RAOUL III
Raoul III , dit le Grand , fils aîné de Raoul II , et son successeur , réunit dans sa main, l’an io63 , le Vexiuau Valois et au comté d’Amiens, après la mort de Gauthier III, son cousin - germain. Il avait appuyé, l’au 1040, la révolte du prince Eudes contre le roi Henri Ier , son frère ; mais il fut pris l’année suivante, dans un combat livré par le monarque au comte de Champagne , partisan d’Eudes. On ignore en quel tems et comment il recouvra sa liberté ; mais sa captivité ne paraît pas avoir été longue.
Il perdit, en 1043, Adèle, sa première femme, héritière du comte Nocher, son père, qui lui apporta en dot Vitri et Bar- 6ur-Aube. Raoul épousa , la même année ou la suivante , Haquenez , dont l’extraction n’est pas connue. Guibert de Nogent fait ainsi le pôrtrait du comte Raoul. « Il y a, dit-il, » de nos jours plusieurs péril sonnes qui ont vu le comte » Raoul ; elles peuvent dire à
» quel degre' il avait clrn sa
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voya Bernard , comte de Senlis , avec d’autres seigneurs , pour l’assurer qu’il avait dessein de rentier dans son parti , et l’engager à venir cimenter la paix dans son château de Saint- Quentin. Charles se rendit, non sans quelque défiance, à cette invitation. Mais la re'ception honorable et affectueuse qu’Herbcrt lui fit, dissipa ses soupçons.
Dès qu’d fut descendu de cheval , le comte , se jetant à terre, lui embrassa les genoux, suivant l’usage des grands en abordant leursouverain. Voyant ensuite que son fils recevait debout le baiser du monarque , Est-ce ainsi, lui dit-il en le forçant, la main sur le cou , de s’agenouiller, qu'on reçoit une si grande marque de la bonté île son seigneur et de son roi?
Ces apparences trompeuses furent soutenues par la magnificence du logement qu’Herbert avait préparé' au roi , et la somptuosité' du repas qu’il lui donna le premier jour. Mais pendant la nuit , Herbert , l’ayant fait enlever, le fit conduire secrètement à Châtcau- Thierri, et de là, quelques jours après, à Pe'ronne. Ce service important , rendu à Raoul , parut au traître mériter le comté de Laon , qu’il demanda, lorsqu’il vint à vaquer , pour Eudes , son fils. Sur le refus que Raoul lui fit de ce comté pour le donner à Roger , fils du comte Roger , il tiret de
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» puissance, quelle autorité il » s’était acquise , et de quel » despotisme il usait. Trouvaitii il un château à sa bienséance, » il l’assiégeait. Place attaquée, » place prise : tant était grande a son habileté dans l’art des » sièges. De toutes les places » qu’il prenait, il n’en rendait » aucune. Sa naissance lui » donnait un rang distingué » parmi les plus grauds sein gneurs du royaume. » ( Guibert. de vita sua. ) L’une de ces usurpations , et peut-être la plus criante , fut celle qu’il fit de Monldidier sur Rothaïs , sa cousine , fille et héritière d’Eudes , dernier comte de cette ville , et veuve de Hugues, seigneur de Bulles. Raoul était en possession de ce comté , l’an io54 , lorsqu’il combattit à la journée de Mortemer, où le roi Henri Ial fut défait par Guillaume le Bâtard , duc de Normandie. Raoul , qui était dans l’armée du monarque , fut du uombre des fuyards et des premiers avec le prince Eudes :
ce qui causa peut-être la perte de la bataille. ( Ord. T il . , 1. 7, p. 657.) Raoul accompagna , l’an jo58 , le roi Henri au siège de Château - Neuf , en Thimcrais. 11 souscrivit, l’an 1060 , comme témoin , uu diplôme de ce monarque en faveur du monastère de Saint- Martin-des-Champs : il est remarquable que sa signature , dans cet acte > se trouve irn-
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prison,, l’an 927 , le roi Charles , qu’il emmena d’abord à Saint-Quentin , puis au château d’Eu , où ils eurent une conférence avec les seigneurs normands. Guillaume, fils du duc Rollon , y fit hommage à Charles , et se lia d’amitié avec Herbert , qui lui donna Son fils Eudes en otage. L’année suivante, le Comte, après avoir promené le monarque par différentes villes , l’amène . à Reims , d’où il envoya des députés au pape Jean X , avec une lettre où il l’assurait qu’il n’oubliait rien pour le rétablissement de Charles. Mais à leur retour ces députés lui apprennent que le pape a été fait prisonnier lui - même par le marquis de Toscane. Herbert cependant travaillait à s’emparer de la ville de Laon , où la femme de Raoul se tenait renfermée avec le comte Roger.
Une première tentative ne lui ayant pas réussi, il en fit une seconde , qui le rendit enfin maître de la place. Après cette conquête , il alla trouver le duc de Normandie , pour retirer de ses mains son fils Eudes. Mais Rollon exigea, pour le rendre, qu’Herbert fit hommage au roi Charles. Le fourbe , ayant éludé la demande , vint à bout de ramener son fils , et peu de tems après il fit son accommodement avec Raoul par la médiation de Hugues le Grand.
Charles fut la victime de cette
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médiatement après celles du roi, de la reine *et de leur fils, et précède celle des grandsofficiers de la couronne. Après la mort de Henri , la reine Anne, sa veuve, s’étant retirée à l’abbaye de Saint-Vincent de Senlis, le comte Raoul, qui la voyait souvent, prit la résolution de l’épouser. Pour y rénssir , il accusa d’infidélité sa deuxième femme Haquenez , autrement dite Eléonore , et fit divorce avec elle. Anne écouta les vœux de Raoul , et lui donna publiquement sa main , l’an 1 062 , au grand regret du roi Philippe, son fils, qui eût empêché cette alliance, si le comte de Flandre, son tuteur ,1 l’eût secondé. ( Bouquet , T. XI , p. 499* ) Haquenez de son côté piquée au vif du double affront que lui faisait son époux en l’éloignant de lui, et en la calomniant, alla trouver à Rome le pape Alexandrell pour lui demander justice. Le pontife commit les archevêques de Reims et de Sens pour informer sur les lieux. Les deux prélats s’étarit acquittés de leur commission } lé «premier en rendit compte par lettre au ,j pape, en ces termes : « Notre » royaume est agité par de » grands troubles. La reine- » mère a épousé le comte » Raoul , ce qui cause un grand » déplaisir au roi. Quant à la » dame que Raoul a répudiée,
» nous avons reconnu la justice
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réconciliation : Herbert le remit dans sa prison , où ce malheureux prince acheva ses jours , l’an 92g. ( Frodoard. ) Herbert avait alors sur le siège archiépiscopal de Reims un fils nommé Hugues , qu’il y avait fait placer , l’an 925 , par les suffrages mendiés , quoiqu’il n'eût pas encore cinq ans accomplis. Raoul soutint cet intrus tant que Charles vécut; mais, après la mort de ce prince , il commença à se refroidir à son egard , parce qu’il avait moins besoin d'Herbert , son père , pour se maintenir sur le trône.
La rupture entre le roi et le comte ayant éclaté l’an g3i , Raoul , accompagné de Hugues le Grand , vint mettre le siège devant Reims , dont il se rendit «naître au bout de trois semaines. Alors il fit procéder à l'élection canonique d’un archevêque , et les voix se réunirent en faveur d’Artaud ,
Î moine de Saint-Remi. De là >1 alla se présenter devant la ville de Laon , qu’Herbert abandonna, laissant sa femme dans la citadelle. Raoul , dans les années suivantes , lui enleva plusieurs autres places. Le comte de Vermandois courait hsque d’être entièrement dépouillé. Mais , l’an g35 , la paix se fit entre eux par l’inlervention du roi de Germanie , a condition que Hugues rendrait à Herbert les villes de Saint-Quentin et de Féronne,
» des plaintes qu’elle vous a » portées , et la fausseté des » prétextes sous lesquels il l’a » renvoyée». (Bouquet, T. XI, p. 499* )Sur ce rapport le pape enjoignit au comte de reprendre l’épouse qu’il avait répudiée. Raoul ayant refusé d’obéir à cet ordre, fut excommunié ; mais il ne tint compte de cette punition, et persista dans son endurcissement. Un moderne prétend néanmoins que Raoul et Anne se séparèrent en 1066 ; mais il se trompe , et la preuve que nous en avons se tire d’une charte de l’an 1069, que Raoul dit donnée de concert avec Anne, sa femme : Charta manu meâ scripta et uxoris meœ Annce. ( La Morlière , Hist.
d'Amiens , p. 452. ) /
L’an 1061 ou environ , Raoul étant à Verdun avec ses troupes , mit le feu à cette ville , sur le refus que fit l’évêque Thierri , de lui payer un tribut de vingt livres d’argent , auquel ses prédécesseurs sétaient engagés envers Raoul , par la crainte de ses pillages. Mais Thierri , s’étant mis à la tête de la bourgeoisie , poursuivit le comte, et le pressa si vivement, qu’il le contraignit à demander la paix, avec promesse de ne plus exiger ce tribut. ( Roussel , Hist. de Verdun , p. 200. ) Raoul , en io65, recueillit une partie de la succession de Gauthier III , son cousin, comte de Vexin.
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que le roi lui avait doune'es après les avoir enlevées au comte de Vermandois. Mais Hugues ayant refusé de se soumettre à cette condition, la guerre recommença. Herbert reprit de force Saint-Quentin -, mais peu de tems après, sur les meuaces de Raoul, il cessa ses hostilités, et se réconcilia avec Hugues. Louis d’Outrcmcr , fils de Charles le Simple , ayant succédé , l’an g56 , à Raoul , reçut Herbert en grâce, à la prière du comte Hugues le Grand. Mais cet acte de clémence ne fit qu’un ingrat. Hugues le Grand s’e'tant brouillé avec le roi , trouva dans Herbert un séditieux qui entra dans son mécontentement. Ils pri- ' rent les armes ensemble contre le roi , l’an g58 , et ne les mirent bas qu’eu 942. II parait que ce fut dans cet intervalle qu’Hcrbert s’empara du comté de Troyes. Quoi qu’il en soit, il est hors de doute , comme on l’a fait voir ailleurs , qu’il jouit de ce comté. ( Voy. les comtes de Champagne. ) Herbert mourut l’an t)45 , et fut enterré à Saint-Quentin. Raoul Glaber rapporte qu’aux approches de la mort, interrogé sur le salut de son âme et sur la disposition de sa maison , il ne répondit que ces mots :
Nous étions douze qui complotâmes avec serment de trahir le roi Charles. Quelques anciens ont avancé qu’il avait été^
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(Voy. les comtes de Vexin.)
Le comte de V alois avait un fils aine , nommé aussi Gauthier , jeune homme plein de valeur, qui s’était déjà signalé dans plusieurs expéditions. La dernière qu’il entreprit lui devint funeste. Etant tombé dans une embuscade près de Reims, il y périt, l’an io65, selon ChifHet , ou 1068, suivant du Bouchet.
Raoul , l’an 1071 , accompagna le roi de France dans sou expédition de Flandre , contre Robert le Frison. Dans les dernières anuées de sa vie , ayant pris querelle avec le comte de Vermandois, il s’empara de Péronne sur lui. Cette place passait pour imprenable. Raoul fut si glorieux de l’avoir emportée , qu’il prit depuis le titre de Raoul de Péronne. Etant venu, l’an 1074, à Montdidier, il y fut attaqué d’une maladie qui le conduisit au tombeau, le 8 septembre de la même année. Anne , sa femme, vivait encore en 1075 , comme le témoigne un diplôme qu’elle souscrivit cette année , avec les qualités de reine et de mère du roi Philippe. ( Bouquet , T. Xf , p. 5b‘4- ) Un ancien auteur ( ibid. , p. 1G1 ) dit qu’après la mort de Raoul , Anne s’en retourna en Russie, et des modernes ajoutent quelle y mourut. Mais on sait qu’eu 1682 , le P. Ménétrier , jésuite , découvrit le tombeau de cette
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endu par ordre de Louis Oulre-mer , sur une montagne de Picardie, appele'e cncoie de nosjoursle Mont-Herbert; mais d’autres d’un plus grand poids , et en plus grand nombre , le font mourir dans sou lit. Ce comte laissa d’HiLDEBKANTE , son épousé , que du Bouchet fait mal-à-propos fille de Robert, duc , puis roi de France, et oncle maternel de ce meme Herbert, cinq fils et deux filles.
Nous mettrons avec M. du Cange, à la tête des fils , Eudes , parce qu’il est le premier d’entre eux qu’on voit posse'der des emplois du vivant de leur père. En effet , Herbert , l’an 928 ou 929, étant aile' au-devant de Hugues , roi d’Italie et marquis de Provence, ce prince lui donna le comte' de Vienne pour > Eudes , son fils , don , à la vérité , duquel il ne jouit poiut; 1 ce comte' alors e'tait entre les mains de Charles-Constantin , fils de Louis l’Aveugle , roi de Provence et d’Italie , qui s’y maintint par la protection de Raoul, roi de France , dont il se rendit vassal, en lui faisant î hommage l’an 9^0. Il est bien Vfai que trois ans après Raoul s’étant brouille' avec Charles- Constantin , surprit la ville de Vienne par la trahison de ceux qui la gardaient ; mais nous voyons qu’après la mort de Raoul , arrivée l’an 936 , Charles-Constantin rentra dans cette ville , où, l’an 941 > il reçut le
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princesse dans l'abbaye de Yilliers , ordre de Cîteaux , près de la Ferle'- Alais en Gâtinais , avec cette inscription : Hîc jacet Domina Agnes uxor QUONDAM HeNRICI ReGJS. Ce monument ne serait-il qu’un simple cénotaphe , comme le prétend M. Velîi? c’est ce que nous ne déciderons pas. Les noms d’Anne , d’Agnès et d’Adélaïde , avaient été donnés indistinctement à la veuve de Henri Ier. D’Adèle , sa première femme, Raoul eut aeux fils , Gauthier dont on vient de parler, et Simon , qui suit, avec deux filles, Adèle ou Hildebraule , femme d’Herbert IV, comte de Vermandois, et Alaïs, ainsi nommée par Albéric, mariée à Barthélemi , fils de Bardoul, seigneur de Broyés. Le* deux autres mariages furent stériles.