‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 5)Chapitre 222 sur 296 · WALERAN · texte numérisé non relu

WALERAN

1.^71. Waleran succéda en bas âge, avec le consentement et sous la tutelle de sa mère , à Gui, son père, dans le comté de Saint-Pol , le comté de Ligni , la châtellenie de Lille et la seigneurie de Boucliain. Tout jeune qu’il était, il avait accompagné son père dans son expédition du Ponthieu , et avait été faitchcvalicr au siège de Pont-de-Remi. Il s’était trouve* ensuite à h bataille de Baéswieder, où il avait été fait prisonnier par Gilbert, .sire de Vianc , qui de sa rançon fit bâtir à Viane une tour qui fut nommée de Saint-Pol, et par corruption Simpol. ( Pontanus.) L’an 1074', étant en Picardie pour le service du roi , il tomba entre les mains du parti anglais , et fut conduit en Angleterre. Il offrit une grosse rançon pour sa délivrance : mais le roi d’Angleterre la refusa, et proposa au roi de France de l’échanger avec le captai de Buch, alors prisonnier de guerre à Paris. Le roi Charles V étant résolu de ne pas relâcher ce général, le pins habile et presque le seul grand capitaine qui fût alors parmi les Anglais, le comte de Saint-Pol demeura en Angleterre,. mais avec une grande liberté. C’était, dit le père Daniel , un seigueurbieu fait , adroit à tous les exercices du corps et dans le maniement des armes, enjoué dans la conversation, et qui, par tous ces beaux endrois, mérita de plaire beaucoup à la princesse Mathilde

de Courtes ai (appelée Jeanne parWahingharn', sœur utérine dn

- DES COMTES DE SÀÏNT-POL. 5g 7

roi nicliarc! II. Elle était elle-même une des plus belles personnes de l’Europe. Le comte répondit à ses inclinations. La liante naissance de Waleran et les grands biens qu’il possédait , en faisaient • un parti qui n’c'tait pas indigne de Mathilde. Le mariage fut conclu, et la rançon du comte rc'glêe à cent mille francs (1) , dont on devait lui remettre la moitié quand il épouserait la princesse.

On lui donna la liberté' de passer en France pour mettre ordre à ses affaires , et rapporter dans l’année les cent mille francs. Mais à son arrive'e en France , l’an 1 3yc) , on lui fit un crime à la cour de ce qu’étant vassal de la couronne , il avait traite' de mariage avec une princesse anglaise sans la permission du roi (2). Ou prétendit même avoir des preuves qu’il s’c'tait engage' à livrer au roi d’Angleterre quelques-unes des forteresses qu’il avait aux Pays- Bas. Le comte, s’apercevant qu’il n’y avait point de sûrete' pour lui en France, s’e'cbappa secrètement et retourna en Angleterre , où le mariage se fit à Windsor dans l’octave de Pâques de l’au i3So, selon Thomas Walsingham. Quelque tems après, il repassa la mer j mais n’osant paraître sur les terres du roi, qui avait fait saisir ses châteaux , il se retira dans le domaine du comte de Moriarnmez , son beau-frère , et y resta jusqu’à la mort de Charles V. Dès que ce monarque eut ferme' les yeux, Waleran fit solliciter sa grâce auprès de son successeur , et l’obtint par le crédit des princes. Mais non content de son rétablissement , il voulut satisfaire sa vengeance en cherchant â perdre celui à qui il attribuait la longue durée de sa disgâce. C’était Bureau de la Rivière , premier chambellan , ministre et favori du feu roi. Il l’accusa d’intelligence avec les Anglais, et s’offrit d’en fournir la preuve. L’accusation fit impression sur l’esprit du roi , qui dépouilla la Rivière de sa charge. Mais Clisson , qui était redevable à l’accusé de l’épée de connétable, les ducs de Bourgogne et de Berri, et d’autres seigneurs, parlèrent si efficacement en sa faveur,

que peu de tems après il fut rétabli.

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(i)-Les francs étaient d’or fin, et de la (aille de 63 au marc; ainsi 120,000 devaient peser i<ÿ>4 marcs seize vingt-unièmes, et h raison de 828 liv* 12 sous le marc, produiraient aujourd’hui nn million cinq cents soixante-dix-huit mille deux .cent quatre-vingt-cinq livres quatorze sous trois deniers.

fa) Si l’on en croit l’auteur ingénieux des portraits des rois dé Franco (T. il , p. 149)1 sainl Louis, après la victoire de Taillebonrg, fit un édit dans une assemblée générale, par lequel il était défendu aux seigneurs français d’épouser des filles étrangères sans la permission du souverain, cc Par un » autre édit , ajoute-i-ïl , il fut statué que ceux qui avaient des fiefs en » France et en Angleterre, choisiroient auquel des deux rois ils vouloient » rendre hommage , et qu’ils ne pourroient plus les conserver en même tems >j. On ne connaît point de recueil des ordonnances de nos rois oik te rencontrent ces deux édits

5tj8 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

L’au 1 5c>r , après avoir inutilement répété des sommes que son père avait prêtées à Wenceslas, roi de Bohême, son parent, depuis empereur, Waleran entre à main armée, pour se faire justice, dans le Luxembourg, où. il brûle cent vingt villages. Mais le comte de Castiniac, étant venu à sa rencontre, le bat et le chasse du pays avec une si grande perte, qu’il ne fut pas tenté d’y revenir. Waleran , l’année suivante , accompagna !e roi Charles VI dans sa malheureuse expédition de Bretagne.il était , selon Froissart, du nombre de ceux qlii blâmaient cette entreprise, et il avisa, avec les seigneurs qui pensaient comme lui, aux moyens de la rompre. S’étant rendu, l’an 1396, à Londres, en qualité d’ambassadeur , pour y .traiter de la paix, il engagea le roi Richard à venir conférer avec le roi de France entre Ardes et Calais. Le 5o décembre de la même année, il fut nommé gouverneur de la république de Gênes, qui s’était donnée à la France. 11 se rendit, le 18 mars suivant, en ce pays; mais il y fil peu de séjour, la peste, qui suivit de près son arrivée , l’ayant obligé d’en sortir. Un moderne prétend que les mécontentements oocasionés par ses .galanteries furent la véritable cause de sa retraite. L’an i3g8, pour venger la mort de son père, tué à la bataille de Baësweider, il va se mettre avec trois cents chevaux à la tête des Brabançons ligués avec les Liégeois dans la guerre que ceux-ci faisaient au duc deGueldre ét de Juliers. Il les conduit sur le territoire de cette dernière ville, qu’il oblige à se racheter du pillage et de l’incendie, moyennant une grosse somme.

L’an 1401 , au mois d’août, Waleran arrive à Lculinghcn, près de Calais , pour recevoir la reine Isabelle de France, veuve de Richard II , roi d’Angleterre , que les Anglais renvoyaientaa roi Charles VI , son père. II fut revêtu, l’an 1402, de la chargede grand-maitre des eaux et forêts, l’une des principales de la couronne. La déposition du roi Richard II , suivie d’une mort tragique, excita le comte de £>aint-Pol, son beau frère, à la vengeance. Après avoir envoyé au nouveau monarque anglais ua cartel de défi , daté du 10 février 1402 (V. S.), il alla faire une descente dans l’îlc de Wiglit, d’où il fut repoussé par les habitants. Mais, à son retour , il se donna la satisfaction défaire planter de nuit , à la porte de Calais, une grande potence oui! lit pendre en effigie, avec les armes renversées, le comte de Sommersct, frère du roi Henri IV, et gouverneur de la place. La France était alors en trêve avec l’Angleterre. Lorsque celle-ci demanda raison de res hostilités et de ces insultes , le ministère français se contenta de les désavouer. Les Anglais ravagèrent le Boulonnais et les autres terres voisines de Calais, sous prétexte que les terres du comte de Saint-Pol y élaieul situées. Pournt

DES COMTES I)E SAINT-POE. Zofl

pas violer la trêve, on laissa le soin à Waleran de se de’fendre. Cette guerre dura deux ans, et finit parun notable e'cliec que le comte de Saint-Pol reçut. L’an 1408, il marcha au secours de J’evéque de Lie'ge contre ses sujets re'volte's, et contribua à la victoire remporte'e sur eux par ce prélat dans la plaine d’Othey ,

Je 22 septembre de la même année. Il fut nommé, l’an 1409, avec les comtes de la Marche et de Vendôme , pour travailler au rétablissement des finances , qui étaient dans la plus grande confusion. Mais les- travaux de ces censeurs et réformateurs de l’état n’aboutirent qu’à la ruine des financiers, qui furent dépouillés , et le peuple 11e fut point soulagé.

L’an 1410, le duc de Bourgogne, dont le comte de Saint- Pol était partisan , le fit nommer, le 29 octobre, gouverneur de Paris , à la place du duc de Berri, qu’on avait dépouillé de cette charge. Ce fut Waleran qui , l’année suivante, forma dans la capitale cette fameuse milice bourgeoise, composée de cinq cents bouchers ou e'corcheurs, commandés par les Goix , les Sainl-Y ons et les Thitberts, propriétaires de la grande boucherie de Paris. L’histoire 11’a pas. oublié les excès auxquels ces furieux ie portèrent, et dont le récit fait horreur. L’an 1412 (N- S.), ce même duc de Bourgogne , ayant fait ôter la charge de connétable à Charles d’Albrct, la fit encore donner à Waleran , qui en fit hommage-lige au roi le 5 mars; car les grands offices étaient encore alors tenus en fiefs. ( Brussel , p. 652.) Waleran,

Je 10 mai suivant, battit l’armée des Armagnacs en Basse-Normandie, près du château de Saint-Ucmi-au-Plain , dont elle J 'efforçait de faire lever le siège , après quoi il prit la ville et le :hâteau de IDomfront. ( Monstrelet. ) Le duc de Bourgogne vvant été contraint, l’an >4i5, de se retirer de Paris, celte fis grâce entraîna celle du comte de Saint-Pol, à qui le roi fit "edemander l’épée de conuc’tablc, pour la rendre à Charles ’ l’Albiet. Waleran , par le conseil du duc de Bourgogne, la rcusa , et envoya le comte de Convcrsan, son neveu, vers le ni , pour lui taire agréer scs excuses. Néanmoins il ne voulut «oint prendre les armes pour l’un ni pour l’autre parti. L’an 4i5 (et non 1 4 * 3 , comme le marque le P. Anselme), Waleran tant au château d’Ivoi dans le Luxembourg, dont Antoine, ne de Brabant, son gendre, l’avait fait gouverneur, il y tomba la/ade, ci y mourut le 19 avril, sans laisser d’enfants de ses eux femmes , dont la seconde , Bonne, fille de Robert, duc de br, lui avait apporté en dot la seigneurie de Nogent-le-Rotrou M ss. de Coislin , n° i55), mourut l’an 1402. 11 avait eu de la remiére , Jeanne, châtelaine de Lille, mariée, l’an 1402, à tifoine de Bourgogne, duc de Brabant , morte le 12 août 1407. gués de Brie, sa maîtresse , le fit aussi pèrç d’un bâtard nommé

Jean Hcnnequin , célèbre dans l’histoire du quinzième siècle, et mort l’an 1466. (Vignier, Sainte-Marthe, Moréri. )

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