‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 5)Chapitre 118 sur 296 · DES COMTES DE MÊOLENT · texte numérisé non relu

DES COMTES DE MÊOLENT

lunim ut rex papa: prœceplis obediat , permisi ei inlroitum erclesiœ à quo detinebatur. (L. 5 Epist. 1 10. ) Le pape ratifia cette espèce d’absolution , et le passe' fut oublie'.

Les excommunications , quoique redoutables par elles-mêmes, l’étaient encore plus en quelque sorte par l’effet qu’elles produisaient sur l’esprit de bien des gens. Lecomte de Meulent l’éprouva par le refus qu’on fit , même apres son absolution, de l’admettre à la participation des choses saintes. Il fallut un mandement exprès de l’archevêque de Cantorberi , pour contraindre les religieux de Saint-Edmond de le recevoir à la communion de l’église. ( Anselmi opéra , l. 4 , Épist. 78 , p. 44^- )

Le comte de Meulent eut grande part à la conquête que le roi d’Angleterre , dont il commandait les troupes , fit de la Normandie, l’an 1106, sur le duc Robert, son frère. Le monarque avoua que c’était au comte de Meulent qu’il avait obligation du projet et de l’exécution de cette entreprise. ( Hist. d'Harcourt, T. IV, p. i55i.) Le comte Robert III fit bâtir vers ce même tems à Meulent un nouveau château. O11 a vu ci-devant que le comte Robert Ier en avait construit un dans le fort ou file de Meulent. Celui-ci fut placé dans la ville , sur la montagne , un peu à l’occident de l’endroit où , dès avant Robert l*r, il y avait eu un château. Robert III fit construire dans le sien une église, qui de chapelle castralc, devint une collégiale, fut convertie ensuite en paroisse sous l’invocation de Saint-Nicolas , et a donné son nom à la montagne. En changeant la situation du château , il changea aussi son ressort pour 'le spirituel ; car au lieu d’être situé sous l’archidiaconé du Pincerais , il se trouva sous celui du Vexin. Ivcs de Chartres , lui écrivant dans ce tems-là , fait allusion .à ce changement, et lui dit que, quoiqu’il ne soit plus son diocésain, il se fait toujours uu plaisir de le regarder comme une de ses ouailles. {Epist. 1 54 - ) Le fut à la prière de ce prélat qu’il procura le retour de l’évêque Ranulfe en Angleterre. Sous prétexte de quelques contestations avec le roi, celui-ci s’était réfugié en Normandie, après avoir quitté le siège de Durham.

Le roi Louis le Gros étant en guerçe avec le roi d’Angleterre, attaqua la Normandie l’an trio. Les Normands battus se réfugièrent à Meulent, où le vainqueur les poursuivit. La ville assiégée se défendit de manière que le siège fut levé. ( Me'zerai , Abr. Chron., T. IV, p. 485.)

Le comte de Meulent , accoutumé à gouverner presque en souverain les états d’autrui , succomba sous une adversité domestique. Guillaume de Varenne, comte de Surrci , enleva sa femme. La tristesse que lui causa cet événement, le fit tomber dans une langueur qui le conduisit à la démence et au tombeau.

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(//a/7. IIunLind.; La Roque, Hist» de Harc,y T. IV, p. f p5 5. ) L'archevêque de Rouen, qui l'exhortait au lit de la mort, persuadé que tous les biens de ce comte n’avaient pas etc' acquis par des voies légitimes , lui conseilla de ne laisser à ses enfants que ses héritages patrimoniaux , et d’employer le surplus en œuvres pies. Le comte répondit qu’il laisserait tout à scs.enfants, même le soin de prier Dieu pour le salut de son âme. Il mourut à Préaux , le 5 juin r 1 18 , revêtu de l’habit monastique. ( Ann. Ben. y T. VI, pag. 53g ; Ord. Vit., lil> . 12, p. 843. ) Il est inhumé dans cette église , où son tombeau se voit encore. Son cœur fut porté en Angleterre au monastère de Barckley, qu’il avait fondé. Sa mort occasionna une révolution étonnante dans les affaires , et fixa l’ attention de l’Europe entière dont il était connu. L’Angleterre surtout, qui lui était redevable du haut degré de gloire et do puissance ou elle était parvenue , et du bon ordre qui régnait dans l’intérieur de son gouvernement , le regretta après sa mort autant qu’elle l’avait respecté et admiré de son vivant. On avait conçu de lui une si haute estime , qu’un historien dit qu’il n’avait pas son e'gal de Paris à Jérusalem , et que chacun cherchait à former ses actions , et jusqu’à ses modes , sur lui. On ne mangeait qu’une fois par jour, comme le comte de Moulent , on s’habillait comme le comte de Meulent, on parlait comme le comte de Moulent ; en un mot , on se modelait en tout sur le comte de Meulent. ( Guil. Malmesb. lib. 5 ; Henr. Huntind. Ep. ad JVallerum ; La Roque , Hist. de Harc.} T. 1 , pp. 57 et 58 , et T. IV , p. i336. ).

II laissa quatre fils et cinq filles : Galeran , qui suit; Robert, comte deLeyccster, frère jumeau de Galeran; Hugues, comte de Bedforl,et Dreux, sire de Boisemonl.Ses filles sout: Adeline, mariée à Hugues IV, sire de Montfort-sur-Risle ; N. , femme de Hugues de Château-Neuf eu Tliimcrais ; N. , femme de Guillaume Lupel, fils d’Ascelin Goel , seigneur d’Ivri; une quatrième, fiancée, eu jro4, à l’âge d’un au, à Amanri de Montfort, et Elisabeth, d’abord concubine de Henri I«r, roi d’Angleterre, dont clic eut une fille , mariée ensuite à Gilbert de Clare, comte de Pembrock. ( Ordér. Vit. etGuill. Gem. ) . «

La comtesse Elisabeth, sa femme, convola en secondes noces avec Guillaume de Vareune , qui la lui avait enlevée, comme on l’a dit, cl eut de lui trois eufants.

GALERAN II , ou WALERAN III. *

Galeran II, né l’an 1104, fut élevé avec son frère jumeau, parles soins de Henri Ier, roi d’Angleterre, qui leur servit de père. Il leur donna pour gouverneur un geutilbomme nommé

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Morin du Pin , prit leurs inte'rêts , et défendit leurs droits contre tous ceux qui voulurent y donner atteinte. Ces deux frères , de leur côte', re'pondirent pleinement aux soins des maitrcs charges, de les instruire , et déployèrent des talents et des vertus prc'coccs dans le cours de leur éducation. (Ord. Vit., lib. i?.,p. 8o5.)

Ils firent surtout de grands et rapides progrès dans leurs éludes.

Le pape Cubiste 11 e'tant venu à Gisors pour faire la paix entre les rois de France et d’Angleterrc , ces adolescents soutinrent des exercices en sa présence , et surprirent toute la cour du saint père par leur science et par la finesse de leur esprit. Galeran conserva tonjours du goût pour les lettres; il e'erivait avec élégance, et cultivait même la poésie avec succès. (Guil. Malmesb., lib. 5. )

Galeran vint prendre possession du comte' de Meulcnt dès qu’il fut en âge. Héritier de la dévotion de ses aïeux pour son patron saint INigaise, il fit faire, en 1 i?o, une dédicace solennelle de l’église , qui n’avait été que bénie du tems de Galeran Ier. 1 ( Cartul . S. Mcllenl.; Mab. Ann. Ben., T- V, p. 435. ) Il

passa ensuite eu Angleterre , cl ratifia dans l’étendue de ses domaines, tant en ce royaume tju’en Normandie et en France, tous les dons faits par ses prédécesseurs aux églises et monastères, in iota terra mea , intprimis apud Melleniuni et Meduntam

L’au 1 1?.3 , Galeran , oubliant toul-à-coup les obligations qu’il avait au roi d’Angleterre, entra dans une conspiration contre lui.

Le monarque ne voulait pas le croire. Lorsqu’il s’eu fut assuré, sa douleur fut si grande qu’il en tomba dans l’abattement, et ne savait plus à qui se fier. Il marcha contre lui, prit Pont-Audemer, et réduisit, avec beaucoup de peine, W’atcvilic ; mais il échona contre Brionne et Beaumont-lc-Rogcr, où le comte avait réuni toutes ses forces. Galeran, revenant un jour de Watevillc, fut surpris par un parti ennemi. Arnauri de Montfort , comme on l’a déjà dit ci - devant , ne voulant pas risquer le combat qui était trop inégal , conseilla prudemment la retraite. L’iinpe'tuosité de Galeran l’emporta , et lui fit fermer les yeux sur le danger : il voulut se battre. Il se défendit en effet svec une valeuisextraordiuaire ; mais, accablé par le nombre, il fut pris, ainsi que ses trois beaux-frères, Arnauri , et quatrevingts autres chevaliers. (Ord. Vit. lib. its , p. 876, etc. ; Guil. Scraet. lib. 8 , cap. Z\ , p. 3o2. ) Henri fut au comble de la toie, lorsqu’il apprit que Galeran était en son pouvoir. Il sc promit bien de lui faire payer son ingratitude. Il l’envoya eu Angleterre, où il demeura pendant près de cinq ans prisonnier; nais il lui rendit enfin la liberté.

Galeran fut du nombre des seigneurs que Louis le Gros assem-

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bla, en 1127, pour les solliciter à seconder Guillaume Cliton dans ses prétentions sur la Flandre. Le comte de Meulent inclinait ppur lui; mais il ne se dc'clara pas ouvertement, dans la crainte de de'plaire au roi d’Angleterre , qui venait de faire publier dans ses e'tats une défense à tous les seigneurs de lui donner aucun secours. Il se déclara même en apparence pour les ennemis de Cliton, et se joignit à eux. Ils le rencontrèrent un jour dans la plaine de Courtrai ; l’occasion était belle pour l’attaquer : l’action commença effectivement; mais Galeran, par une perfidie de'testablc , n’ayant pas voulu donner, trahit par-là scs allies et les fit tailler en pièces. ( Chron. Norm. , fol. 148 et 149.)

L’an 1 1 35 , le comte de Meulent fut présent à la mort du roi d’Angleterre, Henri Ier, arrive’e le itr de'cembre à Saint-Denis do Forment , dans la forêt de Lions , et accompagua le convoi de ce prince en Angleterre. Etienne , neveu de Henri , prétendant lui succe'der au préjudice de Mathilde, sa fille, mit dans ses inte’rèts le comte de Meulent, qui le fit prévaloir et contribua à son couronnement. Le nouveau monarque, par reconnaissance, lui donna sa fille en hiarfage , av.ee le comte' de Winchester pour dot de la princesse. Elle est nommée Sienne , parce qu’elle n’avait alors que deux ans. Mais le mariage 11e fut jamais consomme'. Cependant le parti de Mathilde et de son fils Henri faisait des progrès en Normandie. Le comte de Meulent, étant repasse' dans cette province , fit tête à Geoflroi , comte d’Anjou , mari de Mathilde et père du jeune Henri. Rappelé , l’an 1139, en Angleterre , des mécontentements , dont on n’explique pas le sujet , l’alie'nèrent du parti du roi Etienne , et l’engagèrent à prêter l’oreille aux sollicitations du cfimte de Glocester, frère naturel de Mathilde et son plus ferme appui. La princesse, informe'e de ces dispositions . passe eu Angleterre et s’abouche secrètement avec lui. Il couvre du voile de la dissimulation, l’espace de deux ans, sa trahison. Enfin, il la manifeste, l’an 1 141 , a|1 combat de Lincoln , où le roi Etienne demeura captif par la lâcheté de Galeran et d’autres chefs de son armée, qui prirent honteusement la fuite. (Hcnric. Huntind., 1. 8.)

De retour en France, Galeran se de'clara ouvertement pour G-eofïroi , comte d’Anjou, qui lui donna , pour cimenter leur réconciliation , le château de Montfort-sur-Rislc. ( Robert de Monte, Append. ad Sigeberl . ) Ses troupes , en 11 45, brûlèrent Emondreville et l’église de SSint-Sever , où plusieurs personnes de l’un et de l’autre sexes pe'rirent dans les flammes. H aida, l’an 1 1 44 > Ie comte Geoffrôi à soumettre la ville de Rouen. ( Ibid. ) Il avait fait , quelque tems auparavant , un pèlerinage à Saint* Jacques en Galice , et fondé à son retour la chapelle de

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Saint-Jacques du fort de Moulent , aujourd’hui paroisse. ( Cart. S. Nig. ) S’étant rendu , l’an 1 1 4^* » à Vezelai , il s’y croisa , !e dimanche des Rameaux, avec le roi Louis le Jeune et un grand nombre de seigneurs. Il' tint son engagement et s’embarqua l’an* née suivante ; mais s’étant arrête' , avec la division qu’il commandait, sur les côtes de Portugal , à la prière du roi âlfonse , il se joignit à ce prince pour chasser les Maures de Lisbonne. Ayant ensuite poursuiyi sa routé , il se rendit en Palestine , où il se distingua par sa valeur1. ( Du Moulin, Hrst. de IVorm. p. 36t. ) Uu poète français a chante' ses exploits dans cette expe'dition. S’e'taut rembarque' , l’an i t5o , pour son retour , sou vaisseau fut battu d’une furieuse tempête où il pensa périr. Il fit alors vœu de fonder un monastère, s’il échappait a ce danger. Il fut exaucé; et, de concert avec l'impératrice Mathilde , qui avait fait un semblable vœu lorsqu’elle était assiégée dans Oxford , il fonda , l’an n 57, l’abbaye du Vécu, de Vain , autrement de Valasse*

( La Roque , Hist. d’ H arc. , T. IV ; Suppl . , p. 5. )

Le roi Etienne avait laissé Galeran , depuis sa défection , en paisible jouissance du comté de Winchester. Mais , l’an 1 1 5o , provoqué par de nouveaux outrages , il assiège la ville de Winchester, qu’il prend et livre aux flammes. ( lïenr. lluntind., ••8)

Hugues , neveu de Galeran , souffrait impatiemment qu’il jouit du château de Mont#>rt-sur-Risle. Galeran, voyant son neveu prêt à prendre les armes pour le ravoir, convint avec lui, l’an 1 153, d’une conférence à Bernai. Mais à peine fut-elle entamée, que le neveu se saisit de l’oncle et le fit enfermer dans le château d’Orbee. Lçs troupes de Galeran accoururent bientôt à sa délivrance. On capitule ; et sur l’abandon qu'il fait de Montfort, il est remis en liberté. Galeran, l’auuée suivante , s’étant mis en devoir de reprendre cette place, son neveu le contraignit de renoncer à ce projet après avoir ruiné les forts qu’il avait bâtis pour s’opposer aux courses de ceux de Monlfôrt. ^Du Moulin, p. 36g; Chron. Norm. , p. 989 )

Gouruai sur-Marne était une des terres du comte de Meulent. L’an 1 >57 * il fit avec le roi Louis le Jeune un traité, par lequel il consentait que le monarque employât à sou service les hommes qu’il avait à Gouruai , mais pendant le jour seulement , à moins qu’ils ne se portassent de bonne volonté à le servir de nuit. Il fut de plus stipulé que , si le roi commettait quelque hostilité contre le comte dans l’étendue du comté de Meulent, les habitants ÜeGournai ne pourraient y preudre part et garderaient la neutralité ; mais que, si le roi ou ses successeurs allaient jusqu’à vouloir dépouiller Galeran ou ses héritiers du comté de Meulent, alors le traité demeurant nul, les habitants

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de Gournai seraient tenus de servir leur seigneur contre le roi lui-même; et que, hors ce cas, ils marcheraient aux ordres du roi dès (ju’ils seraient mande's , et que sa majesté réciproquement les protégerait de tout son pouvoir. (Du Chesnc , Hist. Franc. T. IV, p. 585 , Ep. 6a. )

Galeran eut querelle, en u6t , avec Henri II, roi d’ Angle» terre et duc de Normandie , qui lui enleva toutes les places qu’il possédait dans ses états. Mais , fléchi par ses soumissions , ce prince les lui rendit bientôt après. ( Robert de Monte , App. ad Sigebert. ) Galeran depuis ce tems ne s’occupa plus que d’œuvres pieuses. Il présida au chapitre de Beaumont-le-Roger en Il 6a, et fit des dons considérables, en ii65, au prieuré de Gournai. S’étant retiré depuis à l’abbaye de Préaux en Normandie, il y finit ses jours dans l’état monastique au mois d’avril 1 166. Etienne , religieux du Bec , a fait son éloge en vers e'iégiaques. ( Martennc , Amplis, coll. T. Ie1, p. 875. ) Robert du Mont, dans sa chronique , dit qu’il était le plus grand , le plus riche et le mieux allié de la Normandie. Agnès , son épouse , fille d’Amauri 111, comte de Montfort, lui avait apporté en dot les terres de Rochefort et de Gournai. Il eut de celte alliance, Robert qui suit ; Amauri , tige des seigneurs de Gournai ; Roger , tige des vicomtes d’Evrcux ; Waleran , seigneur de Montfort ; Etienne et Hugues : avec trois filles; Isabelle, mariée, i° à Geoffroi, baron de Mayenne, 2n à Maurice II , sire de Craon ; Marie , femme de Hue Talbot, baron de Cleuville ; et Amieu , alliée àHeuri, baron de Ferrières.

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