122, il retourna en Espagne pour faire la guerre aux Sarrasins. Dans cette expédition, le comte Rotrou avec les Français, l'évêque de Saragosse avec les chevaliers des Palmes ou du Saint-Sépulcre, et Gaston de Béarn avec les Gascons, fortifièrent le lieu de Pennacadel, où il y avait deux tours imprenables, et tinrent cette place durant six semaines. Enfin, combattant contre Amorgan, roi de Valence , ils s'avancèrent jusqu'à Xativa ; mais les infidèles prirent la fuite avant le combat, de sorte que les nôtres se retirèrent après avoir laissé soixante soldats dans le fort de Pennacadel. (Otdér. Fit., 1. i3, p. 0*91.) Le comte, victorieux, va prendre possession de Tudèle , dont le roi Alfonse lui avait accordé la propriété, Rotrou la donna ensuite à Marguerite, sa nièce, fille

des comtes au perche; 179

de Julienne, sa sœur, et de Gilbert de l'Aigle, en la mariant à Gardas Ramire , roi de Navarre.

L'an 1 135 , après la mort du roi Henri I , dont il fut témoin i Rotrou se déclara pour Etienne de Blois, qui s'empara du trône d'Angleterre, il tut, Tan 1187, du cortège du roi Louis le Jeune lorsqu'il alla épouser l'héritière d'Aquitaine à Bordeaux* 11 abandonna , l'an n4o, le parti d'Etienne, roi d'Angleterre f à l'occasion suivante. Richer de l'Aigle, son neveu , s'étant mit en route pour l'Angleterre avec cinquante chevaliers, le 8 septembre, jour de la Nativité de la Vierge, fut surpris dans une embuscade, près de Lyre, par Robert de Bellême, surnommé Poard , dont il se défiait d'autant moins qu'il le croyait son ami , et fut envoyé prisonnier à Breteuil ; après quoi, Robert se mit à piller ses terres avec la dernière inhumanité. Rotrou de-» manda justice au roi Etienne de cette perfidie; mais, ne pouvant l'obtenir, il résolut de la faire par lui-même. 11 leva des troupes; et sur la fin d'octobre, ayant rencontré Robert et Maurice , son frère , à la tête des leurs , il les attaque , les bat, et se rend maître de leurs personnes. Cet événement ne rendit pas néanmoins la liberté à Richer. Ce ne fut qu'au bout de six mois , lorsque le roi d'Angleterre eut été pris a la bataille de Lincoln , que le comte du Perche obtint de Geoffroi , comte d'Anjou , victorieux alors en Normandie , la liberté de Richer» (Ordêr. Vit., 1. i3. ) Rotrou perdit la vie au service de ce prince au mois d'avril 11 44 » en faisant avec lui le siège de la tour de Rouen. Il avait épousé, i°. l'an 1102, Mathilde , iiile naturelle du roi d'Angleterre, Henri I, laquelle périt en mer , le a5 novembre 1120, avec les deux fils de ce prince ; a°. Ha rvise , ou H&voise , Bile aînée d'Edouard de Salisberi et petite-fille de Gauthier d'Evreux. De la première , il eut

ippette , femme d'Hélie , frère puîné de Geoffroi Planta-» genêt : de la seconde, il laissa Rotrou, qui suit; Geoffroi, Won de Neubourg, qui vivait encore en 1169, comme le témoigne Hugues Falcand ( Hist. Sicii.) ? et Etienne, gue la reine Marguerite du Perche , veuve de Guillaume I , roi de Sicile , appelle dans ce royaume, où elle le fit chancelier , puis archevêque de Palerme , dignité qu'il fut obligé, pendant les troubles qui s'élevèrent dans cette île , d'abandonner pour se sauver en Palestine, où il mourut. Rotrou II fonda, en 1109, l'abbaye de Tiron , et celle de la Trappe en 1140. Quant à sa seconde épouse, devenue veuve, elle épousa Robert, troisième fils de Louis le Gros , roi de France , qui porta le titre de comte du Perche pendant la minorité des enfants de Rotrou, et même jusqu'à la fin de ses jours. ( Voyez Robert I , comte de Dreux, )

' ** "/ "' ROTROU m. . ,

• ii 44» RWROU III, fils du comte Rotrou II, lui succéda en tas âge, sous U tutelle d'Harvise, sa mère y et de Robert de France, sou beau-père. Il fit* Tan n58, avec Henri II, roi d'Angleterre 9 un traité par lequel il lui remettait les châteaux de Moulineau-et de Bons-Moulins, que son père avait usurpés du tems du roi Eûenne sur le duché de Normandie ; en échange 4e quoi le roi Henri lui céda , sous la condition de l'hommage, Je château d.e Bellême. (Roà. du MoiU cl Nie. TrweL) Rotrou iouda, Tan 1170, la Chartreuse de Val-Dieu dans la forêt de Repo. S'étant déclaré , l'an 117*, pour le jeune Henri contre le roi son père, il se mit en marche avec lui et le comte de Champagne pour s'emparer de la ville de Séez. Mais la résistance lies habitants fit échouer l'entreprise. ( Ra dulf. de Diceto.) te comte du Perche accompagna, Tan n83, le roi Henri il, qui ma» chu il au secours de Richard, son fils, duc d'Aquitaine, attaqué par ses' frères, Henri et Geoffroi. Un historien contemporain <Jit qu'il fil dans cette expédition moins la fonction de guerrier que celle de négociateur, portant Continuellement au jeune Heuri des paroles de paix, qui malheureusement ne furent écoutées que lorsque ce prince se vi£ sur le point d aller rendre comte à Dieu de ses fréquentes rebellions. (Gaufr. Vos y page 337. )

L'an 1 1 89 9 Rotrou fut du nombre des ambassadeurs que Philippe Auguste envoya dans le mois de novembre au roi Richard pour lui faire part du voeu qu'il avait fait de se croiser, et l'engager à se rendre à Vézelai dans Pâques clos prochain, afin de prendre la croix ensemble., ( Roger de Hwedcn. ) Rotrou assista lui-même au rendez-vous, partit ensuite avec le roi de France pour la Terre-Sainte, ei mourut, Tan 1191, au siège d'Acre- De Mahaut, sa femme, fille de, Thibaut 11, comte de Champagne „ il laissa Geoffroi, qui suit; Rotrou, évéque de Châloos-sur^Marne; en 119a; Guillaume, aussi évéque de Cbâlons après son frère (Gérard entre deux \ en iii5; et Etienne, duc de Philadelphie en Orient; avec une fille, Béatrix, femme, suivant Ménage, de Renaud U|f seigneur da Château-Gon thier.

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