‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 5)Chapitre 149 sur 296 · DES SIRES, OU BARONS, DE COUCI. 22Q · texte numérisé non relu

DES SIRES, OU BARONS, DE COUCI. 22Q

celle église. Les chanoines curent en vain Tecours à la protection du roi Philippe Auguste. Je ne puis faire autre chose pour vous , leur répondit-il , que de prier le seigneur de Couci de ne point vous inquiéter : réponse qui faisait allusion à celle que les chanoines avaient faite quelque tems auparavant à ce prince, en lui disant, lorsqu’il leur demanda du secours contre les Anglais, (jiiils ne pouvaient faire autre chose que de prier Dieu pour la prospérité de ses armes.

L’an 12o3, Enguerand , de même que plusieurs autres barons et daines , adressa au roi Philippe Auguste une lettre par laquelle il l’invitait à ne faire ni paix ni trêve avec le roi d’Angleterre, par contrainte du pape ou des cardinaux. 11 lui promettait secours en cas de violence, et de ne point s’accorder sans lui avec le pape. ( Jnv . des Chart. Cah. des Ord. , T. X.)

Eugueraud se croisa, l’an 1209, contre les Albigeois, et Pannee suivante, il alla renforcer avec ses troupes l’arme'e du comte de Monlfort. Certains mots confus d’une ancienne chronique donnent lieu de penser que les rivaux de sa gloire et de sa puissance lui dressèrent dans cette expédition des embûches dont il ne fut préserve que par une singulière protection du ciel. >■

L’an 1214* Enguerand fut un des seigneurs français qui con- tribuèrent le plus, par leur valeur et leur habileté, au gain de la bataille de Bouvines. De retour en ses terres , il prit querelle avec l’église de Laon , et poussa les choses au point qu’il réduisit les chanoines à la dernière misère , et fit jeter le doyen dans tin cachot. Toutes les églises de la province de Reims s’intéressèrent pour les persécutés , et ne purent néanmoins venir à bout de fléchir le persécuteur. Il partit, l’an 1216, pour l’Angleterre avec Louis, prince héréditaire de France , que les barons anglais avaient appelé pouf remplacer le roi Jean-Sans*Tcrre , qu’ils avaient déposé. Pendant son absence , le pape Honorius , doublement irrité contre lui, et pour le traitement qu’il avait fait à l’église de Laon , et pour avoir conseillé au prince Louis l’expédition d’Angleterre , ce pape , dis-je , par ces deux motifs frappa d’excommunication le sire de Couci. Enguerand demeurasous l’anatlième jusqu’en 1219, qu’il fut absout des censures , après s’être engagé à ne plus toucher aux terres de l’église de Laon.

Au mois de janvier 1225 (V. S. ), Enguerand et ses deux frères , Thomas et Robert , furent du nombre des grands du royaume qui conseillèrent au roi Louis VIII de faire la guerre aux Albigeois. (Jm\ C/mr/es , T. VIII, Cab. des Ordres .)

Il y suivit ce prince 5 et se trouvant, au mois de novembre 1 226, près de sa personne , dans sa dernière maladie , à Montpensicr , illui prêta , avec d’autres pairs , le serment de reconnaître après

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sa mort son fils aine pour roi. Le sire de Couci fut ensuite convoque’ avec les pairs pour le sacre du jeune monarque. ( Lancelot , pp. 35 — 34. ) On sait d’ailleurs qu’Enguerand fut un des

Eremiers à offrir son bras à la reine Blanche , mère de saint ouis et re'geute du royaume. Mais, l’an 1228, il eut le malhenr de se laisser entraîner dans la ligue des seigneurs me'contents de la re'gente. 11 n’est pas vrai neanmoins, comme plusieurs modernes l’avancent , que son dessein fût de supplanter saint Louis, ni que les conjure's eussent fait une pareille proposition. On ne voit en effet aucun monument, aucun historien du tems , qui ait

constate' ou affirme' le projet de cette e'trange révolution. Le fait est d’ailleurs raconté d’une manière eucore moins vraisemblable

que le fait même. (Voyez le Mémoire cité de M. de Belloi. ) La régente ayant en moins de deux ans dissipé la conjuration formée contre elle , le sire de Couci rentra , comme ses complices , et peut-être plus tôt qu’eux, dans le devoir. Vers ce tems, saint Louis , tenant sa cour à Meaux , fit , au mois de décembre J23o, un réglement sur les Juifs. Enguerand le ratifia, de même que les autres pairs , dans la forme d’usage alors , que voici : Ego Engeran. de Cociaco eadem volui , consului et juravi. (Lancelot, pig. 5g.) Le retour du sire de Couci fut sincère; et le roi, comptant sur sa fidélité , le manda , l’an 1256, è Saiut-Germain-en-Laye , pour le servir de sa personne eide ses troupes contre le comte de Champagne. M fut appelé de même, l’an 1242, à Ch i non pour y délibérer dans une cour plénière sur les moyens de réduire le comte de la Marche, qui s’était ligué avec le roi d’Angleterre. Etant de retour dans ses terres, il mourut celte même année ou la suivante par un accident bien singulier. En passant à gué une petite rivière près de Gersi , à une lieue de Vervins , son cheval le jeta à la renverse ; la violence du mouvement ayant fait sortir son épée du fourreau , Enguerand tomba sur la pointe qui lui passa au travers du corps. 11 alla expirer à Gersi , d’où il fut transporté à l’abbaye de Foigni pour y être inhumé. Nous avons de lui dent chartes qu’il est à propos de rapporter ici. La première est un accord fait au mois d’août 1225 avec Thomas de Vervins , son

frère , touchant les différents qu’ils avaient au sujet du village de Landousies. ( Cajrt. de S. Mèdard de Soissons , fol. 64 ) Par la seconde, datée du mois de septembre 1227, Enguerand reconnaît n’avoir d’autres droits sur la vicomté de Morsain,

que vingt-cinq sous de rente, et la punition des voleurs après qu’ils auront été condamnés par la justice de Saint-Médard. ( Ibidfol. 104.) II avait épousé, i°, vers l’an 1 202 , Eustachik , sœur et héritière de Raoul et de Jean I,r, comtes de Rouci , dont le premier s’était allié à Isabeau , sœur d’Enguerand. Eustacliic et

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Enguerand s’étant séparés peu de teins après, celui-ci épousa en secondes noces Mathilde, ou Mahaut, fille de Henri le Lion , duc de Saxe , sœur de l’empereur Otton IV, petite-fille de Henri II , roi d’Angleterre , et veuve de Geofroi III , comte du Perche. Cette alliance , bien plus illustre que la précédente , ne contribua pas peu à relever l’éclat de sa maison. Il prit aussitôt le titre de comte du Perche , quoiqu’il ne prétendit rien à :e comté. Mais c’était alors un usage assez commun parmi les leigneurs de prendre les titres des terres dont ils avaient épousé es douairières. C’est ainsi que Robert de Dreux, frère du roi Louis le Jeune , prit le même titre , parce qu’il avait épousé la 'cuve de Rotrou II. Mathilde étant morte sans postérité l’an 1210, Enguerand prit en troisièmes noces Marie , fille de Jean, eigneur de Montmirel en Brie, lequel, s’étant fait moine à ^ong-Pont, y mourut , l’an 1217 , en odeur de sainteté. Marie ipporta pour sa dot la terre de Coudé en Brie , et recueillit enuite toute la succession de sa maison , c’est-à-dire , les seigneuies de Montmirel, d’Oisi dans le Cambresis, de Crevecœur, le la Ferté-Ancoul (aujourd’hui la Ferlé - sous - Jouarre ), de la •erté- Gaucher , et d’autres belles terres avec la vicomté de dcaux et la châtellenie de Cambrai. Enguerand laissa de cette ennne trois fils et deux filles, Les fils sont Raoul et Engueaud, qui lui succédèrent l’un après l’autre; Jean , seigneur de 'himai , qui suivit le roi saint Louis avec son père , en 1242 , outre le comte de la Marche , et qui , deux ans après , mena uriques troupes au roi d’Ecosse, son beau-frère, contre le roi Angleterre : faible secours qui fut bientôt dissipé. Marie , l’aîiée des filles d’Enguerand , épousa , i°, l’an 1259, Alexandre II, oi d’Ecosse; 2* Jean de Brienne, dit d’Acre , grand -boutillier le France , puîné de Jean de Brienne , roi de. Jérusalem, Alix , adette de Marie , devint femme d’Arnoul III , comte de Guiies , dont les enfants unirent, comme on le verra, la sucession de Couei à celle de Guines. Marie de Montmirel , □ère de ces enfants, vivait encore en 1271 , et fut enterrée à ^ong-Pont auprès de sou père. La vraie devise d’Engueraud III, [ue les modernes ont altérée , était :

Je ne suis Roi ne Duc, Prince ne Comte aussi; Je suis le Sire de Couci.

Devise , dit M. de Belloi , fiére et modeste , qui annonce une rnndeur sans faste et peu jalouse des titres. Cependant Gauthier laus la vie de Charles le Bon , comte de Flandre , . qualifie Thonas de Marie , comte de Couci.

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