DES COMTES DE MEC LENT
(Ord. Vit., lih. 10, p. 766; du Mou!., p. 67 et suiv.) Cette guerre n’aboutit qu’à se faire beaucoup de mal de part et d’autre , sans avantage décide. lLs’en éleva une autre dans laquelle Guillaume soumit le comte du Mans. Celui-ci demanda pour toute grâce qu’on lui laissât le litre nu de comte. Lecomte de Meulent ne voulut pas consentir à laisser subsister le titre vain d’une dignité qu’on ne possédait pas effectivement, et qui ne pouvait servir qu’à autoriser de nouvelles prétentions. (Ord. Vit., ibid p. 773. ) Il fut du nombre des seigneurs qui accompagnèrent Guillaume le Roux à la chasse le 2 août 1100, jour auquel ce monarque fut tué , par mégarde , d’un coup de flèche , dans la Neuforest , par un gentilhomme du Vexin. Il partit sur-lechamp avec Henri , frère cadet du défunt , qu’il fit couronner à Londres le 5 du même mois , et jouit sous ce règne , du mémo crédit que sons le précédent.
Le comte Robert ne fut pas plus tôt passé en Angleterre , que scs ennemis se jetèrent sur ses terres de Normandie. Le plus acharné d’entre eux était le comte d’Evreux , dont la femme surtout haïssait mortellement le comte de Meulent , parce qu’il avait reprimé en plusieurs circonstances son humeur altière et ses vues ambitieuses. ( Hist , de Hatc.y T. Ier, p. 5i ; Mabil. , Ann . L 1 , p. 522. )
Robert Courtcheuse , revenant de la Terre- Sainte , en 1 101 , coovert de gloire et chargé d’argent , se fit des partisans ea Angleterre pour recouvrer ce royaume , dont son cadet s’était emparé à son préjudice pendant son absence. Il y fit une descente; des traîtres lui livrèrent les frontières; et ses progrès furent tels , qu’il ne restait plus de ressources à Henri , son frère , (pie dans une bataille. Le comte de Meulent , ayant découvert que la plupart des chefs étaient gagnés , et jugeant que la défection était infaillible , empêcha Henri de risquer ce coup. II crut qu’il valait mieux plier pour le moment et traiter à quelque prix que ce fût, sauf à revenir dans des moments plus favorables. Il fit un discours également fort et pathétique qui entraîna tout le conseil dans son avis. ( Ord . Vital . , p. 786 et suiv. ) La paix se fit à des conditions bien rigoureuses, à la vérité, pour Henri. Débarrassé de scs ennemis du dehors, le comte de Meuleut lui fit connaître ceux du dedans ; et , les réduisant les uns après les autres , il se fortifia de jour en jour par une exacte sûrveillance, une bonne administration, et par la punition des rebelles. Au bout de deux ans, Robert Courtehcnse passa en Angleterre avec douze gentilshommes , dans le dessein de se mettre à U tête des rebelles qui l’avaient appelé secrètement , et de rétablir dans leurs charges ceux que Henri avait déplacés. Le monarqaç r instruit de famyée du duc, voulut se saisir de lui elle
faire arrêter. Le comte de Meulent le de'tourna de ce desscia , et lui fit sentir combien il se déshonorerait en portant ainsi la main sur son propre frères Mgis le comte , e'tant monte' à cheval , vint trouver le duc à Ilantonne , où il sut qu’il était, et , l’avant pris en particulier , lui fit ouvrir les yeux sur sa faute et en même tems sur son imprudence. Le duc s’aperçut effectivement qu’il e'tait à la merci de son frère. Le comte profita de cette heureuse conjoncture pour faire adoucir les conditions de la dernière paix , et laissa retourner le duc sain et sauf en Normandie. (Du Moul., Ilist. de A orm.,p. 278 ; La Roque, Hist. de Harc. , T. I , p. 5i ; Chron. Aorm. , fol. )
Le comte de Meulent passa en Normandie, l’an uo5, à la sollicitation du roi d’Angleterre , pour y faire apaiser des troubles intestins, il alla l’année suivante, à la tète de douze comtes, au devant du monarque, qui venait en Normandie pour tâcher de remettre l’ordre dans les e'tats de sou frère , dont l’indolence laissait tout aller à la merci des pillards qui l’entouraient. Le roi et le comte de Meulent retournèrent ensuite en Angleterre.
Ce dernier se trouva engagé dans la querelle des souverains avec le pape touchant les investitures. Partisan de l’autorité royale, il frondait sans ménagement les prétentions ultramontaines Le pape Pascal II , instruit des discours qu’il tenait à ce sujet, lui écrivit pour le ramener à son parti, lui accordant sa bénédiction apostolique , sous la condition qu’il se montrerait plus favorable à ce qu’on appelait à Rome la liberté ecclésiastique , lui interdisant au contraire l’entrée de l’église s’il persistait dans les mêmes dispositions. ( Anselmi opéra, p. 445» col. 1. ) Celle lettre ne fit aucune impression sur le comte de Meulent : il continua ses exercices ordinaires de chrétien, sans égard pour l’excommunication. Saint Anselme , quoiqu’il désapprouvât cette conduite , ne crut pas cependant , malgré son dévouement aux volontés du pape , qu’on dut agir en toute rigueur avec lui. .« Votre comte , mandait-il à l’abbé Guillaume , qui , tout excomj> munié qu’il est , se mêle parmi ceux qui célèbrent les divins
» mystères ferait mieux de s’abstenir des exercices dont la
a» sentence apostolique l’a privé » : Melius esset illi ut per salubrem humilitatem abstineat ab his à q tribus eum apostolica segregat sententia. ( L. 1 , Epist. 56 , p. 552, col. 1. ) Le saint prélat, dans une entrevue ou dans une correspondance de lettres qu’il eut avec lui , vint à bout de lui faire changer de sentiment et d’en obtenir une promesse de faire ses efforts pour engager le roi d’Angleterre à se soumettre aux volontés du pape : d’après quoi il ne fil point difficulté de lui permettre l’entrée de l’église. C’est ce qu’il mande au chapitre de son église de Cantorberi : Sed quoniam , dit-il , idem cornes promisit mihi se cona -