COMTES D’ARTOIS
^Artois, ancienne patrie des Atrnbates et d’une partie des torins et des Oroiuansaqties , ou plutôt Oromarsaqnes , a pour mies la Flandre au Septentrion, le Hain'aut à l’Orient, la icardie an Midi et au (Jonchant. Ses deux principales rivières rat la Candfce et la Lys. Dans la division qui se fit des Gaules ms Honorius , l’Artois fut attribue' à la seconde Belgique. Ce it une des premières conquêtes des Francs dans les Gaules ; et on ne voit point que nos rois l’aient donne en bene'fice avant Parles le Chauve. Ce prince, l’an 863, l'unit à la Flandre pour îrvir de dot à Judith sa fille , lorsqu’il consentit à son mariage vec Baudouin , surnomme Bras de fer. L’Artois revint , l’an 180 , au domaine de ta couronne par le don que Philippe d’Alice, comte de Flandre , en fit à sa nièce , Isabelle, en la mariant a roi Philippe Auguste. Mais cette donation, qui ne devait avoir >n effet qu’après la mort du donateur , souffrit de grandes difliulte’s lorsque le moment de l'exécuter fut arrive' , d’abord par opposition de Mathilde , veuve de Philippe d’Alsace , qui re'cla- ■ait l’Artois comme son douaire , ensuite par celle de Bauouin IX , comte de Flandre , à qui le monarque fut oblige' de -der , l’an 1200, les villes d’Aire et de Saint Orner pour avoir reste de l’Artois. Ce démembrement ne dura pas long-tems }
> l’an 1211 , par le traite' fait à Porit-à-Veudiu le 24 février,, »tre Philippe Auguste et Jeanne , comtesse de Flauge, aulorie de Ferrand son e'poux , ces deux villes rentrèrent dans la ainduroi. Mais l’Artois ne resta uni au domaine, comme ou 1 le voir , que l'espace d’envirou vingt-six ans.
ROBERT I", dit LE BON et LE VAILLANT.
Robert Ier, deuxième des fils dq^roi Louis VIII qui lui ^vécurent , et de la reine Blauche , ne' au mois de septembre no, eut en apanage , par le testament de son père , les villes kiTîs , de Saint; Orner , d’Aire , d’Hesdin et de Lens pour
être tenues en fief de couronne. Cependant Robert ne fut mi; en possession de cet apanage par le roi saint Louis qu’en 1^7. Les lettres-patentes expédiées à ce sujet, en date du 7 juin de cette année, nomment simplement l’Artois terram jltrebasii ; mais cette terre fut érigée, l’année suivante, en comté, selon Guillaume de Nangis. Du Tillet ajoute que saint Louis y attacha les hommages de Boulogne, Guines et Saint - Pol. Ce fut alors que Robert prit le litre.de comte. Le roi son frère lui accorda de
S lus une pension viagère de viugt livres (1) par jour en faveur e sa chevalerie. Le nouveau comte se lit une belle réputation
?>ar la sagesse avec laquelle il gouverna son peuple. L’an 1219, es légats du pape et plusieurs princes d’Allemagne ayant offert la couronne impériale au roi saint Louis pour le comte Robert, les états du royaume répondirent qu’il suffisait à M. le comte Robert d’être le frère du roi de France , qui était le plus grauil
Îirince de la terre , et conclurent à refuser généreusement l'offre aile pour Robert ; ce qui ne souffrit aucune opp®sition de sa
Îiart. L’an 1246, il présida au jugement des différents d’entre es enfants du premier lit de Marguerite , comtesse de Plandre , et ceux qu’elle avait eaÿ du second lit. 11 suivit , l’an 12481 le roi son frère en Egypte , et eut part à la victoire que ce priuce remporta , le 4 juin 1 249 , sur les Sarrasins , près de Damiète , ainsi qu’à la prise de celte ville , plus opulente et mieux fortifiée qu’aucune de l’Europe. Telle fut la frayeur que ces premiers succès inspirèrent au Soudan d’Egypte , malade alors et à l’eitrémité, que, pour les engager à se retirer, il fit offrir à saint Louis de restituer tout ce qu’avaient autrefois possédé les rois de Jérusalem , de rendre la liberté à tous les Chrétiens captifs , de payer de grosses sommes d’argent pour les frais de la guerre, et de lui laisser Damiète avec ses environs. Ces offres remplissant le vœu des Croisés , flattèrent le conseil que saint Louis assembla pour en délibérer. On était disposé à les accepter; mais le légat et le comte d’Artois les firent rejeter , en remontrant l’inutilité de traiter avec un moribond incapable de les effectuer. 11 ne fut plus question alors que de savoir de quel côté on porterait la guerre. Il y eut sur cela deux opinions. Les uns proposaient d’aller faire le siège d’Alexaudrie j - et c’était le sentiment du comte de Bretagne , fondé sur ce que cette ville avait un bon port où l’on pourrait mettre en sûreté la flotte et tirer aisément des vivres, soit de la Palestine , soit des autos endroits de la Méditerranée. Le comte d’Artois fut d’avis au
(i ; Somme qui reviendrait aujourd'hui à 353 liv. 6 ». 4 d. de notre nw-‘ naie courante.
M DES CO&TES V'V*TO,f?* ' 56g
t-oulrairc d’aller droit au Caire, capitale de l’Egypte , disant que (jvi voulait occire le serpent , il lui devait premier écraser la léte. Celte opinion, qui n’était pas la plus sage, prévalut; et l’annee s’étant mise en marche le 20 novembre 1249* arriva en pen de jours devant le Caire , dont elle n’était séparée que par un bras du Nil. Gomme les Croisés n’avaient pour le passer ni radeaux ni barques , ils entreprirent d’élever une chaussée : travail que les flèches et le feu grégeois lancés par les ennemis, et la violence des eaux, rendirent inutile* Nos troupes, désespérées, étaient prêtes à s’en retourner, lorsqu’un Bédouin vint indiquer un gué* Le comte d’Artois demande à passer le premier. Le roi s y oppose , cou naissant l'impétuosité fougueuse de son courage. Je vous jure sur les saints évangiles * lui dit le comte , de na rien entreprendre qu après votre passage. La permission accordée, il passe le gué avec deux mille chevaux. Mai* au lieu de se retrancher sur l’autre bord du fleuve, tant pour le défendre que pour favoriser le passage de l’armée, il s’avauce,.il se précipite, il fond sur un corps d’ennemis qui campait à une lieue de là , et le poursuit jusque dans la ville de Massoure et au-delà. Bcpoussé dans la ville parles Infidèles,, qui , à la vue du petit nombre de sa troupe , avaient fait vol te face , il y périt , avec trois cents chevaliers , sous une grêle de flèches, de pierres et do madriers, qu’on leur jetait des fenêtres et des toits. Cet évé-' nement est du 8 janvier i25o. (Joinville , édit . du L . p. 47*}* Mahaut ou Mathilde, comtesse d’Artois, apprit la mort de' son épogx à Damiète , où le comte de Poitiers l’avait amenée de Franco avec sa femme. ( Velli. ) Mahaut était fille aînée det Henri II , duc de Brabant. Elle avait épousé Robert en 12.57 (1), et de leur alliance sortirent un fils , qui suit , et Blanche, mariée, i° à Henri 1er, roi de Navarre et comte de Champagne , 3* âEdmond d’Angleterre , comte de Lancastrc. Mahaut convola «n secondes noces avec Gui Ilf , comte de Saint-Pol.
Le comte Robert joignait à la valeur des mœurs pures, et surtout la chasteté, vertu bien rare alors parmi les Croisés, dont les débauches énormes étaient un vrai supplice pour le roi saint Louis. Cependant Mathieu Paris raconte une aventure qui ne fait pas honneurà la probité de Robert , si elle est telle que cet. historien
(1) Alberic de Trois-Fontaines . parlant des réjouissances qui se firent aux noces de Robert , dit : Ibi , sicut dicititr , usque ad ccnlnrn quadraqinta milites , et illi qui dicuntnr minis te lli in spcctaculis vanilatis mut ta ibi fecenutt , sicut ilLe qui in cquo super chordam in aere equilauit , et sicut illi qui tluos boues de scarlalà vesdlos equitabant , cor nie an te s ad s ingu la fcrcul 4 (jnœ apponebanlur. ( Ad an. 1Q.37. )
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la rapporte. Guillaume Longue-épée , dit-il, seigneur anglais, du nombre des Croise's, et l’nn des plus braves, s’était empare, avec ses gens , d’un fort voisin d’Alexandrie , où s’e'taicut renfermées les femmes des principaux Sarrasins avec leurs trésors. Enconragé par ce succès , qui lui procura autant de renommée que de fortune, il pense à augmenter l’une et l’autre par quelque nouvel exploit. Bientôt 011 lui apprend qu’une caravane s’achemine vers Alexandrie pour la foire, avec une faible escorte. 11 tombe sur elle, et l’enlève avec tout son équipage et Ses marchandises , qui étaient d’un prix infini , sans avoir perdu d’àutre monde dans l’attaque qu’un chevalier et huit sergents. Mais un revers subit et inattendu lui fait perdre le fruit de sa victoire. Les Français, jaloux de cette seconde capture, ainsi que de la première , volent à sa rencontre , le comte Robert à leur tête , et lui arrachent sa proie, sans lui en rien laisser. Guillaume ra trouver le roi saint Louis , pour lui demander justice. Le monarque s'excuse sur la nécessité où les conjonctures le mettent de ménager les chefs de son armée. Robert , sur ces entrefaites , survient avec qux, plaide sa cause , et réduit toute sa justification à dire que Guillaume a violé la discipline militaire , en se séparant du corps de l’armée sans permission , et s’appropriant un butin qui devait être partagé entre tous : le roi garde le silence là-dessus. Guillaume, indigné, se retire, et passe en Palestine, dû il communique aux Chrétiens du pays son ressentiment contre les Français. Tel est en substance le récit de Mathieu Paris, l’an des historiens anglais les moins favorables à notre nation. Vraisemblablement il n’est pas plus croyable sur cet article , que lorsqu’il dit que Robert se noya dans le Nil , en fuyant devant les Sarrasins. Le comte Robert Ier orna son écu des armes de France, chargées au chef d’un lambel à trois pièces de gueules, et de neuf châteaux d’argent , à cause des neuf châtellenie» d’Artois.
ROBERT II, dit L’ILLUSTRE et LE NOBLE.
i25o. Robert II, fils du comte Robert Ier, naquit environ sept mois après le décès de son père. Il eut pour tuteur Gui de Châtillon , comte de Saint-Pol , son beau-père. Dès qu’il fut en âge de porter les armes, il se distingua par sa valeur. Le roi \ saint Louis, son oncle , l’arma chevalier le a6 mai 1267. Trois ans après , il fut de l’expédition de ce prince en Afrique , où il remporta plusieurs avantages sur les Infidèles. Mais il eut la douleur d’y voir expirer le saint monarque , qu’il aimait aussi tendrement qu’il en était aimé. Etant parti, l’an 1275, par ordre du roi Philippe le Hardi , pour aller réduire les Navarroi» ré-
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vpltés contre la reine Blanche , veuve de Henri I" , il s’assura de Pampelune, et rétablit le calme dans le pays. L’an 128a, il passa dans le royaume de Sicile, pour secourir le roi Charles I*r , son oncle, après les vêpres siciliennes. Charles Ie' e'tant mort l’»n 1285» Robert gouverna , l’espace de cinq ans, le royaume de Sicile, durant la prison du roi Charles II. L’an 1287, le 23 juin, >1 perdit une grande bataille navale sur les côtes de Sicile, contre Roger Doria , amiral de la flotte des rebelles. ( Villani. ) Il revint en France, l’an 1289, vers le mois de septembre, après la trêve faite entre le roi Charles II et son rival. Euvoyé , l’an 1 296 , en Guienne contre les Anglais , avec d’assez grandes forces , il reprend toutes les places dont ils s 'étaient rendus maîtres , leur, défait un corps de cinq à six mille hommes, et échoué devant le château de Bourg , qu’il avait fait assiéger par le sire de Suit . . I! revient l’anne'e suivante en Flandre , où il est joint par Philippe son fils, et par la noblesse de son comte'. Il prend Béthune, et remporte, au Pont-à-Vendin , près de Fûmes, le 1 3 août, une victoire éclatante sur le comte de Flandre. Le comte de îuliers, général de l’année ennemie, et plusieurs autres seigneurs faits prisonniers dans le combat, furent conduits à Paris, précédés de l’étendard du comte d’Artois , qu’on portait devant eux, comme en triomphe. Le roi , pour lors , créa pair de France Robert, ou , pour mieux dire , érigea le comté d’Artois en pairie, par lettres du mois de septembre suivant.
Les querelles de la France et de l’Angleterre duraient toujours. Le pape Bouiface VIII voulut les faire cesser, en se portaut pour arbitre çntre les deux puissances. Mais il fit pencher la balance sn faveur de la dernière avec une partialité que le comte d’Artois « laissa pas impunie. A la lecture qui fut faite par l’évêque de Durham, eu plein conseil, de son jugement rendu le 28 juin ■398, Robert se lève, arrache la bulle des mains du prélat , la déchire et la jette au feu, jurant que le roi ne souscrira jamais »ux conditions honteuses que le pape lui impose, et ne recevra !s loi de personne. Voilà ce que racontent Gilles de Roye et Meyer. M. Sponde pense néanmoins que ce trait du comte d’Aroi$ regarde plutôt d’autres lettres du pape contre le roi Philippe ^ Bel , qui lui furent apportées, l’an i3oi , par l’archidiacre de ''arbonne, n’étant pas vraisemblable, dit-il, que Robert ait commis deux fois un pareil acte de vivacité. Quoi qu’il en soit, >n ne voit point que , soit dans l’un, soit dans l’autre cas, le aouarque en ait témoigné du mécontentement. Nommé, l’an loa, ge'néral de l’armée française envoyée contre les Flamauds oulevés de nouveau, Robert liyre, le 11 juillet, la bataille de surirai , qu’il perd avec la vie , après avoir été percé de trente :oups de pique. Malgré sa valeur, il fut peu regretté, parce qu’il
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avait engage celle funêste bataille contre le sentiment du connétable de Ncsle , qui, voyant les ennemis retranchc's dans un camp fortifié de toutes parts, jugea qu’il était plus facile et plus sûr de les y afiainer que de vouloir les y forcer. Le comte ayant taxé cet avis de trahison, comme si le connétable, dont le fils i>tait gendre du comte de Flandre , eut voulu épargner ce dernier : Je ne suis pas un traître , répondit froidement de Nesle : suivcz-moi seulement ; je vous mènerai si avant , que nous n’en reviendrons ni l’un ni Vautre. L’événement vérifia les vues et la prédiction du connétable. ( Voyez Gui de Dampierre , conue de Flandre .) Robert avait épousé i*, l’an 1262, Amicie de Courtenai , morte à Rome en 1275$ 2*, l’an 1277, Agnes, fille d’Archambaud IX, sire de Bourbon, décédée sans enfants l’-an 1 283 j 5', l’an 1298, Marguerite, fille de Jean d’Avêncs, comte de Hainaut , morte sans enfants le 18 octobre 1542. Du premier lit il eut Philippe , seigneur de Couches, de Domfront, ot de Mehun-sur-Yèvre , par sa mère, marié, l’an 1280, avec Blanche de Bretagne, fille de Jean, comte de Richemont, et rnorl , le 1 1 septembre 1298, des blessures qu’il avait reçues à la bataille de Pont-à-Vendiu, et Mahaut, qui suit.
MAIIAUT et OTTON.
i5o2. Mahaut, fille de Robert II, et femme d’OxTONlV, comte de Bourgogne, succéda, dans le comté d’Artois, à son père. Robert, son neveu, fils de Philippe, son frère, né l’an >287, prétendit à ce comté, et intenta procès à sa tante pou» l’obtenir. La loi des apanages , qui en excluait les femmes, jointe à celle de la pairie, honneur réservé dès-lors aux seuls mâles, semblait décider la querelle en faveur de Robert. Cependant il fut débouté de sa demande, l’an i3oq, par un jugement des pairs de France , où Mahaut elle-même opina comme les autres; jugement fondé sur ce que la représentation n’a pas lieu dans le comté d’Artois , et que les filles y succèdent en ligne directe aui fiefs comme aux autres biens, par préférence aux mâles colîaté- ; raux. Ce jugement devint , pour l’avenir, comme une loi générale dans le royaume , et fit évanouir la distinction des fiefs masculins et des fiefs féminins. Tous furent réduits, comme par une convention tacite et universelle, à la seconde espèce ; ce qui facilita merveilleusement, au moyen des alliances, la réunion des grands fiefs au domaine delà couronne. Robert d’Artois se plaignit hautement de scs juges , qu’il accusa de partialité. Le roi Philippe le Rel , pour l’apaiser et l’iudemniser , lui donna le comté de Beaumont. Robert ne fut point content de ce dédommagement; et il reviut à la charge sous le règne de Philippe le Long. Mais
ce fui alors les armes à la main qu’il poursuivit son droit. La noblesse et le peuple d’Artois se déclarèrent pour lui , tant sa cause paraissait juste ou favorable. « La seule ville de Snint- » Orner lui ferma ses portes , et demanda si le roi l’avoit reçu » à comte. Les dépule's de Robert ayant re'pondu qu’ils n’eu » savoient rien , adonc , répoifSirent ceux de la ville, nous ne y> sommes mie fois eurs de comtes. Mais si le rojr l’eust reçu » à comte , nous Vaimissions autant <ju un autre.... Philippe le » Long, qui re'gnait alors, s’arma pour Mahaut , qui était sa » belle-mère. Robert succomba , il fut même obligé de se cous- » tituer prisonnier au Châtelet; on le réconcilia comme on put » avec sa tante, qui resta en possession , conformément à uu » nouvel arrêt du mois de mars i5 t8. » ( Ençyclop . mélhod.)
Robert dévora son chagrin dans le silence jusqu’au règne de Philippe de Valois. Ce prince, dont il avait épousé la sœur , fut touché de son infortune. Mais n’osant donner atteinte aux arrêta •qui privaient son beau-frère du comté d’Artois , il érigea , pour le consoler . son comte de Beaumont-le-Roger en pairie, par lettres du mois de janvier i3a8. (V. S ) Cette faveur, ajoutée à ce qu’il avait déjà reçu, lui parut insuffisante au prix de la succession qu’il réclamait. Il demanda la révision du procès ; et comme il lui fallaiL de nouveaux moyens, il eut recours à la fraude pour s’en procurer. Avec le secours de Jeanne de Divion , femme «le Pierre de Broyé, gentilhomme, il fabriqua quatre lettres et «l'autres pièces qui prouvaient que Robert II, son aïeul, avait Lait donation du comté d’Artois à Philippe son père, que le roi Philippe le Bel avait confirmé cette donation , et que Mahaut y avait consenti. Il produisit outre cela cinquante-cinq témoins , qui furent entendus, et attestèrent les mêmes faits. Mahaut mourut, dans ces entrefaites, d’une manière qui ne parut pas naturelle, le 27 octobre i52C), laissant d’OTTox IV, comte de Bourgogne, son époux, entre autres enfants, Jeanne , qui suit. Mahaut avait assisté au sacre du roi Philippe le Long , son gendre , et y avait soutenu la couronne sur la tète du monarque avec les autres pairs ; ce qui était sans exemple. Elle avait aussi pris se'ance au parlement en qualité de pair, dans le jugement rendu , I’ani5i5, contre Robert de Béthune, cnm'e de Flandre. Le gouvernement de celte princesse , gouvernée elle-même par fnierri d’irecbon , de prévôt d’Aire, fuit évêque d’Arras , ne satisfit point les Artésiens. Après avoir iong-tems murmuré sur les atteintes qu’elle donnait aux lois et coutumes du pays , ils se soulevèrent l’an 1 5 1 G ; et sans la diligence que Philippe le Long fil pour les réprimer , Robert d’Artois, qui s’était venu mettre à leur tête, serait demeuré maître du pays. (J'uy. Otlcn J X , comte de Bourgogne. }
CHRONOLOGIE HISTORUJÜE
JEANNE I«'«
i32<). Jf.awne Ier® , fille d'Ofton IV et de Mahaut, et veuve du roi Philippe le Long, succéda dans le comté d’Artois à sa mère par une adjudication provisionnelle, qui lui fut accordée le 22 novembre i32g. Elle mourut le 21 janvier i55o ( N. S. ) , et sa mort donna lieu aux mêmes soupçons que celle de sa mère.
JEANNE II et EUDES. • 1
i55o. Jeanne II , fille aînée du roi Philippe le Long et de la reine Jeanne , et mariée depuis le 18 juin i3i8 avec Eudes IV, duc de Bourgogne, se mit en possession du comte' d’Artois après la mort de sa inère. Le roi Philippe de Valois lui accorda , le 5o août 1220, des lettres royaux , qui l’admirent à faire hommage de ce comté avec le duc son epoux. Après avoir rempli ce devoir, Jeanne fit assigner le comte de Beaumont à déduire les moyens sur lesquels il fondait sa prétention sur l’Artois Ce fut alors que Robert produisit les quatre lettres dont ou a parlé, Jeanne et sou époux s’inscrivent en faux contre ces pièces , dont le roi se saisit. Jeanne de Divion, accusée d’avoir eu part à leur fabrication , fut arrêtée ; elle avoua tout , et nomma ses complices. Ceux-ci interrogés , déclarèrent n’avoir agi qu’à l’instigation du comte de Beaumont. Arrêt de la cour des pairs qui prononce que les lettres sont fausses , ordonne qu’elles soient lacérées , et condamne La Divion à être brûlée vive, ce qui fut exécuté le 6 octobre i33i. Robert d’Artois, ajourné personnellement , laisse prendre quatre défauts contre lui ; et enfin, le 19 mars i332 (N. S.), la cour des pairs le condamne au bannissement perpétuel et déclare tous ses biens confisqués. Robert n’avait pas attendu cet arrêt pour s’expatrier ; il s’était retiré d’abord à Nainur , puis en Brabant, d’où il passa , l’an i354, en Angleterre auprès d’Edouard III, qu’il engagea à disputer la couronne de France à Philippe deValois. Ce prince écrivit en vain au monarque anglais et au sénéchal de Gascogne pour demander que Robert d’Artois fût renvoyé en France sous bonne et sûre garde; il ne reçut pas même de réponse. Robert alors fut déclaré ennemi du roi et de l’état par lettres du 7 mars i357 ( V. S. ). Ce nouveau •jugement ne servitqu’à l'allèrmir dans lepartiqu’il avait embrassé. Il suivit Edouard dans la descente qu’il fit aux Pays-Bas. Ayant assiégé Saint-Omer , il fut battu sous les murs de fa place, le 26 juillet i54o, et obligé de lever le siège. 11 commanda ensuite l’armée navale qu’Edouard envoya sur les côtes de Bretagne , et s’empara de la ville de Vannes. Mais bientôt ayant été assiégé par
DES comtes d’artois. . 5y5 ■
les Français dans cette place , il reçut tant de coups en la défendant , qu’étant retourne' à Londres , il y mourut de ses blessures l’an 1342. Sa femme , complice d’une partie de ses crimes , avait été enfermée , Pan i534 > par ordre du roi Philippe de Valois , son frère, au château Gaillard (et non à Chinon), et finit ses jours le q juillet i563. Elle avait eu de son mariage, contracte' l’an i3i8, Jean , comte d’Eu $ Jacques et Robert, -tous deux enfermés d’abord au château deNoviex où ils étaient en 1542, puis au château Gaillard $ Charles, comte de Longueville $ Louisj mort jeune $ et Catherine, femme de Jean de Penthièvre, comte d’Aumale. (Anselme.)
La plupart des historiens pre'tendent que la duchesse Jeanne remit, en i335 , le comte' d’Artois à Philippe , son fils. Mais il y a bien peu d’apparence que cette .princesse s’en soit dessaisie en faveur d’un enfant de douze ans. Si Philippe a donc porte' le titre de comte d’Artois , ce ne peut être que comme héritier présomptif de sa mère $ on ne le qualifie pas cependant ainsi en i337 dans le traitédeson mariage avec Jeanne d’Auvergne , où il est simplement nommé Philippe de Bourgogne , tandis que par cet acte, le duc et la duchesse , ses père et mère , prennent, parmi leurs titres , celui de comte et de comtesse d’Artois , que celui-ci garda jusqu’à sa mort arrivée l’an i347..( Fojr. Eudes IV, duc de Bourgogne. ) .
PHILIPPE , dit DE ROUVRE.
1347. Philippe, fils de Philippe de Bourgogne et de Jeanne d’Auvergne , succéda à Jeanne , son aïeule , dans le comté d’Artois après le décès de cette princesse. Celui d’Eudes IV , son aïeul , lui donna le duché de Bourgogne en i55o ( N. S. ), et son mariage avec Marguerite , comtesse de Flandre , le fit héritier présomptif de la Flandre en i357- L’an i36o, il devint comte d’Auvergne par la mort de sa mère. Ce prince mourut sans enfants le 20 novembre i35i. ( Voy. les ducs et les comtes de Bourgogne , les comtes de Flandre et ceux (T Auvergne.