HENRI H
1614. Henri TI , fils de Henri I et son successeur âü duché de Montmorenci , naquit à Cliantilli le 5o avril i5g5 , et eut pour parrain, environ deux âns après sa naissance , le roi Henri IV, qui ne l’àppélâit depuis que son fils. Tl se montra digne de cet honneur, à mesure qu’il avançait en âge, par ses beltes qualités de corps et d’esprit qui en firent un seigiieùr àècompti. Voyez , disait un jour ce monarque à MM. de Villeroi et Jeannin , voyéz mon fils Montmorenci comme il est bien fait : si jamais la maison de Bourbon venait à manquer, il n’y a pas de famille dans F Europe qui méritât si bien la couronne de F rance que la sienne , dont les grands hommes Vont toujours sàulènue et même augmentée au prix de leur sang. La reine Marguerite de Valois disait que s’il eât plu au ciel de lui donner un fils , elle n’eût jamais rien tant souhaite qu’il ressemblât aïl dilc dé Montmorenci. (M. Désormeaux.j Le roi voulut qu’à l’âge de treize ans il fût reçu gouverneur de Languedoc en survivance de son père, qui l’amena lui -même dans la province et le présenta au parlement et aux états. Lé dessein au roi ét^ïtde lai faire épouser mademoiselle
de Yerneuil, sa fille naturelle. Le père du jeune duc ne fut point de cet avis , et maria son fils avec mademoiselle de Scepeaux de Chemille', en «dépit du roi qui lit casser le mariage sous prétexte que les conjoints n’étaient pas eu âge de le consommer.
Après la mort de Henri IV , la reine Catherine de Me'dicis , au commencement de sa régence , donna pour épouse au jeune duc Marie Félice des Ursins, sa nièce à la mode de Bretagne. Celte alliance, jointe à ses grandes qualités, lui valut, en 1612, à l’âge de dix-sept ans , la charge de grand-amiral de France , vacante par la mort de Charles de Montmorenci , son oncle , et non sur sa démission. Non moins estimé du roi Louis XIII que de la reine-mère , il fut revêtu par ce prince, l’an 1620 , du collier de ses ordres à l’âge de vingt-cinq ans. Les troubles que les religionnaires excitèrent dans son gouvernement exigeant sa pre'sence, il s’y rendit , en 161g , et., ne recevant de la cour ni argent ni troupes , il engagea les diamants de sa femme pour deux cent mille écus (1). Avec cptte somme il leva quelques régiments à la tête desquels il arrêta les Protestants. Sou premier exploit fut la prise de Villeneuve de Berg en Vivarais. Après quelques autres avantages , remportés sur ces rebelles , il se rend , l’an 1621 , à la tète de cinq régiments , au siège de Montauban , que le roi faisait en personne. Mais une maladie ne lui permit pas de prendre part à cette expédition , qui finit le 2 novembre , par la levée du siège : il était commmencé dès le 7 août précédent. A celui de Montpellier, qui fut entrepris l’année suivante, il reçut, le 3 septembre , en combattant , une blessure dangereuse qui ne l’empêcha pas d’aller rendre compte de l’action au roi.
La révolte des Rochelais donna occasion, en 1625 , au duc de Montmorenci de faire avec gloire l’exercice de sa charge d’amiral de France. Au mois de septembre il attaqua la flotte de M. de Soubise dans la fosse de l’Oye , qui est une rade joignant le bourg de Saint-Martin de Ré , et obligea les plus grands vaisseaux à s’échouer. Le fort de Saint-Martin capitula le 18 du même mois, et celui de l’ile d’Oléron le 20. Cette victoire, la première qu’on eût encore remportée sur les Rochelais , mérita au duc un bref très-obligeant du pape Urbain VIII; mais elle donna de l’ombrage au cardinal de Richelieu. Ce ministre , jaloux de toute sorte de pouvoir et de toute sorte de gloire , viut à bout d’obliger le duc à se démettre de la charge d’amiral,
(j) C’étaient des éens an soleil, dont le titre était î» i3 carats , et leur taille de -1 1 /a an marc : ainsi , le poids de 100,000 devant être de 3,758 marcs 4 onces - gros a deniers 4 grains, a raison de 794 livre. 1 sou 6 deniers le marc, produiraient de notre monnaie actuelle a. 190,551 livres i3 sous 11 de».
moyennant un million de livres (i) que le roi lui donna en dédommagement. Elle fut supprime'e par e'dit du mois d’octobre rÔ25, et re'tablie aussitôt sous le titre de surinteudance de la marine en faveur du cardinal.
L’execution de François de Montmorenci , comte de Bouteville, de'capite' le 21 juin 1627, fut un nouveau sujet de mécontentement pour le duc, son parent, qui sollicita vainement auprès du cardinal la grâce du coupable.. Le crime de celui-ci était la fureur des duels, qui ne pouvait être réprimée en lui ni par la crainte ni par aucune considération. Le duc , renfermant son ressentiment au- dedans de lui-4^me, continua de servir l’état avec le même zèle. L’an 1628, il enleva, le 3 juin, au duc de Rohan, le Pouzin en Vivarais, place importante sur le Rhône j et, le 11 septembre suivant, il obligea ce duc à lever le siège de Cressels, à une lieue de Milhaud. Les nouveaux avantages qu’il remporta sur lui en 162g, le déterminèrent, à sortir du royaume. Eu ayant obtenu du roi la permission, il passa à Venise , qu’il avait choisie pour sa retraite.
Envoyé, l’an i63o, en Piémont avec un corps de troupes,. le duc de Montmorenci fut attaqué, le 10 de juillet , près de Veillane, au marquisat de Suze, par le prince Doria, qu’il fit prisonnier après l’avoir blessé de deux coups d’épée. Ayant joint ensuite le maréchal de la Force , il prit avec lui la ville de Saluées le 20 du même mois , et le lendemain ils se rendirent maîtres du château, dont ils emmenèrent la garnison prison, nière.
De retour en France, le dnc de Montmorenci reçut le bâton de maréchal, qui lui fut donné le 1 1 décembre de la même année. On assure qu’en le lui présentant , le roi lui dit : Accep— lez- le , mon cousin ; vous l’honorerez plus que vous n’en serez illustré. (Vassor, Hist. de Louis XIII , T, VI , p. 586. ) Cette faveur ne satisfit pas «on ambition : il visait à la charge de maréchal général. Ne pouvant faire entrer le cardinal dans ses vuçs, il eut peine à digérer ce refus. Les deux personnes les plus importantes de l’état , la reine-mère et le duc d’Orléans , contraintes l’une et l’autre par le cardinal à sortir du royaume , formaient alors des desseins de vengeance contre lui. Le second ayant fait sa partie avec les Espagnols, les avait engagés à tenter une irruption dans le Languedoc par le Roussillon. Montmorenci , dès qu’il eut appris leur marche, loin d’écouter son. ressentiment , se transporte sur la frontière de son gouvernement pour mettre'
(i) Celte somme reviendrait aujourd’hui à environ 3,48?,Cî5 livres.
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5o CHRONOLOGIE HlSTORIQCE DES BARONS
en sûreté les places qu’ils pouvaient attaquer, tant il e'tait alors.
Ïeu' dispose' à seconder les troupes que le duc d’Orle'ans rassemlait en Lorraine pour aller se joindre à ses allies . Mais les ennemis du cardinal re'ussirent bientôt à se'duirc le mare'chal , eu faisant revivre dans son esprit tous les griefs qu’il avait coutrc lui, et le menaçant de nouveaux outrages de sa part. L’illusion fut si forte , qu’il consentit à recevoir le prince dans son gouvernement, avec promesse de faire cause commune avec lui. Le prince arrive, mais plutôt qu’il n’e'tait attendu , et avec beaucoup moins de troupes qu’il n’avait fait espe'rer. L’arme'e du roi, commandée par le maréchal de Schomberg, survient dans le même tems. Rencontre des deux armées le premier septembre i63?.. Le duc s’étant porté dans l’action avec son impétuosité ordiuaire, tombe sous son cheval abattu, et, fait prisonnier, il est conduit à Lectoure. De là il est transporté à Toulouse par ordre du roi , qui charge le parlement de la province d’instruire son procès. Il est condamné à perdre la tête, et exécuté dans l’hôtelde-ville de Toulouse le 5o octobre i632. 11 reçut la mort eu héros chrétien; ce qui fit dire au P. Arnoux , jésuite, son confesseur, en rendant compte au roi de scs dernières dispositions ; Sire , Votre Majesté a fait un grand exemple sur la terre par la mort de M. de Montmorenci ; mais Dieu , par sa miséricorde , en a fait un grand saint dans le ciel. Sa veuve , qui , par ses exhortations, avait déterminé sa révolte, fit transporter son corps de l’église de Saint-Sernin, où il avait d’abord été déposé, dans celle de la Visitation de Moulins, où elle lui fit dresser un magnifique mausolée de marbre. Cette dame, non contente de pleurer, dans cette maison , la perte de son époux , et son propre malheur, s’y consacra, l’an 1637, à la Yie religieuse , et y mourut , après l’avoir gouvernée très-sagernent , le 5 juin 1666. Le duc Henri II n’ayant point laissé de postérité légitime, Charlotte, sa sœur aînée, femme de Henri II de llourbon, prince de Condé, fut reconnue ,*‘avec l’agrément du roi , pour héritière, avec son époux , du duché de Montmorenci et des autres domaines de sa branche. La terre de Montmorenci fut érigée de nouveau en duché-pairie , l’an i635, à la réserve de Chantilli, en faveur des princes et princesses de Condé et do leurs hoirs mâles.
Armes : d’or, à la croix de gueules, cantounée de seize avérions d’azur.
ET DUCS DE MONTMORENCY (FoSSeuX.) 5*