DES COMTES ET DUCS DE VALOIS
gées chacune d’un croissant d’azur. Le château de Villiers- Collerets est son ouvrage; Ce prince, après son avènement à la couronne , conserva • le domaine et la seigneurie du duché' de Valois), jusqu’au 28 de'cembre i5i6. (M. l’abbé Carlier , Hist. de Valois , T. II, p. 544- j Par ses lettres du 18 février i5i5, il nomma gouverneur du Valois et de l’ile de France Charles de Bourbon , duc de Vendôme , qui en jouit jusqu’à la iin de l’an i5»9, et eut pour successeur François de Bourbon , son< frère, comte de Saint-Pol. (Ibid.) '
•fi ‘ , • ' f /' ' ;* ' . . • . e
Le 28 décembre i5i6, le roi transmit, par une déclaration, à Jeanne d’Orléans, sa tante, comtesse de Taillebourg, le titre et les revenus du duché de Valois. Elle était fille de Jean , comte d’Angoulême , et femme die Charles de Béthisi, comte de Taillebourg. Sa jouissance de ce duché ne fut pas longue. « Je » trouve, dit M. l’abbé Carlier, un titre du mois de juillet 1 5 1 7» n qui suppose que lé roi avait repris le titre et le gouvernement » du duché de Valois. ». Ç Ibid., p. 546. )
L’an 1 55o , le roi , par lettres datées du 4 mars 1529 ( V. S. ), donna le duché de Valois à Marie de Luxembourg , en échange des châtellenies de Lille et de Gravelines , et d’autres terres situées en Flandre, à faculté de rachat, et à condition que la justice ordinaire serait rendue au nom du roi , que les sceaux, le tabellionage et les greffes seraient tenus et exercés comme dans les domaines royaux , que les charges cependant seraient à la nomination de cette dame. Elle était veuve alors de François, comte de Vendôme , mort en i4q5. Marie étant morte le premier avril 1546 ( V. S. ) , le duché de Valois rentra dans la main du roi.
Le roi Charles IX, par lettres patentes du 14 mai i562, fit don à la reine Catherine de Mêdicis , sa mère , à titre de douaire, du duché de Valois, du Bourbonnais, du comté de Meaux , et de quelques autres terres.
Le roi Henri III , à la demande de Catherine de Médicis, sa mère , transporta , par lettres données à Fontainebleau , le 18 juillet j 582 , le duché de Valois avec les comtés de Senlis, de Clermont en Beauvaisis et d’Etampes , à Marguerite, reine de Navarre, sa sœur, en échange des comtés de Querci et de Gaure, et de quelques terres de l’Agénois , qu’elle avait reçues le 18 mars 1578.
Le roi Louis XIII, pour ramener Gaston, son frère, qui, XII. 28
2l8 CHR. Hisr. DES COMTES ET DUCS DE YALOIS.
par mécontentement, s’étant retire. à Joinville , se disposait à passer chez l’étranger, ajouta , par .lettres patentes du mois de janvier i65o,à son apanage le duché' de Valois, pour être tenu en pairie par lui et par ses descendants mâles légitimés. Ce fut à sa demande que ce monarque, par son édit du mois de janvier i658, créa un siège présidial et une chancellerie présidiale dans la ville de Crépi , capitale du 'Valois. Gaston fonda, l’an 1644 > dans cette même ville , un couvent de capucins. Ce prince étant mort à Blois, le 2 février 1660, sans laisser de postérité masculine de ses deux mariages , ses apanages retournèrent à la coürotine. Ils furent donnés, l’année suivante , par lettres patentes du 10 mars, à Philippe, frère unique du roi Louis XIV. Elles portent que les apanages en question seront possédés par le prince et ses hoirs mâles seulement } que le roi se réserve les foi et hommages-! iges , droits de ressort et de souveraineté , la garde des églises cathédrales et autres fondations royales et privilégiées, comme aussi la connaissance des cas royaux , et de ceux dont les officiers royaux ont coutume de connaître par prévention. Le 2 du mois d’avril suivant , le ' roi , par une déclaration donnée à Paris , accorda à Philippe, son frère , le privilège de -nommer à tous les bénéfices royaux de ses apanages , excepté les évêchés. La postérité de ce prince est demeurée en jouissance de ces apanages jusqu’à l’époque dé la révolution.
fV%W|V%W%
DES
'*• fit.
SIRES; oc BARONS, DE COUCI.
ouci, en latin Codiciacus , Cocia cum , Coceium , et Cocceium , est un nom commun à une ville et un village du Laonnais, distants l’un de l’autre d’un quart de lieue , entre Soissons, Laon et Noyon. La ville , située sur une montagne , était autrefois défendue par un château , dont il reste une tour remarquable par sa hauteur qui est de cent soixante-douze pieds , et sa circonférence qui eu a trois cent cinq. Elle était entourée, à quelque distance, d’une forte muraille beaucoup moins haute, qui avait dix-huit pieds d’épaisseur. Ou sent bien qu’avant l’invention de la poudre , il devait être impossible de forcer et la muraille et la tour , qui se protégeaient réciproquement. Le cardinal Mazarin fit sauter la muraille en i652, et la tour a été fendue du haut en bas par le grand tremblement de terre du 18 septembre 1692. Mais elle ne subsiste pas moins comme un monument extraordinaire de l’industrie humaine et de la inaguifcence des anciens sires de Couci. Cette terre a toujours été regardée comme une des plus anciennes et des principales baronnies du royaume. «Item est vrai, dit un ancien monument, » qu’entre les antres la baronie de Coucy , qui est composée de » trois châtellenies, Coucy, la Fère et Marie, est une des plus « anciennes et plus notables baronies du royaume; item que J) ladictebarouie de Coucy est tenue en foy et hommage du roy » nostre sire et de sa .couronne , et si noblement , que le sei- » gneur et baron n’est tenu faire foy et hommage sinon à la » personne du roy proprement ». (Du Chesne , Histoire de la M . de Guines , p. 672.)
La seigneurie de Couci était originairement une de ces pairies du royaume qui , comme les grands duchés et comtés , ne devaient cette prérogative éminente qu’à leur mouvance immédiate du trône. Les sires de Couci n’ont porté généralement que* le titre de baror , qui fut synonyme de pair jusque bien après saint Louis. Il s’établit ensuite entre la baronnie et la pairie , uue
distinction qui finit par priver peu à peu de la dignité de pairies 'CoucirGuines , i$sui des autres par femmes ,? et leurs successeurs dans la baronnie de Concir
Le village de Couci , plus ancien que la ville , avait été donné par Clovis à l’église de Reims. Herbert II, comte de Vermandois , ayant obtenu du roi Raoul et du pape Jean X l’archevêelle de Reims pour Hugues , son fil$y âgé seulement de cinq ans-, prit en main l’administration de tous les revenus de cette église , et demeura aussi possesseur dé la terre de Couci. Après sa mort , elle tomba entre les makis de Bernard , seigneur de Senlis , son parent. Hugues le Grand , comte de Paris , et Thibaut le Tricheur , comte de Blois, la possédèrent depuis en commun , mais fort peu de tems ; Artau^ , compétiteur de Hor gués, fils d’Herbert, pour le siège dé Reims, les ay a fct contraints de la lui remettre en Thibaut rentra , l’année suivante, dans la ville et le château de Codci , au moyen des intelligences qu’il avait pratiquées avec la garnison. Celui-ci transmit à Eudes , son fils, la sirerie de Couci avec le comté de Blois, à la charge d’un surcens (1) dç* *soixante sous envers l’église de Reims , suivant le traité qu’il avait fait avec l’arche- •vêque Odolric. Ce droit fut transporté depuis par ce prélat à l’abbaye de Saint-Reini , qui en a été servie jusque vers la fia du quinzième siècle , comme divers actes le justifient. Mais la terre
(i) Ce cens u'emportait aucuns mouvance féodale ou autre envers l'abbaye de Saint-Rcmi. Ce ne fut que l'équivalent d’une indemnité permanente accordée
• à l'église de Reims comme prix delà cession qu'elle faisait, et par conséquent semblable h ces anciennes redevances qu’on payait aux églises sous la seconde race, pour celles de leurs terres que nos rois donnaient à titre de précaires aux laïques pour les tenir immédiatement d’eux et de leur couronne , de même que les autres fiefs immédiats, Cela est prouvé particulièrement pour Couci, par une foule d’actes et de faits qui constatent son immédiateté effective dans tous les tems postérieurs h l'accord de q65 , et surtout par une charte de 1 116, rapportée dans l'histoire de la Maison de Guincs par du Chcsne (p. 3o4 ) l'an 1118 (il fallait mettre 1116. ) On y voit que , quoique les prédécesseurs d’Engucrand, alors sire de Couci, eussent toujours payé le cens, ce Seigneur l'avait toujours refusé, niais qu’après de longs et ruineux débats il pi omettait de le payer. C’eut été le cas, sans doute , de parler aussi d’une mouvance quelconque de la terre de Couci , à raison du cens envers l'abbaye de Saint-Remi . si elle avait seulement fondé la moindre prétention à cet égard. Mais il n’y a pas un seul mot qui tende à le faire croire. Ainsi toutes les convenances comme toutes les preuves de fait, démontrent que la terre de Couci ne cessa pointd’ètre immédiate par l’accord de gG5 , et qu'en cessant de faire pariie d’une baronnie ecclésiastique, elle devint aussitôt une baronnie laïque, distincte-, séparée, et parfaitement égale endignités et en prérogatives à tou les les autres baronnies immédiates du royaume , quoique son éteuduc et sa puissance ne fussent pas comparables h ce les des grands duchés et comtés.
DES SIRES, Oü' BARONS, DE COÜCI. 23 1
de Couci ne passa pas aux descendants d’Eudes. Divers chevaliers, presque tous inconnus, s’en emparèrent, et en jouirent successivement jusqu’après le milieu du onzième siècle, qu’elle tomba dans une maison ancienne qui la conserva pendant deux siècles , et s’illustra par des actions éclatantes , les unes bonnes , es autres mauvaises , les unes vraies , les autres en partie fabuleuses.
• ENGUERAND I".
Ekguerànd 'I6r, surnomme' de la Fère, parce qu’il faisait ipparemment son principal séjour en ce lieu , seigneur de Boves l’où sa maison tirait son nom , était, en io85, comte d’Amiens, lontil devint possesseur après Gui et Yves, qui avaient succédé ittB. H. Simon depuis sa retraite à l’abbaye de Saint- Claude.
I jouissait en 1086 de la sirerie de Couci , qu’il tenait de Dreux, on père , que les anciens monuments surnomment indiffércmuent de Boves et de Couci . Dreux était fils de Hugues , peuttre gendre d’Albéric , sire de Couci , et fondateur en 1076 de abbaye de Nogent, voisine de ce lieu. Celui-ci s'étant préenté, le 3 décembre dé l’an 1059, avec Mathilde sa mere , Vdèle sa femme , et quelques-uns des plus distingués de ses vassaux, cum aliquot oplimatibus suis , à Hclinand , évêque le Laon , obtint de lui l’affranchissement de l’église (paroissiale) ^eNogent-sous-Couci , le prélat se réservant le droit de conférer :uram animarum. ( Cart . deVAbb . de Nogent , fol. 19, r°. ) Mbéric, l’an 1071 , fut un des seigneurs qui souscrivirent avec plusieurs prélats le diplôme du roi Philippe Ier, par lequel ce prince , à la prière de l’évêque Helinand , confirma à l’églisé de Laon la jouissance de ce que les rois ses prédécesseurs lui avaient accordé aux villages de Vaux et de Saint-Marcel , ainsi que les droits d’étalage sur le marché de Laon. ( Archiw . de V Eglise dè Laon. ) Albéric était apparemment né de Léon ou Lion , sire de Couci, à qui un ancien roman donne neuf pieds de hauteur ,*• et qui fut tué par Renaud ou Réginaire , évêque de Liège, à la bataille donnée , le i5 novembre 1037, près de Bar-le-Duc, par Gotheîon , duc de Lorraine Ier , contre Eudes H , comte de Champagne, qui disputait à l’empereur Conrad II le royaume de Bourgogne : 4
Lion t qui de Couchy tenoit tout Te terra! ,
Qui fu de neuf pis gran , un bras ent'trop mortaî. Ces Loherains détranche tiestes, jambes eomuslcais. L’üvesque Reginaire noblement soy demaine f De sa mâche assena Lion le Capitaine. ,
333 CHRONOLOGIE HISTORIQCË
Revenons à Enguerand. Ade , sa femme , fille de Letard de Rouci , lui apporta en dot la terre de Marie et vraisemblablement aussi celle de la Fère ; du moins est-il certain qu’elle lui appartenait du côte' de sa femme. L’an 1095, il renouvela, en faveur de l’abbaye de Nogent-sous-Couci, les donations faites par Albe'ric, et y en ajouta de nouvelles, sans avoir recours à d’autre suzerain qu’au roi pour faire autoriser.ee jeu de fief, il eu obtint, comme Albe'ric , la confirmation par uu diplôme de Philippe 1", ( Du Plessis , Histoire de Couci , pr. p. l3i. ) Ade , par sa conduite licencieuse , donna de violents soupçons de sa fide'lite' à son époux. Ils allèreut si loin , qn’Euguerand refusa de reconnaître pour son fils Thomas qu’elle mit au monde , et pensa à le de'shét riter. Ade étant morte , Enguerand prit une seconde alliance avec Sibyli.e, fille de Roger, comte de Chàteau-Porcien , et femme de Godefroi , comte de Namur , qui était encore vivant. Sibylle était pour lors au château de Tour en Porcien , où elle s’était retire'e , tandis que Godefroi était à la guerre. Emiuyée de la longue absence de son maçi , elle consentit à l’offre qu’Eifc gucrand lui fit de lui en tenir lieu , et passa dans les bras dece seigneur, qui la reliât pour épouse, et s’empara du comte d» Château-Porcien, dont son père l’avait fait héritière au préjudice de ses enfants du premier lit. Ceci arriva sur la fin du onzième siècle. Le comte de Tïumur , à son retour, ayant vaineiueut réclamé sa femme, déclara la guerre au sire de Couci. Elle se fit avec fureur de part et d’autre, jusque là, dit Guibert de Nogent , auteur contemporain , que , des deux côtés , quiconque avait le malheur d’être pris était ou pendu , ou privé de la vue , ou mutilé par les pieas. Mais Enguerand se défendit avec Uni de valeur, que son rival fut obligé d’abandonner la partie et de laisser sa femme entre les bras du ravisseur. Le sire de Coacf n’avait plus à craindre que les foudres de l’église. Pour les parer , il engagea l’évêque de Laon , son cousin , nommé comme lui , à l’absoudre de son crime et à réhabiliter son mariage.
L’an 1 1 13 , Enguerand s’oppose à la charte de commune que le roi Louis le Gros avait accordée aux habitants d’Amiens do consentement de Godefroi , leur évêque. On en vint aux armes. Les bourgeois , appuyés de Thomas , fils d’Euguerand , brouille' alors avec sou père , furent d’abord vainqueurs } mais le pere et le fils s’étant réconciliés, unirent leurs forces contre les Amiénois , qu’ils maltraitèrent cruellement. Le roi Louis le Gros étant venu au secours de la ville d’Amieus au commencement de l’aa iii5 , tenta inutilement l’assaut de la citadelle, qui tenait pour Enguerand ; il convertit alors le siège en blocus , après qooi il partit , appelé ailleurs par des affaires plus pressantes. Enguerand mourut, daus un âge avance, vers le milieu, ou la fin de
DES SIRES, Oü BARONS, DE COtJCT. 33$
fannee suivante , laissant d’Ade , sa première femme , Thomas , qui suit; et de Sibylle, la seconde, une fille qui épousa un nommé Gui , à qui Sibylle , dont il était l’amant , fit accorder par son epoux la garde de la terre de Couci. Tout ce que nous renons de rapporter est presque entièrement tiré de Guibert de Notent, qui n’épargne à Eugue^and aucune des épithètes odieuses» Suger au contraire le* qualifie d’homme vénérable et rempli i’ honneur , t tir venerabilis et ho no ri ficus egregiè*