‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 5)Chapitre 208 sur 296 · BAUDOUIN II · texte numérisé non relu

BAUDOUIN II

Baudouin II , fils de Gui et son successeur au comté de Bouline, fut tué, l’an io35, dans un combat, par Enguerand , comte de Ponthieu , qui se rendit ensuite maître du Boulonnais.

( Hariulf. Chr. Richarii , I. 4 * c. 12.) Il avait épousé Adé- UiüR de Gand , dont il laissa deux fils , Eustache et Baudouin.

( Voy. les comtes de Ponthieu . )

EUSTACHE 1er;

1046. Eustache Ier, dit a l’œil, fils de Baudouin II, comte oe Boulogne , rentra dans l’héritage de ses pères, l’an 1046, jpres la mort d’Enguerand. Il avait épousé Mahàut, fille de Lambert le Barbu, comte de Louvain, et petite-fille, par Gcr- ,erge sa mère , de Charles , duc de la basse Lorraine , et frère Uur°i Lothaire. Eustache mourut vers l’an 1049, laissant de son iüariage Eustache, qui suit; Godefroi, évêque de Paris; Lambert,

seigneur Je Lens , mort en io54 dans un combat que le comte de Flandre livra aux troupes de l’empereur Henri III $ et Gerberge, femme de Frédéric Ier , duc de la basse Lorraine.

EÜSTACHE II.

1049 ou environ. Eustache II, surnommé aux Guenons, parce qu’il portait de grandes moustaches , devint le successeur d’Eustache Ier son père, au comté de Boulogne. Il épousa, l’an io5o, Goda ou Godoja, fille d’Ethelred II, roi d’Angleterre, et veuve de Gauthier , comte de Mantes, dont elle avait un fils, qui était alors comte d’Herfort. L’an io5i, au mois de septembre, il passe la mer avec quelques vaisseaux pour aller rendre visite à Edouard , roi d’Angleterre , son beau-frère. Au retour, un de ses gens tue un habitant de Cantorberi qui refusait de le loger. Ce meurtre est aussitôt vengé par un autre bourgeois, qui met à mort l’étranger. Le peuple s’attroupe , on en vient aux armes de part et d’autre ; le comte et les siens massacrent plusieurs habitants , sans distinction d’âge ni de sexe. Mais, accablé parla foule et obligé de fuir, Eustache rebrousse chemin et va se réfugier auprès du roi, qui était alors à Glavorne. Le comte Godwia reçoit ordre d’aller châtier les habitants de Cantorberi. Mais, bien loin d’obéir, il lève une armée avec ses fils , et envoie demander au monarque Eustache et ses gens , avec menace de’ Lire la guerre si on ne lui accorde sa demande. Edouard , embarrassé d’abord sur le parti qu’il doit prendre, ranime son courage en voyant arriver les troupes de trois comtes qui viennent à son secours. Il refuse de livrer aucun de ceux que Godwin avait demandés. Il oblige même ce rebelle hc licencier ses troupes, et le condamne lui et ses fils à l'exil. C’est aiusi que Roger de Hoveden raconte l’aventure: récit un peu différent de celui de M. Iiumç.

’ L’an io53, Eustache ouvrit un asile dans ses terres à Guillaume d’Arques , qui vint se réfugier chez lui avec toute sa famille, après avoir été dépouillé de ses terres par le duc Guillaume le Bâtard. 11 succéda, l’an io54, à Lambert, son frère, comte de Lens en Artois, qui fut tué à Lille sans laisser de postérité. Depuis ce tems le comté de* Lens resta dans la maison dé Boulogne. (' Balder . Chrori . Camerac. , L. 5, c. 78.) Eustache, vers le même tems , perdit sa femme; du moins il est certain qu’il était veuf , lorsqu’en io56 il reconduisit à Rome le pape Victor II , qui venait de tenir un concile à Cologne. En revenant d’Italie , le comte de Boulogne passa par la basse Lorraine t c! s’étant arrêté à Bouillon, lieu de la résidence du duc Godefroi le Barbu , son parent , il lui demanda Ide , sa fille eu mariage.

DES 'COMTES DE BOULOGNE. 35l

L’ayant obtenue avec le château de Bouillon pour sa dot , il iVponsa dans le mois de décembre io5y (et non 1059), à Cambrai. (Bouquet, T. XI, p.‘384*) L’an 1066, il se joignit aux seigueurs français .qui accompagnèrent Guillaume , duc de Normandie , .dans son expédition d’Angleterre, et combattit pour lui à la bataille d’Hastings , dont le succès le fit entrer en possession de ce royaume. Eustache y reçut un coup de hache entre les épaules, qui le mit hors de combat. La plaie ne fut ni mortelle ni en pure perte pour lui. Elie lui devint aussi utile que glorieuse par les largesses que le vainqueur lui fit, soit en dignités, soit eu domaines ; et le tout, dit Ordéric Vital , aux dépens des Anglais naturels, qu’on dépouillait pour enrichir des étrangers. .La reconnaissance d’Eustache envers son bienfaiteur ne fat pas de longue durée. Etant venu à Boulogne, il se brouilla, Pannée suivante, à la sollicitation du roi de France, avec Guillaume , et travailla à lui enlever la couronne qu’il avait contribué I lui procurer. Tandis que ce prince est en Normandie , Eustache pratique des intelligences avec les Anglais du comté de Kent. Usure de leur secours , il s’embarque avec des troupes pour 'Angleterre à dessein de surprendre la ville de Douvres. Mais k garnison , qui était sur ses gardes , le reçut si mal , qu’il eut à leine le tems de regagner ses vaisseaux avec une partie de ses jeus , dont plusieurs furent taillés en pièces. Eustache , quelque ems après , fit sa paix avec le roi d’Angleterre ; il recouvra même ’amîtié de ce monarque , qui lui donna plusieurs nouveaux douâmes en Angleterre.

Lë comte Eustache II fut libéral envers l’église collégiale de Leus en Artois , fondée par ses ancêtres $ ce qui prouve qu’une partie au moins de l’Artois était de son domaine. Nous avons lotis’ les yeux deux chartes : Tune de ce comte , par laquelle il iccôrde divers fonds et .divers privilèges à cette église ; l’autre îé Lietbert , évêque de Cambrai , qui confirme la donation d’Eusaehe à sa demande et avec le consentement d’Arnoul , comte de Flandre. L’an 1071, il se déclara pour Ricbilde et Baudouin, ;on fils , comte dé Flandre , coutre Robert le Frison , leur com- >étiteur.JIl leur mena des troupes , et combattit pour eux , à la oumée de Montcassel , le 20 février 1071 , dans laquelle il fit msonnicr Robert le Frison , suivant Meyer , en le poursuivant usqu’à Saint-Omer. Ce dernier ayant été relâché, le fit prisonber à son tour, la même année, à la bataille de Broqueroie. .a captivité du comte de Boulogne fut courte. Godefroi, son rère , chancelier de France et évêque de Paris , obtint sa deli— rance, en payant sa rançon. Robert, pour se faire un allié t’Eustache , lui céda la forêt de Bethlo avec le château de Sperli. Meyer. ) Eustache entra , l’an 1 088 , dans la ligue formée par

Odon ou Eudes , évêque de Bayeux , et plusieurs seigneurs normands, pour mettre le duc Robert sur le trône d’Angleterre, que Guillaume le Roux, son cadet, lui avait enlcve'. Ils passent la mer , s’emparent de Rochester et de plusieurs châteaux du pays de Kent. Mais Guillaume, étant survenu en diligence, le»

J>oursuivit de place en place ; et, les ayant enfin assiégés dam tochesler, il les obligea en peu de tems d’e'vacuer le pays et dt repasser la mer avec ignominie.

Eustache mourut au plus tôt l’an 1093, et non pas en io65, comme le marque un moderne , ni en 1080 , comme le prétend un autre ; et fut enterre' à Lens. On ignore s’il eut des enfants de Gode , sa première femme. D’Ide , la seconde , morte en odeur de sainteté' le i3 août 1 j i3, et enterrée à Saint-Wast d’Arras, il laissa Godefroi, créé marquis d’Anvers, par l’empereur Henri IV, après la mort de Godefroi le Bossu, arrivée en l’an 1076, puis duc de Bouillon et de la basse Lorraine, et enfin élu roi de Je* rusalem l’an 1099; Eustache, qui suit; Baudouin, comte d’Edesse , et ensuite roi de Jérusalem après son frère. Ce sont les seuls enfants qu’Ide , suivant l’auteur de sa vie , écrite avant l’an na5, eut de son mariage avec Eustache II. Elle-même ne nomme que ces trois fils dans une charte de l’an 1096 , publiée, par le Mire. ( Opp. Diplom. , T. I , p. 76. ) Guillaume de Tyr .cependant, suivi par l’auteur de la chronique de Saint-Médard et par Guillaume de Nangis, met parmi les chefs de la première croisade ( L. 9 , c. 22 ) , un Guillaume , qu’il dit expressément frère de Godefroi de Bouillon , et par conséquent fils d’Euslache. Mais il a pu se tromper ; de même que Boe'moud Ier, prince d’Antioche , paraît s’être mépris , lorsque dans une lettre à Roger, son frère, rapportée par Baronius {ad an. 1098, n» xiv),i; donne à ce même Godefroi un frère nommé Hugues : Godofri » dus , dit-il , et Hugo Bollionii fratres. Si ces deux enfants du comte Eustache 11 sont réels , il faut dire qu’il les eut de Gode, sa première femme. Mais Ordéric Vital tombe dans une erreur visible en mettant au nombre des enfants d’Eustache II, Ad»' laide , ou Agnès, femme de l’empereur Henri IV, et une aalr» fille , qu’il nomme Ide , mariée , dit-il , à Conon , comte « Allemagne.

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