‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 5)Chapitre 16 sur 296 · JACQUES · texte numérisé non relu

JACQUES

i58r. Jacques , fils de Charles de Monlmorenci et de Pernclle de Villiers , ne' l’an 1570, eu.t l’honneur d’être fait chevalier à 1 âge de dix ans par le roi Charles VI , à la suite de son sacre , le 1" novembre i58o. Ce monarque, l’année suivante, apres Pâques, reçut l’hommage qu’il lui fit de la terre de Berneval, près de Dieppe , dont le roi Charles V avait gratifié son père. Celui-ci vivait encore , et eut pour successeur ce même fils aux seigneuries de Montmorenci, d’Ecouen, de Damville et autres. Celle de Damville étant dans le comté d’Evreux, la garde en apparierait, pendant la minorité de Jacques de Montmorenci , au comte d’Evreux, Charles, roi de Navarre. Ce prince, à la prière de Pernelle , mère de Jacques , voulut bien se relâcher de son droit et l’autoriser à gouverner et exploiter sa terre , en considération, dit-il daus ses lettres du 17 septembre i38i, des bons services que le feu sire de Montmorenci fist en son vivant à plusieurs de nos prédécesseurs , et pour affinité (1 ) de lignage.

(1) Celle affinité est ainsi expliquée par du Chesne ( p. ai8. ) « Henri Ier, » dit-il , comte de Champagne et de Brie, eut deux fils de Marie de France , »> son épouse , à scavoir, Henri et Thibaut. Henri II tint au commencement » les comtés de Champagne et de Bric , mais depuis les quitta ti Thibaut, son » frère, et s'achemina en la Terre-Sainte , où il épousa Vsabeau , royne de » Hurusalem, de laquelle il procréa deux filles, nommées Alix et Philippe. » Alix (ut conjointe pai mariage avec Hugues de Lusignan , premier du nom » roi de Cypre; et Philippe prit alliance avec Erard de Brienne, seigneur » de Bauieru, qui querella longuement la Comté de Champagne, prétendant x qu’elle devoit appartenir de droit à sa femme, comme fille du comte Heuri. » Mais enfin la cour des pairs de France , assemblés à Melun , l'adjugea au » fils de Thibaut. D’Erard de Brienne et de Philippe , sa femme, naquit, «entre autres enfants, Jeanne de Brienne , mariée i Matthieu III, seigneur » de Montmorency, dont vint Mathieu IV , aussi seigneur de Montmorency... » D’antre eûte 'Thibaut , comte de Champagne et de Brie, parle transport » et cession que lui en fit Henri II , son Frère aîné , laissa de Blanche de » Navarre, son épouse, un fils appelé Thibaut, qui fut comte de Cham-

Jacques de Montraorenci montrait dès lors une si grande ardeur pour la guerre , que , maigre' la faiblesse de son âge , il obtint , l’an i58a, du roi, la permission de le suivre dans la campagne de Flandre, il eut part , le 27 novembre de la même annc'e, à la bataille du Rosebèque gagne'e sur les Flamands.

Les seigneurs de Monlmorenci e'taicnt en possession de prendre , avant tout autre , sur le poisson qui arrivait de mer à Paris , après avoir passe' par leur vdlc de Saint-Brice, ce qui leur e'tait necessaire pour leur hôtel , en payant le prix ordinaire. Le baron Jacques se fit confirmer dans ce droit par arrêt du parlement, rendu au mois de mars i^qt , d’après mi plaidoyer de Jean Galli , fameux avocat, qui , dans s- n discours , allégua que le seigneur de Monlmorenci esloit le plus ancien baron du royaume de France. ( Du Chesne, p. 221 .) L’historien moderne de la maison de Monlmorenci , qui place cet arrêt en 1402 , assure que , depuis ce tems-là nos rois , les élals-généraux , les souverains étrangers , ont toujours reconnu ce titre dans les aînés de la maison.

Les troubles dont fut agite' le royaume pendant la suite du règne de Charles VI. enchaînèrent cette valeur dont le baron Jacques avait donne' des preuves au sortir de l’enfance. Attache' par devoir à la personne de son souverain , qui l’avait mis au nombre de ses chambellans, il aima mieux se condamner à l’inaction auprès de ce prince, que d’entrer dans des partis qui tendaient à la ruine de l’état. Il mourut à la fleur de son âge, l’an 1 4*4 , laissant quatre fils de Philippe de Melun , son épouse , dame de Croisilles et de Cnurrièrcs , fille de Hugues de Melun , seigneur d’Antoing et d’Epiuoi, morte en 1421. Les enfants nc's de ce mariage sont, Jean, qui suit ; Philippe, seigneur de Croisilles , qui a donné l’origine aux seigneurs de Croisilles et de

» pagne cl de Brie, et roi de Navarre par ta mort de Sanchc le Fort, son » oncle. Ce Thibaut eut deux fil* de Marguerite de Bourbon , sa troisième » femme, appelés Thibaut et Henri. Thibaut, comte de Champagne et de >. Brie, et roi de Naiaire, deuxième du nom, épousa Ysabeau de France, » tille du roi saint Louis , de laquelle il 11e procréa point d’enfants. Par quoi » Henri, conitede KAnai, son frère, lui succéda, et fut père de Jeanne, roynede Na- » tarre, comte -sede Champagne et de Brie, mariée il Philippe le Bel, roi de France. * De ce nuriage vint Louis Hmin,roi de t rance cl de Navarre , qui de Mar- » guérite de Bourgogne, sa première femme, engendra Jeanncde France, royne » de Navarre, conjointement avec Philippe , comte d’Evrctix , tilsainé de Louis » de France, comte d’Evreux , d’Estampcs et de Gien , frère du roi Phi- » lippe le Bel. Philippe , comte d’Evrenx et roi de Navarre il cause de sa » femme, laissa , entre autres enfants, Charles , rni de Navarre et comte jj d’Evrenx , duquel, par re moven , Chai le<, seigneur de Montmorency ut de » Dawville, maréchal de Franco, se trouva parent du (i° au -e degré.

DES BARONS Et DUCS DE MONTMOUENCf. ?>l

Courrières , rapportes en leur rang ; Pierre , mort sans lignée avant 1422 ; et Denis, doyen de l’église de Tournai) nommé à l'évêché d’Arras, et mort le 23 août 1 474-

JEAN II

1414. Jean II 11’avait qnc douze ans lorsqu’il succe'da au barci* Jacques, son père, dont il e'tail le fils aiué, dans la baronnie de Aloulmorenci et les seigneuries d’Ecouen , de Damville, de Conflans , etc., sous la tutelle de Philippe de Melun, sa mère. Sa miuorité se passa au milieu des guerres civiles et étrangères qui désolaient la France. Ayant perdu sa mère vers l'aiC 1419, il épousa, l’an 1422, Jeanne de Fosseux, fille ainée de Jean de Fosseux , dont elle hérita la terre de ce nom et d’autres situées dans les Pays-Bas. I) avait dès-lors abandonné tous les biens de sa maison à la merci des Anglais et des Bourguignons pour suivre le dauphin Charles , que le traité de Troycs , conclu par sa mère , Isabeau , le 2 mai 1420 , avec le roi d’Angleterre , avait obligé de se retirer en Touraine. Le dauphin , devenu roi sous le nom de Charles VII , récompensa son généreux attachement par la charge de chambellan de France, dont on le voit revêtu l’au 1425. Mais, d’un autre côté, le roi d’Angleterre , Henri VI , se portant pour roi de France , punit sa fidélité par la confiscation de ses terres situées en France, en Brie et en Normandie, qu’il adjugea, par lettres donue'es à Vernon le 10 septembre 1429, à Jean de Luxembourg, bâtard de S. Pol et capitaine de Meaux. Charles VII avait été couronné à Reims le 6 juillet précédent ; et le baron de Montmorcnci , qui fut témoin de la cérémonie , l’avait accompagné depuis trien , dans la course victorieuse qu’il fit pour arriver en cette ville. Il eut également part aux autres conquêtes rapides du monarque qui suivirent son sacre. Celle de Paris était le grand objet de l’ambition de Charles VII. Maître de Saint-Denis et de la Chapelle , il profita de l’absence du duc de Bcdfort pour s’approcher de cette capitale vers la fin d’août 1429 (et non 14^0, comme quelques modernes le marquent ’. Les braves de son armée osent attaquer en plein jour le boukvart de la porte Saint-Honoré, et remportent. Le baron de Monlmorenci, qui s’e'lait le plus distingué dans cette affaire , est créé chevalier sur le champ de bataille. Mais la disette de vivres et d’autres contre-tems ne permirent pas au roi de pousser plus loin son entreprise, malgré le puissant parti qu’il avait dans cette capitale. Le recouvrement qu’il fit des environs de Paris valut au baron Jean H celui de sa terre de Montmorenci, qui lui fut rendue au mois d’avril i43o.

Ce seigneur perdit, le 2 septembre 14^1, Jeanne de Fosseux,

§3 CHRONOLOGIE HISTORIQOË

sa femme, qui fut inhume'e aux Cordeliers de Senlis. Les fru ifs de leur mariage furent Jean, qui succéda à s? mère dans la terre de Nivelle en Brabant, et Louis, seigneur de Fosseux au même titre. „ . •

Le traité d’Arras, conclu, l’an i435, entre Charles VII et Philippe le Bon, duc de Bourgogne, ayant fait cesser les troubles civils en France, le monarque par là sc vit en état de réunir toutes ses forces contre les ennemis étrangers. Paris ouvrit ses portes au connétable le i5 avril i436. Charles , accompagné du dauphin , son fils, des Montmorenci , et d’autres seigneurs les plus braves , prit en personne , l’an 1 437 , les villes de Montereau et de Pontoise. De nouveaux succès couronnèrent ses armes les années suivantes ; et partout où dans ses conquêtes il se trouva des terres enlevées par les Anglais au baron de Montmorenci , il eut soin de les lui rendre. Les deux fils de ce seigneur, Jean, sire de Nivelle, et Louis, sire de Fosseux, eurent part à l’heureuse expédition que Charles fit, l’an i449> en Normandie. Jean II voyait en eux avec complaisance les héritiers de sa valeur. Mais le nouveau mariage qu’il fit, l’an 1454 au plus tard , avec Marguerite d’Orgemont , veuve du chevalier Guillaume Broullard , changea ses dispositions à leur égard. Ces deux seigneurs s’étant brouillés avec leur marâtre, Jean II prit contre eux le parti de sa femme , et les choses à la longue s’aigrirent au point que, par antipathie pour leur père, toujours fidèle à son légitime souverain , ils s'attachèrent à Charles , duc de Bourgogne , ennemi déclaré du roi Louis XI. Le père fut si indigné de cette conduite, qu’après avoir fait sommer l’aîné, Jean , seigneur de Nivelle , à son de trompe , de rentrer dans lé devoir, sans qu’il comparût, il le traita de chien et le priva de tous ses biens, qu’il donna à Guillaume , qu’il avait eu de sa seconde femme. C’est de là, dit le P. Anselme, qu’est venu le proverbe : II ressemble au chien de Jean de Nivelle , qui fuit quand on l’appelle. La donation fut autorisée, le 28 octobre 1472 > par le roi Louis XI, qui reçut Guillaume à foi et hommage-lige. Le baron Jean II reçut lui-même, peu de tems après, de ce monarque, jaloux de son autorité, une mortification qui dut lui être bien sensible. Il aimait la chasse, et continuait de se livrer à cet exercice malgré la défense générale que Louis XI en avait faite à tous ses sujets sans distinction. Le roi étant Venu un jour lui demander a dîner, se fit apporter après le repas tous ses équipages de chasse , et les fit brûler eu sa présence. Il fallut digérer cet affront' sans se plaindre.

Le baron Jean II mourut le 6 juillet 1 477 » a l’âge de 763ns ( onze jours après Jean de Nivelle , son fils aîné ) , et fut inhume dans l’église de Montmorenci, laissant de son second mariage ,

outre Guillaume qu’on vient de nommer , deux filles , Philippe , dame de Vitri en Brie , mariée , i° à Charles de Melun , baron de Landes , 2° à Guillaume Gouiiier, seigneur de Bonnivet ; et Marguerite , dame de Conflans-Sainte-Honorine , femme de Nicolas d’Auglure, dit Collard , seigneur de Bourlaimont. L’ exhérédation des deux iils aines du baron Jean II subsista malgré les mouvements que se donnèrent les enfants de Jean de IVivelle et le sire de Fosseux pour s’en faire relever. Ils ne laissèrent pas néanmoins , avec les domaines qu’ils avaient hérités de leur aïeule et mère , Jeanne de Fosseux , de figurer entre les plus grand» seigneurs du royaume , et fondèrent l’un et l’autre une branche très-illustre et très -puissante. Jean a continué la souche des comtes de Hornes, aux Pays-Bas {*), et Louis a fondé la branche des marquis de Fosseux , aujourd’hui ducale , devenue Painée de toute la maison en 1670. Elle sera Rapportée ci-après.

GUILLAUME

1477. Guillaume , fils du baron Jean II et de Marguerite d’Orgeinont , succéda à son père , en vertu de la donation que celui-ci lui fit, confirmée par testament et par lettres royaux, dans les seigneuries de Montmorenci , d’Ecouen et de Damville. Le sire de Fosseux ayant voulu revenir contre la donation de son père , fut débouté de sa demande par arrêt du 20 juillet i4S3. L’année suivante, par le partage que Pierre d’Orgemont , son oncle , fit entre lui et Guillaume de Broullard , son frère utérin , il eut* les terre de Chantilli , d’Aufois , de Chavard et de Montepilloi. U

prit alliance la même année avec Anne Pot , fille de Gui Pot ,

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