PHILIPPE DE BOURGOGNE
i4ï5. PniLiPPE , second fils d’Antoine, duc de Brabant, et de Jeanne, de Luxembourg , fille unique de Waleran, né le 25 juillet i4°4 » succéda à son aïeul maternel dans le comté de £>aint-Pol et dans celui de Ligtii, sous la tutelle de Jean, duc de Bourgogne, frère de son père. Il fut du nombre des seigneurs qui signèrent, le 5o juin i4T9> pour le duc son oncle, à Poilli- Îe-Fort, entre Melun et Corbeil , le traité conclu par ce prince avec le dauphin, pour rétablir le calme dans l’état. La même année, le roi Charles YI , partant de Paris sur la fin de novembre pour aller s’opposer aux Anglais, nomme Philippe gouverneur ou capitaine de la ville en son absence. Mais, au mois de décembre de l’année suivante, le roi d’Angleterre, maître de Paris , lui ôta cet emploi pour le donner au duc de Clarcncc.
( . T^ojrez Charles VI.) L’an 1421 , appelé par la noblesse de Brabant, mécontente de la conduite du duc Jean, son frère, il se rend dans ce pays pour en prendre la régence. Jean de Bavière, qui aspirait au meme emploi, lui cède la place, et fait une paix simulée avec lui; mais il travaille sous main à le supplanter dans l’esprit du duc , et y réussit. De retour en ses terres au bout de dix-huit mois , Philippe est renvoyé, l’an i4s3 , en Brabant, avec le bâtard de Saint-Pol, par Philippe, duc de Bourgogne,
• son cousin,, pour secourir son frère, à qui le duc de Glocestre disputait ses états les armes à la main. La dévotion aux lieux où s’est opérée notre rédemption, s’étant emparée de son esprit, il se rend, l’an ^27, à Rome, pour consulter Je pape sur le dessein qu’il a de les aller visiter. Le pape n’est pas d’avis qu’il entreprenne un si long pèlerinage. Il retourne sur ses pas, et dans la route il apprend la mort de Jean, duc de Brabant, sou frère, décédé, le 17 avril, sans enfants. A cette nouvelle, il part en diligence pour Louvain , où il est inauguré duc de Bradant dans le mois suivant. (Voyez les ducs de Brabant,) Philippe ne jouit pas long-temps de cette succession, étant mort lui-même sans alliance le 4 août 14^0, selon les historiens, oa le 1 5 octobre 1429, suivant un registre du parlement. Ou crut qu’il avait été empoisonné; mais, à l’ouverture de sou corps,
o,n lui trouva un abcès dans le foie.
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i/\* 9. Jeakice , fille de Gui de Luxembourg et de Mahautde
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Çbâiiliou, comte et comtesse de Saint- Pot, et sœur du comte Waieran, se mit en possession, après la mort de Philippe, de tout ce qui lui avait appartenu du coté maternel , et notamment des comtés de Saint-Pol et de Ligni , où elle plaça des gouverneurs en son nom. Scs neveux ne formèrent aucun obstacle à sa prise de possession , parce que la représentation , comme on l’a déjà remarqué ci-devant, n’a point lieu dans la coutume d’Artois et les pays qu’elle régit. Mais comme elle était avancée en âge , et n’était point mariée , bientôt après elle fit donation de tous ces domaines à Jean de Luxembourg, son neveu, petit-fils, par Jean son père, de Gui et de Mahaut, pour en jouir après sou décès. Ce moment ne tarda pas d’arriver. Mais Pierre, frère aine de Jean , réclama contre la donation , prétendant que son cadet n’avait pu être avantagé avant lui. Jean , pour appaiser son frère , lui céda le comté de Saint-Pol, et la bonne intclli* gence par là fut rétablie entre eux.
PIERRE I”
14*1 ou environ. Pierre Ier, comte de Conversan et de. Brienne , fait chevalier de la Toison d’or à la création de cet ordre au mois de janvier 14^0, prit possession du comté de Saint-Pol , que Jean , son frère , lui avait cédé. L’au le
duc de Betfort, son gendre , soi-disant régent du royaume de France), lui douna la conduite d’un corps d’année pour aller reprendre Saint-Valeri en Ponthieu sur les Français , qui venaient de l’emporter par escalade. Il réussit dans cette expédition ; la place lui ouvrit ses portes après: trois semaines de siège. Mais ü mourut de la peste à Rainbures le 5i août de la même année. Pierre avait épousé Marguerite de Baux d’Andhia ’( morte en 1469), dont il eut Louis, qui suit; Thibault, duquel so«jt descendus les seigneurs de Fienues et les vicomtes de Martigues; Jacques, seigneur de Riçliebourg; et deux autres fils; Jacqueline, mariée, en 1 4^3 , à Jean d’Angleterre, duc de Belfort, puis à Richard Donderville , seigneur .de Rivières ; Isabelle v femme de Charles Ier.,. comte du Maine ; Catherine , troisième femme d’Artus de Bretagne , comte de Richemont.
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1455. Louis, fils aîné de Pierre de Luxembourg, lui succéda, à l’âge de quinze ans , dans le comté de Saint-Pol et dans celui de Conversan , dans la châtellenie de Lille , et autres domaines , $ous la tutelle de Jean de Luxembourg, comte de Ligni , sou oncle. Conduit par son tuteur, grand partisan des Anglais, ij
402 chronologie historique
entra, l’an i4^4> dans le Laonnais avec cinq mille combattant! t et mit tout à feu et à sang jusqu’aux portes de Laon. Ou fit, dans un combat qui se livra près cette de ville , plusieurs prisonniers qui furent massacres. Le comte de Ligni en fit tuer quelques-uns par son neveu, lequel , dit Monstrelet prenoit grand plaisir: c’était vraisemblablement pour Paccoutumer au carnage. Quel plan d’éducation I s’écrie judicieusement M. Villaret. L’an iù55 , il se trouva avec ce meme tuteur à la célèbre assemblée d’Arras, et tous deux, par attachement pour les Anglais, refusèrent de jurer le traité qui y fut conclu entre le roi Charles VII et le duc de Bourgogne. Le roi , l’an i44° > faisant emmener l’artillerie de Tournai à Paris, les gens du comte de Saint-Pol eurent la témérité d’enlever ce convoi. La Hire, Chabannes et Rohaut, reçurent ordre à cette nouvelle d’entrer sur les terres du comte, qu’ils ravagèrent. La comtesse-douairière de Saiut-Pol étant venue trouver le monarque à Laon, fit la paix de son fils, à condition qu’il ferait hommage et sermeut de fidélité au roi, tant pour ses terres que pour celles qu’il tenait par la comtesse sa femme, et lui remettrait pour garant de sa foi la ville de Marie. Le comte s’étant rendu à la cour pour s’acquitter de cet engagement , y reçut un favorable accueil. Dès* lors il rompit scs liaisons avec l’Angleterre , et travailla efficacement à délivrer entièrement la France de sa tyrannie. Ce fut lui qui acheva de chasser les Anglais de la Normandie, parla prise d’Harfleur, qui capitula le 24 décembre i449* H y entra, îe premier janvier suivant , accompagnant le roi, sous les ordres duquel il en avait fait le siège. Froissart rapporte que le chanfrein (armure de la tête) de son cheval de bataille était estime trente mille écus. Plusieurs villes des autres provinces , avec le secours qu’il y porta, secouèrent le joug de ces dangereux ennemis. Il marcha, l’an i45‘2, au secours du duc de Bourgogne contre les Gantois révoltés. Son attachement à ce prince le fit entrer, l’an i465', dans la ligue qui avait pour prétexte le bien public , d’où elle lira son nom. La même année , le roi Louis XI étant à Tournai , le comte de Saiut-Pol y après bien des délais, vint lui faire hommage des terres qu’il tenait de la couronne. Le roi , dans cette rencontre , fit tout son possible pour l’attirer à son service et le détacher de celui de Charles, comte de Charolais , auquel il était entièrement dévoue j mais il ne put rien / gagner. . . - . . .
L’an 1 465, le comte de Saint-Pol, à la tête de trois cents hommes d’armes , de quatre cents archers et de plusieurs seigneurs , va joindre l’armée de la ligue, dont il - commanda Pavant-garde à la bataille de Montlhéri , donnée le 16 juillet. Louis, voulant gagner à quelque prix que. ce fut le comte de
Saint-Pol, lai donna , le 5 octobre suivant, l’épée de connétable; et pour ôter au comte de Charolais toute méfiance à cet égard, il feignit d’accorder à son favori cet honneur en sa considération. Le comte de Saint-Pol , attaché au roi par sa place 9 continua de se ménager avec le comte de Cliàrolais jusqu’à la mort du vieux duc de Bourgogne , Philippe le Bon. On le vit même servir dans l’armée de ce prince contre les Liégeois , comme son feudataire , à raison des terres qu’il possédait en Picardie et aux Pays-Bas. Mais Charles étant devenu duc d© Bourgogne, le connétable se déclara hautement pour le roi dans les démêlés de ce monarque avec le duc. L’an i47°> aa mois de décembre, il enlève à ce dernier, sans coup férir,, la ville de Saint-Quentin, qu’il garda pour lui; et au commencement de l’année suivante , il engage par ses émissaires la ville d’Amiens à se donner au roi. Mais comme il trouvait son avantage à' continuer la guerre, il traversa sous main les projets d’accommodement qui furent proposés.
L’an i474 > Ie ro* Ie duc * s’apercevant que le conné** table trahissait également leurs intérêts dans la vue de se rendre indépendant de l’un et de l’autre, se concertent pour le perdre.- La chose fut conclue par les ambassadeurs des deux princes aux conférences de Bouvines , où , par traité signé de part et d'autre, les deux princes convinrent de déclarer à son de trompe le connétable , leur ennemi commun, criminel de lèse-majesté, coupable de félonie, promettant que celui des deux qui le ferait arrêter le premier, le feraitmourir huit jours après ouïe rendrait» l’autre pour en faire briève justice. Mais le roi n’ayant pas voulu ratifier le traite , les signatures furent rendues par les ambassadeurs de Bourgogne. Le connétable, instruit del’orage qui lemenaçait, demande une entrevue avec le roi pour se justifier. Elleestaccordée. On convient d’un pont sur une petite rivière entre la Fère et Noyon pour le rendez-vous. Le connétable y vient accompagné de trois cents hommes d’armes, et a la hardiesse de faire mettre une barrière entre le roi et lui. Il parle pour sa défense en peu de mots. Le roi lui promet d’oublier (e passé , après quoi l’on se sépare. Mais l’insolence avec laquelle le connétable avait paru devant son maitre , laissa une profonde plaie dans le cœur de ce monarque. Le connétable , qui connaissait le caractère vindicatif du roi , chercha son salut dans l’intrigue et la fourberie. Il engage le roi d’Angleterre , Edouard IV, son neveu , à faire une descente en Picardie , et lui promet le secours du duc de Bourgogne, qu’il détermine en effet à seconder cette entreprise. Mais la chose n’eut pas le succès qu’il espérait. Louis XI s’accommode avec le roi d’Angleterre , à qui le duc de Bourgogne avait manqué de parole , et l’engage à s’en retourner. Le coiiné-
4o4 CHnbNÔLOClE H!ST0Rt<Jl<l1 1
table , voyant ce coup manqué , dépêche au roi son secrétaire pour lui persuader qu’il est entiemi du dué. La conversation est rendue à ce dernier , qui jure la perte du connétable. Entrevue du roi et du duc à Soleure dans le Luxembourg le i3 septembre > 47^*- Ils y signent un traité par lequel ils promettent de se livrer réciproquement leitrs ennemis communs, à la tête desquels ils mettent le conrle’table. Celui-ci demeurait cantonné à Saint-Quentin, dont il avait fait sa place d’arraes. Le roi marche contre cette ville, où le connétable ne juge pas à propos de l’attendre. Il se réfugié sur les terres du dite, après lui avoir promis dé lui remettre toutes Ses places de Picardie, et arrive à Mans. Le duc , occupe’ pour lors au sièg» de Nanci , donne ordre de l’arrêter; puis, sur (es ins'UnceJ du roi , il le fait remettre, par son chancelier Hugonet, entre les mains du bâtard de Bourbon. Le Connétable , amené à Paris, est ènferiué, le 27 novembre 147$, à la Bastille. On instruit son procès, et par arrêt du parlement, fendu le 19 décembre Suivant, il est condamné à perdre la tête en place de Grève: supplice qu’il souffrit avec beaucoup de constance et de résigoation. Telle fut la fin de cet homme en qui tout était grand, dit le P. Daniel, T’espril , le courage, l’habileté dans la guerre, la naissance , les honneurs , les richesses, l’ambition. Sou corps lut enterré aux Cordeliers. Lé roi céda au duc de Bourgogne, comme on en' était convenu, les villes de Saint>-Queatin, (le Ham , de Bohain , avec les trésors du connétable , et hérita pour sa part des terres que cc malheureux seigneur possédait en France; mais ensuite il les donna, pour la plupart, an maréchal de Gié. Louis de Luxembourg avait épousé , i°, l« 16 juillet iq’)'), à Bohain , Jeanne de bar, comtesse de Soissons , vicomtesse de Meaux, fille unique dé Robert de Bar, morte en 1462; 20, l’an 1466, le premier août , fille
de Louis, duc de Savoie , sœur de la reine Charlotte , femmè de Louis XI, décédée l’an i4ÿ5 , quelques mois avant son époux. Du premier lit il eut Jean , comte de Soissons et de Marie, tue' dans l’armc'c du duc de Bourgogne, le i2 juin 1476, à b bataille de Morat ; Pierre, qui suit; Antoine, qui portait le titre de cotnle de Rouci quoiqu’il n’oùt pas la terre , et tige des comtes de Bricane; Charles, évêque de Laon; Jacqueline, femme de Philippe, sire de Croï et comte de Porcien ; Hélène, mariée à Janus, comte de Genève ; Philippe, abbesse de Moncel. Du second lit vinrent Louis , comte de Ligni, Prince d’Andric et grand- chambellan de France, mortle 3i décembre i5o3; e* Jeanne, religieuse.
PIERRE IL
Pierre II, second fils de Louis dé Luxembourg, fut appelé comte de Brienne du vivant de Jean, son aîné'. Mais après la mort de celui-ci, qui fui tué, comme on Ta dit, à la bataille de Morat> il prit les titres de comte de Saint-Pol, de Marie , de Soissons , etc. ; titres qui furent sans réalité, Pierre n’ayant jamais joui des domaines de son père situés en France , tant à cause de la confiscation , que parce qu’il était au service du duc de Bourgogne. Pierre étant à Gand , l’an 1 477 > aPr^s mort du duc de Bourgogne , contribua beaucoup à soulever les Gantois contre le chancelier Hugonet , et à le faire condanàner à mort. Le motif qui le fit agir en cette occasion, fut la ressentiment de la mort de son père, dont Hugonet avait été cause en exécutant., trop précipitamment l’ordre que le duc de Bourgogne lui avait epvoyé de le livrer aux commissaires de Louis XI ; ordre qu’il avait révoqué trois heures après. La même année 1 477 > princesse Marie, fille et héritière du duc Charles, cède et transporte, par acte du 7.0 août, aux enfants du connétable tous droits , causes et actions que le feu duc son Père et elle pourroient avoir , soit à titre de confiscation , ou à titre de dons et transport du roi auparavant ou depuis le trépas de 91. Louis de Luxembourg en la comté do Saint-Pol , en toutes les autres terres et seigneuries qui appar *-• tinrent audit Louis de Luxembourg. (Pavillon , notes sur Vhist . de Luxembourg par Vignier .) Pierre mourut au château d’Eu* ghien le a5 octobre 1482. De Marguerite, sa femme, fille dé Louis , duc de Savoie , sœur aînée de Marie , sa bella-mère , et veuve de Jean, IV Paléologue , marquis de Moutferrat , décédée le 5 mars 1485, il eut trois fils morts jeunes; Marie, qui suit; Françoise, dame d’Enghicn , femme de Philippe de Clèves, comte de Ravestein. Pierre II et sa femme sont enterrés à Cercamp.