‹ L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur (volume 5)Chapitre 238 sur 296 · BÉATRIX · texte numérisé non relu

BÉATRIX

1137. Beatrix de Bourbourg , fille de Henri de Gand et de Sibylle de Guines, succéda dans le comté de Guines à Manassès , son aïeul maternel, avec Albéric Sanglier , seigueur anglais fort puissant, qu’il lui avait donné pour époux. De grandes infirmités que celui-ci avait remarquées en elle, dont la principale était la pierre, ou la gravelle, l’avaient porté à la quitter pour retourner en son pays. La nouvelle de la mort de Manassès le rappela dans le comté de Guines. Mais , après en avoir pris possession et fait hommage à Thierri d’Alsace , comte de Flandre, il repassa la mer, laissant son épouse auprès du châtelain de Bourbourg , et sa terre à la garde du seigneur de Ham. Cependant il avait un concurrent secret pour cette succession dans la personne d’Arnoul , seigneur de Tornehen, fils de Wennemar, châtelain de Gand , et de Gisle , sœur de Manassès. Arnoul, profitant de son absence, fit une confédération à l’aide de laquelle il se rendit maître du comté de Guines. En vain les partisans de Béatrix pressèrent son époux par divers messages à venir à son secours : il fut sourd à leurs sollicitations, et resta tranquille à la cour d’Etienne, roi d’Angleterre, où il était en grande considération. Henri de Gand, père de Béatrix , voyant l’indifféreuce d'Albéric pour recouvrer Phérîtage de sa femme, promit sa fille â Baudouin , s’il voulait s’engager à retirer des mains d’Arnoul le comté de Guines. L’offre acceptée, Henri fait casser le mariage d’ Albéric avec Béatrix, et la donne à Baudouin. Mais Béatrix mourut peu de jours après cette seconde alliance ( l’an i 142 au plus tard ) , et fut enterrée au monastère de Sainte-Mari* de la Capelle , sans laisser de postérité. ( Lamb . Ard. ; Du Chesne , ibid. )

ARNOUL I«r.

1 142 au plus tard. Arnoul Ier, seigneur de Tornehen , d’usurpateur du comté de Guines en devint légitime héritier après la piort de Béatrix. 11 eut néanmoins pour concurrent Geofroi III, seigneur de Sémur en Brionnais , lequel prétendait à ce comte

comme fils d’Alix, sœur aînée de Manassès,, dont Gisle, mère d’ArnouI , n’était que sœur cadette. Mais Alix était morte depuis long-tems , au lieu que Gisle était encore vivante ; ce qui donnait l’exclusion à Geofroi , la représentation n’ayant pas lieu dans le pays. Geofroi se rendit après quelques contestations , et laissa Arnoul paisible possesseur du comté de Guines^ Arnoul se distingua par plusieurs actions de valeur , doi\t le detail n’est point venu jusqu’à nous j c’est ce qui l’a fait qualifier, par Lambert d’Ardres , très-vaillant chevalier entre tous les chevaliers de son tems, Pusieurs églises le comptent aussi parmi leurs bienfaiteurs. Ün des privilèges qu’il leur accorda,, fut que leurs hommes en passait par ses terres ne paieraient ni péages ni impôts. (L’usage des seigneurs était alors , et dura long-tems , de rançonner tous ceux qui voyageaient sur leur territoire. ( Ce comte étant allé en Angleterre , y fut attaqué à Newton d’une maladie dont il mourut ran 1 169. Son corps, fut apporté , comme il l’avait ordonné par 1 son testament ^ à l’hqpilal' de Guines , auquel il avait légué ses armes , ses chevaux , ses chiens et ses oiseaüx d* chasse* De Mahaijt de Saint-Omer, son épouse, il eut Baudouin , qui suit ; Guillaume , qui épousa Flandrine de Saint-Pol $ IVIanassès; Siger, qui continua la spite des çhâte-r lains de Gand, et en reprit le nom qpe son père avait quitté ; Arnoul,. mort jeune; Marguerite, femme, i°. d’Eustache de Fiennes , 20 de Roger, châtelain de Courtrai y et sept autres filles. ( Du Chesne , ibid- , L. 2. ) .....

BAUDOUIN it.

1169. Baudouin II, fils aîné d’Arnoul I<* , et né du vivant du :omte Manassès, son grand-oncle, qui le tint sur les fonts de laptême , succéda a son pere dans le comte de Guines. Il était narié dès-lors à Chrétienne , fille unique d’Arnoul, seigneur l’Ardres , dont les possesseurs avaient presque toujours eu de àfs démêlés avec les comtes de Guines. L’exactitude avec la 7 pelle il fit rendre la justice, lui mérita le titre glorieux de us te juge et de justicier admirable. L’an 1170, il reçut avec grande distinction saint Thomas , archevêque de Cantorberi , lui passa parle comté de Guines en retournant de son exil. Bau? louin , dans sa jeunesse , avait été armé chevalier par ce prélat , ït conservait une singulière vénération pour sa personne. Ayant perdu sa femme le 2 juillet 1 1 77 , il en conçut un chaerin dont 1 pensa mourir. Depuis ce tems il s’adonna spécialement à ’étude. Lambert d’Ardres dit que, sans avoir appris les lettres lans son jeune âge, il fit de grands progrès dans la philosophie et es saintes écritures. Des hommes savants , qu’il attira chez lui ,

suppléèrent au défaut de sa première éducation , en lui expliquant les meilleurs livres. Landri Valanis, entr’autres, traduisit en sa faveur, de latin en roman , le Cantique des Cantiques avec les évangiles des dimanches , et des homélies relatives des

Î>èrcs. Maître Geofroi lui mit en la même langqe une partie de a physique d’Aristote ; et Simon de Boulogne fit pareillement une traduction de Solin, qu’il eut l’honneur de lui présenter. Enfin, ce comte faisait un si grand cas de la littérature, qu'il forma une bibliothèque considérable, dônt il confia le soin à maître Hesard de Hesdin. On rapporte que Gauthier Silens , autrement dit Sileancus , composa pour Baudouin un livre intitulé de son nom, le Silence , ou le Roman du silence, dont le comte le récompensa libéralement en chevaux, en habits et en autres présents. Il reçut très -magnifiquement, l'an 1178, dans son château d’Ardres, Guillaume de Champagne , archevêque de Heims, qui venait de visiter le tombeau de saint Thomas de Cantorberi. Lambert d’Ardres, faisant la description du repas que le comte donna au prélat , dit qu£' les Français ayant demandé de l’eau pour tempérer la force des vins grecs qu’on leur servait, les valets, en guise d’eau, leur versaient de l’excellent vin d’Auxerre , Autissidoricum vinum pretiosissimum (c’était par conséquent du vin blanc) ; de quoi le prélat s’étant aperçu , demanda à son hôte , sans marquer sa défiance , un verre de cette eau. Le comte, alors, s’étant levé, va droit au buffet , renverse et casse toutes les cruches d’eau , feignant d’ètre ivre, a Cette gentillesse, ajoute Lambert, divertit ce » grave personnage , et mérita au comte le pardon de la super- » cherie qu’il avait faite aux convives. » Telles étaient les mœurs

du tems.

L’an 1179, Baudouin accompagna le roi Louis le Jeune à ce même tombeau. Il était alors attaché aux intérêts de la France; mais dans les guerres qui s’élevèrent depuis entre le roi Philippe Auguste et le comte de Flandre, il tint constamment le parti de lernier. Son pays souffrit de cet attachement, par les ravages

ce

qu’y firent les troupes françaises. L’an 1 185 , il fut compris dans le traité de paix que le comte de Flandre fit avec le monarque français. Mais cette paix , ouvrage de la nécessité pour lui , ne l’attacha pas davantage aux intérêts de la France. L’an 1198, le comte de Guines et Renaud de Dammarlin, comte de Boulogne , s’étant liés ensemble , après avoir été long-tems ennemis, se retirèrent par-devers le comte de Flandre, et lui renouvelèrent l’hommage de leurs comtés. Philippe Auguste, instruit de cette nouvelle félonie, se mit en devoir de la punir; et, étant marché contre ces rebelles, il les réduisit à demander la paix. Pour l’obtenir, un des préliminaires fut qu’ils se recon-

DES COMTES DE GUIDES. 42r

naîtraient vassaux imme'diats du roi de France, suivant le traite d’Arras, fait avec le comte de Flandre en n8i. On dressa, sur ce pied , le nouveau traite' de paix , qui fut signe' à Peronne aux fêtes de Noël i ig<). Mais la soumission du comte de Guines ne fut encore qu’un acte force', qui ne changea pas son aversion pour la France. L’an i2o3, une nouvelle leve'e de boucher du comte Baudouin, rappela Philippe Auguste sur ses terres , dont ce prince fit la conquête avec rapidité'. Le comte , pousse' à bout, fut obligé de venir se rendre prisonnier à Paris avec ses deux fils, Gilles et Siger. Sa captivité' fut d’environ deux ans, étayant promis d’être plus fidèle, le roi lui rendit sa terre avec la liberté l’an i2o5. Il ne jouit pas long-tems dé cet avantage; une maladie , qu’il avait contracte'e dans sa prison , le conduisit au tombeau le 2 janvier de l’anne'c suivante (N. S.). A ses funérailles assistèrent trente-trois enfants qu’il avait eu tant de Chrétienne, son e'pouse (morte le 2 juillet 1177), que de ses maîtresses : car tout amateur qu’il e'tait des lettres , il n’en fut pas plus réglé dans ses mœurs. Les principaux de ses enfants légitimes sont Arnoul , qui suit; Gilles et Siger , qui avaient tenu compagnie à leur père dans sa prison; et Baudouin, dont il sera parlé ci-après. (Du Chesne , ibid. , L. 2. )

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