XII
ticulièrement dans la ville de Meulcnt, qui le reconnaît pour sou patron , et où ses reliques sont conservées. En l’année 780 , un cornledc Meulent, qui était en meme tems seigneur de Pontoise, fit bâtir en cette dernière ville l’église de Saint-Mellon, et y fit apporter les reliques de ce saint évêque. Un autre comte de Meulcnt, qui était seigneur, à cause de sa femme, du lieu appelé' depuis la Roclic-Guyon , fit transférer celles de saint Nigaise de la chapelle de Gani-suç Epte, où elles étaient , en File de Moulent, vers l’an 840. On voit, dans Guillaume de Juiniégc et dansDudon de Saint- Quentin, que Meuleut , déjà place forte et ville murée , municipium , avant qu’il y eût des châteaux à Pontoise , Chaumont, Mantes et Poissi , était, dès le ixc siècle, la capitale et la sauvegarde de la province et le chef-lieu de la résidence de ses seigneurs , barons , princes ou comtes , comme on voudra les nommer. Ces historiens , parlant de la bataille donnée à Moulent et du sac de cette ville , sous Rollon chef des Normands, en 878 , disent que, la ville de Meulent et la forteresse ayant été' assiégées et prises d’assaut , les ennemis tuèrent ses princes , passèrent la garnison au fil de l’épéc , et que , se trouvant ainsi maîtres du pays, et n’éprouvant aucune résistance, ils ravagèrent toute cctfe province, et employèrent les riches dépouilles qu’ils en
tirèrent à faire le siège de Paris P ræoccupaverunt Mellentis
habitatores , quant interfectis principio’us cita subvertunt , /o-
tamque provinciam devastarunt 1 une Rollo Mellentis
munlcipium obsidet , quo subverso omues gladio necat... Igitur jSortmanni ripa Mellentis ... naves divellerunt ... et prœdam illius provincial ad obsidionem... Paris ius.. . verterunt... Ce que Wacc rend de cette manière :
Donc ont porpris McuIIent et toute la contre, Les barons ont occis et ia terre gastee.
Et Philippe Mouskes :
Ile n a ut desconfis , Rou alla
Droit h Meulient l’a cousui , f .. llcnaut ocist , le bourc saisi , llou tout le pais exilia.
. Et la chronique de Rouen : « Le mareschal de France assena » bla ses gens et vint à Meule ne , et là eut forte bataille , et fut
» le chevalier Roulant mort eu place et grand foison deFran-
». çois Après que la bataille fut finée, Rou fit assaillir \îeu~
)) lenc , et entrèrent dedens par force , et mirent tout à l’espe'e... 1» Après celle desconfiture, Rou alla chevauchant et deslruisant » le pays jusque devant la cité de Paris . ».
DES COMTES D© MEÜLENT. l3f)
Lorsque la poix fut faite, et que par un traite', Charles le Simple eut ce'de' à Rollnn la Normandie jusqu’à la rivière d’Epte , l-e comte de Meulent fut rétabli et remis en possession de Son -domaine sous l’hommage du roi de France.*. ^ Fœdere- lumen prier s mm Carolo Simplici inilo hune ipsum fComifaturn) recnperavit Melleniensis cornes sub régis Francorum olientclti. ( Chr. Nnrnr. ) Les noms de ces premiers comtes ne sont pas venus jtisqu’à nous. * • i
11 esta propos d’observer que, quoique Meulent ait toujours été regarde' comme faisant partie du Y exin français , la ville est néanmoins divise'e par la rivière de Seine en deux parties , dont lune est située sur le pays du V ex in , in papa Vilcàssino , et
I autre sur le pays de Pincerais , in pago Pissiacensi : car leà historiens et les géographes conviennent que le Vexin est borné au midi par la Seine , et le Pincerais au nord par la même rivière , en sorte que tout ce qui se trouve sur l’une de ces rives est distinct de ce qui se trouve sur l’autre , et que ces limites naturelles et immuables, quoique fort rapprochées, ne se confondent point.
II en est ainsi du spirituel, puisque ces cantons sont de deux diocèses differents.
Le Pincerais a pris son nom de Poissi : il est connn dès le tems de la première race, et se trouve nommé très-souvent dans les chartes de la seconde, pagus Pinciasensis , Pingccisus , ou Pissiacensis. Il formait une division civile et ecclésiastique, dont l’un des archidiaeonés du diocèse de Chartres retient encore le nom.
Le Pincerais dans son état actuel comme division ecclésiastique, commence au-dessous de Mantes , depuis les confins du diocèse d Evreux . en remontant la Seine , jusqu'à ceux du diocèse de Pans. Mais, comme division civile, il eut dans son origine une étendue plus considérable du côté de Paris : il remontait à l’orient '“-dessus de Saint-Germain -en-Laye jusqu’à Rucl et Courbefoie où commençait le Parisis pagus Parisiacus • Sous la pre-
mière et la seconde races il était beaucoup moins étendu qu’il ne 'est actuellement : à l’occident, il était borné par la rivière de M, iudre, dont l’embonchure se trouve entre Meulent et Mantes j !t le surplus , depuis cette petite rivière, en descendant la Seine wsqu’à l’Evreciu, pagus Ebrocinus., formait un district , comté, M pays particulier appelé Madrie , pagus Aladnaous , Madre- :'fw, Matricensis , du nom de cette rivière de Maudre , appelée en latin Aladra , qui servait de limite. Ce pays de Madrie , irrêlf le long de la Seine par la .Maudre, remontait- ensuite vers lodiocèse de Paris en tournant le Pinceéais , dont il élait séparé ic ce côté-là parla rivière de Villeproux.
Cette division n’a eu qu’un tems. Le? comtes de Mail rie ont
disparu depuis le milieu du ixe siècle. ( Balus., T. II , col. 70.) Le nom de leur seigneurie s’est conservé quelque tems après eux; et l’qn voit encore Potestas Madriaca dans les chartes des siècles suivants. Mais ce nom s’est perdu insensiblement, celui de Pincerais a prévalu , et s’est étendu aux deux pays , de manière que les mêmes lieux qui avaient été désignés précédemment comme enclavés dans le pays de Madric , se trouvent énoncés depuis comme situés dans le Pincerais.
D’après cette observation on voit, par exemple, que la ville de Mantes 11e fait pas partie du Vexin proprement dit, mais que, située dans le paVs de Pincerais , elle a été comprise dans celui de Madrie , lorsqu’il existait. Néanmoins comme cette ville est placée sur la frontière , et qu’elle a appartenu aux comtes du Vexin, qui ont succédé à ceux de Madrie, elle a toujours passe, dans le langage commun, pour une des villes du Vexin. Depuis ï’extinction des comtes du, Vexin, celte ville, ayant passé sous la domination de ceux de Meulent, a fait partie des fiefs de leur mouvance, et les vicomtes de Mantes sont devenus vassaux des comtes de Meulent. Nos rois y possédèrent quelques domaines particuliers en propriété , et ciitr’autres un château . qu’ils habitaient assez souvent. Louis le Gros le donna à Philippe, son frère naturel, fils de Bertrade , qui porta meme quelques instants le nom de comte de Mantes. Mais ce titre était sans réalité , et comme uu simple brevet d’honneur, puisque Mantes n’avait alors aucun district ni mouvance, et n’était point effectivement un comté j qu’il est même constant, par les titres et les chartes dont on aura occasion de citer une partie dans peu , que tout le territoire qui , depuis Philippe Auguste, composa la châtellenie de Mantes,' faisaitpartie auparavant du comté de .Meulent, et en portait le nom avant que les géographes modernes eussent imaginé de créer, de leurautoritéprivée, un pays particulier appelé Mantois, qui n’ajamais été connu des anciens. Le chapitre ae Notre-Dame deMantes était tenu , par les titres de sa fondation, ainsi que celui de Saint- Mellon de Pontoise , d’envoyer chaque année deux chanoines et deux chapelains à Meulent le jour et fête de Saint-Nigaise , pour assister au service, et pour aider à chanter la messe et lakiriellc : c’est le mot des titres. 11 n’y a que ccnt-vingt ans que les vestiges de cette ancienne dépendance ont été abolis par des conventions particulières.
. Nous avons observé que la ville de Meulent est située partie sur le Vexin,, partie sur le Pincerais. Il en est de même du comte, qui s’étend sur les deux rives de la Seine. Il est très-vraisemblable que la partie chartrainedu Pincerais appartenait aux comtes de la première race de leur chef, et que c’est la première qui a porté le nom de comté de Meulent , dont le territoire s’étendait
DES COMTES DE MEULENT. l/ft
snr les anciens comtés de Pincerais et de Madrie ; et que celle du Vexin n’y a été jointe que par démembrement fait à la mort de M'aleran qui réunissait le tout , et en considération de l’alliance de la fille de Gauthier II , comte du Vexin , avec Robert II , comte deMeulcnt, vers le milieu du xc siècle.
Cette, opinion est appuyée sur le rapport d’intimité et sur les alliances qu’il y avait entre les comtes de Meulent delà première race et ceux de Chartres ; sur leur origine, ainsi que sur celles de leurs vicomtes qui sortaient du pays de Chartres ; sur la mouvance de certains domaines du comté de Meulent , qui relevaient originairement del’église de Chartres ; sur l’inclination particulière que ces comtes eurent pour les abbayes et pour les églises de Chartres , inclination qui se justifie par les dons immenses qu’ils leur firent ; enfin sur le titre de comté, donné au Pincerais, parle roi Robert, dans un diplôme dressé sur la fin du x* siècle, en faveur de l’église de Saint-Magloire de Paris. Car, comme il est bien constant qu’il n’y a jamais eu de comtes de Pincerais et de Poissi autres que ceux de Meulent, dont le comté s’étendait sur cette partie , et particulièrement sur les terres de Mareuilsur-Maule, Saint-Léger en Yveline , et Verneuil, ou Vcrnouilletsur-Seine , mentionnées au diplôme du roi Robert , il en résulte clairement que l’énonciation de comté de Pincerais n'est autre chose que la désignation de la partie de celui de Meulent qui s’étendait de ce côté-là , pour la distinguer de celle qui s’étendait sur le Vexin : de même que Robert IV , comte de Meulent , dans la charte d’érection d’une commune à Meulent, se réservant de pouvoir conduire ses sujets dans tout son comté de Meulent , ùt Omni comitatu Mellenli , distingue sive ex parte Vilcassini , siveex alia parte ultra Sequanam ; ce qui désigne parfaitement la différence de la partie du Pincerais d’avec celle du Vexin. Le polyptyque d’Irminon, abbé de Saint-Germain du tems de Charlemagne , qui se trouve au chartrier de cette abbaye {fol. 52 v°.), nous fournit une nouvelle preuve que le Pincerais n’avait pas des comtes particuliers , mais que ce pays faisait partie d’un comté plus étendu , possédé par un comté qui ne peut être autre que celui de Meulent. En effet , en parlant d’un village nommé Magedon , il le dit.situé au pays de Pincerais , dans l’étendue du comté de Witran.... Jn comitatu Vitranni, in Pinciasensi pago, vMa quæ vocnlur Magedon. On peut ajouter à cela le passage d’un ancien géographe, dont le manuscrit est à la bibliothèque du roi, et que le P. Labbe estime être de Gilles Bouvier , premier héraut de Charles VII. Voici comment il s’explique dans son abrégé géographique de la France : « Puis y est la comté de
* Dreux, la cité deMontfort, le paya de Hurepois , le pays de
* Gastinois , la comté de Meulent , la cojaté de Chaumont , le
l43 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
» Pays Vesquecin la comté de Beaumônt , etc. » L’indication très-exacte des lieux dans lesquels le comte' de Mculent se trouve enclavé ici , nous fait voir que ce que le géographe appelle la comté de Meulent n’est autre chose que le, pays qui environne Mantes, Meulent et Poissi, c’est-à-dire le Pincerais. Après Witran* comte de Meulent, qui avait le Pincerais dans son district, on n’aperçoit point de successeur immc'diat dans la seigneurie du Pincerais.
WALERAN 1er.
Waleran, ou Galeran, est le premier comte de Mculent dont l’histoire nous ait conservé le nom par des monuments contemporains. Il serait superflu de répéter ici ce qui a été dit de son origine , de ses alliances et de sa vie à l’article du Y exin ; il suffira d’observer que, réunissant au comté du Vexin celui de Meulent, il posséda par conséquent la partie de ce dernier, qui est située sur le Pincerais , et qu’étant mort vers l’an 965, sa succession fut partagée entre Gauthier, son fils, qui eut le Vexin, c’est-à-dire Pontoise, Chaumont, Mantes, etc., et Robert , dont on ne connait pas la filiation , qui eut Meulent.
ROBERT Ier.
Robert 1er succéda à Waleran dans le comté de Meulent. Tout est si obscur à cette époque, qu’on ne sera point étonné de ne pas trouver ici des éclaircissements satisfaisants sur ce qui concerne ces premiers comtes. On ignore l’origine de Robert, le nom de sa femme, et les droits qu’il eut au comté de Meulent. La chronique de Saint-Nigaise de Meulent nous donne lieu de croire que ce seigneur était originaire de Chartres ou du pays chartrain : elle appelle même Hugues, son petit-fils, seigneur chartrain, dominus carnotensis * Cette même chronique nous apprend que c’est Robert qui fit bâtir le petit pont de Meulent, pour arriver plus commodément à l’église de Pile , ouïes reliques de Saint-Nigaise avaient été déposées par l’un des comtes ses prédécesseurs; que c’est lui aussi qui le premier fortifia ce lieu, le munit de remparts , et y fit construire un château à la place de celui qui existait dans l’ancienne ville du côté de Noncienne, ou Locenes, actuellement Thun, entre Meulent et Vaux. Ce nouveau château, construit dans l’ile ou fort, fut habité par ses successeurs jusqu’à Robert III, qui en fit faire un autre sur la pointe de la montagne de Saint-Nicolas. Enfin cette chronique marque qu’en l’année 990 Robert avait déjà pour successeur sou fils, de même nom que lui. - . -