‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 4)Chapitre 8 sur 161 · PIS DUCS DE NORMANDIE · texte numérisé non relu

PIS DUCS DE NORMANDIE

sterungs, somme immense pour le tems. Cet événement donup tant d estime à Guillaume pour Alain , qu'il lui fait offrir quelque teins après sa fille Constance en mariage. L'offre es! acceptée avec joie , et les noces furpnt célébrées à Caen Tannée suivante. ( Willem. Matmcsb. ad unnurn io85. )

L'an 1087 , Guillaume demande au roi Philippe le Vexia français , que le roi Henri I avait promis au duc nobert , son père , pour récompense des services qu'il lui avait rendus, contre fa reine Constance, sa mère, qui voulait lui ôter la couronne. Philippe élude la demande, et Guillaume demeure dans le repos. Mais quelque tems après, une raillerie du premier irrite le second et le tire de son inaction. H gardait le lit , et pratiquait des remèdes pour diminuer le volume de sa graisse qui l'incommodai^. On lui rapporta que Philippe demandait quand il relèverait de ses couches. « Je ne tarderai pas, rér » pondit -il , et au jour de mes relevaillcs j'irai le visiter avep 9 dix mille lances en guise de chandelles. » Jl ne tint que trop exactement parole, pès qu'il put monter à cheval, il alla ravager le Vexin français, prit Mantes qu'il brûla, sans épargne^ les églises, où périt dans les flammes beaucoup de monde qiji s'y était réfugié j et de là il envoya porter le fer et le feu jusqu'aux portes de Paris. Ce fut sa dernière expédition. Etant tombé malade, «à Mantes, des efforts qu'il avait faits 4 la prise et à l'incendie de cette ville, il se fit porter a Rouen, d'où il fut ensuite transporté, pour elfe moins interrompu, à un village voisin nommé Ilei mentruville , où il mourut le 8 ou le fj septembre 1087 , âgé de Go ans, après avoir possédé la Normandie près de cîn juante-deux ans, le Maine environ vingtcinq , et l'Angleterre vingt et un $ius. 11 faut voir dans Orderic Vital (L. 7, p. 556) les frayeurs uV>nt ce prince si terrir ble fut agité aux approches de la mort, et le discours pathétique où il les exposa, en mourant , à ses courtisans. Son corps fut conduit à Caen , et inhumé dans l'église du monastère de Saint- Etienne, qu'il avait fondé. Le mé*me écrivain nous apprend que pendant la messe des obsèques , Gilbert , çpéque d'Evreux, étant monté en chaire ,. prononça son oraison funèbre. On sait ce qui arriva lorsqu'il fallut mettre le corps en terre, et le cri ae haro que fit un nommé Àscelin pour s'opposer à sa sépulture , disant que le terjein où l'on était lui avait été enlevé de force par Guillaume : opposition qui ne fut levée qu'au moyen d'une indemnité qu'on promit à l'intéressé. Guillaume laissa de MathiLde trois (ils : Robert, qui eut pour partage la Normandie avec le Maine; Guillaume, a qui il donna l'Angleterre; et Henri , qui hérita de ses trésors avec une pension de cent rnihe livres à prendre sur ses frères. Il laissa de même trois.

20 CHRONOLOGIE HIST0RIQU1

filles : Adèle, femme d'Etienne, comte de Bkris et mère d'Etienne , roi d'Angleterre; Cécile, abbesse de la Trinité de Caen ; et Constance, femme d'Alain Fergcnt, comte de Bretagne. Guillaume, père de ces enfants, avait un frère utérin » Odon, évêque de Bayeux, mort en 1097. {Voyez Guillaume, comte du Maine.) D. Mabillon cite dans sa Diplomatique une charte où Guillaume prend lui-même le titre de Bâtard : Ego Guillelmus cognomenio Bastardus, rex Angliœ; ce qui est d'autant plus surprenant , qu'il n'entendait point du tout raillerie sur sa naissance, jusques là que des soldats du comte d'A^ou qui gardaient un fort pr^s d Alençon , qu'il assiégeait, ayant ôsé l'appeler Bâtard , et battre des peaux devant lui nour lui reprocher que sa mère était fjlle d'un pelletier, il fit couper les pieds et les mains à trente-deux d'entr'eux, après avoir pris la place. ( Willelm. Gemmct. L. 7 , c. 3. ) Ce prince donnait la préférence au titre de duc de Normandie sur celui de roi d'Angleterre. C'est pour cela .qu'il n'avait mis le dernier que dans le revers de spn sceau. Sur l'autre côté il était représenté à cheval , armé de toutes pièces, avec cette inscription : Hoc Normannum tViMelrnupi cognosce paironum. Et sur le revers, il était debout, tenant de la main droite une épéé nue, et de la gauche un globe orné d'une croix, avec cette autre épigraphe : Hoc Angle regern signa fafearis eumdem. Les Normands , sous le règne de Guillaume , se rasaient entièrement la barbe, et avaient les cheveux courts , à la manière des ecclésiastiques; ce qui lit que les espions envoyés par Harald pour reconnaître leur armée, après qu'elle eut fait sa descente en -Angleterre, les prirent tous pour des prêtres., et affirmèrent sérieusement qu'ils étaient tels, dans le rapport qu'ils firent à leur maîtres. Leurs habits étaient longs, serrés et à larges manches. Les armoiries n'étaient pas encore en usage parmi les Normands au tems de la bataille d'Hastings : car , avant de la donner, ils convinrent entr'eux de certains- signes, suivant le roman du Rou , pou? se reconnaître sous leur armure , etjne pas s'entretuer :

Et tuît orent fait convenance Que Norman autre cogneust...^.

Que Norman autre ne ferist, Ne François autre pWcU.

Précaution qui eût été superflue s'ils eussent eu des armoiries. On attribue à Guillaume le Conquérant l'établissement de la fameuse foire de Guibrai , qui se tient dans un faubourg de* Falaise , où il avait un palais.

DES DUCS DE NORMANDIE. 3t

ROBERT II surnomme COUTE- HEUSE et GAMBARON.

1087. Robert II, l'aîné des fils de Guillaume, ayant appris la mort de son père , revient d'Abbeville , où il était retiré , à Rouen , et y est proclamé solennellement duc de Normandie. Peu content de son partage, il entreprend d'enlever le trône d'Angltterre à Guillaume son frère , et ne peut y réussir. Celui-ci, pour se venger, lui débauche, Fan 1090, plusieurs de ses vassaux. De ce nombre sont les comtes d'Aumale et de Saint- Valeri , dans les châteaux d^^nels il envôié dès garnisons qui désolent la Normandie par leurs excursions. Le roi de France vient au secours de Robert. Mais Guillaume , par les présents

Jp'il lui fait tenir, l'engage Ts'en retourner. Le prince Henri , rère de Robert , contenait cependant la ville de Rouen , l'empêchait de se joindre aux révoltés. Pour sa récompense , Robert, sur de fausses délations , après lui avoir enlevé le Cotcntin et i'Avranchin qu'il lut avait vendus pour trois mille marcs, le fait mettre en prison. Guiltaume fait, au mois de février 1091 , une descente en Normandie. Tandis qu'il fait des courses dans cette province , Henri , sorti de Sa prison , reprend le Cotentin et le pays d' Avranche.- La même année, Guillaume et Robert > sur le point d'en venir à une bataille, s'accommodent ensemble. Le second cède au premier le comté d'Eu avec la ville de Cherbourg et quelques autres places qui s'étaient soustraites a son obéissance , et tous deux se foht une substitution réciproque en cas de mort sans enfants. La paix ainsi faite, les deux frères vont assiéger Henri , qui s'était fortifié dans le mont Saint- Michel. Pendant c© siège , qui dura tout le carême, le roi d'Angleterre et le duc de Normandie donnèrent deux exemples , l'un d'une grande magnanimité, l'autre d'une singulière bonté. Dans une sortie des assiégés/ Guillaume ayant eu un cheval tué sous lui, le chevalier qui avait fait le coup s'approche pour l'égorger lui-même, comme il avait le pied embarrassé dans l'étner. Guillaume s'écrie : Que vas-tu faire F Je suis le roi d'Angleterre. La foule accourt aussitôt pour le relever. On lui présente un autre cheval. Ayant sauté dessus , il demande qui Ta démonté : C'est moi, dit celui dont il s'agissait Je vous ai pris pour un chevalier, et non pour le roi. -ju Par le samt voultde Lucques, dit Guillaume ( c'est ainsi qu'il jurait ) , tu seras désormais à moi, et j'aurai soin de t'avancer. Cependant la place souffrait beaucoup par ,1a disette d'eau. Kobert, craignant pour la vie de Henri , son frère, défend à se? gens d'empêcher les assiégés de venir puiser de Teau. Guillaume l'ayant blâmé de cette condescen-

dance , Quoi ! dît-il , je souffrirais que noire frère périt de soift Et qui nous en donnerait un autre si nous venions à le perdre ? (Willel Maintes. > Henri , à la fin, rendit la place et toutes, celles qui étaient en son pouvoir, après quoi il se retira en Bretagne , et de la en France , où il mena une vie pauvre et errante l'espace de çrès de deux ans. Mais • sur la fin de l'an, 1092, ce prince étant rentré en Normandie, les habitants de Domfront se donnèrent à lui, pour se soustraire à la tyrannie de Robert, seigneur de Bellême. Henri fit de là des courses sur les terres du duc son frère. ( Ordériç Vital , page 697. )

L'an 1094 , nouvelles brouiUçries entre le roi Guillaume et le duc Robert. Celui-ci appelle encore à son secours le roi <Je France. On prend quelques places de part et d'autre. La paix se fait , l'an 1096, entre les deux frères. Peu de teins après , le due Robert se croise avec ce grand nombre de princes chrétiens qui entreprirent, à la sollicitation du pape Urbain II, la conquête de la Terre-Sainte , et engage son duché , au roi son frère, moyennant la somme de dix mille marcs d'argent pour les frais de cette expédition. 11 part au mois de septembre avec les comtes de «ois, du Perche, de Flandre et de Bretagne, et prend sa route par l'Italie, où ils aident le pape à triompher de Guibert, son rival pour la papauté. Robert et le comte de Blois passèrent l'hiver en ce pays, et s'embarquèrent au prim~ tems suivant pour aller joindre aux environs de Constantinople les autres croisés. Arrivés dans cette ville , ils y firent hommage à l'empereur Alexis des terres dont ils feraient la conquête en Palestine. ( Willelrn. Malmesb. ) Leduc ne Normandie se dis*lingua dans tous les combats qui se donnèrent sur la route ; et 1 armée chrétienne lui fut redevable en grande partie des ba<tailles qu'elle gagna sur les infidèles, surtout de celle qui fut donnée dans les plaines de Dorylée, le ier. .juillet 1097, après la prise de Nicée » et de celle qui suivit la prise d'Antioche , le

juin 1098, où, les infidèles perdirent ceut mille cavaliers* Au siège de Jérusalem , il mou/ta des premiers à l'assaut avec les seigneurs de sa suite. H fit encore des prodiges de valeur dans la bataille livrée aux Sarrasins quelque tems après la prise de cette ville. ( Vay. Mostali, calife d'Egypte , ton». I ♦ p. 4?^> col. 2. ) Un moderne dit de lui qu il était plus qu'homme dans les combats, et moins qu'homme dans la conduite ordinaire. Robert, l'an 1099, après avoir refusé la couronne de Jérur salem , qui lui avait été offerte en considération de sa valeur et de sa naissance , quitte la Palestine en septembre pour revenir en Europe. Ayant pris sa route par l'Italie , Tes charmes de ce pays l'y retinrent près d'un an. Il y épousa la fille de GeoiTroi». duc de Conyersano , nommée Sibyixe, et passa tout le tems

CES TOCS DK KO*M A^DIfï a3

de son séjour en divertissements. S'étant remis' en route pour la France, au mois de juillet 1100, il rencontre, en passant par Lyon 4 saint Anselme , qui lui apprend , s'il n'en était déjà instruit, la révolution nouvellement arrivée en Angleterre par la mort du roi Guillaume, et l'intronisation de Henri, son frère puîné. Honteux de se voir enlever, pour la seconde fois , la couronne d'Angleterre , il s'occupe , à son arrivée en Normandie, des moyens de réparer le tort qui lui est fek. Une flotte , qu'il équipe en diligence , le conduit , dans l'automne de i 'année suivante , a Portsmouth. Il y est accueilli par un grand nombre de seigneurs-qui l'amènent en triomphe a Winchester. Henri étant venu avec ses troupes Ju-devant de lui, les deux frères, sur le point d'en venir à une bataille , se séparent de leurs armées pour conférer ensemble. L^éloquence ô*e Henri triomphe de ia résolution de Robert. U le désarme et l'engage à se désister de ses prétentions par l'offre qu'il lui fait d'une pension de trois mille livres sterlings et l'abandon de tout ce qn^il possédait e*n Normandie, excepté la ville -de DomfrônU Robert s'en retourne ; mais, l'année suivante , pressé par Guitianme <ife Wârenue ^ il repasse en Angleterre pour taire la paix de ce seigneur avec le roi , qui lui avait retiré 4e comté de Sùrrei >pour le punir îde son attachement à Robert. Henri témoigne sa surprise à son frère de ce qu'il est •titré «dans ce royaume sans l'avoir prévenu , et son mécontentement <te ce ^ni'à son exemple il n'a point fait justice des brouillons qui ne cherchaient qu'à semer la discorde entre eux. Le duc, intÎTnidé par ce discours, et craignant d'être arrêté 9 cherche à fléchir son frère. !La reine, se portant pour média-* trice, obtient de Hobert , -par ses caresses , la remise de la pension de trois mille Kvres que 1 le rot lui avait promise parle dernier tranftë de paix. 'Les Normands, instruits des mauvais succès de ce voyage, ne 'revirent lèur duc qu'avec mépris. U acheva de se déshonorer, l'ati Iio3, dans la guerre qu'il fit à nobert, 'seigneur de Beltême. €e ne fut point de son propre mouvement -qu^il î?ehtreprît, mais à 4a sollicitation du roi d'Angleterre , qui avait chassé ce seigneur de ses états , comme un traître, après l'avoir dépooMé des domaines qtfil y possédait. *

Le duc ^éfant vtenu feirtsle siégé du château de Yignaz, appartenant au seigneur de ©elteme, échoua devant cette place, dont la garnison, mécontente, n'attendait qu'u ne attaque vigoureuse pour se rendre sans ignominie. Ce furent les chefe de son armée , <que son indolence avait soulevés , qui firent man* quer le coup. La eorifusion qu'ils mirent dans le camp , fut telle, dit Ordéric ¥ital , que 'les foldaU , après avoir brûlé

*4 .CHftONOLOGIE HlSTORIQtJR

leurs tentes „ se débandèrent et s'en retournèrent chacun d'an** leurs foyers. Ce revers ne corrigea point le duc de Normandie a plongé dans la mollesse; il laissa les brigands piller impunément la province , tandis que lui-même se laissait piller par sest maîtresses et ses bouffons. Souvent, ditOrdéric, ils lui dérobaient pendant la nuit ses habits f et jusqu'à ses bauts-dechausses; ce qui l'obligeait à rester au lit tout le jour , efcmême les dimanches, faute d'avoir de quoi se vêtir. Ces vols ne le rendaient que ridicule, sans faire une brèche considérable à sa fortune : mais il s'appauvrissait lui-même réellement et ses successeurs par les libéralités inconsidérées qu'il faisait des plus) belles parties de son domaine à ses favoris. Cette nonchalance et cette prodigalité de Robert , jointes à une clémence déplacée envers les criminels, furent la source de ses malheurs et de ceux de son duché. Semblable , dit le même écrivain * à un vaisseau sans pilote y la Normandie , sous son gouvernement , devint un théâtre de guerres civiles et de brigandages. Henri , plusieurs fois invité par les prélats et les seigneurs normands à venic s'emparer d'une province si mal administrée , hésita long-terns, dit le même auteur, à se rendre à leurs vœux, par la répugnance qu'il sentait à dépouiller un frère. Mais des lettres du papa Pascal II, sollicitées vraisemblablement par les mécontents 9 lettres où il lui représentait cette entreprise comme le salut de la Normandie, achevèrent de le déterminer. H arrive, l'an i io5 , au printems en Normandie, prend de force Bayeux qu'il réduit en cendres, s'empare de Caen et de plusieurs autres places sans coup férir * et répand la teneur partout. Robert lui-» même, effrayé de ces progrès, obtient une conférence de son frère. Ils s'assemblent avec leurs amis dans un lieu qu'Ordéric appelle Sanctellœ^ et que nous croyons être Sens, au diocèse de Séez. Henri demande à son frère qu'il lui. cède le gouvernement: et les places fortes de Normandie , dont il promet de lui laisser les revenus. La demande est rejetée, et l'on se sépare plus aigri de part et d'autre qu'auparavant. Robert , l'an 1 1 06 , va> trouver son frère en Angleterre avant le carême, et se plaint inutilement de sa trahison. Vers le mois d'août suivant , Henri retourne en Normandie; et le 27 septembre , tandis qu'il fait le siège de Tinchebrai , Robert survient à la tête d'une armée lui livre bataille le lendemain , et après s'être vigoureusement \ défendu 9 il est pris et conduit à son frère. Henri l'envoie pri-

sonnier au château de Cardiff , dans le Glamorghan , bâti par leur père en 1081 , où il mourut au mois de février 1 134 , après vingt-huit ans de prison. Mathieu de "Westminster et Mathieu: Paris disent que s'é tant échappé Tan 1 107, il fut repris et privé de la vue avec un bassin de cuivre ardent qu'on lui passa devant

feES DUCS DE KûtfMAttblË. %$

les yeux : mais le silence des auteurs contemporains sur ce fai* donne pour le moins lieu d'en douter. On peut dire avec plu* d'assurance, d'après Henri d'Huntington [Spir.il. ^ tome VIII, page 188 ), que Henri fit crever les yeux a quelques-unes de ses nièces, on ne sait pour quelle raison. C'étaient des filles na- . turelies de Robert; car sa femme ne laissa de lui qu'un fils, nommé Guillaume, et surnommé Cliton, né Tan i toi. Ce jeune prince ayant été amené, du château de Falaise, au roi son oncle, après la bataille de Tinchebrai , fut confié à Hélie de Saint-Saën, beau-frère de cet enfant parune des filles naturelles de Robert, pour 1 élever. Henri, l'an il 08, le redemanda. Mais Hélie, craignant pour la liberté de son élève, le conduisit chez ses amis de château en château,' et l'amena enfin chez le comte d'Anjou, qui lui donna retraite , et le destina pour être son gendre. Les grandes qualités de ce jeune prince, se développant avec l'âge, semblaient loi promettre un sort heureux ; mais il ne put jamais parvenir à recouvrer la Normandie , quoique protégé de plusieurs seigneurs^ spécialement de Louis le Gros ^ roi de France , qui fit plusieurs tentatives pour le rétablir sans pouvoir y réussir. Sensible aux malheurs du jeune Guillaume , ce monarque les adoucit autant qu'il put. L'an m 20, il lui donna lé Vexin français, compris entre l'Epie et l'Oise. Charles, comte de Flandre, étant mort Tan r 127, sans enfants , Louis déclara (Guillaume heVitier de ce comté , et L'en mit en possession. (Voyez tes comtes de Flandre. ) La mère de ce prince était morte de poison , suivant Ordéric Vital et le continuateur de Guillaume de Jumiége , Tan 1 1 d3 ( v. st.) , pendant le Carême, tJn moderne donne de cet empoisonnement une cause qui fait également l'éloge du due Robert et de sa femme. « Robert, dit-il , ayant été blessé d'une flèche empoisonnée , les méde- » cins déclarèrent qu'il ne pouvait guérir qu'en faisant promp- » tement sucer sa blessure. Mourons dont ■ , dit-il, je ne serai » jamais assez cruel et assez injuitè pour souffrir que quelqu'un » s'expose à mourir pour moi. La princesse Sibylle, sa femme, » prit le tems de son sommeil, suça sa plaie, et perdit la vie en » la sauvant à son mari: *■( Saint-Foix, Essai sur Paris, t. III , p. 19. ) C'est dommage tm'une si belle anecdocte ne se rencontre dans aucun écrivain du tems Guillaume de Malmesburi, dans Bouquet , tome XIII, page 8 , attribue la mort de Sibylle a une autre cause que le poison , en disant qu'après ses couches, la sage- femme, voyant qu'elle avait une trop grande abondance de lait, lui serra, pour arrêter cet excès, les mamelles si étroitement avec des bandelettes , qu'il s'ensuivit une maladie qui l'emporta. Quoi qu'il en soit, la duchesse fut in-^ Xlil. 4

CftRON'OLOGlÉ HISTORIQUE

humée dans la cathédrale de Rouen. « C'était, dît Ordéricj » une princesse qui joignait aux çràces extérieures une conduite >> irréprochable et beaucoup de sagesse. Il arrivait même, ajoute- » t-il , qu'en l'absence du duc elle gouvernait beaucoup mieux » son domestique et l'état qu'il n'eût fait s'il eût été présent. » Robert, outre le fils dont on vient de parler, eut, avant son: mariage, de la concubine d'un vieux prêtre, trois enfants naturels : Richard, qui, étant revenu à la cour du roi Guillaume son oncle, fut tué à la chasse au mois de niai de l'an iioo,s dans le parc , dit alors Newforest , aujourd'hui le parc de Southampton, d'un coup de flèche tiré sur une bête, au même parc où deux mois après ce monarque périt de la même manière % Guillaume , qui, après la bataille de Tinchebrai, passa en Palestine , et y mourut peu de tems après dans une bataille ; et une fille, mariée à Hélie de Saint Saën , à qui elle apporta en <3ot le comté d'Arqués. C'est ce même Hélie qui fut chargé comme on Ta dit, de l'éducation de Guillaume Cliton, fils légitime de Robert. D'autres maîtresses donnèrent à Robert d'autres enfants.

GUILLAUME, dit LE ROUX,

Page 1