COMTES DE VERMANDOIS ET DE VALOIS
L’an 1077 , le même Herbert, du chef de sa femme , Hildïbrante , ou Adèle , succéda dans le comté de Valois au comte Simon , son beau-frère. Il n’en jouit qu’environ trqû ans, étant mort l’an 1080 et non pas 108t. De son mariage il èut un fils, Eudes , dit Y Insensé, qui fut déshérité à la demande des barons , et duquel descendent les anciens seigneurs de Saiut-Simon, avec une fille , qui suit.
1080. Adélaïde , fille d’Herbert IV et d’Hildebrante , hérita d’eux , l’an 1080, le comté de Vermandois avec celui de Valois et l’avoùerie de Monchi-la-Gàche. Elle était mariée dès-lors à HuteuES le Grand , second des fils vivants de Henri 1er ( roi de France, qui , dans l’espérance de jouir sans partage du Verman-
DE VÉKM ANDOiS ET DE *VttU0l5« . » I<j5
dois et du (Valois, prit possession du château de Crépi après la mort de son beau-père , et y fixa sou séjour. Hugues , non contentées droits que ;Roger,. évêque de Beauvais , ‘avait attachés a i’avouerie de Monchî , en la conférant au comte Otton, aïeul d’Adélaïde, voulut les étendre aux dépens de l’église de Beauvais.
Sur les plaintes des. chanoines, les évêques de la province s’étant assemblés , condamnèrent tHugues à restituer les usurpations qu’il, avait faites ,,et le roi Philippe Ier , son frère , confirma leur jugement. { Cart . de S . Pierre de Beauvais ,*fol. 83, r°.) La date decediplôme ayant été omise par le copiste, on ne peut la suppléer que par conjecture. (Il nous parait que nulle mention n’étant laite de l’évêque de Beauvais dans cet acte , il a dû être passé dans une vacance de ce, siège , c’est-à-dire entre l’an io83, où l'évêque Guillebert avait cessé de vivre , et l’an io85, ou son successeur: Ursi on «paraît pour la première fois. L’an iog6, au mois d’avril , Hugues jpartit à la tête d!une florissante armée pour la conquête de là Terre-Sainte , et prit sa route par PItalie , où il fut; joint par le duc de Normandie, les comtes de 'Flandre , de Boulogue , de Blois, et d’autres seigneurs. En passant à Lucques , ils reçurent la bénédiction du pape ; de là ils allèrent visiter à;Rome les tombeaux des SS.apôiàès, et n’étant arrivés dansla Pouiile qu’au mois de novembre , ils mirent leurs troupëa en quartier aux environs de Bari , à dessein de passer en Grece au retour du printems. iHugues , trop impatient pour attendre ce terme, voulut reconnaître le pays par lui-même. Il s’embarque à Bari avec trois seigneurs seulement , et passe au rivage de Durazzo. Legouverneur de la ville, instruit de l’arrivée des Croisés dans la Fouille, et de la descente du prince , vient au devant de lui avec toutes les démonstrations du respect dû à sa naissance. L’ayant -amené à iDurazzo avec sa compagnie, il les régale magnifiquement ; mais lorsque Hugues songe à se retirer , il lui déclare qu’il ne peut laisser partir un prince de son rang sans avoir reçû tes ordres de d’empereur , qu’un courrier par lui dépêché doit. rapporter au premier jour. On ne fut pas en effet long- " teins à les attendre. .Ils portaient que Hugues et ceux qui l’accompagnaient dussent conduits sous bonne escorte à Constantinople. ;L’umpereur , les ayant reçus avec une honnêteté plus apparente que sincère, les fit garder à vue. Godefroi de Bouillon , instruit au bout d’un mois de leur aventure , envoie demander leur délivrance. II . était alors en Thrace. Sur le refus de l’empereur , il ravage ou brûle tous les environs de Selymbria , à quatorze lieues de Constantinople. Ces hostilités mettent le inonarque grec à la raison. Il promet de rendre les prisonniers : le ravage cesse j et Godefroi, deux jours avant Noël va camper à la vue de Constantinople. Les prisonniers vi<nneut aussitôt Je joiu-
194 chronologie historique des comtes
dre avec une grande joie de toute Tannée. ( Le Beau. ) Hugnei se trouva, Tan 1097, au siège et à la prise de Nicée. L’année suivante, il commanda pareillement au sie'ge d’Antioche, fut des premiers entre ceux qui prirent d’assaut cette ville le 3 juin de la même année , et eut grande part à la victoire signalée que les Croisés remportèrent, le 28 du même mois, sur le général Corboran. La valeur qu’il fit paraître dans cette expédition loi mérita le surnom de Grand. (D’autres prétendent qu’il lui fut donné à. cause de sa taille qui était extraordinaire. ) Après cette victoire, il fut député avec Baudouin II , comte de Hainaut , à l’empereur Alexis Comnène , pour lui en porter la nouvelle et le presser de fournir aux Croisés les secours qu’il leur avait promis. Mais s’étant mis en marche avec une escorte, ils tombèrent dans une embuscade de Turcs ou de Sarrasins , près de Nicée. JLe. cpmte de .Hainaut y fut pris ou tué. (car on ne sait pas bien ce qu’il devint) , et Hugues ne put échapper qu’en se sauvant à toute bride. La réponse que l’empereur grec lui fit n’ayant .pas été «favorable , Hugues prit le parti de retourner en France pour y faire de nouveaux fonds , ayant épuisé ceux qu’il en avait emportés. L’an 1 loi , il fit avec le duc d’Aquitaine et les comtes de Bourgogne , de Blois et de Vendôme , à la tête d’une armée très-nombreuse, un second voyage en Orient , qui fut on ne peut plus malheureux. Hugues perdit sur la route plus de deux cent mille hommes dans les différentes attaques que les Infidèles lui livrèrent en Asie. Lui-même ayant reçu plusieurs blessures dans la dernière, donnée au mois de juillet 1101 , se sauva avec peine à Tarse en Cilicie,,où il mourut le 18 octobre suivant, laissant de son épouse, Raoul qui suit j Simon, évêque de Noyou, qui fut le premier de son siège décore' du titre de comte et pair (Carlier)*, Henri , ou Aimeri , qui fit la branche des seigneurs de Chaumont enVexin; Mahaud , femme de Raoul, seigneur de Beaugenci j N. , femme de Boniface , marquis en Italie ; et deux autres filles , dont l’une, nommée Elisabeth , épousa Ko* bert , comte de Meulent, puis Guillaume de Varcnnes, comte de Surrei ; et l’autre fut mariée à Hugues II , seigneur de Gouruai (1). Adélaïde, après la mort du comte Hugues, son epoux, sc remaria à Renaud II , comte de Clermont en Beauvaisis, et conserva le comté de Vermandois jusqu’en .11 16 ou au commencement de l’année suivante. Alors étant rentrée dans le comté d’Amiens, que le roi Louis le Gros avait enlevé à la maison de
(1) le Président Hénaut pense que du mariage de Hugues et d’AdéJaïile sortit au second degré un autre Hugues , qui , ayant changé son nom en celui de Félix, concourut avec Jçau de Matha à la fondation de l’ordre des Trini-
Utircÿ ou Maihurins, *
- DE VERMANDOIS Et DE VALOIS» rg5
Côuci et restitue' à celle de Yermandois sur laquelle la première l’avait usurpé , Adélaïde céda le Vermandois à son fils Raoul , qui suit.
ïii6 ou 1117. Raoul 1er ou IV, dit le Vaillant, fils aîné de Hugues le Grand et d’Adélaïde , devint comte de Vermandois, par la cession que lui en fit sa mère Tan 1 1 17. H est remarquable que long-tems auparavant on lui donnait le titre de comte futur de Vermandois, et qu’il le prenait lui-même. C’est ce qu’on voit par des lettres du roi Louis le Gros, de l’an 1 10g, confirmatives delà donation qu’Alix, dame de Péronne, avait faite de la ville d’Alaine à l’abbaye du Mont-S.-Quentin. ( Martenne Amplis s. coll, T. I, col. 624*) C’était un prince, distingué dèslors par sa valeur et son habileté. Il servit utilement Louis le Gros et Louis le Jeune contre les rebelles de leur royaume, excités et soutenus parle roi d’Angleterre. Hugues, seigneur du Puiset, était l’un des plus perfides et des plus obstinés. Thibaut le Grand , comte de Blois , étant venu à son secours , Raoul le défit, l’an ! 1 12 , ;devant le château du Puiset. ( V oyez Thibaut le Grand , comte de Blois.) Raoul devint comte de Valois , en 11 18 , par la mort de sa mère. L’an 1124, au mois d’août , il marcha avec Louis le Gros à la poursuite de l’empereur Henri V, qui était entré avec une armée formidable en France. Il accompagna , en1 1129 ou 1 i3o , ce monarque au siège du château de Livry, défendu par Aman ri , baron de iMontfort , que le roi d’Angleterre , le comte de Champagne et Guillaume de Garlande avaient porté à s.e révolter. Raoul y reçut un coup à la tête qui lui fit perdre un œil : mais la place fut prise et rasée. Irrité contre le fameux Thomas de Marie, qui avait fait assassiner Henri , son frère , comte de Chaumont , il engagea le roi , l’an 1 i5o, à venir l’assiéger dans son château de Couci. Thomas fit une sortie dans laquelle il fut mortellement blessé par Raoul , qui vengea ainsi la mort de son frère. L’an 1 i5i , suivant le Père Anselme et ses continuateurs, Louis le Gros conféra à Raoul la dignité de sénéchal , qu’il avait ôtée aux Garlandes. Raoul en était effectivement revêtu cette année dans le tems du sacre de Louis le Jeune, auquel il assista. ( Chron . Afaurin,) Après cette cérémonie, qui fut faite à Reims par le pape Innocent II, Raoul emmena ce pontife à son château de Crépi. (Carlier. )
L’an 11 57, il fut du cortège de Louis le Jeune, lorsqu’il se rendit en Guienne pour épouser l’héritière de ce duché. Il y vit la sœur cadette de la jeune reine , et l’aima. Au lieu d’étoufFer celle passion naissante , il s’y livra avec tant d’ardeur , qu’il résolut de se séparer de sa femme Eléonore , parente de Thibaut le Grand , comte de Champagne , pour épouser Adélaïde y
ir><5 CHROSOLOOIE HISTOIUQOE- Df.S COMTES
c’est ainsi qu'on appelait le nouvel objet de sa flamme , quoique sou nom de baptême fût Pétronille. Il réussit dans son projet. Simon , son frère , évêque de Noyon , et les évêques de Laon et de Sentis, l’un son allié et l’autre son aini , affirmèrent avec serment, l*an> 1 140 ou 1 141 > devant Te roi, qu’il y avait parenté au degre' prohibé entre Raoul et sa femme; en conséquence ils cassèrent le mariage , et le lendemain ils unirent le comte de Vermandois avec Adélaïde , ou Pétronille de Guiennï , à laquelle il assigua pour son douaire la ville de Péronne. Delà vient que dans quelques chartes , en prenant le titre de comte de Vermandois, il ne lui donne que celui de dame de Péronne: Ego Raditlfus cornes Viromanduensis et Adelilia uxormea Domina Peronensis . Thibaut , sensible à l’outrage fait à sa parente, écrivit au pape Inuocentll pour lui en demander justice; et saint Bernard appuya sa plainte. Le pontife nomma un légat qui tint sur cette affaire, l’an n4*> Un concile à Lagni , où Raoul fut excommunié , ses terres mises en interdit, et les prélats qui avaient prononcé le divorce, déclarés suspens. La mort1 de la comtesse Eléonore, arrivée l’an 1 147 , réhabilita en quelque sorte la seconde alliance de son époux. Il demanda son absolution au pape Eugène, qui était en France, l’obtint, et garda sa femme. La même amiée , mais avant cet événement, il avait été nommé au parlement d’Etampes , tenu au mois de fe'vrier , pour aider l’abbé Suger dans l'exercice de la régence pendant le voyage de Louis le Jeune à la Terre-Sainte. L’an 1 i5t , Raoul , souffrant avec impatience que le comté d’ Amiens fût hors de sa maison, prend si bien ses mesures , qu’il l’enlève à Robert de Uoves, son beau-frère, qui le possédait en vertu de son mariage avec Beatrix, sœur utérine de Raoul, comme étant fille de Renaud II, comte de Clermont, et d’Adélaïde, mère aussi de Raoul (1). Nous mettons cette invasion en 1 i5t , pour deux raisons : I* parce que nous avons uue'charte souscrite cette année par Robert, comte d’Amiens ( du Chesne, pr. de l'Hist. de Coud , p. 66g ); 20 parce que nous ne pouvons reculer plus tard cct événement , Raoul étant mort le 14 octobre de la même année, ou selon Lambert Waterlos , dans sa chronique manuscrite , au commencement de l’année suivante. Ce prince fut enterré à Saint- A mou! de Crépi , et non au monastère de Long-Pont. Suivant les auteurs flamands, il avait épousé en troisièmes noces , l’année même de sa mort , Laurence , fille de Thicrri d’Alsace , comte de Flandre ; mais M. l’abbé Carlicr prétend , sans en donner de preuves , qu’Adélaide , sa deuxieme
(1) On a oublié, K Faniclr des rouîtes de Clermont en Bauraisis, de noromrr cette ülle parmi les enfant* de Renaud lt et d’Adélaïde.
. DE VERMANDOIS El DE VALOIS.' IÇ7
femme, eut de lui'un enfant posthume ; ce qui détruirait ce troisième mariage. L’opinion de cet historien n’est pas néanmoins sans difficulté, comme ou' le verra dans un moment. Raoul eut du second lit un fils nommé Hugues , qui prit le nom de Raoul après la mort de son père , et deux filles : Elisabeth , ou Isabelle, mariée en 1 156, à Philippe d’Alsace, comte de Flandre ; et Eléonore, qu’on dit être née après la mort de son père. Celle-ci eut quatre maris consécutifs , qu’on nommera ciaprès. Lambert Waterlos, déjà cité, taxe le comte Raoul Ier d’une avarice extrême : Avaritiay dit -il, incomparabilis fuit . 11 rapporte de ce prince une longue prière en prose rimée , qu’il composa dans sa dernière maladie pour demander à Dieu la grâce de bien mourir. Une auciennc chronique manuscrite , composée par un chanoine de Laon , donne de ce comte la même idée que Lambert Waterlos , et la confirme par les faits. Ce Raoul , dil-il , était venu à bout de dépouiller par surprise ou par force tous ses voisins ; car il avait enlevé Chauni aux seigneurs de Rouci ; Amiens à ceux de la branche de Boves ; Péronne à la maison de Mauroi ; Ribemontà celle de Saint-OtBert; Montdidier à une certaine veuve; et pour avoir Athies avec ses dépendances , il épousa une autre veuve, qu’il renferma ensuite et répudia. Voici le passage latin, tel que nous l’avons donné dans notre treizième tome de la collection des historiens de France , p; 678 ï Hic Radulfus , aut dolo aut vi omnes vicinos suos exhœredavU. NamCauniacum abslulitdominis de Ruceio ; Ambianum illis de Bova ; Peronam illis qui cognominantur Mauroi ; Ribodi-Montem illis de S . Otberlo ; Afontetn-De siderii c aidant viduœ. Prù Athies et terra illi adjacente duxit quamdam viduam quant incar ce ravit et repudiavit. Si l’on défère entièrement à ce témoignage d’un auteur presque contemporain , mais peu exact , il faut en conclure aussi la réalité du mariage de Raoul avec Laurence , fille de Thicrri d’Alsace , et de Suanéchilde , sa première femme; car ce ne peut être qu’elle qui lui ait apporté en dot la seigneurie d’ Athies , située dans le Vermandois. Tous les historiens du temscohvienneut qu’elle avait épousé, i° Ivairt d’Alost , 2° Raoul , 5* Henri, comte de Limbourg , 40 Henri l’Aveugle , comte de Namur. Mais , en accordant même à M# Carlier, qu’Eléonore fût née posthume , il ne s’ensuivrait pas que Raoul n’aurait pas épousé Laurence , mais seulement qu’Eléonore était fille de Laurence , et uon d* Adélaïde. ( V oyez Thierri d’Alsace , comte de Flandre }
RAOUL II ou V.
m52. Piaoul II ou V, nommé1 Hugues * mais mal, par Robert du Mont, fils de Raoul le Vaillant et d’Alix d’Aqui-
198 Chronologie historique des comptes
taine , succéda en très-bas âge à son père. Il eut pour tuteur, ainsi que ses deux sœurs : i° VYaleran , comte de Meulent, son cousin j 2* Ives de Nesle, comte de Soissons , qui défendit vaillamment ses comte's contre les entreprises des seigneurs des environs , et surtout de Robert de Boves , digne fils du fameux Thomas de Marie. Ce prince , attaque' de la lèpre , finit ses jours l’an 1167, sans laisser d’enfants de Marguerite , son e'pouse , fille de Thierri d’Alsace , comte de Flandre , qui se remaria , en 1 169 , à Baudouin V, comte de Hainaut. Raoul fut
enterre' à l’abbaye de Long-Pont.
1167. Isabelle, sœur de Raoul, lui succe'da au Valois et au *Vermaudois avec Philippe d’Alsace, son e'poux. Gilbert de Mons nous a laissé le de'nombrement de ces deux comtés , dout le second comprenait la ville de Saint- Quentin. Ribemont , Repis , Roclis , Péronne, Athics, Claris * Chépi , Roye , Chauni , Torote , .Choisi , Rissuns , Lâche ries , Montdidier , le comté d’Amiens , Bclcasne , la suzeraineté de Guise et Lescliiè- . res , de Bclvoir et Goui , de Ilam , de Nesle , de Brai , d’Encre , de Marchais , de Vileir , surnommé X A renos , de Hangest, de Pierrepont , de Rouai , de Moreuil , de Péquigni , de Breteuil , de Bulles, de Poix, de Midi, de Marie et Vervins. Le Valois renfermait Crépi , Mornenval , Villiers- Cotterets , Viviers ,1a Ferté-Milon , et autres terres à hommage. Le premier acte d’autorité que Philippe exerça dans le Vermandois , fut l’établissement d’une commune à Chauni , sur le modèle de celle de Saint- Quentin ) ce qu’il fit de coucert avec Isabelle, sa femme, par lettres données à Hesdin le jour de Noël 1167. Les conditions qu’il attacha à cette faveur, furent : i° que chaque feu lui paierait un cens annuel de douze deniers le jour de Noël ; 20
2 ue le maire de Chauui lui fournirait des lits lorsqu’il viendrait ans cette ville ; 3° que les habitants feraient l’ost ou la chevauchée comme sous le comte Raoul ; 4° qu’ils ressortiraient au bailli de Vermandois pour les affaires importantes j 5° que celles de moindre conséquence seraient terminées par le juge du château de Chauni, comme le juge de Saint-Quentin a coutume de faire. ( Ilôtel-de- Ville de Chauni.) La comtesse Isabelle étant morte sans enfants, le 26 mars 11 85 (N. S. ), Philippe d’Alsace , son époux , voulut retenir sa dot en vertu d’une donation qu’elle lui en avait faite pour sa vie. Mais Eléonore, sœur d’Isabelle , réclama cette succession , comme plus proche héritière, soutenant que la donation était nulle , comme ayant e'ié faite par une femme qui était en puissance de mari , à son mari meme , contre les lois du royaume , qui ne permettent pas ces sortes de dispositions. Le comte lui opposait l’autorité du roi
DE VERMÀNDOIS ET DE VALOIS# ‘ IpQ
Louis le Jeune , qui avait ratine cettè donation , à quoi elle répondait que cette ratification ne pouvait préjudicier au droit d’un tiers. Mais , forcée par sa faiblesse d’entrer en composition avec lui, elle consentit à se restreindre au comte' de Valois, abandonnant le reste au comte de Flandre. L.e roi Philippe Auguste ne vit pas ce traite' d’un œil indifférent. Jaloux de la puissance du comte de Flandre , avec lequel il avait déjà eu l’année précédente quelques démêlés , il engagea Eléonore à revenir contre l’accommodement , et à lui ce'der ses présentions. Avant alors somme' Philippe d’Alsace de rendre la dot entière <ïe sa femme , il essuya un refus qui devint le signal de la guerre. Le roi commença par s’emparer de Saint-Quentin, d’où ses officiers chassèrent ceux du comte. De son côté, Philippe d’Alsace , par l’avis de Baudouin , comte de Hainaut, son allié, fit marcher des troupes du côte' de Chauni-sur-Oise, Le duc de Bourgogne et les comtes de Champagne et de Blois vinrent à son secours. Les hostilités qu’ils exercèrent furent horribles suivant l’expression d’un aùteur du tems. ( Voyez Marten. , deuxième voyage lia., p, 61. ) Le roi d’Angleterre voulut se rendre médiateur dans cette1 querelle ; il ménagea une entrevue avec les comtes de Flandre et de Hainaut à Gerberoi , où l’on convint d’un parlement qui se tiendrait à la grange de Saint- Arnoul , eutre Senlis et Crépi. Les députés du roi et de Philippe d’Alsace s’y trouvèrent; mais rien n'ayant été^conclu dans cette assemblée, on s’ajourna pour l’année suivante à Rouen. Le roi d’Angleterre s’y rendit pour le roi de France , et le comte de Hainaut pour le comte de Flandre. Meyer dit que l’Anglais offrit, au nom du roi de France, de laisser au Flamand la jouissance du Verniandois sa vie durant , mais que celui-ci le refusa , soutenant que ce comté lui appartenait en propre et à ses héritiers. Tout le fruit de ce pourparler fut une trêve dont on convint pour un an. A peine était-elle expirée , que les hostilités recommencèrent. Lecomte de Flandre, dont celui de Hainaut s’était séparé , fit une irruption sur les terres du roi , brûlant et saccageant le plat pays jusqu’auprès de Senlis , et dc-là s’avançant , il surprit le château de Dammartin , puis descendit dans le Beauvaisis où il mit le siège devant le château de Be'tisi. Mais le roi étant survenu , l’obligea de le lever. Le comte en se retirant marcha droit à Corbie , qu’Albéric appelle une ville très-florissante, floreniis simum oppidum. Il avait déjà emporté les dehors de la place, lorsque le roi , qui avait assemblé son armée à Compiègne, étant arrivé , le mit en fuite. Guillaume le Breton place le siège de Corbie avant celui de Be'tisi , et dit que le Flamand, contraint d’abandonner cette place , tourna du côté de Guise , d’où il vint assiéger le château de Choisi; qu’enfin, talonne' par le roi qui le
200 CHRONOLOCIE ^HISTORIQUE DES i COMTES
suivait pas à pas, il fut oblige de se retirer en Flandre apre3 avoir perdu une partie de .sçs, troupes. Le roi , -voyant que k comte lui avait échappé , conduisit ses troupes vers Amiens , à dessein «Je l’assiéger. Le comte n’avait rien négligé' pour rendre .cette place imprenable. Avant de l’attaquer, le roi crut devoir .se rendre maître de tous les châteaux voisins , afin qu’elle n’en .pût tirer aucun secours., Le plus important était celui de Boves ■ tant par sa propre force que par la valeur de Robert, qui en était le seigneur. Guillaume Je.Brcton se trompe en nommanlRaoul ,1e propriétaire de cette place., Il a pris apparemment; le seigneur . de Cojiici pour celui de,3oves. Robert , qui était dans les inté- .rêts du Flamand , soutint le siège , ; pendant lequel on vit paraître Farme'e du. comte deiFlandre qui venait au secours de sou allie'. Le j roi , , dès qu’il la vit approcher , rangea la ; sienne en .bataille à dessein de l’aller combattre , quoique Je jour fût déjà fort avance'. Le comte , surpris, et épouvanté de sa bonne cou- .tcnance , lève le çamp j^t, ayant. fait repasser la rivière à ses ç troupes , il se retire à Amiens , d’ou il envoie des idéputés au .comte^t au cardinal de Champagne, .qui accompagnaient le ;roi , leur neveu , pour obtenir; par leur. entremise une trêve de huit jours , pendant laquelle on pourrait truiterid’accommodement. Le roi l’ayant.accordée , Pliijippe d’Alsace , vint le trouver dans son camp , et s’étant prosiernédevant lui > il le supplia de vouloir bien oublier ses torts , déclarant qu’il Jui; abandonnait le .,Vermandois avec, toutes ?ses dépendances , et le suppliant de vouloir bien lqi laisser, pour sa vie seulement, la jouissance des places de Saint- Quentin .et ,de Péronoe. iLe .monarque , .s’étant laissé fléchir , consentit à la demande du comte fl envoya .sur-le-champ des officiers prendre possession en, son nom du Term^dois , et rendit le Valois a Eléonore et au comte de Beaumont, $ qjfi époux. Alberic ajoute qu’JSIéonore laissa au roi le çomté d’Amieps pour les frais de la guerre ; ce qui s’accorde avec le témoignage de tGuillaume lefBreton, qui dit que ce comté , avec le pays 4e San terre entra dans le partage dePk- Jippe -Auguste :
jSicrcgio qu* lata ; patçt Viromarmia toia ,
Ambianensis huinqs ,, pariier eum Sanlefiensi*
U ber la le soli, régi cetsere tflilippo.
C’était Jacques d’Ayêpes , suivant le chroniqueur Jacques de Guise, qui avait porté Je comte à faire la démarche et le sacrifice dnpt on vient de parler ; mais à peine fut-Jl de fetour en Flandre» :.qu!il commença à s’en rrepentir. Avant de, revenir sur scs pas, il pensa à se fortifier de la protection de l’empereur
DE YERMANDOtS ET DE VALOIS. 301
Frédéric; et pour F obtenir, il lui fit hommage du comte de Flandre. L’empereur de son côte' pour être en état d’assister efHcacement le comte de Flandre , tâcha de détacher le comte de Hainaut du parti de Philippe Auguste , et de le re'unir avec celui du Flamand. A cet effet , il lui de'pêcha l’archevêque de Cologne, l’évêque de Liège , le duc de Limbourg et le comte Palatin , pour l’engager à sc rendre à Liège. Le comte y vint. On lui fit les sollicitations les plus pressantes pour entrer dans Jes vues de l’empereur. Sa réponse fut, qu’il ne pouvait abandonner les intérêts du roi , son gendre , ni favoriser la rupture d’un traité solennellement juré par le comte de Flaudre L’empereur ne laissa pas de. lever des troupes et de se mettre en devoir de secourt le comte de Flandre , son nouveau vassal. Le roi dé France les attendait, bien préparé à faire une vigoureuse défense ; mais sur le point où l’on était d’en venir aux actes d’hostilité, les princes de la maison de Champagne , le roi d’Angleterre et le légat négocièrent un nouvel accommodement , . dùl ‘ fut conclu , suivant Gérvais de Cantorberi, dans fa ville d’Aumale le 7 novembre 1 185, et ratifié , le 10 mars de l’année sût vante, à Gisors , aux conditions énoncées dans le. premier traité que le comte de Flandre avait fait avec le roi. Philippe d’Alsace étant mort , l’an 1191, devant Acre en Palestine , le roi Philippe Auguste , .qui commandait à ce siège, manda lui-même cette nouvelle aux habitants de Péronne , les avertissant que par cet événement leur ville avec ses dépendances étant dévolue à la , couronne, ils eussent à lui prêter serment de fidélité entre les mains des commissaires qu’il leur avait députés à ce sujet , et les assurant en même tems qu’il maintiendrait leurs privilèges.
( Archiv . de UHôlel-de-ville de Péronne. ) Mais avant de consommer celte réunion , il eut soin d’amortir le Vermandois envers l’église de Noyon, dont il relevait. C’est ce que nous apprennent des lettres de ce monarque et d’Etienne, évêque de Noyon , datées du mois d’août i2i3 , par lesquelles , d’un côté , le prélat déclare qu’il remet et quitte au roi Philippe et à ses successeurs l’hommage dû à son église pour le comté de Vermandois , et le monarque en échange lui cède ce qu’il possédait à Latigni et à Coye , â la charge de payer chaque année à Florent de Ville et à ses hoirs quatorze muids de bled qu’il tient du roi en boramage-lige. ( Rec. de Colbert , v. 5, fol. 522. )
1 183. El&onore , fille de Raoul le Vaillant et de Pétronille ou Adélaïde d’Aquitaine , se porta pour héritière universelle d’Isa-
[ belle , sa sœur ainée , après la mort de cette comtesse. Elle était alors à son quatrième mari. Geofroi ou Godefroi de Ilainaut, comte d’Ostrevant , deuxième fils de Baudouin IV, comte
de Hainaut, avait e'té le premier. Elle avait ensuite e'pousé Guillaume IV, comte de Nevers , puis Mathieu d’Alsace , comte de Boulogne , et enfin Mathieu III , comte de Beaumont-sur-Oise. Ce dernier mari n’étant pas assez puissant pour soutenir les prétentions d’Eléonore , elle fit cession , comme on l’a dit, au roi Philippe Auguste de ses droits sur le Vermandois et l’Amiénois, se contentant du comté de Valois , dont elle se mit' en possession sans éprouver de contradiction. Mathieu prit alors le titre de comte de Valois } mais il ne le garda pas long-tems. Comme Eléonore, sa femme, n’avait point d’enfants, le roi Philippe Auguste , après avoir obtenu le Vermandois et i’Amiénois , voulut s’assurer aussi le Valois. Dans cette vue , au printems de j 1 185, il passa avec Eléonore et sou époux un accord par lequel il fut dit, entr’autres choses, que le comte de Beaumont ne prendrait plus la qualité de seigneur de Valois } que ce titre serait réservé à la comtesse son épouse ; qu’Eléonore cédait au roi dès-lors la propriété du comté de Valois , à condition qu’elle en jouirait durant sa vie , et qu’elle eu pourrait aliéner quelques portions en œuvres pies jusqu’à la concurrence d’une certaine somme $ qu’elle conserverait de plus l’usufruit de la ville de Saint-Quentin avec certains droits dans le Vermandois. Mais il ne suffisait pas à Philippe Auguste , pour s’assurer la propriété' légitime du Valois , de s’être accommodé avec Eléonore} il savait, par une enquête qu’il avait fait faire en 1 184 , que la maison de Saint-Simon qui subsistait, descendait en ligne droite et masculine d’Eudes l’Insensé , fils d’Herbert IV, qui l’avait injustement privé du comté de Valois, dont il devait hériter du chef d’Hiidcbraute , sa mère. Pour se tranquilliser et mettre sou acquisition à l’abri de toute atteinte, ce prince traita avec Jean] de Saint-Simon, chef de sa maison, et obtint de lui, moyennant la cession qu’il lui fit de certaines terres , une renonciation en forme à ses prétentions sur le comté de Valois. ( Cartier, T. III, pag. 385.) Eléonore mourut le 14 juin 1214 > daus un âge fort avancé, et fut inhumée , non dans l’église de l’abbayc du Parcaux-Dames , qu’elle avait fondée , comme des modernes l’avancent , mais à celle de Long-Pont , auprès du comte Raoul, son frère , où leur épitaphe se lisait dans le cloître , du tems de don Martenne , qui la rapporte en ces termes :
Frairi juncla soror Comiti Comitissa Radalfo Nobilis Eleonor hîc tumnlata jacet.
Qui, cùm claruerint ait» naiaiibus, altâ «
Vicerunt morum nobililate genus.
Scd quid lionor , qtiid opes, quid denique gloria mnndi?
£ccc brevis pariter cia ail U uirumque lapis.
DES COMTES PUIS DÜCS DE VALOIS. 2o5
In spéculum, lector, tibi sit, pro temet et ipsis Sors tua te moveat fundere vota prccum. *
( Martenne , Voy, lit» T. II , p. 9.)
Cette dame joignait à beaucoup de piété , de l'esprit et des connaissances. Elle parlait avec pureté' sa langue , et aimait particulièrement la poe'sie. Bergeron la met en parallèle avec Jeanne Ire, comtesse de. Provence, qui commença à tirer notre poe'sie du chaos , en protégeant les troupes de troubadours et dechanteres. Mais Eléonore préférait les sujets de religion aux matières profanes. Le roman de Sainte-Geneviève, que les amateurs recueillirent avec tant d'applaudissement , fut composé à sa demande j et c'est d’elle qu'il est dit au commencement :
La Dame rie Valois me prie De mettre en bon roman la vie D'une Sainte que moult elle clame.
Le comte Mathieu , son époux , lui survécut. Il vivait encore au tems de la bataille de Bouvines, et ayant paru à cette célèbre journée parmi les seigneurs français, il y fit preuve d'un courage héroïque. Rigord et Albéric le mettent au nombre des plus vaillants hommes de son siècle. Le roi Philippe Auguste l’avait fait grand-chambrier de France. Apres la mort d’Eléonore, et dans le mois de juillet de la même année, le roi Philippe Auguste , en vertu de la donation qu’Eléonore lui avait faite, envoya Guérin , son chancelier, nouvellement évêque de Senlis , pour prendre possession du Valois , qu'il réunit, ainsi que le Vermaudois et l’Amiénois , à la couronne.