EUSTACHE IV
i i5o au plus tard. Eustache IV , fils d’Etienne et de Mahaut, «t leur successeur au comté de Boulogne, avait fait hommage da la Normandie, en 1157, au roi Louis le Gros, et épousé, au mois de février de l’an 1140 , Constance , fille de ce monarque. Le roi son père , l’ayant armé chevalier en 1 140 , il s’était jeté sur les terres des partisans de l’impératrice Mathilde et les avait dévastées. En 1 1 5 1 , il fit une expédition pour le roi son beau-père, et s’avança jusqu’au château d’Arqucs. Etant revenu , l’année suivante , dans cette province, il y fit quelques exploits dont il fut récompensé par le don de Ncumarché. Le roi son père l’ayant proposé la même année aux Anglais pour son collègue , essuya un refus de la part des évêques.’ Eustache l’accompagna , l’année suivante , au siège de Malmesburi. Mais, la même année, s’élant trouvé au traité de paix qu’Elienne fit avec Henri , en le reconnaissant pour son successeur , il s’y opposa hautement , et dan* sa fureur, il alla ravager les terrres de saint Edmond, aux environs de Cambridge. ( Chron . Saxon. Guillel. Neubridg. Robert, de Monte Append. ad Sigebert. Henric. Huntind.) Il meurt, lat même année 11 53 , en se mettant à table, le 10 ou le 11 août, à l’âge de vingt-huit ans , sans postérité. ( Voyez Etienne , roi d1 Angleterre-, et Geofroi, comte d’Anjou.) Après la mort d’Eustache, Constance, sa veuve, se remaria avec Raimond V, comte de Toulouse.
GUILLAUME II
11 53. Guillaume II, deuxième fils du roi Etienne, succéda , par la volonté de son père , à Eustache , son frère, dans le comté de Boulogne comme dans celui de Mortain et les autres domaines de sa maison , situés en-deçà de la mer , mais non pas dans l’espérance de parvenir au trône d’Angleterre. Etienne la lui fit per-, dre, en reconnaissant, par traité du 6 novembre 1 155 , Henri , duc de Normandie et comte d’Anjou, pour son fils adoptif , et l’héritier légitime du royaume qu’il possédait. Ce prince fit plus ; il obligea son fils , Guillaume, à faire hommage à Henri de tout ce qu’il tenait dans la Normandie et l’Anjou. ( Henric . Huntind. Guillel. Neubrig. Gervas. Dorob.) Ce ne fut pas sans une extrême répugnance que Guillaume s’acquitta de ce devoir, et consentit à se voir déchu de scs prétentions au royaume d’Angleterre. En vaiu , pour le consoler , Henri sc chargea de sa tutelle (car il était encore mineur) , et le fit chevalier avec les cérémonies accoutumées , et sénéchal d’Angleterre , suivant la
chronique d’Afflighem. Son ressentiment n’en fut pas moins vif. Gervais de Cantorbèri raconte que , la paix étant cimentée en Angleterre par le traite' dont on vient de parler, le roi Etienne et sonfilsaccornpagnèrent, dans le carême de l’an 1 1 54, Henri qui s’en retournait en France ; mais que, Guillaume ayant forme' le complot avec Thierri , comte de Flandre, qui e'tait aussi du voyage , de l’assassiner sur la route , le coup manqua par une chute de cheval que fit Guillaume ; ce qui obligea de le porter, ayant la jambe cassée , à Cantorbèri. Il paraît nc'anmoins que Guillaume se re'concilia dans la suite avec Henri , puisque, l’au 1159, il fut de son expe'dition dans le Toulousain. D. Vaisselle dit qu’il mourut devant Toulouse, et Raoul de Diceto dit que ce fut en revenant chez lui. D’autres mettent la mort de Guil-
laume au mois d’août de l’année,, suivante. Ce prince ne laissa point de poste'rite' d’IsABELLE, fille et he'ritière de Guillaume, . comte de Varennes et de Surrei , que le roi Henri lui avait fait épouser.
MARIE et MATHIEU n’ ALSACE.
115g ou il 60. Marie , sœur de Guillaume, était abbesse de Ramsei en Angleterre, lorsque son frère mourut. Mathieu d’Ai^ sace , fils puîné de Thierri d’Alsace , comte de Flandre , l’étant allé trouver dans son monastère , l’engagea par le conseil de Henri II , roi d’Angleterre, à lui donner sa main au préjudice de ses vœux. Les deux époux, de retour à Boulogne, prirent possession du comté, et s’y maintinrent malgré l’excommunication que l’archevêque de Reims et l’évcquc de Terrouenne lancèrent contre eux. Mathieu , l’an 1161 , eut la guerre avec son père au Sujet dn chfilcau de Lens , qu’il prétendait lui appartenir : mais bientôt il fut obligé de mettre bas les armes sans avoir rien obtenu. {Avclar Afflligh.)
L’an 1164, informé par le roi d’Angleterre que saint Thomas de Cantorbèri , pour se soustraire à ses persécutions , avait pris la fuite et devait passer en France , Mathieu se prépare à l’arrêter à son débarquement : mais la Providence préserva le prélat dé ses embûches. {Mnth. ÏVestmonast.) Ce comte fut, l’an 1 ifi5, de l’expédition de Philippe, comte de Flandre, son frère , contre Florent , comte de Hollande.
Mathieu s’étant brouillé , l’an 1167, avec le roi d’Angleterre au sujet du comté de Mortain , qu’il revendiquait comme faisant
{>artie de la succession du roi Etienne , sc ligua contre lui avec e roi de France. Henri venait alors d’essuyer un rnde échec dans an combat de scs troupes contre Pierre de Courlenai, frere du monarque français. Pour être en état de prendre sa revanche, il fit
/enir d’Angleterre un corps de troupes considérable. Mais le jointe de Boulogne étant venu subitement attaquer ce renfort avec peu de monde , le mit en déroute, et fit prisonniers quelques-uns des chefs. Cette victoire étendit au loin sa réputation. Lambert ’Walerlos. Chron . manus.) Il lit plus; aidé par le romte de Flandre, son frère, il équipa une flotte de six cents roiles, avec laquelle il alla faire une descente en Angleterre, opérant que l’absence du roi lui faciliterait le succès de cette expédition. Son débarquement > à la vérité, répandit la terreur ians le pays; mais Richard de Luci, grand-justicier du royaume, fiant venu à sa rencontre avec un corps de troupes , l’obligea de emonter en diligence sur ses vaisseaux. ( Germas. Do robe ni). Tétait toujours beaucoup pour un comte de Boulogne d’avoir ait trembler une île si puissante et si redoutable. Le roi d’Angleterre s’empressa fie regagner un capitaine aussi vaillant, et il j réussit en donnant ou promettant de donner au comte un délommagemcnt en argent pour le comté de Morlaiu. Mathieu se ait alors en marche avec scs troupes pouraller joindre ce prince, dais, le comte de Ponthieu lui ayant refusé le passage sur ses erres, il fut obligé de prendre sa route par mer. La même aniée , Mathieu se vit inquiété par une personne du premier rang , :t puissamment appuyée, au sujet du comté de Boulogne. C’était a princesse Constance , sœur du roi Louis le Jeune, et femme épudiée de Raimond V., comte de Toulouse. Retirée pour lors i Paris , et n’ayant pas de quoi soutenir son rang , elle fit solliiter le pape Alexandre IÏI , de lui faire restituer le comté de loulogne, qu’Eustache , son premier mari , lui avait constitué tour son douaire. Le pape prit avec chaleur les intérêts deConsaucp. Il écrivit, le 27 aoû.1 1 168, de Bénéveut, où il était alors, ux évêques de Soissons, d’Amiens et de Laon ; leur ordonnant le faire tous leurs efforts auprès de Mathieu et de Mario , sa erame , pour les engager à rendre le comté de Boulogne à cette trincesse. « En cas de refus pour cette restitution , renouvelez , disait-il , l’excommunication déjà prononcée contr’eux pour le mariage illicite qu’ils ont contracté ». Dans une autre lettre [u’il écrivit à l’archevêque de Reims, Henri, frère de Constance, |ui l’avait sollicité en faveur de sa sœur, il lui mandait de ne ien négliger pour obliger les.persounes qui avaient étéprésentes à a constitution de son douaire , de rendre témoignage à la vérité. Vaisselle*) Mathieu brava néanmoins ce nouvel orage, et se mainiul dans la possession du comté de Boulogue.
L’an 1 169 ou 1170, la comtesse Marie , touchée de repentir, e sépare de son mari , et se retire au monastère de Sainte-Ausreberthede Montreuil, où elle mourut en 1180, ou 1182. Après a retraite, Mathieu épousa, l’an 1170, Eléonore, fille de Raoul,
comte de Yermandois , et veuve’, i* de Geofroi, comte d’Os* trevand , 2° de Guillaume IV , comte de Nevers. L’anne'e soi* vante, il fonda la ville d’Etaplcs. L’an 1175, il se de'clara , avec le comte de Flandre , son frère , pour le prince Henri le Jeune, révolté contre le roi d’Angleterre , Henri II, son père. Les deux comtes , ayant amené sur la fin de juin des troupes au prince rebelle, vont faire avec lui le siège d’Aumale, dont ils se rendent maîtres par la perfidie du comte même d’Aumale. De-là ils marchent à Driencourt , qu’ils prennent de la même manière. Ils tournent ensuite du côte' d’Arques : mais sur la route, le comte Mathieu , dit Raoul de Dicelo , est blesse' à mort par un certain marquis, le jour de saint-Jacques (25 juillet) ; événement,, ajout» ce chroniqueur , qui fut visiblement l’effet de la vengeance divine. « Car, dit-il, cinq ans auparavant, le même jour de saint* » Jacques, Mathieu avait juré fidélité au roi père (le vieux Henri), » en touchant les saintes reliques , et spécialement uu bras d» >• saint-Jacques , qui était là préseut ». D’autres disent que Ma* thieu fut tué au siège de Driencourt. Quoi qu’il en soit, il fiit inhumé à l'abbaye de saint- Josse, et laissa , de son mariage avec l’abbesse Marie , deux filles , Ide , qui suit , et Mathilde , femme de Henri Ier , duc de Brabant. Ces deux filles avaient été légitimées par le pape. Du second lit, Mathieu laissa une fille dont le sort est ignoré. Eléonore , veuve de Mathieu d’Alsace, se remaria pour la quatrième fois à Mathieu III , comte de Beaumont Mathieu d’Alsace est qualifié par Gilbert de Mous, Miles admodum pulcheret probus et donis largissimus.
IDE, MATHIEU II, GÉRARD DE GUELDRE, BERTHOLD DE ZERINGIIEîV, et RENAUD DE DAMMARTJN.
1173. Ir>E, fille aînée de Mathieu d’Alsace, lui succédant comte de Boulogne , sous la garde-noble de Philippe d’Alsace, comte de Flandre , son oncle. Ce prince lui fit d’abord épouser Mathieu, dont ou ignore le surnom et l’origine; puis , après la mort de celui-ci, vers l’an 1180, Gérard III, comte de Gueldrt» Étant encore devenue veuve l’an 1 183, elle épousa eu troisièmes noces Berthoid IV, ducdeZeringhen, qu’elle perdit en 1 186, sans en avoir eu d’enfants, non plus que de ses deux précédents maris. Ide fut ensuite recherchée par Renaud, comte de Dammartin, qui venait de répudier Mabaul de Châtillon , sa femme , pour l’épouser , et par Arnoul , baron d’Ardres et depuis comte de Gaines- Ide ayant donné sa parole au second , Renaud , d’intelligence avec le roi Philipnc Auguste , la fit enlever et conduire en Lorraine- Le baron a Ardres , sur la nouvelle qu’ello lui donna Je
DES COMTES DE BOULOGNE. 35g
son enlèvement , se mit en route pour venir la délivrer; mais Renaud , informe' par la comtesse elle-inême , qu’il avait su regagner, de la marche de son rival , le fit arrêter à Verdun, et enfermer sous la garde d’Albert, évêque élu de cette ville. Pour recouvrer sa liberté, le prisonnier fut obligé de renoncer à la main de la comtesse , que Renaud épousa ensuite sans contradiction. Renaud, l’an uqr , rendit hommage au roi Philippe Auguste pour le comté de Boulogne, ( Très, des Ch. layette Boulogne, pièce I. ) le P. le Quien se trompe donc en plaçant le mariage de Renaud et d’Ide en i ig5. Ce fut vers cette dernière année , suivant la conjecture très-probable de M. de Bréquigni , e Renaud et son épouse établirent des lois municipales et des utumes à Calais.
L’au 1197, Renaud étant à la cour de Philippe Auguste , àCompiègne, y prend querelle , en présence du monarque, avec Hugues IV , comte de Saint-Pol. Celui-ci applique à Renaud sur le visage un coup de poing si rude , qu’il fait jaillié le sang. A l’instant le comte de Boulogne tire son coutelas pour en frapper ion adversaire ; mais le roi et les barons s’e'tant mis entre deux , les séparent. Renaud ayant quitté la cour en colère , le roi lui fcit dire de s’en rapporter à lui sur la réparation de l’injure qui lui avait été faite. « J’y consens , répond le comte de Boulogne, » pourvu que le roi fasse remonter à ma tête le sang qui en es» » découlé ». Renaud après cela continue sa route, se rend auprès du comte de Guines , et l’ayant mis dans ses intérêts , ils vont ensemble trouver Baudouin, comte de Flandre, auquel ils font hommage de leurs comtés , sans égard pour le traité d’Arras , qui les mettait sous la mouvance immédiate de la France. Le roi Philippe Auguste, apprenant cette félonie, se met en marche
four la punir. Mais la paix se fait, l’an 1199, par le traité de érontie. Cette même année, Renaud et le comte de Flandre, chacun avec leurs femmes , suivant Raoul de Dicelo , prennent semble la croix pour la Terre-Sainte. Mais Renaud ne tint mpte de cet engagement, malgré les ordres que donna le pape Innocent III de le contraindre par la voie des censures à s’acquitter de son vœu.
Renaud , l’an 1204» au mois de décembre , cède le château eC la châtellenie de Mortemer au roi Philippe Auguste , qui lui donna en échange le château et la châtellenie de Domfront eu Passais avec la forêt d’Andenne. ( Rec. de Colbert , vol. 5, p. 679. ) Renaud était cependant en différent avec Henri le guerroyeur , duc de Brabant , qui ayant épousé Mathilde , sœur cadette d’Ide sa femme , répétait sa portion du comté de Boulogne et des autres biens de Mathieu d’Alsace , père de ces deux princesses. L’an xao5 ( N. S. ) , il# font ensemble à Vernon , au mois de
5f>0 CHRONOLOGIE HISTORIQUE .
février1, en présence dit roi , un traite par lequel Henri cède à Renaud toutes ses prétentions sur le comte de Boulogne , moyennant une rente annuelle de 600 livres, que celui-ci s’engage a lui payer. A l’egard des terres situées en Angleterre, sur lesquelle» les femmes du duc et du comte avaient des droits , il fut convenu qu’ils travailleraient à frais communs pour les recouvrer j mai?
. que, si l’un des deux faisait une expédition dans ce pays süb? l’autre, le fruit qu’il pourrait en tirer lui appartiendrait à lui seul ( Butkens , pr. p. 56. ) La même année, vingt-trois seigneurs è Normandie , le comte Renaud à leur tête , s’étant assemble'» le dimanche après l’octave delà Toussaint (i3 novembre ; à Rouen, s’engagent par serment à défendre contre les entreprises du clergé , les droits dont ils étaient en possession sous les règnes de Henri Iï et de Richard Ier. (DuChesne, Script. Norm, pp. 1069-1 060).
Le roi Philippe Auguste avait cependant des sujets de défiance à l’égard du comte de Boulogne. L’an 1211 ou 1212, ce monarque , instruit de ses liaisons avec Ferrand , nouveau comte de Flandre, le fait sommer de lui livrer, pour gage de sa fidélité, ses châteaux, et cela conformément à un acte de l’an 1196, par lequel il s’était obligé à servir le roi envers et contre tous , en donnant pour garantie de sa promesse le comté de Boulogne avec Thummage du comté de Saint-Pol qui en relevait. Renaud le refuse; et en conséquence le roi confisque , l’an 1212 , le comté de B011- . logne pour cause de félonie. Renaud, plus irrité qu’effrayé de ce coup de vigueur, va trouver Otton IV, roi de Germanie, et J’excite contré la France. De là il passe en Angleterre auprès du roi Jean , qu’il engage facilement dans ses vues. Ferrand , comte de Flandre, y était déjà entré, si ce n’était pas lui-même qui J’avait déterminé à la révolte. Renaud revient le trouver pour concerter avec lui les opérations de la guerre.
L’an 121 5 , le roi de France et le prince Louis, son fils , après avoir subjugué une partie de la Flandre , tombent sur le comte de Boulogne , dont ils font en peu de tems la conquête en l’absence de Renaud , qui s’était réfugié chez le comte de Bar, son parent. (Nangis.)Mais après leur départ, les deux comtes, Ferrand et Renaud, avec leurs alliés, 5e jettent à leur tour sur le comU de Guines, d’ou ils emmènent prisonnière la comtesse Beatrix* ( Pty* Arnoul II , comte de Guines . ) La ligue du comte de Flandre se fortifie par les soins de Renaud. Il y fait entrer plusieurs princes , tant des vassaux de l’Empire que de ceux de la France. Le roi d’Angleterre lui ayant donné le commandement de sa flotte, il attaqua celle de France qui avait mouillé à Dam, lui coula à fond cent vaisseaux , et en prit trois cents. Ayant enduite fait mettre pied à terre aux Anglais, il forma le siège de
Dam. Mais Philippe Auguste étant survenu , tailla en pièces trois mille hommes des ennemis, et délivra la place. (R. S. Mariani Chronol. )
L’an 1 2 1 4, l’armée des confe'de're's fut défaite le 27 juillet, à la fameuse bataille de Bouvines. Renaud y futpris, après avoir fait des prodiges de valeur et renverse' Philippe Auguste : peu s’en fallut même que ce monarque ne périt dans l’action j car ayant été foulé aux pieds des chevaux il ne dut son salut qu’à la bonté de son armure et à la valeur de ses chevaliers, qui vinrent à bout de le dégager. Bapaume fut le lieu où Renaud fut d’abord envoyé prisonnier. Mais sur ce qu’on apprit qu’il négociait de là avec Olton pour l’engager à continuer la guerre, le roi se le fit amener. L’entrevue fut terrible pour le comte de Boulogne. Philippe Auguste lui reprocha publiquement sa perfidie et son ingratitude ; après quoi il le fit charger de chaînes , et conduire prisonnier au château de Péronne , où il mourut de désespoir , l’an 1227 , vers le teins de Pâques, suivant Albéric. D’autres, avec moins de probabilité , mettent sa mort en 1224. Mais l’historien moderne de Calais se trompe évidemment , et se contredit même en la plaçant en 1216. Pendant sa captivité, ce fut le prince Louis , fils aine' de France, qui gouverna le Boulonnais. ( Chron . Andr.) Reuaud avait l’âme vraiment guerrière : heureuxs'il eût fait un usage plusle'gitime de sa valeur ! La ville d’Ainbleteuse , dont le port était connu dès le tems des Romains , lui doit son rétablissement. Ce comte était d’une taille des plus avantageuses. Voulant néanmoins , à la bataille de Bouvines , paraître plus grand qu’il n’était , il avait ajouté à son heaume , suivant Guillaume le Breton , des cornes laites de eûtes de baleine pour en imposer davantage à l’eunemi.
Cornua conus agit, superasque eduxit in auras E coslis assumpla nigtis, quas faucis in antro Branchia balcnæ Britici cofil incola ponli;
Ut qui magnns erat , magnæ snperaddiia moli Majorem faceret phantaslica pompa videii.
Dès l’an 1201, au mois d’août , Philippe Hurepel , fils de Philippe Auguste et d’Agnès de Méranie , ayant à peine un an , avait été accordé avec Maliaut , fille de ce comte et d’idc. ( Baluze , Hist. d! Auv. pr. , p. 98. ) Il y eut dans la suite plusieurs actes relatifs à ce mariage, dont le plus remarquable est celui du mois de mai 1210 , par lequel Renaud donne à Philippe , son gendre futur, pour tenir lieu d’autres conventions précédemment faites au sujet de son mariage , toutes les possessions qu’il a in Caleto , à la réserve de Lillebonneet d’Alysy. On a cru que, par ces mots in Caleto , il désignait la ville de Calais j mais ou s’est mépris : c’est le pays de Caux, où Lillcbonne et Alysy sont situés. Le roi XII. 46
36î CHRONOLOGIE historique'
lit célc'Lrer le mariage au mois d’août 1216 , du consentement Je la comtesse Ide , qui s’était retirée en Flandre après l’emprisonnement de son mari. Ide mourut la même année dans un mou&stère d’ipres, d’où elle fut transportée dans la principale église de Boulogne. Cette comtesse avait hérité de l’affection de ses ancè- Ires pour l’ordre de Ciuni , comme le prouve la charte sans date par laquelle elle confirme à cet ordre le droit de péage qu’ils lui avaient accordé, et prend sous sa garde et protection les sujetset les biens qui lui appartiennent dans le Boulonnais : Vt sim , dileilc , in custodtri et conductn meoet potentia comitatus Huloniœ in perpeiuum, sicut corpus nieiim et res meæ. Parmi les témoins qui sont dénommés dans cet acte , on voit un Henri , oncle de Is comtesse , Henrico avuncido meo. ( Archiv . de Ciuni.) ( Voy. Renaud , comte de Dammartin. )
PHILIPPE, dit IIUREl’EL.
1224- Philippe, dit Httrepel , c’est-à-dire Rudepeau, comte de Mortain et de Clermont en Beauvaisis , né l’an 1200 , prit le titre de comte de Boulogne et de Daminartin apres son mariage célébré , comme on l’a dit, en 1216 (i)avec Mahaut. Mais il ue fut investi de ces comtés, ainsi que de celui d’Aumale, qu’en 1 2?.), au mois de février ( V . S. ) , par lettrés du roi Louis VIII, son frère. Philippe accompagna , l’an 1226, ce monarque dans sou expédition contre les Albigeois. La même année , après la mort
(1) Ce mariage est néanmoins rapporté à l'an 1314 dans la généalogie cri vers des Comte» de Dammartin , composée vers le milieu du xve siècle, dont le premier qui l’a citée rejette l’autorité sur ce point, pour adopter la dateqnt nous suivons d’après Meyer, 1rs annales de Flandre, la généalogie versifiée des Comtes de Boulogne, le 1’. Labbc et le P. Anselme. File fait parler ainsi Kcriaud :
Comte de Dammartin , de Boulogne et Montreuil ,
Je 11e mourus jamais que je ne visse à l’oeil Mahatid, ma fille, mariée ti mon veuil.
Comte fu de Varenne et aussi fu d'Aumale.
Je n’eus que celle fille, et n’eus point d’hoir mâle:
Mais Dieu-Donné Philippe h ma fille donna Son fils nommé Philippe, et tout inc perdonna.
Fl cela m’avint l’an mil deux, cens et quatorze;
La Chronique eu fait foi , et n’y. met point de gloze.
Loin de lui pardonner, le roi Philippe Auguste et Louis VIII, son soroesseur, retinrent le comte Renaud dans la captivité tant qu’ils vécurtal. ( Lai Conservateur, Juillet, 1757 , pp. tot-ioa.}
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tic Louis VIII , il assista au sacre de Louis IX, son neveu , où il porta l’épée royale pour terminer le débat des comtesses de Ciiampagucet de Flandre, qui se disputaient ce droit eu l’absence de leurs maris ,
Philippe dévorait en secret le dépit qu’il avait de voir entre les mains de Blanche la régence qu’ii croyait lui appartenir par le droit de sa naissance $ mais il n’osa éclater tant que vécut Renaud, son beau-père. On ne retenait en effet celui-ci en prison que pour assurer à son gendre lô paisible possession de ses domaines, qu'il n'eût pas manqué de revendiquer, s’il eût été mis en liberté. ’ Cependant Philippe travaillait à se ménager une communication avec l’Angleterre, soit pour en tirer du secours, soit pour y . trouver un asile eu cas de besoin. C’est dans cette vue qu’il lit entourer de murs épais et fortifier de bonnes tours, l’an 1227 , le bourg de Calais, qui jusqu’alors était resté ouvert et sans défense , quoique depuis long-tems célèbre par la pêche du hareng. Ces travaux,, dont il dissimulait le motif, 11e donnèrent aucun ombrage à la cour. Mais après la mort de Renaud , le comte Philippe n’ayant plus les memes raisons de ménager la régente , lit. éclore le dessein qu’il avait de la supplanter. Pour y réussir, il concerta , l’an 122$ , avec plusieurs seigneurs, le projet d’enlever le roi, lorsque d’Orléans , où il était alors , il reviendrait à Paris. Instruits du complot sur la route par Thibaut, comte de Champagne, le monarque et sa mère en donnent avis aux Parisiens, et se K jettent dans Montlhéri. Les habitants de la capitale volent au secours de leur souverain , et le ramènent eu triomphe dans leurs murs aux yeux des rebelles consternés. Ce coup manqué, Phi — lippe, qu elque tems après, lit une nouvelle tentative qui n’eut pas un meilleur succès. L’an 1229, pour se venger de Thibaut , contre lequel il était le plus irrité pour n’avoir pas épousé la fille du duc de Bretagne , Philippe se mit à la tète des partisans de la reiue de Chypre , tjui lui disputait le comté de Champagne. Les confédérés, dont le nombre était augmenté, s’étant rassemblés près deéSaint-Florentiü , clans le Tonnerois , entrent après, la quinzaine de Saint-Jean ( j>ost quindenam Sancti-Joannis) dans la Champagne , qu’ils parcourent le fer et la torche à la main , publiant, afin de rendre Thibaut odieux , qu’il est auteur de la mort du roi Louis VIII. Plusieurs des vassaux de Champagne , trompés par ce bruit calomnieux , se joignent aux confédérés. Thibaut est à la veille de perdre sa capitale , malgré la brave défense du gouverneur , Simon de Joinville , père de l'historien qui nous sert ici de guide. Leroi et la reine-mere arrivent à propos pour le secourir. En vain les confédérés font-ils prier le monarque de 11e se point mêler de leur querelle ; Louis, tout jeune qu’il est , les étonne par la fermeté de sa répouse , et les oblige à se retirer.
bb"4 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
1) les harcèle même et les poursuit jrusqu’à Laigne, dans le Tonnerois. ( Voy. Thibaut IV , comte de Champagne. ) La régente cependant faisait faire une irruption dans le Boulonais par le comte de Flandre. Philippe , rappelé' chez lui par cette diversion , y trouve la plupart de ses places envahies ou saccagées par l’ennemi. Les fortifications de Calais , qu’il venait d’élever , sont menacées d’être dc'truites. Mais des me'diateurs engagent le comte de Flandre à faire la paix au moyen de quinze cents marcs , et vingt muids de vin , qui lui sont offerts. ( Chron . Andr.) Philippe ht dans le même tems son accommodement avec le comte de Champagne , et prépara celui de Mathieu , duc de Loriaioe, et de Henri , comte de Bar. qui se faisaient la guerre, appuyés japqu’alors, le premier par Thibaut, et le second par Philippe. Nous avons les lettres du comte de Boulogne, datées du mois de septembre i23o , par lesquelles il déclare qu’il a fait la paix avec le comte de Champagne par la médiation de leurs amis communs; que le comte de Bar et le duc de Lorraine se sont soumis à leur arbitrage pour les différents qui étaient entr’eux, et qu’au cas qu’ils ne pussent les terminer, ils s’en rapporteront à la décision de la reine-mère. ( Mss. 4e Fontanieu. ) Philippe aide le roi, la même année , à repousser les Anglais , qui avaient fait une descente en Basse-Bretagne. Ce prince et l’archevêque de Reims, , munis des pleins pouvoirs du roi , concluent, l’année suivante, au camp devant Saint-Aubin , dans. le mois de juillet, une trêve de trois ans avec le duc de Bretagne et le comte de Glocester, traitant au nom du roi d’Angleterre. ( Trésor des Ch. cote Britania , i4-24' ) Au milieu de ces occupations, Philippe ne laissait pas de faire travailler à l’embellissement et aux fortifications de la ville de Boulogne par de nouveaux murs dont il la fit envi- , yonner dans uue enceinte à la vérité plus étroite, mais plus régulière, et par un château cju’on voit encore à l’extrémité de la ville, au levant. La date de ces ouvrages est marquée sur une pierre qui est au-dessus de la porte du pont-levis de ce château. On y lit cette inscription : Philippe fieux le roi Philippe , cuens de Boulogne , fit faire ce castel comme est, Van de V incarnation iî5i , auquel an Simon de Vil tiers fut créé premier sénéchal.
Le comte Philippe s’étant rendu, l'an ia34, avec Mahant, sa femme, à Corbie, d’autres disent à Noyon, pour un tournoi qu’il avait lui-même indiqué , y fut témoin de la passiou que la comtesse témoigna pendant les joutes pour Florent, comte de Hollande , le seigneur le mieux fait et le plus adroit de la troupe. Transporté de jalousie , il se fait armer , descend dans l’arène; et , après s’être abouché avec le sire de Nesle et les autres Français , il attaque le comte à leur tête. Florent, qui croit que c’est une suite des jeux , se laisse renfermer dans un coin où Philippe
le perce de «a lance. Le comte de Clèves venge sur-le-champ la mort de Florent , son frère d’armes, sur l’assasin ; et les Allemands , s’étant rassemblés , facilitent sa retraite. {Ane» Chron. rimée de ISoll . ) La chronique d’André, qui est du tems, ne convient pas de ce récit , et dit au contraire que Philippe , à ce qu’on croit, mourut de poison : Nobilis Cornes Philippns , gloriosi Regis Philippi filius , qui , sicut creditur , potionatus obiit. ( Voyez Florent IV, comte de Hollande . ) L’auteur de cet ouvrage fait un grand éloge de la prudence du comte Philippe, de sa magnificence, et du soin qu’il eut d’élever, dans ses places, de nouvelles fortifications et de réparer les anciennes. On voit, par ce qui vient d’être raconté , les modifications qu’on doit mettre à ces louanges. Il laissa de Mahaut , sa femme , qui lui survécut loUg-tems , un fils nommé Albéric , qui , à ce qu’on croit , passa en Angleterre , où il s’établit ( Voyez Mahaut , comtesse de Dammartin ) , et une fille nommée Jeanne, que sa mère , par contrat du mois de décembre de l’an 12 56 , maria à Gaucher de Châtillon , quatrième du nom , qui devint l’un des fameux guerriers de son tems. Nous avons le traité de Hugues de Châtillon, comte de Saint-Pol et de Blois , père de Gaucher , fait avec Mahaut au mois de décembre 1256, portant qu’elle jouira toute , sa vie, comme de son propre héritage , des comtés de Clermont, d’Aumont et de Lillcbonne , pour lesquels elle plaidait à la cour du roi , prétendant qu’ils lui appartenaient par droit de succession. Hugues s’engagea par cet acte , sous peine d’excommunication , à le faire ratifier aux fiancés , lorsqu’ils seraient en âge de le faire. ( Mss. de Camps . ) Jeanne mourut sans enfants l’an 1 2,5 1 , un an après son mari, qui fut tué en Egypte. (Voyez les comtes de Clermont en Beauvaisis. ) Cependant le roi saint Louis , craignant que les principales places du Boulonais 11e devinssent la proie des Anglais sous le gouvernement faible de Mahaut, engagea celte comtesse â lui en céder pour dix ans la garde, sans préjudice des revenus qu’il lui laissa en entier, avec tout ce qui en dépendait. Mahaut n’était pas encore remariée. L’an ii58 (et non pas 124* ), du consentement du roi son fils , la reine-mère lui fit épouser Alfonse , son neveu , frère de San- , che II, roi de Portugal, et de Ferrand , comte de Flandre. Dans le même tems ce monarque ayant érigé l’Artois en comté, mit dans sa mouvance celui de Boulogne, qui ne fut plus désormais qu’un arrière-fief de la couronne. Alfonse était destiné à une plus haute fortune que celle d’un comte de Boulogne. L’an 1245, a la demande des Portugais , il retourne en Portugal pour administrer ce royaume qui dépérissait entre les rnains de son frère. 11 ne lui restait plus qu’un pas à faire pour arriver au trône , et il y arrive enfin. L’an 12/fi > il est proclamé roi de Portugal après la
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mort de Sanchc, et change bientôt après d’inclination. L’annce suivante ou environ, épris des attraits de Beatrix df. Cusange, fille naturelle d’Alfonse X, roi de Castille , il la prend pour sa femme, et lui donne en dot le royaume des Algarvcs. Mahant, à cette nouvelle, part de Boulogne, où elle était restée, pour aller rejoindre son mari. Mais Àlfonse , apprenant qu’elle est arrivée sur les côtes de Galice, lui envoie faire défense d’avancer , et l’oblige à s’en retourner. Ce prince néanmoins continua de prendre le titre de comte de Boulogne en le joignant à celui de roi de Portugal , quoiqu’il eût répudié celle de qui il le tenait. ( Voyez Alfonse J II , roi de Portugal. ) Mahaut termina ses jours dans le deuil à Boulogne le 14 du mois de janvier 1260 ( N. S. ) suivant l’opinion commune. Mais du Cange prouve contre Justel qu’elle décéda le 14 janvier 1258 (N. S.); et à ces preuves on peut ajouter l’autorité de la chronique de Savigni , qjuimet en la même année cet événement. L’église de Boulogne fut le lieu de sa sépulture : son anniversaire s’y célèbre tous les ans au 14 janvier ; et, jusques vers le milieu de ce siècle , l’usage était de faire durant le service aux assistants pauvres une distribution de .pain et de harengs saurs*, qu’elle avait fondée. Cette aumône s’appelait la partie Mahaut . La généalogie en vers des comtes de Dammartin semble dire qu’elle laissa d’Alfonse de Portugal une lille , qui porta le comté de Dammartin dans la maison de Trie. Cette fille, si cela était, y eût également porté le comté de Boulogne. Cependant , apres la mort de Mahaut, sa succession pour ce comté se trouva dévolue à ses deux cousines , Marie , veuve de l’empereur Ottoo IV, ët Alix, femme en troisièmes noces cf Arnoul de Wesemael en Brabant, toutes deux nées de Henri Ier, duc de Brabant, et de Mahaut, fille de Mathieu de Flandre, et de Marie , comtesse de Boulogne. Henri III , duc de Brab.iul, leur neveu , fut exclus, parce que la représentation n’a pas lieu dans le Boulonnais. Henri n’en convenait pas; mais elles lui cédèrent , Marie en 1258 , et Alix en 1260 , leurs droits sur le comte’ de Boulogne. Henri néanmoins fut inquiété dans la possesionde cet héritage par deux concurrents, savoir; Mathilde , sa sœur, femme , i° de Robert de France, comte d’Artois , puis de Gui de Châlillon, comte de Saint -Pol, et par son cousin Robert VI, comte d’Auvergne , fils d’Alix et de Guillaume X, comte d’Auvergne. Henri fit la cession de ses droits au dernier moyennant la somme de quarante mille livres, et celui-ci s’accommoda avec Mathilde en lui cédant les villes de Calais , de Merk, d’Esperloque , et quelques autres lieux. C’est ainsi que le comté de Boulogne passa dans la maison d’Auvergne. ( Pour la suite det comtes de Boulogne , voyez les comtes d* Auvergne* )
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