ROGER
Rouer , dont l’origine n’est point certaine , est celui auquel on doit remonter pour avoir une suite non interrompue des comtes do Saint-Pol. La première trace de son existence se rencontre, suivant le P. Turpin , dans une charte de l’an 1023 , par laquelle Warin , évêque de Beauvais , établit une confraternité entre les chanoines de sa cathédrale et les moines de Saint-Wast d’Arras. L’un des souscripteurs s’y nomme à la vérité Roger , mais il ne prend point la qualité de comte. (Miræus, Diplom. Belg.,'1.1, p. i5o. ) On ne saurait également se méprendre sur le Roger qui donna, l’an ioîi, l’abbaye de Blangis a celle de Fécam pour y mettre la réforme , puisque , dans la charte qu’il fit expédier à ce sujet, il se nomme lui-même comte de Saint-Pol. (Turpin, p. î6; Martenne, Anecd. , T. I, col. i55; Gall. Chr. no., T. XI, col. 207.) On y voit aussi’ dénommés sa femme , Hadwide , et scs deux fils , JVIanassès et Robert. Roger, ayant usurpé sur l'abbaye de Saint-Bertiu la terre de Hcuchin (de Hirliaco } , à deux lieues de Saint-Pol, y exerçait une tyrannie si insupportable, que la plupart des colons, pour s’y soustraire, avaient pris la fuite. Touché de repentir ensuite, il fit, l’an io5i, avec l’abbé Bovon ou Bavon , un traité d’accommodement par lequel on lui
laissa pour sa vie la jouissance de la moitié' de cette terre , à condition qu’après sa mort elle retournerait toute entière à l’abbaye de Saint-Bertin. Dans cet acte , il est dit formellement que Roger tenait son comte' de Baudouin (de Lille) , comte de Flandre : Comitatum et c cetera forensia jura idem cornes Rodgerius. in beneficio tenebat de sertiore nostro comité Balduino. Manassès tstle seul des fils de Roger dont le nom soit exprimé dans les souscriptions -, ce qui donne lieu de croire que Robert, son autre fils, n’existait plus. On peut en dire autant d’Hadwide , sa femme, attendu qu’elle n’est point nomme'e dans cette charte. ( Cartul. de Saint-Bertin, T. IX, fol. ia6. ) Le P. Turpin , d’après le necrologc de la collegiale de Sainl-Pol et d’autres monuments qu’il ne rapporte point , met la mort du comte Roger au i5 juin 1067. Il paraît que Manasscs, son fils aine', l’avait pre'ce'de' au tombeau , puisque ce fut un autre de ses fils qui lui succéda. Roger avait fonde' dans son château de Sainl-Pol i’e'glise de Sainfc- S.mveur que plusieurs de ses successeurs enrichirent. (Du Chesne, Maison de Châtillon, p. 52.)
HUGUES I"
>067. Hucues , surnommé Candavène, Candens avena, par les uns , et CiiAMP-n’AvêisE , Campus avenœ , par les autres , fils de Roger et son successeur au comte' de Saint-Pol , n’en jouit que l’espace d’environ trois ans , e'tant mort vers l’an 1670. Il avait épousé, l’an 1060, Clémence, dont il eut trois fils , Gui, Hugues etEustache. ( Lambert . Ardcns. Chron.)
GUI I«r
1070. Gut Ier, fils de Hugues Ier, lui succéda sous la tutelle de Clémence , sa mère. Cette dame s’c'lant remariée avec Arnoul , baron d’Ardres , l’un des plus grands capitaines de son tems , associa ce nouvel époux à la régence du comté de Saint-Pol , qu’il défendit avec valeur contre les attaques de ses voisins. Après la mort de Clémence, arrivée l’an 1076 au plus lard, Arnoul se retira dans sa baronnie d’Àrdres , et laissa le gouvernement du :omté à Gui , son beau-fils. Nous avons une lettre du pape Gré- ;oire VII , écrite , le 25 novembre de cette aunée , aux trois rères , Gui, Hugues et Kustache , qu’il qualifie tous trois du titre le comtes de Saint-Pol , touchant le village de Resèque , en atiu Reseca, que les chanoines de Saint-Pol, appuyés de leur mtorité , avaient usurpé sur ceux de Saint-Omer, suivant les illégutious de ces derniers. Cette contestation ayant déjà été gitée dans plusieurs conciles sans avoir pu y être terminée, Gré-
poire enjoint aux trois frères de se représenter dans quarante jours devant le légat Hugues de Die pour déduire leurs moyens, et répondre à ceux de leurs adversaires. On reconnaît dans cette lettre le style ordinaire de ce pape, c’est-à-dire, qu’elle est pleine de hauteur et de menaces. L* affaire toutefois ne finit qu’en 1094 sous le successeur de Gui , par une transaction qui maintint le chapitre de Saint-Pol dans la jouissance de l’objet du procès, moyennant le cens annuel d’un marc d’argent payable au chapitre de Saint-Omer. (Turpin , Annal. Com. S. Pauli , p. 44) Lecomte Gui mourut, l’an io85, sans avoir été marié. (Lambert, Hist. Domin. Ard.ÿ
HUGUES IL
. io85. Hugues II de Champ d’Avêne fut le successeur de Gui, son frère , au comté de Saint-Pol. Ayant accompagné avecEnguerand, son fils, Fan 1096, Robert, duc de Normandie, à la croisade , il se distingua au siège d’Antioche, et monta des premiers à l’assaut de Jérusalem. Mais, entre ces deux événements, il perdit sou fils, qui fut tué devant Marra. ( Albert . Aquens.) A son retour , il prit les armes pour le comte de Hainaut contre Robert, comte de Flandre. Il eut aussi la guerre avec Baudouin à la Hache , successeur de Robert, qui lui enleva , l’an 1 1 1 5 , le château d’Encre, dont il fit présent à Charles de Danemarck , son cousin , et , l’an 1 1 17, celui de Saint-Pol. Mais peu de tems après il lui rendit ce dernier à la prière du comte de Boulogne. Après la mort de Baudouin , le comte de Saint-Pol entra dans la ligue formée par la veuve de Robert le Jérosolimitain , pour exclure du comté de Flandre Charles de Danemarck, et le faire tomber à Guillaume d’Ipres. Charles triompha de tous les confédérés; et étant entré dans le comté de Saint-Pol , il en rasa toutes les forteresses et contraignit le comte à lui demander la paix. (Bouquet , T. XIII , p. 337. ) Elle lui fut accordée , dit Meyer, à condition de rentrer dans la mouvance de la Flandre dont ses prédécesseurs s’étaient affranchis. Hugues mourut l’an 1 i3o,ou 1 i5i (et non pas 1126) , ayant eu d’EusENDE, sa première femme , Hugues , qui suit, et Enguerand, tué, comme on l’a dit, devant Marra en Palestine. De Marguerite de Clermont, comtesse d’Amiens , sa seconde femme , veuve de Charles le Bon , comte de Flandre, il eut deux fils, Raoul et Gui, morts avant lui. Du Cange ( Hist . manuscrite A Amiens) pense que de ce même lit sortit Béatrix, que d’autres attribuent au premier, et qui, étant devenue héritière du comté d’Amiens , le reporta dans la maison de. Boves en épousant Robert , second fils de Thomas de Marie. Marguerite, après la mort de Hugues, convola eu
troisièmes noces. Les modernes pre'tendent que ce fut avec Thierri d’Alsace , comte de Flandre , qu’elle les contracta; mais du Cauge soutient que son troisième mari fut Baudouiu d’Eucre, dont elle eut , dit-il , une fille , qui fut mère de Gauthier , sei-
5neur d’Heilli ( ibid.) ; et il a pour lui un généalogiste du tems e Philippe Auguste. ( Bouquet , T. XIII , p. 4i5. )
HUGUES III
u3o ou n5i. Hugues III, successeur de Hugues II, son père , fit une guerre très-vive aux Colletons, établis sur les bords de la rivière d’Authie dans le Ponthieu. Vainqueur en diverses rencontres , il obligea ses ennemis à se réfugier dans la ville de Saint-Riquier, qui était alors une des mieux fortifiées du royaume. Hugues vint mettre le siège devant cette place ; et l’ayant emportée d’assaut le 28 juillet 1 i3i, il y mit tout à feu et à sang , ainsi que dans l’abbaye , massacrant tout ce qui tombait sous sa main, sans distinction d’âge, de sexe et d’état, brûlant les lieux saints comme les profanes. Le feu grégeois fut employé dans cette funeste expédition ; et l’on rapporte qu’un moine , en ayant été atteint pendant qu’il célébrait la grand’messe , fut brûlé vif au milieu des saints mystères. ( Citron . Centul. min.) L’abbé Anscber alla se plaindre de ces violences au pape Innocent II , qui tenait pour lors un concile à Reims. Mais l’anathème dont cette assemblée frappa le comte Hugues , loin de lui toucher le cœur , ne servit qu’à l’endurcir. De Saint-Riquier, si l’on en croit le P. Turpin , les Colletons s'étaient sauvés chez Robert, comte de l’onthieu , qui leur avait donné retraite. Hugues , ajoute cet écrivain, pour se venger de cet acte d’humanité, tendit à Robert nne embuscade , et le tua comme il revenait de la chasse. Mais ce récit non seulement n’est appuyé d’aucune preuve; il est de plus formellement démenti par ce que les anciens monuments nous apprennent de Robert de Bellême, qui est le comte de Ponthieu dont il s’agit ici. ( Voyez Robert II , comte de Bellême et d" Alençon , et Robert, comte de Ponthieu. ) Nous ne pouvons ajouter plus de foi à ce que dit encore de son chef le même auteur, que Hugues III mit le comble à ses violences en poignardant à l’autel un prêtre pour avoir déclamé contre sa tyrannie. Ce qui est certain , c’est que le roi Louis le Gros , sur les plaintes qui lui furent portées par les églises que Hugues III opprimait , était dans la disposition de marcher contre lui pour le réprimer, comme on le voit par une lettre du roi Lonis le Gros à l’évêque d’Arras, dans laquelle il témoigne être déterminé à ne rien négliger pour arrêter et punir la foreur du comte de Saint-Pol. [Baluze , Miscell. , T. V, p. 445-) Hugues prévint le coup en
rentrant en lui-mcme et se soumettant à la pénitence. Pour obtenir son absolution , il s’adressa au pape Innocent II , qui lui enjoignit de fonder un monastère pour re'parer le mal qu’il avait fait. Il fonda en conséquence , l’an 1 , l’abbaye de Cercamp,
Carus-Campus , sur la Canche , dans laquelle il plaça, l’an 1 41, une colonie de Cisterciens, qu’il avait été lui-même chercher » Pontigni , au diocèse d’Auxerre. ( Gall. Chr., T. IX , col. i3A) La conversion de Hugues ne le fit pas renoncer au métier des armes. L’an 1140, il fit une ligue avec le comte de Hainaut contre Thierri d’Alsace , comte de Flandre. Mais étant venus l’attaquer, les deux comtes furent vigoureusement repoussés par celui-ci, lequel, étant entré sur leurs terres, prit sur eux divers châteaux qu’il rasa, et s’en retourna chargé de dépouilles. (Chm- Elnon.) Hugues mourut l’année suivante, laissant de Béatsu, son épousé, cinq fils et trois filles. Les fils sont Ingelram,qui suit ; Hugues, mort sans alliance; Anselme , qui continua la postérité ; Raoul et Gui : les filles , Angélique , ou Angéline , femme d’Anselme de Housdain ; Adélaïde, femme de Robert le Roux, sire de Béthune; et Beatrix, femme de Robert, quatrième fils de Raoul Ier, sire de Couci. La mère de ces enfants fut inhumées Cercamp.
INGELRAM.
1141. Ingelram, ou Enguerand , fils aîné de Hugues III et son successeur, mourut l’an n5o , peu après avoir épousé Ide, fille de Nicolas d’Avêne : son frère , Hugues , l’avait précédé de quelques jours au tombeau. (Du Chesne, M. de Chdlillon.)