‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 4)Chapitre 7 sur 161 · DES DUCS DE NORMAND · texte numérisé non relu

DES DUCS DE NORMAND

le comte , dans la seconde campagne, à prendre le parti de la soumission.

Le roi de France ne fut pas le seul monarque persécuté, dont Robert prit la défense. L'an io^4, >l s'embarqua sur une flotte considérable , pour aller replacer sur le trône d'Angleterre ses deux cousins, Alfred et Edouard , chassés par le roi Canut. La Hotte fut battue par la tempête , et obligée de se retirer près de l'île de Jersei. Canut , malgré cet échec des Normands , ne laissa pas de négocier la paix avec Robert, et lui fit offrir la moitié de l'Angleterre pour les deux princes qu'il protégeait. ( Voy. les rois d'Angleterre.) Une vie passée dans le tumulte des armes et les désordres qu'elle entraîne, causa des remords a Robert le Diable sur le retour de l'âge. Pour expier ses crimes , il ne jugea point de moyen plus sûr , que le pèlerinage de Jérusalem. C'était la dévotion à la mode. Il l'entreprit en io35, et le fit en partie nud-pieds. Ayant pris sa route par l'Italie , il fit une entrée magnifique à Rome. Les anciennes chroniques racontent qu'avant d'arriver en cette ville, il fit ferrer d'or sa mule , avec défense à ses gens de ramasser les fers s'ils venaient à tomber, comme il avinl, disent-elles. Le pape lui donna la croix , selon Jean Bromton , avec des lettres de recommandation pour l'empereur de Constantinople. N'ayant point trouve' de sièges pour s'asseoir a l'audience de ce prince, Robert et ses gens, après l'avoir salué profondement, laissèrent tomber leurs manteaux et s'assirent dessus. Mais ils refusèrent , en se retirant , de les reprendre , disant au chambellan , qui voulait les leur rendre , que l'usage des Normands n'était pas d'emporter leurs sièges avec eux. \joan. Bromton., pag. 91S.) Ce fut à Constaniinonle que le duc rencontra Foulques Nerra, comte d'Anjou , oui taisait le même pèlerinage que lui , si Von s'en rapporte à 1 auteur du Gesta Cons. Andegaw Ils continuèrent la route de compagnie, suivant le même écrivain , conduits par des marchands d'Antioche, qui s'étaient offerts de leur servir de guides. Mais , au bout de quelques journées , Robert , accablé de fatigues , fut obligé de se faire porter en litière par quatre maures. Un pèlerin normand, rjui revenait de la Terre- Sainte , l'ayant rencontré en cet équipage , lui demanda s'il n'avait rien a mander au pays. Tu diras, répond le duc , tfne tu m'as vu porter en paradis par quatre diahlcs. Au retour de. Jérusalem , Robert se trouve exposé à plusieurs embûches , et. meurt empoisonné à Nicée , en Bithynie, le 2 juillet de la même année ïo35. On l'enterra honorablement dans la basilique de Sainte-Marie de la même ville, où jamais on n'avait acordé la «épultuTe à aucun homme. Avant son départ , il avait désigné p«r son successeur , dans une assemblée des états de Norrnan-

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die, Guillaume , son fils , qui lui était né d'Harlette , sa eonet»* bine; et, l'ayant mené ensuite à la cour du roi Henri, il l'avait laissé sous la garde et protection de ce monarque , et sous la conduite du comte Gilbert. Robert eur aussi une fille bâtarde, Adélaïde, femme d'Eudes de Champagne, fils du comte Etienne ] I et tige des comtes d'Aumale, Harletie, fille d'un pelletier de Falaise et concubine du duc Robert , se maria du vivant de ce prince., avec Harlevin, seigneur de ( ontevilke^ dont elle eut Odon, ou Eudes, depuis éveque de Bayeux, et Robert, comte.de Mortaiu. Celui-ci , ayant épousé Matnilde de Montgomepi, eut de ce mariage un fils nommé Guillaume, lequel, ayant été pris Ja bataille de Tinchebrai, l'an 1 106 , fut emmené prisonnier en Angleterre, où il mourut; et trois filles, dont km me, ladernièref devint femme de Guillaume IV, comte de Toulouse. (Robert du Mont.) On voit, dans le (titulaire de Saint-Amand de Rouen, une charte du duc Robert , où il appelle la Normandie soi* royaume : Notum esse vulumus cuncùs regni nostri fidelibqs. ( FoL 57 , vol. )

GUILLAUME H , dit LE BATARD et LE CONQUÉRAIT.

io35. Guillaume I) , gis naturel du duc Robert I, et d'H ariette, né à Falaise sur la fin de 1027 , fut envoyé , après la mort de son père , par le roi Henri i , en Normandie , pour prendre possession de ce duché , à l'exception du Venin français, que ce monarque retint. Le défaut de sa naissance et son extrême jeunesse donnèrent lieu a plusieurs conspirations qui se formèrent pour le dépouiller* Roger de Toéni , qui tirait son •origine d'un oncle du duc Rollon, fut un des premiers -qui s'éle« vèrent contre lui. Il avait un assez grand nombre de partisans ; mais avant qu'il les eût rassemblés , il fut tué par un autre Roger , seigneur de Beaumont. Le sang de ce rebelle n'éteignit pas le feu de la révolte : il demeura caché sous la cendre , et éclata par des éruptions fréquentes, dont ht plus dangereuse fut citée par Gui , comte de Brionc et de Vernon , cousin du duc Guillaume, et fds de Renaud I, comte de Bourgogne. GuiU» laume , avec lequel il avait été élevé, l'avait lui-même gratifié des terres dont il jouissait en Normandie ; mais l'ambition - étouffa tellement dans son cœur les senti mens de reconnaissance, qu'il attenta, non-seulement au trône, mais à la vie de son bienfaiteur. Ayant échappé avec peine au danger, le due se réfugie auprès du roi Henri, qui se met lui-même à la tête -d'une armée pour le rétablir. 11 y réussit par la victoire qu'il remporta, l'an 1047 * sur *cs factieux au Val des Dunes , entre Caen et Argentan. Les services du monarque français n'étaient pas era—

DES DUCS DE NOHDTANDIF. 1 - y

tuits i il avait exigé d'avance que le duc lui cédât pour son dédommagement le châteao de Tillières , qui l'incommodait. Maître de la place , il la fit raser , et ensuite la réédifia contre la parole qu'il avait donnée. Ce fat la Cause d'un refroidissement entre ces deux princes , qui dégénéra en une guerre ouverte.

'L'an io53 , Guillaume , comte d'Arqués , sollicité par Mauger, son frère , archevêque de Rouen , et appuyé de la France , se révolte contre le duc de Normandie, prétendant qu'étant "fils légitime de Richard II , ce duché lui devait appartenir plutôt qu'au bâtard de Robert II. Bataille dèvant le château d'Arqués, assiégé par le duc et le comte d*Eu. Enguerand 11 , comte de Pontnieu , allié du rebelle , y périt avec plusieurs seigneurs du même parti; d'autres sont faits prisonniers. Le roi de France, Campé à Saint-Aubin , s'en retourne dès qu'il apprend la défaite des alliés. L'an io54 ( v. st. ) , nouvelle irruption du monarque français , assisté du comte d'Anjou, dans la Normandie. H entre en février dans le comté d'Evreux, tandis qu'Eudes , son frère , pénètre dans le Caux par le Beauvoisis* Mais ce dernier est défait par le comte d'Eu , près de Mortemer , et prend la fuite après avoir perdu Raoul le Charnbrier , général de ses troupes , et plusieurs autres seigneurs. Le duc de Normandie mande aussitôt cette nouvelle au roi , qui prend une seconde fois le parti de h retraite. (Bouquet, t. XI, pag. 620.) Rebuté par cet échec, Henri se détermine à faire h paix avec le duc ; et pour lui donner un gage assuré du retour de son amitié, il consent à lui rendre le chateafu de Til- Kères. Guillaume , se voyant affermi dans ses états , pense à se marier , et épouse , l'an io56, suivant la Chronique de Tours (d'autres disent l'an io54) ,MATfrfLBfi, fille de Baudouin V,comte de Flandre. Une ancienne Chronique manuscrite ( B3>. de Saint- Germain des-Prés , n°. iSçj) nous apprend sur les préliminaires de cette alliance une anecdote singulière, que nous rapportetons sans la garantir. Guillaume, dit-elle, envoya au comte Bou* Juin de Flandres , et li requist sa fille eh mariage. Cette chose plot tien au comte Bauduin , si en parla à sa fille ; mars elle respondil qu'elle n 'avérait jà bastafd à mari. Donc renvoya H Quant au duc , •t s'excusa du mariage plus courtoisement que il pot. Une pièce après sot il duc comment la demoiselle avait respondu ; si en ot grant dépit. Pour ce print de ses gens avecques lui , et s'en alla à L'île, et entra en la salle , et passa outre , jusques en la chambre dê la comtesse. Il trouva la fille au comte , si la prist par tes trèces, d la traisna parmi la chambre et défoula à ses piés. Puis issi de ^ens et monta sur son pàlefroi... puis s'en rata en son pays De cette chose fût li Quens Bauduins mout couftdés; mais, par le tonseil d+pradhammes , s 'accorda II duc à H, et furent bons amh.

iC CHEONOLOGIE HISTORICjtfc

Bref, Malhilde, oubliant l'affront qu'elle avait reçu , Consentit à donner sa main à Guillaume. Cette alliance , le cours des prospérités de ce prince , et la donation que lui fit du comté du Maine le comte Herbert II , irritèrent la jalousie de ses voisins , et lui attirèrent plusieurs guerres dont il sortit avec gloire* il assista, Tau 1009, suivant les Chroniques françaises de Normandie , au sacre du roi Philippe I , avec une suite nombreuse et magnifique.

Informe , l'an 1062, qu'Harald, fils de Godwin , comte de Kent, et proche parent d'Edouard, roi d'Angleterre, vient. d< m* piis sur les cotes de Ponthicu , par le comte Gui, le duc Guillaume oblige celui-ci par ses menaces à lui remettre entre les mains son prisonnier. Maître de la personne d'Ilarald , il le comble de caresses, Lui fait part de ses prétentions sur la couronne d'Angleterre , s'efforce de le mettre dans ses intérêts , lui oiïfe même sa fille eu mariage, et exige de lui un serment de seconder son projet de tout son pouvoir. Puis, l'ayant mené à C.iveux , il lui fait renouveler ses promesses dans une grande assemblée de prélats et de barons qu'il y tient à ce sujet. Un trait remarquable dtf la superstition de ces tems-là, c'est que Guillaume lit cacher des reliques sous la table où le serment d II a raid devait se répéter, et les lui montra ensuite, après la chose faite , comptant par-là rendre à ses yeux ses engagement» .plus solennels et plus sacrés. J^êmp

Apivs la mort d Edouard, décédé sans enfants, Tan 10G6, Guiljaume eut 1 éprend la conquête de l'Angleterre, dont Ha raid s'était .empare au nu pris de son serment, au mépris méme^ dit-on, du testament qu'Edouard avait fait en faveur de Guillaume, son cousin , son ami, son bienfaiteur. Ayant équipé une flotte de ii ois mille voiles, Guillaume s'embarque, le 2.2. septembre io6n"r à Saint- Valeri , avec une armée de soixante mille hommes, .accoutumes à combattre et à vaincre, et aborde, le 28, sur les cotes de Susscx. « Si comme il mist pied à terre, le pied j> lui failly, et convint qu'il mesit ses deux mains à terre, » dont aulcuns distrent que c'étoit mauvais signe; et il dist « tout haut : Sachiez que c'est la saisine de ceste terre que » Dieu m'a fait prendre à deux mains, et qu'à l'ayde Dieu » et île vous , mes amys, je la ennquerray; et qui le me con- » tretendra , par ia resplendeur Dieu il y aura bataille. » (Chron. de Norm.) Il y en eut en effet une de3 plus mémorables et dis plus décisives. Ce fut celle d'Hastings, dite par d'autres (Je Senlac, qu'il gagna sur son rival, le 14 octobre suivant , fête de Saint-Calixtc. Elle coûta la vie à cinquante mille anglais, a Harald et à ses deux frères, et la liberté à Ulfon son (ils, qui fut emmené en Normandie, où il resta prisonnier

Ï)ES DUCS BE WORMAWlto î$

ja«pî?à La mort de Guillaume. (Sùnéon Dunelm*} Le fn»H d* fcette victoire fut la* couronne d'Angleterre , qui fut déférée sans contradiction au vainqueur* Guillaume après avoir assuré, sa nouvelle conquête, repasse en. France. Mais il est bientôt obligé de retourner en Angleterre pour tenir en respect une nation qui , nouvellement sul>juguée , se voyait a regret sous «ne domination étrangère. 11 lui fallut remporter encore bien, des victoires et répandre bien du sang pour rendre les Anglais dociles à son joug. • i

La réputation de Guillaume vole dans toute l'Europe $ Qu'elle remplit d'admiration, Alfonse le Vaillant , roi de Cas-» tille, lui fait demander pour épouse, l'an 1068, par une ambassade solennelle , Agathe , sa Bile , nommée Aguèdd par les Espagnols , qui avait auparavant été fiancée au prince Harald ♦ qu'elle regrettait. La princesse s'embarque malgré^ elle pour aller joindre un époux qu'elle ne connaissait pas, es succombe dans la traversée , comme elle l'avait désire, aux incommodités de la mer.. ( Ordéric. Vit. apud Bouquet tom. XII, pag. 6o5. ) Guillaume , lorsqu'il méditait la conquête de l'Angleterre • avait promis au roi Philippe, pour obtenir son agrément , de téder, s'il réussissait dans son entreprise^ ses états de terre ferme à Robert, son (ils aîné. En conséquence il lui en avait donné l'investiture , et lui avait fait rendra hommage par les barons du pays. Mais il refusait toujours » quelques instances que lui fit Hobert, de s'en dessaisir, disant, qu'il n'était point assez fou de se déshabiller avant l'heure de se coucher. Ne pouvant donc obtenir justice de son père , Robert f l'an 1073* prit le parti de se la faire par la voie des armes. Mais la diligence et l'activité de Guillaume rompit ses mesures, et déconcerta ses partisans. Après les avoir poursuivis de poste en poste , il vint les assiéger dans le château de Hemalard , où ils s'étaient renfermés. Roger de Montgomeri se rendit alors médiateur entre le père et le fils, et parvint à les réconcilier au moyen d'un désistement simulé que fit ce dernier. ' r

L'an io}5* et non 1076, comme le marque ï). Lobineau* Guillaume , voulant soumettre la Bretagne , entre à main armée dans ce pays, et va mettre le siège devant Dol. Le prétexte de cette guerre était la retraite que le comte Hoël avait donnée à Ralph de Gael * l'un des seigneurs du pays les plus opposés à ce monarque. Ralph et Alain Fergent , fils du comte 9 s'étant jetés dans Dol , soutiennent le siège avec vigueur. Mais, craignant d'être forcés à laûn de se rendre, ils appellent a leur secours le roi Philippe I. Ce prince , y étant accouru en personne , oblige Guillaume de se retirer avec une perte con-

T* CBROSOtt>GÏÏ msTOftîQtJt

sldérabît Sommes et de chevaux. Les deux roi* , *t Mathieu Paris que nous suivons , firent ensuite la paix. Guillaume après cela s'embarque en diligence pour se rendre en Angleterre, 4à de nouveaux troubles rendaient sa présence nécessaire. Pendànt son absence , Robert , après avoir erré en différentes «ours , vient en France , se retire dans le château de Gerberoi , avec la permission des vidâmes (car il y en avait originairement deu* à la fois, suivant Ordéric Vital ) , et de-là fait des courses sur les terres de Normandie, à la tête d'un parti qu'il s'était formé. Guillaume à ces nouvelles étant revenu dans ce duché, ramasse en diligence des troupes qu'il mène devant Gerberoi, sur la fin de î'an 107», la dix -neuvième année du règne 4e Philippe L JVabert , après avoir soutenu un siège de trois semaines, fait uné sortie, dans laquelle il attaque personnellement son pèr* sans le connaître, le blesse au bras, et le renverse de cheval. L'ayant reconnu alors à sa voix, il se jette à ses pieds, lui demande pardon les larmes aux yeux , et ne peut cependant le fléchir pour le moment. Mais, quelque fems après , il rentre en, grâce par la médiation des seigneurs tes plus estimés de son père. Les écrivains anglais disent qûe 42e fut le roi Philippe qui donna retraite à Robert dans le cnifeàu de Gerberoi. Cela est si peu vrai , due le monarque français vint lui-même en personne pour aider Guillaume à > faire ïe siège 'de cette place. Nous en avons ta preuve dans une charte où le premier confirme la fondât ipri de Saint-Quentin de Bëauvais : Fuctum publfcè , y est-il dit, in obsidione prœdictorum Hegum , videUcet Philîppi régis Franeorum et Guitlelmi jAnglorum régis , prope Geberodum. anno Incarnât. Verbi 1078 (Céleri sfyfo) , anno itéra Philîppi régis Francorum 19. (Louvet, TfthHq. de Beauoais , p. 472-)

Guillaume , l'an io83, perd Mathilde, son épouse , le 1 novembre; elle fut enterrée à l'abbaye de la Trinité de Caen Qu'elle avait fondée. J^e duc Robert souffrait toujours impatiemment de n'être point en possession de la Normandie. Le roi son père, l'an 1084 , apprenant qu'il s'est de nouveau révolté , passe dans ce duché pour le domptér. Mais , s'étànt présenté devant Mortémer où Robert s'était enfermé , il fut repoussé par les Normands , qui l'obligèrent à repasser la mer après lui avoir tué beaucoup de monde. L'an ioc*5, Guillaume, voulant obliger Alain Fergent, comte de Bretagne, à lui rendre hommage , entre en Bretagne à la tête d'une armée , et va mettre pour la seconde fois le siège <levant Dol. Alain vole au secours de la place ; et Guillaume , apprenant qu'il approche , se retire avec tant de précipitation, qu'il abandonne la meilleure partie de son bagage, estimée *5,ooo mille livres

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