MATHIEU V
i5o5 au plus tard. Mathieu V , fils aîné de Mathieu IV , lui succéda en la baronnie de Montmorenci et autres terres. Il e'tait marié dès-lors à Jeannne de Ciiantilli , fille de Jean le Bouteiller, issu des comtes de Senlis, qui, possédant héréditairement la charge de grand-bouteiller de France , en avaient fait leur nom de famille. Mathieu V survécut à peine dix-huit mois à son père , étant mort vers le milieu de l’an i3o6 , sans laisser de postérité. Sa veuve contracta un nouveau mariage avec Jean de Guines , vicomte de Meaux , fils puîné d’Arnoul III, comte de Guines»
JEAN I'r.
i3o6. Jean 1er ? frère de Mathieu V et son successeur aux seigneuries de Montmorenci, Ecoueu , Damville, et autres , avait è'te mandé , le 5 août i5o3 , avec un grand nombre d’autres seigneurs , par lettres da roi Philippe le Bel , pour aller joindre ce moriarque dans la ville d’Arras , où était le rendez-vous de l’armée qu’il devait conduire en Flandre. De là on a lieu de conclure que Jean de Montmorenci eut part, l’année suivante , à la bataille de Mons-cn-Puelle , gagnée sur les Flamands. Le baron Jean Ier servit sous les trois successeurs de Philippe le Bel , savoir , Louis Hütin , Philippe le Long et Charles ie Bel ; et telle était sa puissance, qu’il marchait à la tète de trente hommes d’armes , tandis que Philippe de Valois , depuis roi de France , n’en conduisait quc'quarante, et Charles de Valois , son frère , que vingt. Le détail de ses actions n’a point été transmis à la postérité. Il mourut au mois de juin i325 , et fut inhumé dans l’église de Conflans-Sainte-Honorine. De Jeanne de Callbtot , Son épouse , fille de Robert de Callelot , chevalier d’une ancienne et illustre maison de Normandie, il laissa Charles, qui suit; Jean, seigneur d’Argentan et de Maiïlers , lequel , ayant e'tè fait évêque d’Orléans , en i55o , remit à son aîné la terre d’Argeutan ; Mathieu , seigneur d’Auvraymesnil , auteur de la branche de Montmorenci-Bouqueval et Goussainville , éteinte en 1461 ; ( Les alliances de cette branche sont avec les maisons de Vendôme , de Lorris , de Braque, d’Aunoy , de Villiers, de l’ilc Adam. Elle portait pour armes : d’or, à la croix de gueules, cantonnée de seize ale'rions d’azur; au lambel en chef ) Isabeau, femme de Jean, seigneur de Châtillon-sur-Marne , grand-queux et grand-maître de France ; et Jeanne , femme ne Thibaut , seigneur de Rochefort en Bretagne. La mère de ces «ufants vivait encore en 1341 . (Du Chesuc. )
CHARLES
i3a5. Charles, fils aîné du baron Jean , était encore en bas Sge lorsqu’il lui succéda dans les seigneuries de Montmorenci , d’Ecouen , de Damville, d’Argentan, de Feuillarde , de Chaumont en Vexin, de Vitri en Brie , etc. Le roi Philippe de Valois, dont il avait captivé la bienveillance , lui conféra , vers l’an i536, la charge de grand - pauetier de France, vacante par la mort de son cousin Bouchard de Montmorenci , seigneur de Nangis. Les Flamands , soutenus par Edouard III , roi d’Angleterre, ayant levé de nouveau, l’an i53g, l'étendard de la ré*
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volte , le baron de Montmorenci partit , l’amic'e suivante , avec un grand nombre d’autres seigneurs , pour aller à la de'fense de Tournai menace' par les rebelles. Un parti de ceux-ci, ayant passe' le pont de Cressin , s’advisèrent , dit Froissard , T. I , ch. nxxn , et conseillèrent ensemble comment se maintiendraient pour le mieux et à leur honneur , d1 aller réveiller et escarmoucher Vost de France . Us furent reçus et repoussés avec valeur. Mais quand on fut arrive' au pont , plusieurs des nôtres s’e'lant aperçus d’une embuscade qui leur e'tait dresse'e , se retirèrent. Le baron de Montmorenci ne fut pas de ce nombre , il tint ferme. Régnant d’ Es convenu t , continue Froissard, recognut bien la bannière du seigneur de Montmorency , qui estoit dessous sa bannière , V éspée au poing en combattant de tous lez , et luy vint.... sur dextre . et bouta son bras senestre au frein du coursier de Montmorency , puisfêrit le sien des espérons en le tirant de la bataille ;et le seigneur de Montmorency frappait gratis coups de son espée et sur le bacinet et sur le dos du seigneur dy Es couvenot , lequel bris oit les coups à la fois et les recevait ;
■ et tant fit que le seigneur de Montmorency demoura son prisonnier. Sa captivité' ne fut pas longue. La trêve, ménagée pou de tems après par Jeanne de Valois , sœur du roi de France et mère du comte de Hainaut , lui procura sa liberté'.
Le roi , l’an i54^ au plus tard , l’honora du bâton de maréchal de France, eu lui substituant le seigneur d’Hangest dans la charge de grand-panetier ; et nous le voyons avec le seigneur • de Saint- Venant, son collègue, conduire, l’anne'e suivante, l’arme'e que le duc de Normandie ( depuis le roi Jean ) mena en Bretagne au secours de Charles de Blois, qui disputait le duché' de Bretagne è Jean de Montfort. Us se comportèrent avec tant de valeur et d’habileté, qu’ayant assiégé Nantes défendu par Montfort , ils l’obligèrent à se rendre prisonnier. La guerre avec l’Angleterre s’e'tant renouvelée en i545, le maréchal de Mont* xnorenci accompagna le duc de Normandie en Gnienne , où il eut part à la conquête que le duc fit des places de Miremont , Villefranche d’Agcnois , Tonnières et Angoulême. Il se trouva , l’année suivante 1346, au siège de Calais , durant lequel ayant attaque Gautier de Mauni , l’uu des plus braves capitaines des ennemis , il le chargea avec tant d’avantage , que, sans le secours du comte de Pernbrock et des autres Anglais qui sortirent de la place pour le dégager , sa prise eut augmenté la gloire des conquêtes précédentes. Le roi d’Angleterre ayant la même année transporté le théâtre de la guerre en Normandie, l’armée française marcha à sa poursuite , ayant pour général' le maréchal de Montmorenci sous les ordres du roi. L’Anglais , harcele par elle, se retira en Picardie. Le roi de France l’ayant atteint
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fi Creci , près d’Abbeville , le contraignit imprudemment, le août 1546 , d’en venir à une bataille qu’il cherchait à e'vitcr. On sait quel en fut le malheureux succès pour nous. Mais l’histoire remarque qu’après avoir combattu à côté du roi , Charles de Montmorenci fut un des cinq barons qui seuls raccompagnèrent dans sa retraite. La charge de chambellan fut la récompense de son attachement. L*e roi lui conféra de plus en i547> le titre de capi laine-général de par sa majesté sur les frontières de Flandre et de la mer en toute la langue picarde . Mais il se démiten même-lems de la charge de maréchal de France, amoviblejalors, en faveur d’Edouard deBeaujeu, son beau-frère. Il débuta l’année suivante, dans son nouveau département par une victoire qu’il remporta, près du Quesuoi , sur les Flamands commandés parle bâtard de Rcnti. Jean de Luxembourg, châtelain de Lille, partagea l’honneur de cette journée, où douze cents hommes des ennemis restèrent sur la place.
Le roi Jean , successeur de Philippe de Valois , hérita de son estime pour le baron de Monlmorenci. Celui-ci dans son gouvernement continuait de veiller sur les mouvements des Flamands, lorsqu’en i55 6, le 19 septembre, se donna la bataille de Poitiers , qui fut encore plus funeste à la France que celle de Creci. La captivité du roi , qui en fut la suite , plongea la France dans la plus affreuse confusion. On ne vit que partis d’anglais et de brigands d’autres nations , auxquels se joignirent même des français, courir le royaume, portant la désolation partout. Un de ces partis étant tombé sur la ville de Montmorend, brûla le château , qui n’a Jamais été rebâti depuis. Moins sensible à cette perte qu’aux malheurs de l’état, le baron Charles se rendit auprès du dauphin , régent de France, pour l’aider de sa personne et de ses conseils. Ce fut lui qui négocia , l’an i558, avec succès la réconciliation de ce prince avec le roi de Navarre, son plus dangereux ennemi et le plus ardent boute-feu du royaume. La France cependant regrettait son souverain captif, et ne cessait de faire des vœux pour sa délivrance : mais ils étaient encore loin d’etre exaucés. Enfin, l’an i35g, le roi d’Angleterre, dont les succès étaient moins rapides qu’il h’avait espéré , commença à se montrer accessible à des proposition! de paix. Du nombre des députés que le régent nomma pour aller traiter avec lui de ce grand objet , fut Charles de Montmorenci. Au moyen des grands sacrifices qu’ils firent au nom de la France, ils conclurent, le 8 de mai i56o , le fameux traité de Bretigni. Le roi d’Angleterre avait exigé de son côté quarante otages à son choix , jusqu’à cc que le roi de France eut exécuté les conditions de la paix. Ils furent tirés d’entre les se gueurs les plus distingués da la nation , et le baron de Montnxo-
renci fut de ce nombre. Arrives en Angleterre , les ducs d'Orle’ans , d’Anjou , de Berri, et lui , s’obligèrent à payer la somme de deux cent mille écus d’or sur la rançon du roi , qui montait à trois raillions d’écus (i). « On ne lit point , dit du Chcsne , com- « ment ni en quelle année le baron Charles fut délivré. Mais » on voil , ajoute cet écrivain , qu’incontinent après la mort « du roi Jean , arrivée au commencement de l’an 1564 , il vint » se ranger près du roi Charles V, son fils , qui le retint de sou u conseil.» Ce seigneur reçut du monarque, l’an i368,une marque de distinction bien flatteuse à l’occasion de la naissance du dapphin , dont il voulut qu’il fût le parrain. La cérémonie du baptême se fit le 1 1 décembre dans l’église de Saint-Paul , avec une pompe extraordinaire , dont Jean Chartier a donné la description dans la vie de Charles V. Le filleul du baron de Montmorenci fut depuis le roi Charles VI. Ce seigneur accompagna Charles V, l’an 1371 (et non pas 1 578 ), pour aller traiter à l’entrevue qu’il eut à Vernon avec le roi de Navarre , touchant les droits que ce dernier réclamait sur la Champagne , la Brie et la Bourgogne. Le résultat de la négociation fut la cession que l’on fit de la seigneurie de Montpellier au Navarrais en dédommagement de ses prétentions. ( Voyez ci-devant les seigneurs de Montpellier. )
Charles de Montmorenci termina ses jours le 1 1 septembre x58i, emportant dans le tombeau la réputation de l’un des seigneurs les plus humains, les plus braves et les plus judicieux de son teins. Il avait épousé, i°, l’an i33o, Marguerite , fille de Guichard YI , sire de Bcaujeu, morte sans enfants le 5 janvier i536 (V. S. ), et inhumée à l’abbaye du Val; 20, le 2 b janvier 1341 (V. S.), Jeanne, fille de Jean V, comte de Rouci , dune de Blazon et de Chemillé en Anjou, décédée le io janvier i56i (V. S.), et inhumée à l’abbaye du Val ; 3° Prtronilue , ou Pernelle , fille d’Adam , dit le Bègue, seigneur de Villiersle-Sec, laquelle se remaria, après la mort de son premier époux , à Guillaume d’Harcourt , seigneur de la Ferle'-lmbauit , dont elle était veuve en 1400. Du second mariage, Charles eut un fils, Jean, mort jeune, et trois filles, savoir: Marguerite, femme de
(1) Le roi Jean, par son ordonnance do 5 décembre i36o, nous apprend que les trois millions d'éens d’or qn’il devait payer pour sa rançon , étaient de ceux dont dcox valaient un noble d’Angleterre -, et M. le Blanc dit que le noble était d’or fin , et pesait 2 gros 3 grains, poids de marc : par conséquent, l,5oo,ooo nobles pesaient 4^,83 1 maies l\ onces \ gros, S raison de 828 livres 12 sons le marc , et produiraient 3q,é49,tf°4 livres i3 sons q deniers de notre monnaie actuelle; donc les 200 mille écus , ou 100 mille nobles , dont le baron (Je Montmorenci devait payer sa part, font 2, 643,320 livres 6 tous 3 deniers.
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Hobert d’Estoutevillc , seigneur de Vallemont; Jeanne , marie'e à Gui de Lavai , dit Brumor, seigneur de Challouyau ; et .Marie , dame d’Argenlan , femme i° de Guillaume d’Ivri , a” de Jean II, seigneur de Cliâtillon-sur-Marne. De la troisième alliance sortirent Charles , mort en bas âge; Jacques , qui suit j Philippe, tué à la bataille de,Ziric-Zée , livrée par Philippe le Bon, duc de Bourgogne, en Hollande , l’an 1 4^5 ; Denise, marie'e, en 1398, à Lancelot Turpin, fils de GuiTurpin, seigneur de Crisse', duquel descendent les seigneurs de Crisse' et de Causai, dont la maison subsiste.