DES SIRES, OU BARONS, DE COUCT
(TAcre. ( Albèric .) L’abbé Velli raconte qu’un chevalier , charge' par le testament de Raoul de porter son cœur en France à la iiame de Fayel , rencontra sur le pont du château le mari de la dame, qui , Payant fait fouiller, lui trouva le fatal pre'sent. « Le « malheureux e'poux , ajoute-t-il, transporte' de rage , imagina » de faire mettre le cœur en ragoût pour être servi sur la table » de sa femme ; elle en mangea beaucoup. Alors le cruel époux » lui découvrit le secret. La dame , saisie d’horreur, jura qu’a- » près une nourriture si chère, si pre'cieuse , elle n’en prendrait » jamais d’autre, et mourut peu de jours après. » Cette aventure , eu la supposant vraie, regarde Renaud Ier, châtelain de Couci, et non point Raoul , auquel on ne l’a sans doute attribue'© que parce qu’étant plus fameux par sa naissance et par ses actions, il rendait le fait encore plus intéressant. Les châtelains de Couci étaient, comme tous les autres châtelains, de grands officiers du baron , chargés de la garde du château , où ils exerçaient aussi une sorte de juridiction. Ils ont formé deux branches principales, savoir , celle des châtelains de Couci dont était Renaud , et celle des seigneurs de Torote , châtelains de Noyon ; sur quoi voyez le Mémoire de M . de Belloi , et une Histoire des châtelains de Couci , imprimée in-40 vers 17^° roiï*an des amours du châtelain de Couci et de la dame de Fayel existe parmi les manuscrits français de la bibliothèque du roi , n° iy5 , où la plupart des chansons de cet amant sont rapportées.
Raoul avait épousé, i° Agnès , dite la Boiteuse , seconde fille de Baudouin IV, comte de Hainaut , morte en 1175. Elle fat enterrée à l’abbaye de Nogent-sous-Couci , à laquelle, dans ' son testament , elle avait fait un legs de cent sous , ce qui oecasiona un procès entre cette abbaye et celle de Saint-Vincent de Laon. Cette dernière prétendait que mal-à-propos les religieux de Nogcnt avaient accordé la sépulture à la dame de Couci , attendu qu’elle était leur vassale ( a cause de Créci); à quoi ceuxci opposaient qu’elle était leur paroissienne. Après de longs débats , Roger , évêque de Laon , s’étant associé les évêques de Soissons et Senlis , rendit, l’an U77, son jugement arbitral r par lequel il adjugea la moitié du legs à l’abbaye de Saint-Vincent. (Il eût mieux fait d’adjuger le tout aux pauvres. ) Nous avons sous les yeux cette pièce en original. Raoul épousa eu secondes noces Alix, fille de Robert Ier , comte de Dreux , vivante encore en 1217. Du premier lit, sortirent trbis filles : Rolande, mariée, en 1184, à Robert II, comte de Dreux ; Labcllc, appelée Mélisende par du Cbesne , femme; 1® de Laoul , comte de Rouci ; 20 de Henri IV, coin te de Grand -Pré; dAde, mariée à Thierri, seigneur de Beures en Flandre. Les enfants du second lit sont Eiîguerand , qui suit; Thomas r qui
eut en partage les seigneuries de Yervins, de Fontaines et de Landousies , et dont la branche subsiste encore dans messieurs de Couci-Polecourt. Raoul, qui embrassa l’e'tat ecclesiastique , fut le troisième fils du sire de Couci. Robert , le quatrième, eut la seigneurie de Pinon, et épousa Elisabeth, vicomtesse deMareuil-sur-Marnc. ( Arcliiv. de S. Remi de Reims. ) Il e'tail maréchal de France en 1226 ( Mêm. sur les Pairs , par Lancelot , Paris , 1720 , pp. 55 — 54) , et fut aussi chef d’une branche qui est éteinte. Agnès, fille de Raoul , épousa Gilles , châtelain de Bapaume , à qui elle apporta seize cents livres de revenu , à prendre sur les terres de Marie et de Créci.
ENGUERAND III, dit LE GRAND.
nqr. Enguerand III, fils aîné' de Raoul et d’Alix de France, succéda à son père dans presque toutes ses terres en vertu du testament qu’il avait fait avant son départ pour la Terre-Sainte. Il eut déplus dans sa mouvance les parts de ses frères puine's, quoiqu’ils les tinssent en baronnie ou pairie du royaume ; et cela suivant un usage qui subsistait encore du tems de saint Louis , dont les établissements portaient que baronie ne départ mie entre frères , si le père ne a fait partie , ajoutant plus bas que nul ne tient de baronie se il ne part de baronie par partie de f rérage ou s’il na le don du roi . ( Ord . du L. Tome /, pp. 126 — 284. ) Euguerand mérita le surnom de Grand , qui lui fut donné, soit pour ses grandes alliances, soit pour le grand rôle qu’il joua sur le théâtre du monde, soit enfin pour les grandes qualités qui brillaient en lui , quoiqu’obscurcies quelquefois par de grands défauts. Il fut de toutes les guerres qui sc firent de son tems en France, en Flandre et en Angleterre. Ce fut lui qui fit bâtir à Coùci le château et la tour , dont on a parlé au commencement de cet article. 11 agrandit , embellit et fortifia la ville ; il releva les châteaux de Marie et de la Fère , augmenta le parc et la maison de Folembrai , fit construire un hôtel à Paris , près de Saint- Jean-en-Grève , et laissa d’autres marques de son goût et de sa magnificence. La baronnie de Couci, quoique formant un pays distinct du Vermandois , se gouvernait en grande partie suivant les coutumes de ce comté dont elle est limitrophe. Enguerand fit quelques changements à ces usages, ou revêtit de son autorité ceux qui s’étaient introduits sous ses prédécesseurs. C’est ce qu’on nomme aujourd’hui la Coutume de Couci .
L’an 1200 ou environ, mécontent de l’archevêque de Reims et de son chapitre ( on ignore pour quel sujet ) , Euguerand sc ligua avec le comte de Re'thel et le seigneur de Rosoi , et tous trois firent ensemble des courses très-funestes sur les terres de